Pythagore le divin maitre

Author
Mettra, C.
Published in
Historia
Year
1982
Subject
PYTHAGORAS
Language
Français
Category
C12 Religion
Archive number
895

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METTRA,C Cia thagore le divin maitre Par un soir d'été où la brise marine vient laver la terre de la torpeur du jour, un adolescent solitaire, couché sur le sable de l'île de Samos, regarde les étoiles se lever dans le bleu assombri du ciel. D'un jardin bordé de cyprès, montent lointainement les chants de jeunes filles célébrant les amours de Lesbos et la douceur des caresses. Mais plus loin encore, du port dont les pécheurs s'éloignent pour leurs vagabondages nocturnes, montent des cris d'angoisse: ce sont ceux des malheureux qu'on entasse dans des barques pour aller les vendre au loin comme esclaves. Celles qui sont promises à la volupté louent les dieux de toute cette beauté qui illumine la création. Ceux qui sont promis à l'exil et à la servitude maudissent le ciel d'avoir ainsi livré les créatures à tant d'angoisse et de souffrance. Cet adolescent c'est Pythagore.

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et adolescent, c'est Pythagore. En cette Île de Samos où il est né en 572 av. J.C,, ce n'est pas la première fois que lui est révélé en même temps ce que le monde porte d'extase et ce qu'il porte de désespoir Depuis des années, il quête auprès des philosophes cette clé qui l'ouvrirait à l'énigme de l’univers. Il a lu Homère à haute voix sur les collines plantées d'oliviers, il a rêvé sur les mystères dont Orphée a dessiné les visages ct dont Ja musique des aèdes errants lui renvoie constamment l'écho, Il est le fils d'un marchand de bijoux qui exporte au loin les produits somptueux de l'artisanat local, car habiles sont les gens d'ici pour faire surgir la lumière de l'or et inventer, à tra» vers les métaux précieux ou la pierre, des formes plus belles que celles dont la nature nous ofre l'image. Et ce soir-lá, dans le spectacle conjugué de la tendresse et du désastre, le jeune homme songe combien il est las des écoles et de leur science, Il a fréquenté déjà les diverses académies de ces iles d'lonie qui sont, depuis deux siècles, le cœur fécond de la Méditerranée. Aujourd'hui, c'est ailleurs qu'il lui faut aller pour savoir ce qu'il en est des dieux, des hommes et de ce théâtre étrange qui ne comporte jamais que deux personnages dont la voix incessamythagore aborde à Crotone vers 530. Cette cité est, avec Sybaris, le fleuron de ce que l'on nomme la Grande Grèce. Grande non point par l'étendue (c'est seulement cette Italie méridio- Ce que l'Egypte, à travers des liturgies impitoyables, enseigne à Pythagore, c'est à repousser aussi loin qu'il est possible les limites de l'esprit humain, Vétu de lin blanc à l'image des prêtres de Pharaon, il navigue à la fois dans le nale tournée vers la haute mer de l'Orient) mais par l'ambition de ceux qui lu savoir pratique des géomètres et des constructeurs ct dans la solitude des mystères sacrés où Isis, Osiris et Thot livrent parfois aux humains une part de leur secret. peuplent d'incarner dans sa plus grande splendeur le génie de I'hellénisme, Ces hommes et ces femmes qui sont venus voici une ou deux générations de Corfou, de la Crète ou du Pélo- Quand Pythagore quiite l'Égypte, vers 540, nu moment où s'écroule l'empire pharsonigue, il saisit toute l'ampleur du projet dont il a plus ou moins soupçon depuis qu'adolescent il a mesuré l'étendue de l'interrogation humaine : dans ynnése, poussés A la fois par la pauvreté et par ‘esprit d'aventure nous font songer aux pionniers de l'aventure américaine au XIX! siècle, à ces misérables chassés par la famine de la Scandinavie, de l'Irlande ou de la Pologne, et hantés cette Méditerranée pleine de bruit et de fureur mais remplie aussi de silences et de grâces, parmi ces hommes dérisoires et miraculeux qui par le besoin de trouver sur un rivage presque vierge un domaine qui soit enfin le leur, Le grand probleme de ces colons dont la fièvre naturcllement anarchique va se trouver sont tous semblables à lui, comment donner visage à cette part divine qui est au cœur de chaque forme vivante? Passionnément, Pythagore va pénétrer dans les multiples chemins que l'humanité a tracés pour mieux Connaître son passé et son futur: le voici à Babylone, plongé dans les magies déconcertantes des antiques civilisations de l'Asie; puis il vogue vers la Crète où il est initié au culte de Rhéa, la déesse-mere; lí aussi la confrérie secrète des forgerons l'en» traine dans la Grande Caverne où Minos venait recevoir de Zeus les lois de la cité PITAGORAS Fut te plus DLL Philosophe ditalie il iluagra le nom de Si Sayerso en ertua de Phil 4 uphee } «ur re rile = Marve gis . er Chee bie LJ Depuis six ans ila Pythagore introduit la géométrie sacrée, pour maitre Phérécyde le pres vingt ans d'absence, après avoir appris tout ce que les hommes Sage qui tient école à l'ile de Syros. Avec lui, il a appris la cosmogonie et la physique, il a visité les grands sanctunires des rivages de l'Asie Mineure, il a déchiffré les papyrus où l'ancienne Grèce a enfermé son savoir. Mainienuot Phéréeyde est mort dans l'abandon, Pythagore lui a donné sépulture; rien ne le retient plus sur cette terre trop douce qui n'a pas de parole pour sa passion, Son père, Mnésarkos, lui offre en même temps prétexte à son voyage ci moyens avaient pu arracher ici ou lá à l'obs. curité du destin, Pythagore revient à Samos qui est au falte de su prospérité. Il y est à la fois ingénieur et lc y et il espère participer pleinement à ‘activité économique ct intellectuelle de su terre natale. Mais Samos ne répond point à son appel, H ne tarde pas à trouver trop étroit et trop mesquin le paysage d'une cité occupée unide subsistance : il ira en Egypte vendre aux pretres de Pharaon les coupes ou autres objets liquement à s'enrichir et à profiter des biens de ce monde. Et en 532, il Sembarque à nouveau. turgiques qui prendront place dans les temples. C'est un adieu définitif à l'Orient de la Méditerranée, un adieu définitif à l'Orient tout entier. C'est en Égypte que Pythagore découvre sa véritable patrie. Longue aventure: des années durant, il est livré aux compromissions de la vie, aux relations avec les marchands ou le petit peuple du Nil sans que rien lui soit accordé de ce que l'Égypte porte en elle, depuis trois Il ne sait encore où il portera ses pas. Seuls les dicux savent peut-être où il est attendu, Mais entre tous les dieux, lequel choisir? Il en est tant qui semblent avoir jeté sur lui un regard aimant, C'est finalement vers Apollon, vers le millénaires, de révélation sur le fini et l'infini, dieu de la musique, cette musique toujours con- Pythagore regarde les années passer, le temps s'écouler, dans la patience, comme si c'était d'abord dans son propre cœur que devait s'ousolatrice dans les moments de doute, qu'il se vrir cet espace où la voix des dicux pourrait pétourne. Et il s'en va vers Delphes, vers ce lieu étrange où fous les Grecs, en peine d’cuxmêmes, s'en vont chercher une parole à leur nétrer, Puis, peu à peu, à force de se promener autour des temples, A force de contempler ces paysages de sable, de pierre et de terre noire dont les hommes se sont fait un miroir, il entre mesure. dans l'intelligence de ce dialogue que l'Égypte assoilfés, mais c'est surtout un vaste carrefour où les Grecs et les barbares aussi de temps à autre, de tous âges, de toutes conditions, de toutes provinces, viennent se dépayser duns l'espoir entretient avec le ciel et les enfers. Alors commencent pour lui de longues épreuves qui sont aussi de somptucuses exaltations. proprement matérielle que l'on trouve à Crotone, comme on la trouvera ensuite en d'autres cités, la première trace du génie pythagoricien, ment se mele : la vie et la mort. _ endiguée par aus fortes tétes qui deviendront des tyrans (le mot n'ayant point le sens négatif qu'il a dans notre vocabulaire), c'est l'exploitation de la terre, mais, avant son exploitution, son partage, Et c'est dans cette tache Delphes c'est l'oracle de In Pythie, ce sont ces invocations confuses qu'une paysanne inculte, assise sur un trépicd, prodigue aux cœurs de se régénérer, donnant à ce vallon sacré une atmosphere tres singulière, Delphes est une cité de l'itréel où pour se délivrer de soi on s'ouvre sans réticences à l'autre, cet autre qui peut bien ¿tre un dimné ou un saint Nous ne savons rien de ce que la Pythic murmura à Pythagore. Rien d'autre sans doute que li confirmation de ce qu'il savait déjà: il n'avait point 4 chercher sa place dans les passions et les soucis des homd'amasser l'argent ou la gloire dans une terre où il aurait été reconnu et magnifié, U avait seulement à faire de son cœur un lieu purifié, parfaitement vide; et lá, la musique des dieux pourrait composer une mélodie où chaque fime esseulde trouverait assistance et réconfort. Sur le chemin qui, de Delphes, menait à la mer, Pythagore rencontra des marchands de Corinthe qui s'en allaient vers l'Italie, vers ce pays inconnu où, disait-on, des gens que l'on nommait Étrusques avaient pénétré dans des contrées jusque-là interdites aux imaginations humaines. Pythagore que nulle attache ne retenait sur le sol hellène prit voile avec eux dans le port d'Itca et au long de la traversée (ce fut ainsi qu'il s'acquitta du rix du voyage) il raconta à ses compagnons l'Égypte, la Perse et les innombrables héros qui l'avaient interpellé sur sa route. Et comme ces marchands s‘arrétaicnt ge temps à Crotone, et que nul ne l'attenait en quelque lieu, il demeura avec eux. dont il eut pratique en Égypte, dans le cœur même du travail quotidien, Toutes les découvertes de l'archéologie moderne nous conduisent en effet à penser que le dag des terres a été ici conçu par des arpenteurs formés dans l'atelier du maitre, selon des calculs qui répondaient à la fois aux exigences de l'agriculture et à cette loi d'harmonie dont le cœur humain a l'obsession mais dont il ne connaît point le secret. C'est à travers ces travaux d'arpentage que le paysage va trouver sa configuration matériclle et spirituelle ct vire va montrer, simplement en inspirant le bornage des sols, la dimension et la forme des terrains réservés ici aux oliviers, là à la vigne, ailleurs encore aux bâtiments, que les travaux les plus humbles et les aspirations les plus élevées de l'esprit se rejoignent dans une commune mise en lumière d'un ordre caché de la création que la science des nombres nous révéte. Et c'est pour répondre aux préoccupations des agriculteurs et des constructeurs de villes que l'école groupée autour de Pythagore va approfondir une recherche dont naitront l'arithmétigue et la géométrie. Cette école qui joue ainsi un rôle important dans l'existence concrète de la communauté vit cependant largement en marge de la cité. Car l'ambition de Pythagore n'est point de se mêler aux passions et aux contraintes de l'histoire 94 95 n

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quotidienne. Le pouvoir dont il rêve n'est pas celui qui s'inscrit dans la domination des êtres ou des choses. Son role à lui, c'est d'être un médiateur entre le ciel et la terre, entre l'ordre méme, de trouver refuge contre ses propres désordres. Pendant trois ans, le novice était eminfini des éléments et le désordre plein d'angoisses et de maux des sociétés humaines. Et ceux qui se rassemblent autour de lui sont ceux qui, plus ov moins, obéissent à Ja même soif, au naissance, Cet apprentissage comportait un cermême désir de connaissance. Ainsi se forme peu à peu, à Crotone, cette communauté pythagoricienne à laquelle certains reprocheront son caractéte aristocratique, son isolement par rapport aux groupes actifs de la cité, En fait, ce que Pythagore fuit par-dessus tout, C'est la participation à la vie politique qui à Crotone au vr siecle av. J.-C., comme chez nous au XX* siècle, est marquée par les affrontements toujours répétés des partis de l'ordre ci des partis du mouvement, par les tentations alternées de la domination fiches ct de celle des démunis. Et ceux qui se groupent autour de lui doivent fatalement se situer hors de ces passions collectives et adopter un mode de vic qui marque clairement leur appartenance è une autre cité qui ne Senferme ni dans le temps ni dans l'espace ployé à de très modestes tâches ct l'on tentait de Savoir s'il existait en lui un réel désir de contain nombre d'exercices destinés à transformer le champ psychique. Les épreuves auxquelles était convie le néophyte Ctaient de véritables expériences de l'être dont l'objet, assez proche du tract de certaines psychanalyses contemporaines, était de délivrer la conscience et surtout l'inconscient des peurs et des remords qui l'encombraient. La plus commune se déroulait de la manière suivante: pendant plusieurs jours on étudiait avec le novice les textes littéraires ou les récits populaires de toute provenance dans lesquels se trouvaient inventoriées toutes les figures de l'angoisse et de l’&pouvante. Il s'agissait de plonger le cœur humain dans l'abime de cruauté et de déchirement qui sc manifeste avec un égal éclat dans la nature ct dans l'imagination humaine. Le néophyte se trouvait ainsi submergé par un immense théâtre du mal dont il était à la fois l'acteur et le spectateur. On retrouvera trace plus tard de cet inventaire dans le légendaire chrétien. en particulier dans les ER ER | si nous considérons que notre existence véritable ne se confond pas avec notre destin terres- Pythagore: Grec, philosophe, savant, réformateur religieux, il fonda au vt siècle av. tre. Nous sommes, comme nous l'enscignent les civilisations archalques, des âmes en constant J.-C. un ordre initiatique où chacun, homme ou femme, mettait ses bien en commun. Une période probatoire de huit ans était imposée avant d'approcher le maitre. Végétarisme (interdiction de manger des haricots) culte du soleil, prières étaient les signes extérieurs de état de migration, Nos rêves, nos réveries dans les moments de veille, nos visions parfois, nous dévoilent des souvenirs d'autres vies passées, les pressentiments d'autres vies à venir. Le rayonnement de notre migration est lié au rayonnement de notre séjour terrestre. Les principes la secte. Aristote définissait ainsi le pythagoqui inspirent notre Conduite quotidienne n'ont risme: « Nourris dans l'étude des mathématiques, frappés des analogies des nombres et des pas d'autre objet que de nous rendre lumineux ce monde qui nous entoure: contraintes du corps et désirs contradictoires du cœur ne doichoses (ils; pensérent que les éléments des nombres sont les éléments de tous les étres et que le ciel tout entier est une harmonie et un nombre. » Pythagore et ses disciples sont considérés sujaurd'hui comme les fondateurs des mathématiques scientifiques, ayant étudié la géométrie pour elle-même et non pour une vent point nous éloigner de notre vocation Pa prement divine. Car nous participons du divin puisque nous pouvons accéder à la science sacréc des nombres, reflets de l'harmonie universelle insi l'aventure philosophique de Pythagore apparait-elle comme unc tentation grandiose de nier la mort. Rien n'est plus dangereux que le cadavre et c'est cette hantise du cadavre qui va conduire Pythagore à mettre en cause, de manière tout à fait révolutionnaire, les fondements de la religion grecque, de cette religion qui, un siècie apres Pythagore, allait abandonner Socrate aux enchantements pervers de la cigue. Cette fuite devant le cadaquelconque utilité pratique. [is établirent des rapports numériques entre la géométrie, l'astronomie et la musique. (L’harmonie des Sphères c'est eux.) Les pythagoriciens soutenaient aussi la théorie de la métempsycose mais avec des limites: l'âme pure était délivrée du cercle des réincarnations. Les écoliers doivent à Pythagore ou à ses disvre, qui est l'image même de notre condition, on A cette communauté, il faut quelques règles élémentaires qui assurent à la fois sa cohésion €1 sa protection contre Jes lentatives erranies ov aberrantes de l'âme humaine. En fait, l'entréc dans l'école pythagoricienne est une ascèse dont le but, assez semblable sans doute à l'enscignement premier du Christ ou aux rigueurs de certaines pratiques de l'hindouisme ou du bouddhisme, est de délivrer les hommes de leur dramaturgie personnelle, chargée de peurs, de désir de possession, de ressentiments, de déchirements aussi, pour les ouvrir à la dramaturgie de J'univers, Celle ascèse commence par le refus absolu de la propriété personnelle et la mise en commun de tous les biens que chacun possède. tère, son i l'on en croit Jamblique, ceux qui voulaient entrer dans la communauté pythagoricienne devaient franchir plusieurs degrés d'initiation, On procédait d'abord à une enquête sur le candidat, sur ses origines, son caracpassé, non pour éliminer ceux qui auraient été gens de mauvaise ascendance ou de mauvaise vie; plus simplement pour s'assurer ue ce candidat ne cherchait pas seulement ans la communauté un moyen de se fuir lui- 96 innombrables - Tentation de saint Antoine - qui jalonnent vingt siècles d'histoire occidentale Ce parcours achevé, on conduisait le novice dant une caverne où on l'enfermait ct il affrontait ainsi dans la solitude ct l'obscurité les visapes monstrucux dont sa mémoire s'était nouvelement peuplée. Ainsi apprenait-il à chasser de lui les êtres malfaisants Qui trouvent abri dans toute âme humaine ou à trouver du moins la force de les regarder en face et de se délivrer ainsi de sa propre obscurité. Puis pendant cing ans, Ce novice devait suivre les cours du maitre ct donner l'exemple de l'austérité la plus rigoureuse. On a souvent insisté sur les interdits alimentaires ou sexuels, sur l'habillement ou les liturgies propres à l'école pythagoricienne. Leur réalité a moins d'importance que l'esprit même dont ils témoignent. II me semble en effet que, si Pythagore a cu une telle fortune dans notre longue histoire, si sa légende se trouve si constamment revivifiée à travers les siècles, c'est qu'au fond de son projet, l'on retrouve la plus vicille obsession de l'espat humain, celle du paradis: c'est celle de ‘Age d'or de l’ancienne Grèce, de l'Eden biblique, du nirvana des forêts d'Asie. Ce paradis, il ne nous est pas inaccessible, nous dit Pythagore, en trouve le symbole dans l'interdit jeté par les pythagoriciens sur la fève qui jouait un rôle non négligeable dans l'alimentation grecque. La fève est en effet à leurs yeux une sarte de double de l'être humain. Suivant certaines expériences magiques, si on enterre dans du fumier un récipient bien clas contenant une fève, au bout d'un délai de quarante ou quatre-vingts jours, on trouve dans le récipient soit une téte d'enfant, soit un sexe féminin, soit du sang. Ou, «si on expose quelques instants à l'action du feu solaire une fève rongée ou légèrement broyce entre les dents, on la trouve un peu plus tard exhalant l'odeur de la semence humaine ou l'odeur du sang humain versé par un meurtre +, comme le rapporte Marcel Detienne dans Les Jardins d'Adonis. Ainsi consammer la fève c'est consommer de la chair humaine. Cette histoire de fève peut nous paraître dérisoire. En fait, elle met en évidence l'extrême curiosité de Pythagore pour toutes les formes du vivant, Tout ce qui nous entoure a une face apparente et une face cachée, La tâche de l'esprit est de découvrir cette face cachée car la création est pleine de signes qu'il nous faut apais plus significative en- ~ prendre à déchiffrer. core est sa relation avec fe bœuf, car c'est de cette relation qu'est né le lien établi souvent en- 2 tre philosophie pythagoricienne et alimentation § végétarienne. Pythagore se réfère constamment à l'Age d'or, à ce temps où les hommes vivaient È en accord étroit avec les plantes et les bêtes.

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en train de paitre dans un champ de fèves. 11 s'approche du bouvier et lui demande de chasser le bœuf de ce champ mais le bouvier ironise et lui dit qu'il ne peut rien dire au bœuf car il ne connaît pas son langage. Alors notre philosophe s'approche de l'animal, lui parle doucement dans le creux de l'oreille et le bœuf quitte le champ de fèves: et l'on dit qu'il n'y retourna jamais. En mangeant des fèves, le bœuf, comme le fait l'homme, se mangeait lui-même, dans la mesure où lui aussi participait du statut humain. En fait les préceptes de la communauté pythagoricienne concernant l'alimentation, le vetement, les relations sexuelles n'étaient point des dogmes rigoureux: c'étaient plutôt des indications destinées à faire réfléchir chacun sur le meilleur usage qu'il devait faire du monde. L'essentiel des pes du maître sc situait ailleurs: il voulait savoir ce qu'il en était de l'âme et de ses voyages et il tentait de lire dans les figures de ce monde mortel les signes de l'immortalità. Aussi peul-on imaginer que l'enseignement prodigué dans la communauté se concentrait essentiellement autour de trois ps la science des nombres, la musique et étude des contrées obscures de la humaine psyché La science des nombres, elle était expérimentée ‘chaque jour à travers Parpentage ou l'édification des maisons et des monuments. Elle avaitpost objet de révéler les lois de la perfection divine, d'établir la relation juste que nous avons avec l'espace, relation qui se retrouve dans l'organisation même de l'espace céleste. La musique jouissait d'un statut age ur parce oe était par excellence l'élément révélateur l'émotion humaine, qu'elle semblait parler directement au sang qui nous irrigue, au souffle qui nous anime. Quant à l'exploration de l'âme. elle s'attachait à ce que nous appellerions volontiers aujourd'hui tout le domaine irrationnel de r, dans la Grèce ancienne, la consommation de la viande est un phénomène religieux. On sacrifie des bètes aux dieux et on les fait cuire avec des aromates. Les divinités se nourrissent des bonnes odeurs qui montent des foyers humains et les hommes se rassasient des morceaux de viande partagés après le sacrifice. Il en est ainsi depuis Prométhée qui, en donnant le feu aux hommes, leur a donné en même temps les principes de leur alimentation carnée. Et dans les sacrifices ainsi accomplis pour s'attirer la bienveillance du ciel, le bœuf joue un rôle privilégié. Il est par excellence, avec le mouton, la Hanté par tout 98 bête rituelle. Li STUSRAA ce qui est souvenir de l'Age d'or, c'est-à-dire de l'amitié entre les hommes et le règne animal, Pythagore voit dans fe bœuf le plus fidèle compass des hommes. C'est grâce au bœuf lanotre être: les songes et les cauchemars, les images qui traversent brusquement le champ de la conscience, les états d'hypnose dans lesquels nous sommes parfois plonges... Toutes ces recherches sur le nombre, la musique ou la conscience permettaient à Pythagore et aux siens d'avancer patiemment dans la révélation d'un monde différent, un monde qu'Homère à plusieurs reprises évoque au traureur-que la campagne se couvre de céréales et de fruits et il est l'hôte le plus familier de la maison : fidèlement il demeure sous le toit de la ferme et il accompagne docilement son maitre dans tous les travaux de l'exploitation. Il est donc pour une large part un être humain et consommer la chair du bœuf, c'est en fait se livrer à une véritable anthropophagie. . vers des aventures d'Ulysse, un monde dont les poètes depuis les origines avaient évoqué les mystères. En fait c'était la personnalité de Pythagore qui donnait son sens à l'entreprise. Car, à travers cette quête collective, il donnait forme à sa propre vie. La légende dit que vers sa leuse histoire: un jour, alors qu'il se promène dans les champs, Pythagore aperçoit un bœuf (on dit qu'elle était crétoise) attirée à Crotone par le renom que le maitre avait déjà dans la Porphyre raconte N ce sujet une merveilve, UBI (aa KA SA soixantième année, vint vers lui une jeune fille Grèce tout entière. Ils s'unirent comme pour témoigner que l'amour divin pai aussi prendre le visage de l'amour humain. Et c'est autour de ce pr es que grandit et s'épanouit la communauté pythagoricienne de Crotone où sans doute passerent beaucoup de ceux qui dans la Grèce ou dans l'Italie antique étaient à la recherche d'eux-mêmes ou de quelque chose qui était plus qu'cux-mémes. “est apparemment le rayannement de l'école pythagoricienne qui fut la source de sa disparition, I n'était pas dans le pouvoir de Pythagore, pas plus que dans celui du Christ quatre siècles plus tard. d'empêcher la transformation de la communauté en Église. Le corps mystique allait se changer en corps and que. Le maitre cherchait dans la solitude la punfication du cœur, le cœur pur étant simplement le cœur transparent à travers lequel le ciel peut diffuser sa lumizre Dans l'interprétation pervertic de son enseignement, certains songecent à purifier La cite, à la laver de ses souillures. En ce temps comme dans le nôtre, les purifications de la société 1 par la guerre et la violence, par la giorfication de ces œuvres mortelles contre lesquelles Pythagore n'avait cessé de lutter. La chronique rapporte que, vers 510, la ville de Crotone donna refuge à cing cents citoyens de Sybaris que leur ville natale voulait juger et peut-être faire périr. Les Sybarites demandérent leur extradition, ce que, sur les instances de Pythagore, Crotone refusa. La guerre éclata entre les deux villes. Commandée par un homme qui se prétendait disciple de Pythagore, Milon, l'armée de Crotone Temporta. Ce fut pour Sybaris un véritable désastre. La cité fut prise, incendiée, rasée, réduite en désert, partiellement au nom de cette purification dont Pythagore s'était fait l'interprete. Compromise ainsi dans les convulsions de la vie politique, la communauté, après avoir servi d'excuses à la sauvageric soldatesque, allait voir le peuple se retourner contre elle quand Pythae demanda à la cité de s'ouvrir à la paix et à pitié. Un soir où les principaux membres de l'école se trouvaient réunis dans la maison de Milon, la foule incendia la demeure. Tous périrent dans les flammes ou furent massacrés quand ils tentèrent de fuir. Quant à Pythagore qui n'assistait pas à cette assemblée, il put gagner la cité proche de Metaponte où, dit-on, il s'éteignit paisiblement à l'âge de quatre-vingt-dix ans, Longtemps de nombreuses cités de la Grande Grèce prétendirent avoir donné refuge à ses cendres. En fait ces cendres n'avaient nul besoin de refuge, Le rand vent venu de la mer les avait ramendes à a mer et depuis vingt-cinq siècles elles ne cessent d'errer sur les rivages de la Méditerranée pour nous rappeler inlassablement ce qu'il en est de la beauté des âmes humaines quand elles s'accordent à la splendeur des étoiles, I C.M. METTRA, C-