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Notes de lectures
van Kasteel, Hans, La Basilique s...
Pallas
Revue d'études antiques
109 | 2019
Euripide et la polyphonie mythologique / Terra e territorio nella Sicilia greca
Notes de lectures
VAN KASTEEL, Hans, La Basilique
secrète de la Porte Majeure ou Le
Temple de Virgile
Grez-Doiceau, Beya, 2016, 168 p.
ODILE DAPSENS
p. 319-320
https://doi.org/10.4000/pallas.17029
Référence(s) :
VAN KASTEEL, Hans, La Basilique secrète de la Porte Majeure ou Le Temple de Virgile, Grez-Doiceau, Beya, 2016, 168
p., ISBN : 978-2-930729-05-3.
Texte intégral
1
C’est une thèse absolument novatrice que nous présente Hans van Kasteel dans La
Basilique secrète de la Porte Majeure ou Le Temple de Virgile. Philologue classique, il est le
traducteur de nombreux textes latins et grecs, de l’Antiquité, du Moyen Âge et de la
Renaissance : Le Testament du pseudo-Raymond Lulle ; Le Verbe qui fait des merveilles de
Jean Reuchlin ; La Table d’or et La Semaine philosophique de Michaël Maïer ou encore le
volumineux ouvrage Questions homériques dans lequel sont réunis les commentateurs grecs
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d’Homère tels que Cornutus, Héraclite, Plutarque, Porphyre, Proclus, Eustathe, Tzetzès,
Contoléon, parmi d’autres.
Comme il l’annonce dans la notice, il condense dans son nouvel ouvrage pour le lecteur
curieux l’objet d’un travail plus volumineux, réalisé en 19891, en y ajoutant de nombreuses
réflexions et corrections.
Thèse novatrice, n’hésitons-nous pas à affirmer, car H. van Kasteel ne fait rien de moins
qu’attribuer la basilique souterraine de la Porte Majeure de Rome au poète Virgile. Pour
rappel, cette basilique découverte en 1917 et dont les parois, les voûtes et même les pilastres
sont entièrement ornés de bas-reliefs en stuc, a été datée par l’historiographie des environs
de l’an 20 après Jésus-Christ, et ses tableaux ont été interprétés comme des scènes tirées de
la mythologie grecque.
Comme l’a démontré l’auteur dans un article intitulé « De Basilica Pythagorica : een
nieuwe interpretatie »2, de nombreux éléments poussent à réviser cette datation : la méthode
de construction du bâtiment et l’absence de revêtement sur les murs de l’hypogée
plaideraient pour une date de quelques décennies avant notre ère (conclusion tirée des dires
de Bastet lui-même3), et les motifs ornementaux renvoient tous au style pompéen dit « IIb »,
à savoir de 30 à 15 avant Jésus-Christ.
Mais dans le présent ouvrage, l’auteur a fait le choix de ne pas s’appesantir sur le problème
de la datation déjà développé dans l’article cité, mais d’analyser plutôt stuc par stuc
l’iconographie de l’hypogée et son interprétation.
La conclusion à laquelle il arrive est déstabilisante : chacune de ces scènes serait une scène
de l’Énéide, non pas représentée telle quelle, selon le sens apparent, mais bien selon un sens
allégorique. Un sens allégorique enraciné dans le texte toutefois, puisque l’image représente
toujours une interprétation plus littérale, et étymologiquement fondée, que le sens apparent
du récit.
Or, selon Hans van Kasteel, si la réalisation de la basilique est contemporaine à Virgile,
celui-ci, vivant à Rome, y a nécessairement été impliqué.
Cette découverte est dès lors capitale sur trois points :
elle modifie la datation de la basilique de la Porte Majeure,
elle attribue une quatrième œuvre à Virgile, directement ou indirectement4,
elle souligne à quel point l’étude du sens allégorique des œuvres de Virgile est
fondamentale, puisqu’elle était déjà pratiquée du vivant du poète, et très
vraisemblablement par le poète lui-même.
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Le décorateur a généralement procédé par analogie, représentant à la fois une scène de la
mythologie grecque et un passage de l’Énéide, qui s’éclairent alors l’un l’autre. Dans certains
cas, la représentation est si équivoque que Hans van Kasteel en arrive à la conclusion que
« Virgile rédigea son texte de manière que l’ambigüité dans l’interprétation devint possible »
(p. 31).
L’auteur fonde son étude sur une connaissance très approfondie de toute la littérature
antique, aussi pertinemment qu’abondamment citée ; sans négliger les auteurs ayant décrit
et étudié la basilique avant lui qu’il maîtrise parfaitement également. Il n’hésite pas à
reprendre les descriptions des stucs de ces derniers, et n’est ainsi pas influencé dans sa
lecture des images par sa propre interprétation5.
Pourtant, le lecteur reste un peu sur sa faim. Si les comparaisons entre vers de Virgile et
stucs proposées laissent le lecteur très souvent stupéfait et convaincu, l’interprétation
philosophique qui en découle n’est que dans quelques cas perceptible.
Le Temple de Virgile encourage donc la recherche à remettre à l’honneur Servius,
Macrobe, Varron, et les autres commentateurs de Virgile dont les commentaires
correspondent souvent à l’iconographie des stucs, et qui percevaient donc manifestement
très bien la pensée du poète.
L’Antiquité n’a jamais cité Virgile pour sa beauté littéraire, mais uniquement pour sa
connaissance, qu’elle soit géographique, historique, scientifique ou surtout religieuse.
Étrangement, il n’est de nos jours pratiquement plus enseigné que comme un habile poète.
Mais la course à la publication laisse-t-elle encore une possibilité aux chercheurs de
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méditer en profondeur les vers de Virgile, de s’en imprégner, de les confronter aux
commentaires allégoriques antiques, et finalement de s’effacer humblement devant la science
qui s’y trouve cachée ?
Notes
1 H. van Kasteel, Le Temple de Virgile, Bruxelles, 1989.
2 H. van Kasteel, De Basilica Pythagorica: een nieuwe interpretatie, dans Handelingen der Koninklijke
Nederlandse Maatschappij voor Taal-en Letterkunde en Geschiedenis, XLIII, 1989, p. 115 à 140.
3 Cf. F. L. Bastet, De Datum van het grote hypogaeum bij de Porta Maggiore, Leyde, 1958, p. 12 et 13.
4 Or on connaît, par Probus et Donat, la somme qu’Auguste a offerte à Virgile : dix millions de sesterces
(cf. aussi Horace, Épîtres, II, 1, 246).
5 Nous nous étonnons dès lors de la critique de l’ouvrage formulée par Frédéric Dewez
(http://www.revue-etudes-anciennes.fr/van-kasteel-h-la-basilique-secrete-de-la-porte-majeure-ou-letemple-de-virgile-bruxelles-beya-editions-2016-168-p-fig-isbn-978-2-930729-05-3/),
qui
écrit
notamment : « Nous pouvons regretter que Monsieur van Kasteel n’ait pas confronté ses hypothèses
d’interprétation avec les études menées auparavant tant sur la datation de l’édifice que sur ses décors et
sur sa destination », alors que tout l’opuscule témoigne du contraire, quoique de manière généralement
succincte. Quant à la question de la datation du monument, Monsieur Dewez se contente de rappeler
quelques arguments émis en faveur de celle de Carcopino, sans vraiment s’étendre sur ceux qui s’y
opposent, et qui sont très nombreux, formulés en 1989 par van Kasteel, ni sur ceux qu’avait déjà
exprimés, en 1958, l’archéologue Frédéric Bastet.
Nous recommandons au lecteur désireux d’approfondir cette question de la datation, de consulter
l’article plus complet paru dans Handelingen der Koninklijke Nederlandse Maatschappij voor Taal- en
Letterkunde en Geschiedenis, LXIII, 1989, p. 115 ss. Tous les arguments en faveur d’une date de
construction et de décoration vers 25 ou 20 avant J.-C. y sont énumérés et fort clairement exposés.
Pour citer cet article
Référence papier
Odile Dapsens, « VAN KASTEEL, Hans, La Basilique secrète de la Porte Majeure ou Le Temple de
Virgile », Pallas, 109 | 2019, 319-320.
Référence électronique
Odile Dapsens, « VAN KASTEEL, Hans, La Basilique secrète de la Porte Majeure ou Le Temple de
Virgile », Pallas [En ligne], 109 | 2019, mis en ligne le 19 février 2020, consulté le 09 octobre 2025.
URL : http://journals.openedition.org/pallas/17029 ; DOI : https://doi.org/10.4000/pallas.17029
Auteur
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Odile Dapsens
d’Orléans
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