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Ver en el PDF(se abre en una ventana nueva)Université Nicolas Copernic, Torun
Les pythagoriciens 4 Rome
a la fin de la République
Pour Jérôme Carcopino, le pythagorisme romain possédait également un caractère politique. Il était convaincu qu'un sodalicium
pythagoricien clandestin, dirigé par Nigidius Figulus, fonctionnait à
Rome vers le milieu du F' siècle av. J.-C. La these de Carcopino est
souvent citée dans la bibliographie contemporaine comme expression
de l’opinio communis. Cer article propose une analyse des témoignages qui traitent du sodalicium Nigidiani. Elle permet de corriger
les hypothèses de l’historien frangais.
Sodalicium Nigidiani :
The Pythagorean at Rome in the Late Republic
Jérôme Carcopino thought that the Roman Pythagoreanism was
political in its character. The author believed that in the middle of the
Ist century B.C. a secret Pythagorean sodality existed in Rome, led
by Nigidius Figulus. Many contemporary researchers regard Carcopino’s thesis as the communis opinio. A number of points made throughout this article prove that the French historian’s opinion on the existence of a sodalicium Nigidiani asks for verification.
* Cet article présente les théses principales contenues dans mon ouvrage
publié en polonais: « Sodalicium sacrilegii ». Pitagorejczycy w Rzymie w
okresie republiki : fakty i mity [« Sodalicium sacrilegii ». Les pythagoriciens
à Rome sous la République : les faits et les mythes], Toruñ, 1998.
Revue de l'histoire des religions, 218 - 3/2001, p. 339 à 367
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Ver en el PDF(se abre en una ventana nueva)I. JEROME CARCOPINO ET L'IDEE
DE L'ÉGLISE PYTHAGORICIENNE A ROME
Aux environs de la Porta Praenestina à Rome (actuellement Porte Majeure), à l’endroit où le chemin de fer partant
de la gare Termini traverse le mur aurélien, on a découvert
en 1917 les vestiges d’une construction souterraine. Au cours
de fouilles, on a découvert sous les rails une construction
composée d’une piéce rectangulaire et d’un vestibule relativement petit, dans lequel aboutissait un couloir conduisant a la
surface. La salle principale était divisée par quelques colonnes
en trois nefs de tailles inégales ; pour cette raison, les premiers
chercheurs la prenaient pour l’intérieur d’une basilique chrétienne. A partir de l’époque de F. Cumont, ce nom de « basilique souterraine de la Porte Majeure » a été adopté par les
historiens et les archéologues. Les ornements de stuc conservés sur les murs permettent de dater la fondation de la basilique aux alentours de 20 av. J.-C. Ainsi, tout lien avec
l'architecture sacrée chrétienne est exclu'.
Les historiens abordent toujours avec prudence le problème de la fonction de cette basilique, et, jusqu’à ce jour, la
question reste débattue, bien que le caractère cultuel du bâtiment ne soit pas mis en doute. Cumont supposait que la
1. F. Cumont, La basilique souterraine, RA (1918), p. 52-73. Sur la
datation des stucs: R. Mielsch, Römische Stuckreliefs, Heidelberg, 1975,
p. 32.
2. L'existence de la mystérieuse construction à côté de la Porte Majeure
n’est attestée par aucune source littéraire. Toutes les théories concernant la
destination de la basilique sont donc basées sur l'analyse des représentations qui ornent ses murs. Une des hypothèses admet que cette basilique
était une construction à caractère sépulcral. Par exemple : G. Bendinelli, Il
monumento sotterrano di Porta Maggiore in Roma, MonAnt, 31 (1926),
p. 601-859 (le monument funéraire) ; P. Boyancé, Funus acerbum, REA,
LIV (1952), p. 275-289 = Etudes sur la religion romaine, Paris, 1972, p. 7389 (le monument funéraire lié au culte des morts prématurés) Mielsch
(Stuckreliefs, p. 29) souligne la ressemblance entre les représentations sur les
murs de la basilique et celles des sarcophages romains, ce qui soutiendrait
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Ver en el PDF(se abre en una ventana nueva)mystérieuse construction voisine de la Porte Majeure pouvait
constituer un lieu de culte pythagoricien. Cette thése, adoptée
par quelques générations des chercheurs, est inséparablement
liée au nom de Jérôme Carcopino.
J. Carcopino a consacré une partie de ses recherches à
l’histoire du pythagorisme, et la problématique pythagoricienne est présente dans tous ses travaux. Il a exposé ses opinions surtout dans La Basilique pythagoricienne de la Porte
Majeure (Paris, 1927), et s’est borné à les compléter dans ses
publications postérieures’. Dans les œuvres de Carcopino, le
pythagorisme n’était pas seulement un système philosophique,
mais surtout une sorte de doctrine religieuse qui, pendant des
siècles, aurait influencé la vie intellectuelle et sociale de certaines villes grecques d’Italie du Sud et de Rome. « Les destinées
de l'Italie antique et celles du pythagorisme sont indissolubles.
Lorsqu'il y eut une conscience italique, elle pythagorisa », a
écrit Carcopino dans La basilique“.
La réponse à la question concernant la nature du pythagorisme est très difficile. Il n’y a pas de doute que ce phénomène, même à son époque crotoniate, ne se réduisait pas seulement à la philosophie. Le pythagorisme était un genre de
vie. Dès le début, les deux tendances, l’une « mystique »,
l'autre scientifique, coexistaient dans cette secte.
Pendant
l’époque hellénistique, l’aspect « religieux » du pythagorisme
s’est renforcé. Mais est-ce que ce mouvement était bien religieux ? C'est ce point qui continue de poser problème.
D’après Carcopino, tout le monde à Rome était plus ou
moins pythagoricien à partir de 60 av. J.-C. Il était d’avis qu’à
cette époque, les pythagoriciens formaient également «une
bien la thèse du caractère funéraire de la construction. Il remarque tout de
même que les spécialistes en architecture romaine ne connaissent pas de
construction sépulcrale en forme de basilique.
3. Par exemple : De Pythagore aux apôtres. Études sur la conversion du
monde romain, Paris, 1956.
4. Carcopino, La basilique, p. 161. M. Le Glay, Jérôme Carcopino et la
religion romaine, dans Hommage à la mémoire de Jérôme Carcopino, Paris,
1977, p. 193-199, avait raison d’écrire que le pythagorisme était pour Carcopino une sorte d’ « idée fixe ».
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Ver en el PDF(se abre en una ventana nueva)véritable église »°. La faiblesse principale des réflexions de Carcopino résidait dans l'absence de toute critique des sources. Ses
affirmations étaient fondées sur de nombreux a priori, et c’est
seulement dans un deuxième temps qu’il essayait d’en trouver
les preuves dans les sources qui ont survécu. Une telle
démarche privilégie une lecture arbitraire des sources et leur
impose une seule interprétation‘.
J. Carcopino cherchait les arguments en faveur de ses thèses chez Cicéron surtout, et comme le célèbre orateur, il a été
convaincu de l’ancienneté des influences pythagoriciennes au
bord du Tibre. L’appréciation des informations concernant le
passé de Rome données par Cicéron est difficile puisque, en
adoptant la conception philosophique de Carnéade, Cicéron
traite les différentes écoles philosophiques avec une grande
liberté. Il en accepte surtout les éléments qu’il trouvait utiles
dans
sa
propre
argumentation.
De
surcroît,
les
auteurs
anciens qu'ils cite sont censés employer dans leurs écrits la
langue propre aux discussions philosophiques de la première
moitié du 1” siècle av. J.-C.
Or, dans l'Antiquité, la philosophie était non seulement
une
discipline
enseignée,
mais
un
mode
de
vie.
Depuis
l’époque hellénistique, la différence entre un cours de philosophie et la philosophie elle-même, qui impliquait un mode de
vie philosophique, autrement dit un art de vivre, était clairement ressentie. En conséquence, les théories philosophiques
étaient considérées non pas comme des systèmes globaux,
mais comme des recueils de principes plus ou moins liés entre
eux,
utiles
dans
les
exercices
spirituels
qui
constituaient
l'essence de la vie philosophique. Certains historiens d’aujour-
5. Dans La basilique, Carcopino fait souvent la comparaison avec le
christianisme, p. ex. : p. 24, 198, 203, etc.
6. Il ne faut pas oublier non plus que beaucoup d’années nous séparent
de la publication des travaux de Carcopino, et que les historiens disposent
actuellement de données plus complètes sur les nombreux problèmes qu'il a
abordés. Toutefois, les thèses fondamentales de Carcopino sur l'essence du
pythagorisme romain et sur la fonction de la basilique de la Porte Majeure
continuent d’être populaires et sont souvent imprudemment citées dans la
littérature contemporaine comme expression de l’opinio communis.
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Ver en el PDF(se abre en una ventana nueva)d’hui admettent à tort, et c’est une source des malentendus,
que des auteurs comme Cicéron écrivaient leurs dialogues philosophiques afin de transmettre un savoir concret sur les systèmes philosophiques, alors que c’était le plus souvent une
sorte d'exercice spirituel auquel se livrait l’auteur pour parvenir à la conscience de soi’.
Pour Carcopino, le pythagorisme romain possédait également un caractère politique”. Il était convaincu qu’un sodalicium pythagoricien fonctionnait à Rome vers le milieu du
I° siècle av. J.-C. Cette association aurait été formée de républicains hostiles à César, puis à Auguste. Nigidius Figulus,
Pami de Cicéron et le partisan de Pompée, aurait été le leader
de ce groupe. « C'était un apótre que la parole, telle qu'il
croyait l'entendre, avait enthousiasmé », écrit Carcopino à
son propos’.
7. Voir: P. Hadot, Exercices spirituels et philosophie antique, Paris,
1987, p. 197-216.
8. Carcopino et ses successeurs étaient convaincus que les pythagoriciens ont été persécutés à Rome. On les aurait accusés d'exercer des pratiques magiques et astrologiques. Pour cette raison, on les aurait poursuivis
en s’appuyant sur des lois contre les astrologues, les mages et les magiciens
établis par Auguste, Tibère et Claude. Le senatus consultum de 52 apr. J.-C.
aurait donné le coup de grâce aux pythagoriciens en les bannissant d’Italie.
D’après Carcopino, c'est à cette époque qu’on aurait abandonné la construction voisine de la Porte Majeure.
9. Carcopino, La basilique, p. 198. Parmi les personnes probablement
liées au mouvement pythagoricien, Carcopino mentionne P. Vatinius,
l’historien Salluste, et aussi Varron. Il considérait Ovide comme pythagoricien déclaré et participant à une association clandestine. D’après lui, la participation d’Ovide aux rites pythagoriciens « mystériques » (plus précisément à une séance d’hydromancie) serait la cause de l’exil du potte.
L. Hermann (Nouvelles recherches sur la faute secrète d’Ovide, Revue Belge
de philosophie et d'histoire, 43 <1965>, p. 40-52) et R. Verdière (Le secret du
voltigeur d'amour ou le mystère de la relégation d’Ovide, Bruxelles, coll.
« Latomus », 1992) polémiquent contre les opinions de Carcopino concernant les raisons d’exil d’Ovide. Le deuxième de ces auteurs a résumé les
réflexions de Carcopino en les qualifiant d’ « océan d’hypothèses abracadabrantes » (p. 49).
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Ver en el PDF(se abre en una ventana nueva)If. NIGIDIUS FIGULUS ADVERSAIRE DE CESAR
Dans les Chronikoi kanones d’Eusèbe, complétés par saint
Jérôme, on lit qu’en 45 av. J.-C. Nigidius Figulus Pythagoricus
et magus in exilio moritur®. Il est admis que cette information
provient d’une œuvre perdue de Suétone, intitulée De viris
illustribus, qui contenait — on en est certain — dans le chapitre
consacré aux philosophes, un texte concernant Nigidius. Les
biographies en question étaient encore disponibles au Iv‘ s.
apr. J.-C. car saint Jérôme affirme les avoir consultées'!.
Il paraît probable que, pour ses biographies de philosophes, Suétone se soit servi du schéma connu par les extraits
conservés du De grammaticis et rhetoribus. Autrement dit, il
donnait probablement des renseignements sur l’origine des
personnages présentés, énumérait leurs fonctions et les titres
de leurs ouvrages, présentait leurs opinions, et jugeait certainement leur caractére'?. On ne peut pas exclure que certaines
des opinions concernant Nigidius qu’on trouve dans les sources plus récentes remontent en fait au De viris illustribus de
Suétone. Ce point de vue a inspiré la chercheuse italienne
A. Della Casa. Le livre dans lequel elle a exposé en 1962 ses
réflexions comprend quatre études séparées. Les deux premières sont consacrées à l'identification des fragments de la biographie perdue qui appartenait au De viris illustribus. Dans la
troisième partie, l’auteur analyse les extraits conservés des
10. Suet., extr. 81, p. 95 (éd. A. Reifferscheid).
11. Par exemple: Ep., XL, 3 et Chron. praef. Voir les remarques des
M.- Cl. Vacheur dans la préface à Suétone, Grammairiens et rhéteurs, Paris,
1993 (Coll. des Universités de France), p. XXIV-LXVII.
12. Depuis longtemps les philologues s'interrogent sur le degré de
dépendance entre le De grammaticis et rhetoribus et le De viris illustribus.
A. Reifferscheid, le premier éditeur des extraits conservés des écrits perdus
de Suétone (C. Suetonii Tranquilli Reliquiae, Lipsiae, 1860), considérait le
De grammaticis comme une partie d’un ouvrage plus vaste, le De viris illustribus. Dans sa préface à l’édition des extraits des biographies des grammairiens et rhéteurs (p. XXVII) mentionnée dans la note précédente, Vacheur
parle de deux œuvres indépendantes.
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Ver en el PDF(se abre en una ventana nueva)écrits de Nigidius sur des problèmes grammaticaux. Della
Casa a notamment essayé de démontrer, sans grand succés,
qu’on peut retrouver des idées pythagoriciennes dans les
réflexions de Nigidius sur la langue. La quatriéme étude est
consacrée à l’intérét de Nigidius Figulus pour la théologie et
l’occultisme!.
Le livre d’A. Della Casa demeure cependant l’étude la plus
complète sur Nigidius Figulus, surtout en ce qui concerne la
reconstruction de sa carrière politique. On ne peut néanmoins
pas affirmer qu’il a considérablement enrichi les connaissances sur Nigidius'*. Della Casa a accepté globalement les thèses
de Carcopino, mais dans le détail ses jugements personnels
sont plus nuancées, comme par exemple a propos des réunions de l’association de Nigidius'?. En ce qui concerne la
reconstruction de la biographie perdue de Nigidius par Suétone, les résultats obtenus par Della Casa ne sont guére
encourageants. À part la phrase déjà citée, qui figure dans la
chronique de saint Jérôme, aucun témoignage concernant
Nigidius Figulus ne dérive de façon certaine du De philosophis
de Suétone.
Selon une tradition, confirmée par saint Augustin, Nigidius
devait son cognomen à son savoir astrologique. On l’aurait
appelé « potier » (figulus) parce qu’il a présenté le mouvement
rapide des étoiles et des planètes à l’aide d’un tour à poterie
pour expliquer les différences des sorts et des caractères des
jumeaux". Comme c’est le cas pour la plupart de personnages
13. A. Della Casa, Nigidio Figulo, Roma, 1962.
14. En 1983, une autre petite étude a été publiée par Dora Liuzzi:
Nigidio Figulo.
Testimonianze e frammenti. Il s'agit d'un choix de textes
accompagnés de quelques pages de commentaire utile et d’une bibliographie
de littérature.
15. Dans sa critique du livre de Della Casa, parue dans Gnomon (1965,
p. 45-48), H. Thesleff souligne le côté raisonnable de ce genre de réflexions.
Dans la suite de mes réflexions sur l’activité et sur les opinions de Nigidius,
je reviendrai aux questions particulières abordées par l’historienne italienne.
16. Aug., De civ dei, V, 3. Voir aussi Schol. ad Luc., I, 639. Della Casa
(Nigidio, p. 12-14) propose une autre explication possible. D’après elle, le
surnom Figulus pouvait être lié, comme c'était le cas de Marcil Figuli, à
l’activité professionnelle des représentants de gens Nigidia, qui s’occupaient
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Ver en el PDF(se abre en una ventana nueva)de l’Antiquité, on ne peut déterminer qu’approximativement la
date de naissance de Nigidius Figulus, en la déduisant de la
date de ses magistratures. Dans la lettre 4 son frére Quintus,
datée de 59 av. J.-C. (ad. Q.fr., I, 2,16), Cicéron énumére Nigidius parmi les préteurs élus pour l’année suivante, à savoir
l’année 58 av. J.-C. ; il devait donc avoir à l’époque au moins
40 ans, et serait né au plus tard en 98". En 63 av. J.-C. Nigidius Figulus devait déjà siéger au Sénat, car Cicéron mentionne son nom parmi les sénateurs qui l’aidaient dans sa lutte
contre Catilina. Nigidius fut alors désigné, avec quelques
‘autres sénateurs, pour transcrire les témoignages recueillis et
destinés à être rapportés au Sénat. Cicéron rappelle cet événement en 62 av. J.-C. pendant le procés de P. Sylla, accusé
d’avoir participé au complot de Catilina'.
Nous possédons peu d’informations sur la suite de la carrière de Nigidius. Dans une lettre à Atticus datant de
décembre 60 av. J.-C., Cicéron parle aussi des préparations au
procès de son ami sénateur C. Antonius. D’après Cicéron,
Nigidius y participait également”. Pour certains chercheurs,
de la fabrication de vases. On ne peut pas exclure que Nigidius n'ait pas
porté de cognomen de son vivant, et que le surnom lié à rota figuli lui ait été
attribué plus tard. À l’époque de Nigidius, en effet, les surnoms, même s'ils
existaient, n’étaient souvent pas portés dans la vie publique, ni donc mentionnés dans les document officiels ou littéraires.
17. À part P. Nigidius Figulus, nous savons peu de choses sur les
autres membres de la gens Nigidia. De source certaine on ne connaît que
C. Nigidius, gouverneur d'Espagne Citerieur, préteur en 145 ou 144 av. J.-
C. Certains chercheurs supposent que Nigidii venaient d’Etrurie ce qui
expliquerait l'intérêt de Nigidius Figulus pour l’Etrusca disciplina. Sur la
gens Nigidia et la reconstruction de la carrriere politique de Nigidius, voir
The Magistrats of Roman Republic (cité: MRR), I, p. 469, t. III (supplément), p. 147; II, p. 192-193, 194, 239, 245; III, 147; W. V. Harris, Rome
in Etruria and Umbria, p. 321; T. P. Wiseman, New Man in the Roman
Senate 139B.C. - 14A.D., Oxford, 1971, p. 264 (l'auteur suggère que les
Nigidii venaient de Pompéi); E. S. Gruen, The Last Generation of the
Roman Republic, Los Angeles, 1974, p. 169-170.
18. Cic., Pro Sulla, XIV, 41-42: itaque introductis in senatum indicibus
instituti senatores, qui omnia indicum dicta, interrogata, responsa perscribent. (...): C. Cosconium (...), M. Messalam (...), P. Nigidium, Appium
Claudium.
19. Cic., ad Att., IL, 2, 3 : sed heus tu, ecquid vides Kal. venire, Antonium
non venire iudices cogi ? nam ita ad me mittunt Nigidium minari in contione
Página 10
Ver en el PDF(se abre en una ventana nueva)c’est une preuve qu’en 59 av. J.-C. Nigidius était tribun de la
plèbe. J. Cousin l’a compté parmi ces tribuns qui, à ce
moment-là, étaient décidément opposés à César et essayaient
d’empêcher ses réformes”. Selon moi, c’est une opinion, qui
va trop loin car elle ne résulte pas des sources mais est
déduite de l’engagement postérieur de Nigidius aux côtés de
la coalition anti-césarienne”.
Il n’y a en tout cas aucune raison de mettre en question les
sympathies de Nigidius pour les optimates. En l’énumérant
parmi les préteurs élus pour l’année 58, Cicéron le compte
parmi ses amis”. Cependant l’opinion que Nigidius faisait
partie des chefs de cette factio n’est nullement justifiée. Carcopino considérait l'élection de Nigidius au poste de préteur
comme un grand succés du parti anti-césarien. Or, dans la
lettre citée, on reléve parmi les amis de Cicéron des noms de
personnes qui ont joué un rôle beaucoup plus important sur
la scène politique contemporaine et ultérieure. Une personne
particulièrement intéressante est L. Domitius Ahenobarbus,
Pun des adversaires les plus acharnés et efficaces de César au
cours des années 59-49. C’était plutôt son élection comme
préteur, aux côtés de C. Memmius, qui peut être considérée
comme un succès du parti anti-césarien.
De la suite de l’activité de Nigidius Figulus, nous savons
seulement qu’a la fin des années 50, il effectua une légation.
Cette information provient, comme les autres, de Cicéron.
se iudicem, qui non adfuerit, compellaturum. Antonius a été accusé de
concussion dans la province de Macédoine et d’avoir eu des relations avec
Catilina. Malgré engagement de Cicéron (qui a assuré la défense), les accusateurs ont gagné le procès.
20. Voir Carcopino, La basilique, p. 197; J. Cousin, Introduction,
dans: Cicéron, Discours, t. XIV (Pour Sestius, Contre Vatinius), Paris,
1965 (Coll. des Univers. de Fr.}, p. 237.
21. L’information de Cicéron pourrait recevoir une autre explication.
Nigidius aurait pu être élu juge (iudex quaestionis) ce qui expliquerait également son engagement dans l'affaire d’Antonius. D’après MRR, t. III,
p. 147, Nigidius était peut-être édile plébéien en 60 av. J.-C.
22. Cic., ad Q. fr., 1, 2, 16: Tribuni plebis designati sunt nobis amici.
Consules se optime ostendunt. Praetores habemus amicissimos et acerrimos
cives, Domitium, Nigidium, Memmium, Lentulum ; bonos etiam alios ; sed
hoc singulares.
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Ver en el PDF(se abre en una ventana nueva)Dans l’introduction a la traduction du Timée, l’auteur décrit
sa rencontre avec Nigidius à Ephèse. Cicéron était en route
pour Cilicie et Nigidius retournait à Rome après avoir accompli sa mission de légat”. La chronologie de la carrière politique de Cicéron permet de déduire que c'était en 51 av. J.-C.
et le lieu de la rencontre indique que Nigidius avait exercé sa
fonction en Asie.
Après que César eut franchi le Rubicon (12 janvier 49),
Cicéron quitta Rome avec les autres sénateurs et se rendit dans
son domaine à Formies, aux environs de Capoue d’où il envoya
une série des lettres à Atticus. Il y relata le cours des événements, en exprimant en même temps ses inquiétudes à propos
de la situation observée, et sa déception devant la réaction de
Pompée. Dans une de ces lettres, datée du 9-10 février, Cicéron
annonça à Atticus qu’il venait d'apprendre par Filotimos que
L. Domitius Ahenobarbus se préparait à affronter César. Cicéron jugeait cette information très rassurante, mais la situation
de Domitius est à l’époque assez compliquée, et les forces dont
il disposait ne paraissaient pas suffisantes.
Les nouvelles
concernant ses problèmes parvinrent à Capoue grâce à Nigidius
Figulus. Cicéron dit explicitement, dans la lettre citée, que Nigidius est venu à Capoue après avoir vu Domitius”.
L'arrivée de Nigidius à Capoue pouvait signifier que
Domitius Pavait chargé d'une mission, mais une autre explication est également possible. On sait que Pompée n’appréciait
pas les actions de Domitius devant Corfinium. Il n’est pas
exclu que Nigidius ait partagé son opinion et qu'il essaya,
comme beaucoup d’autres sénateurs, de rejoindre Pompée qui
se dirigeait vers Brindisi. La lettre de Cicéron nous apprend
que Nigidius est arrivé dans la ville avant le 10 février, mais
Pompée n’y était plus. Nous ne pouvons que deviner la
conduite de Nigidius pendant les mois suivants car son nom
23. Cic., Tim., I, 1, 2: qui cum me in Ciliciam profisciscentem Ephesi
expectavissent Romam ex legatione ipse decedens.
24. Cic., ad Att., VII, 23: Nigidium a Domitio Capuam venisse. Eum
dicere Vibullium cum paucis militibus e Piceno currere ad Gnaeum, confestim
insequi Caesarem, Domitium non habere militum III milia.
Página 12
Ver en el PDF(se abre en una ventana nueva)n’apparait dans aucune source concernant cette période. Il
parait toutefois probable qu’il n’ait pas quitté le camp des
Pompéiens, parce qu’aprés Pharsale, il s’est retrouvé exilé; il
faut donc admettre qu’il s’était rendu en Grèce avec Pompée.
Les
données
sont
pourtant
insuffisantes
pour
admettre,
comme Della Casa, qu’il a participé à la bataille de Pharsale.
Il pouvait aussi bien rester, comme ce fut le cas de Caton et
Cicéron, dans le camp aux environs de Dyrrachium”.
Aucune source ne précise où se trouvait Nigidius après la
bataille de Pharsale. Il n'est pas exclu qu'il soit resté en Grèce,
comme beaucoup d’autres Pompéiens. La lettre de Cicéron à
Nigidius, datée de la deuxième moitié d’aoüt 46 av. J.-C.
prouve que Nigidius demandait grâce*. Le contenu de cette
lettre montre clairement que c’est la réponse de Cicéron à la
demande de protection que Nigidius lui a adressée. Cicéron
considère que la situation de Nigidius n’est pas désespérée, car
celui qui gouverne Rome est susceptible de lui pardonner (45. Ego quod intellegere et sentire, quia sum Romae et quia curo
adtendoque, possum id adfirmo, te in istis molestis in quibus es
hoc tempore non diutis futurum [...]. Videor mihi perspicere primum ipsius animum qui plurimum potest prospensum ad salutem
tuam). Cicéron assure à Nigidius qu’il fera tout ce qu’il pourra
pour l’aider. Il ne tarit pas d’éloges sur Nigidius et l’appelle le
plus savant et le plus vertueux des hommes, son meilleur ami
(3. nunc P. Nigidio, uni omnium doctissimo et sanctissimo et
maxima quondam gratia et mihi certe amicissimo, ne benigne
quidem polliceri possum). Cicéron souligne la grande intelligence de Nigidius connu depuis sa jeunesse pour son savoir et
ses actions (4. guid sit forti et sapienti homine dignum, quid gravitas, quid altitudo animi, quid acta tua vita, quid studia, quid
artes, quibus a pueritia floruisti)”.
25. Della Casa 1962, p. 31.
26. Cic. ad fam., IV, 13. J’emprunte la date à J. Beaujeau, Cicéron,
Correspondance, t. VII (coll. des Univ. de Fr.), Paris, 1980, notice p. 83.
27. Cicéron évoque aussi, avec une exagération rhétorique, les événements de 63, lorsqu'il « sauva » la république avec l’aide de Nigidius (te
socio defensa res publica). A part cet extrait, Punique allusion aux contacts
Página 13
Ver en el PDF(se abre en una ventana nueva)La suite de la lettre de Cicéron semble toutefois sousentendre que Nigidius avait des adversaires 4 Rome, qui rapportaient 4 César des choses étranges le concernant (5. familiares vero eius, et ii quidem illi iucundissimi sunt, mirabiliter de
te et locuntur et sentiunt). Carcopino, comme beaucoup
d’autres auteurs aprés lui, reconnaissait que Cicéron fait ici
allusion à engagement de Nigidius dans une secte pythagoricienne. Selon leur opinion, César tardait à annuler l’exil de
Nigidius Figulus parce qu’il redoutait son activité en tant que
pythagoricien®.
HT.
SODALICIUM
SACRILEGH
NIGIDIANI
L’activité de Nigidius dans l’association clandestine pythagoricienne aurait inquiété César autant que son appartenance
au camp des Pompéiens”. La situation de Nigidius a été
postérieurs de Cicéron et de Nigidius se trouve dans la derniére phrase de la
lettre. Elle nous informe que Cicéron se sentait obligé d’aider Nigidius
puisque celui-ci lui avait porté secours dans la plus triste période de sa vie
(7. ego quae pertinere ad te itellegam, studiosissime omnia diligentissimeque
curabo tuorumque tristissimo meo tempore meritorum erga me memoriam
conseruabo). Il n’y a aucun doute que la période « la plus triste de sa vie»
était pour Cicéron l’année d’exil.
28. Voir Carcopino, La basilique, p. 198; Della Casa, Nigidio, 1962,
p. 37-40 ; M. Le Glay, Magie et sorcellerie à Rome au dernier siècle de la
République, dans Mélanges J. Heurgon, Rome, 1976, p. 129-131.
29. Selon Carcopino et les autres auteurs, les partisans de l’association,
réunis dans la maison de Nigidius, commentaient les hieroï logoi, attribués à
Pythagore ainsi que ceux qui ont été écrits par les pythagoriciens, et qui ont
été diffusés ensuite sous le nom d’Orphée. En faveur de cette thèse, on
invoque habituellement le témoignage de Servius dans les scolies à la
IV: Ecloge de Virgile (Serv?., ad Buc., IV, 10 [éd. Thilo, p. 46, 3] = Svoboda,
extr. 67 : Nigidius de diis lib LIT : quidam deos et eorum genera temporibus et
aetatibus <distinguunt>, inter quos et Orpheus: primum regnum Saturni,
deinde Iovis, tum Neptunium, inde Plutonis. Il est difficile de trouver un rapport entre extrait mentionné et le fonctionnement d'une association pythagoricienne 4 Rome car il s’agit d’un commentaire du vers dans lequel Virgile annonce le retour du royaume de Saturne sur Terre. En référence a ce
passage, le scholiaste cite l’opinion de Nigidius extraite de son traité De diis,
selon laquelle Orphée considérait le règne de Saturne comme le premier
règne sur Terre. Voir Carcopino, La basilique, p. 198 et 267.
Página 14
Ver en el PDF(se abre en una ventana nueva)aggravée par les accusations dirigées 4 Rome contre les pythagoriciens. On leur reprochait le recours, illégal, à la magie et à
Pastrologie. Un reproche pareil aurait pu être dirigé contre
Nigidius lui-même. D’après certains chercheurs, l'expression
Pythagoricus et magus illustre les accusations officielles dirigées
contre Nigidius”. C'est ainsi qu’est née parmi les historiens la
thèse selon laquelle il y aurait eu un procès contre Nigidius au
cours duquel celui-ci aurait été accusé non seulement d’avoir
dirigé un sodalicium, mais surtout pour avoir illégalement pratiqué la magie et l’astrologie. J. Annequin et W. H. S. Liebeschuetz inscrivent le procés de Nigidius en téte d’une longue liste
de procès pour magie, caractéristiques de l’époque impériale.
Selon Annequin, Nigidius a été inculpé en vertu de /ex Cornelia
de sicariis et veneficiis, qui s’appliquait aux empoisonneurs et
sorciers”. Liebeschuetz pousse encore plus loin ses réflexions. Il
paraît convaincu que l’expression Pythagoricus et magus, qui
figure dans la chronique de saint Jérôme, remonte à l’époque de
César et même à l’acte d’accusation officiel de Nigidius. Autrement dit, celui-ci aurait été accusé d’avoir fait partie d’une association pythagoricienne et d’avoir exercé des pratiques magiques interdites qu’on attribuait aux pythagoriciens?. Vu
30. Carcopino, La basilique, p. 197; Della Casa, Nigidio, p. 37-40;
M. L. Freyburger-Galland, G. Freyburger, J.-Ch. Tautil, Sectes religieuses
en Grèce et à Rome dans l'Antiquité paienne, Paris, 1986, p. 213.
31. Dans un premier
temps,
Carcopino
aborda cette
question de
manière prudente; l’idée du procès est apparue dans ses travaux postérieurs. L. Ferrero, Storia del Pitagorismo nel mondo romano, Torino, 1955,
p. 290, et M. Le Glay, Magie, p. 543, parlent seulement des accusations
dirigées contre Nigidius ; en revanche J. Annequin, Recherches sur l'action
magique et ses representaions (r" et IF siècle après J.-C.), Besançon, 1973,
p. 150-151, et J. H. W. G. Liebeschuetz, Continuity and Change in Roman
Religion, Oxford 1979, p. 129-130, mentionnent déjà le procès. Cette thèse
figure aussi dans la littérature juridique ; voir par exemple E. Massoneau,
La magie dans l'Antiquité romaine. La magie dans la littérature et les mœurs
romaines, Paris, 1934, p. 123.
32. Dans la discussion sur le procès de Nigidius, on évoque aussi le
témoignage de Dion Cassius (XLV, 1) selon lequel c'est l’intérêt de Nigidius
pour l'astrologie qui aurait suscité des problèmes. Cet argument n’a toutefois pas la force qu’on lui prête, parce que Dion Cassius écrivait à l’époque
où les accusations pour les différentes pratiques magiques et astrologiques
étaient très communes.
Página 15
Ver en el PDF(se abre en una ventana nueva)Pabsence de sources, la thèse sur le procés de Nigidius semble
inacceptable. Il est également difficile de déterminer quand un
tel procès aurait eu lieu.
Il faut consacrer ici quelques lignes à l'existence même, à
Rome, d’une association pythagoricienne dirigée par Nigidius
Figulus. Un texte anonyme, connu sous le nom de Jn Sallustium Crispum invectiva, permet de supposer l'existence d’un
sodalicium Nigidiani. En décrivant la jeunesse orageuse de
l'historien Salluste, l’auteur lui reproche de ne pas avoir
changé de mode de vie et d’avoir adhéré à l’association sacrilege de Nigidius (abiit in sodalicium sacrilegii Nigidiani)”.
L’auteur de l’Invective considérait l’appartenance à ce groupe
dirigé par Nigidius comme une chose fort blämable et nuisible
pour Salluste, et l'expression sodalicium sacrilegii ne laisse pas
de doutes“.
Nous pouvons aussi retrouver des preuves de Pexistence
d’une association dirigée par Nigidius Figulus dans un com33. Ce texte n’a certainement pas été écrit par Cicéron. Carcopino, qui
ne se souciait pas trop de la datation de l’invective, a admis que l’œuvre a
été créée à l’époque de Néron dans une école de rhétorique. Les philologues
sont généralement plus prudents et évitent une déclaration ferme. L'opinion
selon laquelle il s'agirait de l'exercice d’un rhéteur débutant jouit d’une
faveur grandissante. Quant à la datation, on peut uniquement déterminer,
par Panalyse de la langue, les dates extrêmes de la rédaction de l’Invective.
L'époque de Caligula serait le terminus ad quem et époque de Trajan un
terminus post quem. La deuxiéme date est suggérée par certaines expressions
qui ressemblent à la langue de Pline l’Ancien. Il est en revanche incontestable que l’Invective a été écrite comme réponse au pamphlet contre Cicéron, attribué à Salluste par Quintilien.
34. La question des relations réelles entre Salluste et Nigidius constitue
un problème à part. Suivant l'opinion de Carcopino, de nombreux auteurs
ont considéré comme probable l'appartenance de l’historien romain à
l'association pythagoricienne. Certains tendaient même à croire que ses
idées se sont formées sous l'influence du pythagorisme. C'est E. Tiffou qui
a remarqué la faiblesse de cette thèse. D’après Tiffou, les témoignages sur
les idées de Salluste sont insuffisantes pour permettre de déterminer aussi
fermement la source de ses conceptions éthiques. Cette remarque se réfère
aussi à la biographie de l'historien, dont la connaissance repose en fait surtout sur les allusions incluses dans ses œuvres. Aussi faut-il considérer la
thèse de l’appartenance de Salluste à l’association pythagoricienne comme
trop osée. Voir É. Tiffou, Essai sur la pensée morale de Salluste à la lumière
des ses œuvres, Paris, 1973, p. 158, n. 16.
Página 16
Ver en el PDF(se abre en una ventana nueva)mentaire de l’interrogatio in
Vatinium de Cicéron, daté du
Iv° siècle. Le scholiaste explique qu’à l’époque de Cicéron
vivait à Rome un certain Nigidius, connu pour son savoir et
son érudition, qui recevait dans sa maison beaucoup de gens.
Pour ses diffamateurs, ces gens n’étaient pas dignes de respect; ils se considéraient eux-mêmes comme des partisans de
Pythagore.
(fuit autem illis temporibus Nigidius quidam, vir
doctrina et eruditione studiorum praestantissimus, ad quem plurimi conveniebant. Hoc ab obtrectatoribus factio minus probabilis iactitatabantur, quamvis ipsi Pythagore sectatores existimari
vellent)*.
Le terme sacrilegium, ordinairement traduit par « sacrilege »,
signifie
dans
le
langage juridique
romain
le
vol
d’objets appartenant a un endroit sacré. Dans cette acception
étroite, le mot apparait dans des textes écrits sous la république. Les sacriléges les plus célébres sont ceux de Pleminius
(204 av.
J.-C.) et de Q.
Fulvius Flaccus (173 av. J.-C.),
décrits par Tite-LiveTM.
35. Swoboda donne la version factio, et tous les auteurs contemporains
la reprennent. Dans les manuscrits apparaît toutefois le terme actio; voir
schol. Bobbiensia Cic. In Vat, éd. Orelli, p. 317, éd. Hildebrandt, p. 116.
Dans les deux cas, le sens de la phrase citée reste le méme.
36. Aprés la prise de Locres par Scipion, son légat Q. Pleminius
dépouilla les temples de la cité, entre autres celui de Proserpine, particuliérement vénéré, où il y vola de l’argent. Des ambassadeurs de Locres venus
se plaindre à Rome rappelèrent aux sénateurs le crime de Pyrrhus qui avait
volé lui aussi l’argent de Proserpine : cet acte lui avait attiré de grands malheurs, et après le sacrilège, toutes ses entreprises avaient été vouées à
l'échec. Après avoir perdu sa flotte, il avait fini par rendre l’argent volé,
mais il mourut néanmoins sans avoir pu perdre sa mauvaise réputation.
Selon les envoyés, Pleminius connaissait très bien l’histoire de Pyrrhus, et
malgré cela il avait osé dépouiller le temple, au risque d’attirer la colère des
dieux sur la république. Il est curieux que Tite-Live ne qualifie pas directement de sacrilegium l'action de Pleminius, mais qu’il parle des mains sacrilèges, posées par le légat et ses camarades sur les trésors intouchables. Par cet
acte impie, ils se sont souillés, eux-mêmes, leurs maisons et les militaires
romains. Pleminius est mort dans une prison romaine en attendant son procès. Un autre cas célèbre de sacrilège est celui du censeur Q. Fulvius Flaccus. Il avait ordonné d’enlever les tuiles du toit du temple de Hera Licinia à
Crotone, pour en couvrir le temple de Fortune, qu'il faisait construire à
Rome. Fulvius fut réprimandé, les tuiles furent rendues, et Hèra devait
recevoir une offrande expiatoire. Malgré tout, le censeur n’évita pas une
Página 17
Ver en el PDF(se abre en una ventana nueva)Le terme sacrilegium pose aux chercheurs beaucoup plus
de problémes que les cas mentionnés ne le laissent supposer.
Ces exemples sont d’un caractére particulier, car sacrilegium y
apparait en tant que délit religieux ayant des conséquences
pour toute la communauté, ce qui demandait des sacrifices
expiatoires.
Mais certains cas de vol d’objets sacrés qui
correspondaient en principe au sacrilegium, au sens juridique
du terme, n’étaient pas considérés comme des crimes religieux.
Rien ne prouve donc que, dans les descriptions de Tite-Live,
nous soyons en présence d’une qualification juridique plus
que
d’un
jugement
éthique
des
actions
des
dignitaires
romains”. D’autres exemples prouvent en tout cas que dans
ce sens élargi, le terme pouvait couramment désigner des pratiques religieuses qui n'étaient pas acceptées par l’état”.
Dans l’invective pseudo-cicéronienne, le qualificatif sacrilegium n’a évidemment aucun rapport avec le vol de res sacrae,
comme dans les exemples mentionnés ci-dessus. Dans notre
texte, le terme sacrilegium est de toute évidence employé au sens
figuré et non pas au sens juridique. Il signalait qu’on attribuait
à Nigidius, et aux gens rassemblés autour de lui, des actions
infâmes, probablement liées aux pratiques religieuses étrangères à la tradition romaine”. Le texte cité prouve seulement
qu’autour de Nigidius se réunissait un groupe de gens liés par
un sodalicium, c’est-à-dire par une association amicale. Cette
opinion correspond au témoignage du scoliaste de Cicéron qui
évoque des gens qui se réunissaient dans la maison de Nigidius.
mauvaise fin. Touché des malheurs familiaux il s’est pendu, ce qui était souvent interprété comme une vengeance de la déesse (Tite-Live, XLII, 3
et 28). Les aventures de Pleminius et de Fulvius sont commentées par
J. Scheid, Le délit religieux dans la Rome tardo-républicaine, dans Le délit
religieux dans la cité antique (Table ronde, Rome 6-7 avril 1978), Rome,
1981, p. 138-142.
37. A. Dembifiski, « Sacrilegium » dans le droit romain (en polonais),
Lublin, 1995, p. 163-168.
38. J. Scheid, Religion et piété à Rome, Paris, 1985, p. 138.
39. Il faut aussi remarquer que Cicéron emploie le mot sacrilegus a
propos de Vatinius dans son In Vatinium : et Vatini latronis ac sacrilegi vox
audietur hoc postulantis, ut idem sibi concedatur quod Caesari?
Página 18
Ver en el PDF(se abre en una ventana nueva)toute
terminologie
nature:
latine
concernant
les
politiques,
religieuses,
syndicales,
355
associations
de
funéraires, etc. est très riche”. Factio, collegium, sodalitas sont les
qualificatifs les plus fréquents. Dans les textes de la fin de la
République, factio, au sens général, définit des groupes de
gens partageant les mémes idées politiques; on le traduit
souvent par « parti», ce qui ne convient qu’à moitié‘. En ce
qui concerne collegium et sodalitas, ces termes se référent aux
formes particulières de la factio et définissent les gens unis
pour se livrer 4 une activité collective durable.
Collegium
avait cependant une extension plus large au début et pouvait
s’attacher
à
toute
association,
corporative
ou
religieuse.
Sodalitas, en revanche, s’appliquait surtout aux associations
a caractére religieux (sodalitates sacrae), et, comme collegium, le terme n’avait pas de connotation péjorative. Cette
situation a changé pendant les derniéres années de la République où plusieurs associations, cachées sous le terme sodalitas, et crées souvent ad hoc par des clients et des amis d’un
homme
politique
influent,
participaient
aux
luttes
politiques”. L’utilisation du terme sodalicium était probablement
limitée, sous la République, aux associations politiques et,
comme Linderski ne l’exclut pas, amicales“. Dans les sources
40. P. ex. la liste des différents qualificatifs qui apparaissent dans les
sources littéraires ainsi qu’épigraphiques: F. M. de Robertis, Storia della
corporazioni e del regime associativo nel mondo romano, Bari, 1971, t. I,
p. 10-20 (avec la référence à J.-P. Waltzing, Etudes historiques sur les corporations professionnelles chez les Romains, Louvain, 1895, t. IV, p. 236-242).
41. J. Hellegouarc’h, Le vocabulaire latin des relations et des partis politiques sous la République, Paris, 1963, p. 100-106 ; pour des réflexions intéressantes sur l’extension du terme factio, voir R. Seager, « Factio », JRS, 62
(1972), p. 53-58.
42. Les sources disponibles suggérent que sodalicium était une forme de
sodalitas, mais il semble qu’a la fin de la République, la différence entre les
deux termes n’était plus ressentie. Le discours de Cicéron intitulé Pro Plancio peut servir ici d'exemple. Cicéron y mentionne la lex Licinia de sodaliciis
de l’année 55 av. J.-C. en vertu de laquelle on punissait les sodalitates.
43. J. Linderski, L'État et les « collegia ». Etude sur l'histoire association romaine au déclin de la République (en polonais), Cracovie, 1961, p. 19,
Página 19
Ver en el PDF(se abre en una ventana nueva)républicaines,
en
revanche,
sodalicium
n’a
pas
de
sens
culturel“.
La situation juridique des associations a subi un changement important sous le Principat, ce qui a également entrainé
des modifications terminologiques. Les factiones, si typiques
de la vie politique de la République tardive, ne jouaient plus
de rôle sous le Principat, pour des raisons évidentes, et le
terme lui-même a perdu ses connotations politiques. Pourtant,
comme le suggère Hellegouarc’h, le mot avait toujours une
connotation péjorative. Pour cette raison, certains auteurs
préféraient l’éviter. Par exemple, Suétone, parlant des tentatives d’Auguste qui essayait de rompre ses anciennes relations
avec les optimates, qualifie ces derniers de secta et non pas de
factio®. Au contraire, chez Apulée, factio apparaît en relation
avec une bande de brigands (armata factio)*. Leur mauvaise
connotation a certainement décidé du sort des deux termes à
Pepoque du Principat. Au sens d’association sodalitas n’est
plus guère utilisé, et définit dans des textes littéraires des liens
d’amitié et de bonne entente“.
Contrairement à sodalitas, sodalicium désigne encore une
association, mais il a perdu, comme factio, son aspect politique. Une précision est ici nécessaire: sodalicium en tant
qu’association n’apparaît que dans les inscriptions, où il est
44. Les accusations les plus fréquentes portées contre les associations
concernaient la corruption électorale, et avaient fini par susciter apparition
du terme crimen sodaliciorum. Cette notion désigne deux délits : la conscriptio (établissement des listes des tribules obligés de voter pour un candidat
donné), et la decuriatio tribulum (division des tribules en dizaines). Ce genre
de procédé menait à la création, dans le cadre de tribus électorales, d’une
sorte d’association qui servait de cadre à une fraude électorale (largitio). Ce
sont précisément ces associations qui sont appelées sodalicia dans la loi
de 55. Leur création et leur manipulation ont été considérées comme des
crimes, et les coupables étaient probablement exilés ou bien privés de leurs
biens. Voir Cic., Pro Plancio, XIX, 47 ; ainsi que Pro Caelio, VII, 16 ; Linderski, L'État, p. 83.
45. Suet., Aug., 12; Hellegouarc’h, Le vocabulaire, p. 100-109.
46. Apul., Met., III, 28; VII, 7; VIII, 1.
47. Tac., Ann., XV, 68.3 : Ceterum Neroni odium adversus Vestinum ex
intima sodalitate coeperat. Dans cette acception, le mot a déja été employé
par Cicéron, Verr., 1, 94; Brut., 166.
Página 20
Ver en el PDF(se abre en una ventana nueva)utilisé comme équivalent de collegium et se réfère aux organisations cultuelles. Dans les textes littéraires, il désigne, comme
sodalitas, des liens amicaux. En décrivant différents exemples
illustrant une grande amitié, Valére Maxime évoque Damon
et Phintias qui étaient initiés à la science des pythagoriciens
(Pythagoricae prudentiae sacris initiati) et appelle leur amitié
sodalicium*. Ovide utilise le même mot quand il évoque son
amitié juvénile avec l’élégiaque Properce”.
Pourquoi deux notions à connotation négative (sodalitas
et sodalicium) ont-elles fini par exprimer la même chose? La
réponse à cette question est difficile, parce que la langue est
parfois très capricieuse, mais, à mon avis, l’explication de
J. Linderski paraît convainquante. D’après cet historien, le
mot sodalitates qualifiait à la fin de la République surtout des
associations regroupant des représentants de l’élite sociale,
alors que les sodalicia regroupaient les personnes issues des
classes inférieures. Le terme s’est conservé, conclut Linderski,
car les associations ainsi appelées ont persisté. Au temps du
Principat, les associations de pauvres pouvaient fonctionner
légalement et même avoir certains privilèges. En revanche,
l’activité des différentes sortes de factiones avec la participation des nobles est devenue impossible.
Les deux témoignages analysés prouvent qu’il existait dans
l'Antiquité une tradition qui reliait le nom de Nigidius Figulus au fonctionnement d’une association mal famée. L'auteur
de l’Invective pseudo-cicéronienne a donné à cette association
le nom de sodalicium. Le scholiaste de Cicéron parlait à son
tour des gens qui se réunissaient dans la maison de Nigidius,
et qui passaient pour une factio (Swoboda) indigne de respect,
ou bien dont l’activité (actio) était indigne de respect (Orelli).
Ces remarques concernant la signification du terme sodali48. Val. Max., 4, 7, extrait 1: Admiratus amborum animum tyrannus
(c’est-à-dire Denys de Syracuse) supplicium fidei remisit insuperque eos rogavit ut se in societatem amicitiae tertium sodalicii gradum mutua culturum
benivolentia reciperent.
49. Ovid.,
Propertius.
Trist.,
IV,
10,
iure sodalicii,
quo mihi iunctus erat
Página 21
Ver en el PDF(se abre en una ventana nueva)cium nous permettent de formuler une conclusion de portée
générale. Le sodalicium Nigidiani n’avait pas d’existence juridique, pour trois raisons: 1 / Le sodalicium Nigidiani, mentionné
dans VJnvective contre Salluste,
ne peut pas être
compté parmi les associations soumises à lex Licinia et aux
législations de César et d’Auguste, car les sources conservées
ne prouvent nullement l’engagement direct de Nigidius dans
la lutte politique, et encore moins qu’il pouvait présider une
association mêlée à la corruption électorale. 2 / Sous l’empire,
sodalicium est toujours le terme technique employé pour qualifier des associations, mais, dans ce sens, il n’apparait que
dans des inscriptions”. Il est évident que le sodalicium Nigidiani n’a rien à voir avec les associations cultuelles mentionnées
par
les
sources
épigraphiques,
car
ces
associations
concernaient les collegia tenuiorum. 3 / Le terme sodalicium
apparaît dans les textes littéraires pour désigner des liens
informels d’amitié, et il n’y a aucune raison de supposer que
dans l’Invective contre Salluste, ce terme ait eu un autre sens
que chez Ovide ou Valère Maxime. Pour l’auteur de I’Invective, l’épithète sodalicium est neutre, et c’est seulement la qualification par sacrilegium qui lui confère un sens péjoratif.
Pour résumer, l’analyse des deux textes ne prouve nullement le fonctionnement d’un sodalicium Nigidiani au sens juridique. Dans les textes datant du Haut Empire le terme sodalicium désigne des liens informels d'amitié, et c’est dans ce sens
qu’il est employé dans l’Invective contre Salluste.
IV.
NIGIDIUS
FIGULUS
PYTHAGORICUS
ET
MAGUS
Nigidius Figulus était-il pythagoricien? On pourrait avoir
l'impression que cette question ne peut recevoir qu’une seule
50. Les auteurs qui étudient cette question ne citent qu’un seul autre
emploi non épigraphique du mot sodalicium dans le sens d’association
s’agit d’un passage, assez ambigu, du Digeste (27, 22, 1; Marcianus), dans
lequel apparaît le terme collegium sodalicium. Voir Hellegouarc’h, Le vocabulaire, p. 110.
Página 22
Ver en el PDF(se abre en una ventana nueva)réponse car d’après l’opinio communis le pythagorisme de
Nigidius va de soi. Il faudrait néanmoins réexaminer les arguments sur lesquels se fondent les historiens qui soutiennent
cette thése. En prenant en considération ce qu’on sait sur les
sources de saint Jérôme, on peut accepter qu’au temps de
Suétone, le nom de Nigidius renvoyait aux pythagoriciens.
Mais comment était-ce auparavant? Le témoignage le plus
important est celui que Cicéron donne dans sa traduction du
Timée de Platon (I, 1-2). Or, ce témoignage n’est à mon avis
pas aussi évident que certains historiens le voudraient.
Cicéron n’avait probablement pas intention de traduire
le texte entier de Platon. Il s’intéressait aux extraits qu’il
aurait pu inclure dans son futur dialogue sur la philosophie
de la nature. On ne peut pas exclure que les interlocuteurs de
ce dialogue auraient été: Cicéron, Nigidius Figulus et le
péripatéticien Cratippos.
C’est ce que semble indiquer la
participation de ces personnages à la discussion mentionnée
dans le
Timée cicéronien". Cicéron y appelle Nigidius le
rénovateur
des
sciences
pythagoriciennes
en
Italie,
ce
qui peut signifier que dans son dialogue futur, il entendait
lui
attribuer
le
rôle
de
porte-parole
des
idées
pytha-
51. Le contexte présenté dans l'introduction à la traduction de Timée
semble typique, et elle se rencontre dans d’autres dialogues philosophiques
de Cicéron. Tout semble prouver que la rencontre à Éphèse a été inventée
par Cicéron, comme Plutarque a inventé la discussion entre Caton l’Ancien
et Nearque à Tarente.
Pour quelle raison? Certainement pour rendre
crédible la discussion philosophique qu’il projetait de présenter dans
l'œuvre qu'il projetait. Cicéron se réfère plusieurs fois, dans ses écrits, aux
discussions philosophiques qu’il avait avec les personnages de ses dialogues,
ou bien à des discussions entre personnalités historiques, situées dans le
passé. Toutes ces rencontres avaient un décor semblable. J. Linderski
présente une liste intéressante de ces dialogorum loca, ainsi que les noms des
Romains participant à ces réunions (Garden Parlors, Nobles and
Birds, dans Roman Questions. Selected Papers, Stuttgart, 1995, p. 46-49).
Caton le Censeur ouvre la liste, et les noms de dix-huit consulaires suivent.
A part Cratippos, il n’y a aucun Grec dans la liste car seuls les Romains, et
plus précisément l'élite politique romaine, pouvaient participer aux discussions philosophiques de Cicéron. Il est intéressant de se rappeler qu’en
été 45 av. J-C., quand naissait la traduction du Timée, Nigidius Figulus
était déjà mort, et Cicéron devait le savoir car il parle de lui au passé (fuit
enim vir...).
Página 23
Ver en el PDF(se abre en una ventana nueva)goriciennes”. L’expression denique sic iudico prouverait que,
selon Cicéron, les idées de Nigidius étaient pythagoriciennes.
Il est difficile de déterminer si cette opinion était partagée
par d’autres, et davantage encore d’en découvrir l’origine.
Cicéron n’explique
pas en
quoi consistait exactement le
pythagorisme de Nigidius.
L'absence de toute référence au pythagorisme de Nigidius
dans la lettre de Cicéron que nous avons déjà citée est étonnante. Della Casa y a consacré un chapitre entier de son travail. Selon elle, en écrivant l'introduction au Timée, Cicéron
aurait utilisé les brouillons du discours De clementia Caesaris,
qu'il préparait pour convaincre César d’annuler l’exil de Nigidius. Della Casa rappelle deux discours analogues de Cicéron
pour défendre Q. Ligarius et M. Marcellus, en soulignant la
ressemblance profonde entre le discours pour Nigidius, qui
était à l’état d’ébauche, et ceux qui sont conservés: le Pro
Ligario, le Pro Deiotaro et le Pro Marcello. Cicéron aurait
arrêté son entreprise en apprenant la mort de Nigidius, et
aurait décidé de révéler, dans l’introduction du Timée, que
Nigidius avait été pythagoricien. Il ne l’aurait pas fait auparavant de peur de lui nuire. Cette thèse est fondée sur la conviction que les pythagoriciens se réunissaient à Rome dans des
organisations clandestines, persécutées par l’État. D’après
Della
Casa,
les
mots
énigmatiques
de
Cicéron,
dans
l'introduction à la traduction du Timée, se réfèrent à cet
aspect de l’œuvre de Nigidius. Il en résulterait que l’orateur
ne considérait pas seulement Nigidius comme un spécialiste
des sciences dignes d’un homme libre, mais qu’il lui attribuait
également la connaissance des événements impressionnants
dissimulés par la nature (fuit enim vir ille cum ceteris artibus,
quae quidem dignae libero essent, ornatus omnibus, tum acer
investigator et diligens earum rerum, quae a natura involutatae
52. Cic., Tim., I, 2: denique sic iudico, post illos nobiles Pythagoreos,
quorum disciplina extincta est quodam modo, cum aliquot saecula in Italia
Siciliaque viguisset, hunc extitisse qui illam renovaret.
53. Della Casa, Nigidio, p. 37-53.
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Ver en el PDF(se abre en una ventana nueva)videntur)*. Il en va de même pour l’allusion, dans la lettre de
Cicéron, aux rumeurs étranges concernant Nigidius qui circulaient l’entourage de César (mirabiliter de te locuntur et sentiunt)®. Carcopino, Della Casa et les autres auteurs partageant leurs opinions liaient ces remarques à l’intérét, attribué
à Nigidius, pour la magie et l’astrologie, caractéristiques,
selon eux, des pythagoriciens.
Seulement quelques phrases éparses, retrouvées dans les
œuvres des auteurs postérieurs, se sont conservées de la vaste
œuvre de Nigidius. Selon moi, elles ne permettent pas de préciser quelles étaient ses idées philosophiques et religieuses.
Aulu-Gelle a appelé Nigidius l’homme le plus savant de son
époque à côté de Varron. Mais il ne relie nullement les idées
de Nigidius au pythagorisme*, Della Casa a analysé les commentaires grammaticaux et lexicographiques conservés sous
54. Comme plusieurs autres auteurs (parmi lesquels Carcopino, La
basilique, p. 259), Della Casa était convaincue que Cicéron et Nigidius
étaient amis depuis plusieurs années, et que le début de cette amitié remontait au temps du consulat de Cicéron et de l’affaire de Catilina. Nous pouvons déduire de la lettre citée (ad fam., IV, 13, 7) que Cicéron aidait Nigidius pour le remercier de l’avoir soutenu pendant son exil. Il n’y a en
revanche aucune référence aux relations postérieures entre les deux correspondants. Le contraste est visible par rapport aux lettres à ses autres amis,
par exemple ad fam., IV, 3, IV, 4 (a Servius Sulpicius), ou XIII, 68 (à Servilius Isauricus). Les lettres adressées aux personnes que Cicéron aidait a rentrer dans la confiance de César sont également différentes. Le motif de
l’amitié entre Cicéron et Nigidius est également présent chez Plutarque. Le
contexte indique que Plutarque fait de cette amitié un mythe littéraire. Cet
aspect a été développé par E. Rawson qui suggère que l’image des relations
entre Cicéron et Nigidius, telle que Cicéron d’abord, et Plutarque ensuite
Pont présentée (Cic., 20, 3; Mor., 797 d), correspond au modèle littéraire
des relations parfaites entre un philosophe et un homme politique. D’autres
couples de ce genre sont formés par Scipio Emilien et Panétius, ou par
Caton et Athénodore. Voir E. Rawson, Roman Rulers and the Philosophic
Adviser, dans Philosophia togata. Essays on Philosophy and Roman Society,
Oxford, 1989, p. 236.
55. Cic., ad fam., IV, 13.
56. Aul. Gell., XIX, 14, 1-3: aetas M. Ciceronis et C. Caesaris praestanti facundia viros paucos habuit, doctrinam autem multiformium variarumque artium, quibus humanitas erudita est, columina habuit M. Varronem
et P. Nigidium. Nous retrouvons cette comparaison de Nigidius à Varron
également chez Servius, ad Aen., X, 175 : Nigidius autem solus est post Varronem, licet Varro paracellat in theologia, hic in communis litteris.
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Ver en el PDF(se abre en una ventana nueva)langle de leurs relations avec l’école pythagoricienne”. Cette
partie des réflexions de l’auteur italien a suscité le scepticisme
de H. Thesleff. Selon lui, un seul extrait des commentaires de
Nigidius cités dans le recueil de Swoboda pourrait refléter des
idées pythagoriciennes. Il s’agit de la remarque, mentionnée
par Aulu-Gelle, que Nigidius voyait origine du mot frater
dans l’expression fere alter. Thesleff constate, dans le résumé
de ses remarques, qu’il est difficile de considérer les autres
fragments des écrits de Nigidius comme pythagoriciens. Les
éléments caractéristiques de la pensée pythagoricienne, également
présents
dans
les
textes
pseudo-pythagoriciens
de
l’époque hellénistique, comme par exemple : les réflexions sur
la métempsycose, sur le rôle de la musique, de la géométrie et
surtout de la science de nombres sont difficilement repérables
dans les textes de Nigidius. Les extraits conservés ne paraissent pas prouver, non plus, l'intérêt de Nigidius pour les principes éthiques du pythagorisme”.
Les auteurs de l’Antiquité mettaient Nigidius en relation
avec deux prédictions célèbres. La première aurait annoncé le
règne d’Octavien, et la seconde, la catastrophe des guerres
civiles. D’après Suétone, Nigidius Figulus aurait déclaré, en
57. Della Casa, Nigidio, p. 55-110.
58. Aul. Gell., XIII, 10, 4 = Swob., 50. Voir Della Casa, Nigidio, p. 95.
D’aprés Porphyre (V. P., 33) un ami aurait été pour Pythagore son alter
ego.
59. Della Casa cherche les éléments pythagoriciens là où ce n'est pas
toujours nécessaire. Un exemple intéressant, qui illustre parfaitement les
problèmes que pose l'interprétation des extraits de l’œuvre de Nigidius, est
constitué par la phrase de son traité De diis, concernant les Pénates : Nigidius Penates deos Neptunum esse atque Apollinem prodidit, qui quondam
muris immortalibus Ilium condictione adiuncta cinxerunt (Arnob., Adv. nat.,
TIL, 40= Swob., 69). A cette théorie sur les Pénates se référent aussi
Macrobe (Sat., III, 4) et le scholiaste de Virgile (Serv. Dan., ad Aen., I,
378). Carcopino (La basilique, p. 365), qui admet a priori que la phrase en
question doit être analysée dans le contexte pythagoricien, y cherche
l'explication des thèmes iconographiques de la basilique de la Porta Maggiore. Della Casa voit dans les Pénates de Nigidius les héros pythagoriciens
(p. 132-133). Le témoignage mentionné a été minutieusement analysé par
P. Mastandrea qui, sur cette base, reconstitue les idées de Cornelius Labeo,
voir Un neoplatonico Cornelio Labeone, Leiden, 1979 (EPRO), p. 112-119.
L'auteur n’a trouvé aucun motif pythagoricien dans l'extrait cité.
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Ver en el PDF(se abre en una ventana nueva)apprenant l’heure de la naissance d’Auguste, que le seigneur
du monde venait de naître (adfirmasse dominum terrarum orbi
natum)®. Lucain rappelle la deuxième prédiction en décrivant
l'ambiance de terreur qui régnait à Rome après que César eut
franchi le Rubicon. Selon Nigidius, la configuration astrale de
ce jour-là annonçait une catastrophe pour Rome (nulla cum
lege per aevum, mendus et incerto discurrunt sidera motu, Urbi
generique paratur humano matura lues), suivi malgré tout de
la paix (cum domino pax ista venit)®. Lucain décrit Nigidius
comme celui qui a compris les dieux et les mystères du ciel
(cui cura deos secretaque caeli nosse fuit), et place
ses
capacités dans ce domaine au-dessus de celles des astronomes
égyptiens”.
Nigidius a dédié plusieurs textes consacrés aux différents
types de divination, mais, malgré la renommée de l’auteur, ils
étaient rarement lus à cause de leur contenu ambigu. Le
traité De extis, ainsi que les livres consacrés à l’augurium pri60. Suet., Aug., 94 et aussi Cass. Dio, XLV, 1-3.
61. Luc., Phars., I, 639-672. L'existence d’une ambiance prophétique
dans les moments de danger et de crise politique n’est pas étonnante. Mais
est-ce que ces prédictions paraissaient spontanément, ou bien elles étaient
propagées avec complaisance afin de produire un effet particulier ? Certains
auteurs posent cette question à propos du témoignage de Lucain.
W. D. Lebek (Lucans Pharsalia. Dichtungsstruktur und Zeitbezug, Gôttingen, 1976, p. 168-170) est partisan de thèse sur la provenance optimate de la
prédiction de Nigidius, mais il admet qu’elle a déjà été diffusée en 49.
Nadia Berti n’en est pas sûre. Elle remarque l'absence de toute allusion à
des prophéties liées au franchissement du Rubicon dans la correspondance
de Cicéron après 49. Cela prouverait que, à cette époque-là, on ne voyait
rien de symbolique dans cet événement, et que toutes les interprétations
sont plus récentes. La prédiction en question a pu être diffusée par les
adversaires de César. Voir Rubicone, confine religioso e politico, e l’inizio
della guerra civile tra Cesare e Pompeo, Contrbuti dell’Istituto di storia
antica dell'Univer. del Sacro Cuore, Vita e pensiero, 13 (1987), p. 212-233.
62. Luc., I, 639: quem non stellarum Aegyptia Memphis aequaret visu
numerisque moventibus astra. Voir Schol., ad Luc., 1, 639: in Memphi non
est aliquis, qui tantum valeat in stellis vel in planetis. Les expériences de Nigidius dans l’observation du ciel sont aussi mentionnées par saint Augustin,
voir De civ. dei, V, 3.
63. Aul. Gell., XIX, 14, 3: Nigidianae autem commentationnes non
proinde in volgus exerunt et obscuritas subtilitasque earum tamquam parum
utilis derelicta est.
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Ver en el PDF(se abre en una ventana nueva)vatum, en constituent deux exemples“. Une citation intéressante est conservée dans une scholie au dixième livre de
l’Eneide, dans laquelle Servius attribue à Nigidius l’expression
interpres hominum divumque*. Cette citation a été considérée
par Swoboda comme un extrait du Liber auguralis, et par
Kroll comme une partie du De augurio privato mentionné par
Aulu-Gelle. Jean le Lydien attribue aussi à Nigidius une
œuvre sur les rêves.
En ce qui concerne l'intérêt de Nigidius pour la divination,
il faut aussi mentionner le calendrier brontoscopique dont la
traduction
grecque
s’est
conservée
dans
De
ostentis
du
Lydien”. Le texte montre que le calendrier remonte à la tradition étrusque et que Nigidius Figulus l’a adapté à l’usage des
Romains. D’après A. Piganiol, Nigidius était peut-être même
membre du collège des haruspices, en raison de certaines ressemblances entre le texte De ostentis et la réponse célèbre des
haruspices en 56, connue par le De haruspicum responso de
Cicéron®. La ressemblance entre ces formules ne peut toutefois pas prouver que Nigidius a participé à la rédaction de la
réponse de 56, comme le suggère Piganiol.
La thèse de
64. Aul. Gell., XVI, 6, 12 = Swob., 81 ; Aul Gell., VII, 6, 10 = Swob., 80.
65. Serv., ad Aen., X, 175 = Swob., 79 : « interpres » medium est : nam
et deorum interpretator et hominum, quibus divinas indicat mentes, interpres
vocatur et notandum, quod ait Nigidius Figulus, has artes ita inter sese esse
coniuctas, ut alterum sine altero esse non possit. Kroll, RE, coll. 204.
66. Ioan. Lydus, 45 (Wschm.) = Swob., 82. Carcopino attachait une
grande importance au fait que Nigidius était l’auteur d’un traité sur
l'explication des rêves car c'est pendant le rêve que l’âme quitte le corps
pour aller « jusqu’au dieu de Pythagore » (La basilique, p. 202). L'intérêt de
Nigidius pour cette problématique serait donc, selon cet auteur, la conséquence naturelle de ses relations avec le pythagorisme.
67. loan. Lydus, De ostentis, c. 27-38 (Wachsm.) = Swobod., 83.
68. Le rôle de Nigidius dans la diffusion des croyances étrusques est
particulièrement souligné par S. Weinstock, Libri fulgurales, PBSR, 19
(1951), p. 141. On trouvera un résumé de la discussion au sujet du calendrier chez : C. Ampolo, Lotte sociali in Italia centrale. Un documento controverso : il calendario brontoscopico attribuito a Nigidio Figulo, Opus, IXX (1990-1991), p. 185-190.
69. A. Piganiol, Sur le calendrier brontoscopique de Nigidius Figulus,
dans P. R. Coleman, C. Norton (ed.), Studies in Roman and Social History
in honor of Allan Johnson, Princeton, 1951, p. 79-87.
Página 28
Ver en el PDF(se abre en una ventana nueva)l’appartenance de Nigidius au collège d’haruspices inspire des
sérieux doutes, pour deux raisons au moins. D’abord l'intérêt
pour la divination d’origine étrusque était fort répandu dans
l'élite de l’époque. Les hommes politiques s'intéressaient a la
science des augures, ainsi qu’à la science des Étrusques, et
beaucoup d’ceuvres concernant ce sujet a été écrits au I° siècle
av. J.-C. Tout paraît ensuite prouver que, sous la République, les membres de l’ordre sénatorial ne pouvaient pas
appartenir au collège des haruspices.
Cette fonction était
exercée par des spécialistes d’origine étrusque.
V.
CONCLUSION
La conception romaine de la magie se forme en deux étapes. Quand le terme apparaît à la fin de la République, il ne
s'applique qu’à l’art des mages persans, et rien n'indique
qu’on désignait par ce terme les pratiques de sorcellerie. La
situation change au I“ siècle apr. J.-C., quand le veneficium
commence à être lié à la magie. Au cours du siècle suivant, la
magie conserve cette ambivalence. Sous l’Empire, la magie, en
tant que théorie des mages et comme pratique magique concrète, jouit d’une grande popularité. Les poètes et les philosophes s’y intéressent; elle sert aussi d’instrument dans la lutte
politique et dans les conflits religieux. Pour plusieurs auteurs
des premiers siècles de l’Empire, les termes magia et magorum
sacra renvoient surtout aux pratiques divinatoires (p. ex.
hydromancie), auxquelles on attribuait souvent une origine
orientale”. La magie était également comprise comme une
70. Voir J. O. Lenaghan, A Commentary on Cicero’s Oration « De
haruspicum responso », The Hague, 1969, p. 158-159, et J. North, Diviners
and divination at Rome, dans M. Byrd, J. North (ed.), Pagan Priest. Religion and Power in the Ancient World, London, 1990, p. 67-70.
71. Sur
la
conception
de
la
magie
dans
le
monde
romain,
voir
R. Garossi, Indagini sulla formazione del’concetto di magia nella cultura
romana, dans P. Xella (éd.), Magia. Studi di Storia delle religioni in memo-
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Ver en el PDF(se abre en una ventana nueva)sorte de philosophie théologique. Selon Apulée, le nom de
mage était attribué 4 des gens qui tentaient de comprendre la
Providence gouvernant l’Univers, et Pythagore en était un.
Dans une des lettres d’Apollonius de Tyane apparaît l’idée
selon laquelle tous les philosophes pieux et justes, et non seulement Pythagore et ses partisans, sont des mages”. R. Mac
Mullen suppose qu’au n° siècle apr. J.-C. les mots magus et
philosophus pouvaient être substitués l’un l’autre”.
A la lumière de ces remarques l'expression Pythagoricus
et magus, appliquée à Nigidius, prend un sens nouveau. Les
extraits
conservés
de
ses écrits
les
signalent
comme
un
spécialiste de la disciplina Etrusca, de l’astrologie entendue
comme science des lois gouvernant le mouvement des astres,
et
de
la
divination
astrologique.
Pour les
auteurs
écrivant sous l’Empire, Nigidius était forcément pythagoricien
puisque ce genre de savoir était lié au nom de Pythagore. À
la fin de la République, cette sorte d’intérêt n’était toutefois
pas exceptionelle à Rome. Les questions linguistiques que
Della Casa considère comme caractéristiques du pythagorisme
appartenaient
aux
sujets
préférés
des
érudits
de
l’époque“. La popularité des idées astrologiques est attestée
par toute la littérature du débout de notre ère. De Varron à
ria di R. Garossi, Roma 1976, p. 30-32; F. Graf, La magie dans | ‘Antiquité
gréco-romaine, Paris, 1994, p. 69-70; J.-B. Clerc, « Homini magici » Étude
sur la sorcellerie et la magie dans la société romaine impériale, Publications
Universitaires Européennes, série III, vol. 673, Berne, Berlin, Frankfort/M.,
New York, Paris, Vienne, 1995, p. 153-156.
72. Apul., Apol., 27; Apoll. Tyan., Ep., 16. Pythagore a été appelé
mage par le destinataire de la lettre, le philosophe stoicien Euphratés.
73. Voir Min. Felix, Octav., 27: magi et philosophi; Firm. Maternus,
Math., 3.2.18 : magi vel philosophi ; commentaire du livre de Daniel fait par
saint Jérôme: magi qui de singulis philosophantur (In Dan., Il, 2, PL 25).
R. Mac Mullen, Ennemies of the Roman Order. Treason, Unrest and Alienation in the Empire, Harvard Univesity Press, 1966, p. 110-111, p. 320, n° 16.
74. On trouvera des remarques intéressantes concernant la tradition
romaine d’études sur la langue que contient le livre de C. Moatti, La Raison
de Rome. Naissance de l'esprit critique à la fin de la République, Paris, 1997,
p. ex. p. 136-139. Elle souligne qu’a la fin de la République, il y avait une
sorte de dialogue entre les représentants des différentes disciplines: les
grammairiens, les philosophes et les juristes.
Página 30
Ver en el PDF(se abre en una ventana nueva)Virgile et Ovide, tous les auteurs étaient fascinés par le
« mysticisme astral» et par les différents aspects de la divination
astrologique.
Dans
ce
sens,
on
peut
évidemment
accepter qu’ils « pythagorisaient », mais l’idée de leur attribuer une organisation sociale particulière, comme Va fait
Carcopino, et de suggérer qu’une partie d’eux (tels Varron,
Salluste, ou Ovide) ait appartenu à des associations pythagoriciennes clandestines à caractère politique est, selon moi,
exagérée.
Instytut Historii i Archiwistyki
PL Teatralny 2 a
87-100 Torun (Pologne)