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TOME VII
¡BO
4938
NOTE SUR UNE INTERPRÉTATION ERRONEE
D'UNE DÉFINITION PYTHAGORICIENNE
DE LA LIGNE GÉOMÉTRIQUE
par Paul Ver EEcKE
Proclus, dans son Commentaire sur le premier livre des Éléments
d’Euclide, discute longuement les trente-cinq définitions placées
en tête de cet ouvrage (1). La seconde définition, exprimée par les
mots: yoau) de pros axdatés, c'est-à-dire: la ligne est une
longueur sans largeur, donne lieu à diverses considérations à la suite
waPeIERNoeLTO
.
L’Antiquité
Classique
Revue semestrielle publiée sous la direction de
—
A. Carnoy, F. Cumont,
J. Bidez,
A. Delatte,
H. Grégoire,
H. Van de Weerd
desquelles Proclus nous rapporte deux autres définitions de la ligne,
qu'il attribue à des auteurs pythagoriciens.
.
La première dit que la ligne est le flux ou l'écoulement du point
(dios onpelov), et Proclus la trouve insuffisante, parce qu'elle lui
semble expliquer la ligne par sa cause génératrice méme, et ne pas
s'appliquer à toutes les lignes, mais seulement à la ligne immatérielle.
.
Avec
le concours
de la Fondation Universitaire
|
La seconde définition est exprimée par la phrase:
puéye0os ¿p'
Er dvacrardy.. Or, la première version latine du Commentaire de
et du Patrimoine
de l'Université de Liége
| Met den steun van het Vermogen der Rijksuniversiteit te Gent
Proclus, éditée à Padoue, en 1560, par Fr. Barocius, traduit cette
définition par: « magnitudo uno contenta intervallo », c'est-à-dire:
la ligne est une grandeur comprise par, ou dans un seul intervalle,
Traduite de cette manière, la définition n'a pas de sens acceptable; car l'intervalle en soi n'existe pas dans l'espace absolu; il
(1) ProcLi Diapocai in primum Euclidis Elementorum librum commentarit
ex recognilione. G. FRIEDLEIN, Lipsiae, 1873, in-8°. Voir p. 96.
(2) Proczr Dravocut. Lycii philosophi Piatonici ac mathematici probatissimi
in primum Euclidis Elementorum librum commentariorum ad universam mathemalicam disciplinam principium eruditionis tradentium libbri TV. A Francisco
Banocio patricio veneto, etc. Patavil, 1560, in-4°. Voir p. 56, L 21.
P. VER EEckE, Nole sur une interprétation erronée d'une définition pythagoricienne de la ligne géométrique : AC 1938 271-273. | La seconde définition
pythagoricienne de la ligne, citée par Proclus dans son commentaire au premier livre des Eléments d’Euclide, p. 96, a été mal traduite par Baroclus
(Padoue, 1560) et cette erreur s’est maintenue jusqu'ici. Cependant le texte |
uear clair et signifle : la ligne est une grandeur dimensionnée d’une seule |
‘manière.
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NOTE SUR UNE INTERPRÉTATION ERRONÉE
n’est déterminé que par la distance qui sépare deux corps sensibles
ou imaginaires, et, méme ainsi déterminé, il peut comprendre,
non seulement une grandeur linéaire, mais aussi les grandeurs à
deux et à trois dimensions.
ou 4 comprendre », qui n'existe pas et n’est pas davantage sous-
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La traduction défectueuse de Barocius fut néanmoins admise
depuis lors, sur la foi de ce dernier, par divers auteurs, qui se sont
d’autant plus efforcés de lui donner un sens, que Proclus dit, en
outre, que cette définition est complète ou parfaite (r£Asıog), et
entendu dans le texte grec. De sorte que la vraie traduction doit
être : « La ligne est une grandeur dimensionnée d'une seule manière»,
ou bien : La ligne est une grandeur unidimensionnelle. Ainsi donc,
Proclus, ou plutôt le pythagoricien anonyme auquel il se rapporte,
au lieu d’avoir donné de la ligne la définition absurde qui résulte
de la version de Barocius, en a donné une excellente, et peut-être
la meilleure.
qu'elle exprime l'essence même de la ligne (tv odolav onpaivwy
The yeauuño)).
Anvers, nov. 1938.
Ainsi, par exemple, Clavius, dans son célèbre commentaire des
Éléments d’Euclide, publié à Rome, en 1589, mentionne cette
définition dans les termes de Barocius, et en donne la vaine explication suivante: Hinc factum est ut alii dixerint lineam nil esse
aliud quam puncti fluxum; alii vero magnitudinem uno contentam
intervallo. Potest enim linea unico tantum modo, utpote secundum
longitudinem secari atque dividi ().
Un autre auteur,
Le Mardelé, dans une des premières traductions
françaises des Éléments d’Euclide, éditée à Paris, en 1632, dit, à
propos de cette même définition : Quelques-uns disent que la ligne
est une quantité qui a un intervalle; car la ligne peut être coupée
en une seule manière, à savoir: selon la longitude (?). Cette explication est aussi vaine que la précédente.
Voyons dès lors d’où vient l’erreur de Barocius, qui s’est maintenue jusqu'ici, faute d'en référer au texte grec mieux entendu. Elle
résulte de ce que Barocius doit avoir confondu l'adjectif diaotatds,
c'est-à-dire: ce qui a des dimensions, ou ce qui est dimensionné,
avec l’un ou l'autre des substantifs didorgua ou didoracis, qui
signifient tous deux « intervalle » ; puis, de ce qu'il a donné à l'expression éy’ éy le sens de « par un»
au lieu du sens « d’être d'une
seule manière » ; et enfin, de ce qu'il a introduit le verbe « contenir »
(1) EucLmis Elementorum libri XV. Accessit
XVI de Solidorum regularium
cujuslibet intra quotlibel comparatione. Omnes perspicuis demonstrationibus
accuratisque scholiis illustrati, etc. Auctore Christophoro CLavio Bambergensi
e Societate Jesu. Romae, 1589, 2 vol. in-8. Voir p. 29.
(2) Les quinze livres des Éléments géométriques d’Euclide Mégarien
du grec en François, et augmentés de
traduits
plusieurs figures et démonstrations, avec la
correction des erreurs commises es autres traducteurs. Le tout par P. Le MARnELE.
Paris, 1632, in-8°: Voir p. 8,