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JOSEPH COMBES
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S YMBOLIQUE DE L'INTELLECT
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DANS L'IN PARMENIDEM DE DAMASCIUS!
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D’après les néoplatoniciens, Platon, en déterminant dans la deuxième hypothèse du Parménide? les prédicats fondamentaux de l’un-qui-est, déroule la
série des matrices divines des diacosmes, lesquelles deviennent dans l’intellect
autant de genres et de formes. « Il faut donc réfléchir sur tous ces prédicats
comme sur des genres qu’admet Parménide? pour suggérer de façon symbolique et spécifique les diacosmes parfaits et divins. »*
Rappelons, au préalable, que tout ce discours ne s’inaugure qu’en deçà du
silence du principe, qui ne se laisse même pas atteindre dans l'opposition du
silence au discours, car l’un ne se contente pas de ne pas être ce qu'est l'être; il
n'est le contraire de rien, n'étant même pas en négatif ce qu'est l’être en positif. Mais, s’enfuyant de toute opposition, l'un libère la spontanéité de l'être et,
avec sa totalité. le pouvoir de sa division. L'un, parce qu’il n'entre en aucune
relation et en aucun système, offre à la procession autoconstituante de l’être la
possibilité de se produire, en produisant elle-même l'expressivité dont elle a
besoin pour devenir consciente dans l’intellect et dans l'âme; car c’est avec les
formes intellectives et psychiques” que se produit le récit de la genèse antéricure de l’être et de ses genres, sur le fond de la négation radicale, propre à la
première hypothèse, Celle-ci nie de l’un tout prédicat et même son contraire;
elle interdit par là tout langage préalable, en exigeant que le discours de l’être
1. In Parmenidem, dans C.-E. Ruelle (édit.), Damascius, Dubitationes et Solutiones, Paris
1889 (Bruxelles 1964; Amsterdam 1966), t. II, p. 130-212; cité désonmais In Parm. R II
_Combés Joseph, Symbotique de l'intellect dans l'In Parmenidem de Damascius:
Mélanges J. Pépin (cf. N° 15870) 433-450. |
Présentation
de
2. Platon, Parménide 142
b 1-155e 3; cité Parm.
quelques
'
aspects de la symbolique des intellectifs, ressaisie à partir de la loi triadique de
|
toute la procession qui, de l'un-être au troisième intellect, rythme. par paliers
|
successifs, accès de la triade à sa propre réflexivité.
(1507
3. Le personnage du dialogue de Platon.
1
4. In Parm. RIL, p. 151, 19-21.
5. Cf. Damascius, De princ. C-W, II, p. 188, 8-12; III, p. 57, 20-21 (= Damascius, Traité
des Premiers Principes, Combès-Westerink (édit.), CUF, 3 vol., Paris 1986-1991).
6. Parm. 137 c 4-142 a 8. En l'absence du commentaire de cette hypothèse dans I'/n
Parmenidem de Damascius, ces réflexions préliminaires sont inférées de la doctrine du De
principiis.
Página 2
Ver en el PDF(se abre en una ventana nueva)se fonde lui-même dans sa relativité et sa cohérence, à partir de l’autoconstisignifie pleinement que convertie dans sa loi réalisatrice, qui est la substance
tution de l'un-étre (ou de l’unifié, hénoménon?), laquelle s’exprime ensuite
initiale, Ici encore, il y a eu détente et explicitation selon le même schème
435
dans la procession des ordres pour devenir consciente dans l’autoconstitution
triadique des opérations (manence, procession, conversion), des niveaux de
de l’intellect et de l'âme.
réalité (substance, vie, intellect vital), des fonctions chaldaïques (père, puis-
De la surabondance de l’un-être, dont la relation interne se pose sur
sance, intellect), des divinités (Iynges rassembleuses, Mainteneurs, Télétarques
l’absence absolue d’un système de relations, naît la loi même de tout discours.
dans le chaldaïsme; Nuit, Ouranos, Héchatonchires dans l'orphisme), enfin des
C'est la suivante, selon les prédicats du Parmenide: Vunité de Vun-étre s'explinombres (monade, dyade, triade). Telle est la triade des intelligibles-intelcite comme totalité en ses parties, pour apparaître enfin pluralité infinie®. Si
lectifs, ainsi nommés depuis Proclus et Syrianus, du fait que intelligible, par
l'on considère l’un-être comme l’unifié a priori d'un et d'être, il apparaît donc
la médiation de la vie, se modalise en direction de l’intellect. Ajoutons que, du
comme un principe d'abord indifférencié, puis en train de se différencier
point de vue de la symbolique des nombres, Damascius s’accorde avec Proclus
comme un tout en ses parties, pour être enfin différencié en une pluralité
pour dire que, de fagon plus appropriée,
intelligible illimitée. La loi de tout discours se révèle dans ce passage de
Vimplicite à l’explicite, à travers une médiation qui est encore l’un-être en
train de vouloir se dire. Du point de vue des opérations, on parlera de la
manence de l’être, puis de sa procession en cours, enfin de sa procession achevéc qui n’intégre son sens que dans la prise de conscience de sa médiation et de
son point de départ, c’est-à-dire dans une conversion. Du point de vue des
niveaux de réalité, on dira, en utilisant les dénominations néoplatoniciennes,
«au sommet des intelligibles-intellectifs correspond la tétrade comme
source de tout le nombre en perpétuel épanchement; au diacosme mainteneur correspond la pentade, comme assurant, par le cercle, la cohésion de
toute la révolution de ce monde-ci et comme étant la tétrade qui se
convertit vers la monade, enfin au diacosme perfecteur correspond
l'hexade, comme nombre parfait»!3,
que l'un-être ou la subsistence intelligible s’exprime dans la vie intelligible qui
Avec sa troisième structure, l’expressivité de l’être parvient à sa complète
achève sa procession dans l’intellect intelligible, lequel se convertit vers son
principe. En termes chaldaïques, on parlera de père, puissance, intellect. Avec
explicitation dans les intellectifs, dont les symboles orphiques sont Kronos,
la théologie orphique on nommera l'Œuf primordial (mixte d’Ether et de
Chaos), puis la Nuée déchirée ou Matis en formation, enfin Mètis-Phanès?. En
Rhéa et Zeus, les symboles chaldaïques: 1’ Au-delà simple (Hapax épékeina),
Hécate et l’Au-delà doublé (Dis épékeina), et les symboles pythagoriciens:
l’hebdomade, l’ogdoade, l’ennéade. Dans le Parménide, cette structure est
contexte pythagoricien, on énumèrera la monade, la dyade et la triade. Telle
est la première structure expressive de l'être; c'est la triade des intelligibles
constituée par trois couples de prédicats contraires: en lui-même et en un
avec ses symboles.
obéir à la même loi triadique de constitution qui conduit d’une manence indif-
Dans la deuxième structure de son expressivité, l'un-être, par le fait de la
autre, en repos et en mouvement, identique et différenr. Ces couples doivent
férenciée, par le transit d’une procession qui se différencie, à une procession
première différence, se contredivise en un ct être, en hénade et substance. II
achevée qui se convertit vers son principe.
s’abandonne plus nettement à sa multiplicité interne, mais à chaque partie de la
substance s’attache toujours l’hénade dont la substance ne se contredistingue
nicienne du Parménide n'est pas vérifiée par les données de la théologie tradiqu’en participant d’elle. Ainsi, apparaît, dans son illimitation, le nombre unitionnelle. Celle-ci non contente d’attribuer au premier des intellectifs le rang
taire et substantiel!®. En train d’effectuer sa pluralisation, la substance se
hebdomadique, qui lui sied naturellement dans la structure triadique qu’est
Or, il se trouve que la structure triadique postulée par l’exégèse néoplatomodalise comme une et multiple, tout et parties, finie et infinie!!; elle procède
l'ennéade, fait de l'hebdomade la structure même de l'ensemble des intellecsous le mode de la vie proprement dite. Enfin, dans sa différenciation achevée,
tifs!*, Cependant, cette difficulté n'empêche pas Damascius d'ajouter foi à ce
en se donnant commencement, milieu et fin, elle se donne une figure!? qui ne
que rapporte la tradition, sur l’autorité des dieux eux-mêmes, car les dieux
sont les premiers habilités à révéler leurs propres nombres, sans que le raison-
7. Par synthèse a priori d'un et de non-un. Car l'un-qui-est n'est pas absolument un, mais
nement ait à leur opposer à cet égard quelque contestation'?. Cette structure
il est un et non-un; il unit ainsi de façon radicale un ct plusieurs, ou l'hénade du limitant et
l'hénade de l'illimité, dans le langage de Proclus, cf. De prince. C-W, IL, p. 17, 17-18, 11.
8. Parm. 142 b 5-143 a 3.
9. Voir De princ. C-W, MI p. 57, 1-11: II, p. 34, 8-17.
10. Parm. 143a4-144e8.
11. Ibid. 144 e9-144 a 4.
12. Parm. 144 a4-145b 6.
13. In Parm. R Il, p. 132, 15-19.
14. Hi. D. Saffrey a consacré une étude très documentée a cette structure hebdomadique,
dans Saffrey-Westerink, Proclus, Théologie platonicienne, V,
CUF, Paris 1987, p. IX-XXXVIL.
Nous nous en tiendrons donc sur ce point à l'essenticl. Nous empruntons à cette étude la
traduction de Hapax épékeina par Au-delà simple et de Dis épékeina par Au-delà doublé.
Página 3
Ver en el PDF(se abre en una ventana nueva)hebdomadique est révélée par eux dans les Oracles chaldaiques, chez Orphée,
Tous ces arguments en faveur de la structure hebdomadique des intellectifs
sont repris, sans "ombre d’un doute, de la partie perdue du Commentai
re de
Proclus sur le Parménide, et s'accordent avec la doctrine, notamment
, de la
Théologie platonicienne 22.
les pythagoriciens, et dans le mythe phénicien du dragon à sept tétes'®. Qu'a
cela ne tienne, Damascius exposera, en dehors de la normative spéculative
jusqu'ici supposée, des raisons de convenance pour appuyer a posteriori l’objet
de ces révélations. Du point de vue de la symbolique des nombres, par
exemple, il explique, à la suite de Proclus, que
«la procession après être venue d’une monade dans une triade, puis après
s'être convertie en une monade, devient une hebdomade, car l’intellect,
après sa procession de l’intelligible et sa conversion vers lui, est devenu un
intellect uni à l’intelligible, [donc] en qualité de monade, de dyade, de
triade; ensuite sous la forme d'une nouvelle monade, l’hebdomade est
venue à l'être »!7.
Si nous comptons bien, nous arrivons, en effet, au chiffre sept.
Du point de vue des réalités, Damascius, toujours avec Proclus, considère
comme allant de soi qu’à la suite de la triade des dieux intellectifs (Kronos,
Rhéa, Zeus), c’est-à-dire les derniers des dieux transcendants avant l'horizon
matériel, une triade de dieux implacables (ameiliktoi) se place en couverture
de leur spécificité, et qu'à la suite encore de ces gardiens de la transcendance se
dresse le principe de la séparation des dieux intellectifs, tant entre eux que vis-
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Mais Damascius dénonce son entente avec Proclus, quand celui-ci
prétend
argumenter l’hebdomade par l'exégèse du Parménide. Ce texte n’en
laisse rien
deviner, non qu'il la combatte ou en exclue la possibilité: tout simplemen
t il
l’ignore, alors que Platon, c'est Damascius qui le remarque, ne pouvail
pas ne
pas connaître l'enseignement d’Orphée sur elle?*, La
loi de l’expressivité
triadique que nous avons vue à l'œuvre dans le développement des diacosmes
n’explique pas cette structure. 11 suffit de le constater, non pas
pour rejcter
cette loi, mais pour l’interroger dans les limites de ce
qu’elle peut nous
apprendre des intellectifs, en évitant de gauchir Vexégese du
Parménide,
comme l'a fait Proclus sur ce point.
Or, si Pon examine la procession des ordres exemplaires dans la deuxième
hypothèse du Parménide, on constate que l'explicitation de chacun
s’opere
grâce à l’unité d'un binôme. Ainsi pour le premier ordre intelligibl
e: /'unêtre: pour le deuxième: quasi tout et parties: pour le troisième
: totalité (de
Pun-étre) et pluralité illimitée: pour le premier ordre intelligibl
e-intellectif :
un et multiple; pour le deuxième: tout et parties; pour le troisième:
extrêmes
à-vis de ceux qui leur sont immédiatement supérieurs. Cette septième divinité,
et moyen À. Cette bi-polarité exclut toujours la dissociation pure et simple des
«qui ceint par dessous » (hypézókós) est la garante de toute l’autonomie
deux opposés, chaque ordre étant caractérisé par sa tension propre entre
intellective et c’est ainsi que sa monade scelle les deux triades, l’intellective et
l’implacable, dans une hebdomade!*. Toujours en accord avec Proclus,
Damascius interprète les Oracles chaldaiques pour montrer la convenance de
les
deux termes, dans l'unité de leur dualité, et c'est bien IA un écho de la
loi
triadique de développement. Chaque ordre impose son
unité sur
l’indissociation (= 0) des opposés, comme l'instance de l’un-être se
pose sur le
l’hebdomade aux dieux intellectifs, l’attribuant en propre à Kronos et en partirien initial de l'un de la première hypothèse, et il est une
cipation aux autres!?, Il se plait à relever, de façon rationnelle, que Kronos et
instance. Quant on arrive aux intellectifs? et à leurs symboles couplés
l’hebdomade ont en commun même autosubsistence, même affinité pour le
même et en un autre, en repos el en mouvement, identique et différent),
simple, m&me autonomie, m&me nature autoconstituante, m&me parenté avec la
pas permis de détruire l'union des contraires, en désignant, comme
monade, même pureté immatérielle, même indivisibilité?°. Enfin, bien que
par un seul terme de l’opposition, l'un des pères intellectifs
(par en un autre
Rhéa et Zeus, à ne considérer que leur rang, semblent postuler respectivement
Kronos, par en mouvement Rhéa, par identique Zeus) et par l’autre
terme (en
lui-même, en repos, different) Vimplacable respectif26. A chaque fois,
c'est de
l'un des pères intellectifs que doit s'entendre la totalité de l'oppositio
n. Sans
doute, le Parménide ne suggère-1-il rien des implacables, mais
pour autant il
n’est pas exclu qu’ils puissent être implicités dans les totalités paternelles?
”.
Damascius poursuit sa critique: Proclus, en définissant le en
un autre par
le contact avec ce qui est antérieur, et en l’attribuant A Kronos,
tandis qu'il
l’ogdoade et l'ennéade, on doit aussi leur attribuer l’hebdomade, car le caractere perfecteur de celle-ci s’accorde avec le caractère analogue de Zeus dans sa
démiurgie, et avec celui de Rhéa dans sa médiation équilibrée entre Kronos et
Zeus?!.
16. In Parm. R II, p. 131, 11-13 (Or. chald. fr. 35, 194; Orphic. fr. 114, 210 b;
pythagoriciens dans Proclus, /n Tim. Il p. 95, 2; 270, 5-9; 271, 18-19 Diehl; phéniciens dans
Jean, Apocalypse 12, 3; 13, 1; 17, 3).
22. Proclus, Théologie platonicienne, V, chap. 37-40, p. 134-148.
17. Ibid., p. 131, 15-19; cf. Orphic. fr. 313.
18. /bid., p. 131, 22-29.
23. In Parm. RII, p. 134, 24-25; cf. Orphic. fr.
24. Ibid., p. 133, 24-134, 3.
19. Ibid., p. 133, 1-6; cf. Or. chald. fr. 35.
25. Parm. 145b7-147 b 10.
20. Ibid., p. 133, 9-16.
26. In Parm. R Il, p. 134, 3-7.
21. /bid., p. 133, 16-21.
27. Ibid., p. 134, 24-29.
114.
projection de cette
(en luiil n’est
Proclus,
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attribue le en lui-même à son dicu implacable, dépossède en fait Kronos de tout
symbole propre à caractériser réellement sa substance. Il en est de même à
l'égard de Rhéa, si l'expression en mouvement, qui la qualifie, désigne, elle
celui des trois sections divisées, c'est-à-dire des parties découpées de façon
aussi, une motion vers ce qui lui est antérieur, alors que son implacable est dit
complètement unifiée et indifférenciée; la deuxième est en train de se
en repos ®. En outre, dans l'hypothèse proclienne de la série des pères: en un
autre (Kronos), en mouvement (Rhéa), identique (Zeus), et de la série des
implacables: en lui-même, en repos, différent, Vhomologie des symboles est
brisée; pour la rétablir il faudrait qualifier Zeus de différent et son implacable
d’identique ?°. Enfin, et dans l'optique de la même hypothèse, Damascius
demande pourquoi le en lui-même est dévolu à l’implacable de Zeus, alors
qu'il symboliserait avec plus de bonheur la septième divinité «qui ceint par
dessous »3°. Autant d’apories qui découlent de la scission de chacun des couples
différencier tout en demeurant dans l'unifié: la troisième est déjà difféde contraires.
Dans ces conditions, on doit convenir que le symbolisme de chaque opposition, restituée dans sa totalité, suggère à chaque fois un diacosme entier. «C’est
donc à bon droit que Parménide, parce qu'il poursuit l’universel, a divisé toute
l'ordination intellective en ces trois diacosmes. Peut-être ne les transmet-il pas
purement et Simplement comme trois pères ou comme trois dieux [implacables], mais de même qu'il divise le monde intelligible en trois ordres, et
pareillement en trois le monde intelligible-intellectif, de même il découpe en
trois le monde intellectif; la première forme de l’intellectif, il l'appelle en luimême et en un autre, la deuxième en repos eten mouvement, el la troisième
identique et différent. Car Parménide se propose de faire procéder la totalité
des mondes divins; si donc c'est à partir de ce qui domine en eux que nous
concevons les symboles (synthémata) qui leur sont communs, cela ne nuira en
rien à la vérité qui est commune à tous »"!.
La même loi d'expressivité triadique régit, en effet, l’économie d'ensemble
des totalités diacosmiques dans l’ordination de leurs rapports. C’est ainsi que,
dans sa totalité, l’intelligible se caractérise par la dominante de la manence, de
l'indifférenciation, de la subsistence paternelle, pour s'épancher dans
l'intelligible-intellectif qui, dans sa propre totalité, se caractérise par la dominante de la procession, de la différenciation commencée, de la puissance paternelle, pour achever de procéder dans l’intellectif, lequel, dans son ensemble, se
caractérise par la dominante de la différenciation complète, de la conversion,
«Le même mode de la division, qui était celui des totalités, est aussi
homéomère dans le tout. En effet, l’une des sections de l’intelligible est
renciée en pluralité illimitée. A son tour, l’intelligible-intellectif est semblablement unifié, en train de se différencier, différencié, car le nombre.
bien qu'il soit nombre, garde au plus haut degré le caractère de l’un; le
tout et les parties se distinguent sous un certain rapport: le commencement,
le milieu et la fin sont complètement distingués. C’est de la même manière
qu'on doit aussi diviser les intellectifs »3,
Le premier intellect jouera donc le rôle de l’unifié, caractérisé par l’opération de manence et par la fonction paternelle, tout cela, bien entendu, au sein
de la conversion commune aux intellectifs. Tel est Kronos. Le deuxième
intellect sera analogue à la différenciation commencée et il se Caractérisera par
l'opération de procession et la fonction potentielle. Telle est Rhéa. Le
troisième intellect correspondra à la différenciation achevée en se caractérisant
par l'opération de conversion et par la fonction intellective de connaissance et
fabricatrice d'ordre; dans sa réflexion sur lui-même, comme intellect de
intellect, il portera la conversion au maximum de conscience. Tel est Zeus le
démiurge**.
Le même modèle triadique d'expression (unifié, en train de se différencier,
différencié, ainsi que les autres caractères analogues) intervient encore dans la
constitution interne de chaque élément de chaque diacosme. Chacun est une
triade, étant l'un d’un couple de contraires indissociables. Chacun est le centre
d'un flux circulaire qui le symbolise. Se soumettant à la loi d'expression, il
demeure le même un qui intègre ses propres contraires dans sa conversion
particulière et dans la conversion commune. Telle est donc la canonique qui,
selon Damascius, doit conduire l’exégète néoplatonicien dans l'analyse de la
symbolique des intellectifs.
Munis de cet éclairage, entrons maintenant dans chacun de ces diacosmes.
Le premier est celui de cette sorte d’un qui est dit en lui-même et en un
autre 3, Dans ses remarques sur le texte, Damascius souligne que
de l’intellect paternel*?.
«le en lui-même et le en un autre signifient la contraction de l'opposition,
La même loi d'expressivité triadique régit aussi bien l’économie interne de
chaque diacosme, en introduisant dans sa triple division, comme nous l’avons
car ils n’expriment pas deux choses différentes*®, mais une seule; la dyade
est aussi monade, le en lui-même est en un autre, et le en un autre est en
vu plus haut, les mêmes rapports analogiques.
28. In Parm. R II, p. 134, 7-12.
29. Ibid., p. 134, 12-14.
30. Ibid., p. 134, 14-16.
31. Ibid., p. 134, 29-135, 9.
32. Ibid., p. 135, 10-16.
33. In Parm. RM, p. 135, 17-25.
34. Ibid., p. 135, 25-136, 3.
35. Parm. 144b7-145¢
36. Pour Proclus, en un autre = Kronos, en lui-même = son dieu implacable.
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même vomit ses propres rejetons?”, après en avoir été pour ainsi dire rassasié:
et, après les avoir produits en lui-même, il les produit ensuite en un autre. En
une seule intellection »*?.
bref, le en lui-même survient selon la plénitude de lui-même, et le en un autre
En Kronos, la dyade est aussi monade, et telle est sa triade. Un même intellect
est en lui-même et en un autre. La substance sur le mode de l’intellection inaugure en elle-même une relation nouvelle qui étreint la division entière de ses
parties, lesquelles ne sortent pas d'elle, mais sont converties en elle, en même
temps que divisées; elles restent donc unies de façon indivisible. Nous retrouvons appliquée à la structure du premier intellect la loi triadique de constitution. « L’intellect est toutes ses parties, en tant qu'il est division» (car par
rapport à l'intelligible qui est plutôt union, l’intellect est plutôt division) «et
selon sa surabondance »**. De cette façon, Kronos n'est pas, A la lettre, dans le
monde; «mais il est dans le monde en tant que le monde est encore indivisé,
car il convertit vers la totalité de lui-même le monde à partir de la division qui
est propre à celui-ci, et, si le monde a quelque chose qui n'est pas en un autre,
mais en lui-même, c'est de ce dieu qu'il le reçoit »*°. Cette relation en un autre
se fonde naturellement dans le en Iui-méme de Kronos, car c’est en lui-même
qu'il veut être d’abord et plutôt que en un autre. Pour cette raison, Kronos
contient en Jui-méme les causes de la démiurgie, mais, en qualité de père
intellect est le tout, en tant qu'il est converti » (car intellect est proprement
universel, il ne procède pas, laissant à Rhéa, sa puissance paternelle, le soin de
conversion)", En tant que tout, Kronos est a priori ses parties déjà converties
mettre en mouvement ces causes vers la procession. Ainsi, la relation en un
en lui, c'est ce que signifie le mythe orphique selon lequel Kronos avale ses
autre évoque-t-elle un transit purement intérieur, une providence ou une prépropres enfants,
conception qui convertit son objet dans la propre substance de Kronos. Les
«De plus, ce qui se circonscrit soi-même procède de la figure*”. En
phéniciens, nous dit Damascius,
outre, ce qui est parfait vient de là; or, cela est autonome, donc en soimême. Et ce qui se suffit à soi-même est capable de communiquer aussi à
« font de lui le premier daimön qui a reçu le démiurge en partage; de
un autre sa propre autonomie »*!,
même donc que le daimön exerce sa providence à l'égard de notre propre
Toute la doctrine du premier intellect est suggérée par ce symbolisme.
préside au monde, sans être lui-même l’artisan du monde (kosmopoios),
vie, sans descendre en elle, mais de façon transcendante, de même Kronos
Tout entier en lui-même, Kronos est «la forme des formes »*?. Or, sans sortir
mais en prenant soin du monde, en étant son bienfaiteur, et en accomde lui-même, et dans l'intériorité de son regard intellectif,
plissant la vic cosmique tout entière, et de façon antérieure au démiurge
«non pas par une
œuvre», mais «sous un mode transcendant et détaché »**, il projette
lui-même »5!.
l'horizon de toute démiurgie et cosmiurgie. Le en un autre est, en effet,
l’anticipation en Kronos du démiurge et du monde, et même l'anticipation des
«autres» matériels, si le démiurge est «un autre antérieur aux autres, le
C'est pourquoi la vie selon Kronos est la vie qui, dans ce monde, est
détachée du monde par la conversion, tandis que la vie selon Zeus est la vie
unie au monde dans la procession”?. La vie selon Zeus est sous le signe de
premier dieu en quelque sorte matériel»%, Et ce rapport en un autre et vers
l'immanence, tandis que la vie selon Kronos est sous le signe de la transcenun autre définit Kronos comme «le paradigme des paradigmes »%%. Mais cette
dance; on peut dire, en ce sens, que, dans le monde intellectif, Kronos est la
projection demeure en (Kronos) lui-même, convertie en même temps que
trace du principe absolu, étant l’intellect pur et sans mélange”. Se séparant de
la matière, il donne au monde de subsister, un peu (bien que l'analogie soit
divisée, et divisée en même temps que convertie. «En tant qu'il convertit ses
parties vers son tout, il les engendre à partir de lui-même. Car Kronos luitrès lointaine) comme Ic principe, en se retirant de tout, donne à l’être d'être et
de s'exprimer. Mais, tandis que le principe échappe à toute autoconstitution ct
constitution exprimables qui l’enchaineraient au statut de l'être, Kronos, en
37. In Parm. R II, p. 147, 20-23; cf. Jambl. In Parm. fr. 5, p. 214, 34-37 Dillon.
38. In Parm. R I, p. 148, 3-4.
39. Ibid. p. 140, 3-7; cf. 138, 26-28; 134, 17-19 = Orphic. fr. 146; cf. encore fr. 138; 58;
80.
40. Parm. 145 a 4-146 b 6: cet attribut de l’un qui a commencement, milieu et fin résume le
dernier ordre intelligible-intellectif = les dieux perfecteurs (ou Télétarques).
41. In Parm. R II, p. 147, 14-17.
42. Ibid., p. 142, 12.
43. Ibid., p. 136, 17-18; cf. Or. chald. fr. 5, 1-3.
44. Ibid., p. 136, 15-16.
45. Ibid., p. 138, 4-5.
46. Ibid., p. 142, 12-13.
ECIenSAeF
>ifASRoE+)n
47. Outre ce texte de Damascius, cf. Orphic. fr. 80.
48. In Parm. R IL, p. 149, 8-12,
49. In Parm. R Il, p. 138, 1-3.
50. Ibid., p. 137, 24-26.
51. /bid., p. 137, 1-7; cf. encore p. 142, 11-25.
52. Ibid., p. 137, 13-15.
53. Ibid., p. 137, 27.
54. Ibid., p. 137, 16-18.
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s’autoconstituant, pose les conditions de toute constitution démiurgique et
est antérieur comme en un autre, mais comme dans sa cause. C’est pourquoi,
cosmiurgique.
on peut dire que sa propre conversion vers sa cause, il l’opère en /ui-méme,
Le caractère en lui-même de l’intellect pur signifie bien son autoconstitution, mais Damascius fait remarquer que l’autoconstitution n’est pas nécessaitandis que le deuxième intellect. l’intellect zoogone, accomplira la sienne à
partir de lui-même, et l’intellect démiurgique vers lui-même Y.
lui-même, et donc que, si intellect est bien
Résumons tout ce symbolisme kronicn dans la formule suivante: le
autoconstituant, l'autoconstitution n'est pas cependant le privilège de ce qui est
premier intellect n'est en lui-même (relatio ad intra) que pour autant qu'il se
intellectif ou participe de l'intellection, au contraire de ce que pensait
convertit vers sa cause (relatio ad ima) et il n’est en un autre (relatio ad extra)
Proclus55. L’autoconstituant est antérieur au en lui-même, car, si le en luique pour autant qu'il est en lui-même. Dans ce triadisme, chacune de ces
rement liée au symbole en
même est nécessairement lié au en un autre, il est «une certaine manence de cet
relations ne surabonde vers la suivante qu’en retournant vers son principe. Tel
en un autre, et comme sa racine, en sorte que, étant en lui-même, il soit par là
est Kronos le principe de toute division convertie et de toute expressivité
en un autre; s’il en est ainsi, il peut y avoir quelque autoconstituant qui ne soit
rattrapée, le principe de toute circulation interne qui se ressource sans cesse,
pas en lui-même »°°. L’argument n’est subtil qu’en apparence: l’autoconstien rendant féconds les autres intellects. Et voici qu’à un détour de son
tution est plus absolue, si elle cst déliée de la dualité en lui-même et en un
développement, Damascius se reprend à penser à l’hebdomade:
autre. En lui-même ne définit donc pas ce qui est autoconstituant à titre
premier. « On doit comprendre que l’autoconstituant fait les frais de sa propre
substance, tandis que ce qui est en soi-même doit d'abord être, puis être
quelque part; donc, par nature la propriété de l’autoconstituant est antérieure à
la position du en lui-même ... Et peut-être Parménide a-t-il montré que l’autoconstitution commence par l’un-être »*’, avant de devenir consciente dans la
« Peut-être, dit-il (car il s’en est fallu de peu que j'omette de dire ceci),
l’intellect, en tant qu'il est le premier de l’hebdomade transcendante des
sept mondes, est-il en lui-même; et, comme générateur de l'hebdomade qui
lui est coordonnée, est-il en un autre; pour chacun des sept se reproduit le
même mode; ainsi I’ Au-delà simple est-il le premier à être double »9,
relation du en lui-même et du en un autre, au sein de l’intellect et ensuite de
Le deuxième diacosme intellectif est celui de cette sorte d’un qui est dit en
l'âme, car c’est bien à partir de l'âme que se déplie pour nous tout l'univers
mouvement et en repos %. Ici encore, Damascius exige que l’on suive la loi
des significations. Donc, si ce qui est autoconstituant en un sens premier n’est
d'interprétation prônée par Jamblique qui veut que toute paire d’opposés soit
pas nécessairement en soi-même, ce qui est en soi-même est nécessairement
contractée en une seule structure pour désigner une seule nature. Contre
autoconstituant en un sens second.
Pour en terminer avec le premier intellect, ajoutons qu'il s'integre en lui-
Proclus qui attribue le en mouvement à Rhéa, la déesse zoogone, et le en repos
à la divinité implacable qui veille sur sa transcendance, Damascius invoque
même par sa conversion vers ce qui lui cst antérieur, et en particulier vers la
l'autorité de SyrianusTM pour entendre de Rhéa seule la totalité de cette opposipremière différence qui apparaît au premier ordre intelligible-intellectif,
tion. Le en repos ne se conçoit que dans l'opposition au en mouvement, et vicesymboliséc par la première Nuit orphique*%,
Entre tous, c’était Kronos que la Nuit nourrissait et élevait.5?
versa, si bien que ce qui importe avant tout c'est l’unité de la tension, qui 1A
encore postule un seul intellect. A son niveau, la relation en repos et en
mouvement rappelle la relation kronienne en lui-même et en un autre, car il
Ou encore, selon le langage des théurges chaldéens l'intellect est
est possible de convertir jusqu'à un certain point le en repos avec le en lui-
« l'intellect du Père »6°. Ce symbolisme signifie que «l’intellect en tant
même, et le en mouvement avec le en un autre 9, sans qu’on puisse cependant
qu’intellect dans son universalité n'est pas intellect de lui-même, ni de ses
les identifier, car leurs ressemblances s'inscrivent sur un fond plus important
propres parties, mais de l'intelligible ». Cependant, il n'est pas dans ce qui lui
de différences. En effet, quoique tout le domaine intellectif soit sous le signe
de la division, le premier intellect représente le niveau le plus unifié possible
de cette division, car il la convertit dans sa propre substance qui est de forme
55. Ibid., p. 144, 28- 145, 28.
56. In Parm. RII, p. 145, 12-15.
unique et indivisible, tandis que le deuxième intellect se laisse approcher « dans
57. Ibid., p. 145, 18-23. C'est bien là la doctrine de la procession autoconstituante de l'être.
comme mixte a priori des deux hénades du limitant ct de l'illimité, dans le De princ. C-W, Il,
62. Ibid., p. 141, 12-13.
p. 44, 12-45, 4; cf. p. 45, 5; 33, 18-23.
63. In Parm. R Il, p. 146, 23-26.
58. In Parm. R Il, p. 143, 4-5.
64. Ibid., 145 c 6-146 a 8.
59. Orphic. fr. 129; cf. Dam. De prince. C-W.U, p. 92, 5-12.
65. Ibid., p. 166. 24-25; cf Jamblique, fr. 8, p. 218, 9-10 Dillon.
60. Or. chald. fr. 37, 1.
66. Ibid., p. 153. 21-22.
67. Ibid., p. 153, 24-27.
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le fait de procéder, de se diviser à partir de lui-même, et d’être vital, comme
Hécate, est le centre qui au milieu des deux pères (Kronos et Zeus) se déporte
s’il se substantialisait dans la procession», avant que le troisième ne porte la
division à son comble pour en opérer la conversion cognitive. Ainsi, «les
parties du premier intellect s’épanchent dans le tout, c’est pourquoi le tout est
vers l’un ou vers l’autre. En tant que centre, ce centre est en repos, mais en
tant qu'il se déporte il est en mouvement. El, se mouvant, la déesse fait procéder le grondement (rhoizéma) zoogone, elle procède en tout avec Zeus (l’Autoutes les parties, tandis que les parties du deuxième intellect existent à partir
delà doublé), mais par son repos elle se coordonne, dans une union stable, avec
d’elles-mémes, et sont purement des parties, quoique inséparables du tout, de
Kronos (i’Au-delà simple)”?. Kronos, en tant qu'il est l’intellect pur (nofs
katharos), comme l'indique son nom (koronons)”® féconde le sein de Rhéa de
même que les parties du troisième s'écoulent vers la matière »®,
Si le premier intellect est plus converti que divisé, ct le troisième plus
la triade des Courètes (ou des Implacables); de la sorte, ces derniers sont en
divisé que converti, le deuxième est moins converti que le premier et moins
Kronos selon la cause, avec Rhéa selon la subsistence, et avec Zeus selon la
divisé que le troisième: il est converti et divisé à égalité”. Le premier
participation”.
convertit sa division (en un autre) dans sa manence (en lui-même), le troisième
Ainsi le en repos, trace du en lui-méme, est antérieur au en mouvement,
dans l’achèvement de sa procession, le deuxième à la fois dans sa manence qui
le relie au premier (c’est son repos) et dans sa procession qui le relie au
trace du en un autre, et il le finalise «dans les symboles cosmiques de la méme
troisième (c'est son mouvement)", Le couple en repos ct en mouvement qui
tous les Kronides et le démiurge lui-même, avec lequel elle organise l’univers,
ressemble par un côté au couple en lui-même et en un autre fait donc voir sa
mais en repos elle transcende le démiurge vers Kronos®!.
différence à travers la dimension de la procession dans laquelle il s’est désormais engagé; avec le deuxième intellect, le en un autre du en lui-même
franchit le seuil de la manence, où la transcendance du en
lui-même le
maintenait encore dans l'enceinte du pur regard intellectif et pré-voyant de
Kronos, à l'abri de toute démiurgie et cosmiurgie actives. Désormais, le en un
autre est devenu un mouvement résolu vers la matière, un mouvement non plus
manière que dans les genres »®°. En mouvement, Rhéa fait sortir de Kronos
«Et puisque la déesse a quelque chose de transcendant au démiurge et
de coordonné avec Kronos, c’est là sa forme indivisible; quant à sa
division, elle est contigué au démiurge dans lequel la toute-dernière naturesource est aussi divisée »*?,
Telle étant sa double propriété, Rhéa projette la fonction de sa mobilité en
du en lui-même, mais du en repos qui n’est que sa trace. Rhéa a l'être dans la
Héra qui appelle tous les dieux à procéder, et la fonction de son repos en Hestia
division de ce qui est unifié en Kronos?!, elle subsiste dans l'agir de ce qui en
qui les stabilise solidement®?. Quant à elle, elle coagrège Hera et Hestia, en son
Kronos est être, elle se substantialise dans la procession de ce qui en Kronos
centre, tenant en équilibre l’un par l’autre son mouvement et son repos, sa
reste pure manence.
procession et sa conversion. C’est sa manière propre d’habiter en elle-même et
Rhéa ne cesse pas de se souvenir de cette transcendance, présubsistante par
rapport à elle qui est «productrice de la vie des formes démiurgiques »?2,
Hécate (c'est son nom chaldéen) «brille des deux côtés (amphiphaes)»"°.
Communiquant à tous les dieux intellectifs la nostalgie de la «tour de
Kronos », la déesse est ainsi la médiatrice par laquelle ils peuvent tous, a la
suite de Zeus, se mettre en chemin vers l’antériorité et le recucillement du en
lui-même "*. A Vimitation de Kronos qui n'était en un autre qu'en étant en luimême, Rhéa n'est écoulement (rhoé) de tout’? qu’en persistant dans son
d’avoir une manence relative, participée de Kronos.
«Elle témoigne du ressentiment® à Zeus, dans son désir de demeurer
en elle-même séparée®*, tandis qu’elle change de sentiments à son égard et
qu'elle organise avec lui l'univers, selon son mouvement. Enfin, elle est en
repos selon l'ambroisie, mais en mouvement selon le nectar, breuvages que
Déméter a procurés aux dieux »6,
repos; elle communique celui-ci à tout, rappelant tout vers elle-même”. Rhéa77. Ibid., p. 154, 17-20.
68. Ibid., p. 163, 1-3.
78. cf. Platon, Crat. 396 b 6-7; Proclus, In Crat., p. 59, 5 Pasquali.
69. Ibid., p. 168, 4-6.
79. In Parm. R II, p. 164, 7-17.
70. In Parm. R Il, p. 167, 29-168, |.
80. In Parm. R Tl, p. 154, 21-22.
71. Ibid., p. 164, 10-11,
81. Ibid., p. 155, 22-24.
72. Ibid., p. 157, 6-7.
73. Ibid., p. 152, 23; cf. De prince. C-W, III, p. 158, 4 et note 2 (p. 227).
82. Ibid., p. 157. 3-6.
83. Ibid., p. 156, 17-20. Cf. Orphic. fr. 161.
74. Ibid., p. 152, 16-24; cf. Pindare, Olymp. ll 124-127.
75. Platon, Cratyle 402 a 8-b 4.
84. Ibid., p. 164, 22, en lisant méniei avec 1..G. Westerink au licu de men ei he.
85. Ibid., p. 164, 23, en écrivant avec Westerink chóristé au lieu de chôristéi.
86. Ibid.. p. 164, 22-25.
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lective des formes l'essence arrive tout simplement à la circonscription de son
Le troisième diacosme intellectif est cette sorte d’un qui est dit à la fois
identique et différent 87. Ici encore, parce qu'ils appartiennent au même un,
actualité.
«les deux prédicats ne font qu'un», comme l’entendait Jamblique®®; ils dési-
Le démiurge est le principe opératoire de cette distinction, sa conscience en
gnent un seul et même intellect qui entre dans le jeu des analogies suivantes. Ce
acte par laquelle sur le fond de la subsistence ou de l'être indissocié du premier
que le premier intellect est en lui-même et en un autre, du point de vue de
intellect, et par la médiation dissociante et vitalisante du deuxième, il accentue,
l'être, le deuxième l’est en repos et en mouvement, du point de vue de l’agir, et
en tant que troisième, la division jusqu’à décoller de la vie l'essence des
le troisième identique et différent l’est, à son tour, du point de vue du
formes, par lesquelles chaque chose qui adviendra dans le monde d'en bas
connaître. Ces rapports projettent la loi triadique A travers les niveaux diffépourra être ce qu’elle sera et recevoir un nom dans son identité et sa différence
rentiels de la procession. A la manence du tout subsistant, qui était égal à ses
spécifique. Les formes sommeillent encore dans le premier intellect, où elles
parties sans doute divisées, mais sous le signe d'une unification plus forte dans
sont «absolument indivisées » en tant que formes, de sorte que, étant en lui «le
l’intellect pur et indivisible de Kronos, succède la procession, qui commence
moins possible formes», elles restent encore « parties et tout, et parties qui
avec la dynamisation du tout en ses parties en train de se distinguer dans
vont jusqu’a l’identité avec le tout»°!. Dans le deuxième intellect, à travers
l’intellect zoogone de Rhéa, tandis que cette procession s’achève avec la
l'obscurité de la pulsion zoogone et de la différenciation commencée des
détermination des parties en formes circonscrites dans l’intellect démiurgique
parties, elles préparent leur accès à la clairvoyance de l’intellect démiurgique.
de Zeus, car c’est du point de vue de la relation formelle que cet intellect
L'acte propre de celui-ci consiste à les déterminer en elles-mêmes et dans leur
spécificateur peut être dit, ainsi que chacune de ses formes, à la fois identique
affinité pour la matière, c’est-à-dire dans leur propre pouvoir d’information,
et différent, tant par rapport à soi que par rapport à un autre®?,
tout en les convertissant et en les rassemblant en lui, car par son identité il est
C'est donc dans le troisième intellect qu’à la faveur de son identité et de sa
la totalité a priori des formes, en même temps que, par sa différence, le
différence les formes se manifestent dans leur spécificité. Cet intellect les fait
principe de leur division. « L'identité est la communauté des formes, la difféproprement être ce qu'elles apparaissent maintenant, dans leur essence de
rence est leur séparation. »?? L'identité du troisième intellect s’affirme donc
formes proprement dites, une fois achevée en lui leur circonscription. Voilà en
sous le rapport de l'appartenance commune des formes à leur principe, et cette
quel sens le troisième intellect est producteur de formes (eidopoios)”. Il ne les
communauté est de droit antérieure à toute circonscription spécifiée. Quant à
crée pas ex nihilo, mais il les produit au sens où il les constitue à partir de la
la différence de cet intellect, elle est révélée par sa division en formes;
multiplicité des parties du deuxième intellect, et les amène au jour de leur
chacune accuse en elle-même sa propre différence à l'égard de toute autre et de
propre identité et différence essentielle. Ainsi, le troisième intellect est le
leur principe commun, ce qui a pour effet de souligner encore la différence de
moment de l'essence formelle, moment en lequel la genèse des formes
ce principe, et donc son identité.
s’accomplit. Notons que cette distinction formelle de l'essence n'est pas encore
La convenance de ces symboles au troisième intellect le désigne comme
distinction de l’essence et de l’existence, car elle reste dans le domaine de
producteur d'identité (tautopoios) et producteur de différence (hétéropoios)?,
l’intelligible au sens large, où tout ce qui est possible est nécessaire et
donc comme l'initiateur de la logique des relatifs, selon faquelle le différent est
autosubsistant. La distinction formelle est, vis-à-vis de la distinction réelle
différent d’un différent, parce qu’il est identique à lui-même. A ce titre, la
d'essence et d'existence, sa simple condition sine qua non, car cette dernière ne
différence du démiurge suppose son identité, et c’est bien dans cet intellect que
pourra se produire que sur le seuil de l’intelligible et du sensible, lorsque le
s’explicite pleinement la logique de la contradistinction, encore que la contranécessaire le cédera au contingent et que le non-être affectera l'être. La
riété, portée ici au maximum d'actualité et de conscience, soit déja anticipée en
distinction formelle proprement dite est celle de l'essence en acte, pleinement
exercice dans les intellects de Kronos et de Rhéa; mais c’est dans la réflexion
subsistante dans l’intellect démiurgique. Aussi vaut-il mieux continuer à parler,
de Zeus, l'intellect de l’intellect, qu’elle est identifiée dans sa spécification.
à cet égard, de subsistence plutôt que d'existence, puisque celle-ci, n’est pas
Faisons ici quelques libres remarques sur le statut de cette logique. Elle fait
encore apparue comme telle, dissociée de l’essence. Dans la distinction intelpenser à la logique des genres de l'être dans le Sophiste, mais on ne peut pas
méconnaitre leur diversité d'origine. La première s'établit du point de vue de
l'actualité formelle de l'essence subsistante. La seconde définit le différent, à
87. Parm. 146 a9-b 2.
91. /bid., p. 170, 14-15, en lisant avec Westerink, li. 14, eidè au lieu de édé.
88. In Parm. R Il, p. 187, 17-18.
89. In Parm. RU, p. 169, 25- 170, 8.
90. Ibid., p. 170, 11.
AGET
93. Ibid., p. 171, 23.
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Ver en el PDF(se abre en una ventana nueva)partir de l’existentiel, comme un non-être affectant l’ètre. La première
n’entend le différent que sous le signe du non-un ou de la division interne à
l'un-être, et, pour l'instituer, le démiurge n’a pas cu à s’exiler du domaine de
l’intelligible. La seconde pense les relations intelligibles à partir de la brisure
de l'être, et c'est l’âme particulière qui la formule à la lisière (où l’âme ellemême se situe) de l'être et du non-étre, de l’intelligible et du sensible (cf. la
troisième hypothèse du Parménide). Sans doute, c'est bien l’âme qui révèle
aussi, dans sa réminiscence, la logique démiurgique, mais elle met davantage sa
propre marque sur la seconde: visant l'être à partir du non-être, elle thématise
la relation intelligible depuis "horizon méontologique. Par ce détour, l’âme
étend le champ logique des relations de l'être au sensible, en lui appliquant le
modèle de la contrariété démiurgique, mais, tout compte fait, la différence du
Sophiste, à travers ce modèle, rejoint la différence intellective dont le propre
est d’être compensée par l'identité, C’est là le régime qui définit le règne du
discours.
Ce régime, remarquons-le encore, s'établit par la conversion réflexive
d'une longue division qui se développe cn deçà de l’un-être depuis la première
différence. Celle-ci, dans le premier ordre des intelligibles-intellectifs%,
contredistingue l’être de l’un (non qu'à ce niveau elle soit analogue, comme on
le suggère parfois, à la distinction de l'essence et de l’existencc). De cette
premiere différence entre l’un et l’être, avec laquelle le non-un, qui est déjà au
cœur de l’un-être, se révèle clairement, résulte, selon le nombre, la partition
de la totalité en couples à la fois hénadiques et substantiels, de sorte qu'en
chaque division le non-un ne sort jamais du sillage de l'un. Mais, comme
principe de cette division, la première différence a ceci de particulier qu'elle
SYMBOLIQUE DE L’INTELLECT
449
autres formes, et dans la mesure où il se rend identique aux autres, il est différent de lui-même”.
Damascius illustre cette logique avec l’hymne d’Orphée à Zeus.
« Zeus est dil identique a lui-méme, dans ces vers:
Zeus est né le premier, Zeus au brillant éclair est le dernier...
Zeus est né mâle, et Zeus est une jeune vierge immortelle.
Car, dans son identité, Zeus est tout ce qui est et il est le tout un; et Zeus
est dit différent de lui-même, selon le tout, car il est autres et autres. Qu'il
soit autres et autres est donc le symbole de sa différence, mais que Zeus
soit identique en toutes choses est le symbole de son identité. Il est
identique aux autres, parce que Orphée le dit être lui-même ces autres:
Zeus est le support de la Terre et du Ciel étoilé.
Ses yeux sont le Soleil et la Lune qui lui fait face.
Il est différent des autres, parce qu'il est transcendant à tout, ce que
Orphée ajoute immédiatement:
Il est né seul souverain, seul daimôn, puissant monarque de
l'univers.
Et ces attributs, le Théologien ne les a énoncés d'aucun autre dieu »%,
n’appelle pas d'identité opposée” et de même rang. Elle transcende les termes
Le troisième intellect pousse sa différence non seulement jusqu'à déterdivisés, sans entrer, quant à elle, dans la loi de la division et dans l’infini des
parties. Il n’y a pas de discours de cette première différence; mais, en demeurant ainsi un indice du principe ineffable, elle rend possible le discours de la
différence intellective qui ne peut s'exprimer qu’en appelant l'identité compléminer les formes, mais jusqu’à les projeter dans leur affinité pour la matière.
Ainsi, à travers des «autres » qui sont encore des formes, et par le pouvoir
qu'il leur confère d'ordonner la matière, il se met lui-même en état d’affinité
mentaire.
matérielles et la matière elle-même, selon l’acception habituelle des pythagoavec les «autres » bruts qui ne sont plus des formes, mais qui sont «les choses
Retrouvons donc notre propos dans la sphère intellective. En tant que le
riciens et de Platon »°°. De tels «autres » se situent, eux, en deçà de la relation
troisième intellect se divise en formes différentes, il est différent par rapport a
logique de l'identique et du différent: ils sont proprement sans contraire; en
effet, si la forme est autre que la matière, on ne peut pas dire correctement,
lui-méme, mais en tant qu'il se distingue tout entier de lui-méme, il est capable
de convertir en sa propre totalité les formes divisées à partir de lui, et il
selon la loi de réciprocité, que la matière est autre que la forme, car, n'étant
s’intégre ainsi comme identique à lui-même”, Ici la différence est inséparable
pas une forme, elle n'est pas comparable. Voilà donc le démiurge en rapport
de l’identité, et l'identité de la différence. D'une manière générale, dans la
mesure où le troisième intellect est identique à lui-même, il est différent des
97. Ibid., p. 171, 23-24.
98. In Parm. R II, p. 177, 8-20; cf. Orphic. fr. 168. Les vers d'Orphéc sont cités dans la
traduction de L. Brisson, « Proclus et l'Orphisme », dans Proclus, Lecteur et interprète des
Anciens, Paris 1987, p. 63.
94. Parm. 143 a 4-b8.
95. Cf. De prince. C-W, Ill, p. 53, 15-17.
99. Ibid., p. 172, 17-18, en corrigeant ¿Ma par &AAa avec Westerink. Pour les pythagoriciens, Archytas dans Aristote, Fragmenta, éd. V. Rose, 1886 (1967), fr. 207, p. 164-165. =
Dicls-Kranz fr. 47 a 13 (1, p. 425); pour Platon, Phédon 83 b 2-3.
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Ver en el PDF(se abre en una ventana nueva)avec la matière, sans que la matière puisse l’enclore dans un rapport réciproque. Cette troisième différence reste ainsi absolue, privée de tout terme de
comparaison, comme la première. Elle n’appelle pas corrélativement une
identité de même rang, car elle passe, par défaut, au-dessous de la logique des
relatifs et du discours, de même que la première différence passait au-dessus,
par excès.
C’est pourquoi le démiurge, dans son affinité pour les «autres » de la
matière, demeure sauf des atteintes de celle-ci. Tout en étant identique au
projet des formes vers la matière, «il reste néanmoins différent des autres»;
tout en étant séparé d’eux, «il va ct vient ainsi à travers tout»; et, tout en
entretenant une relation avec les autres, «il est cependant non relié dans la
relation»! Le troisième intellect, lui-même, demeure donc absolu, aschétos.
« Les auires ne sont pas simplement différents de l’un, au sens où loutes les
formes sont différentes de lui, et encore les unes des autres, en sorte que run
est aussi autre que les autres»!",
A
ce titre, le démiurge, modèle de la relation de Videntique et du différent
reste transcendant, comme l’indique son nom d'Au-delà doublé. Par l’intermédiaire de Rhéa, il reste rivé à Kronos, l’Au-delà simple, vers lequel il se
convertil en convertissant vers lui-même le système entier des formes et la
production du monde, car il est Pintellect redoublé du Père, ou l’intellect de
l’intellect.
Voilà quelques aspects de la symbolique des intellectifs, ressaisie à partir
de la loi triadique de toute la procession qui, de l'un-étre au troisième intellect,
rythme, par paliers successifs, l'accès de la triade à sa propre réflexivité. Avec
l’abaissement des seuils de la transcendance, car il y a plusieurs demeures en
celle-ci, on voit la relation se déterminer à travers ses figures archétypes,
jusqu’au discours explicite qui en est la conscience intégrée. La toute dernière
transcendance, qui est celle de Zeus, se ménagera encore un relais dans des
triades de dieux intermédiaires entre elle et le monde. Dieux hypercosmiques!?2, détachés", encosmiques!* déploicront leurs médiations pour intégrer
tout le sensible, parfait et imparfait, dans le ternaire de la relation. Mais, en
définitive, c'est dans l’autoconstitution de l’âme humaine, unie au principe
ineffable!®, que tout ce discours est parlé avec ses formes psychiques et ses
mots, qui donnent la parole aux symboles.
100. Ia Parm. RIL p. 171, 18-21.
101. Ibid. p. 172, 23-173, 1.
102. In Parm, R II, p. 199, 13-212, 23.
103. /bid., p. 212, 23-220, 20.
104. Ibid., p. 220, 20-245, 30.
105. CF. J. Trouillard, «Theologie négative et autoconstitution psychique chez les néoplatoniciens », dans Savoir, faire, espérer, Mélanges H. Van Camp, Bruxelles 1976, t. I,