Copernic et ses predecesseurs Grecs

Autor
Donnay, G.
Publicado en
Le Monde Grei
Año
1975
Tema
COPERNICUS
Idioma
Français
Categoría
C11 Cosmología
Número de archivo
3229

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da LA Dans Ay E . Quelque conscient qu'il fût de l’originalité de ses thèses, Copernic savait ce qu'il devait à ses prédécesseurs : les nombreuses références aux travaux des astronomes grecs et arabes, qui émaillent son œuvre, en témoignent 1, Aussi est-il naturel qu'il se soit tourné vers les auteurs anciens qui lui étaient familiers pour trouver des cautions à son propre système, dont le caractère passablement hérétique ne lui échappait pas. Dans l'adresse au Pape Paul III qui introduit le De revolutionibus orbium caelestium, il écrit en effet ? : Hanc igitur incerlidudinem mathematicarum traditionum de colligendis motibus sphaerarum orbis cum diu mecum revolverem, coepit me taedere, quod nulla certior ratio motuum machinae mundi, qui propter nos ab optimo et regularissimo omnium opifice conditus esset, philosophis constaret, qui alioqui rerum minutissimarum respectu eius orbis tam exquisite scrutareniur, Quare hance mihi operam sumpsi, ut omnium philosophorum, quos habere possem, libros relegerem indagaturus, an ne ullus unquam opinatus esset, alios esse molus sphaerarum mundi, quam illi ponerent, qui in scholis mathemata profiterentur. Ac reperi quidem apud Ciceronem primum Nicetum sensisse terram moveri. Postea et apud Plutarchum inveni quosdam alios in ea fuisse opinione, cuius verba, ut sint omnibus obvia, placuit hic asscribere : Oi pév dido: péve tv yiv, Dulôlaoc de TvOaydgetos uixiw xequpégecbar neoi tO nio xataxvzdod* Aofod óuorroónos Aly ual geinvn. “Hoaxdeldng 6 ITovrixôc nai “Expavros 6 Ilvdayogsıog xwvoter pév tv pio où pny ye ueraßarı- 1 Le présent article m’a été inspiré par la coincidence du cinquiéme centenaire de la naissance de Copernic, célébré en 1973, et du colloque international «Connaissance scientifique et philosophie », organisé les 16 et 17 juin de la même année à l’occasion du bicentenaire de l’Académie Royale de Belgique, colloque auquel Mile Préaux a présenté un rapport de synthèse sur « la philosophie et la science dans la pensée grecque ». Pour alléger les notes, j’ai délibérément renoncé à faire référence aux travaux modernes, sauf sur quelques points particuliers. L'étude fondamentale demeure celle de Th. L. Heatu, Aristarchus of Samos, Oxford, 1913; cf., du même auteur, A History of Greek Mathematics, Oxford, 1921, passim; P. Dunem, Le système du Monde de Platon à Copernic, 1-11, Paris, 1913-1914 (réimpr. 1973 et 1965). L'ouvrage de B. van DER WAERDEN, Die Astronomie der Pythagoreer, Amsterdam, 1951, prend trop de liberté avec les sources antiques pour être utilisé sans une critique vigilante. 2 Copernic, De revolutionibus orbium caelestium, p. III a-b de l’editio princeps de 1543, citée d’après l'édition de F. et C. Zeller, II, Munich, 1949. Les références aux auteurs anciens sont données en note à la traduction française. 3 Sie pour xara xuxlo.

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xis, tooxod dixnv Évbwriouéynr ! ano dvoudy éxi dvaroldg xegi To dov adtic Parmi les garants invoqués, une absence d’abord étonne: celle d’Aristarque de ‘ Samos, auquel son hypothèse héliocentrique a valu le surnom de « Copernic de l’Antiquité »1. Chose plus étrange, son nom apparait bien en un autre endroit du manuscrit du De revolutionibus, mais dans un passage biffé, qui n’a pas été repris dans l'edilio 292 XÉVTOOY. Inde igitur occasionem nactus coepi et ego de terrae mobilitate cogitare. Et quamvis absurda opinio videbatur, tamen quia sciebam aliis ante me hanc concessam libertatem, ut quoslibet fingerent circulos ad demonstrandum phaenomena astrorum, existimavi princeps de 1543 ?. mihi quoque facile permitti, ul experirer, an posito terrae aliquo motu firmiores de- Et si fateamur Solis Lunaeque cursum in immobilitate quoque lerrae demonstrari monstrationes, quam illorum essent, inveniri in revolutione orbium caelestium possent. « Après avoir longtemps réfléchi à cette incertitude des mathématiques traditionposse, in caeteris vero errantibus minus congruil. Credibile est hisce similibusque causis Philolaum mobilitatem terrae sensisse, quod etiam nonnulli Aristarchum Samium ferunt in eadem fuisse sententia, non illa ratione moti, quam allegat reprobatque Aristoteles. « Et si nous reconnaissons qu'il est possible de rendre compte du déplacement du Soleil et de la Lune en supposant la Terre immobile, il n’en va pas de méme pour les autres astres errants. On peut croire que c'est pour ces raisons et d’autres semblables nelles concernant l’agencement des mouvements des sphères de l’univers, je commencai à me sentir géné qu’aucune explication plus sire des mouvements de la machine du monde, qu’a créée pour nous le meilleur et le plus précis des ouvriers, ne se soit imposée à l'esprit des philosophes qui, en d’autres domaines, ont apporté tant de soin à leur étude, considérant jusqu'aux plus petits détails de cet univers. C'est pourquoi que Philolaos pensait que la Terre se meut — opinion qu'Aristarque de Samos aurait, j'ai pris la peine de relire tous les ouvrages de philosophes que j'ai pu me procurer pour selon certains, également partagée — et non poussé par la raison qu'Aristote allégue y rechercher si l'un d’eux n'avait jamais émis l'opinion que les mouvements des et réprouve ». sphères du monde fussent différents de ceux que posent en principe ceux qui enseignent les mathématiques dans les écoles. Et j'ai effectivement trouvé d'abord chez Cicéron que Nicetus pensait que la Terre tournait’. Ensuite, j'ai découvert chez Plutarque que d’autres avaient été du même avis et j’ai cru utile de transcrire ici ses paroles, afin qu'elles soient connues de tous 3: «La plupart (sont d'avis) que la Terre demeure en repos. Le Pythagoricien Philolaos (est d’avis) qu’elle se meut circulairement autour du Feu suivant un cercle oblique, de la même manière que le Soleil et la Lune. Héraclide du Pont et le Pythagoricien Ecphante attribuent à la Terre un mouvement non de translation, mais à la manière d'une roue . . . *, d'ouest en est, autour de son propre centre ». « L'occasion m'en étant ainsi donnée, je me mis à méditer moi aussi sur le mouvement de la Terre. Et, quelque absurde que cette opinion parüt, puisque je savais que d'autres avant moi avaient eu la liberté d'imaginer n'importe quels cercles pour rendre compte des phénomènes astronomiques, je crus néanmoins que j'obtiendrais également sans peine la permission d'essayer de voir si, en attribuant à la Terre quelque mouvement, je pourrais découvrir à la révolution des orbes célestes des expli- En effet, Aristote juge sévèrement les thérories astronomiques de Philolaos, qu'il n’attribue d’ailleurs pas à ce dernier, mais «aux prétendus Pythagoriciens d'Italie », lesquels « ne partent pas des phénomènes pour en rechercher l'explication et les causes, mais de doctrines et d'opinions qui leur sont propres et auxquelles ils s'efforcent ensuite de les accorder » 3, Copernic suppose alors que les véritables raisons qui avaient conduit Philolaos à formuler ses hypothèses ont été ignorées de ses successeurs à cause de la règle du secret qui prévalait dans les cercles pythagoriciens, et il allègue pour preuve de l'existence de cette règle la lettre apocryphe de Lysis à Hipparque, qu’il reproduit en traduction latine. Ce développement devait constituer la conclusion du livre I du De revolutionibus. Pourquoi a-t-il été supprimé et, avec lui, l'unique allusion à l'opinion d'Aristarque? La référence de Plutarque au procés d'impiété que Cléanthe voulait qu’on intentât à l’astronome de Samos a-t-elle été jugée inopportune en l'occurrence par le chanoine de Frombork# ? Ou celui-ci n’avaitil des théories d’Aristarque sur le mouvement de la Terre qu'une connaissance trop imparfaite pour qu'il estimât devoir en faire état? On notera à ce propos qu'il les évoque de façon vague et en se retranchant derrière un prudent nonnulli ferunt. cations plus assurées que les leurs. » 1 4 Aristarchus of Samos, the ancient Copernicus » est le titre complet de l'ouvrage de Heath ci1 Le texte est corrompu ; les éditeurs modernes lisent petaBatixdic, dAlà teextixds Tooyoÿ ae Evn&ovionevnv. Le dernier mot est une correction vraisemblable de Reiske pour éyi¢wyianv. n Cicéron, Lucullus, 123, Cité ci-dessous p. 295. Pseudo-PLUTARQUE, De placitis philosophorum, 3, 13, 896 a; H. Diets, Doxographi Graeci Berlin, 1879 (réimpr. 1958), p. 378 (où le traité est attribué à Aétius) ; Fragmente der Vorsokratiker, 6. Aufl., Berlin, 1951, 51 B5. Cf. EusèsE, Praep. evang., 15, 58, 3. 4 Le texte corrompu que lisait Copernic n’a pas un sens très clair (cf. ci-dessus n. 1). La traduction du texte corrigé est «.., un mouvement non de translation, mais de rotation à la manière d’une roue surunaxe,..». té ci-dessus p. 291, n. 1. 2 Cité ici d’après l'édition Zeller, p. 30, note. 3 ARISTOTE, De Caelo, 2, 13, 293 a: évavttws of neoi ’IraAlav, xahoduevor de ITudayógeros, Aéyovaty (...) où noûç ta parvdueva tovs Adyous xal tag alrías Cytodytec, ara mode tivas Adyoug xal dd¢ag aúrdv ta pavdueva moocéAxovtes xal æstoduevor ovyxoopeiv. Ci. Metaph., 1, 5, 968 a. 4 PLurarque, De facie, 6, 923 a: ... boro "Agiotagyov Geto Get Kiedvöng Tor Záptov doefelas ngocradeiodar tods "ElAnvas, De xıvoüvza tod xdanov th» satlav, dts tá parvópeva odlew ávño Ereıpäro, uva rdv odpavdr Unorıdänevog, éeAlttecOat de xatà Aokod xtxdov tiv viv, dua xal negli vóv aire dfova dwovpéyny.

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Quoi qu'il en soit, il s’en est finalement tenu à quatre garants: Héraclide, COPERNIC ET SES PRÉDÉCESSEURS GRECS 295 Nicetus est généralement identifié au Pythagoricien Hicétas de Syracuse. Le Ecphante, Nicetus de Syracuse et Philolaos. Les trois premiers « faisaient tourner la passage de Cicéron que vise Copernic figure sous la forme suivante dans les éditions Terre au centre de l’univers », tandis que Philolaos « est dit avoir été d'avis que la modernes 1: terre était animée d'un mouvement circulaire, ainsi que de plusieurs autres mouve- Hicelas Syracosius, ut ait Theophrastus, caelum solem lunam stellas, supera dements irréguliers, et qu'elle était un des astres », c'est-à-dire une des planétes 1, nique omnia stare censet neque praeler terram rem ullam in mundo moveri, quae cum Philolaos est un philosophe célèbre de la génération de Socrate : Platon le mencircum axem se summa celeritate convertal et torqueat, eadem effici omnia quae si stante tionne dans le Phédon (61 e) comme le maître de Cébès. Malheureusement, on a de bonnes raisons de mettre en doute l'authenticité des quelques fragments de son œuvre terra caelum moverelur. Alque hoc etiam Platonem in Timaeo dicere quidam arbitrantur, sed paulo obscurius. qui nous sont parvenus ; il n'est pas, dès lors, impossible que les théories qui nous ont « Hicétas de Syracuse, au témoignage de Théophraste, est d'avis que le Ciel, le été transmises sous son nom par les doxographes — et qu’Aristote attribue « aux pré- Soleil, la Lune, les astres, bref tous les corps célestes demeurent en repos et que tendus Pythagoriciens d’ Italie » — ne remontent pas plus haut que le rve siècle avant rien ne se meut dans l'univers hormis la Terre, laquelle, en tournant sur elle-même et notre ère 2. en se mouvant circulairement autour de l'axe avec une très grande vitesse, produit le Quelles sont ces théories ? Dix corps « divins » (deta oœuata) — le Ciel des étoiles fixes, les cinq planètes *, le Soleil, la Lune, la Terre et l’Antiterre — gravimême effet que si elle était en repos et le Ciel en mouvement. Certains vont jusqu'à tent autour d'un Feu central, lequel, de même que l’Antiterre, demeure invisible aux penser que Platon dit la méme chose dans le Timée, quoique de facon un peu plus habitants de notre hémisphère parce que celui-ci est toujours tourné du côté opposé. obscure. » Le jugement sévère d'Aristote à l'endroit de ce système pourrait ne pas être exempt de L'interprétation de ce texte est malaisée. Si forquere signifie sans conteste parti-pris, car le même auteur nous apprend que l'hypothèse d'une Antiterre aurait tourner sur soi-même comme une toupie, le sens de convertare est plus vague. été avancée pour expliquer la plus grande fréquence des éclipses de Lune par rapport notera toutefois que Cicéron emploie ce verbe pour désigner la révolution de la Luaux éclipses de Soleil, les premières étant produites par l’interposition soit de la Terre, soit de l’Antiterre — soit encore d'autres astres invisibles — , les secondes par celle de l'un de révolution circum arem — c’est-à-dire autour de l’axe de l’univers —, l’autre la seule Lune 4. de rotation, système qui annoncerait ceux d’Aristarque de Samos . . . et de Copernic! Il n'en reste pas moins que la vénération particulière des Pythagorine?. On Plutôt qu'une redondance, on aurait alors l'indication de deux mouvements, ciens pour la Décade n'est certainement pas étrangère aux choix de dix corps célestes On ne voit guère, en effet, comment un seul mouvement de la Terre pourrait rendre et si, dans le système dit « de Philolaos », la Terre est animée de deux mouvements compte des mouvements apparents de tous les autres corps célestes, ceux-ci étant — révolution autour du feu central et rotation sur elle-même pour lui présenter tousupposés immobiles. Mais les doctrines d'Hicétas, comme sa personne, nous demeujours la même face 5 —, nous sommes très loin de l’héliocentrisme copernicien. rent irrémédiablement obscures en raison des lacunes de la tradition. Les doxogra- 1 De revolutionibus, p. 3b: Erant sane huius sententiae Heraclides et Ecphantus Pythagorici ac Nicetus Syracusanus apud Ciceronem, in medio mundi terram voluentes. (...) Nempe terram volui, atque etiam pluribus motibus vagantem, el vnam esse ex astris Philolaus Pythagoricus sensisse fertur, mathematicus non vulgaris, ulpote cuius visendi gratia Plato non distulit Italiam petere, quemadmodum, qui vitam Platonis scripsere, tradunt. On notera au passage la référence à Platon, caution du sérieux de Philolaos. 2 Voir l’état de la question par K. von Fritz, Philolaos, dans P.W., R.E., Suppl. XIII, 1973, col. 456-461, et aussi C. Sonce, Doltrine speusippee nell’ Epidomide pseudo-platonica, dans Giornale di Melafisica, 22, 1967, p. 30-57. Pour ce dernier, dont l'argumentation me parait convaincante, les fragments de Philolaos dérivent, en fait, d'une œuvre de Speusippe. J'avais avancé la même hypothèse dans mon article cité ci-dessous p. 298, n. 5. Les sources principales pour le système astronomique « de Philolaos » sont Aétius (2,7,7 et 3,11,3 = H. Diezs, Dozographi Graeci, p. 336 et 377 ; Fragmente der Vorsokratiker, 6. Aufl., 44 A 16-17) et Aristote (ci-dessus p. 293, n. 3). 3 Mercure, Vénus, Mars, Jupiter et Saturne, qui sont les seules planètes visibles à l’œil nu. 4 ARISTOTE, De Caelo, 2,13,293 b. 5 Il n’est d’ailleurs pas sûr que cette rotation était ressentie comme nécessaire ; en effet, sil’on matérialise les orbites par des cerceaux métalliques auxquels sont fixées des boules représentant les astres, celles-ci tournent avec les cerceaux en présentant toujours la même face vers le centre, sans qu’il faille pour cela leur donner un mouvement propre. C’est parce qu’il partait d’un modèle de ce genre, que Copernic, De revolutionibus, p. 10 b, attribue trois mouvements à la Terre et non deux, troisième étant nécessaire pour que l'axe terrestre demeure toujours parallèle à lui-même. le phes semblent toutefois l'avoir rangé, non aux côtés d’Aristarque, mais à ceux de Philolaos ?. Je ne parlerai pas d'Ecphante, dont la date est incertaine, la doctrine pratiquement inconnue et dont l'existence même a été mise en doute. Avec Héraclide du Pont, nous retrouvons. en revanche, un terrain plus ferme. Ce personnage pittoresque et haut en couleurs passait dans l'Antiquité pour un esprit brillant, volontiers paradoxal, voire farfelu, et cette réputation est sans doute cause que ses idées n’ont pas souvent été prises au sérieux, encore moins par les Modernes que par les Anciens. Pourtant, ce qu’on sait de ses théories astronomiques force l’admiration, surtout 1 Crcéron, Lucullus, 123. 2 Cictron, De republica, 6, 17. 3 Drocène LAERGE, 8, 84: (DiAdZaov) 17v phy xivelo0ar xatà rúxdov nowtor elneiv, of ö ‘Ixétav <tdv> Lvoaxdotdy pacır ; Akrıus, 3, 9, 1-2, p. 376 (Diels): OaÂÿs xai ol ax’ adroü plav elvar thy yay. “Ixérnc 6 IHvuBaydoetos dio, ravınv xai thy dvrixBova. 4 H. DaeBRITz, Herakleides 45, dans P.W., R.E., 1913, col. 477 ; E. Frank, Plato und die sogenannten Pythagoreer, Halle, 1923, p. 138.

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297 quand on les replace dans le cadre de leur époque, qui est celle des disciples de Platon!, idem Lucifer a sole factus vicinus occiduis, proptereaque Lucifer nominatur. Etenim On a vu qu'il postulait une rotation de la Terre au centre de l’univers. Mais c'est dans perspicuum est Hesperum quidem dici tunc, cum in partibus orienlis videlur sequens l'explication du mouvement des planètes intérieures que son génie et sa perspicacité solis occasum, Luciferum vero, cum ante solem mergitur et rursus exacta propemodum éclatent véritablement. nocie oritur ante solem. Notre source est ici un passage du commentaire de Chalcidius au Timée, passage qui n’a pas toujours été bien compris et que je crois, dès lors, utile de reproduire et de Sit igitur punctum terrae caelique, ubi est littera X, zodiacus vero circulus, super quem sunt ABT notae. Et sit AB ambitus momentorum quinquaginta, item BT ambitus totidem momentorum. traduire in ertenso ? (fig. 1): Et per XB lineam punctum sit solis in littera K. Erit ergo linea X KB, quae solem demonstrat, id est litteram B. Tantum autem moveatur haec eadem linea, quantum sol movetur prope cotidiana momenta singula. Similiter celerae B lineae XA et XT <lacuna> dividantur in quinquaginta momenta. Sit porro XA linea in parte orientis, XF vero linea in parte occidentis. Haec quidem, id est XT linea prius occidens el prius oriens quam sol, illa vero alia XA posterius occidens et posterius exoriens. Necesse est igitur, ut haec quidem, id est XA, linea demonstret Luciferum <in> littera A Hesperum eo videlicet tempore, quo eadem stella longius a sole discesserit. Illa vero alia linea, id est XT, eandem stellam demonstret esse Luciferum temporibus matutinis in signo litteraeT. Hoc autem fiel apertius, si per XKB lineam circumducatur circulus qui contingat duas a se distantes lineas, id est XA et XF, quae demonstrant modum discessionis a sole Luciferi. « Enfin, Héraclide du Pont, en tracant le cercle de l'Étoile du matin (Lucifer), ainsi que celui du Soleil, et en donnant aux deux cercles le même centre et le même Fic. 1. milieu, montra comment l'Étoile du Matin passe tantôt au-dessus, tantôt en-dessous du Soleil. Il dit, en effet, qu’on voit le Soleil, la Lune, l'Étoile du Matin et toutes les Mouvement de Vénus selon Héraclide du Pont. Denique Heraclides Ponticus, cum circulum Luciferi describeret, item solis, et planètes, où que chacune d'elles se trouve, suivant une droite et une seule menée du unum puncium atque unam medietatem duobus daret circulis, demonstravit ut interdum centre de la Terre par le centre de l’astre. Il y aura donc une droite, tirée depuis le Lucifer superior, interdum inferior sole fiat. Ait enim et solem el lunam et Luciferum et milieu de la Terre, suivant laquelle on verra le Soleil et deux autres droites, tirées tout omnes planetas, ubi eorum quisque sit, una linea a puncio terrae per punctum stellae aussi bien à droite et à gauche et ce à une distance de cinquante degrés du Soleil, la exeunte demonstrari. Erit ergo una linea directa ex terrae medietate solem demonstrans, distance entre elles étant de cent degrés. De celles-ci, l'une, la plus proche de l'orient, duae vero aliae dextra lavaque nihilo minus directae a lineae sole quidem distantes est celle suivant laquelle on voit l'Étoile du Matin lorsqu'elle est le plus éloignée du quinquaginia momentis, a se autem invicem centum. Quarum altera linea orienti Soleil et devient voisine des régions orientales, ce pourquoi elle reçoit le nom d’Etoile proxima demonstrat Luciferum, cum Lucifer plurimum a sole distabit factus vicinus du Soir (Hesperus), car, étant à l’orient, elle apparaît le soir après le coucher du Soleil. orientalibus plagis, proptereaque idem Hesperi nomen accipiens, quod in eois vespere L'autre droite, la plus proche de l'occident, est celle suivant laquelle on voit la même posique occasum solis adpareat. Altera vero occidenti proxima, cum plurimum distabit Étoile du Matin lorsqu'elle est le plus éloignée du Soleil et devient voisine des régions occidentales, ce pourquoi on l'appelle Étoile du Matin. Il est, en effet, évident qu'elle est dite Etoile du Soir, lorsqu'on la voit du côté de l’orient, suivant le coucher du Soleil, et Étoile du Matin, lorsqu'elle se couche avant le Soleil et à nouveau se lève 1 La meilleure étude sur l'astronomie d’Heraclide demeure celle d’E. DE VALCKENAERE, Hera kleides Pontikos, de ontdekker van het heliocentrisme ? dans L' Antiquité classique, 25, 1956, p. 351-358 . Publiée en néerlandais, elle n’a malheureusement pas rencontré l'écho qu’elle méritait, Voir aussi W. SaLtzer, Zum Problem der inneren Planeten in der vorptolemdischen Theorie, dans Sudhoffs Archiv. Zeitschrift für Wissenschaftgeschichte, 59, 1970, p. 141-172. Les sources ont été réunies par F. WEHRLI, Herakleides Pontikos, Bale, 1953, {gts 104-117, dont le commentaire est très décevant, de même que la notice du même auteur dans P.W., R.E., Suppl. XI, 1968, col. 685-686. 2 Cnazcioius, In Plalonis Timaeo commentarium, 100-101. Wenrii, Herakleides Pontikos, fgt 110, n’en reproduit que les deux premiéres phrases, mais il est évident qu’il constitue un tout indissociable. avant lui quand la nuit est presque finie. » « Soient, par conséquent, (le point) où est la lettre X le centre de la Terre et du Ciel et le cercle au-dessus duquel sont inscrites (les lettres) ABT le Zodiaque (fig. 1). Soient AB un are de cinquante degrés et BT un arc du même nombre de degrés. Soit sur la droite XB le centre du Soleil à la lettre K. La droite XKB sera donc celle

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suivant laquelle on voit le Soleil, et ce à la lettre B. Cette droite se déplace à la même vitesse (angulaire) que le Soleil, (soit) d’environ un degré par jour. De méme, les autres droites XA et XT <lacune> sont divisés en cinquante degrés 1. Soient, en outre, la droite XA du côté oriental et XT du côté occidental, celle-ci, c’est-à-dire la droite XF, se couchant et se levant avant le Soleil, celle-là, c'est-à-dire XA, se couchant et se levant après lui. Il s'ensuit nécessairement que la seconde, c’est-à-dire la 299 sens contraire dans le plan de l’Écliptique : leur résultante lui fait décrire une orbite apparente en hélice. Le Ciel ne connaît que le mouvement le plus rapide — reflet de la rotation terrrestre dans notre système héliocentrique — ; la Terre est immobile au centre de l’univers. Cette première tentative d'explication rationnelle mérite le respect pour son postulat de base que les mouvements apparemment irréguliers des astres « errants » droite XA, fera voir l'Étoile du Matin en tant qu’Etoile du Soir à la lettre A au mopeuvent se ramener à des combinaisons de mouvements simples. ment où cet astre s'éloigne le plus du Soleil et que l’autre droite, c'est-à-dire XT, fera suppose la sphéricité de la Terre et la continuité de l’espace autour d’elle, elle marque Outre qu'elle voir le même astre en tant qu'Étoile du Matin aux heures matinales à la lettre T. Cela une étape décisive dans l'interprétation des phénomènes, qui deviennent désormais deviendra plus clair si autour de la droite X KB on trace un cercle tangent aux deux justiciables du langage et du raisonnement mathématiques. Platon l'avait bien comdroites écartées l'une de l’autre, c’est-à-dire XA et XT, qui donnent la mesure de pris qui, déjà dans la République, met l'accent sur la nécessité de pratiquer « l’astrol'éloignement de l'Étoile du Matin par rapport au Soleil. » nomie en se posant des problèmes comme en géométrie » 1. Mais si le système plato- Chalcidius traduit ou adapte visiblement ici un texte grec—l’utilisation de lettres nicien rend compte de manière relativement satisfaisante des mouvements apparents de l'alphabet grec dans la démonstration suffit à l'indiquer —, texte emprunté soit à du Soleil et de la Lune, il n’en va pas de même pour les autres planètes, et c'est une une œuvre d'Héraclide lui-même, soit à une compilation du genre de celles d'Eudème piètre échappatoire que d’invoquer à leur propos une « force antagoniste » qui animede Rhodes ou de Théophraste. La démarche en est d’une rigueur exemplaire, qui rait, par exemple, Vénus et Mercure, « de sorte que le Soleil, l’astre d’Hermés et préfigure celle d’Aristarque de Samos dans son traité Des grandeurs et des distances du l'Étoile du Matin se rejoignent tour à tour et sont rejoints suivant une loi constante »?, Soleil et de la Lune. Le point de départ en est la considération que nous ne voyons pas La raison de cet échec est que, si la Lune tourne effectivement et si le Soleil les mouvements réels des astres, mais leur projection sur le Ciel des Étoiles fixes. paraît tourner autour de la Terre, les planètes, elles, tournent autour du Soleil, c’est- Or, la planète Vénus paraît osciller de part et d’autre du Soleil, dont elle ne s'éloigne à-dire autour d’un centre extérieur à la Terre et qui se déplace par rapport à elle : jamais de plus d'un angle donné. qu'on appelle l’elongation 2. leur trajectoire apparente est donc la résultante non de deux, mais de trois mouve- Si l’on suppose que Vénus tourne autour du Soleil sur une orbite tangente aux deux lignes de visée qui ments. encadrent l’élongation, sa projection sur le Ciel décrira, de part et d'autre du Soleil, graviter Vénus autour du Soleil : la trajectoire apparente de l'Étoile du Matin résulte un arc de cercle égal à l'élongation (fig. 1) — ce qui représente, à peu de chose pres, en effet, selon lui, de la combinaison 1. de la rotation de la Terre ; 2. de la révolution son mouvement apparent 3. du Soleil autour de la Terre et 3. de la révolution de la planète autour du Soleil. Comme l'a justement remarqué P. Duhem. Platon est le premier philosophe «dont nous puissions, au sujet des mouvements célestes, connaître toute la pensée ou, du C’est ce troisième mouvement qu’Héraclide du Pont introduit en faisant Platon cherchait à expliquer les mouvements des astres tels qu’ils apparaissent aux yeux de l'observateur terrestre, supposé immobile. Tel sera encore le point de C'est, en effet, dans le vue d’Eudoxe, dont les sphères homocentriques nous séduisent certes par le raffine- Timée, dialogue de vieillesse de Platon, que se trouve le plus ancien exposé conservé ment mathématique de leur agencement subtil, mais menaient, en fait, à une immoins, tout ce qu'il a voulu nous livrer de cette pensée», d’un système cohérent fondé sur des combinaisons de mouvements circulaires, unipasse 3. Le système d’Heraclide, en revanche, se recommande par sa simplicité. La formes et réguliers 5. Chaque astre, à l'exception du Ciel des fixes, y est animé de rotation de la Terre permet de faire l'économie du premier mouvement platonicien : deux mouvements, l’un rapide dans le plan de l'Équateur terrestre, l'autre lent et de ce mouvement, qui aurait affecté de maniére identique tous les corps célestes, est ramené à une «illusion d’optique» provoquée par le déplacement de l’observateur. 1 Le sens du passage perdu est facile à reconstituer : les droites XA et XI se déplacent à la même Le Ciel peut, dès lors, demeurer en repos et chaque astre n’est plus animé que d’un vitesse et dans le même sens que XB, de sorte que les angles qu'elles forment avec cette dernière demeurent constamment égaux à 50°, 2 Cette élongation est estimée à 50°; elle est, en réalité, de 47°, 3 Le témoignage de Chalcidius ne permet pas de dire si Héraclide tenait compte du mouvement ascensionnel de Vénus, c’est-à-dire s’il plaçait son orbite dans un plan cblique par rapport au spectateur, ou seulement de l’élongation. 4 Dunem, Le système du Monde, 1, p. 6. 5 PLATON, Tim., 36b-39d. Cf. G. Donnay, Le système astronomique de Platon, dans Revue belge de Philologie et d’ Histoire, 38, 1960, p. 5-29, et p. 301, n. 1. 1 PLATON Resp., 7, 530b: xoofAjuacw Goa... yodpevor dicneo yewuetoiar obrw xal doroovoulav pétiper... 2 PLATON, Tim., 38d: ... éwopógov de xal tòv legdv “Eguod Asyduevov eis tov tdyei pèv loddoopov flo xdxiov lovras, thy dì Evavrlav eidnydtac atta diva, 60ev zaralaußavovalv te xal xatalaußdvorra: xatà tadıa Un’ dAAjAwy Ac te nai 6 tod “Eouod xai éwapdgos. 3 Cf. C. Préaux, La Lune dans la pensée grecque, Bruxelles, 1973, p. 224-225.

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seul mouvement réel : les planètes tournent autour du Soleil, celui-ci et la Lune auajuster la trajectoire observée des planétes aux orbites circulaires concentriques auxtour de la Terre et celle-ci sur elle-même au centre de l'univers !. 301 quelles il continuait de croire. Sile système qu'il propose est plus simple que celui de A côté de cette mécanique admirable et à bien des égards prémonitoire — dont il Ptolémée, il n'en demeure pas moins relativement complexe et, en tout cas, fondé sur est toutefois honnête d’avouer que nous ignorons si Héraclide en acheva la construcle même postulat, à savoir que les mouvements apparents des astres sont des combition ou s’il se contenta d’en ébaucher quelques parties —, les élucubrations attribuées naisons de mouvements parfaitement circulaires, uniformes et réguliers. La caution à Philolaos font piètre figure. L'interprétation en est certes malaisée, mais la cohérenqu'il demandait aux « philosophes » grecs n’était donc pas de pure opportunité ni de ce ne semble pas avoir été leur qualité première : si la Terre tourne, pourquoi diable! pure forme : même s’il n’avait qu'une connaissance imparfaite de leurs théories et de le Ciel en fait-il autant? Elles eurent pourtant le mérite — et ceci indépendamment leurs hypothèses, il était bien l'héritier de Platon, d’Heraclide et de Philolaos. du plus ou moins d’ancienneté qu’on leur accorde par rapport à Héraclide et à Platon Mariemont Guy Donnay — de porter un premier coup au postulat géocentrique : voilà enfin des gens qui pensent que la Terre n'est pas nécessairement le « nombril du monde » et qui l'imaginent gravitant comme une vulgaire planète autour du Feu central. Punivers (généralement confondu avec le centre de la Terre). L'épicycle est une petite orbite, qui La voie était désormais ouverte à l'hypothèse géocentrique d'Aristarque de porte un astre et dont le centre se déplace sur un cercle « déférent » concentrique à l’univers, 1 Quod motus corporum caelestium sit aequalis ac circularis, perpetuus, vel ex circularibus com- Samos, qui se présente en quelque sorte comme la synthèse des théories d'Héraclide et posilus est le titre du chap. IV du livre I du De revolutionibus ; cf. la formule attribuée à Platon par SimPLIC'US, in de Caelo, p. 493 (Heiberg): river txoreOdvtwr di’ duaddy xal éyxvxAlwv xal Tede Philolaos 2. Plutarque l’a résumée de façon lapidaire en disant que « l'homme Tayuevwv xivijceay duvycetat diacw@rvar ta negl tods nAavœuévous pardueva; avait tenté de rendre compte des phénomènes observés en supposant le Ciel en repos et la Terre décrivant un cercle oblique, tandis qu’elle tournait autour de son propre axe», Le « cercle oblique » est l'orbite que Philolaos assigne à la Terre comme aux autres planètes ; la rotation « autour de son propre axe » est empruntée à Héraclide, de même sans doute que l’idée de faire tourner la Terre autour du Soleil — encore une fois, comme les autres planètes. Voilà défini dans ses grandes lignes l’héliocentrisme copernicien, où la Terre est animée à la fois d’une rotation sur elle-même dans le plan de l'Équateur et d'une révolution dans le plan de l’Écliptique, qui est oblique par rapport au premier. Pourquoi fallut-il attendre dix-huit siècles pour que ce système, à nos yeux évident, commencät de s'imposer ? Les causes que nous entrevoyons sont multiples, mais on peut les résumer en une formule: l'hypothèse héliocentrique d’Aristarque était prématurée, au sens biologique du terme, c'est-à-dire non viable. Elle ne rendait d’ailleurs pas compte des anomalies dues, entre autres, à l’excentricité des orbites des planètes, qui sont, nous le savons aujourd'hui, elliptiques et non circulaires — anomalies que les astronomes anciens s’efforcerent de reproduire à l'aide de cercles excentriques et d’épicycles *. Copernic devra encore recourir aux épicycles pour 1 Contrairement à Van DER WAERDEN, op, cit, (ci-dessus, p. 291, n. 1), p. 59-56, suivi par C. PRÉAUX, op. cil., p. 225-226, je ne crois pas que Platon, Leg., 7, 822 a, marque une évolution par rapport à la doctrine du Timée sur les mouvements célestes et pose une exigence nouvelle, celle d'un mouvement unique pour chaque corps céleste. Je me suis expliqué là-dessus art. cil. (ci-dessus p. 298, n.5),p.17,n.4. 2 Cette hypothèse nous est connue essentiellement par Archiméde, Aren., 1, et PLUTARQUE, De facie, 6, 923 a (cité ci-dessus, p. 293, n. 4). 3 Cité ci-dessus, p. 293, n. 4, 4 Le cercle excentrique est une orbite dont le centre, fixe ou mobile, est distinct du centre de inf CE Monde ASRAAMAGES GR 3 A Crt FRE