De l'Immortalite astrale dans la "Sagesse de Salomon"(III 7)

Autor
Dupont-Sommer, A.
Publicado en
Revue des Etudes Grecques
Año
1949
Tema
IMMORTALITY
Idioma
Français
Categoría
C12 Religión
Número de archivo
5084

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Mostrar texto completo10 páginas

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OY ont-sonmer. Ae Salomon" (III 7) In: Revue des Etudes Greques, LXII - 1949 p. 80 — 87 Se Run C De anx LIDAMER A. |i ana Dex Dyoent- Sommer” A (fy bal hoele) A, Duront-SomNEr, De. Virmmorlalilé astrale dans la Sagesse de Sulanıon 75 [éléments pylhagoriciens] ; ef. Testamenlorum Extra-ennonien. A. Dupont-SomMER, De l'immortalité astrale dans la Sagesse de Salomon (111,7): REG 1949 80-87. | I] faudrait lire dans ce passage yakattn et y voir un trait caractéristique des croyances pythagericiennes qui aurait pénétré dans cet écrit juif issu de cercles où la gnose alexandrine se combinait avec la foi et la piété juives. eve ole Etudes Gregues

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In: Revue des Études Grecques, tome 62, fascicule 289-290, Janvier-juin 1949. pp. 80-87. Citer ce document / Cite this document : Dupont-Sommer André. De l'immortalité astrale dans la Sagesse de Salomon (III 7) . In: Revue des Études Grecques, tome 62, fascicule 289-290, Janvier-juin 1949. pp. 80-87. http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/reg_0035-2039_1949_num_62_289_3143

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DE L'IMMORTALITÉ ASTRALE DANS LA "SAGESSE DE SALOMON" (III 7) A la mémoire de Franz Cumont. La Sagesse de Salomon est un écrit juif qui fut rédigé à Alexandrie. La première partie de ce livre (I-X) est une exhor tation à adhérer à la sagesse (σοφία), un « Protreptique » ; elle sedate, selon nous, du premier siècle avant J.-C, un peu avant Philon. Ce « Protreptique » expose, en un style remar quablement dense et précis, les doctrines essentielles de l'au-, teur, un Juif, certes, mais profondémenl influencé, ainsi que Philon lui-même, par la pensée hellénistique. Je voudrais attirer l'attention sur l'une de ces doctrines essentielles, celle de l'immortalité des âmes justes, et, plus précisément, sur le caractère astral de cette immortalité. Voici la traduction littérale du passage où cette doctrine se trouve formulée (III 1-9) : Quant aux âmes des justes, elles sont dans la main de Dieu, et le tourment ne les atteindra pas. Ils ont semblé aux yeux des insensés mourir, et leur trépas fut jugé un malheur, et leur départ loin de nous une extermination ; mais eux y ils sont dans la paix. En effet, si, au regard des hommes, ils furent châtiés, leur espérance était pleine d'immortalité (αθανασίας)...

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Et, au temps de leur Visite, ils brilleront, et comme des étincelles dans la paille ils courront. Ils jugeront les nations et ils domineront les peuples, et sur eux régnera le Seigneur à jamais. Ceux qui se confient en lui auront Inintelligence de la Vérité, et ses fidèles demeureront près de lui dans l'Amour... Le verset qui doit nous retenir ici (III 7) est celui que nous avons traduit littéralement ainsi : Et, au temps de leur Visite, ils brilleront, et comme des étincelles dans la paille ils courront. En voici le texte grec : καΐ εν καΐρφ επισκοπής αυτών άναλοψιψουσιν, καΐ ώς σπινθήρες εν καλάμη διαδραροΰνται. Le premier stique énonce claiiement cette idée qu'au moment de la Visite des âmes, entendons au jour du jugement divin qui fixera leur sort éternel, les justes « brilleront», c'est-à-dire seront semblables aux astres. Une telle idée apparaît pour la première fois, chez les Juifs, dans Daniel XII 3 (vers 165 avant J. -G.) : Et les sages brilleront comme brille le firmament, et ceux qui auront enseigné la justice à la foule seront comme des étoiles à tout jamais. La même idée s'affirme dans/ Hénoch (ier siècle avant J.-C.) : « Mais maintenant vous brillerez comme les luminaires du ciel... Car vous aurez part au sort de l'armée du ciel » (CIV 2, 4); et encore : « Maintenant j'appellerai les esprits des bons, qui appartiennent à la race de la lumière... Je les introduirai dans une lumière éclatante, et je ferai asseoir chacun d'eux sur son trône de gloire . Ils brilleront durant des temps innomb rables... Ils verront comment ceux qui sont nés dans les ténèbres sont jetés dans les ténèbres, tandis que les justes bril lent. Mais les pécheurs crieront quand ils verront comme ils (les justes) brillent... » (GVIII 11-15). REG, Util, 1949, n* 289-S90.

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// Hénoch ((Γθ moitié du ιβΓ siècle après J.-G.) fait écho à cette croyance : « (Les justes) seront sept fois plus brillants que le soleil » (LXV1 7). De même, un peu plus tard, IVEsdras : « Leur face (la face des justes) brillera comme le soleil, et ils seront semblables à la lumière des astres » (VII 97). Et, vers la même époque, // Baruch : « ...Leur éclat rayonnera en diverses formes, et l'aspect de leur visage se changera en beauté bril lante... Ils seront transformés dans l'éclat des anges... Ils habiteront dans les hauteurs de ce monde et ils seront sem blables aux anges et comparables aux astres... » (LI 3 ss.). Chez les Juifs encore, l'auteur de IV Machabèes (seconde moitié du ier siècle ou début du second siècle après J.-C), — un rhéteur-philosophe juif qui s'exprime en grec avec la même aisance que ses collègues païens — , formule la même croyance en la transfiguration céleste des justes ; s'adressant à la mère des Sept, glorieux martyrs de la foi juive, il dit : « La lune, dans le ciel, entourée d'étoiles, n'a pas autant de majesté que toi : versant la lumière sur tes sept fils, brillants comme des astres (ίσαστέρους), tu reçois de Dieu les honneurs dûs à la piété, tu es < changée en astre >(i), aYec eux* dans le ciel ! » (xvii 5): ■ Le Nouveau Testament lui-même reflète la même croyance. On lit, par exemple, dans YEvangile selon Matthieu : « Alors les justes brilleront (έκλάμψουσιν) comme le soleil dans le royaume de mon Père » (XIII 43). C'est évidemment à ce courant d'idées que se rattache le Pseudo-Salomon, quand il déclare que les justes « brilleront »; nous n'avons pas ici à montrer comment la même croyance en l'immortalité astrale des justes était alors commune dans le inonde gréco-romain tout entier. Mais que veut dire exacte ment notre auteur dans le second stique du même verset : « et comme des étincelles dans la paille ils courront » ? Décrir ait-il l'agilité et l'ubiquité des corps des bienheureux, sans (i) Lire ήστέρισαι au lieu de έσττ,ρισαι ; cf. notre ouvrage, Le Quatrième Livre des Machabèes, p. 47.

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cesse en mouvement, surgissant ici et là comme des fantômes? Une telle idée semble bien étrangère à notre Pseudo-Salomon, qui se représente la vie des justes dans l'au-delà sous un aspect bien plus philosophique et bien plus mystique : ils auront « l'intelligence de la Vérité » et « ils demeureront près de Dieu dans l'Amour », ainsi qu'il est dit dans le passage cité plus haut. x\u surplus, le Pseudo-Salomon, tout comme Philon, tout comme l'auteur de IV Machaôées, ignore la résurrection des corps, doctrine qui répugne à son hellénisme. Et puis, faut-il comprendre : « et, comme des étincelles, ils courront dans la paille » ? Ou bien : « et ils courront, comme des étin celles (courent) dans la paille » ? Mais « courir dans la paille », s'agissant des élus, semble être un non-sens. Quant à la compar aison «comme des étincelles (courent) dans la paille », si l'on y réfléchit un peu, elle ne correspond absolument à rien. Cer tains critiques expliquent qu'elle serait emprunlée à la coutume de brûler sur place les tiges des épis après la moisson, de façon à engraisser les champs; mais, que l'on se représente cette scène ou toute autre scène analogue, il n'est pas naturel de parler ici d' « étincelles qui courent dans la paille » : ce sont des flammes qui, alors, se propagent, gagnant de plus en plus de terrain, et de plus en plus dévorantes, et non pas des étin celles, dont la lueur est toute différente et l'éclat instantané. Dans haïe V 24, Joël II 5, par exemple, passages auxquels on se réfère volontiers, il n'est pas question d'étincelles, mais des « flammes » et des « langues du feu » ; de toute évidence, l' étincel e met le feu et déchaîne l'incendie, mais elle ne court pas dans le chaume. Nous sommes donc amenés à soupçonner ici quelque altéra tiondu texte. Cependant, tous les manuscrits grecs sont d'ac cord, et les versions anciennes, si elles présentent quelques variantes, confirment toutes le mot καλά^ ; la faute, par consé quent, si faute il y a, est très ancienne. Toutefois, l'examen des versions est assez instructif; la Peshitto, par exemple, trahit devant notre texte un certain embarras. Voici la traduction

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littérale du texte syriaque : « Et au moment fixé sera leur visite (1) ; et, comme des étincelles, dans le chaume ils courront, les justes parmi les impies ». L'auteur de cette version, on le Toit, ajoute une glose, expliquant que la paille, ce sont les impies, et suggérant que, si les justes courent parmi eux « comme des étincelles », c'est pour y mettre le feu et les con sumer (2). En même temps, et très logiquement, il supprime dans le premier stique le mot άναλά^ψουσιν, dont l'idée, sans doute, lui semblait trop éloignée du sens général du verset, tel qu'il l'entendait. Mais, si le Pseudo-Salomon avait voulu par ler du châtiment infligé par les justes aux impies, c'est, recon naissons-le, sous la forme d'une véritable énigme qu'il aurait énoncé ici cette idée, alors que partout ailleurs sa pensée s'exprime en formules parfaitement claires et précises. En réalité, le second stique du verset, dans un écrit dont le style est clairement et constamment marqué par la loi du parallélisme — loi essentielle du style poétique hébreu —;, doit normalement reprendre et compléter l'idée exprimée dans le premier stique. Or, cette idée, c'est celle de l'immortalité astrale : « ils brilleront ». Une très légère correction dans le second stique permettrait de restituer à celui-ci un sens par faitement conforme à ce qu'on est en droit d'attendre du point de vue du parallélisme : il suffirait, en effet, de lire γαλαξί^ à la place de καλά^. La confusion de ces deux mots, croyonsnous, est tout à fait admissible, paléographiquement parlant; qu'on compare FAAASIHI et KAAAMHI : cinq lettres sont iden tiques ; quant au γ initial, la confusion avec κ était facile» surtout après έν (3). (1) On a lu επισκοπή au lieu de επισκοπής; de même Vulgate : α Et in tempore erit respectus illorum ». (2) C'est la même interprétation allégorisante que proposent plusieurs exégètes modernes, invoquant par exemple Abdias 18 : « Et la maison de Jacob sera un feu et la maison de Joseph une flamme, et la maison d'Esaû sera la paille, et elles les consumeront et les dévoreront. » (3) « Voie lactée » se dit le plus souvent γαλαξίας; mais on rencontre aussi la forme γαλαχτίαΐ. La désinence -nj, au lieu de ια, est courante dans les Septante.

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Si donc on restitue γαλαξί$ au lieu de καλά^, on. obtient la traduction suivante : Et, au temps de leur Visitey ils brilleront^ et, comme des étincelles, dans la Voie lactée ils courront. Observons que le verbe διατρέχειν est précisément le mot technique en grec pour désigner le « cours » ou la trajectoire des astres; on devrait presque traduire : « ils auront leur cours ». Inutile de souligner combien l'emploi de ce mot convient bien ici, puisque les justes dont on parle sont changés en astres. Remarquons, en second lieu, que la comparaison avec les « étincelles » prend aussi du même coup sa pleine valeur. Il est, en effet, tout naturel de comparer l'éclat des astres à des étincelles qui brillent dans le ciel. Mais il y a plus : rien n'est mieux fondé que cette comparaison dans le système de la croyance à l'immortalité céleste des âmes des justes ; F. Cumont, par exemple, explique : « Suivant un symbole généralement accepté, l'esprit qui nous anime est. une étincelle des feux qui resplendissent dans l'éther » (1). C'est comme un principe éthéré et igné que Virgile définit l'âme, en un vers fameux : « aetherium sensum atque aurae simplicis ignem » [Enéide VI 748). Et les systèmes gnostiques la désignent couramment du nom même d' « étincelle », σπινθήρ, qui correspondait si bien à la doctrine alors régnante sur la nature ignée de l'âme (2). Quant à l'idée que les âmes des justes séjournent dans la Voie lactée, elle était alors courante dans le néo-pythagorisme ; « c'est le pythagorisme, explique J. Carcopino, qui, antérieu rementà l'ère chrétienne, a placé sur la Voie lactée le séjour où trônent les âmes divines » (3). On pourrait citer ici bien des textes ; qu'il nous suffise de rappeler le Somnium Scipionis (III 16) : « ...Ea vita via est in coelum et in hune coetum eorum (1) Les Religions orientales dans le Paganisme romain (4m· éd.), p. 192. (2) Telle était déjà, on le sait, la doctrine d'Heraclite et du Portique. {3) La Basilique pythagoricienne de la Porte Majeure, p. 316.

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qui jam vixerunt et corpore laxati illum incolunt locum quëm vides — erat autem is splendidis simo candore inter flammas circus elucens — quèm vos ut a Grais accepistis orbem lacteum nuricupatis ». Ce témoignage est particulièrement intéressant, vu qu'il est du même siècle que la Sagesse de Salomon (1). On s'étonnera peut-être qu'une croyance aussi typiquement pythagoricienne ait pu pénétrer dans un écrit juif. Mais, à vrai dire, ce n'est pas le seul trait pythagoricien qui se rencontre dans la Sagesse ; la doctrine de la préexistence des âmes, par exemple, y est formellement énoncée (V 19) : « J'étais un enfant d'un bon naturel, et je reçus une âme bonne, ou plutôt, comme j'étais bon, je vins dans un corps sans souillure ». Tous les commentateurs reconnaissent que l'auteur est informé des dogmes de la philosophie grecque; nous pensons, pour notre part, que sa pensée est plus profondément pénétrée par eux qu'on ne l'admet généralement. Disons, plus précisément, que là. Sagesse de Salomon émane d'un milieu juif alexandrin fortement touché par la mystique et les doctrines de la Gnose alexandrine, milieu d'où sortira un peu plus tard Philon, et auquel il faut rattacher la secte des Thérapeutes. Il y a quel ques années, nous avons relevé dans cet écrit les traces d'une doctrine sur Adam « Père du Monde » (πατήρ κόσμου), qui se rattache directement aux spéculations de la Gnose sur l'Homme primitif (2); notre exégèse a été confirmée récemment par une remarquable étude d'E. Peterson, qui rapproche les ver sets en question de la Sagesse (X 1-2) de certains passages des papyrus grecs magiques (3). L'étude de la Sagesse est sans doute à reprendre totalement de ce point de vue. Si nous lisons le mot . γαλαξύρ à travers un mot altéré, si nous osons ainsi découvrir dans le livre juif un trait si caractéristique des (1) P. Boyancé a commenté ce passage aux pp. 133-137 de ses Études sur le Songe de Scipion (1936). Sur le séjour des âmes dans la Voie laotée, voir notam mentP. Capelle, De luna stellis lacteo orbe animarum sedibus (Halle, 1917), où les divers textes sont rassemblés et étudiés. (2) Revue de VHistoire des Religions, t. GXIX (1939), p. 182 ss. (3) Revue Biblique, t. LV (1948), p. 211.

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croyances pythagoriciennes, c'est que nous sommes convaincu que la Sagesse, en son enlier, nous introduit dans des cercles juifs assez spéciaux, où la Gnose alexandrine était en faveur et se combinait, en un syncrétisme remarquablement habile et savamment élaboré, avec la foi et la piété juives. Mais, du fait qu'un tel emprunt aux doctrines païennes eut dans le Judaïsme une durée éphémère et une expansion res treinte, il n'est pas surprenant qu'un copiste juif ou, quand la Sagesse de Salomon eut été adoptée par l'Église, un copiste chrétien, peu au courant des spéculations païennes sur le lieu du séjour des élus, ait 'hésité sur la lecture du mot γαλαξί-ç, surtout si la graphie n'en était pas parfaitement distincte, et qu'il ait substitué au mot rare et difficile un mot banal, καλάμη ; mais ce mot est ici proprement absurde : la phrase « et comme des étincelles dans la paille ils courront » n'offre, en réalité, aucun sens, et les plus persévérants efforts des commentateurs,, depuis vingt siècles que ce texte est lu, n'en ont jamais rien pu tirer de réellement intelligible. Si la conjecture que nous proposons est reconnue comme recevable, on voudra bien nous excuser d'avoir tant insisté sur un mot, sur un seul mot; car ce mot, si longtemps dissimulé par suite de la bévue d'un scribe, est l'un des plus révélateurs pour nous aidera situer historiquement le livre entier dans son véritable milieu d'ori gine : condition essentielle pour le lire et l'interpréter comme il faut(l). (i) La présente note a fait l'objet d'une communication à l'Association desÉtudes grecques, séance du 2 décembre 1948.