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crite, leur choix nous semble assez justifié, surtout si
l’on tient compte des trois
passages précités.
Venons enfin aux paraphrases. Nous lisons dans
l’Enarratio in ps. 134, 20
(ML
37, 1751 ; date 411-412): nam tentatio oculoru
m est quod transfigurat
se
velut angelum lucis. Occidat manus Domini et illum
et illos ; ilum [=diabolum],
ne inducat, W est évident qu’il faut sous-entendre après
inducat: in tentationem.
Epistula 177, 4 (CSEL 44, 673; date 416): Si enim
in temptationem inductus
fuerit, hoc est in temptatione defecerit. La lettre est
adressée au Pape Innocent
et signée par Aurelius, Alypius, Augustinus, Evodiu
s et Possidius, mais il ne
fait pas de doute qu'Augustin en est le rédacteur.
L'explicit de la Regula Sancti
Augustini se situe dans ia même ligne: Orans ut et
debitum dimittatur
et in
temptationem non inducatur!, En tant que paraphrase,
il ne constitue pas nécessairement un argument contre l'authenticité augusti
nienne de ce ducument ; ce
serait Se tromper que d'y voir un cas isolé. Nous sommes
heureux de pouvoir
signaler que Dom C. Lambot a naguère restitué le terme
inducere au texte primitif du Sermo 224, 33, bien que ce soit par rapport à
une autre citation biblique :
Serpens me induxit (Gen. 3, 13)%. Un dernier passage
, De Genesi ad litteram
XL 27, 34 (date 401-414), nous place de nouveau devant
un problème de critique
textuelle: Diabulus.… non est permissus tentare
leminam nisi per serpentem
(Gen. 3, 13)... Quod quidem si solo instinctu occultiu
s ageret, sicut egit in Juda ut
traderet Christum, posset efficere in anima superbo
umbvre suae potestatis inducta
(ML 34, 443-444) — induta (CSEL 281, 360). Ici,
It choix s'avère très difficile.
Le texte de J. Zycha, dans le CSEL, ne se fonde
que sur un Séul manuscrit, Le
Sessorianus, qui, ces dernières années, paraît avoir perdu
de son autorité. Quoi
qu'il en soit, du point de vue de la critique interne,
anima Superbo armore induta
sonne un peu dur. On pourrait traduire : « Chez une
âme revêtu (= pourvue)
d'un amour orgucilleux de sa propre puissance, le diable
peut aussi atteindre son
but par instigation intérieure ». Ou bien : « Chez
une âme induite (en tentation :
= poussée) par un amour orgucilleux de sa propre
puissance... ».
De ce qui précède retenons surtout deux conclus
ions : lorsqu'il s’agit d'une
citation libre, la date 394 ne peut passer pour un
critère de chronologie augustinienne ; ensuite, le terme inducere ne doit Pas nous
inspirer une crainte exagérée,
c'est pourquoi il ne faut pas l'écarter trop vite.
Institut Historique Augustinien
5 CE
T. VAN BAVEL
Héverlé-Louvain
—.
+
_
DEUXFEREE TV,
AS
SONGE DE SCIPION ET VISION DE SAINT BENO
IT
Un article récent de M. Pierre Courcelle3
vient d'attirer l’attention
sur La
postérité chrétienne du « Songe de Scipion ».
Je crois que dans cette descendance
littéraire il faudrait encore reconnaître une
page assez fameuse, celle dans ja-
1. W. HÜMPFNER, Jordani de Saxonia Ordinis
Eremilarum S. August
ini: Liber
Vitas/fralrum, Ediderunt Rudolphus Arbesi
nann et Winfridus Hümpfner (Cassiciacum
, vol. D), Appendix C, p. 503. New Yurk,
1943.
2. C. LaM&oT, Le sermon CCXXIV de saint August
in et ses recensions inteypolées, dans Historisches Jahrbuch, 77 (1958),
P. 414, L 33. A. KUNZELMANN
Propose pour ce sermon comme date : entre
3. Revue des Études latines, t. 36, 1958, p.
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REVUE BÉNÉDICTINE
quelle saint Grégoire le Grand, au chapitre 35 du livre I de ses Dialogues,
rapporte la vision de son grand héros, saint Benoît. Ce rapprochement s'était
dès longtemps imposé à mon esprit: voici venue l'occasion d'en examiner de
près les éléments.
A qui Grégoire le Romain a-t-il pu emprunter, sinon à Cicéron, la forme même
du dialogue ? Il raconte ici au plus complaisant des interlocuteurs, son diacre
Pierre, la vision dont fut favorisé Benoît, une des dernières nuits de sa vie.
1. Scipion le second Africain introduit le récit du songe célèbre par l'évocation
de sa rencontre avec le roi Massinissa et du long entretien qui s’ensuivit jusque
tard dans la nuit :
Post autem regio apparatu accepti sermonem in multam noctem produximus.
Deinde ut cubitum discessimus…
L'heure du repos venue, Scipion, harassé de fatigue, tombe dans un sommeil
profond et — ici il prend la peine d'expliquer le mécanisme psychologique qui
déclenche les songes — il rêve.
Pour Benoît, il a reçu en son abbaye du Mont-Cassin la visite du diacre
Servandus, abbé de Saint-Sébastien près d’Alatri, qui venait souvent le voir.
ut. dulcia sibl invicem vitae verba transfunderent et suavem cibum caelestis patriae
quia adhuc perfecte gaudendo non poterant, saltim susplrando gustarent. cum viro
hora jam quietis exegerit 1...
La teneur des pensées et des images de la nuit est suffisamment requise par ce
qui précède.
2. Dans les deux cas, c'est la nuit. Sciplon rêve, mais Benoît veille, debout
près de la fenêtre, en prière... Un personnage surgit devant chacun. Scipion
reconnaît son aîné, le premier Africain, dont il a entendu son hôte lui parler si
affectueusement :
ea forma quae mihi ex imagine ejus. erat notior.
Benoît, de son côté, dans une lumière qui tombe d'en-haut, voit l’évêque
Germain de Capoue monter au ciel, ou plus exactement son âme, mais tout de
même reconnaissable :
Homines enim sunt hac lege generati qui tuerentur illum globum quem in hoc templo
medium vides, quae terra dicitur : hisque animus datus est ex illis semmpiternis ignibus,
quae sidera et stellas vocatis… justitiam cole et pietatem : ea vita via est in caelum
et in hunc coetum eorum qui jam vixerunt et corpore laxati illum incolunt locum quem
vides. Erat autem is splendidissimo candore inter flammas elucens circus.. (X, X1).
C'est une de ces âmes ignées que Benoît a vu regagner le ciel, portée certes
par des anges. Germain de Capoue, à vrai dire encore, n’a rien à révéler au patriarche du Cassin, tandis que l’Africain prédit l'avenir à son héritier et lui fait
toute la cosmologie platonicienne et pythagoricienne qui termine le morceau
cicéronien.
4, Mais l'objet principal des deux visions est le même : le monde entier ramassé
dans un rayon de lumière.
D'abord le vieil Africain montre au jeune la ville de Carthage :
Ostendebat autem Carthaginem de excelso et pleno stellarum illustri et claro quodam
loco. (VI).
Mais ce n’est là qu’un point de la terre, un point sur ce point qu'est la terre,
au centre du cosmos des lumières :
illum globum quem in hoc templo medium vides quae terra dicitur.… (X).
Et d'évoquer et de montrer, à la manière de Pythagore, la giration concentrique des sphères :
stellarum autem globl terrae magnitudinem facile vincebant... (X1).
Quant à Benoît, voici précisément ce qui, par la fenêtre ouverte de la tour,
se découvre à se5 YEUX :
sicut ipse post narravit, omnis etiam mundus, velut sub uno solis radio, collectus ante
oculos ejus adductus est.
Ceci est un raccourci synthétique : ce n'est pas le témoin lui-même qui raconte
ni décrit. D'ailleurs la philosophie pythagoricienne est bien vubliée. Mais l’identité des objets des deux visions est clairement affirmée.
5. La conclusion est, comme bien on s’y attend, un réflexe d'humilité chez les
deux témoins d’un si prodigieux spectacle. Scipion déclare:
Qui venerabilis pater, dum intentam oculorum aciem in hoc splendore coruscae lucis
Jam ipsa terra ita mihi parva visa est ut me imperii nostri, quo quasi punctum ejus
attingimus, poeniteret (XI).
mfgerit, vidit Germani Capuani episcopi animam in spera ignea ab angelis in caelum
erri.
Tous deux donc voient un personnage.
3. Assurément l'aspect du personnage, comme son identité, est différent dans
lcs deux cas. Son rôle aussi d’ailleurs, dans l’ensemble de la vision, et sa
connexion avec l’objet principal. Mais il est piquant de remarquer que c’est
Cicéron, ou plutôt son Scipion sujet du songe, qui explique l’apparence de la
forme présentée par Grégoire et même le mouvement ascensionnel de cette
forme, Il va développer une très belle doctrine platonicienne des plus nobles
âmes humaines:
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Qu'est-ce que l’homme dans ce cadre cosmique ? Qu'est-ce que l’homme
devant Dieu ? Car Cicéron l'évoque aussi dans sa vision : c’est la planète extrême,
qui décrit le plus large cercle enveloppant tous les autres.
Novem tibi orbibus vei potius globis connexa sunt omnia, quorum unus est caelestis
extimus, qui rellquos omnes complectitur, summus ipse deus arcens et continens
ceteros.… (XI).
On comprend que, cette imagerie et cette matérialisation de Dieu étant
dépassées, Grégoire le mystique explique cependant comme suit la vision de
Benoît :
Omnibus qui patriam conservarint, adjuverint, auxerint, certum esse in Cuelo definitum locum.….. hinC profecti huc revertuntur (VHID).
videnti creatorem angusta est omnis creatura.…. breve ei fit omne quod creatum est, quia
Ipsa luce vislonis intime mentis laxafur sinus, tantum expanditur in Deo ut superior
existat mundo. cumque in Del lumine rapitur super se, in interloribus armpliatur et dunt
sub se conspicit, exaltata comprehendit, quam breve sit quod comprehendere humillata
1. Les Dialogues sont cités d'après l'édition de U. Moricca (1924).
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non poterat. Vir ergo qui intueri
globum igneum angelusque ad caelu
m redeuntes
videbat, haec procul dubio cernere
non nisi in Dei lumine poterat. Quid
itaque mirum,
Si mundum ante se collectum vidit,
qui sublevatus in mentis lumine extra
mundum
fuit ?
Toutes ces expressions corresponden
t
exactement à La représentation et
à
Saint Grégoire le Grand, Docteur
de l'Église et particulièrement prisé
par le
moyen âge comme maître de la mysti
que, s'il fut une âme très sensible
à Dieu
et d'autre part une âme d’apôtre et
une âme romaine de chef, — fu reger
e... —
ne révèle pas dans son œuvre un
esprit vraiment original. La comp
araison à
laquelle on vient ici de se livrer ne
découvre pas toutefois un pastiche,
mais bien
que le narrateur avait été trop prof
ondément impressionné par la plus
sublime
page de prose latine sortie d’une plum
e païenne pour ne pouvoir relater la
vision
d'un mystique chrétien sans retom
ber, peut-être inconsciemment, dans
les
images et les termes retenus Parmi
les souvenirs littéraires. On ne croit
pas qu’il
soit possible de conclure autremen
t la confrontation de ces deux pages
, dont
chacune est depuis des siècles célèb
re dans son monde,
DeLzrorce Th, Songe de Sci ion el vision
de suint Benvutt : RB
LXIX 1999
351-354. | RelatanlTa vision de Saint Benoît,
une des dernières nuits de sa Vie, —.
saint Grégoire retombe, Peut-être inconsciemme
nt, et sans pastiche, dans les
inages et les termes
cicéroniens, retenus parmi ses souveni
rs littéraires.
VUES NOUVELLES SUR LE SAC
RAMENTAIRE GÉLASIEN
Quelques articles de M. A. Chavasse
nous avaient laissé pressentir les
bouleVérsements que provoqueraient les
conclusions de son monumental ouvr
age !,
Si maintes positions tenues jusqu'ici
pour intangibles, s’en trouvent ébran
lées,
le cas du Vat. Reginensis 316 en
Sort singulièrement éclairci. Non
pas que
taire presbytéral, dom B. Capelle
l'avait montré sur un point, sans
pousser plus
loin son enquête, à Propos de
la liturgie du vendredi saint2,
Le P. G. Lôw,
étudiant les sermonnaires de l'offi
ce, avait conclu à l’existence simu
ltanée de
divers usages dans le même
territoire de Romes. Quant à
la méthode,
Mgr M. Andrieu, dans ses intr
oductions aux Ordines romani,
fait constamment
appel à la critique historico-litur
gique qu'il joint à une minutieu
se critique
textuelle, Mais ce qui rendra sain
ement jaloux les spécialistes, c'est
la mise au
point minutieuse de ces méthodes
réunies, souples et impitoyables
dans leur
rigueur, et la poursuiite obstinée
de pistes détectées, dont les sinuo
sités sont
dûment contrôlées.
1. Antoine CHAVASSE, Le Sacr
amentair
e gélasien (Vat. Reg. 316). Sacr
Presbyléral en usage dans les litres
amentaire
romains au VII siècle (Bibliothèqu
e de Théologie, IV, 1), in-80 (RxxIX et 817
Pages),
2. Dom B. CareLLe, Le vendr
edi
Tournai, Desclée et Cie, 1958.
saint, dans
Maison-Dieu, 37 (1954), p. 93
3. G. Lôw, I] codice Ms À T4 dellu
À 117,
Biblioteca Vaticclliana (del sec. IX}
coniributo alla liturgia romana, dans
e il suo
Miscellanea liturgica in hon. L. C.
11, Rome, 1949, P. 245 à 266.
Mohlberg,