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Ver en el PDF(se abre en una ventana nueva)(The use of myth in pythagorean cosmology ) L'usage du mythe dans la cosmologie
pythagoricienne (text in French)
Auteurs: PETIT (A.); BROZE (Michèle) (ed.); DECHARNEUX (Baudouin) (ed.); JESPERS
(Philippe) (ed.); JONCKERS (Danielle) (ed.)
Jaar: 1998
Bron: Civilisations vol. 46 (issue 1-2) p.141-149 Belgium.
Samenvatting: Le pythagorisme semble le lieu par excellence d'une transmission orale du
savoir. La référence a la parole du maitre ne doit pourtant pas occulter la
nécessaire dialectique entre l'écrit et l'oral dans une culture marquée elle-même par l'écrit.
L'A., posant la question du lien établi entre le mythe comme discours archaïque qui se
perpétue, et l'oralité, le met en doute et propose pour le mythe cosmogonique
pythagoricien une fonction cognitive telle qu'on l'assigne à la métaphore
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Ver en el PDF(se abre en una ventana nueva)Author(s): Alain PETIT
pp. 141-149
Published by: Institut de Sociologie de l'Université de Bruxelles
Stable URL: http://www.jstor.org/stable/41229600 .
Accessed: 01/08/2014 06:28
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Ver en el PDF(se abre en una ventana nueva)Alain PETIT
Université Blaise Pascal, Clermont-Ferrand.
L'usage du concept de mythe revêt un caractère de
plus en plus problématique, et ce n’est certes pas l’ouvrage de
Marcel
Detienne,
L’Invention de
la Mythologie (1981,
Gallimard) qui peut dissiper cette suspicion. Coup de tonnerre
dans le double monde des antiquisants et des anthropologues, il
affirmait : “Poisson soluble dans les eaux de la mythologie, le
mythe est une forme introuvable” (p. 238). La thése n’a
convaincu ni Luc Brisson! ni Lambros Couloubaritsis?. Pour le
premier “le mythe n’est pas forcément condamné à la dissolution” (p. 173), même si le vocable qui le désigne ne présente ni
une signification univoque ni une portée universelle. Pour le second, M. Detienne perd de vue une pratique du mythe par les
Anciens, méme par Platon. Tout en rendant justice 4 Brisson
dans sa réfutation de Detienne, Couloubaritsis lui reproche de
ne pas avoir assez circonscrit le statut du mythe en tant que
1 Platon, les mots et les mythes, 1982, Maspéro
2 Mythe et Philosophie chez Parménide, 1986, Bruxelles, Ousia.
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Ver en el PDF(se abre en una ventana nueva)mythe, statut “qui concerne parfois l’ordre méthodologique” (p.
45, n°76). On ne peut se défendre du soupçon qu'il y a dans la
dissolution du mythe qu’opére Detienne une pointe d’hypercritique, et, en ce sens, on peut tenter de faire un bon usage de son
propos tout en souscrivant aux répliques de L. Brisson et L.
Couloubaritsis.
En effet, il est indéniable que le mythe pris en tant
que forme est un artefact, et à la manière de J. Bollack, M.
Detienne nous incite à ne pas tenir pour naturelles les catégories
constituées. Cependant, il y a un maximalisme obvie dans la position de Detienne, maximalisme qu’ont percu aussi bien
Brisson que Couloubaritsis. Le probléme n’est peut-étre pas tant
celui du mythe comme forme que celui du mythe comme usage.
Et, même si l’on admet cette substitution, il reste à concevoir
ces usages sur le mode d’une pluralité irréductible. On
commencera par faire l’epochè quant à la liaison, souvent tenue
pour nécessaire, du mythe et de l’oralité, conservée par Brisson
même (op. cit. dans sa définition la plus élaborée du mythe :
“Le mythe
apparaît comme ce
discours par lequel
est
communiqué tout ce qu’une collectivité donnée conserve en
mémoire et transmet oralement de génération en génération, par
l'intermédiaire de professionnels ou non, que ce discours ait été
élaboré ou non par ce technicien de la communication orale
qu'est le poète. Résultant d’une imitation redoublée, puisqu'il
représente une réalité inacessible aussi bien à l’intelligence
qu’aux sens, le mythe est destiné à modeler ou à modifier de
façon plus ou moins spectaculaire le comportement de l’âme de
ceux qui lui prêtent l’oreille” (p. 171). Mais on peut s’étonner
du fait que cette définition extrêmement précise ne permette pas
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Ver en el PDF(se abre en una ventana nueva)de rendre compte des usages platoniciens du mythe : qu’en estil, dans les termes de L. Brisson, du Timée? Peut-on lui assigner
la fonction rhétorique qu’il assigne aux mythes platoniciens ? Il
serait plus adéquat d’envisager leur fonction cognitive, que l’on
n’exclut que sur la foi d’une restriction du cognitif au démonstratif, ou à l’argumentatif au sens strict où l’entend Brisson.
Il ne paraît pas possible de soutenir cette liaison nécessaire du mythe et de l’oralité, qui peut d’ailleurs affecter une
forme subtile, comme c’est le cas de Brisson et, avant lui, de W.
Burkert dans son livre classique sur le pythagorisme?. Pour l’un
comme l’autre, le mythe conserve les traits qu’il manifeste dans
l’oralité même lorsqu'il est transposé sous forme écrite.
Il a paru intéressant de soumettre à l’examen une
telle conception en prenant pour exemple le pythagorisme ancien. S’il est une secte philosophique à laquelle on s’accorde à
prêter un usage tenu parfois pour intempérant du mythe, c’est
bien celle des Pythagoriciens. W. Burkert, dans son magnum
opus, tente d’établir que le pythagorisme ancien consiste essentiellement en une sagesse (Weisheit, Lore) qui se serait transmise sous la forme du mythe avant d’être formulée dans les
termes d’une fusiokogiva avec Philolaos de Crotone (Lore and
Science, p. 348). Ainsi leur cosmogonie est-elle mythique (p.
38), liée à une eschatologie (p. 357), et si l’on peut dire, philosophique par ce qu’elle revêt un vêtement d’emprunt. Pour
Burkert, le pythagorisme est une survivance, il n’est pas à proprement parler le contemporain des Eléates ou des Néo-Ioniens.
3 Weisheit und Wissenschaft, 1962 (1), Nürnberg, Lore and Science in
Ancient Pythagoreanism, Harvard University Press, 1972 (2)
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Ver en el PDF(se abre en una ventana nueva)Son archaïsme foncier est discernable malgré |’ aspect argumentatif qu’il revêt, si l’on en juge par certains fragments du traité
de Philolaos (1-6) où l’on trouve la reductio ad absurdum,
l’esquisse d’un argument transcendantal, l’analogie, et une justification de la possibilité de la connaissance. Or Burkert n’a pas
recours à la facilité qui consisterait à épouser la thèse hypercritique de Bywater (J. of Philology, 1868, D) et Frank (Plato und
die sogenannten Pythagoreer Halle, 1923) pour mieux rejeter
l'hypothèse d’un passage à l’écriture du pythagorisme ancien. Il
est au contraire le partisan le plus ingénieux de l’authenticité
d’une partie des loci qui nous sont parvenus sous le nom de
Philolaos. La question porte ainsi exactement sur la nature du
mythe, que Burkert présuppose sans jamais vraiment l’expliciter. À ses yeux, il est oral, traditionnel, non argumentatif, lié à
une sagesse toto caelo différente de la science, porteur d’un
passé immémorial et invérifiable*, voué, sinon à la transmission
intégrale, que l’oralité ne saurait techniquement garantir, du
moins à la perpétuation de soi, puisqu'il offre le salut
(eschatologie)5. W. Burkert n’a jamais été atteint par le scepticisme de Detienne, pour lui le mythe est pré-scientifique et précède les usages philosophique et scientifique de l'écriture. Il
peut leur survivre, mais il n’en sera pas essentiellement affecté.
Or tout le point est là : à concentrer l’attention sur une nature
inaltérée et inaltérable du mythe, W. Burkert interdit d’en analyser l’usage aux origines de la philosophie, usage qui peut être
savant, intégré à une stratégie de recours à l’écriture (prose argumentative), comme chez Philolaos, ou demeurant intérieur à
4 ce que veut aussi Brisson, op. cit.
5 Cf. W. Burkert, Structure and History in Greek Mythologiy and Ritual,
Sather Classical Lectures, Berkeley, Los Angeles, 1979.
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Ver en el PDF(se abre en una ventana nueva)la secte. L’oralité comme telle ne doit pas étre considérée
comme essentiellement archaique, elle peut étre affectée par ce
que Jack Goody appelle “the uses of Literacy”. (Cambridge,
1977 : Domestication of the Savage Mind). On sait par Héraclite
que Pythagore était polymathe, ce qui suppose la lecture. Mais
une culture de litteratus n’est pas ipso facto une culture entièrement écrite, comme l’a montré Eric A. Havelock®. Il est
devenu périlleux de raisonner en termes de nature du mythe ou
de l’oralité, cela risque fort d’interdire de comprendre ce que
font les philosophes, de Pythagore a Platon au moins, lorsqu’ils
recourent au mythe. Y a-t-il lieu de penser tout d’abord que le
discours des Pythagoriciens ne soit que mythique? Ce n’est pas
ce que laisse entendre Héraclite, ni ce que l’on peut raisonnablement conjecturer à partir du poème de Parménide, à la suite
de Lambros Couloubaritsis (op. cit.). Ensuite, lorsqu’il a recours
au mythe, le pythagorisme n’est pas pour autant frappé de
rémanence archaique, car on ne saurait accorder 4 Burkert que
le mythe n’ait qu’une fonction d’édification, une fonction
pratique, à la manière des akousmata et des symbola. On ne
niera pas que la cosmologie des Pythagoriciens n’ait un arriére
plan eschatologique, mais a cela ne se réduit pas sa signification. On risquera ici l’hypothèse que le discours mythique représente une expérience de pensée sur ce dont on n’est pas le
témoin, expérience dont il n’est nullement certain que les
Pythagoriciens lui accordent le statut cognitif de la certitude entiere. Il y a dans le pythagorisme et ses entours, d’Alcméon à
Philolaos de Crotone, une constante dans ce que l’on pourrait
6 Voir récemment The Literate Revolution in Greece and its Cultural
Consequences, Princeton, New-Jersey 1982 (1) et les contributeurs au volume édité
par Marcel Detienne, Les Savoirs de l’Ecriture en Grèce Ancienne, PUL, 1988 (1)
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Ver en el PDF(se abre en una ventana nueva)nommer la modération de l’optimisme épistémologique. Aussi
serait-il imprudent de penser que les Pythagoriciens aient tenu
les éléments mythiques de leur cosmogonie pour intangibles et
objets d’une pleine pistis. Après tout, même un mythe peut en
corriger un autre, fût-ce dans une culture strictement orale. Mais
que dire d’une culture où l’on doit évaluer the consequences of
literacy (S. Goody et Ian Watt, 1968) et d’une secte philosophique versée dans les disputes avec d’autres écoles”?
Ensuite, la présence du mythe dans une culture pythagoricienne orale avant Philolaos ne prouve pas nécessairement que cette dernière soit dénuée de toute tradition de la rationalité critique, comme le montrent tant les connexions probables et de nature agonistique avec les Eléates que les variations significatives de la cosmologie pythagoricienne, attestées
par Aristote dans la Métaphysique.
Que le mythe serve à montrer ce qui ne tombe pas
sous une loi rationnelle n1 sous les sens (la formation du premier
composé harmonique ou centre de l’univers) n’implique nullement qu'il
soit préphilosophique,
et
il
faut faire
aux
Pythagoriciens le même crédit à cet égard qu’à Parménide ou
Platon, caeteris paribus. Si pour Burkert (1979) “the myth is a
traditional tale”, rien n’autorise vraiment à croire que le pythagorisme n’ait été féru que de la perennisation d’une sagesse
archaïque selon le principe de ’“aUTOS €da” (D.L. VII, 46).
Que le mythe soit en quelque manière narratif peut être accordé
sans conteste à Burkert (voir L. Brisson et L. Couloubaritsis,
1986, pour l’établissement contre les critiques sceptiques de
Detienne) ; mais c’est une autre question de savoir si la
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Ver en el PDF(se abre en una ventana nueva)narrativité
comporte
le
mythe
dans
le
discours
pythagoricien est nécessairement du ressort d’une tradition que
l’on veut immuable. Burkert semble assumer le principe en
vertu duquel les Pythagoriciens dans leur ensemble ont usé du
mythe par révérence, et à des fins salvifiques. Ne peut-on pas
concevoir que le narratif serve à connaître, ou à tout le moins à
comprendre? Cela s’admettrait d’autant mieux que, comme le
souligne par ailleurs Couloubaritsis, il y a une indéniable
proximité entre le mythe et la métaphore, si du moins l’on
accepte de conférer à celle-ci une fonction cognitive.
On entendra par là que la métaphore, prise au sens
d’Aristote, suscite par le moyen de la lexis une représentation
noétique unitive, comme celle de la léonité d’ Achille, qui enveloppe la raison du rapprochement mental, non explicite en lexei,
entre deux êtres comme Achille et le lion. A ce titre, il est possible de dire que la métaphore fait voir le non manifeste, “opsis
adelôn”. Ne pourrait-on affirmer que le mythe possède un pouvoir analogue, en permettant de se représenter sous une forme,
non pas directement sensible, mais médiatrice entre le sensible
et l’intellectuel, l’apparition de l’ordre, dans le cas de la cosmogonie ? En tant que tel, il ne porte ni sur la loi, ni sur l’événement, ni sur le constant ni sur le singulier, dont il est loisible
d’étre le témoin. (Cf. les remarques de R. Brague, dans Aristote
et la question du monde, sur l’autopsie). Il est, si l’on veut, selon les termes de Burkert (1979) “a non-factual story” et, selon
ceux de Brisson (1982), “un discours invérifiable”. Mais on peut
s’interroger sur la pertinence absolue de ces qualifications,
puisque l’usage du mythe neutralise en quelque manoeuvre la
référence factuelle, comme le fait de son côté la métaphore. Ce
Página 10
Ver en el PDF(se abre en una ventana nueva)qui importe est le sens, abstraction faite, si l’on peut dire, de ce
qui est évoqué comme fait.
Aussi bien n’est-il plus concevable, comme persiste
à le faire Burkert (1962 (1), 1979 (1), de voir dans le mythique
un archaïsme qui se perpétue, et de lui dénier ce faisant tout
caractère d’abstraction. Certes l’abstraction ne s’y donne pas
pour telle, elle n’est pas explicite comme dans le discours argumentatif. Mais elle n’est pas moins présente dans le mythe cosmogonique, par le jeu de la déréférentialisation, qu'il n’est
peut-être pas judicieux de tirer vers la fiction, alors qu'il s’agit,
nous semble-t-1l, d’un opérateur cognitif. On espère ne pas être
trop téméraire en proposant une nouvelle conjecture : le mythe
cosmogonique ne peut-il pas faire figure d’hypothèse, même si
le discours “narratif” qu'il utilise semble dissimuler cette
fonction ? Aristote lui-même, dans ses brèves remarques sur la
cosmogonie pythagoricienne, n’interdit pas une telle exégèse
(D.K. 58 B, 26) Diels-Kranz, I, p. 457 1. 15) Dumont, p. 311).
Les restrictions avouées qu’apportent les Pythagoriciens à la
connaissance humaine pourraient conférer au mythe, quelque
paradoxale que soit l’idée pour les tenants d’une “sapienza
sacra” pythagoricienne, un caractère conjectural. Faut-il aller
plus loin et leur prêter l’idée qui fera fortune dans l’ Ancienne
Académie, (Speusippe, fr. 54 Lang, Xénocrate, fragments 33, 54
Heinze) puis dans le moyenplatonisme, que la genèse du
cosmos n’est exposée qu’à des fins d'enseignement, sans que
cela implique le moins du monde la croyance à un engendrement effectif du cosmos? Selon Aétius (2-4-1), Pythagore dit
que le cosmos est engendré (geneton) non selon le temps, mais
kat’ epinoian. (Selon Burkert (1962 (1), I, 3, p.71, c’est le
Página 11
Ver en el PDF(se abre en una ventana nueva)“Pythagore” du Speusippe et Xénocrate, auquel Aristote réplique en Met., 1091 a 13 sqq.). Il parait plus plausible de
souscrire à la version d’ Aristote, car les Pythagoriciens ne paraissent pas avoir eu le dessein de nier la réalité de la cosmogenése. Mais il est admissible de penser qu’ils usaient du mythe en
étant sensibles a sa relative inadéquation, qu’il s’agissait du
discours des mortels mis en contraste avec la connaissance divine directe (Philolaos, B6).