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Solomon H. Katz
Communications, Année 1979, Volume 31, Numéro 1
p. 53 - 69
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Ver en el PDF(se abre en una ventana nueva)la féve
Dans des travaux antérieurs (1), nous avions décrit les rapports
d'interaction entre le biologique et le culturel qui apparaissent à travers le
traitement que font subir au maïs, pour certaines préparations traditionnelles, certaines populations autochtones américaines. L'intérêt essentiel
de ces recherches tient à ceci : elles montrent que les pratiques culturelles
traditionnelles entourant la préparation du mais ont pour effet d’accentuer
considérablement sa qualité nutritionnelle. Effectivement, c'est grâce
au traitement du maïs par une solution alcaline que la qualité nutritionnelle de cet aliment, essentiel dans le développement de la civilisation
méso-américaine, a pu être poussée à son maximum, optimisée. Pour être
plus précis, disons que cette technique de préparation a sans doute joué
un rôle dans le processus qui a conduit au développement intensif de la
culture du maïs, lequel a entraîné des changements importants dans l’organisation et la structure de la société. Ces changements, à leur tour, ont eu
à la longue des effets sur la démographie et l'écologie des populations, et
donc sur leur composition génétique elle-même. Ainsi, pendant des siècles
et des siècles, s'établit, au sein de ces sociétés, un lien indirect entre, d'un
côté, les processus culturels qui sous-tendent le développement d’une
certaine technologie et, de l’autre, la capacité d'adaptation et l’évolution
biologiques (2).
Le lien qui unit des pratiques culturelles entourant la préparation
des aliments à leurs effets d'ordre proprement génétique n’est qu'indirect
d’un point de vue strictement évolutionniste : il n’en reste pas moins que,
à travers ces pratiques, nous voyons s'ouvrir à nous des perspectives
considérables sur les processus à l’œuvre dans l’évolution culturelle. Et
pourtant, dans cet exemple précis (le mais), les «bonnes pratiques » étudiées
ne sont porteuses d’aucune information sur les processus d’adaptation
génétique qui interagissent avec ces phénomènes culturels. Si l’on veut
parvenir à mettre au point des modèles permettant de formaliser le rôle
de l’alimentation dans l’évolution bioculturelle humaine, il faudra bien
intégrer ce facteur. C’est pour répondre à cette préoccupation que nous nous
proposons, dans cet article, d'examiner les relations interactives qui lient
deux phénomènes observables dans l’aire méditerranéenne : d’une part
la consommation de la fève et les facteurs culturels qui la sous-tendent;
d’autre part la génétique du favisme (cf. infra). Nous ouvrons ainsi la
possibilité de mettre au point des modèles heuristiques plus complets,
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Ver en el PDF(se abre en una ventana nueva)permettant d’évaluer quantitativement les interactions entre les phénoménes d’adaptation biologique et culturelle & travers divers aliments
consommés par l’homme.
ALIMENTATION ET ÉVOLUTION BIOCULTURELLE.
Dans ces modèles, notre analyse porte sur l’équilibre dynamique qui
s'établit dans le temps entre les variables liées à l’écologie, au socioculturel, à la biologie humaine, à la démographie (voir fig. 1). Le schéma
devient plus opératoire lorsque l’on utilise les connaissances acquises sur les
mécanismes de l’évolution au sein du pool génétique (ou plutôt du pool
« d'informations » génétiques) d'une population, pour en tirer des hypothèses d’un type similaire sur les mécanismes par lesquels le « savoir »
ou «l'information » socioculturelle change, s’accumule, se transmet dans
le temps (3). Dans un tel modèle, il y a de toute évidence un certain nombre
de contraintes qui s’exercent sur l’évolution du savoir ou de l’information
(implicite ou explicite, consciente ou inconsciente) qu’une société possède
sur ses aliments et sur leur préparation.
Entre autres facteurs, nous savons qu’il y a un élément biologique
qui explique la congruence (fit) que l’on trouve entre, d’un côté, la nourriture consommée, et de l’autre, les besoins et /ou les processus biologiques.
Ces besoins, on peut les répartir entre diverses catégories de valeur nutritionnelle (tels le rendement protéique et les autres variables dépendantes,
le contenu calorique, les éléments présents à l’état de traces, les vitamines,
Environnement
écologique
Biologie
Socioculturel
humaine’
Démographie
Temps
a
Figure 1. Un modèle heuristique de la dynamique interactive reliant, dans le
temps, les quatre principales variables qui apparaissent à l'œuvre dans le cours de
Pévolution culturelle.
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Ver en el PDF(se abre en una ventana nueva)etc.). De toute évidence, cette congruence, ce fit entre aliment et valeur
nutritionnelle est d’autant plus significative que l’aliment envisagé occupe
une place plus prépondérante dans la subsistance de la population considérée.
L'élément écologique constitue lui aussi une variable décisive; l’environnement exerce ses contraintes sur le recueil de la nourriture, sur l’aisance avec laquelle on peut se procurer des aliments, soit dans l’état
sauvage, par la chasse ou la collecte, soit à travers l’agriculture et /ou la
domestication. Les variables climatiques (précipitations, altitude,
ensoleillement et température) ainsi que la nature du sol, tout cela joue
également un rôle important.
Autre élément : les propriétés pharmacologiques de l'alimentation.
On trouve dans de nombreuses plantes comestibles des toxines très actives,
des drogues psychoactives et toute une variété d’autres composés dont les
effets sont tels qu’ils peuvent permettre de réduire la gamme des drogues
de synthèse, ou même de les remplacer.
Liée à cette variable pharmacologique, il existe une composante génétique : elle peut avoir pour effet de limiter la congruence, le fit entre les
populations consommatrices et le métabolisme, la digestibilité des aliments
qu’elles absorbent. Il arrive fréquemment que les constituants naturels
des aliments contiennent un (ou des) facteur(s) qui présente(nt) la particularité d’être compatible(s) ou incompatible(s) avec la constitution
génétique des individus appartenant à la population.
Ces facteurs biologiques, à des degrés divers, jouent un rôle dans le
« savoir » culturel portant sur les différents procédés de préparation par
lesquels on fait passer la nourriture de l’état brut-cru (raw) à un état
cuit-apprété (cooked). D'où plusieurs questions sur ce fit, cette congruence
entre facteurs culturels et biologiques :
1. Entre le savoir ou l'information accumulés au cours du temps dans les
sociétés traditionnelles et ce qui, selon la science d’aujourd’hui, est reconnu
comme optimum en matière de préparation et de consommation alimentaire
(selon les points de vue biologiques que l’on a énumérés plus haut), quel
est le degré de congruence? Par exemple : certains aliments que, dans le
cadre d’un même repas ou d’une certaine période, la culture prescrit de
combiner, sont-ils compatibles d’un point de vue nutritionnel?
2. À quels principes obéissent les sociétés lorsqu’elles inventent, perpétuent et propagent ce savoir alimentaire dans le temps et dans l’espace?
3. Dans quelle mesure ce savoir alimentaire est-il lié, au sein d’une
société, à d’autres pratiques, apparentées ou non? Dans quelle mesure
possède-t-il une valeur adaptative, à partir de laquelle pourraient s’intégrer d’autres aspects de pratiques traditionnelles, de croyances, de symboles?
4. Sous quelles conditions, dans l’usage des aliments, les probabilités
favorisent-elles l’expérimentation et /ou les préparations qui n’ont pas de
valeur adaptative, qu’elles soient traditionnelles ou non?
5. Quelle importance, sur le plan nutritionnel, peuvent avoir certaines
techniques traditionnelles, portant sur la transformation de la matière
première en aliment, telles que le fait de chauffer les aliments, de les faire
fermenter (levures, moisissures, bactéries, etc.), de les faire germer, de les
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Ver en el PDF(se abre en una ventana nueva)éplucher, de les sécher, de les broyer, d’y ajouter des épices, de les combiner
avec d’autres aliments ou avec des corps chimiques?
6. Dans le savoir qu’une société peut emmagasiner sur certains aliments
ou sur la nourriture en général, quelle est la part de l’implicite et de l’explicite, et de quoi dépend-elle?
A partir des réponses à ces questions — et à d’autres encore —, on
pourrait poursuivre une réflexion théorique plus convaincante sur les
relations de l’alimentation et de l’évolution bioculturelle; mais on pourrait
aussi, de manière plus immédiate, mieux comprendre les ressorts de l’alimentation humaine et les problèmes de nutrition qui se posent à travers
le monde contemporain.
LA FÈVE ET SA CONSOMMATION.
Pour apporter un commencement de réponse à ces questions et à d’autres,
connexes, et pour démontrer la pertinence de notre approche, qui consiste
à interroger les usages de l’aliment en termes d'évolution bioculturelle,
nous avons choisi de centrer notre étude sur le favisme dans l’aire circumméditerranéenne.
Certains individus souffrent d’une déficience, génétiquement déterminée,
d'une enzyme des globules rouges, la glucose-6-phosphate déshydrogénase.
Le gène correspondant (en abréviation : GdMed- ou G6PD-; c'est cette
dernière notation qui sera utilisée dans ce texte) (4-8) a, selon toute hypothèse, un lien avec la résistance à la malaria (9-11). Or, les individus porteurs de ce gène sont aussi sujets, lorsqu'ils ont consommé des fèves,
à une hémolyse du globule rouge (favisme) (12-16). Plus précisément,
dans un délai de quelques heures, mais qui peut, en certaines occasions,
durer jusqu’à neuf jours, les sujets masculins hémizygotes déficients et les
sujets féminins déficients homozygotes (17-18) peuvent subir une anémie
hémolytique sévère qui, de nos jours, aboutit à la mort dans environ un cas
sur douze ! (8, 19, 20). Avant la mise en œuvre des traitements médicaux
modernes, au cours des dernières décennies, le taux de mortalité était
sans doute encore plus élevé.
1. NdiR: chaque individu étant porteur d'une paire de gènes G6PD (ou allèles), l’un
hérité du père, l'autre de la mère, trois combinaisons sont possibles : ——, + +,— +.
Les sujets porteurs des deux premiers génotypes sont dits homozygotes (respectivement
déficients ou non); ceux qui portent deux gènes de signe contraire (+ —) sont dits
hétérozygotes. Rappelons encore que le sexe masculin possède une paire de chromosomes
XY, le sexe féminin XX. Le gène G6PD- (déficient) se situe sur un chromosome X : dès
lors, les sujets mâles ne peuvent pas être déficients homozygotes. C’est pourquoi l’auteur
les appelle « hémizygotes ».
Rappelons enfin que, selon Lyon, il peut se produire que l’un des deux chromosomes X subisse une inactivation dite sélective chez la femme (53). Dès lors lorsqu'ungéne
transmis par la mère se situe chez la femme sur le chromosome inactivé, il restera « silencieux » {c’est-à-dire qu'il n’apparaitra pas dans le phénotype), mais pourra se transmettre
à la descendance. Les sujets mâles ne possédant qu'un seul chromosome X, les gènes
situés sur ce chromosome s’exprimeront nécessairement. Il existe quelques maladies
génétiques bien connues qui sont liées à ce chromosome X et qui sont transmises par les
femmes (hémophilie, thalassémie, daltonisme, etc.). C.F.
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Ver en el PDF(se abre en una ventana nueva)La fréquence du gène G6PD- dans les populations qui consomment régulièrement des fèves (Vicia faba) est très élevée : la littérature indique qu’elle
est couramment de l'ordre de 5 à 30 % (5, 6, 20, 21). Devant une maladie
si grave et si fréquente, notre raisonnement a été le suivant : il est
fort probable que, depuis des milliers d’années que le problème se pose
dans la région, des adaptations bioculturelles considérables se soient produites. I] semble assez solidement établi qu’il existe un lien entre le gène
G6PD- et la résistance à la malaria; or, la malaria saisonnière est présente
presque partout dans la région. Nous avons d’abord formulé l’hypothèse
que, quels que soient la valeur nutritionnelle et le rendement agricole de la
fève, on devrait se trouver en présence d’un taux de mortalité tel que, à
l'issue d’une évolution de plusieurs millénaires, d’autres cultures auraient
dû remplacer celle de la fève. Or, en fait, sa consommation n’a pour l'essentiel
pas changé : il semblait dès lors raisonnable de penser qu’un savoir approfondi sur la sensibilité au favisme aurait dû se développer, de manière à en
réduire les effets nocifs au minimum (20-24). Et pourtant, il s'avère que le
favisme est encore une maladie très répandue dans toute la région : on
peut donc supposer que ce savoir, ou cette « information culturelle », n’a
pas suffi à surmonter les effets nocifs de la consommation de fèves (24). En
cherchant d’autres solutions à ce paradoxe évolutionnaire, on a vu se
dessiner une autre hypothèse, qui résulte de l’examen des effets positifs
de la fève.
En détaillant cette hypothèse, nous avons été frappés par le fait que des
drogues antipaludéennes très efficaces comme la primaquine entraînaient
également une anémie hémolytique chez les individus déficients en G6PD
(G6PD-). Autrement dit, ces drogues antipaludéennes, qui sont de puissants
oxydants, affectent peut-être les globules rouges G6PD- de la même
manière que la fève (22). De plus, si tel était le cas, il se pourrait également
MALARIA
MALARIA
Infection paludéenne
G6PD—
(DÉFICIENT)
VAN
G6PD+
(NORMAL)
Favisme
|
2
.
Consommation
Consommation
de feves
de feves
Figure 2. Le pivot au centre du diagramme représente l'équilibre qui semble
s’instaurer entre les gènes normaux et déficients dans les populations qui consomment des fèves. On sait que le fait de consommer la fève diminue la fréquence du
gène G6PD- puisqu’elle provoque une forte mortalité par favisme. Dans notre hypothèse, la fève conférerait une certaine protection contre la malaria'aux porteurs de gènes
normaux ou G6PD*, Il y a donc un équilibre des forces sélectives intervenant dans
l’évolution de ce gène.
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Ver en el PDF(se abre en una ventana nueva)que cette réaction des globules G6PD- explique le mécanisme qui fait que
ces mêmes globules ont une résistance à la malaria. Cette dernière hypothèse suggérerait à son tour que la fève a peut-être elle-même des propriétés
antipaludéennes chez les individus non sensibles à leurs dangereux effets
hémolytiques (G6PD+). En termes d'évolution bioculturelle, cette hypothèse
semblerait indiquer qu’un équilibre s’établit entre les avantages sélectifs du
gène G6PD- dans les zones très contaminées par la malaria et ceux que
présente pour le gène G6PD* (normal) le fait que la culture encourage
la consommation de la fève (fig. 2).
EFFETS ANTIPALUDÉENS DE LA FÈVE.
Nous n’avons pas encore procédé aux recherches qui apporteraient une
réponse définitive et qui consisteraient à tester in vitro la résistance à la
malaria que présentent des globules rouges prélevés sur place, dans les populations circumméditerranéennes correspondant aux divers génotypes
(normaux et anormaux, masculin et féminin, déficients ou non en G6PD),
avant et après consommation de fèves. Néanmoins, on dispose d’ores et déjà
d'une masse considérable d’indices qui appuient indirectement l'hypothèse
selon laquelle la fève possède des propriétés antipaludéennes. Nous avons
choisi de résumer les éléments de preuve les plus pertinents en les classant
selon les rubriques suivantes : les données biochimiques et pharmacologiques, épidémiologiques, nutritionnelles et agricoles, celles qui relèvent
de la génétique des populations, enfin les données culturelles.
Facteurs biochimiques et pharmacologiques !.
Le cycle intra-érythrocytaire (érythrocyte = globule rouge) du parasite
qui provoque la malaria nécessite la présence en quantité suffisante de
glutathion réduit (GSH). Le GSH dépend lui-même de la formation dans
le globule rouge de NADPH, formé dans la réaction catalysée par l’enzyme
G6PDase.
Le GSH, indispensable au metabolisme du parasite, est par ailleurs
nécessaire à l’action de la perorydase érythrocytaire, enzyme présidant à la
destruction de l’eau oxygénée (H,0,) provenant des métabolismes du globule rouge et du parasite. En l’absence de GSH, l’eau oxygénée s'accumule
dans le globule rouge, entraînant entre autres effets une réduction de l’hémoglobine et des lésions de la membrane du globule.
En cas de déficit en G6PDase (l’activité enzymatique n’est plus que de
1 à 10 % de la normale) on a donc les conséquences suivantes
:
déficit en NADPH — déficit en GSH — détournement du GSH par le
parasite + accumulation d’H,O, dans le globule rouge, réalisant ainsi un
1. Résumé du texte original.
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Ver en el PDF(se abre en una ventana nueva)«stress oxydatif ». Plusieurs auteurs (25-30) ont fait l'hypothèse que l’injection parasitaire constituait, pour le globule rouge déficient en G6PD, un
stress oxydatif supplémentaire, suffisant pour entraîner une rupture prématurée du globule ou sa séquestration par la rate. L'effet net, c'est une
diminution de 2 à 80 fois de la fréquence d’infestation paludéenne chez les
sujets G6PD- (10).
Du fait que les feves contiennent nombre d’oxydants puissants, elles
peuvent constituer un fort « stress oxydatif » pour le globule rouge déficient
(l’interférence de tous ces différents facteurs est résumée dans la fig. 3).
Il est probable que ce stress oxydatif est le m&me pour les globules rouges
normaux (G6PD*), quoique non suffisant pour produire des lésions irréversibles par H,0,; cependant, nous faisons l'hypothèse que le stress
oxydatif combiné de l’ingestion de fèves et de l’infection plasmodiale suffit
à interrompre le cycle normal du parasite. Nous pensons même que cet effet
antipaludéen des fèves suffit à maintenir un niveau d'équilibre entre le
mécanisme génétique (G6PD-) et Pingestion de fèves, l’un et l’autre aidant
à la résistance aux infestations paludéennes.
Un argument de plus en faveur de cette hypothèse peut être tiré du rôle
protecteur de la vitamine E sur le globule rouge.
Globule rouge
GLUCOSE
Glucose
| ! Transformation HMP
G-6-P:
5 6-P-G == = RIBOSE
NADP
FEVE
NAPPA
» GSH
GSSG
a B02
H:0:
PLASMODIU:
1. Synthèse+
des protéines
2. GSH
. H202tt
4| Methémoglobine
4| Formation de
VITAMINE E
corpuscules
de Heinz
?| Détérioration
de la membrane
Figure 3
Página 10
Ver en el PDF(se abre en una ventana nueva)Epidémiologie.
Ainsi, s’il est vrai que la fève possède certaines propriétés antipaludéennes chez des individus de sexe masculin normaux hémizygotes et des
individus de sexe féminin homozygotes et hétérozygotes, alors la répartition de la culture de la fève devrait être très liée à celle du gène G6PDet de la malaria. Or, en vérifiant la distribution de ces trois variables, on
découvre une concordance remarquable qui rend assez vraisemblable
l'hypothèse d’un lien effectif entre elles. De plus, une compilation des
données connues sur les rapports entre les variations saisonnières de la
malaria et celles de la consommation de la fève en Égypte, en Iran, en Grèce
et en Italie (21, 22) montre que la pointe de consommation saisonnière
recouvre assez largement la période où le vecteur paludéen est le plus fréquent. Certes, ces données épidémiologiques ne s'expliquent peut-être
que par une pure coïncidence, certaines conditions climatiques étant propices à la fois à la malaria et à la culture des fèves; mais il paraîtrait assez
peu vraisemblable, alors, qu’on puisse les retrouver dans toute la région
considérée, de manière aussi générale et constante, à plus forte raison si
la fève n’avait vraiment que des effets négatifs, comme le favisme.
Aspects nutritionnels et agricoles.
Les données épidémiologiques témoignent donc clairement d’une association entre le caractère saisonnier de la malaria et celui de la consommation de la fève. Mais ces indices ne sont pas concluants. Le fait que la culture
de la fève soit aussi largement répandue pourrait, par exemple, s’expliquer
par des avantages éventuels sur les plans agricole et nutritionnel. Dans ce
domaine, il n’est pas douteux que la fève convient souvent très bien, sur
le plan agricole, aux environnements dans lesquels on la cultive. De même,
sa valeur nutritionnelle est comparable à celle des vesces et des légumineuses
cultivées dans la région, qui sont en général relativement riches en lysine,
pauvres en tryptophane et en amino-acides soufrés. Bien que la fève soit
incontestablement une culture de haut rendement, elle ne présente done
aucun avantage nutritionnel particulier par rapport aux autres légumineuses cultivées dans la même région : ce n’est pas sur ce plan que l’on peut
trouver une explication supplémentaire à sa présence. Notons en outre
que les autres légumes secs ne contiennent aucun élément susceptible de
déclencher des crises hémolytiques chez des individus déficients en G6PD.
Génétique des populations.
Pour tester l'hypothèse selon laquelle la fève pourrait conférer des avantages sélectifs aux femmes normales et hétérozygotes et des désavantages
aux hommes déficients hémizygotes, nous avons entrepris une analyse des
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Ver en el PDF(se abre en una ventana nueva)données génétiques disponibles sur la répartition du gène G6PD dans les
populations. Les données sont abondantes mais leur utilité est quelque peu
limitée par les difficultés que l’on rencontre pour classer les femmes hétérozygotes, ceci du fait de l’hypothèse de Lyon (6) sur l’inactivation de
l’un des chromosomes X au cours du développement embryonnaire (cf.
supra). Les données sont également compliquées par le fait qu’il existe
d’autres gènes, par exemple ceux de la phosphatase acide B (41), de la
thalassémie chez les femmes (30, 42), et sans doute des variations de la
tyrosinase (39), qui jouent tous un certain rôle pour atténuer les effets
hémolytiques de la fève. Dans la mesure où ces interactions, ainsi que
d’autres inconnues, tendent à limiter la valeur des données, il est plus utile
de comparer les fréquences réelles du gène avec diverses extrapolations
hypothétiques, fondées sur des changements de la consommation. Supposons que la consommation de fèves n’apporte aucun avantage particulier :
alors nous devrions constater une augmentation de plus en plus sensible
de la fréquence du gene G6PD-. Inversement, s’il y avait un grand avantage
sélectif pour les individus normaux à consommer de la fève, le gène G6PDdevrait purement et simplement disparaître avec le temps. Mais si la fève
conférait un avantage légèrement plus important aux hétérozygotes, sans
cesser pour autant d’en conférer un très léger aux sujets normaux, ce qui
serait le cas si la fève n’était pas effectivement disponible dans les zones de
malaria endémique, alors un polymorphisme équilibré pourrait s’établir,
du même ordre que celui qui prévaut largement dans le bassin méditerranéen. Ainsi, le fait que les données de génétique des populations semblent
témoigner d’un polymorphisme génétique équilibré tend à confirmer des
effets antipaludéens de la consommation de la fève.
L'évolution du savoir culturel.
Pour tester les hypothèses sur l’évolution du savoir ou de l’information
qu’une culture possède sur la fève et sa consommation, nous avons postulé
que, si cette consommation s'étend sur un temps assez long, le savoir ou
l'information culturelle la concernant devrait évoluer vers une congruence
optimale avec les effets biologiques cumulés de la fève. Ce qui veut dire que,
si l’effet net de cette consommation était négatif, nous pourrions prédire
un développement important de mécanismes culturels destinés à empêcher
la consommation prolongée de la fève. Ce savoir irait s’accumulant, jusqu’au point où la fève ne serait plus consommée, car on l’associerait à
un danger de mort et de maladie. Mais si, outre ses effets hémolytiques
sur les individus G6PD-, elle présentait quelque avantage, comme celui de
maintenir en « bonne santé » (en l’occurrence en protégeant contre la
malaria), on pourrait s'attendre à trouver un mélange de traditions issues
de l’évolution culturelle, fait à la fois de prescriptions et de prohibitions,
et qui régirait le comportement relatif à sa consommation.
Avant d'examiner les données concernant les traits culturels et historiques qui entourent la consommation, nous avons essayé d'évaluer à
quelle échelle de temps il faut examiner ces hypothèses bioculturelles et
évolutives. L’archéologie révèle que la fève est l’une des premières plantes
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Ver en el PDF(se abre en una ventana nueva)récoltées intensivement par les populations indo-européennes. Qu’elle soit
leur contemporaine ou qu’elle ait précédé les types de cultures liées au
régime des précipitations, on la trouve en Suisse dans des sites d’habitations néolithiques sur pilotis, et à ciel ouvert en Italie du Nord, en Espagne,
en Hongrie. Avant même son utilisation par l’homme en Europe, on la trouvait implantée sur des territoires allant, à l’est, jusqu’à la Perse et l’Himalaya et, à l’ouest, jusqu’à
la côte Atlantique. D' autres indicesindiquent qu'elle
fut utilisée dans la Troie de l’âgede Bronze et |’ Égypte de la xrıe dynastie,
et les littératures grecque et romaine y font très fréquemment référence (43).
L’abondance des données archéologiques et historiques nous permet
d’entreprendre une analyse plus minutieuse de nos hypothèses. La durée
sur laquelle s'étendent la culture et la consommation de la fève étant aussi
considérable, il est en effet immédiatement apparent que, si la fève n’avait
eu que des effets néfastes, l’homme aurait sans doute cessé depuis longtemps
de l’utiliser pour son alimentation. On pourrait toutefois répondreà cela que
culturellement, l’évolution n’a donné naissance à aucun savoir, ni implicite
ni explicite, sur sa toxicité. Giles (44) a fait valoir cet argument, qui
s’appuie sur le mode de transmission du favisme, c’est-à-dire par un chromosome X, de manière « masquée » (cf. supra). Il a ainsi démontré que,
chez les Indo-Européens, le système de parenté, marqué par la patrilinéarité
et la patrilocalité, tendait à empêcher les hommes de faire le rapprochement entre le favisme et l’hérédité maternelle. En effet, les femmes transmettent à leur fils ce trait, lié à un chromosome X; mais l’exogamie fait
qu’elles sont en permanence tenues loin de leur descendance : il devient donc
très difficile de faire la liaison entre la maladie et le lignage, puisque celui-ci,
patrilinéaire, est fondé sur les mâles.
La description du favisme en tant que maladie bien définie ne remonte
qu’au milieu du xıx® siècle. On ne sait pas avec certitude s’il était connu
sous d’autres noms et/ou renvoyé à d’autres ensembles de symptômes
dans la sagesse populaire. C’est peut-être pour cette raison qu’on n’a pas
établi plus tôt de lien direct entre le favisme et la consommation de la fève. Il
n’en demeure pas moins évident que la prescription ou la proscription de la
fève a parfaitement pu évoluer de manière implicite, c’est-à-dire enl’absence
de tout savoir explicite, hors la connaissance tirée des observations et
des explications modernes sur la relation entre la fève et la maladie.
Plus récemment, des études (21) ont été entreprises pour déterminer
si les techniques culinaires traditionnelles et toutes les opérations de transformation alimentaire modifient de façon notable la toxicité de la fève
pour les individus présentant une déficience en G6PD. En d’autres termes
il n'est pas déraisonnable de penser que certaines techniques de transformation appropriées auraient pu résulter d’une évolution tendant à
réduire les risques de décès causés par le favisme. Il existe un très
grand nombre de variantes dans les techniques culinaires, aussi nous
bornerons-nous ici à en examiner deux. Toutefois, avant d'aborder
ces procédés proprement dits, il est important de souligner que de
nombreuses populations (pas la totalité) consomment généralement la
fève crue, sans aucune préparation. En Iran, lorsqu'une crise de favisme
menace, on rapporte que la médecine populaire prescrit un régime alimentaire très doux, composé d’aliments naturellement riches en sucres.
Les Iraniens croient pouvoir ainsi atténuer la gravité de la crise. À vrai
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Ver en el PDF(se abre en una ventana nueva)dire, il y a peut-étre une certaine logique médicale dans ce traitement :
un apport de glucose à un individu déficient en G6PD peut provoquer une
saturation avec le glucose - 6 - phosphate qui suffit à optimiser l’activité
de l’enzyme G6PDase résiduelle impliquée dans la production de NADPH
et qui, à son tour, maintient un taux minimal de glutathion réduit (24).
Le GSH empêche alors l’augmentation de la quantité d’eau oxygénée dans
les globules rouges et diminue ainsi la probabilité d’une crise hémolytique
provoquée par la fève.
Il y a plusieurs opérations importantes en matière de traitement de la
fève. La première est constituée par le trempage. La plupart des groupes
ethniques étudiés procèdent d’abord au trempage de leurs fèves séchées.
Mais l'effet de cette opération n'est pas évident : il semble toutefois vraisemblable qu’elle parvient à déclencher les premières réactions de la germination. Certaines transformations biochimiques importantes résultent
peut-être de ce processus, mais on n’est guère informé de leurs effets sur
la toxicité des fèves. On sait seulement que les composants toxiques sont
partiellement solubles à l’eau et donc susceptibles d’être éliminés avec
l’eau du trempage.
Une seconde opération intervenant fréquemment consiste à enlever la
peau de la fève. Elle a été étudiée par Jamalian et ses collaborateurs (45,
46). Il ressort de leurs travaux que, à maturité, les vesces fraîches sont
hautement toxiques sous toutes leurs formes. Lorsque la fève est fraîche, la
peau est plus active que la chair. Lorsque la fève est séchée, elle est globalement moins toxique, mais la peau est beaucoup moins active que la chair.
Bref : ces deux principales opérations ont donc une portée réelle, et toutes
deux sont largement pratiquées. Jamalian et al. (45, 46) signalent également que les taux de GSH diminuent au cours de l’incubation des fèves
traitées, mais qu’ils demeurent suffisants pour éviter une hémolyse immédiate. Ce qui soulève une question importante qui, jusqu’à présent, est
restée sans réponse : si, en traitant la fève, on diminue son activité oxydative, augmentant ainsi les chances de survie des individus déficients en
G6PD, cette activité est-elle encore suffisante pour renforcer un tant soit peu
la protection contrela malaria chez les sujets normaux hommes (hémizygotes)
et femmes (homo et hétérozygotes)? Ces relations sont résumées dans la
figure 4, qui présente une version développée de la figure 2, et qui montre
le rapport, chez les hommes comme chez les femmes, des facteurs génétiques et des variables tenant aux techniques de préparation.
Le fait que la culture de la fève soit assez ancienne pour qu’une forme
d’équilibre ait eu le temps de s'établir favorise l'accumulation des croyances
relatives à ses effets. C’est ce que confirment de manière constante les
textes classiques grecs, romains et égyptiens, qui associent la fève à la
mort (43). En Égypte, par exemple, on a trouvé des fèves dans des tombes
de la xıı€ dynastie; on a pu établir qu’elles étaient utilisées dans les rites
funéraires (43, 47). Des faits identiques sont signalés dans les usages funéraires grecs, romains et dravidiens. Les Égyptiens mangeaient des fèves, mais
Hérodote raconte (48) qu’elles faisaient l’objet de telles prohibitions chez les
prêtres qu'il leur était interdit de seulement les regarder. Dans la Grèce
classique, les textes philosophiques pythagoriciens font souvent référence à
l'interdiction formelle de toucher les fèves. Aristote raconte que les pythagoriciens, partisans de l’oligarchisme, abhorraient la fève, car elle servait de
Página 14
Ver en el PDF(se abre en una ventana nueva)bulletin de vote lors de l’election des magistrats et symbolisait dono la
démocratie. Arie (49) avance l’hypothèse qu’à la base de ces prises de position, il y avait peut-étre le fait que Pythagore lui-méme était déficient en
G6PD et souffrait d’accés de favisme : d’où les mises en garde véhémentes
contre les pouvoirs de la fève. Et la légende veut que Pythagore ait préféré se
faire tuer par le peuple de Crotone plutôt que de traverser le champ de
fèves qui constituait la seule voie possible d'évasion.
Mais si la fève était en Grèce l’objet de sévères prohibitions, on sait également avec certitude qu'elle n’a jamais cessé d’être consommée. Plutarque,
entre autres, note que la fève accroît l’activité sexuelle chez l’homme,
suscite la nervosité, provoque des cauchemars et des flatulences. Rowlett
et Mori (50) ont signalé en Angleterre Pexistence de croyances populaires
semblables, apparemment indépendantes des précédentes. La fève est
rendue responsable de morts d'enfants, de folie, de cauchemars horribles
et délirants, d’altérations de l’odorat et de la vue, de corruption du sang.
La fève contient des concentrations importantes d’oligosaccharoïdes
indigestibles, qui ne sont digérées que par les bactéries de l'intestin : c’est
lá sans doute qu'il faut chercher l’origine des flatulences signalées. Mais
la fève contient aussi de fortes concentrations de L-DOPA (environ 0,25 %
de son poids). La L-DOPA est un neuro-transmetteur puissamment
psychoactif dont on sait qu'il peut contribuer aux autres symptômes
décrits par Plutarque, qui correspondent au contenu des croyances populaires anglaises. En outre, l'essentiel des données concernant la L-DOPA
provient de son usage dans le traitement de la maladie de Parkinson (51,
52). Or, il en ressort que la dose de L-DOPA que représente(nt) un ou deux
repas de fèves est à peu près suffisante pour agir au moins provisoirement
sur cette maladie. Il n’est donc pas exclu que, si l’usage de la fève s’est
maintenu, ce soit non seulement pour son intérêt agricole et sa valeur
nutritionnelle, mais aussi pour des raisons d’ordre pharmacologique, et
notamment ses effets psychoactifs éventuels. Cette combinaison d'effets
divers semble parfaitement congruente avec le mot grec hieros qui, selon les
hellénistes, s'applique le mieux au mélange de terreur et de respect qu'inspiraient les forces surnaturelles auxquelles renvoyait la fève (43, 50).
Andrews (43) résume ainsi l'ampleur et la complexité du « pool d’information » accumulé dans l'Antiquité : « Aucune plante, aucun animal connu
des Indo-Européens n’a donné naissance à une floraison de croyances plus
uxuriante que la fève. »
Résumons-nous : les données semblent indiquer que la consommation
de la fève dans l’aire méditerranéenne coïncide avec un modèle d'évolution
complexe dans lequel interagissent le biologique et le culturel. La fève, on
Va vu, est effectivement hautement toxique sur de nombreux individus
déficients en G6PD et on constate que des tabous se sont créés autour de
son usage, en particulier pour les enfants. En outre, il existe, pour préparer
la fève, une grande variété de recettes qui réduisent ses effets toxiques.
En tout état de cause, la fève est consommée depuis l’époque néolithique
et il est clair que ni les tabous, ni les techniques de traitement n’ont suffi
à diminuer le nombre des cas de favisme. Bien que la fève constitue un
Página 15
Ver en el PDF(se abre en una ventana nueva)HOMMES
Malaria
Malaria
a
Autres anomalies
du globule rouge
Individus
Individus
déficients
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en G6PD
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Autres génes des
globules rouges
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(état du métabolisme
Santé générale
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des hydrates de carbòne)
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fivonisation],
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des globul
(Autres anomalies y Cuisson et P
préparation des globules rouges * préparation
plus thalassémie)
1
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PJ
I
I
!
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(état du métabolisme
FEVE
(état de santé)
des hydrates de carbone)
Figure 4
lus thalassemie)
Página 16
Ver en el PDF(se abre en una ventana nueva)apport agricole important dans le bassin méditerranéen, il reste difficile
d’expliquer son emploi continu, compte tenu du taux de morbidité et
de mortalité élevé qu’elle provoque chez les individus déficients en G6PD.
Dès lors, il peut paraître vraisemblable, à la lumière des données dont on
dispose, que le fait que son usage confère une résistance accrue à la malaria
constitue un avantage sélectif supplémentaire. Plus précisément, on a
vu que plusieurs types de composés actifs de la fève, qui se révèlent responsables des crises de favisme chez les sujets déficients en G6PD, augmentent également chez les individus normaux la sensibilité des globules
rouges aux oxydants, ceci sans effets toxiques.
Ce que nous avons exposé ici, c’est donc une variété de données épidémiologiques et biochimiques qui appuient l'hypothèse selon laquelle
l'accroissement de la sensibilité des globules rouges aux oxydants par
l'absorption de fèves peut réduire le taux d'infection par le parasite paludéen, ce qui rend très avantageux tout régime dans lequel entre la fève.
Si cette hypothèse était entièrement confirmée, nous aurions là
une première preuve de ce que l’évolution biologique et l’évolution
culturelle de la résistance aux maladies ont un lien à travers les
pratiques alimentaires. Dans cet article, on s’est également efforcé de
démontrer les interactions complexes qui s'établissent entre les changements dans le « pool génétique » et les changements dans le savoir culturel
qui, comme le pool génétique, accumule avec le temps un ensemble de
pratiques et de connaissances sur les effets de la fève qui ont une valeur
adaptative. Il semble donc que le résultat final net de ces interactions soit
la constitution d’un équilibre dynamique entre les dimensions biologique
et socioculturelle, ce qui, à notre sens, fournit un point de départ pour
comprendre les processus de l’évolution bioculturelle.
Solomon H. Katz
Department of Anthropology, University of Pennsylvania,
Traduit de l’anglais par Janine
et Robert Burbage et Claude Fischler,
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