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Ver en el PDF(se abre en una ventana nueva)Revue de l’histoire des religions 1996 213 143-160 C8 Paestum
W AQ LAND D.
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Ver en el PDF(se abre en una ventana nueva)Persée
http://www.persee.fr
Daisy Warland
Revue de l'histoire des religions, Année 1996, Volume 213, Numéro 2
p. 143 - 160
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Cet article vise à établir les relations existant entre les thèmes du"symposion" et du "katapontismos", réunis dans le
programme iconographique de la tombe « du Plongeur » de Poseidonia-Paestum, en procédant à des comparaisons
avec des œuvres d'art grecques et étrusques et en éclairant leurs significations par la littérature grecque. Les deux
images, évoquant le passage vers une vie supérieure après la mort, tissent un faisceau de correspondances
sémantiques et visuelles mises en relation avec le corps du défunt, se renforçant mutuellement pour lui garantir son
union au divin dans l'au-delà.
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Ver en el PDF(se abre en una ventana nueva)Etude de la relation
entre le symposion et le plongeon
Cet article vise a établir les relations existant entre les themes du
symposion et du katapontismos, réunis dans le programme iconographique de la tombe « du Plongeur » de Poseidonia-Paestum, en procédant à des comparaisons avec des œuvres d'art grecques et étrusques et
en éclairant leurs significations par la littérature grecque. Les deux
images, évoquant le passage vers une vie supérieure après la mort, tissent un faisceau de correspondances sémantiques et visuelles mises en
relation avec le corps du défunt, se renforçant mutuellement pour lui
garantir son union au divin dans l'au-delà.
The Tomb « of the Diver » : Study of
the Connections between Symposion and Diving
This article aims at establishing the connections between symposion and katapontismos, depicted together in the iconographic programme of the tomb « of the Diver » at Poseidonia-Paestum, by comparisons with Greek and Etruscan works of art and by enlightening their
meanings by Greek literature. Both images evoking the transition to an
after death superior life weave a network of semantic and visual correspondances well connected with the defunct's body, and strengthen each
other to guarantee his union with the divine in the next world.
Revue de l'Histoire des Religions, 213-2/1996, p. 143 à 160
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Ver en el PDF(se abre en una ventana nueva)1. Introduction
La tombe « du Plongeur», du type à ciste, a été découverte
par Mario Napoli en 1968, dans la nécropole de « Tempa del
Prete », située à environ 1,5 km de la colonie grecque de Poseidonia, dans le golfe de Salerne!. Un lécythe attique à vernis
noir fournit un terminus post quem de 480 av. J.-C. C’est une
des rares tombes peintes connues dans le monde grec du
v° siècle av. J.-C., et l'unique à être décorée de scènes figurées.
Leur style confirme la datation à la transition entre l’art
archaïque et l’art classique, Ces fresques constituent le seul
document en notre possession permettant d’approcher la
«grande peinture ». Elles témoignent en outre de l’importance
des influences étrusco-italiques dans les colonies de Grande
Grèce, tout particulièrement à Poseidonia qui se situe par sa
position géographique et sa politique commerciale à la charnière des deux mondes, au point qu’on puisse imaginer l’existence d'une koiné gréco-étrusco-italique, qui sera, un siècle plus
tard, débordée par l’arrivée massive des Lucaniens.
L’unicite de la trouvaille ne pouvant être attribuée à des raisons taphonomiques au vu des intenses campagnes de fouilles
menées dans la chora de Poseidonia, il est impensable que l’existence de ces images ne revête pas une valeur particulière. Elles
ont été réalisées en atelier, sur commande, en fonction de la personnalité du défunt. Peintes sur les parois internes de la tombe,
c’est à lui, et à lui seul, qu’elles s’adressent. Elles n’ont pas la
vocation de perpétuer sa mémoire parmi les vivants, ni d’exalter
1. La première signalisation de la découverte fut communiquée dans
M. Napoli, L’attivita archeologica nelle provincie di Avellino, Benevento e
Salerno, in La Magna Grecia e Roma nell'età arcaica. Atti dell'VIII Convegno
di Studi sulla Magna Grecia. Taranto, 6-11 ottobre 1968 (Atti Taranto VIII),
Naples, 1969, p. 139-152. Il affina son analyse dans M. Napoli, Le pitture
greche della Tomba del Tuffatore, in Le Scienze, vol. 2, 8, 1969, p. 9-19; et
publia le seul ouvrage entièrement consacré à l'étude de la tombe dans
M. Napoli, La Tomba del Tuffatore. La scoperta della grande pittura greca,
Bari, 1970.
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Ver en el PDF(se abre en una ventana nueva)sa condition sociale. L’absence totale d’un étalage de luxe dans
les scénes de symposion, contrairement aux représentations de
banquets dans les tombes étrusques, confirme cette hypothése.
Elle concorde avec la modestie du mobilier funéraire.
La protection exceptionnelle des peintures par le stucage
des parois, montre que leur conservation, donc leur signification, était de premiére importance. Elles font partie de la panoplie des rites funéraires destinés 4 accompagner le défunt dans
l'au-delà et sont inséparables d’une croyance en une survie
après le trépas.
Les parois latérales présentent des scènes de symposion,
thème de prédilection de la céramique attique à figures rouges
d’après 520-510 av. J.-C. et de la peinture funéraire étrusque’,
avec l'illustration du désir amoureux, du jeu du kottabos, de
l’extase musicale, de la conversation, de l’œuf, de l’éphèbe-serviteur et du kómos*. La dalle de couverture présente une scène
de plongeon, sujet pratiquement inconnu’. Des comparaisons
2. Le thème du banquet dans l’art grec a été étudié par B. Fehr, Orientalische und griechische Gelage, Bonn,
1971; J. M. Dentzer, Le motif du
banquet couché dans le Proche-Orient et le monde grec du VIP au IV siècle
av. J.-C., BEFAR 246, Rome, 1982; R. Hurschmann, Symposienszenen auf
unteritalischen Vasen, Wurzbourg, 1985.
3. Dont un répertoire figure dans S. De Marinis, La tipologia del banchetto nell'arte etrusca arcaica, Rome, 1961, noté
«DM». D’autres occurrences se trouvent dans le catalogue plus récent de S. Steingraber (éd.), Catalogo ragionato della pittura etrusca, Milan, 1984, noté «S».
4. Une plus ample recherche iconographique semble confirmer l’identification de la scène de la paroi ouest proposée dans W. Rôsler, Eine Komos-
Darstellung im « Grab des Tauchers » in Paestum ?, in Archdologischer Anzeiger, 1983, p. 13-15.
5. Outre la tombe «du Plongeur », les seules œuvres d’art antiques qui
nous ont transmis des images de katapontismos sont: la tombe « de la Chasse
et de la Pêche» de Tarquinia (S 50, DM 36, ca. 510 av. J.-C.) et le cratère
apulien en calice à figures rouges dit «du Soleil et des Heures» du British
Museum (C. H. Smith, Catalog of the Greek and Etruscan Vases in the British
Museum, III, Vases of the Finest Period, Londres, 1896, p. 284-285 (ca. 480
av. J.-C.); Lexikon Iconographicum Mythologiae Classicae (LIMC), Il, 1, s.v.
Astra (S.
Karusu), p. 910-911, fig. 22;
LIMC,
IL
1,
sv
Endymion
(H. Gabelmann), p. 729 et III, 2, p. 552, fig. 11 (ca. 420 av. J.-C.). Elles
appartiennent au domaine italien. Dans les deux cas, il s’agit d'un jeune
homme nu se précipitant la téte la premiére dans la mer, mais en position verticale et entouré de nombreux autres personnages.
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Ver en el PDF(se abre en una ventana nueva)iconographiques, il ressort que les artistes ont procédé a une
véritable création, extrapolant les modèles à leur disposition.
Ces images ont déja fait couler beaucoup d’encre mais rares
sont les auteurs qui se sont attachés 4 comprendre la relation
entre le thème du symposion et le thème du plongeon‘. Dans le
cadre d’une étude non publiée portant sur l’analyse iconologique de la tombe, j’y ai consacré un chapitre, dont voici la
substance.
Le contour noir qui encadre le tableau peint sur le couvercle
l’isole clairement des scènes des parois latérales. Le plongeur,
seul personnage du cycle à ne pas être couronné, ne participe pas
au banquet’. L’action est située à l'extérieur par des éléments de
paysage, tandis que les scènes de symposion, ayant lieu probablement dans une salle intérieure, en sont dépourvues.
6. Il faut retenir l'excellente étude de L. Cerchiai, Sulle tombe «del
Tuffatore» e «della Caccia e Pesca». Proposta di lettura iconologica, in
Dialoghi di Archeologia (DdA), 5, 1987, p. 113-123, dont je me suis inspirée;
et l'hypothèse pythagoricienne de P. Somville, La tombe du plongeur à
Paestum, in RHR, 196, 1 juillet 1979, p. 41-51 (reprise dans P. Somville, La
tombe du plongeur in
Études grecques, Bruxelles-Liège, 1990, p. 25-33),
brièvement suggérée par Napoli, op. cit. Pour l'interprétation de W. J. Slater,
High Flying at Paestum, in American Journal of Archaeology (AJA), 80,
1976, p. 423-425, et High Flying at Paestum: Further Comments, in AJA,
81, 1977, p. 555-557, critiquée par R. Ross Holloway, High Flying at
Paestum: a Reply, in AJA, 81, 1977, p. 554-555, cf. note 7.
7. Contrairement à l’avis émis par Slater (op. cit.), qui interprète le
plongeur comme un kubistétérès distrayant les convives. Or, jamais ces acrobaties ne sont effectuées en relation avec l’élément aquatique, ni dans la littérature, ni dans Part figuré. La position du plongeur n'est comparable à
aucune figure exécutée, telles qu’elles apparaissent notamment sur les vases
italiotes. Sa lecture de la pièce d’eau comme étant une piscine me paraît tout
aussi douteuse. L’archéologie et les sources littéraires montrent que les structures susceptibles de recevoir cette interprétation, comme celle de Paestum,
sont en réalité des citernes ou des bassins réservés aux poissons (ex. piscine de
Gélon d’Agrigente contenant poissons et cygnes: Diodore in Athénée, Deipnosophistes, XII, 541 f) - d’où l’étymologie du mot! Avant 400 av. J.-C., l’eau
destinée aux ablutions provient exclusivement de fontaines, de pithoi, de
cuvettes, de vasques sur pied (R. Ginouves, Balaneutiké, Recherches sur le
bain dans l'Antiquité grecque, BEFAR 200, Paris, 1962, p. 125-137). Les piscines comme celle de Delphes sont très rares et nettement postérieures (ibid,
p. 133-135). De plus, il est possible qu’elles n’aient eu qu’une vocation hydrothérapique (J. Delorme, Gymnasion, BEFAR 196, Paris, 1960, p. 311-312).
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Ver en el PDF(se abre en una ventana nueva)D’un point de vue sémantique, les deux scénes ne sont pas
sans relations, puisqu’elles ont été choisies conjointement pour
accompagner le défunt dans son dernier voyage. Je reprends
l’hypothèse que l’ensemble des images peintes dans la tombe
répond a une «logique formelle rigoureuse, fonction d’un
niveau psychologique plus profond »*.
La combinaison des images dans la tombe « du Plongeur »
crée un discours complexe qui évoque certains procédés métaphoriques de la lyrique grecque. Ce parallèle renvoie à une
conception identique et nouvelle de l’image, qui s’affirme justement entre la fin du VI° et le début du V° siècle av. J.-C. et provoque l'essor de la « grande peinture »’.
2. Les images
Le plongeon en mer et le banquet sont associés dans la tombe
«De la Chasse et de la Pêche » de Tarquinia!, qui répète des
thèmes à connotation initiatique appartenant aux sphères érotique, cynégétique, symposiaque et marine. Le retour de la
chasse et le kömos de la première chambre montrent deux aspects
du monde viril. Le banquet présente l'amour conjugal, opposé à
amour homosexuel évoqué dans le couple de cavaliers rentrant
de la chasse au lièvre. La danse peut être mise en parallèle avec
les sauts des dauphins'’. Le rapport s'établit entre le banquet et la
pêche par analogie entre la séduction et la capture par la ruse de
l’appàt ou dans les filets. La chasse au lièvre répond à la chasse
aux oiseaux; le vin relie le banquet au kömos. Le plongeon est
8. Cerchiai, op. cit., p. 113-123: «Tale approccio si fonda su un presupposto metodologico: che il complesso di immagini messo in gioco dalla
“tomba del Tuffatore” non sia casuale ma costituisca l’espressione di una
logica formale rigorosa, funzione di un livello psicologico più profondo»
€. 113).
9. A. Rouveret, Les langages figuratifs de la peinture funéraire paestane, in Atti Taranto XXVII, p. 266-314, particulièrement p. 281.
10. S 50, DM 36, ca. 510 av. J.-C.
11. Cf.
W.
Burkert,
Homo Necans:
Interpretationen
altgriechischer
Opferriten und Mythen, Berlin-New York, 1972, p. 222; iconographie de l’association des danseurs du cortège dionysiaque et des dauphins: ibid., note 22.
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Ver en el PDF(se abre en una ventana nueva)une métaphore de la mort, expérience qui dépasse le rationnel,
comme l'érotisme et l'ivresse'?. La tombe «du Navire»” rassemble aussi des scènes de banquet, de kömos et de paysage
marin. Probablement, environ un siécle plus tard, ce cycle fait-il
appel a la méme symbolique.
L’art funéraire étrusque regorge d’animaux marins, réels ou
imaginaires, mais toujours amphibies. L’hippocampe est un
cheval, animal terrestre psychopompe, dont le corps se termine
par une queue de poisson. Le triton combine humanité et animalité aquatique. Le dauphin, par le plongeon, incarne l’idée
du passage d’un élément à un autre“. Ils sont associés au banquet dans les tombes «des Lionnes »"°, « Bartoccini »'° et «des
Vases peints »”.
De même, dans la céramique attique à figures noires, le
banquet
peut être accompagné de dauphins et d’oiseaux
marins'*, de même que le kômos®. Une kylix d’Exékias, conservée aux Antikensammlungen de Munich” montre Dionysos en
banqueteur. Il est couché dans un bateau à proue delphinomorphe, au mât chargé de sept grappes de raisin. Tout autour
virevoltent sept dauphins”. Cette image réalise la synthèse
12. Cf. Cerchiai, op. cit., p. 117-122.
13. S 91, DM 49, fin du v° siècle av. J.-C.
14. Un rapprochement entre le plongeur de Poseidonia et les frises de
dauphins des tombes étrusques, en tant qu’allusion au plongeon dans Okeanos, a déjà été suggéré dans R. Bianchi Bandinelli, Mario Napoli, La Tomba
del Tuffatore. La scoperta della grande pittura greca, Bari, De Donato, 1970.
L. 7000, in DAA, 4, 1970-1971, p. 135-142, particulièrement p. 141.
15. S 77, DM 35, ca. 520 av. J.-C.
16. Tarquinia n° 905; S 45, ca. 520 av. J.-C.
17. S 123, DM 37, datation non indiquée.
18. Ex. cratère de style attique à figures noires du Louvre: Corpus Vasorum Antiquorum (CVA), France 19, Louvre 12, pl. 160, ca. 580-570 av. J.-C.
19. Ex. les satyres voisinent avec les dauphins sur une kylix attique à
figures noires du Louvre: J. D. Beazley, Attic Black-Figure Vase-Painters,
Oxford, 1956 (ABV), p. 635, n° 34.
20. Beazley, ABV, p. 146, n° 21, ca. 530 av. J.-C., provenant de Vulci.
21. Cette image rappelle l’épisode où le dieu, entre autres prodiges,
métamorphose les pirates qui l'ont enlevé et fait pousser la vigne sur leur
navire: Hymne pseudo-homérique à Dionysos, v. 52-54 et Ovide, Métamorphoses, III, 679-686. Cf. P. Somville, L’image du dauphin, in Etudes grecques,
Bruxelles-Liège, 1990, p. 35-53, particulièrement p. 44-47.
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Ver en el PDF(se abre en una ventana nueva)entre Dionysos, le banquet, la mer et le plongeon des cétacés
psychopompes”.
La céramique attique 4 figures rouges représente parfois
l’immersion de comastes ou de satyres dans des cratères”.
Oscillant entre la condition humaine et animale, cette dernière finit par triompher quand, englouti tête la première dans
le vase, le satyre ne laisse pratiquement plus voir que sa
queue chevaline”. Ces figurations rappellent un plat, provenant de Spina, de la fin du v° siècle av. J.-C., conservé au
Museo Nazionale de Ferrare, représentant un satyre penché
vers une vasque, dans la position de quelqu’un qui s’appréte
à plonger”.
Le mythe d’Héraklès traversant Okeanos dans la coupe d’or
d’Helios, pour atteindre Vile d’Erythie où vit Géryon” est
22. Le dauphin est la figure symétrique et opposée du monstre marin
dévoreur. Plongeur par excellence, il incarne le salut des victimes précipitées
dans la mer: il conduit Mélikertès et Ino à Corinthe (Pausanias, I, 44, 8),
Enalos et la jeune fille sacrifiée chez les Néréides (Athénée, Deipnosophistes,
XI, 466 c-d), Thésée chez Amphitrite (Bacchylide, Odes, XVII), Arion à
Corinthe (Hérodote, 1, 23-24). Etymologiquement confondu avec la matrice
(delphus) et la terre de Delphes (delphis ge), il est l'emblème maternel marin
(Somville, op. cit., p. 37); il participe au cycle vie-mort-renaissance. Il s’associe à Artémis, Aphrodite, Demeter et Poseidon (ibid., p. 38-40).
23. Ex. avec un satyre: kylix du Kunsthistorisches Museum de Vienne
(CVA, Österreich 1, Wien 1, pl. 2, 3, ca. 530 av. J.-C.). Ex. avec un comaste:
kylix de Ashmolean Museum (CVA, Great Britain 9, Oxford 2, pl. 51, 3,
ca. 510 av. J.-C.); Kylix de la Ricketts and Shannon Collection de Cambridge
(CVA, Great Britain 11, Cambridge 2, pl. 8, 4, ca. 510 av. J.-C.); fragment
de kylix du Herzog Anton Ulrich Museum de Braunschweig (CVA, Deutschland 4, Braunschweig 1, pl. 15, 1, ca. 510 av. J.-C.). Ginouvés y voit des
scénes de vendange (Ginouves, op. cit., p. 52). Ces grands récipients de terre
cuite, sorte de cratéres en cloche sans pieds, dont on a retrouvé des exemplaires à Athènes et à Corinthe, étaient le plus souvent utilisés pour la fabrication ou la conservation du vin. Il envisage également une interprétation
balnéaire (ibid., p. 53).
24. Ex. kylix du Musée d’art et d’histoire de Genéve (CVA, Suisse 1,
Genève 1, pl. 9, 2, fin du vr siècle av. J.-C.) et lécythe du Badisches Landesmuseum de Karlsruhe (CVA, Deutschland 7, Karlsruhe 1, pl. 26, 4, ca. 450
av. J.-C.). Cf. C. Berard (dir.), La cité des images. Religion et société en Gréce
antique, Lausanne, 1984, p. 124.
25. Ginouves, op. cit., pl. XXV, fig. 77.
26. Apollodore, Bibliothèque, Il, 5, 10.
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Ver en el PDF(se abre en una ventana nueva)représenté dans la céramique attique a figures rouges entre 510
et 450 av. J.-C, concentrant en une image le passage vers
l'au-delà, les flots, le vase, et la symbolique solaire.
Une amusante et énigmatique terre cuite de Tanagra figure
un poisson, sans doute une raie, couché sur une kline*.
3. Les textes
La mer et le vin sont intimement mélés dans l'épopée homérique par l'expression oinops pontos”. L'image perdure chez les
poètes lyriques”.
Les enfants spartiates étaient baignés dans du vin pur dès
leur naissance. Les épileptiques mouraient et les nouveau-nés
de constitution saine voyaient leur vigueur augmentée’. C’est
une sorte de rite d’initiation qui imprégnait l’enfant de la force
du vin, correspondant aux lustrations par l’eau. C’est la mer,
incorruptible, la purificatrice suprême”. Le bain, et par extension la simple aspersion, procurent la participation à une force
magique régénératrice et fécondatrice. « Les lustrations et les
purifications rituelles avec l'eau ont pour but l’actualisation
fulgurante du moment intemporel où eut lieu la création; elles
sont la répétition symbolique de la naissance des mondes ou de
“homme nouveau”. »”
En grec, comme en français, le vocabulaire désignant les vases
27. Ex. kylix attique à figures rouges à la manière de Douris, des musées
du Vatican, provenant de Vulci: J. D. Beazley, Attic Red-Figure Vase-Painters, 2° éd., Oxford, 1963, p. 449, n° 2. Autres ex. dans LIMC, s.v. Héraklès
(P. Brize), p. 81.
28. Conservée au musée du Louvre: G. M. A. Richter, The Furniture of
the Greeks, Etruscans and Romans, Londres, 1966, fig. 336.
29. Homère, Odyssée, V, 221; VII, 250, etc.
30. Cf. F. Lissarrague, Un flot d'images. Une esthétique du banquet grec,
Paris, 1987, p. 103.
31. Plutarque, Vie de Lycurge, 16, 3.
32. Euripide, Iphigenie en Tauride, v. 1193.
33. M. Eliade, Images et symboles. Essai sur le symbolisme magico-religieux, Paris, 1952, p. 201.
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Ver en el PDF(se abre en una ventana nueva)est associé à celui de la navigation”. Le gouffre marin est un contenant comme le cratère et les coupes; ils appartiennent au même
régime nocturne de l’image, selon les catégories de Durand”. Le
cratère est le signe matériel de la mesure du vin, du mélange et du
partage. Il occupe le point focal de l’espace symposiaque : dans la
tombe « du Plongeur », juste derrière la tête du défunt, entre les
parois longues où sont peints les banqueteurs. Il «se situe à michemin entre les images du ventre digestif ou sexuel et celles du
liquide nutritif, de l’élixir de vie et de jouvence »°. Or, le breuvage
qui confère l’immortalite, associé au vin dans le monde méditerranéen, est obtenu, dans la plupart des mythologies indo-européennes, par brassage de la mer”. L’abime aquatique est la
matrice primordiale*, C’est d’Okeanos qu’émanent toutes les
eaux”. A la fois nymphes ou naïades désirables et taureau mugissant, elles sont androgynes”, réalisant la fusion totalisante des
contraires. Mais la mer est l’élément féminin par excellence*. A la
famille des contenants, prometteurs de renaissance par leur archétype matriciel, appartiennent également la tombe elle-méme et
l'œuf, tenu par un banqueteur de la paroi sud”.
34. Ex. skaphè désigne aussi bien la cruche que la barque; la coupe
(dépas) d’or d’Helios est sa couche voguant sur Okeanos (Mimnerne,
frgmt. 9). Cf. Lissarrague, op. cit., p. 110-111. (En francais, on associe vaisselle et vaisseau, qui est aussi la nef d’une église, comprise comme une coque
de bateau retournée.)
35. G. Durand, Les structures anthropologiques de l'imaginaire. Introduction à l’archétypologie générale, 10° éd., Paris, 1984.
36. Ibid., p. 293.
37. Notamment chez les Hindous, les Iraniens, les Scandinaves et les
Grecs. Cf. G. Dumézil, Le festin d'immortalité. Étude de mythologie comparée
indo-européenne, Paris, 1924. Les cycles du mystère de l'ambroisie rentrent
dans un schéma initiatique. L’initi est le grand pourvoyeur de nourriture,
partant de vie.
|
38. Cf. M. Eliade, Les eaux et le symbolisme aquatique, in Traité d’histoire des religions, Paris, 1989, p. 165-187.
39. Homère, Iliade, XXI, 195-197.
40. Cf. G. Bachelard, L'eau et les rêves. Essai sur l'imagination de la
matière, Paris, 1942, ch. 1.
41. Cf. Durand, op. cit., p. 116.
42. Schéma récurrent dans la peinture funéraire étrusque: ex. tombe
«des Lionnes » (S 77, DM 35, ca. 520 av. J.-C.) et tombe n° 2002 «du Petit
fronton » (S 66, milieu du vr siècle av. J.-C.).
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Ver en el PDF(se abre en una ventana nueva)Le symposion permet de s’abstraire des réalités contingentes,
d’aller au-delà du rationnel, en s’abandonnant à
l'ivresse non seulement du vin, mais aussi de la musique et de
amour. Pour exprimer cette idée, Pindare recourt à une métaphore marine: «... à l’heure où les soucis qui fatiguent les
hommes s’évadent de leurs poitrines, où, comme en un océan
de richesse, parmi l’or en abondance, tous également nous
voguons vers quelque rive imaginaire; alors le pauvre est riche,
alors les riches [...] les cœurs grandissent, domptés par l’arc de
la vigne.»* Des associations de Pamour au monde marin,
comme par exemple, l’assimilation des mouvements de l’acte
sexuel avec ceux des embarcations ou, plus génériquement, du
vagin avec la mer, traversent toute la littérature grecque“.
La mania qui saisit le buveur est mise en rapport avec le
plongeon par Euripide. Silène dit à Ulysse que, fou de vin, il
accepterait de se jeter dans la mer du haut de la falaise
blanche“, L'homme ivre sur le point de s’endormir se compare
à un marin qui fait naufrage et coule“.
La mythologie de Dionysos, dieu du symposion, inclut plusieurs scènes de katapontismos. Dans son enfance, effrayé par
Lycurgue qui le poursuit armé de la double-hache sacrificielle,
il trouve le salut dans le plongeon‘. Ino, frappée de folie par
Héra pour avoir été la nourrice de Dionysos, se jette dans la
mer avec ses fils“. Boutès, fasciné par les Sirènes, se jette dans
la mer où il est sauvé par Aphrodite®. Les pirates tyrrhéniens
ravisseurs de Dionysos sont transformés par celui-ci en dauphins qui sautent dans la mer”. Le dieu plonge dans le lac
Alcyonia de Lerne pour aller chercher sa mère dans l’Hadès,
43. Pindare in Athénée, XI, 782 d. (trad. A. Puech, Éloges, 5, in Pindare,
IV, Paris, Éd. Les Belles Lettres, 1923, p. 191).
44. Cf. P. Murgatroyd, The Sea of Love, in The Classical Quarterly, 45,
1, 1995, p. 9-25.
45. Euripide, Cyclope, v. 166-169.
46. Xénarchos in Athénée, Deipnosophistes, XV, 693 b-c.
47. Homère, Iliade, VI, v. 130-140.
48. Euripide, Médée, v. 1284-1289.
49. Apollodore, Bibliothèque, 1, 9, 25.
50. Cf. note 21.
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Ver en el PDF(se abre en una ventana nueva)selon le chemin que lui montre Polymnos. C’est un lac sans
fond et ses eaux apparemment calmes emportent les nageurs.
Des rites nocturnes secrets voués au culte de Dionysos y ont
lieu. Un xoanon apporté par la mer est identifié par la Pythie
comme la statue de Dionysos”. A Hermioné (Arcadie), des
concours de natation ou de plongeon étaient organisés en
l’honneur de Dionysos Melanaigis®. Aux Anthestéries, une effigie du dieu est promenée dans un bateau en procession jusqu’a
la mer”. De plus, il a le pouvoir de transformer une salle de
banquet en navire perdu en mer” et inversement, de faire couler le vin et pousser la vigne sur un bateau“.
Le désir érotique, procurant une sorte d’ivresse, est associé
au plongeon, notamment dans le « saut de Leucade », comme en
témoigne Anacréon : « De la roche blanche, je me replonge dans
les flots écumants, ivre d’amour. »* Selon Strabon*, ce plongeon
cathartique avait lieu une fois par an au temple d’Apollon dans
deux buts: détourner les malheurs de la cité pendant l’année à
venir (exécution de condamnés) et pour le compte de particuliers
en quête d’assistance divine (sauts volontaires), notamment
contre les amours malheureuses. Ils opèrent une métamorphose
intérieure, une conversion métaphysique, constituant pour les
Pythagoriciens un « rite de passage où l’âme dépouille ses appé-
51. Pausanias, II, 37, 5-6.
52. Pausanias, X, 19, 3.
53. Pausanias, II, 35, 1. Le terme ambigu de kolumbos ne permet pas de
trancher s’il s’agit réellement de plongeon ou de natation. Pourtant, comme
c’est le nom du prodiceps minor, canard appelé plongeon en frangais, et que
c’est le même terme qui est employé dans le fragment 94 d’Anacréon
(cf. note 57), il est tentant de lui accorder cette signification, sans autre justification philologique.
54. Cf. W. F. Otto, Dionysos. Le mythe et le culte, Paris, 1969, p. 172.
Pour l’iconographie, cf. Burkert, op. cit., p. 223, note 25.
55. Timaios De Tauromenium in Athénée, Deipnosophistes, II, 37 b-c. A
Agrigente, une maison est appelée «trirème», en souvenir d’un symposion
particulièrement bien arrosé où les jeunes gens, persuadés de naviguer en
pleine tempête, se mirent à jeter tout le mobilier par la fenêtre comme si le
pilote leur avait ordonné d’alléger le bateau.
56. Cf. note 21.
57. Anacréon, frgmt 94 (éd. B. Gentili, Rome, 1958).
58. Strabon, Géographie, X, 2, 9.
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Ver en el PDF(se abre en una ventana nueva)tits charnels pour s’élancer, allégée de la matière, dans le pur
amour de Dieu». Ayant retenu des traditions ancestrales les
thèmes de la femme, de l’amour et de l’oubli, le «saut de Leucade » se réduit à la guérison érotique, abondamment traitée par
la poésie lyrique, notamment en Grande Grèce®. Les falaises
blanches", de gypse” ou argiennes*, récurrentes dans la toponymie des côtes grecques sont constamment associées à un plongeon mythique, souvent accompagné d’une tradition de sauts
rituels expiatoires, purificateurs ou initiatiques. Elles pourraient
faire allusion aux confins du monde, c’est-à-dire à l’entrée de
l’Hades“, ou aux îles blanches habitées par les ombres d’Achille
et de Médée®.
En milieu pythagoricien, le banquet et le plongeon apparaissent en contexte funéraire: dans Les mineurs de Phérécrate
où figure l'expression «plonger dans le Tartare», la vie dans
l’au-delà est décrite comme une succession de ripailles bien
arrosées%, Ce mode de représentation de l’Hadès chez les comi-
59. J. Carcopino, De Pythagore aux apôtres. Études sur la conversion du
monde romain, Paris, 1956, p. 79. Ainsi, Sappho, loin de se suicider, «se précipite pour renaître à une existence purifiée» (H. Jeanmaire, Couroi et courétes. Essai sur l'éducation spartiate et sur les rites d’adolescence dans l'antiquité hellénique, Lille, 1939, p. 326). Il faut préciser que le saut n’est pas
mentionné dans l’œuvre de la poétesse.
60. Ex. Stesichore d’Himére, frgmt 43; Aristoxène De Tarente in Athénée, XIV, 11.
61. Il est probable que les Leukades petrai ne désignent pas un lieu précis
(Leucade), mais des roches blanches génériques. Ainsi, Leukothéa (Ino) porte
dans son nom divin la trace de son plongeon depuis les roches blanches.
62. Pour la présence de la racine skiros, gypse, dans les noms propres
apparaissant dans la geste de Thésée, où le thème du plongeon est récurrent,
cf. Jeanmaire, op. cit., p. 325. La multiplicité des roches skironiennes est étudiée par G. Glotz, L'ordalie dans la Grèce primitive. Étude de droit et de
mythologie, Paris, 1904, p. 43-44.
63. Pour la récurrence de la racine argos, blanc, brillant, dans les noms
en rapport avec le plongeon, cf. Glotz, op. cit., p. 47-48.
64. Homère, Odyssée, XXIV, 11-12.
65. Hésiode, Les travaux et les jours, 168.
66. Phérécrate, in Athénée, Deipnosophistes, VI, 268 e-f. La même image
d’abondance
(torrents
de
vin,
poissons
qui
viennent
se jeter
tables, etc.) est utilisée par Télécléides, Les Amphictyons, in Athénée, Deipnosophistes, VI, 268 b-c.
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Ver en el PDF(se abre en una ventana nueva)ques de la fin du v° siècle av. J.-C. est sans doute lié à la diffusion des mystéres”.
Le corpus des documents interprétés comme orphiques
inclut une lamelle provenant d'une tombe de Pélinna de la fin
du IV’ siècle av. J.-C.. Son texte semble confirmer que la formule du plongeon zoomorphe dans le lait, déja présente dans
les lamelles d'or de Thurii® équivaut á une assimilation du
défunt 4 Dionysos-Bacchios, par sa métamorphose non plus
en chevreau mais en taureau puis en bélier”. En effet, Zeus
aurait donné au dieu l’apparence d’un chevreau pour qu’il
échappe à la colère d'Héra, et c’est sous cette forme que les
Orphiques l’auraient vénéré”. Il est attesté que Dionysos était
appelé
chevreau
a
Métaponte”.
L’iconographie
bachique
67. Selon Rouveret, il s’agirait plutôt d’une tradition orphique que
pythagoricienne, mais la distinction entre les deux est tellement hypothétique
que je préfère la laisser de côté (A. Rouveret, La peinture dans l'art funéraire :
la tombe du Plongeur à Paestum, in B. Bloch, D. Briquel, C. Guittard et
A. Rouveret, Recherches sur les religions de l'Italie antique, Genève, 1976,
p. 99-129, particulièrement p. 126).
68. F. Graf, Textes orphiques et rituel bachique. A propos des lamelles de
Pélinna, in P. Borgeaud (dir.), Orphisme et Orphée. En l'honneur de Jean
Rudhardt, Genève, coll. « Recherches et rencontres», n° 3, 1991, p. 87-102.
Voici sa traduction: «En ce moment tu es mort, et en ce moment tu es
devenu, 6 trois fois bienheureux, ce jour-ci. Dis 4 Perséphone que Bacchios
lui-même t’a libéré. Taureau, tu as sauté dans le lait. Vite, tu as sauté dans le
lait. Bélier, tu es tombé dans le lait. Tu as regu, bienheureux, le vin comme ta
time. Et sous la terre, les mêmes teletai m’attendent comme les autres bienheureux. »
69. Le fameux vers ériphos eis gala épeson est apposé à la proclamation
de la déification du défunt: Lamelles Museo archeologico nazionale de
Naples, n° 11625 et n° 11463, respectivement Al et A4 de G. Zuntz, Persephone. Three Essays on Religion and Thought in Magna Graecia, Oxford,
1971, p. 300-301 et p. 328-329, datant de la première moitié du IV‘ siècle
av. J.-C.
70. L'identification avec l’animal du dieu est synonyme de possession de
la qualité divine qui y est incarnée. On retrouve la même image dans la religion égyptienne, où l’animal est le ba du dieu. Cf. P. Braguet, Le Livre des
morts des anciens Égyptiens, Paris, 1967, p. 19.
71. Cf. G. Giannelli, Culti e miti della Magna Grecia. Contributo alla storia più antica delle colonie greche in occidente, 2° éd., Florence, 1963, p. 76.
72. Apollodore, in Stéphane De Byzance, s.v. Akroreia.
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Ver en el PDF(se abre en una ventana nueva)inclut cet animal”. Les épiphanies taurines et la présence du
bouc comme animal accompagnateur du «dieu fou» sont
bien connues". Dans l’avant-dernier vers de la lamelle de
Pélinna, timé est généralement traduite par «honneur» mais
elle signifie aussi l’office de l’échanson, qui nous renvoie au
rôle joué par les jeunes en voie d’intégration dans les sociétés
d’hommes archaïques”.
Le banquet, tout comme la mer, est un lieu d'initiation.
Le
lieu
de
réclusion initiatique
à
symbolique
matricielle
(cabane ou grotte en ethnologie) est représenté dans les
mythes par le centre du labyrinthe, le ventre d’un monstre,
souvent marin, le coffre abandonné sur les flots. Les fonds
océaniques participent de la même métaphore (cf. supra), non
seulement en tant que gouffre, mais aussi parce que l’eau
salée évoque le liquide amniotique. L’immersion rituelle en
contexte initiatique marque l’abandon d’un état précédent
(mort symbolique) et l’acquisition d’un statut supérieur (nouvelle naissance): entrée dans la société des adultes, accès à
une profession, intégration dans une secte, droit d’exercice du
pouvoir. Tandis que le monde chrétien choisit l’eau douce
pour le baptême, la Grèce antique préfère la mer appartenant
à la sphère de la nature mystérieuse et indomptée, de même
qu’Artémis, maîtresse des animaux sauvages et déesse des
frontières, préside aux rites d’initiation des jeunes filles. Lors
du banquet, la consommation du vin et les expériences amoureuses hissent l’adolescent au rang d’adulte. Les pratiques
symposiaques témoignent de l’acquisition d’un statut social
majeur, de même que l’épreuve du plongeon est symbole de
passage à un niveau de vie supérieur.
73. Ex. à Tarquinia, le couvercle d’un sarcophage, provenant de la
tombe «du Triclinium», conservé au British Museum et datant du milieu du
mi siècle av. J.-C., représente la défunte sous les traits d'une bacchante,
tenant le thyrse, et donnant à boire à un chevreau (L. Banti, Die Welt der
Etrusker, Stuttgart, 1960, fig. 103).
74. Cf. W. F. Otto, Dionysos. Le mythe et le culte, Paris, 1969,
75. Cf. B. Sergent, L'homosexualité dans la mythologie grecque, Paris,
1981, p. 27-28.
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Ver en el PDF(se abre en una ventana nueva)La réunion des deux expériences, symposiaque et amphibie,
met en jeu toute la gamme émotive permettant de dépasser les
réalités quotidiennes, de guider le défunt dans sa mort, congue
comme l’abandon de cette vie au profit d’une autre, plus
proche de la divinité.
4. Correspondances
entre les scénes de la tombe « du plongeur »
L’espace illimité sur lequel se détachent les figures des cinq
parois confère à l’ensemble une atmosphère abstraite, surnaturelle, qui situe les scènes hors du temps.
Cerchiai” perçoit une relation visuelle entre le jeu du kottabos et le plongeon, par le geste du convive et la trajectoire imaginaire du vin. Ce parallèle est confirmé par la disposition des
plaques. En effet, si on soulève le couvercle à la verticale pour
en regarder la scène figurée, il se retrouve juste au-dessus de la
paroi nord, puisque les deux plaques ont la même orientation
haut-bas. Le plongeur se trouve alors à l’aplomb de la kliné
centrale. On pourrait tracer une ligne oblique reliant ses pieds
et ses mains à la kylix du joueur de kottabos. De plus, la parabole imaginaire décrite par le vin lancé dans la coupe du
convive de gauche correspondrait à la courbure du corps du
plongeur (fig. 1).
Les occupants de la kline centrale, forment le point focal de
la paroi nord, en se reliant par le regard aux deux klinai voisines (celui de gauche lance du vin vers l’avant et celui de droite
tourne la tête vers le couple à l’arrière). Cette composition renforce la relation entre le kottabos et l'amour”. Le vin se jette
76. Cerchiai, op. cit., p. 114.
77. Probablement originaire du monde sicule (Anacréon, frgmt. 53 (éd.
B. Gentili, Rome, 1958); Gritias, Vers élégiaques, in Athénée, Deipnosophistes, XV, 666 b), le kottabos dérivait d’une forme de libation (on jetait par
terre un peu de vin de sa coupe pour honorer quelqu’un). Il devint un jeu à
caractère érotique, où la dédicace correspondait à une recherche de faveurs. Il
consistait à lancer du vin dans un vase, ou sur des petites coupes qu'il fallait
faire couler dans un récipient rempli d’eau, ou sur un kottabeion où le vin
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Ver en el PDF(se abre en una ventana nueva)dans la coupe, comme le plongeur se jette dans les flots, et
Yamant dans la passion. Il s’agit d’une immersion habilement
dirigée et contrôlée, qui doit être suivie d’un retour à la surface
pour ne pas se noyer, c’est-à-dire ne pas perdre son identité, et
ne pas sombrer dans une mort définitive.
Un jeu subtil de correspondances s’établit entre les images
des différentes parois de la tombe « du Plongeur » (fig. 1). A la
lyre de la paroi nord, fait face celle de la paroi sud. A Paulos de
cette même paroi, correspond celui de la paroi ouest. La trapeza de la paroi est porte alternativement trois et deux
rameaux, formant chiasme avec les bouquets de deux rameaux
de la paroi sud et de trois rameaux de la paroi nord. Tous évoquent les arbres du couvercle et les couronnes des convives.
Sémantiquement, les couples éraste-éromène des trois parois
sont reliés au jeu du kottabos et au plongeon, par leur connotation érotique.
Les banqueteurs couchés des parois nord et sud, parallèles
au corps inerte du défunt, s’opposent aux personnages en
marche des parois est et ouest, placés dans son axe. La chelys
gisant auprès de lui se croise avec les deux lyres des longs côtés.
La figure du plongeur, saisie en pleine action, s’oppose au
cadavre immobile qui la contemple”.
Partant du cratère de la paroi est, image de mesure et
contenant à symbolique matricielle métaphore de la mer, le
défunt, doublet d’Helios, franchit Okeanos dans un envol sinistrogyre et resurgit, couronné, dans le sobre kömos de la paroi
ouest.
devait faire tomber sur un plateau un disque, en équilibre sur un support; le
son produit par le choc était de bon augure. «Cette rupture d’équilibre est
comme la traduction matérielle du vascillement qui saisit l’amoureux devant
l'être aimé » (Lissarrague, op. cit., p. 80). Non seulement l’habileté mais l’élégance du geste avait son importance. Le prix variait de la friandise au baiser,
en passant par des objets divers (cf. Dictionnaire des Antiquités grecques et
romaines, s.v. Kottabos (G. Lafaye); Realencyclopddie der Classischen Altertumswissenschaft, s.v. Kottabos (K. Schneider). Le jet volontaire de vin par
terre lors du kottabos pouvait signifier la rupture entre les éromènes et l’éraste
qui accéde au mariage (Sergent, op. cit., p. 123).
78. Cf. Rouveret, op. cit. (note 67), p. 104.
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Ver en el PDF(se abre en una ventana nueva)lpnetaqrsues
ndaencs
F1Sdciheco.r—gmsea;
Página 20
Ver en el PDF(se abre en una ventana nueva)Ainsi, les scénes peintes autour de lui, tissant un faisceau
de correspondances sémantiques et visuelles mises en relation
avec son corps, lui présentent sa propre mort comme une
étape vers une nouvelle vie, supérieure, divine, immortelle et
bienheureuse.
Rue Saint-Vincent, 40
B — 4020 Liége
Belgique