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RESUME. — Introduction. — |. Les origines de l'astronomie scientifique : A. Le problème despement
de l'astronomie scientifique :
représentation mathématique de l'Univers ; C La construction astronomique. Il. Le dévelop rique.
Conclusion. La physique
A. Les systèmes géocentriques ; B. Le système « pythagorique » ; C L'hypothèse héliocent
Résumé
céleste et Phéliocentrisme.
The requirements for a
SUMMAR Y. — Introduction. — |. The origins of scientific astronomy : A. The problem of the planets of; B.scientific
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mathematical representation of the Universe; C. Astronomical constructions. Il. The development : celestialastronom
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Geocentric systems; B. The system of the Pythagoreans ; C The heliocentric hypothesis. Conclusion
Abstract
heliocentrism.
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MOREAU JOSEPH. L'essor de l'astronomie scientifique chez les Grecs. In: Revue d'histoire des sciences. 1976, Tome 29
pp. 193-212.
doi : 10.3406/rhs.1976.1407
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commons
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Résumé
RÉSUMÉ. — Introduction. — I. Les origines de l'astronomie scientifique : A. Le problème des planètes ; B. Les conditions d'une
représentation mathématique de l'Univers ; С La construction astronomique. II. Le développement de l'astronomie scientifique :
A. Les systèmes géocentriques ; B. Le système « pythagorique » ; С L'hypothèse héliocentrique. Conclusion. La physique
céleste et Phéliocentrisme.
Abstract
SUMMAR Y. — Introduction. — I. The origins of scientific astronomy : A. The problem of the planets ; B. The requirements for a
mathematical representation of the Universe; C. Astronomical constructions. II. The development of scientific astronomy : A.
Geocentric systems; B. The system of the Pythagoreans ; С The heliocentric hypothesis. Conclusion : celestial physics and
heliocentrism.
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MOREAU JOSEPH. L'essor de l'astronomie scientifique chez les Grecs. In: Revue d'histoire des sciences. 1976, Tome 29 n°3.
doi : 10.3406/rhs.1976.1407
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/rhs_0151-4105_1976_num_29_3_1407
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1976-xxix/3
L'essor de l'astronomie
scientifique
chez les Grecs
A. Le
RÉSUMÉ.
problème—des
Introduction.
planètes ; B.—Les
I. conditions
Les originesd'une
de l'astronomie
représentation
scientifique
mathémat:
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de l'Univers ; С La construction astronomique.
II. Le développement de l'astronomie scientifique : A. Les systèmes géocentriques ; B. Le système « pythagorique » ; С L'hypothèse héliocentrique. Conclus
ion.La physique céleste et Phéliocentrisme.
SUMMAR Y. — Introduction. — /. The origins of scientific astronomy : A. The
problem of the planets ; B. The requirements for a mathematical representation of the
Universe; C. Astronomical constructions.
II. The development of scientific astronomy : A. Geocentric systems; B. The system
of the Pythagoreans ; С The heliocentric hypothesis. Conclusion : celestial physics and
heliocentrism.
Dans le Timée de Platon nous est transmise une image du
monde, la plus ancienne qui ait été élaborée par l'astronomie
grecque. Platon n'était pas un astronome ; mais il a suivi avec
enthousiasme l'essor de la science astronomique de son temps ;
il a fait allusion, dans ses écrits, à ses plus récentes découvertes,
de sorte que ces écrits sont devenus notre source primordiale sur
l'histoire de cette science. Les Grecs se sont occupés d'astronomie
avant l'époque de Platon ; mais ce que l'on sait sur leurs premiers
travaux en ce domaine, si l'on excepte quelques fragments apo
cryphes
(1), ne nous est connu que par des documents postérieurs
à Platon. Platon a été le témoin d'une initiative intellectuelle qui
a fait passer l'étude des phénomènes célestes à l'état scientifique.
Ce serait, en effet, un préjugé de croire que l'astronomie n'est
devenue scientifique qu'avec Copernic, Kepler et Galilée, par
l'abandon du système géocentrique. Sans compter que l'idée hélio
centrique
a été aperçue par un astronome de l'Antiquité, on ne
(1) Tel le fragment cosmologique de Philolaos sur l'âme du monde (Diels-Kranz,
Vorsokratiker, 44 [32] В 21).
T. XXIX. — 1976
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Ver en el PDF(se abre en una ventana nueva)saurait nier que le système géocentrique, auquel reste attaché le
nom de Ptolémée, l'astronome alexandrin du 11e siècle de notre
ère qui le transmit, dans son Almageste, aux Arabes et aux astr
onomes
du Moyen Age, est une théorie scientifique, périmée sans
doute, mais scientifique tout de même, en ce sens qu'elle répond à
un effort pour rendre compte des mouvements célestes à partir
d'hypothèses développées par le calcul et vérifiables par l'obser
vation. Or, c'est cette idée même de l'astronomie, entendue comme
théorie explicative des mouvements observables dans le ciel, qui a
pris naissance à l'époque de Platon.
I
A. — Dès les temps les plus reculés, les hommes ont remarqué
les mouvements du Soleil et de la Lune, regardé les étoiles, découpé
dans le ciel les figures des constellations ; ils ont en outre observé
les phases de la Lune, l'alternance des solstices, le passage du
Soleil parmi les demeures du zodiaque ; ils ont ainsi reconnu la
succession régulière des mois, des saisons, des années, et établi le
calendrier, dressé le tableau des levers et couchers du Soleil, de
la Lune, des constellations, dont l'utilité est manifeste pour l'agr
iculture
et la navigation. Mais à cette astronomie d'observation
et d'usage pratique, qui ne dépasse pas le niveau de l'almanach,
Platon oppose l'astronomie mathématique, qui s'est constituée de
son temps (2). L'astronomie d'observation s'était développée
d'abord chez les peuples de l'Orient, en Egypte et en Ghaldée,
à la faveur d'un ciel particulièrement transparent (3) ; et les astr
onomes grecs ont dû mettre à profit ces observations pour élaborer
leurs théories. L'un des plus célèbres astronomes grecs du ive siècle
avant notre ère, Eudoxe de Cnide, l'un des maîtres de l'Académie
de Platon, avait fait un séjour parmi les prêtres égyptiens qui
avaient recueilli des observations sur le mouvement des planètes (4).
De telles observations, parvenues dès le siècle précédent à la
connaissance des savants grecs, leur posaient un problème dont
ne s'étaient pas souciés les Orientaux ; c'est à partir de ce problème
qu'a pris naissance chez les Grecs l'astronomie scientifique.
(2) Platon, République, VII 527 d sq.
(3) [Id.], Epinomis, 987 a.
(4) Diogène-Laërce, VIII 87, et Sênèoue, Quaesl. nat., VII 3, 2 : Eudoxus
primus ab Aegypto hos motus in Graeciam transtulit.
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Ver en el PDF(se abre en una ventana nueva)On se rappelle une page célèbre d'Henri Poincaré, exaltant le
rôle de l'astronomie dans la formation de l'esprit scientifique :
c'est l'observation du ciel, dit-il, « qui nous a appris qu'il y a des
lois », un ordre régulier dans la succession des choses ; et sans
l'exemple éclatant fourni par l'astronomie, nous n'aurions jamais
songé à chercher des relations constantes sous la confusion appa
rente des phénomènes (5). Cependant, il y a loin d'une régularité
s'imposant à l'observation au concept de loi scientifique ; le spec
tacle de l'ordre céleste a conduit les Chaldéens à l'idée seulement
de la fatalité astrologique, qui n'équivaut pas au déterminisme
des lois naturelles. L'idée de loi astronomique ne s'est pas imposée
à la passivité de l'observation ; elle ne s'est dégagée de la croyance
fataliste qu'à l'occasion d'un problème où la régularité des phéno
mènes célestes semblait en défaut, celui du mouvement des pla
nètes
(6). Ce problème, les penseurs grecs seuls l'ont posé. Les
observateurs orientaux avaient découvert qu'il y a des astres
errants, c'est-à-dire qui n'ont pas une position fixe parmi les constel
lations. De tels déplacements étaient évidents en ce qui regarde
la Lune et le Soleil ; ils se découvraient assez aisément dans le
cas de l'astre du soir et de l'astre du matin, dont les Grecs étaient
parvenus à découvrir l'identité, celle de la planète Vénus (7) ;
mais pour ce qui est des autres planètes, ils n'ont appris à les
connaître qu'au contact de l'Orient. A la fin du ve siècle avant
notre ère, un savant aussi averti que Démocrite n'ignore sans doute
pas l'existence des astres errants ; mais, nous rapporte Sénèque,
il n'en précise pas le nombre, pas plus qu'il n'indique leurs noms ;
les trajectoires des planètes, des cinq étoiles non fixes, n'étaient
pas encore établies (8). C'est seulement dans VEpinomis, dialogue
publié après la mort de Platon, que nous voyons attribués aux
« cinq étoiles » les noms de divinités grecques (9) ; mais dans
le VIIe livre des Lois, écrit aux environs de 350 avant J.-C, c'est
Platon lui-même qui célèbre comme une découverte récente, réalisée
(5) H. Poincaré, La valeur de la science, p. 159-160.
(6) Cf. notre étude critique du livre de René Berthelot, La pensée de l'Asie
et l'astrobiologie, Revue de Métaphysique et de Morale, 1941, p. 64-66.
(7) Platon, Lois, VII 821 bc. L'identité de la planète Vénus aurait été une décou
verte de Parménide (Diog.-Laert., IX 23 = Vorsokratiker, 28 [18] A 1).
(8) Sénèque, Quaest. nat., VII 3, 2 (Vorsokr., 68 [55] A 92) : plures stellas esse quae
currant, sed пес numerům illarum posuit пес nomina, nondum comprehensis quinque
siderum cursibus.
(9) [Platon], Epinomis, 987 bc.
Página 6
Ver en el PDF(se abre en una ventana nueva)dans la première moitié du ive siècle, celle du mouvement régulier
des planètes, et il souhaite qu'elle soit enseignée à tous, car l'idée
d'un mouvement aberrant des astres est à ses yeux un préjugé et
un sacrilège : « II n'est pas vrai, dit-il, que le Soleil, la Lune et
les cinq étoiles soient des astres errants ; chacun d'eux suit une
route unique, circulaire, malgré les apparences opposées, et ceux
qui semblent retarder davantage sont au contraire les plus
rapides » (10). L'irrégularité la plus frappante, en effet, dans les
mouvements célestes, est celle de la Lune, qui chaque jour retarde
d'environ trois quarts d'heure sur le Soleil, qui suit à peu de
distance près le mouvement diurne des étoiles. Or, en vérité, cette
apparence résulte du fait que la Lune accomplit une révolution
propre, en sens inverse du mouvement diurne, en une période
d'un mois ; le Soleil accomplit une révolution analogue et de même
sens, mais en une période d'un an ; les planètes supérieures, Mars,
Jupiter, Saturne, accomplissent aussi une révolution rétrograde,
mais dont la période est de plusieurs années, respectivement 2, 12
et 30 ans approximativement ; il s'ensuit que ces dernières, dont
le retard sur le mouvement diurne passerait inaperçu à une obser
vation
sommaire, sont réputées les plus rapides, alors que leur
mouvement propre est le plus lent. Quelle confusion serait la
nôtre, demande Platon, si, dans le stade où courent des hommes
ou des chevaux, nous commettions la même méprise, regardant
les plus lents comme les plus rapides, et inversement ? Or, c'est
d'une pareille erreur que nous nous rendons coupables à l'égard
des astres, qui sont des dieux (11).
En attribuant à chacune des planètes un mouvement propre,
une révolution rétrograde, on rend compte de leurs retards respectifs
relativement au mouvement diurne des étoiles, ainsi que des
changements dans leurs positions réciproques, de leurs dépasse
ments alternés ; mais il faut aussi rendre compte d'une autre
irrégularité dans leur mouvement, de leur inclinaison variable
suivant les saisons, ayant pour effet que chacune paraît ne pas
suivre une trajectoire unique, chaque jour à la même hauteur,
mais une superposition de trajectoires reliées en spirale (12). Cet
(10) Id., Lois, 822 a. La nouveauté de cette découverte est impliquée en 821 e :
« Ce n'est pas en mon jeune âge, dit l'Athénien, ni de longue date (обте véoç ouxe tz<xka.i)
que j'en ai été informé. »
(11) Ibid., 822 fee.
(12) Cf. Timée, 39 ab.
Página 7
Ver en el PDF(se abre en una ventana nueva)effet, aisément observable dans le cas du Soleil, avait conduit un
astronome de la fin du ve siècle, Œnopide de Chio, à reconnaître
que la révolution annuelle du Soleil s'accomplit autour d'un axe
différent de celui du mouvement diurne (13) ; le plan médian
perpendiculaire à cet axe est incliné d'environ 23° par rapport à
l'équateur céleste ; son intersection avec la sphère céleste est un
cercle désigné sous le nom d'écliptique ; la zone délimitée de part
et d'autre de l'équateur par la latitude extrême de l'écliptique
est ce qu'on appelle le zodiaque. Pour rendre compte de l'inclinaison
variable des planètes, de leur ascension et de leur déclinaison,
il suffisait donc d'admettre que les planètes, dans leur révolution
rétrograde, décrivent des trajectoires circulaires sur le plan de
l'écliptique. La régularité du mouvement des planètes, la déter
mination
de leurs orbites, effectuée sans doute vers le début
du ive siècle dans les milieux scientifiques présidés par Archytas
de Tarente, résultait donc d'une généralisation de la découverte
d'Œnopide ; elle consistait en une extension aux « cinq étoiles »,
à l'ensemble des sept planètes, du système qu'il avait élaboré en
considérant seulement les mouvements du Soleil, de la Lune et
des étoiles. C'est sur ces bases qu'il avait défini la Grande Année,
la période au terme de laquelle se reproduit la conjonction du
Soleil et de la Lune avec une même étoile ; il l'avait fixée
à 59 années solaires (14) ; avec l'extension du système aux
sept planètes, le cycle de la Grande Année devait s'accroître dans
d'énormes proportions, jusqu'à embrasser des milliers d'années.
B. — Cette représentation de l'Univers comme une série d'orbes
concentriques, disposés autour de la Terre, parcourus par les pla
nètes
et enveloppés dans la sphère céleste, où sont fixées les étoiles,
est celle à laquelle Platon se réfère dans ses différents écrits ;
elle est décrite notamment dans le Timée (15) et a servi de base
à la cosmologie antique, qui devait aboutir au système de Ptolémée ; mais elle n'avait pu se constituer que grâce aux progrès
de la pensée mathématique réalisés par les Grecs dans la seconde
moitié du ve siècle avant notre ère. Elle suppose d'abord l'abandon
de la perspective naïve où le ciel est regardé comme une voûte
(13) Diels-Kranz, Vorsokraliker, 41 [29] A 7.
(14) Ibid., 41 [29] A 9.
(15) Timée, 38 c-39 d ; cf. République, X 616 c-617 b, et aussi Epinomis, 986 ab987 с
Página 8
Ver en el PDF(se abre en una ventana nueva)reposant sur l'horizon, sur le cercle qui limite la Terre, imaginée
comme un disque plat. Cette vue avait dû être abandonnée à la
suite des informations attestant qu'une éclipse n'est pas observée
en tous lieux au même moment de la journée, dénotant ainsi que
le Soleil ne se lève pas en même temps en tous les points de la
Terre ; les parties de la surface terrestre étant atteintes l'une après
l'autre par les rayons du Soleil à mesure qu'il s'élève au-dessus
de l'horizon, on était amené à considérer la surface terrestre comme
sphérique, ce qui devait conduire à se représenter la Terre comme
un globe situé au centre de la sphère céleste (16). Ainsi s'ouvrait
entre la Terre et le ciel un espace où pouvaient circuler des corps
inégalement distants de la Terre. Dans cette nouvelle perspective
céleste, il devenait d'abord possible de rendre compte des éclipses
de Lune et de Soleil par l'ombre portée de la Terre ou de la Lune ;
c'est ce qu'expliqua le premier Anaxagore (17), reçu à Athènes,
dans l'entourage de Périclès, vers le milieu du ve siècle. Cette
considération de l'éloignement relatif des corps célestes devait servir
de base au système élémentaire d'Œnopide, caractérisé en outre
par la découverte de l'écliptique ; mais il n'avait été rendu possible
que par le renouvellement spectaculaire de la perspective céleste,
issu lui-même des progrès de la géométrie, de son application à
l'optique. Un architecte romain du siècle d'Auguste, Vitruve, nous
apprend qu'Anaxagore et après lui Démocrite s'étaient appliqués
à l'étude de la perspective en vue de résoudre un problème tech
nique,
celui de la suggestion du relief dans les décors de théâtre,
un art qui avait reçu le nom de scénographie (18). Mais, pour
rendre compte des mouvements apparents des planètes par leurs
révolutions rétrogrades sur le plan de l'écliptique tandis que tout
le système des orbes célestes est entraîné dans le mouvement
diurne, il fallait que, outre le problème géométrique de la perspec(16) Cf. Vorsokratiker , 60 [47] A 14 (II, p. 46, 15-16). La même conclusion s'impos
ait
en observant que la hauteur de l'étoile polaire varie, et que de nouvelles constel
lations apparaissent tandis que d'autres cessent d'être toujours visibles, à mesure
qu'on se déplace vers le Nord ou le Sud, du pays des Scythes à celui des Ethiopiens
(Aristote, De Caelo, II 14, 297 b 31-298 a 9). Voir E. Frank, Plato und die sogenannten
Pythagoreer, p. 23 sq., et Beilage V : Die Entdeckung der Kugelgestalt der Erde.
— Le lecteur philologue mesurera notre dette envers cet ouvrage, insuffisamment
apprécié.
(17) Diels-Kranz, Vorsokratiker, 59 [46] A 42 (10), A 77 (p. 24, 1. 37-39); Plutarque, Nicias, 23.
(18) Vitruve, De architectura, VII, préface, § 11 (Vorsokr., 59 [46] A 39).
Página 9
Ver en el PDF(se abre en una ventana nueva)tive, soit résolu aussi le problème cinématique de la composition
des mouvements. Ce problème s'était posé d'abord en vue de la
construction de certaines courbes, requises pour la solution de
difficultés géométriques, telles que la trisection de l'angle ou la
duplication du cube. C'est ainsi que, vers la fin du ve siècle, Hippias
d'Elis avait découvert la quadralrice, lieu des points d'intersection
de deux droites en mouvement, l'une de rotation, l'autre de
translation (19). De telles études devaient se développer dans l'école
d'Archytas de Tarente, contemporain de Platon (20) ; et c'est à
ses liens avec cette école qu'il doit sans doute la connaissance du
système astronomique qu'il décrit dans ses ouvrages comme une
nouveauté scientifique.
C. — Cette astronomie mathématique, il la caractérise par
opposition avec l'astronomie d'observation, la seule ordinairement
connue de son temps. Dans la République, où il trace le programme
des études scientifiques nécessaires aux gouvernants, après avoir
indiqué le rôle de l'arithmétique, de la géométrie, il en vient à
l'astronomie, où l'opinion courante se plaît à reconnaître une
science qui élève l'âme, parce qu'elle nous oblige à regarder en
haut (21). Mais Platon ne l'entend pas ainsi : si l'astronomie
contribue à la formation de l'esprit scientifique, c'est parce qu'elle
nous oblige à dépasser l'observation et à reconstruire les mouve
ments apparents, les phénomènes offerts à la vue par les astres
errants, au moyen d'une combinaison de mouvements idéaux, défi
nis mathématiquement. Le ciel visible, le spectacle d'en haut,
n'est pas pour l'astronome un modèle à décrire, mais un problème
à résoudre (22) ; la tâche de l'astronome se concrétise dans la
construction d'un modèle mécanique du ciel, d'un système de cercles
dont les mouvements uniformes se combinent de manière à repro
duire la complexité des mouvements observables (23). Selon un
(19) Proclus, in Euclid., p. 272, 3 Friedlein {Vorsokr., 85 [79] В 21), cf. T. L. Heath,
A manual of Greek mathematics, p. 142-144.
(20) Diogène-Laërce, VIII 83 = Vorsokr., 47 [35] A 1) et, à titre d'exemple,
ibid., A 14. Cf. E. Frank, op. laud., p. 173, 205, 236.
(21) Platon, République, VII 529 a-c.
(22) Ibid., 529 d, où nous lisons : ofocouv (négatif)... 7uapa8sÍYfAaai, et 530 a :
7cpo6XÝ)[jLaoiv ápa. Cf. notre ouvrage : Le sens du platonisme, p. 121-124.
(23) L'utilité d'un tel appareil est proclamée dans le Timée, 40 d ; on en trouve
la description dans la République, X 616 c. Cf. P. -M. Schuhl, Autour du fuseau
d'Ananké, in La fabulation platonicienne, p. 82 sq. (2e éd., p. 71 sq.), et les études
suivantes.
Página 10
Ver en el PDF(se abre en una ventana nueva)commentateur ancien, le problème de l'astronome était posé par
Platon en ces termes : « Quels mouvements uniformes, circulaires,
ordonnés, faut-il supposer pour sauver les phénomènes, c'est-à-dire
rendre compte des apparences présentées à la vue par les astres
errants ? » (24). La science astronomique ne peut se contenter des
données sensibles, empiriques ; connaître scientifiquement le monde
sidéral et ses mouvements, c'est être capable de les reconstruire
idéalement, par la déduction et le calcul, à partir de notions bien
définies, de concepts mathématiques, comme ceux de mouvement
uniforme, de trajectoire circulaire, de distance et de vitesse mesur
ables.
Cette construction mathématique, si elle est concrétisable
dans un modèle mécanique, est avant tout un objet idéal pour
l'intelligence, et qui dépasse en beauté le ciel visible : « Ces broderies
qu'on voit dans le ciel, du moment qu'elles sont brodées dans du
visible, encore qu'il les faille considérer comme les plus belles et
les plus exactes en ce genre, sont bien en défaut à l'égard des
véritables, à l'égard des mouvements que définissent la vitesse
réelle et la grandeur réelle dans les nombres véritables et les
figures véritables, des rapports réciproques qui s'expriment dans
le visible, mais qui ne sont saisis que par le discours et l'ente
ndement, non par la vue » (25).
Ces considérations nous permettent de rectifier les vues de
Poincaré sur le rôle de l'astronomie dans la formation de l'esprit
scientifique : « C'est elle, disait-il, qui nous a fait une âme capable
de comprendre la nature » (26) ; en nous montrant que l'ordre
règne dans le ciel, elle nous a appris qu'il y a des lois qui régissent
les phénomènes. Mais il est prouvé, par le préjugé des astres
errants, que la régularité astronomique n'est pas donnée à l'obser
vation ; pour la découvrir, il faut vouloir la trouver. L'idée de loi
répond à une exigence rationnelle, imposée à l'observation empi
rique, loin d'être dérivée d'elle ; il n'y a pas de science sans une
tentative de reconstruction à partir d'hypothèses, sans recours à
des notions a priori. C'est ce que Platon veut mettre en lumière
par l'exemple de l'astronomie, science rationnelle qui ne peut se
contenter de l'observation ; il faut, dit-il hardiment, « prendre
congé des phénomènes » (27), se détourner momentanément de
(24) Simplicius, in Arist. de Caelo, II 12, p. 488, 23 et 493, 2 Heiberg.
(25) Platon, République, VII 529 cd.
(26) H. Poincaré, op. cit., p. 157.
(27) République, VII 530 b : та 8'èv тф oùpavtjS eáao[i.sv.
Página 11
Ver en el PDF(se abre en una ventana nueva)l'observation, si l'on veut définir dans leur vérité les mouvements
célestes. Après quoi, sans doute, il faudra revenir à l'observation,
confronter avec les apparences visibles les conséquences déduites
des hypothèses, les résultats du calcul ; c'est par l'accord des
observations avec les prévisions théoriques que se vérifient les
hypothèses, les principes d'un système astronomique ; ceux-ci
doivent être capables de « sauver les phénomènes », c'est-à-dire
d'en rendre compte exactement.
II
A. — Or, le plus souvent, ils n'en rendent compte qu'approximativement ; entre les prévisions théoriques et les observations,
il y a un écart. L'astronome veut ramener à des lois régulières
les mouvements des astres errants ; mais ceux-ci ne suivent jamais
exactement la loi ; ils présentent toujours des aberrations. De ces
aberrations, Platon, en philosophe, prenait aisément son parti ;
il estimait que le monde sensible ne peut être parfaitement
conforme aux exigences intelligibles ; il ne peut être totalement
affranchi du désordre et de l'imperfection (28). Au regard de
l'astronome, les aberrations ont une autre signification ; elles
dénotent une imperfection non de l'Univers sensible, mais de la
théorie, qui doit être complétée, perfectionnée. Parmi les aberrations
qui inquiétaient les astronomes de l'Antiquité, les plus remarquables
étaient les avances et retards de Vénus et de Mercure. Ces deux
planètes ne s'éloignent jamais beaucoup du Soleil ; leur révolution
zodiacale est d'environ un an, comme celle du Soleil ; mais, tour
à tour, elles le devancent ou elles sont devancées par lui, de sorte
que par moments elles semblent s'arrêter dans leur révolution ;
elles présentent des stations et des rétrogradations. Dans la cosmol
ogieencore rudimentaire du Timée, ces phénomènes sont attribués à
une « influence antagoniste » (29) ; mais, pour en rendre compte
(28) Ibid., 529 d, 530 b : II est aberrant (acTOîcov) de penser que des objets corporels
et visibles (стй[ла те Ixovxa xal ópcbfxeva) puissent se comporter toujours identiquement
et ne jamais présenter de déviation (yíyveaQoií те тосита àel сЬааитсос xal oàSa^fj oôSèv
TOxpaXXáTTeiv).
(29) Timée, 38 d : taoSpo^ov ÝjX£<p xóxXov Iovtocç, tt)v Se èvavTÎav eEX^x^xaç
аитф Stivajjuv. On remarquera que ces planètes que nous disons inférieures, en ce sens
qu'elles circulent selon nous entre la Terre et le Soleil, et que les Anciens appelaient les
lanciers (8opu<pópoi) ou satellites du Soleil, en ce sens qu'elles ne s'éloignent jamais de
lui, montent la garde auprès de lui, circulaient, à leurs yeux, au-delà du Soleil. Suivant
le Timée, 38 d et VEpinomis, 986 6-987 c, les orbites des planètes se rangent autour de
Página 12
Ver en el PDF(se abre en una ventana nueva)rationnellement, les astronomes ont dû compliquer le système
sidéral décrit dans le Timée, qui comptait en tout huit révolutions
s'efïectuant autour de la Terre, celles des sept planètes et de la
sphère des fixes ; elles formaient ainsi une octave, et les distances
des planètes étaient définies suivant des rapports correspondant
aux intervalles de la gamme ; c'est cette conception qui a été
désignée sous le nom d'harmonie des sphères (30). Or, pour rendre
compte des anomalies apparentes du mouvement des planètes
en général, Eudoxe, se conformant à la règle formulée par Pla
ton, ne voulut supposer que des révolutions autour d'un même
centre ; il fut amené de la sorte à multiplier le nombre des sphères
concentriques. De même que les mouvements apparents du Soleil
s'expliquent parla combinaison de la révolution diurne, équatoriale,
avec sa révolution propre sur le plan de l'écliptique, de même
les anomalies de la révolution zodiacale d'une planète pouvaient
s'expliquer par la combinaison de son mouvement selon le cercle
de l'écliptique avec la révolution de deux autres sphères, tournant
en sens inverse l'une de l'autre autour de deux axes perpendiculaires
entre eux. La composition de ces deux révolutions engendre pour
un point donné une oscillation suivant une courbe en forme de 8,
laquelle se projette sur la trajectoire zodiacale par une distorsion
intermittente, un rebroussement dont la sinuosité est désignée
sous le nom d'hippopède, celui de l'entrave mise aux pieds
d'un cheval (31).
Le système des sphères homocentriques se mouvant selon des
axes différents, inventé par Eudoxe, devait être perfectionné,
c'est-à-dire compliqué par son successeur Callippe. Au lieu des
huit orbes du Timée, Eudoxe avait supposé 27 sphères, sans
compter celle des étoiles fixes ; avec Callippe, le nombre en est
porté à 34 ; Aristote, qui adopte ce système, juge nécessaire d'intro
duireau niveau de chaque planète plusieurs sphères dites compens
atrices (áveXÍTTouCToci), destinées à redresser les distorsions imposées
à la trajectoire de la planète immédiatement supérieure, à rétablir
la Terre dans l'ordre suivant : la Lune, le Soleil, Vénus, Mercure, Mars, Jupiter, Saturne.
Ainsi Vénus et Mercure ont un rang inférieur parmi les « cinq étoiles », mais supérieur
relativement à la Lune et au Soleil.
(30) République, X 617 b ; cf. Timée, 36 d.
(31) Simplicius, in Arist. de Caelo, p. 492 Heiberg = Eudoxe, fr. 124, in F. Lasserre, Die Fragmente des Eudoxos von Knidos, p. 67-73 (texte et trad, all.), et comment
aire,
p. 198-205. Ces explications s'éclairent au moyen des figures 1, 2 et 3 empruntées
à E. Frank, op. laud., p. 343.
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Ver en el PDF(se abre en una ventana nueva)ainsi pour chaque planète les bases d'une révolution régulière sur
le plan de l'écliptique ; le nombre des sphères est ainsi porté à 56,
à l'exclusion toujours de la sphère des fixes (32). Cette multipli
cationdes sphères est apparemment due au fait que, dans l'esprit
d'Aristote, les révolutions uniformes, les trajectoires circulaires
Fig. 1. — Le mécanisme des sphères selon Eudoxe
Fig. 2. — Perspective de la trajectoire rebroussée (hippopède) d'une planète
Fig. 3. — Tracé de l'oscillation engendrant l'apparence de l'hippopède
superposées par les astronomes pour rendre compte des apparences
célestes, ne sont pas seulement des constructions géométriques ;
elles se concrétisent en des sphères transparentes, faites d'une
substance incorruptible, l'éther (33) ; elles sont imaginées comme
des sphères cristallines, emboîtées comme dans un planétaire ; et
c'est cette imagination qui conduit à rechercher par quel mécanisme
peut être rétabli au niveau de chaque planète un mouvement
(32) Aristote, Métaphysique, Л 8, 1073 b 17-1074 a 14. Un exposé simple et clair
de ce passage est donné par G. Reale, dans sa traduction avec commentaire de La
Metafisica, t. II, p. 295-296.
(33) Id., De Caelo, II 12, 292 b 4-8 : ехастттд Se a<patpa aéúfxá ti
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Ver en el PDF(se abre en una ventana nueva)conforme au plan de l'écliptique. Les figures géométriques ne sont
plus alors seulement des constructions imaginaires, un secours
apporté par l'imagination à l'exercice de l'entendement mathé
matique
(34) ; elles sont des entités qui s'imposent à la spéculation
cosmologique. La théorie, qui était une hypothèse explicative, est
devenue un dogme scientifique.
L'autorité d'Aristote a servi de caution au système des sphères
homocentriques ; elle a contribué à tenir en échec un système rival,
qui abandonnait le géocentrisme et mettait ainsi sur la voie de
l'héliocentrisme. Lorsqu'en effet la multiplication des sphères homoc
entriques
se fut avérée incapable de rendre compte exactement
des apparences, le système a été généralement perfectionné non
en supposant des mouvements dont la Terre ne serait pas le centre,
autrement dit par l'hypothèse de mouvements, à notre regard,
excentriques, mais par l'hypothèse des epicycles, c'est-à-dire en
supposant qu'une planète se meut autour de la Terre à la façon
dont, dans notre système, la Lune se meut autour du oleil, Sen
décrivant un cercle autour de la Terre elle-même en révolution
autour du Soleil. Dans cette complication du géocentrisme, chaque
planète décrit un cercle, appelé epicycle, autour d'un point qui
se meut circulairement autour de la Terre ; le cercle décrit autour
de la Terre par le centre de l'épicycle est appelé le déférent. Ainsi
était sauvé le principe du géocentrisme. La théorie des epicycles,
issue des travaux du géomètre Apollonius de Perga, célèbre par
son Traité des Coniques (35), sera élaborée par les astronomes
alexandrins, d'Hipparque à Ptolémée. Mais antérieurement, parmi
les successeurs de Platon, des tentatives s'étaient fait jour pour
rendre compte des apparences célestes par l'hypothèse de révolu
tions excentriques, du moins à nos yeux, en supposant des tra
jectoires
circulaires n'ayant pas pour centre la Terre ; elles avaient
conduit un astronome de la première moitié du nie siècle avant
notre ère, Aristarque de Samos, à l'hypothèse héliocentrique ; on
l'a appelé « le Copernic de l'Antiquité » (36).
B. — Aristote, dans son De Caelo, professe que la Terre est
immobile au centre du monde, et il défend cette doctrine contre
(34) Ce rôle auxiliaire est mis en lumière par Platon, République, VI 510 d-e.
Cf. Le sens du platonisme, p. 118-119.
(35) Cf. L. T. Heath, op. cit., p. 352, 376.
(36) Id., Aristarchus of Samos, the ancient Copernicus.
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Ver en el PDF(se abre en una ventana nueva)des adversaires qui contestaient à la fois son immobilité et sa
position centrale (37). Ces deux thèses cependant peuvent être
dissociées ; ainsi, dans le Timée de Platon, la Terre est située au
centre de l'Univers ; mais il semble que lui soit attribuée une
giration selon l'axe des pôles (38). D'ailleurs, quelque interpré
tationqu'on adopte de ce texte, il apparaît, par la seule inspection
d'un planétaire, d'un modèle mécanique du ciel, qu'il est équivalent
d'admettre une giration de la Terre sur son axe ou une révolution
de la sphère des fixes autour de la Terre immobile. Mais l'hypo
thèsede la giration était susceptible d'apporter une simplification
considérable dans le système des sphères homocentriques, et il
semble que cette hypothèse ait été admise, sinon par Platon
lui-même, du moins par ses successeurs immédiats, Philippe
d'Oponte, auteur présumé de YEpinomis, supplément aux Lois de
Platon, et Héraclide du Pont, dont nous allons reparler (39).
Cependant, au témoignage d'Aristote, d'autres obtenaient le
même résultat, l'explication du mouvement diurne, non par la
giration de la Terre, mais par sa révolution autour du centre de
l'Univers, à la manière d'une planète (40). Ceux-ci rejetaient non
seulement l'immobilité de la Terre, mais sa position centrale ; et à
l'objection que dans cette hypothèse, qui éloignait la Terre du
centre, les mêmes étoiles ne devraient pas nous apparaître toujours
sous le même angle, ils répondaient que, dans l'hypothèse même
de la position centrale de la Terre, l'observateur était déjà éloigné
(37) Aristote, De Caelo, II 14, 296 b 25-26 : outs xiveïxai out' èxxèç xeÎToa too [леогои.
(38) Timée, 40 b-c, évoqué in De Caelo, II 13, 293 b 30-32.
(39) Cf. Epinomis, 987 b, où le mouvement de la sphère des fixes, entraînant
dans sa révolution diurne toutes les planètes, est caractérisé comme une apparence
s'imposant aux regards des profanes (&ç ye ávBpcÍOToic çocîvoit' áv ôXiya toÚtwv eíSóaiv).
— Héraclide, au témoignage d'EusÈBE, Praep. evang., XV 58, 3 (Fr. 104 Wehrli),
donnait à la Terre un mouvement qui n'est pas un transport, mais une giration (où
pt7)v ys [летабогахйс, àXXà третспхйс); c'est dans cette hypothèse et en supposant le
ciel immobile (èv тф xévxptjj 8è oSoav xrjv "pjv xai xúxXt>> xivou[Aév/)v, tov Se oùpavov
rjpsfjieïv) que selon Simplicius, in Arist. de Caelo II 13, p. 519 Heiberg (fr. 106 Wehrli),
il expliquait le mouvement diurne. Mais cela n'empêchait pas Héraclide de raisonner
en d'autres cas dans une autre hypothèse (cf. ibid., II 14, p. 541 = fr. 107 Wehrli :
el 8è xúxXtji 7гер1 то xévTpov). En une autre occasion, Simplicius, in Arist. Phys. II 2,
p. 292 Diels (fr. 110 Wehrli), rapporte la réflexion de Geminus, selon laquelle l'astr
onomen'a pas à se prononcer sur ce qui est physiquement (<púosi) en mouvement ou en
repos, mais à formuler des hypothèses d'où se puissent déduire les mouvements
apparents.
(40) Aristote, De Caelo, II 13, 293 a 22-23 : ttjv 8è утр, Sv tôjv ácoTptov ouaocv,
хохХф <pepo(iév7)V 7repl тб (jiéoov vúxtoc те xocl rj^ipav 7coieïv. Cf. 14, 296 a 25-27,
où ces deux thèses (giration et révolution autour du centre) sont posées comme distinctes.
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Ver en el PDF(se abre en una ventana nueva)du centre, de la longueur du rayon terrestre, et qu'en toute hypo
thèse cette distance de l'observateur au centre était négligeable
en comparaison de la distance des étoiles (41). Ce système qui fait
graviter la Terre, comme les planètes, autour d'un foyer central,
est attribué par Aristote à « ceux d'Italie, qu'on appelle Pythagor
iciens» (42) ; la tradition en fait remonter l'invention à Philolaos,
un pythagoricien du milieu du ve siècle, de qui nous ont été
transmis des fragments suspects (43) ; il est d'ailleurs invraisem
blable
qu'un tel système, plus compliqué que celui du Timée, ait
été conçu antérieurement, et à une époque où les conditions d'une
représentation mathématique de l'Univers n'étaient pas encore
remplies (44).
Quoi qu'il en soit, ce système était répandu du temps d'Aristote,
parmi les successeurs de Platon. En rejetant le géocentrisme, il
devait conduire, avons-nous dit, à l'hypothèse héliocentrique. On
a prétendu parfois qu'un héliocentrisme partiel, qui maintenait
la Terre en giration sur son axe au centre de l'Univers, mais
faisait tourner Vénus et Mercure autour du Soleil, circulant luimême autour de la Terre, avait été conçu par Héraclide du Pont,
un disciple de Platon ; son système aurait été une anticipation,
sinon de Copernic, du moins de Tycho Brahé (45). Cependant,
l'attribution à Héraclide d'un tel système ne paraît pas solidement
fondée ; elle s'appuie sur un texte de Chalcidius, dans son comment
aire
du Timée, mais à la faveur d'une lecture inexacte, impliquant
un anachronisme (46). Un tel système, en effet, a pour base la
théorie mathématique des epicycles, établie seulement au siècle
suivant par Apollonius. Enfin, il est notoire qu'Héraclide n'était
pas un astronome, mais un polygraphe, un vulgarisateur, dont les
écrits, souvent en forme de dialogue, devaient rapporter les théories
astronomiques de son temps, en particulier le système pythagorique, combattu par Aristote, et défendu dans l'école de Platon.
Dans l'exposé de ce système, tel qu'il nous est rapporté par Aristote,
la révolution de la Terre autour du centre sert à rendre compte
(41) Ibid., 293 b 25-30.
(42) Ibid., 293 a 20-21 : oi reepl ttjv 'IxaXiav, xaXotS^svot Se Побосуорекн.
(43) Diels-Kranz, Vorsokratiker, 44 [32] A 16, 17.
(44) Cf. E. Frank, op. laud., p. 207.
(45) Cf. T. L. Heath, A manual of Greek mathematics, p. 186-187.
(46) Chalcidius, in Timaeum^ 110 = Héraclide, fr. 109, Wehrli. Cf. E. Frank,
op. laud., p. 211-215, et le commentaire de F. Wehrli, Die Schule des Aristoteles,
Texte und Kommentar, Heft VII, Herakleides Pontikos, p. 96-99.
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Ver en el PDF(se abre en una ventana nueva)du mouvement diurne apparent des étoiles ; elle s'accomplit en
un jour, et c'est parce que la Terre effectue dans le même temps
une rotation sur elle-même que nous n'apercevons jamais le feu
situé au centre de l'Univers (47) ; c'est pour une raison analogue
que, dans notre système, nous apercevons toujours la même face
de la Lune. Toutefois, les adeptes de ce système ont dû tenter,
au prix certes d'un important remaniement, d'utiliser la révolution
de la Terre autour du centre pour résoudre un problème toujours
épineux, pour rendre compte des anomalies de Vénus et de Mercure ;
et ce que l'on peut apercevoir dans les fragments astronomiques
d'Héraclide, c'est le principe de cette explication. En supposant
que du centre de l'Univers, le Soleil et Vénus, qui ont le même
temps de révolution, soient aperçus tous les deux dans la même
direction, ils apparaîtront au contraire sous un angle variable à
un observateur circulant lui aussi autour du centre, mais à une
distance intermédiaire entre le centre et le Soleil. Lorsque cet
observateur passera devant le Soleil et Vénus, c'est-à-dire quand
il franchira le rayon qui relie ces deux astres au centre, ceux-ci
échangeront à ses yeux leurs positions réciproques : la planète,
qui auparavant semblait, dans le sens du mouvement diurne,
précéder le Soleil, semblera au contraire le suivre (48). Tout ce
que nous trouvons dans les fragments d'Héraclide relativement
à ce problème se réduit à cette indication : les parallaxes de Vénus
et de Mercure ont leur principe dans la position excentrique de
l'observateur, dans le mouvement de la Terre circulant autour du
centre ; mais nous ne savons pas comment se faisait l'application
de ce principe. Dans un système qui avait abandonné le géocen
trisme, il restait à préciser à quelle distance du centre s'effectue
la révolution de la Terre, en quel temps elle s'accomplit, et à
examiner comment sa période devait être déphasée relativement
au Soleil pour produire à point nommé ces passages qui entraînent
pour l'observateur un renversement des apparences. Il se peut que
pour les astronomes « agéocentriques » ces questions soient demeur
ées
à l'état de problème, jusqu'au jour où l'un d'eux s'aperçut
(ce que nous pouvons voir par l'inspection d'une figure illustrant
le principe explicatif exposé par Héraclide) qu'une solution très
(47) Cette conséquence est impliquée dans les considérations relatives à l'Anti-Terre.
Cf. Diels-Kranz, Vorsokratiker, 44 [32] A 17, 58 [45] В 37 (I, p. 403, 30 ; 461, 43-44).
(48) Héraclide, fr. 107-110 Wehrli, et le commentaire ; cf. E. Frank, op. laud.,
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Ver en el PDF(se abre en una ventana nueva)simple y serait apportée en supposant que la Terre circule, non
autour du centre de l'Univers, mais autour du Soleil (49).
C. — Cette hypothèse a été émise dans l'Antiquité par Aristarque de Samos, un astronome du début du 111e siècle avant notre
ère ; il s'est aperçu que les anomalies dont l'explication était
Fig. 4. — La circulation de la Terre, T, autour du centre, X, permet de rendre
compte des déplacements apparents de Vénus et du Soleil, supposés situés sur un
même axe partant du centre. La difficulté est d'expliquer comment la Terre franchit
périodiquement cet axe tandis que le Soleil accomplit sa révolution annuelle. Une
solution simple est aperçue en supposant que la Terre parcourt le cercle pointillé
ayant pour centre le Soleil.
cherchée, suivant Héraclide, dans la circulation de la Terre,
s'expliquaient de la manière la plus aisée dans l'hypothèse où
elle circule autour du Soleil. Le système pythagorique, qui fait
circuler la Terre autour du feu central, a donc servi de transition
entre le système géocentrique et le système héliocentrique. C'est
ce que n'ont pas vu ceux qui ont attribué à Héraclide un système
qui anticipait celui de Tycho Brahé, et qui ne s'est constitué que
postérieurement, à titre de compromis entre le géocentrisme et
l'héliocentrisme. Le système d'Aristarque nous est décrit dans ses
(49) Voir E. Frank, ibid., et la figure de la p. 216, reproduite ici, fig. 4.
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Ver en el PDF(se abre en una ventana nueva)grandes lignes par Archimède, qui, sans l'accepter, en évoque, dans
un écrit célèbre, YArénaire, les hypothèses fondamentales : les
étoiles fixes et le Soleil demeurent immobiles ; la Terre accomplit
une révolution autour du Soleil, suivant un cercle qui a pour
centre le Soleil ; la sphère des étoiles fixes a également le Soleil
pour centre, et ses dimensions sont telles que l'orbite de la Terre
ou, si l'on préfère, la distance de celle-ci au Soleil, est négligeable
eu égard au rayon de la sphère céleste (50).
L'hypothèse héliocentrique, émise par Aristarque, souleva dans
l'Antiquité un étonnement et un scandale comparables à ceux
qu'elle devait provoquer dans les Temps modernes, quand elle
fut reprise par Copernic. Le système pythagorique, qui faisait
circuler la Terre, installait au centre de l'Univers le « foyer de Zeus »,
sacralisant ainsi la cosmologie ; l'héliocentrisme, au contraire, heurt
ait sans ménagement la vision géocentrique sur laquelle reposait
la conception anthropocentrique et l'image religieuse du monde.
Le philosophe stoïcien Cléanthe, qui dirigeait alors l'école fondée
par Zenon, le Portique, aurait voulu que fût intenté à l'astronome
un procès d'impiété, pour avoir remué le foyer de l'Univers,
c'est-à-dire attribué un mouvement de révolution à la Terre (51).
Mais la résistance au système héliocentrique venait aussi de milieux
scientifiques ; au regard du physicien, ôter la Terre de sa position
centrale, c'était renoncer à l'évidence de la pesanteur et aux
principes les mieux assurés de la dynamique du sens commun.
Restait certes la possibilité de tenir le mouvement de la Terre
pour une hypothèse, un présupposé cinématique, apportant une
simplification dans la théorie, dans la reconstruction des phéno
mènes. Mais si, dans cette hypothèse, l'explication était plus simple,
les constructions moins compliquées, les conclusions étaient aussi
moins précises et ne permettaient pas une vérification exacte ;
le mécanisme des sphères concentriques et des epicycles se prêtait
mieux au calcul, du moins aux moyens dont il disposait alors,
que la relativité des apparences issues de la position excentrique
d'un observateur en mouvement (52). Le compromis qui devait
être adopté, et qui évoque Tycho Brahé succédant à Copernic,
faisait graviter les planètes, du moins les plus proches, autour du
(50) Archimedis, Opera omnia, éd. Heiberg, II 218.
(51) Plutarque, De facie lunae 6, 3, p. 923 A = Arnim, Stoic, vet. fragm., I 500.
(52) Cf. P. Duhem, Le système du monde, t. I, p. 424-426.
T. XXIX. — 1976
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Ver en el PDF(se abre en una ventana nueva)Soleil, circulant lui-même autour de la Terre ; il pouvait donner
satisfaction à Cléanthe et à ceux qui pour des raisons théologiques
étaient attachés au géocentrisme ; dans l'explication des phéno
mènes, il recueillait la plupart des avantages de l'héliocentrisme ;
et pour en rendre compte exactement, il allait profiter des méthodes
mathématiques élaborées par Apollonius, fondateur de la théorie
des epicycles ; dans ce système, en effet, chaque planète décrivait
un epicycle ayant pour centre le Soleil, circulant sur un déférent
ayant pour centre la Terre. On s'explique donc que ce système,
attribué parfois hâtivement à Héraclide, ait laissé des traces dans
l'histoire de l'astronomie sous le nom de « système égyptien »,
sans doute parce qu'il fut inventé par les astronomes alexan
drins(53). Néanmoins ce système devait être rejeté par Hipparque,
convaincu d'ailleurs de l'insuffisance de toutes les explications du
mouvement des planètes. Aussi s'appliqua-t-il d'abord, en vue d'une
meilleure solution du problème, à recueillir des observations plus
précises, à l'aide d'instruments perfectionnés ; se détournant du
problème général des planètes, il s'attacha particulièrement à
déterminer avec exactitude les trajectoires du Soleil et de la Lune,
en considérant non seulement leurs positions sur la sphère céleste,
mais leur distance à la Terre, leur éloignement variable dénoté
par la variation de leur diamètre apparent. C'est en étudiant avec
précision la trajectoire du Soleil qu'il fut conduit, par la compar
aison de ses observations et de ses calculs avec ceux des astronomes
des siècles précédents, à une découverte capitale, celle de la préces
siondes equinoxes, effet du mouvement de nutation de l'axe
terrestre (54).
* **
C'est sur la base des observations recueillies par Hipparque et
ses successeurs que Ptolémée devait entreprendre, deux siècles
plus tard, son grand travail de systématisation consigné dans la
Syntaxis mathemaiica transmise par les Arabes sous le nom ď Aimageste. Il faisait apparaître l'équivalence de l'explication par les
(53) Cf. Théon de Smyrně, III 33, p. 87 Hiller (trad. fr. J. Dupuis, p. 301-303).
Suivant une distinction déjà signalée par Aristote, De Caelo, II 13, 293 b 4-8, la
Terre reste dans ce système le centre géométrique de l'Univers, auquel correspond
dans le corps humain l'ombilic, tandis que le centre vital en est le Soleil, autour duquel
tournent les planètes, et qui correspond au cœur.
(54) Cf. L. T. Heath, A manual of Greek mathematics, p. 395-397.
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Ver en el PDF(se abre en una ventana nueva)excentriques ou par les epicycles (55), mais ne réussissait pas à
rendre compte de toutes les anomalies. Ce sont ces aberrations,
ces écarts entre l'observation et les théories admises, qui devaient
conduire Copernic à reprendre l'hypothèse héliocentrique d'Aristarque, tandis que Tycho Brahé revint au système intermédiaire
issu des travaux d'Apollonius. La systématisation de l'héliocentrisme, opposable au système géocentrique de Ptolémée, fut réalisée
seulement par Kepler ; mais pour imposer le système héliocentrique,
pour réduire la résistance de ses adversaires, il fallut l'œuvre de
Galilée. Avec lui, les deux systèmes cessent d'être des hypothèses,
des suppositions théoriques, servant de principes à des constructions
également aptes à rendre compte des phénomènes, au moyen de
calculs plus ou moins compliqués ; avec lui, il faut opter, et le
savant ne peut refuser le système héliocentrique (56) ; ce qui
détermine son choix, ce ne sont pas tant les nouveautés que nous
découvre le télescope, la fameuse lunette de Galilée, que sa réforme
de la dynamique. Par sa nouvelle conception de l'inertie, selon
laquelle un corps ne peut, sans l'intervention d'une force, ralentir
son mouvement, pas plus qu'il ne peut de lui-même sortir du repos,
il ruinait les objections du sens commun et de la dynamique
aristotélicienne, dont la plus impressionnante était que, si un corps
est soulevé au-dessus de la Terre, il ne pourra, en raison du mou
vement
de celle-ci, retomber l'instant d'après au même point.
Galilée a montré qu'en pareil cas le corps soulevé au-dessus de la
Terre demeure dans son champ de gravitation, est entraîné dans
son mouvement (57). Ainsi le mouvement de la Terre s'accorde
parfaitement avec les observations concernant la chute des corps ;
ce n'est pas seulement une hypothèse astronomique, mais une
vérité physique (58).
Il faut se garder cependant d'en faire un dogme scientifique.
Il reste, en effet, que, du point de vue cinématique, le mouvement
est conçu comme purement relatif ; de ce point de vue, il est
(55) Cf. P. Duhem, op. cit., t. I, p. 434-441.
(56) Cf. M. Clavelin, Galilée et le refus de l'équivalence des hypothèses, in Galilée.
Aspects de sa vie et de son œuvre, p. 127-152.
(57) Cf. D. Dubarle, La méthode scientifique de Galilée. Galilée et la mécanique,
dans le même recueil, publié par le Centre international de Synthèse, p. 88-93, 259-264.
(58) Ce qui revient à rejeter la distinction établie par Geminus, ci-dessus n. 39.
L'interprétation « physique » et non purement « mathématique » de l'hypothèse
d'Aristarque aurait été adoptée dans l'Antiquité par Seleucus, au témoignage de
Plutarque, Platonicae quaestiones , 8.
Página 22
Ver en el PDF(se abre en una ventana nueva)indifférent que ce soit la Terre ou le Soleil qui se meuve ; le choix
entre les deux systèmes est imposé par des raisons tirées de l'expé
rience physique, et particulièrement de la physique terrestre, par
la considération de la pesanteur, que Newton devait étendre à
la physique céleste. Cette expérience, rationnellement interprét
ée,
nous conduit à tenir pour apparents les mouvements célestes
et à définir comme vrai le mouvement de la Terre. Mais cette
interprétation n'est possible qu'à partir de l'expérience des mou
vements
apparents, éprouvée par un observateur qui se considère
immobile ; sans cette référence à l'observateur, le mouvement ne
serait pas perçu géométriquement, comme déplacement dans
l'espace, mais ressenti comme changement pur ; et il n'y aurait
point de base à l'élaboration d'un système astronomique. De
l'expérience géocentrique, on s'élève à la représentation héliocentrique par une série d'opérations intellectuelles, comme on passe
de la notion du nombre entier à celle des nombres irrationnels,
imaginaires, transcendants, ou du tracé de la droite euclidienne
aux constructions des geometries non euclidiennes. Le point de
vue initial est dépassé, mais il ne peut être aboli. Le relativisme
nous délivre de la subjectivité ; en reconnaissant la relativité des
apparences visuelles, les effets de la perspective et du mouvement
de l'observateur, nous accédons, à travers la géométrie et la cin
ématique,
à une représentation objective du monde ; mais il est
impossible de rompre la relation de l'objet connu au sujet connais
sant,de tenir l'objet de la science pour la réalité absolue, de
regarder les phénomènes extérieurs comme des choses en soi.