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NAN Appius Claudius Caecus - Chapitre 12. Espace
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cosmique de la Cité - Publications de l'École française de Rome 14-04-16
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Appius Claudius Caecus | Michel Humm
Chapitre 12.
Espace et temps civiques au ...on cosmique de la Cité - Publications de
l'École française de Rome
Texte intégral
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Publications
de l’École
française
de Rome
Appius Claudius Caecus | Michel Humm
Chapitre 12.
Espace et temps
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civiques au
Comitium : une
représentation
cosmique de la
Cité
p. 601-638
Texte intégral
1. – LES COMICES TRIBUTES ET LA
FONCTION SYMBOLIQUE DU COMITIUM
Les lieux de réunion des comices tributes
1
La réforme des tribus d’Appius Claudius affecta
considérablement le fonctionnement de l’assemblée tribute,
et fut très probablement à l’origine de la création des
comices tributes. Étant donné que toutes les assemblées du
peuple avaient à Rome un lieu de réunion précis, consacré
par l’usage, mais aussi déterminé par des critères religieux,
cette règle devait également s’appliquer à l’assemblée
tribute nouvellement créée par le censeur de 312.
Cependant, vers la fin de la République, les comices tributes
connaissaient plusieurs lieux de réunion habituels :
traditionnellement, l’assemblée des tribus se réunissait au
Forum, dans ou à côté du Comitium, car c’est là que se
trouvaient les Rostres, la tribune des orateurs; plus tard, les
orateurs et les magistrats utilisèrent comme tribune les
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gradins du temple de Castor et Pollux; mais il arrivait
également à cette assemblée de se réunir sur le Capitole,
dans l’enceinte du temple de Jupiter Capitolin, ou encore au
Cirque Flaminius; enfin, à partir de la fin du IIe siècle, c’est
au Champ de Mars qu’avaient lieu les élections de
l’assemblée tribute, sans doute pour des raisons de place1.
Toutefois, jusque vers le milieu du IIe siècle, le lieu officiel et
habituel de réunion de cette assemblée a été le Comitium.
Il semble bien que le Comitium ait constitué le lieu de
réunion primitif de l’assemblée tribute, comme le suggère le
témoignage de Tite-Live sur la réforme des tribus d’Appius
Claudius : en réparaissant les humiles dans toutes les
tribus, celui-ci forum et campum corrupit, et permit la
montée en puissance de la forensis factio. Nous avons vu
que la métaphore forum et campum est apparemment
d’inspiration
cicéronienne,
et
qu’elle
désigne
respectivement les comices tributes et les comices
centuriates2. L. Ross Taylor a souligné que Tite-Live
emploie habituellement le mot forum pour désigner aussi
bien le Comitium que les comices tributes3. De son côté, C.
Nicolet avait remarqué que la forensis factio ne peut que
désigner, de façon certes dépréciative, l’assemblée qui se
réunit au Forum, ou au Comitium, c’est-à-dire l’assemblée
tribute : et comme les humiles qui la composent, ou qui en
constituent le groupe majoritaire, y ont été placés par
Appius Claudius à la suite de sa réforme des tribus, cette
assemblée tribute ne peut être que les comices tributes, et
non le concile de la plèbe.
Le Comitium est un templum
3
Le choix du Comitium comme lieu de réunion privilégié de
l’assemblée tribute ne s’explique pas nécessairement par
l’ancienneté de la tradition, puisque les comices tributes
sont de création relativement récente, mais par la
dimension sacrée de cette place : des comices devaient en
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effet obligatoirement se tenir dans un espace inauguré, sans
doute afin d’obtenir l’accord des dieux pour les décisions
qui engageaient la communauté civique, et le Comitium
était, probablement depuis ses origines, un templum. Cette
hypothèse déjà ancienne, réaffirmée avec force par les
études de F. Coarelli sur le Comitium et aujourd’hui
pratiquement admise par tous, a été récemment contestée
par certains historiens4. L’inscription archaïque du Lapis
Niger pourrait cependant confirmer l’interprétation
traditionnelle qui voit dans le Comitium un templum. Pour
R. E. A. Palmer et F. Coarelli, les derniers mots qui figurent
sur la quatrième face de l’inscription archaïque du Lapis
Niger devraient se lire : iousdik]iod iouestod loiuquiod
qu[omiti-], où il faudrait reconnaître le mot Comitium5.
Cette restitution reste toutefois très conjecturale et ne rend
pas le sens très clair (iusto iudicio luco comitio ?), mais R.
Wachter proposa récemment de reconnaître dans le
mystérieux loiuquiod le mot licium fréquemment utilisé
dans le vocabulaire comitial le plus ancien : dans les
formules de convocation d’une assemblée du peuple que
Varron a trouvées dans les tabulae censoriae, dans les
commentarii consulares et dans un commentarium vetus
anquisitionis, figurent les expressions vocare in licium ou
ire in licium6. Or, J. Vaahtera a montré que le licium
désigne un locus licio saeptus, c’est-à-dire un locus
inauguratus, donc un templum (de même que les Saepta,
sur le Champ de Mars, constituaient un templum)7. D’après
la définition donnée par Festus, un templum est un espace
déterminé par les augures (locus effatus), ou enclos
(saeptus) de telle manière qu’il soit ouvert sur un côté et
qu’il ait les angles fixés en terre : il s’agit donc bien d’un
espace quadrangulaire8. Or, Cicéron utilise précisément le
verbe saepsit pour évoquer la fondation du Comitium et de
la Curie par Tullus Hostilius, et la Curie était
incontestablement un templum9.
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Si rinterprétation de R. Wachter est juste, cela prouverait
que, dès le milieu du VIe siècle, le Comitium constituait un
espace inauguré pour accueillir des assemblées du peuple10.
Celles-ci, semble-t-il, ne pouvaient être convoquées et
réunies pour voter que dans un espace consacré par les
augures, et le témoignage convergent des sources fait bien
du Comitium un templum11 ; plusieurs senatus consulta ont
même été décidés in comitio, alors même que le Sénat ne
pouvait être convoqué que dans un templum12. En ce sens,
la légende de l’augure Attus Navius, dont la statue se
dressait à côté du puteal, près du tribunal comitial, a pu
servir de mythe fondateur pour expliquer la nature
religieuse particulière du Comitium13. Enfin, selon un bon
nombre d’auteurs, la forme quadrangulaire des premières
phases du Comitium, dont les côtés correspondaient aux
quatre points cardinaux, prouverait que celui-ci était bien
un templum, c’est-à-dire un espace inauguré par les
augures selon les règles de la prise des auspices14.
L’ancienneté du Comitium comme lieu de réunion
publique
5
L’étymologie de comitium évoque clairement le
rassemblement des personnes, et Varron l’associait
précisément à la réunion des comices curiates et des
assemblées judiciaires15. L’archéologie semble en fait
pouvoir confirmer l’utilisation primitive du Comitium
comme lieu de rassemblement pour les assemblées du
peuple. Le Comitium est en effet l’un des plus anciens lieux
de réunion à Rome, sans qu’il soit pour autant nécessaire de
le faire remonter aux temps mythiques de Romulus et de
Titus Tatius : son étude stratigraphique a montré que son
premier pavement est contemporain de l’assèchement de la
plaine du Forum et de l’aménagement de son premier sol en
dur (en terre battue), dans le dernier quart du VIIe siècle
avant J.-C.16 De la même époque datent une série de tuiles
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archaïques retrouvées à l’emplacement de la curia Hostilia
et qui ne peuvent provenir que d’un bâtiment public :
l’ensemble Comitium-Curie semble en fait aussi ancien que
l’existence d’une cité politiquement structurée à Rome17.
Dans l’enceinte du Comitium, et appartenant à son
deuxième pavement (milieu du VIe siècle), se trouve le cippe
du Lapis Niger, dont l’inscription pourrait être une lex
sacra contenant un certain nombre de prescriptions liées à
l’utilisation du site comme lieu de réunion par les comices
curiates (ou calates)18. L’inscription, qui daterait du milieu
du VIe siècle et qui remonte par conséquent pratiquement
aux origines de l’aménagement du Comitium, évoque le mot
rex (recei) ainsi qu’un calator (calatorem)19 : ce dernier
pourrait précisément avoir été l’appariteur chargé de
convoquer (calare) les comices (curiates ou calates), peutêtre dans le cadre d’une cérémonie politico-religieuse qui
sera poursuivie à l’époque républicaine par le rex sacrorum
et qui figure dans le calendrier romain archaïque par les
lettres Q.R.C.F. (quando rex comitiavit fas)20. Par ailleurs,
un fragment de céramique à figure noire, qui représente
l’arrivée d’Héphaistos à l’Olympe et qui date de la même
époque que l’inscription archaïque, a permis à F. Coarelli
d’identifier l’autel archaïque qui se trouve à côté du Lapis
Niger avec le Volcanal, le sanctuaire du Comitium21 : or à
trois reprises, Denys d’Halicarnasse mentionne la tenue des
comices dans le Volcanal22. Le Comitium était aussi un lieu
de mémoire : le sixième pavement du Forum aménagé à
l’époque de Sylla a complètement détruit et recouvert le
Comitium républicain (le cippe archaïque fut alors coupé),
mais l’emplacement du Volcanal et de l’inscription fut
marqué dans le nouveau dallage par du marbre noir (lapis
niger), qui indiquait le lieu funeste où le corps de Romulus
aurait été mis en pièces par les sénateurs23.
L’ancienneté et l’importance symbolique de ce monument
empêchaient par conséquent qu’il ait pu être abandonné,
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même si les comices curiates pour lesquels il semble avoir
été conçu ont considérablement perdu en importance, sans
jamais toutefois disparaître complètement, à partir du
moment où sont apparus les comices par tribus. Et de fait,
non seulement le Comitium ne fut pas abandonné, mais il
s’agrandit et se transforma, et l’ensemble Comitium-Curie
servit de modèle architectural à l’aménagement des forums
dans les colonies que fondait Rome. La question est de
savoir si les transformations morphologiques du Comitium
à l’époque médio-républicaine peuvent être liées au
changement fonctionnel intervenu avec la création des
comices tributes, et si la présence de cette assemblée a
modifié la fonction de cet espace monumental.
La fonction symbolique du Comitium à l’époque
républicaine tardive
7
La réunion de l’assemblée tribute dans le Comitium pose en
fait un grave problème matériel : quelles que fussent les
dimensions de l’édifice (à l’époque archaïque, environ 40 m
x 40 m, soit 120 pieds carrés), celui-ci ne pouvait
certainement pas contenir l’ensemble des citoyens qui se
rendaient aux comices tributes, d’autant que leurs jours de
réunion (dies comitiales) coïncidaient, à l’origine du moins,
avec les nundines, c’est-à-dire avec les jours de marché24 :
autant dire que l’affluence devait être importante. D’autre
part, nous savons qu’en 145, le tribun C. Licinius Crassus
fut le premier à faire voter le peuple sur le Forum plutôt que
dans le Comitium :
– Varr., Res rusticae, I, 2, 9 :
(…) C. Licinius, tr. pl. cum esset, post reges exactos annis
CCCLXV primus populum ad leges accipiendas in Septem
iugera forensia e comitio eduxit.
« C. Licinius, alors qu’il était tribun de la plèbe, fut le
premier, 365 ans après l’expulsion des rois, à conduire le
peuple, pour lui faire accepter des lois, du Comitium dans
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les sept jugères du Forum ».
– Cic, De amicitia, 96 :
(…) is [sc. C. Licinius Crassus] primus instituit in forum
versus agere cum populo.
« Le premier, celui-ci [sc. C. Licinius Crassus] institua la
tradition d’interroger le peuple en se tournant vers le
Forum ».
8
Ces témoignages, pourtant très clairs, ont été rendus confus
par une glose de Plutarque, qui prétendit que C. Gracchus
aurait été le premier à avoir prononcé un discours public,
non pas en direction du Sénat et du Comitium, mais en
direction du peuple réuni sur le Forum, ce qui lui aurait
permis de modifier le caractère « aristocratique » de la
« constitution » romaine pour la transformer en
« démocratie » : on en a déduit que ce changement
d’orientation dans l’attitude des orateurs remontait en
réalité à l’innovation introduite en 145 par C. Licinius
Crassus25. Mais L. Ross Taylor a montré que ce passage de
Plutarque est rempli de confusions et d’erreurs, et ne peut
en aucun cas remettre en cause les témoignages explicites
de Varron et de Cicéron (qui dépendent sans doute de
Licinius Macer) sur l’innovation introduite en 145 par C.
Licinius Crassus26. Ces témoignages reposent sur l’emploi
de formules techniques au sens indiscutable : agere cum
populo signifie poser au peuple une question (rogatio) à
laquelle il devait répondre par son vote (suffragium);
accipere leges signifie donner à une rogatio force de loi par
un vote favorable27. Autrement dit, C. Licinius Crassus ne
fut pas le premier à adresser un discours public au peuple
en étant tourné vers le Forum plutôt que vers la Curie, mais
il fut le premier à faire voter le peuple sur le Forum (in
septem iugera forensia ou in forum) plutôt qu’au
Comitium (e comitio), ce qui signifie clairement que jusqu’à
cette date, les opérations de vote se déroulaient à l’intérieur
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de cet édifice.
Mais cela ne signifie pas que le peuple se réunissait
auparavant à l’intérieur pour écouter les orateurs ou les
magistrats lui parler : un magistrat ne tenait des comices
que pour agere cum populo, ou accipere leges; les discours
et les débats qui précédaient généralement le recours au
vote (suffragium) n’avaient pas leur place dans les comices,
mais dans la contio qui devait les précéder28. Celle-ci
pouvait a priori se dérouler n’importe où, même si elle se
tenait généralement sur le Forum, du moins depuis qu’en
338 au moins, l’existence d’une tribune pour les orateurs y
est attestée29. Autrement dit, le Comitium n’était
nécessaire, du moins jusqu’en 145, que pour accueillir les
opérations de vote, et les tribus devaient y être introduites
l’une après l’autre (uno vocatu), selon la procédure établie
par P. Fraccaro et comme le suggèrent d’ailleurs les
dimensions de l’édifice30. Par contre, les condones
pouvaient très bien se dérouler sur le Forum, où il devait y
avoir, au moins à l’origine, suffisamment d’espace pour
rassembler la foule des tribules venus écouter les orateurs
ou les magistrats (il est d’ailleurs difficile d’imaginer,
comme le fit Th. Mommsen, que ceux-ci aient pu s’adresser,
du haut des Rostres, au peuple réuni sur le Forum tout en
lui tournant le dos pour faire face à la Curie).
Un passage assez méconnu de Tite-Live, et qui de plus se
rapporte à un épisode contemporain d’Appius Claudius,
montre précisément comment se déroulaient les deux
séquences successives : en 295, le consul Q. Fabius
Rullianus présida une contio et fit lire publiquement une
lettre envoyée d’Étrurie par le préteur Appius Claudius,
« avant qu’on appelât les tribus à l’intérieur pour voter »
(priusquam intro vocarentur ad suffragium tribus)31. La
contio s’est apparemment déroulée sur le Forum et le
consul s’est probablement tenu sur les Rostres, d’où la
lettre d’Appius Claudius a été lue, pendant que les citoyens
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étaient rassemblés sur la place, avant d’être appelés à voter
par tribus « à l’intérieur » du Comitium pour les comices32.
A l’issue de la contio, Q. Fabius s’est vu entouré d’une foule
confuse de volontaires prêts à répondre à son appel pour
s’enrôler dans les légions : qua circumfusus turba (X, 25,
2). L’expression rappelle clairement la turba forensis
évoquée par Tite-Live à propos des humiles ou des
humillimi inscrits pour la première fois dans les tribus par
Appius Claudius : lors des contiones qui précédaient les
comices tributes, le rassemblement sur le Forum (devant le
Comitium) de la foule des tribules amassés toutes classes
censitaires confondues, présentait manifestement à la fin
du IVe siècle un aspect inhabituel et désordonné qui
contrastait avec la tenue des comices centuriates, qui
réunissaient le populus integer, c’est-à-dire le peuple
« intègre » parce que rangé en bon ordre, par classes et par
centuries, dans les enclos (saepta) du Champ de Mars.
L’expression turba forensis peut aussi révéler un
changement (ou une innovation) par rapport à la période
antérieure : alors que jusque-là, le peuple des Quirites se
réunissait par curies à l’intérieur du Comitium, à partir de
312, la foule désordonnée et bien plus nombreuse de tous
les tribules devait se réunir sur la place du Forum, ce qui
serait encore un indice supplémentaire confirmant la
création des comices tributes à la suite de la réforme
d’Appius Claudius (car si à partir de 312, tous les citoyens
savaient dans quelle tribu ils avaient été inscrits par les
censeurs, auparavant, tous ne connaissaient pas leur curie,
ou même, parmi les nouveaux citoyens, n’avaient pas pu
avoir été rattachés à l’une d’elles33). Si cette reconstitution
est exacte, à l’époque républicaine, le Comitium, en tant que
lieu de réunion de l’ensemble des citoyens, n’aurait plus eu
qu’une fonction symbolique exercée au moment du vote.
Celle-ci serait apparue à partir du moment où la masse des
citoyens rassemblés a dépassé les capacités de contenance
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de l’édifice, c’est-à-dire au moment de la création des
comices tributes. Cette fonction symbolique ne serait donc
pas originelle, puisqu’à l’origine le Comitium était un
édifice qui devait réellement rassembler en son sein
l’ensemble du peuple des Quirites34. Dès lors, on peut se
demander dans quelle mesure sa réduction à un rôle
essentiellement symbolique n’aurait pas trouvé une
traduction architecturale identifiable parmi les nombreuses
phases de construction que l’étude statigraphique et
archéologique du Comitium a révélées.
2 – LE NOUVEAU COMITIUM ET LA
RÉORGANISATION DE L’ESPACE
CIVIQUE
L’adoption de la forme circulaire du Comitium
12
Le Comitium du Forum romain a connu deux grandes
phases édilitaires : une phase ancienne (ou archaïque) dans
laquelle cette place avait une forme quadrangulaire, plus ou
moins orientée selon les points cardinaux, et une phase plus
récente dans laquelle la place avait une forme
rigoureusement circulaire (fig. 9)35. L’étude stratigraphique
a permis de reconstituer dans ses grandes lignes la
chronologie des différentes phases monumentales du
Comitium, qui s’échelonnent du dernier quart du VIIe siècle
à l’époque augustéenne dans une succession de huit
niveaux de circulation (ou « pavements »)36. Le quatrième
niveau, qui correspond à un sensible agrandissement de la
place (encore quadrangulaire), avec l’aménagement de
gradins et le rehaussement d’une tribune au sud que l’on
identifie aux Rostres, a pu être datée avec vraisemblance
par F. Coarelli des travaux menés en 338 par C. Maenius,
lors de l’installation de la columna Maenia et de
l’exposition des éperons des navires antiates sur la tribune
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des orateurs37. C’est avec le cinquième niveau de pavement
que le Comitium adopta une forme circulaire, mais l’étude
strictement archéologique des rares vestiges disponibles ne
permet pas d’en préciser la chronologie exacte, en-dehors
d’une fourchette qui s’étend de la fin du IVe siècle (338
constituant un terminus post quem) à l’époque de Sylla
(lorsque la vieille curia Hostilia fut détruite pour être
remplacée par la curia Cornelia, plus grande, ce qui
entraîna la destruction des cornua comitii et l’enlèvement
des statues de Pythagore et d’Alcibiade dont nous avons
parlé)38.
Fig. 9 – Proposition de reconstruction du Comitium
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républicain par F. Coarelli avec les lignes de mire
permettant à l’accensus d’observer la position du soleil à
midi et le soir (F. Coarelli, Il Foro romano, I, p. 139).
13
14
De nombreuses hypothèses ont été échafaudées pour tenter
de dater avec plus de précision l’adoption de la forme
circulaire du Comitium. En général, celle-ci est datée du
IIIe, voire du IIe ou même du début du Ier siècle, car on
estime, à juste titre, que la forme circulaire se réfère au
modèle grec des ecclesiasteria, mais que l’art romain n’a pu
être influencé que tardivement dans ses formes
architecturales par l’hellénisme39. C’est oublier toutefois
que l’hellénisme était présent en Italie depuis l’époque
archaïque, et que les contacts politiques et culturels entre
Rome et la Grande-Grèce se sont développés dès la
conquête de la Campanie et les guerres samnites, donc à
partir de la deuxième moitié du IVe siècle40. D’autre part, la
question ne concerne pas seulement le problème de la
datation de la forme circulaire, mais aussi les raisons qui
ont pu pousser à une modification architecturale aussi
fondamentale : si le Comitium quadrangulaire archaïque
correspondait bien à l’espace consacré d’un templum, son
abandon et son remplacement par un monument de forme
circulaire (même si sa vocation sacrée était peut-être
préservée par l’alignement rectiligne de puits votifs)
supposent une profonde transformation des fonctions de
cet édifice, et celle-ci devrait se placer à un moment
déterminé dans l’histoire politique et institutionnelle de la
République romaine.
La question de la datation du Comitium circulaire a été
reprise par F. Coarelli qui a rassemblé et utilisé l’ensemble
des témoignages archéologiques et littéraires aujourd’hui
disponibles41. Le point de départ de sa réflexion s’appuie
sur l’idée que la forme circulaire du Comitium romain
s’inspire directement de celle des ecclesiasteria de Grande-
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Grèce et de Sicile (Agrigente, Métaponte, Poséidonia) et que
les comitia circulaires des colonies latines n’ont pas servi
d’intermédiaires, mais dérivent eux-mêmes du modèle
romain (fig. 10)42. Toutefois, l’archéologue italien a
longtemps hésité et a changé plusieurs fois d’opinion sur les
raisons qui ont amené les Romains à transformer de façon
aussi importante la structure de leur Comitium, ce qui l’a
amené à proposer successivement deux périodes différentes
pour dater ces travaux. Dans un premier temps, il a daté la
forme circulaire du Comitium des années « intorno al
300 », et plus précisément des années 293-290, en
s’appuyant sur la mention plinienne de l’installation, au
cours des guerres samnites, des statues de Pythagore et
d’Alcibiade in comibus comitii : comme les cornua sont un
terme emprunté à l’architecture des théâtres et désignent
l’extrémité de gradins en arc de cercle43, il en avait conclu
que le Comitium était devenu circulaire avant la fin des
guerres samnites44. Mais F. Coarelli préfèra ensuite placer
cette transformation au début de la première guerre
punique, lorsque M’. Valerius Messala installa sur le
Comitium un cadran solaire ramené de Catane : selon lui,
cet instrument aurait mis fin à l’utilisation du Comitium,
orienté d’après les points cardinaux, comme horologium
naturel, et entraîna le passage de la forme quadrangulaire à
la forme circulaire, sur le modèle de l’ecclesiasterion
d’Agrigente45.
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Fig. 10 – Ecclesiasteria grecs et comitia romains d’après la
documentation archéologique : 1. Paestum; 2. Agrigente; 3.
Alba Fucens; 4. Cosa; 5. Samothrace. (C. Krause, dans
MDAI(R), 83, 1976, p. 55, fig. 5).
15
Mais il semble a priori difficile d’admettre que le Comitium
ait ubi une transformation aussi fondamentale, en
abandonnant l’ancien lan quadrangulaire pour un nouveau
plan de forme circulaire, implement parce qu’un consul
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avait ramené un cadran solaire dans on butin. Certes, on
peut estimer, avec M. Torelli, que l’installation sur le
Comitium romain de l’horologium de Catane constitue un
terminus ante quem, et que c’est parce que ce monument
avait depuis peu adopté une forme circulaire qu’il fallut
ensuite l’équiper d’un cadran solaire : M. Torelli daterait
ainsi la cinquième phase du Comitium des années
immédiatement antérieures à 263, et l’attribuerait par
exemple à la deuxième censure de C. Marcius Censorinus
en 26546. Mais le même archéologue admet par ailleurs que
cet horologium ne pouvait pas fonctionner à Rome car il
était adapté à la latitude de Catane47 : son installation sur le
Comitium devait par conséquent avoir une fonction
davantage symbolique qu’utilitaire (il s’agissait d’un
élément du butin de guerre exposé en trophée de victoire,
comme le furent les rostres des navires antiates), ce qui
affaiblit l’argumentation de F. Coarelli en faveur d’un
rapport entre cette installation et la transformation du
monument. D’autre part, une étude attentive des plans du
Comitium publiés par F. Coarelli ne permet pas d’affirmer,
comme il fait, que l’adoption du plan circulaire a provoqué
un changement d’orientation de son axe tel que son
utilisation comme horologium naturel en aurait été rendue
impossible : si l’orientation du plan qu’il a publié est exacte,
l’axe du Comitium circulaire, déterminé par la position de
la Curie, serait encore davantage en concordance avec les
points cardinaux que l’ancienne forme quadrangulaire (cf.
supra fig. 9).
La nouvelle chronologie proposée par F. Coarelli pour dater
la cinquième phase du Comitium se heurte à un autre
obstacle : plusieurs colonies fondées par Rome à partir de la
fin du IVe siècle possèdent un comitium avec une cavea
circulaire. Ces colonies étant conçues comme des
reproductions miniatures de leur métropole, la forme
circulaire des gradins de leurs comitia ne pouvait être
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qu’une imitation de celle qui devait déjà exister à Rome48.
Les similitudes entre le modèle urbain de Rome et celui de
ses colonies ne se limitent d’ailleurs pas seulement à la
forme du comitium : à Cosa et à Paestum, on a retrouvé un
bâtiment mitoyen construit avec de gros blocs de pierre en
opus quadratum et qui ne peut être rien d’autre que le
carcer (confirmant ainsi l’étroite connexion entre le
comitium et le carcer)49 ; à Paestum et à Alba Fucens, on a
retrouvé la statue de Marsyas qui était l’un des éléments
décoratifs et symboliques du Comitium du Forum Romain
(pl. IX et pl. X, a, b et c)50 ; dans tous les cas, un bâtiment
contigu au comitium et légèrement surélevé en constitue
l’axe central et représente la curie, exactement à l’image de
la curia Hostilia à Rome (fig. 11 et 12)51. Il semble par
conséquent exclu, contrairement à ce qui a été soutenu par
certains, que le modèle hellénique de la forme circulaire ait
pu atteindre Rome au travers de ses colonies52. Autrement
dit, les dates de construction des comitia circulaires dans
les colonies constituent un terminus ante quem
incontournable pour la cinquième phase du Comitium
romain et l’adoption de la forme circulaire de ce
monument. Or, l’archéologie permet aujourd’hui de mieux
dater la construction des comitia dans ces colonies.
Les colonies pour lesquelles l’existence d’un comitium
circulaire est attestée sont Cosa (fondée en 273), Paestum
(en 273), Alba Fucens (en 303), et Frégelles (en 328). À
chaque fois, il s’agit d’un comitium qui possède des gradins
circulaires inscrits dans une structure quadrangulaire, dont
l’axe est représenté par un bâtiment contigu qui est
interprété comme la curie (fig. 11 et 12). Certes, la forme
circulaire n’est pas nécessairement contemporaine de la
déduction de la colonie, comme c’est le cas à Frégelles où le
comitium circulaire daterait en fait du IIe siècle av. J.-C. et
recouvrirait peut-être les structures antérieures d’un
comitium quadrangulaire53 : or, si son premier comitium
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datait de la fondation de la colonie, cela pourrait signifier
qu’en 328 la forme circulaire n’existait pas encore à Rome
(ce qui constituerait un nouveau terminus post quem pour
la cinquième phase du Comitium). Mais dans les trois
autres cas, les fouilles n’ont révélé l’existence d’aucun état
antérieur : les comitia circulaires y sont bien les seuls à
avoir été construits dans ces colonies, et tout laisse à penser
qu’ils furent édifiés au moment-même de la fondation de la
colonie, ou immédiatement après54. Car si le comitium
assurait bien, dans ces colonies comme à Rome, une
fonction symbolique de représentation du pouvoir, mais
aussi de « centre » de l’espace politique de la cité, il semble
difficile de croire qu’il ait pu être construit bien après la
date de leur fondation : la construction d’un ensemble
monumental Curie-Comitium pourrait même avoir été
expressément prescrite par le Sénat au moment de la
déduction d’une colonie55.
Fig. 11 – Comitium et Curie à Cosa : restitution proposée
par F. E. Brown. (F. E. Brown, Cosa. The Making of a
Roman Town, fig. 23).
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Fig. 12 – Comitium et Curie à Paestum : restitution
proposée par E. Greco et D. Theodorescu (E. Greco et D.
Theodorescu, Poseidonia-Paestum, III, fig.42).
18
Les deux exemples les plus tardifs, Paestum et Cosa, datent
de 273 et sont donc de 10 ans antérieurs à l’introduction à
Rome du cadran solaire de Catane par M’. Valerius
Messala : 263 peut par conséquent très difficilement être un
terminus post quem pour l’adoption de la forme circulaire
du Comitium sur le Forum Romain. Or justement, des
découvertes archéologiques et des études stratigraphiques
ont récemment pu montrer que l’ancien ecclesiasterion de
Poséidonia avait été détruit au moment de la déduction de
la colonie latine, en 273, et qu’un comitium, sur le modèle
de celui de Rome, avait été aussitôt construit56. De même,
une récente reprise en considération du matériel
archéologique mis à jour au moment des fouilles d’Alba
Fucens ont permis d’établir que le comitium y avait été
construit dans les premières années qui ont suivi la
déduction de cette colonie, à l’extrême fin du IVe siècle57. Là
encore, le comitium circulaire n’a pu que suivre le modèle
de celui qui devait alors déjà exister à Rome.
Aedicula Concordiae in Graecostasi, statue de
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Pythagore in cornibus comitii et forme circulaire :
concordances chronologiques et culturelles
19
20
La déduction de la colonie d’Alba Fucens datant de 303, et
même en admettant qu’on ait attendu la fin des guerres
samnites pour commencer à y construire temples et
monuments publics, si le modèle du comitium est celui de
Rome, celui-ci ne peut dater que de la fin du IVe siècle. La
construction de la cinquième phase du Comitium du Forum
Romain et l’adoption de la forme circulaire doivent par
conséquent être comprises entre 338, date de la
réorganisation monumentale opérée par C. Maenius (voire
328, date de la fondation de la colonie de Frégelles, dont le
premier comitium ne semble pas encore avoir été
circulaire), et 303, date de la fondation de la colonie d’Alba
Fucens. On a suffisamment répété que le modèle d’origine
du comitium circulaire devait être grec, et on a cité les
exemples des ecclesiasteria de Samothrace, d’Agrigente, de
Métaponte et de Poséidonia, sans compter la Pnyx
d’Athènes58. Or, en dehors de sa forme, plusieurs autres
éléments du Comitium du Forum Romain sont clairement
des emprunts ou des références à la culture hellénique, et
sont précisément datables des dernières années du IVe
siècle.
Parmi ces éléments, et quelle que soit l’interprétation qu’on
en propose, il y a d’abord les statues de Pythagore et
d’Alcibiade, placées in cornibus comitii à l’époque des
guerres samnites : qu’il s’agisse de copies romaines ou
d’originaux grecs importés par les Romains, le caractère
hellénique de ces statues est incontestable et associe Rome
à la culture (politique et philosophique) de la Grande-Grèce
et d’Athènes. Ce ne furent d’ailleurs pas les seules statues
alors installées au Comitium et dont l’inspiration hellénique
est évidente : la statue de Marsyas (pl. IX; pl. X, fig. a, b et
c), érigée non loin du subsellium des tribuns de la plèbe et à
côté de la columna Maenia où se tenaient les usuriers
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(feneratores), symbolisait la libertas plébéienne après
l’abolition, en 326 ou 313, de l’esclavage pour dettes
(nexum) et pourrait être attribuée, selon F. Coarelli, à C.
Marcius Censorinus, tribun de la plèbe en 31159. Même s’il
s’agit dans ce cas d’une « création culturelle » romaine, le
choix du silène emprunté à la mythologie grecque montre
combien les Romains savaient alors déjà adapter les
modèles de l’hellénisme à leurs propres besoins60.
Un autre élément du Comitium dont les rapports avec le
monde hellénique sont évidents est la Graecostasis : il
s’agit d’une tribune où se tenaient les délégations envoyées
en ambassade par les cités étrangères en attendant l’issue
des délibérations du Sénat61. Le nom donné à cette tribune
indique clairement quelle était l’origine de ces ambassades
et ne peut dater que de l’époque à partir de laquelle Rome
commença à entretenir des relations diplomatiques suivies
avec les principales cités grecques d’Italie méridionale
(Naples, Cumes, Thourioi, Crotone, Métaponte, Tarente,
etc.), ce qui ne peut pas être antérieur à la deuxième moitié
du IVe siècle62. Certes, F. Coarelli souhaite en faire remonter
la réalisation aux premières années de la République, fin VIe
ou début Ve siècle (afin de confirmer sa chronologie des
différentes phases du Comitium et de montrer son
fonctionnement comme horologium naturel dès une
époque très reculée)63. Mais l’identification de cette tribune
avec le « suggestum E » dès la troisième phase du
Comitium est hautement problématique, car les éléments
archéologiques qui en subsistent se limitent aux fondations
au sol, et seul le côté méridional du Comitium (autour du
lapis niger) a été véritablement fouillé : en réalité, si l’on
compare avec l’exemple du comitium de Paestum, la
Graecostasis ne pouvait être tout au plus qu’une petite
plateforme aménagée au sommet des gradins et on ne voit
pas comment on en retrouverait la trace au niveau des
fondations64. La datation de la Graecostasis du Comitium
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romain ne peut donc se faire qu’à partir des sources
littéraires. Or, la plus ancienne mention de cette tribune
remonte de façon sûre à 304 av. J.-C, au moment de la
dédicace par Cn. Flavius d’une aedicula en bronze in
Graecostasi, « 204 ans après la dédicace du temple du
Capitole » (Plin., N.H., XXXIII, 19) : il s’agit certes d’un
terminus ante quem, mais il n’est pas certain que la
construction de la Graecostasis soit bien antérieure à cette
date.
Enfin, l’aedicula élevée par l’édile Cn. Flavius in
Graecostasi est elle-même en rapport étroit avec la culture
politique et philosophique du monde grec du IVe siècle. Il
s’agit en effet d’une chapelle consacrée à la Concordia,
divinité qui personnifie un concept abstrait selon un
processus qui tend à se généraliser à Rome à partir de la fin
du IVe siècle, en suivant là encore le modèle culturel grec
(des temples sont voués à la Salus, en 311, à la Victoria, en
305, puis tour à tour à la Spes, à la Fides, à la Libertas, à
l’Honos, à la Mens et à la Virtus tout au long du IIIe siècle)65.
Cependant, pour Concordia, l’influence grecque ne tient
pas qu’à la forme (divinisation d’une notion abstraite), mais
réside aussi, et surtout, dans la signification politique et
philosophique de cette abstraction : la Concordia à laquelle
Cn. Flavius consacra une chapelle en bronze n’est en réalité
rien d’autre que l’interprétation romaine de l’Homonoia
grecque, connue au IVe siècle par des pièces de monnaie de
Métaponte et par une inscription du sanctuaire
d’Olympie66. Or, l’Homonoia était à cette époque l’un des
principaux thèmes de la philosophie politique des cités
pythagoriciennes de Grande-Grèce67, à tel point que la
Concordia romaine peut difficilement ne pas avoir
également des connotations pythagoriciennes, ce qui éclaire
du même coup la présence d’une statue de Pythagore sur le
Comitium. Autrement dit, la chapelle dédiée par Cn. Flavius
à la Concordia a été élevée in Graecostasi parce qu’il
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s’agissait d’un concept politique et philosophique grec et
que c’est précisément là que se tenaient les représentants
des cités de Grande-Grèce avec lesquelles Rome entretenait
des relations diplomatiques. Une grande partie de ces cités
étaient alors pythagoriciennes et l’Homonoia, qui est très
vraisemblablement à l’origine de la Concordia romaine,
était un des thèmes majeurs de leur philosophie politique :
il est dès lors très probable que l’érection sur le Comitium
d’une statue de Pythagore (bello samniti) soit à peu près
contemporaine de l’installation d’une chapelle de la
Concorde in Graecostasi. Récemment, F.-H. MassaPairault proposait même d’attribuer l’érection de la statue
de Pythagore, à l’instar de la dédicace de la chapelle de la
Concorde, au même cercle politique constitué par Appius
Claudius et Cn. Flavius68. Or, si la chapelle de la Concorde
et la statue de Pythagore sont philosophiquement et
politiquement liées entre elles et donc contemporaines, rien
n’empêche la Graecostasis et les comua comitii, qui
appartiennent au même univers culturel (les cités et les
ecclesiasteria de Grande-Grèce), de l’être également : dans
ce cas, la forme circulaire du Comitium, sur le modèle des
ecclesiasteria de Grande-Grèce et de Sicile, existait au plus
tard en 30469.
La forme circulaire du Comitium, le pythagorisme
et la réforme des tribus de 312
23
L’apparition quasi simultanée de la chapelle de la
Concorde, de la statue de Pythagore, de la Graecostasis, des
comua comitii, et donc aussi de la forme circulaire, ne se
rapporte pas seulement chronologiquement à la même
période, voire à un moment précis de l’histoire du
Comitium, mais renvoie clairement au même contexte
culturel : celui des cités grecques (pythagoriciennes) de
Grande-Grèce et de Sicile. On peut dès lors se demander si
l’adoption de la forme circulaire par un édifice destiné à
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abriter les réunions du peuple n’avait pas dans ces cités une
signification politique, idéologique et symbolique
particulière. Il semble qu’en Sicile, comme à Athènes à
partir de la fin du IVe siècle, l’utilisation des théâtres avec
fonction d’ecclesiasteria ait été la conséquence de la
diffusion de la démocratie, ou du moins de l’accentuation
du caractère démocratique de la vie politique70. Or,
l’utilisation de gradins en arc de cercle dans les
ecclesiasteria grecs, tout comme dans le Comitium
circulaire du Forum Romain, est effectivement un emprunt
aux formes architecturales d’un théâtre en hémicycle, et ce
processus s’est notamment développé en Grande-Grèce au
cours des Ve et IVe siècles71. Par ailleurs, les doctrines
politiques pythagoriciennes du IVe siècle semblent avoir
cherché à concilier les intérêts d’une aristocratie composée
de grands propriétaires fonciers avec les revendications
démocratiques du peuple des artisans et commerçants, et
ont ainsi donné naissance au concept de « démocratie
modérée »72 : dans les cités pythagoriciennes, la forme
circulaire des ecclesiasteria, empruntée à l’architecture
théâtrale, pourrait donc traduire la volonté de donner une
place plus importante au débat démocratique. Enfin, pour
les Pythagoriciens, le cercle constitue une figure
géométrique parfaite, puisqu’elle est la représentation
plane (en deux dimensions) de la sphère du Cosmos (en
trois dimensions) : la forme circulaire des ecclesiasteria des
cités grecques pouvait dès lors avoir une forte dimension
politique et idéologique, et traduirait le rassemblement, au
moins symbolique, de l’ensemble de la communauté
civique.
Il faut dès lors envisager une toute nouvelle hypothèse pour
essayer d’expliquer la transformation architecturale du
Comitium romain et l’adoption de la forme circulaire :
celle-ci ne s’expliquerait pas par des raisons purement
esthétiques ou par la simple volonté d’imiter un modèle
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grec, mais possèderait une signification symbolique qui
devait être en rapport avec les fonctions politiques du
monument. Par ailleurs, si la forme circulaire du Comitium
est en rapport étroit avec l’installation d’une statue de
Pythagore in cornibus comitii et la dédicace d’une chapelle
de la Concorde in Graecostasi, cette forme pourrait aussi
avoir une signification politique en rapport avec les
doctrines pythagoriciennes alors professées dans les cités
de Grande-Grèce. La forme circulaire pourrait en effet
s’expliquer par la fonction symbolique à laquelle aurait été
réduit ce lieu de réunion au moment de la création des
comices tributes, puisque dorénavant tout le peuple ne
pouvait plus se réunir au même moment dans son
enceinte : le cercle à l’intérieur duquel pénétraient les tribus
pour voter une à une pouvait dès lors symboliquement
figurer le nouvel espace civique, c’est-à-dire l’ensemble des
tribus entre lesquelles se répartissait la totalité des citoyens,
et qui composaient le territoire romain. De même la forme
circulaire des ecclesiasteria grecs reproduisait le « cercle
sacré » (ἰηρὸς κύκλος) qui représentait, dans l’imaginaire
collectif des citoyens grecs, et depuis l’époque homérique,
l’espace de la polis73. Mais, dans la géométrie
pythagoricienne, le cercle possède une véritable dimension
cosmique : il est la figure géométrique la plus parfaite parce
qu’il reproduit en deux dimensions le volume de la sphère,
image de la Terre et du Cosmos74. Or, comme le souligne A.
Delatte, chez certains Pythagoriciens du Ve et du IVe siècles,
la « comparaison de la concorde civique avec l’« harmonie »
universelle paraît rentrer dans un système de théorie
politique qui représente l’organisation d’une Cité comme
une imitation de la constitution de l’Univers »75 : la
réorganisation du Comitium et l’adoption de la forme
circulaire vers la fin du IVe siècle seraient ainsi la traduction
monumentale des importants changements institutionnels
et idéologiques que connut alors la République romaine, en
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même temps que de l’influence culturelle de la GrandeGrèce pythagoricienne contemporaine.
Or, la date à laquelle cette transformation du Comitium est
apparemment survenue (vers la fin du IVe siècle, en 304 au
plus tard), la rapproche chronologiquement de la grande
réforme des tribus organisée par le censeur Appius
Claudius en 312 : d’ailleurs, selon Tite-Live, le dédicant de
la chapelle de la Concorde, Cn. Flavius, a été élu à l’édilité
curule par la « faction du Forum » (forensis factio) dont la
puissance se serait accrue à la suite de cette réforme des
tribus, et certaines sources font de ce personnage
précisément un ancien scribe d’Appius Claudius76. D’autre
part, si la réforme des tribus d’Appius Claudius aboutit à la
création des comices tributes, et qu’à partir de ce moment
le Comitium, comme lieu de réunion du peuple assemblé en
comices, ne pouvait plus avoir qu’une fonction symbo lique
assumée au moment des opérations du vote, il paraît
logique que ce monument ait alors subi une transformation
architecturale radicale. Autrement dit, le Comitium
circulaire pourrait être la traduction monumentale de la
création des comices tributes par Appius Claudius Caecus et
reflèterait l’apparition d’une assemblée du peuple au
caractère démocratique plus affirmé. Enfin, si la forme
circulaire du Comitium est effectivement en rapport avec
les doctrines politiques pythagoriciennes des cités de
Grande-Grèce, il y a de fortes chances pour que la réforme
des tribus pour laquelle cette transformation semble avoir
été conçue s’inspire du même modèle philosophique et
idéologique, que l’on retrouve précisément dans les
principes de Concordia et d’« égalité géométrique » qui
présidaient à la répartition du tributum et à l’organisation
du dilectus dans le cadre des tribus. À proximité du
Comitium, le mundus (cf. supra fig. 9), aurait également
reçu, entre la fin du IVe et le milieu du IIIe siècle, une
interprétation pythagoricienne qui en fit une image réduite
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de l’univers sous forme d’une fosse circulaire surmontée
d’une voûte, représentation symbolique du cosmos77. Le
mundus serait alors devenu le centre symbolique d’un
espace civique lui-même circulaire, une interprétation qui
ne peut être que postérieure à l’adoption de la forme
circulaire par le Comitium et qui confirme par ailleurs la
dimension pythagoricienne du Comitium circulaire : dès
lors, mundus et Comitium constituèrent en fait ensemble le
centre symbolique de l’espace civique et sont devenus des
représentations de l’organisation cosmique (dans ses
dimensions spatiales et temporelles), à laquelle les
nouvelles lois de la Cité, adoptées vers la fin du IVe siècle,
ont tâché de se conformer.
3 – LA MESURE DU TEMPS CIVIQUE AU
COMITIUM
Comitium et temps civique quotidien : le
fonctionnement de l’espace comitial à la manière
d’un horologium
26
L’une des principales découvertes de F. Coarelli à propos du
Comitium concerne le fonctionnement de cet espace public
comme un horologium, c’est-à-dire comme un cadran
solaire naturel, comme il ressort d’un passage de Pline,
probablement inspiré de Varron : l’orientation de son
espace inauguré (templum) d’après les points cardinaux
aurait permis de rythmer la journée judiciaire en fonction
de la position du soleil aux différents moments de la
journée78. D’après F. Coarelli, le fonctionnement du
Comitium à la manière d’un gigantesque horologium
remonterait à une époque très reculée, au moins à celle des
décemvirs, mais ce mécanisme ingénieux n’aurait
fonctionné que jusqu’à la première guerre punique (usque
ad primum Punicum bellum) : l’archéologue italien pense
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que l’adoption de la forme circulaire aurait alors rendu
difficile, voire impossible, l’observation du soleil au-dessus
des différents monuments-repères qui entouraient le
Comitium et qui permettaient de déterminer les heures de
la journée, et que ce serait pour cette raison que M’.
Valerius Messala installa sur le Comitium, en 263, le cadran
solaire ramené de Catane : autrement dit, le Comitium
n’aurait pu fonctionner à la manière d’un horologium que
tant qu’il avait la forme quadrangulaire d’un templum, et
l’abandon de cette pratique s’expliquerait par l’adoption de
la forme circulaire, que l’archéologue italien a fini par
situer, nous l’avons vu, vers le début de la première guerre
punique79.
Cette hypothèse se heurte toutefois à l’obstacle
chronologique que représentent les comitia circulaires des
colonies d’Alba Fucens, de Cosa et de Paestum : il s’agit de
reproductions du modèle romain apparemment antérieures
à la première guerre punique (surtout dans le cas d’Alba
Fucens) qui constituent un incontournable terminus ante
quem pour l’adoption de la forme circulaire par le
Comitium romain80. Autrement dit, s’il y a peut-être un
rapport entre l’abandon du mécanisme décrit par Pline et
l’installation par Valerius Messala de l’horologium de
Catane sur le Comitium, au début de la première guerre
punique, le Comitium avait sûrement déjà depuis plusieurs
décennies une forme circulaire. Par ailleurs, une étude
attentive des plans du Comitium publiés par F. Coarelli ne
permet pas d’affirmer que l’adoption du plan circulaire a
provoqué un changement d’orientation de son axe tel que
son utilisation comme horologium naturel en aurait été
rendue impossible : d’après les croquis de F. Coarelli luimême, l’axe du Comitium circulaire, déterminé par celui de
la Curie, suit une orientation nord-sud bien plus rigoureuse
qu’auparavant (cf. supra fig. 9). Par conséquent, l’adoption
de la forme circulaire du Comitium n’a pas pu modifier le
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fonctionnement du monument comme horologium naturel
et n’a pas eu besoin, pour le bon déroulement des journées
judiciaires, de l’installation d’un véritable cadran solaire : il
n’y a donc aucune nécessité à lier chronologiquement
l’introduction par M’. Valerius Messala de l’horologium de
Catane et l’adoption de la forme circulaire du Comitium.
Si l’axe du Comitium circulaire se trouve davantage en
concordance avec les points cardinaux que l’ancienne forme
quadrangulaire, l’explication pourrait en être la suivante :
d’après Vitruve, les édifices sacrés (aedes) devaient être
orientés dans un sens est-ouest, de manière à ce que la
statue de la divinité placée dans la cella soit tournée vers
l’ouest, et que ceux qui offrent des sacrifices à l’autel situé
devant le temple soient tournés vers l’est; selon Hygin, cette
règle aurait été par la suite inversée, mais cela revient au
même81. Le templum du Comitium a donc très bien pu avoir
été inauguré en fonction du mouvement apparent du soleil,
selon un axe sidéral qui varie tout au long de l’année : or
en-dehors des équinoxes, cet axe ne respecte pas
exactement l’orientation des points cardinaux. Par contre,
la détermination du méridien, qui dépend de la position du
soleil à midi, est strictement identique toute l’année. Par
conséquent, la forme circulaire du Comitium, même si elle
s’inscrit éventuellement à l’intérieur des limites d’un
templum, peut avoir eu une orientation complètement
indépendante et disposer d’un axe selon une orientation
strictement méridienne, qui respecte ainsi une parfaite
orientation nord-sud. La détermination de l’heure
méridienne étant celle qui demande le plus de précision (F.
Coarelli a raison de remarquer que l’espace entre les
Rostres et la Graecostasis est très restreint), la forme
circulaire du Comitium paraît ainsi bien mieux adaptée à
son utilisation comme horologium qu’un espace
quadrangulaire à l’orientation imparfaite. Bien plus, la ligne
de mire méridionale de l’accensus placé devant la Curie
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passe exactement au-dessus du Volcanal, sanctuaire
archaïque inamovible que F. Coarelli situe justement entre
les Rostres et la Graecostasis : il s’agit d’un point de repère
fixe qui n’a jamais été affecté par les transformations
successives du Comitium, et l’adoption de la forme
circulaire ne pouvait pas empêcher de continuer à y voir le
soleil à la verticale lorsqu’il était midi, puisqu’il était situé
exactement au sud de la Curie. On peut même se demander
si la colonne (K) qui se dressait à côté de l’autel de Vulcain
(G)82, et sur laquelle pouvait avoir été placée au IVe siècle la
statue d’Horatius Coclès (à la place d’une ancienne statue
de Vulcain)83, ne servait pas de gnomon au-dessus duquel
apparaissait le soleil lorsqu’il était midi (fig. 13 et 14).
Or, d’après Pline lui-même, ce qui distingue le mécanisme
qu’il décrit de celui qui était en vigueur à l’époque des XII
Tables, c’est précisément la détermination de l’heure
méridienne : pour rythmer le temps civique, les XII Tables
ne mentionnaient que le lever et le coucher du soleil84 ;
mais par la suite (post aliquot annos), on rajouta l’heure de
midi, que l’accensus déterminait en ob servant le soleil
entre les Rostres et la Graecostasis85. Cette chronologie
relative peut parfaitement correspondre à deux phases
différentes dans l’histoire du Comitium : la détermination
des heures limitée au lever et au coucher du soleil se faisait
tant que le Comitium était orienté suivant un axe est-ouest,
donc tant qu’il s’agissait de l’espace quadrangulaire d’un
templum, alors que l’ajout de midi dans la détermination
des heures de la journée judiciaire (adiectus est et meridies)
a pu se faire lorsque l’espace comitial a été réorienté selon
un axe strictement nord-sud, ce qui peut précisément
correspondre à la cinquième phase édilitaire du monument
et à l’adoption de la forme circulaire. Autrement dit, le
fonctionnement du Comitium à la manière d’un
horologium,
comprenant
l’indication
de
l’heure
méridienne, n’aurait pu s’accomplir pleinement qu’à partir
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du moment où le monument eut une forme circulaire.
Fig. 13 – Plan schématique du côté méridional du
Comitium. (E. Gjerstad, dans Opuscula Archaeologica, II,
1941, p. 98, fig. 1).
30
De plus, la plupart des monuments-repères qui servaient à
la détermination des heures de la journée par l’accensus ne
sont pas antérieurs à la deuxième moitié du IVe siècle : les
Rostres et la columna Maenia ne datent que de 338, la
Graecostasis n’est attestée pour la première fois qu’à partir
de 304, et les fondations du carcer datent au plus tôt de la
fin du IVe siècle. L’expression post aliquot annos par
laquelle Pline distingue les deux phases ne signifie donc pas
simplement « quelques années plus tard », mais désigne
une période qui couvre au moins un siècle, sinon plus
(« après un certain nombre d’années »). Par conséquent, le
Comitium n’a commencé à fonctionner pleinement comme
un horologium qu’à partir de la fin du IVe siècle,
précisément à partir du moment où il est devenu circulaire.
Enfin, cette organisation du temps civique en fonction des
mouvements du soleil au cours de la journée semble elle-
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même se rapprocher des conceptions astronomiques des
Pythagoriciens, déjà très proches de l’héliocentrisme86 : le
Comitium circulaire fonctionnant à la manière d’un
horologium pourrait être ainsi une reproduction fidèle de
l’image pythagoricienne du Cosmos, dans sa double
dimension spatiale et temporelle.
Fig. 14 – Les monuments du Lapis Niger : l’autel (G) et la
base de colonne (K) d’après une reconstruction idéale. (F.
Coarelli, Il Foro romano, I, p. 175).
Comitium et temps civique annuel : les fastes de
Cn. Flavius et le « calendrier de Numa »
31
Un autre élément rattache le Comitium au rythme du temps
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civique : il s’agit de la publication des fastes par Cn. Flavius,
qui les aurait exposés « tout autour du Forum » (circa
Forum)87. Cette expression peut d’ailleurs prêter à
confusion, car on ne voit pas comment et pourquoi Cn.
Flavius aurait fait disposer les tables contenant l’indication
des jours fastes pour les douze mois de l’année civile tout
autour de la place du Forum88 : on ne peut pas imaginer
que les tables de ce calendrier aient été à ce point
nombreuses qu’elles aient occupé tout le pourtour de la
place, ni qu’on ait disposé ces tables à intervalles réguliers
de façon à pouvoir entourer l’ensemble de cet espace
immense. En réalité, comme l’avait souligné L. Ross Taylor,
le mot « Forum » est habituellement employé par Tite-Live
pour désigner le « Comitium »89 : si la réforme du
calendrier de Cn. Flavius est en rapport avec la publication
conjointe des legis actiones et qu’elle avait pour objectif de
fixer les jours où le préteur pouvait rendre justice, mais
aussi les jours où le peuple des tribus pouvait se réunir en
comices, il est logique de penser que ces tables aient été en
fait disposées « autour du Comitium »90.
Il existe donc un lien de nature topographique et
fonctionnelle entre le nouveau calendrier publié par Cn.
Flavius et le Comitium. Mais il existe aussi un lien de
nature idéologique : qu’il en ait été ou non l’inventeur, le
calendrier que Cn. Flavius publia en 304 correspond au
calendrier républicain antérieur à celui de Jules César91. Or,
la tradition romaine attribuait le calendrier préjulien au roi
Numa, et lui attribuait également la distinction entre jours
fastes et jours néfastes92. On voyait même dans
l’importance du nombre impair au sein de ce calendrier une
preuve de son pythagorisme93 : tous les mois avaient un
nombre impair de jours (29 ou 31), à l’exception du mois de
février (28), de telle sorte que l’année complète eût
également un nombre impair de jours (255), soit un jour de
plus qu’une année de douze mois lunaires synodiques
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(254). En effet, dans l’arithmologie pythagoricienne, la
dualité de l’impair et du pair joue un rôle très important qui
a été souligné dès l’Antiquité94.
Parmi les Modernes, certains ont toutefois attribué
l’invention de ce mythe à M. Fulvius Nobilior, parce que ce
néo-pythagoricien a affiché le « calendrier de Numa » sur
les murs du temple d’Hercule aux Muses, qu’il dédia
probablement au cours de sa censure en 17995. Mais cet
affichage est contemporain de l’autodafé des « livres de
Numa », découverts dans une tombe du Janicule en 181 : on
commençait alors à remettre en cause le pythagorisme de
Numa, et l’époque n’était pas favorable à l’invention d’un
pareil mythe destiné à avoir un succès aussi durable96.
Fulvius Nobilior a peut-être surinterprété, ou surexploité, la
dimension pythagoricienne de ce calendrier, mais il n’a pas
pu inventer de toutes pièces, ex nihilo, son attribution à
Numa. Or, l’attribution du calendrier républicain à Numa
est en fait inséparable du mythe du pythagorisme de ce roi,
et a dû apparaître en même temps que lui : elle ne peut
donc dater que de l’époque où le pythagorisme était
l’« idéologie officielle » de la classe dirigeante romaine, ou
du moins ne faisait pas encore l’objet d’une opposition aussi
virulente qu’à l’époque de Fulvius Nobilior. Le caractère
pythagoricien de ce calendrier et son attribution à Numa
doivent par conséquent être contemporains de son
introduction, afin de justifier l’innovation que constitue un
calendrier indépendant des phases lunaires par une
autorité ancienne et vénérable, ce qui nous ramène à
l’époque de l’installation de la statue de Pythagore sur le
Comitium (contemporaine de la légende de Numa
pythagoricien) et de la publication des fastes par Cn.
Flavius97.
Or, bien plus que l’importance du nombre impair dans la
structure de ce calendrier98, c’est sa conception-même qui
le rapproche des doctrines astronomiques et cosmologiques
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des Pythagoriciens : malgré une durée annuelle très proche
de l’ancienne année lunaire (355 jours au lieu de 354), ce
calendrier est en fait complètement indépendant des phases
de la lune, car des mois de 31 jours ne peuvent absolument
pas coïncider avec la durée d’un mois lunaire (entre 29,26
et 29,8 jours synodiques). Mais surtout, le rythme des
nundinae qui caractérise ce calendrier, et qui est marqué
par le cycle continu des huit lettres nundinales de A à H, est
complètement indépendant de l’observation des phases de
la lune, et fait de ce calendrier un calendrier davantage
solaire que luni-solaire. L’apparition du « calendrier de
Numa » correspond par conséquent à l’introduction d’un
calendrier solaire à Rome, et nous avons montré plus haut,
à la suite de K. J. Beloch, que tel devait être le sens de la
réforme du calendrier introduite par Cn. Flavius en 30499 :
comme c’est précisément à cette époque que se sont
développées la figure du roi Numa et la légende de son
pythagorisme, le calendrier publié par Cn. Flavius, mais
attribué au roi « pythagoricien », a de fortes chances d’avoir
été d’inspiration pythagoricienne.
Pour des Pythagoriciens comme Philolaos de Crotone, mais
sans doute aussi pour Archytas de Tarente et d’autres
philosophes de la même école à cette époque, la Terre et les
autres planètes faisaient une révolution autour d’un Feu
central dont le Soleil visible n’était que l’image100 : cette
conception astronomique très proche de l’héliocentrisme
peut dès lors avoir favorisé l’introduction à Rome d’un
calendrier purement solaire, bien avant la plupart des
autres peuples d’Italie et du bassin méditerranéen. De
nombreux philosophes grecs des Ve et IVe siècles, dont des
Pythagoriciens, semblent d’ailleurs s’être intéressés à la
question du calendrier et au problème de l’ajustement de
l’année lunaire sur l’année solaire par l’introduction de
jours ou de mois intercalaires101. Platon lui-même, dans les
Lois, recommandait de dispenser aux jeunes citoyens des
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notions d’astronomie suffisantes, afin de leur permettre de
comprendre les problèmes de calendrier que pose la gestion
des affaires publiques102. Une origine « pythagoricienne »
du calendrier romain républicain achèverait ainsi de
donner aux réformes qui bouleversèrent la société et les
institutions romaines à la fin du IVe siècle une véritable
dimension « cosmique » : le principe de l’« égalité
géométrique », contenu dans le système censitaire
« servien », et celui de Concordia, qui semble avoir inspiré
la réforme des tribus d’Appius Claudius, se trouvèrent dès
lors en « harmonie » avec un nouveau calendrier civique,
reflet de l’organisation du Cosmos. Les transformations
architecturales et décoratives du Comitium ne furent à leur
tour que le reflet de la nouvelle organisation de l’espace et
du temps de la Cité, en reproduisant en quelque sorte en
miniature l’organisation du Cosmos imaginée par les
Pythagoriciens du IVe siècle103, et à laquelle les dirigeants de
la République romaine tentèrent, à l’époque de la censure
d’Appius Claudius, de faire conformer les institutions de
leur cité104.
Notes
1. L. R. Taylor, “Was Tiberius Gracchus’ last assembly electoral or
legislative ?”, dans Athenaeum, 1963, p. 51-69; Ead., Roman Voting
Assemblies from the Hannibalic War to the Dictatorship of Caesar,
Ann Arbor, 1966, p. 15-33; C. Nicolet, Le métier de citoyen, p. 335-338;
P. Carafa, Il Comizio di Roma dalle origini all’età di Augusto, Rome
(BCAR, Suppl. 5), 1998, p. 134.
2. Voir supra p. 264-266.
3. L. R. Taylor, Roman Voting Assemblies, p. 120, n. 21; p. 130, n. 27.
4. D. Detlefsen, “De Comitio Romano”, dans AnnInst, 32, 1860, p. 128160; Ch. Hülsen, “Das Comitium und seine Denkmäler in der
republikanischen Zeit”, dans MDAI(R), 8, 1893, p. 79-94; F. Coarelli,
“Il Comizio dalle origini alla fine della Repubblica”, dans PP, 32, 1977,
p. 166-238; Id., Il Foro Romano, I, p. 140 et p. 148; Id., Il Foro
Romano, II, p. 17-19. Contra : J. Vaahtera, “On the Religious Nature of
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the Place of Assembly”, dans J. Vaahtera éd., Senatus Populusque
Romanus, 1993, p. 107-116; P. Carafa, Il Comizio di Roma, p. 117-118.
5. R. E. A. Palmer, The King and the Comitium. A Study of Rome’s
oldest Public Document, Wiesbaden (Historia, Einzelschriften, 11),
1969, p. 42-47; Id., The Archaic Community of the Romans, p. 51; F.
Coarelli, Il Foro Romano, I, p. 180 et p. 185.
6. Varr., De ling. Lat., VI, 86 : « Voca in licium huc ad me! » VI, 88 :
« Calpurni, voca in licium omnes Quirites huc ad me ». Accensus dicit
sic : « Omnes Quintes in licium visite huc ad iudices ! » VI, 95 : Consul
auguri imperare solet, ut is <in> licium vocet, non accenso aut
praeconi. Cf. Paul. Fest., p. 100 L. : In licium vocare, antiqui dicebant
ad contionem vocare. R. Wachter, Altlateinische Inschriften.
Sprachliche und epigraphische Untersuchungen zu den Dokumenten
bis etwa 150 v. Chr., Bern-Francfort-New York-Paris, 1987, p. 69 et η.
168. L’expression in licium doit se lire en deux mots, et non en un
comme on le voit dans deux éditions récentes de Varron (E. Riganti,
Bologne, 1978; P. Flobert, Paris (C.U.F.), 1985) : cf. Th. Mommsen, Le
droit public, VI, 1, p. 459 et n. 5; L. Wickert, s.v. Licium, dans R.E.,
XIII, 1, 1926, col. 505-507; L. R. Taylor, Roman Voting Assemblies, p.
5 6 ; p. 136, h. 61; p. 156, n. 41; J. Vaahtera, dans J. Vaahtera éd.,
Senatus Populusque Romanus, 1993, p. 113.
7. J. Vaahtera, dans J. Vaahtera éd., Senatus Populusque Romanus,
1993, p. 112-113. Cf. L. R. Taylor, Roman Voting Assemblies, p. 49; C.
Nicolet, Le métier de citoyen, p. 340.
8. Fest., p. 146 L., s.v. Minora templa (…). Itaque templum est locus
ita effatus aut ita septus, ut ex una parte pateat, angulosque adfixos
habeat ad terram. Cf. Varr., De ling. Lat., VII, 7-8 : Eius templi partes
quattuor dicuntur, sinistra ab oriente, dextra ab occasu, antica ad
meridiem, postica ad septemtrionem. In terris dictum templum locus
augurii aut auspicii causa, quibusdam conceptis verbis finitus.
Concipitur verbis non [h]isdem usque quaque; in Arce sic :
« Tem<pla> tescaque me ita sunto, quoad ego ea rite lingua[m]
nuncupavero. Ollaper arbos quirquir est, quam me sentio dixisse,
templum tescumque me esto in sinistrum. Ollaper arbos quirquir est,
quam me sentio dixisse, te<m>plum tescumque me esto <in>
dextrum. Inter ea conregione conspicione cortumione, utique ea
<rit>e dixisse me sensi ».
9. Cic, De Rep., II, 31 : fecitque idem [sc Tullus Hostilius] et saepsit de
manubis comitium et curiam… Cf. R. E. A. Palmer, The King and the
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Comitium, p. 43-44; M. Bonnefond-Coudry, Le Sénat de la République
romaine, p. 25-197.
10. J. Vaahtera, dans J. Vaahtera éd., Senatus Populusque Romanus,
1993, p. 112-116.
11. Liv., II, 56, 10; III, 17, 1; V, 52, 16; Val. Max., IV, 5, 3. Si les sources
désignent parfois aussi les Rostres ou le tribunal comme des templa
(Cic, In Vat., 24; Pro Sest., 75-76; Pomp., 70; Liv., VIII, 14, 12), c’est
probablement par métonymie, en désignant la partie en fonction du
tout. Cf. D. Detlefsen, dans AnnInst, 32, 1860, p. 128-160; L. R. Taylor,
Roman Voting Assemblies, p. 21 et p. 119, n. 17; F. Coarelli, Il Foro
Romano, I, p. 140. Pour J. Vaahtera, dans J. Vaahtera éd., Senatus
Populusque Romanus, 1993, p. 107-112, seuls les Rostres et le tribunal
étaient des templa, et non la totalité de l’aire comitiale, mais l’auteur
admet un peu plus loin (p. 115) que le Comitium a pu être à l’origine un
locus inauguratus, lorsque l’assemblée votait collectivement par
acclamation; mais avec l’apparition du vote individuel, seul le tribunal
où s’effectuait le vote aurait encore été un templum, ce qui expliquerait
l’usage des ponts (pontes) pour aller voter (afin de pouvoir entrer dans
le templum). Enfin P. Carafa, Il Comizio di Roma, p. 117-118, conteste
la validité ou l’exactitude du témoignage de toutes les sources
littéraires, parce qu’il ne lui semble pas possible, pour des raisons
chronologiques et orographiques, que le Comitium ait pu être dès
l’origine un espace quadrangulaire : selon lui, la fondation du
Comitium remonterait à Romulus (sic!), alors qu’il ne peut dater les
premiers travaux de terrassement et de régularisation du terrain que
du milieu du VIIe siècle au plus tôt (le “premier pavement” selon BoniCoarelli).
12. Cf. le tableau présentant les sources sur « les lieux de réunion du
Sénat » dressé par M. Bonnefond-Coudry, Le Sénat de la République
romaine, p. 32-45 (dix cas cités); voir notamment le S.C. pro Iudaeis
(vers 133-126 av. J.-C), dans Jos., Ant. Iud., XIII, 259-260 : Φάννιος
Μάρκου υἱος στρατηγὸς βουλὴν συνήγαγε πρὸ ὀκτὼ εἰδων
Φεβρουαρίων ἐν Κοµιτίῳ, ainsi que le S.C. de Asclepiade Clazomenio
(78 av. J.-C), dans C.I.L., I, 203 (cf. C.I.L., F, 2, 588) : Q(uintus)
Lutatius Q(uinti) f(ilius) Catulus co(n)s(ul) senatum consuluit a(nte)
d(iem) XI k(alendas) Iun(ii) in comitio.
13. Liv., I, 36, 5; Cic, De div., I, 17; Dion. Hal., III, 71, 5; Plin., N.H.,
XXXIV, 22; Fest., p. 168 L. Cf. G. Piccaluga, “Attus Navius”, dans
SMSR, 40, 1969, p. 151-208; F. Coarelli, Il Foro Romano, I, p. 185.
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14. D. Detlefsen, dans AnnInst, 32, 1860, p. 128-160; Ch. Hülsen, dans
MDAI(R), 8, 1893, p. 79-94; Id., Il Foro Romano. Storia e monumenti,
Rome, 1905, p. 5; M. Torelli, “Un templum augurale d’età repubblicana
a Bantia”, dans RAL, 8, 21, 1966, p. 1-21; F. Coarelli, Il Foro Romano, I,
p. 140 et p. 148. Sur la définition d’un templum, cf. Varr., De ling. Lat.,
VII, 8; Fest., p. 146 L., s.v. Minora templa; Plut., Num., 7, 3-6; K.
Latte, “Augur und templum in der varronischen Auguralformel”, dans
Philologus, 97, 1948, p. 143-159 (= Id., Kleine Schriften, Munich, 1968,
p. 91-105); P. Catalano, “Aspetti spaziali del sistema giuridico-religioso
romano. Mundus, templum, urhs, ager, Latium, Italia”, dans ANRW,
II, 16, 1, 1978, p. 467-478.
15. Varr., De ling. Lat., V, 155 : Comitium ab eo quod coibant eo
comitiis curiatis et litium causa. Cf. Ps.-Asc, p. 238 Stangl : Comitium,
locus propter senatum quo coire equitibus Romanis et populo
Romano licet. Th. Mommsen, Le droit public, VI, 1, p. 360-361; C.
Nicolet, Le métier de citoyen, p. 335.
16. Nous ne prenons pas ici en considération l’hypothèse toute
nouvelle de P. Carafa, qui estime, à la suite d’A. Carandini, qu’il faut
prendre au sérieux les récits annalistiques sur Romulus et Titus Tatius,
et que la création du Comitium remonterait à la “fondation” de la ville,
c’est-à-dire au milieu du VIIIe siècle : P. Carafa, Il Comizio di Roma, p.
101-105.
17. F. Coarelli, Il Foro Romano, I, p. 120-122. Cicéron attribuait à
Tullus Hostilius la construction simultanée de la Curie (Hostilia) et du
Comitium (De Rep., II, 31) : fecit idem [sc. Tullus Hostilius] et saepsit
de manubis comitium et curiam… Cf. J. Vaahtera, dans J. Vaahtera
éd., Senatus Populusque Romanus, 1993, p. 104-105.
18. Les premières lignes de l’inscription évoquent clairement la
formule d’imprécation d’une lex sacra ou lex arae (C.I.L., P, 1, 1. 1-3) :
quoi hoi[…] sakros es/ed sord[…] (= qui hunc <locum violasset
manibus>sacer esto); cf. F. Coarelli, Il Foro Romano, I, p. 174.
19. C.I.L., F, 1 (1. 5-9) : recei io[…]euam quos r[…]m kalato/rem
hab[…]
20. R. E. A. Palmer, The King and the Comitium, p. 1-5 et p. 51; F.
Coarelli, Il Foro Romano, I, p. 178-181 et p. 186-188. Cf. supra p. 475,
fig. 7, les Fasti Antiates Maiores.
21. F. Coarelli, Il Foro Romano, I, p. 161-178 et fig. 48. Contra, mais
avec des arguments qui ne semblent pas pertinents : P. Carafa, Il
Comizio di Roma, p. 134-135.
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22. Dion. Hal., VI, 67, 2; VII, 17, 2; XI, 39, 1.
23. Fest., p. 184 L. : Niger Lapis in Comitio locum funestum significat,
ut ali, Romuli morti destinatum, sed non usu ob in < Fau>stulum
nutri<cium eius aut ut ali, Hostum Hos>tilium avum Tu<lli Hostilii,
Romanorum regis cuius familia e Medullia Romam venit post
destruc>tionem eius (restitutions proposées par D. Detlefsen); F.
Coarelli, Il Foro Romano, I, p. 157 et p. 188-199.
24. F. Coarelli, Il Foro Romano, I, p. 148 : il s’agit des dimensions du
Comitium entre la fin du VIe et la fin du IVe siècle av. J.-C. (3e et 4e
phases édilitaires); par la suite, le Comitium devint circulaire avec un
diamètre d’environ 46 m : Id., Il Foro Romano, II, p. 19. Sur les
nundines, voir supra p. 453-454 et p. 474-476.
25. Plut., C. Grac, 5, 4 : (…) καὶ τῶν πρὸ αὐτοῦ πάντων δηµαγωγῶν
πρὸς τὴν σὑγκλητον ἀφορώντων καὶ τὸ καλούµενον κοµίτιον, πρῶτος
τότε στραφεὶς ἔξω πρὸς τὴν ἀγορὰν δηµηγορῆσαι, καὶ τὸ λοιπὸν οὕτω
ποιεῖν ἐξ ἐκείνου, µικρᾷ παρεγκλίσει καὶ µεταθέσει σχήµατος µέγα
πρᾶγµα κινήσας καὶ µετενεγκὼν τρόπον τινὰ τὴν πολιτείαν ἐκ τῆς
ἀριστοκρατίας εἰς τὴν δηµοκρατίαν, ὠς τῶν πολλῶν δέον, οὐ τῆς
βουλῆς, στοχάζεσθαι τοὺς λέγοντας : « …alors qu’avant lui tous les
orateurs regardaient vers le Sénat et ce qu’on appelle le Comitium, il
fut le premier à parler en se tournant au dehors vers le Forum, et c’est
ce qui fut toujours fait depuis. Par cette petite déviation et modification
d’attitude, il opéra une grande révolution : il fit en quelque sorte passer
le régime politique de l’aristocratie à la démocratie, en montrant que
les orateurs devaient avoir en vue le peuple, et non pas le Sénat » (trad.
d’après R. Flacelière et E. Chambry, éd. de Plutarque, Vies, t. XI, AgisCléomène – Les Gracques, Paris (C.U.F.), 1976, p. 124). Cf. Th.
Mommsen, Le droit public, VI, 1, p. 443 et n. 3; F. Coarelli, Il Foro
Romano, I, p. 158.
26. L. R. Taylor, Roman Voting Assemblies, p. 23-25.
27. Gell., Ν.Α., XIII, 16, 3 : « cum populo agere » est rogare quid
populum, quodsuffragiis suis aut iubeat aut vetet.
28. Le mot contio dérive de conventio et désigne une réunion publique
sous la présidence d’un magistrat, qui a convoqué la population pour
lui adresser un discours; mais une décision ne pouvait être prise que
par un vote, qui ne pouvait être organisé que dans le cadre des comices
ou du concile de la plèbe : A. Ernout et A. Meillet, Dictionnaire
étymologique, p. 140; G. W. Botsford, The Roman Assemblies, p. 139151; L. R. Taylor, Roman Voting Assemblies, p. 15-19; J. Farrell, “The
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Distinction between comitia and concilium”, dans Athenaeum, 64,
1986, p. 407 et n. 2. A la fin de la contio, le magistrat qui présidait
devait dissoudre la réunion (summovere populum) en renvoyant les
femmes, les esclaves et tous les non-citoyens, et ordonnait aux citoyens
de se séparer pour constituer les unités de vote : Discedite, Quirites!
(cf. Asa, p. 56 Stangl = p. 71 Clark). Voir C. Nicolet, Le métier de
citoyen, p. 345-348; J. Vaahtera, dans J. Vaahtera éd., Senatus
Populusque Romanus, 1993, p. 113-114 (cf. n. 95 sur la distinction
entre discedite et summovere).
29. L. R. Taylor, Roman Voting Assemblies, p. 19-21 et p. 25; voir infra
p. 611, n. 37.
30. P. Fraccaro, “La procedura del voto nei comizi tributi romani”,
dans Atti della R. Accademia delle Scienze di Torino, 49, 1913-14 (=
Id., Opiscula, II, Pavie, 1957, p. 235-254); cf. L. R. Taylor, Roman
Voting Assemblies, p. 25 et p. 128-130, n. 26; C. Nicolet, Le métier de
citoyen, p. 360-361.
31. Liv., X, 24, 18 : Fabius nihil aliud precatus populum Romanum,
quam ut, priusquam intro vocarentur ad suffragium tribus, Ap.
Claudii praetoris allatas ex Etruria litteras audirent, comitio abiit
[ou : <comitia habuit>]. L. R. Taylor, Roman Voting Assemblies, p.
130, n. 27, à la place de comitio abiit qui est la leçon généralement
retenue, d’après une correction qui figure sur deux manuscrits et le
texte de l’édition de Milan de 1478, restitue comitia habuit qui figure
sur les manuscrits les plus anciens, parce que pour dire in comitio,
Tite-Live utilise d’habitude l’expression in foro.
32. Tite-Live mentionne à plusieurs reprises le vote des tribus « à
l’intérieur » du Comitium :
– Liv., XL, 42, 10 : cum plures iam tribus intro vocatae (…) iuberent…
– Liv., XLV, 36, 7 : intro vocatae primae tribus cum antiquarent…
Cf. Asa, p. 57 Stangl = 72 Clark : intro vocare tribus Gabinius coepit…
33. Beaucoup de citoyens ne savaient pas (ou plus ?) à quelle curie ils
appartenaient, au point que le calendrier romain a prévu une fête
particulière, les feriae stultorum, pour permettre à tous ceux qui
n’avaient pas accompli les sacrifices pour les mânes qui se faisaient au
sein de chaque curie, de les accomplir collectivement : Ovid., Fast., II,
531 : stultaque pars populi quae sit sua curia nescit. Cf. L. R. Taylor,
Roman Voting Assemblies, p. 4.
34. P. Carafa, Il Comizio di Roma, p. 140 et n. 52, a calculé d’après
l’espace disponible (730 m2 environ) que le Comitium devait pouvoir
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rassembler à l’origine environ 3.000 personnes, soit le montant des
effectifs de l’armée centuriate constituée à partir des 30 curies (si
chaque curie fournissait une centurie de 100 hommes).
35. Pour le détail de la démonstration qui suit et les considérations
archéologiques et techniques, nous nous permettont de renvoyer le
lecteur à : M. Humm, “Le Comitium du Forum Romain et la réforme
des tribus d’Appius Claudius Caecus”, dans MEFRA, 111, 1999, 2, p.
625-694.
36. G. Boni, “Esplorazioni nel Comizio”, dans NS, 1900, p. 295-340; E.
Gjerstad, “Il Comizio romano dell’età repubblicana”, dans Opuscula
Archaeologica, II, Lund- Leipzig, 1941, p. 97-158; G. Lugli, Roma
Antica. Il centro monumentale, Rome, 1946, p. 115-121 ; F. Coarelli, “Il
Comizio dalle origini alla fine della Repubblica”, dans PP, 32, 1977, p.
166-238; Id., Il Foro Romano, I, p. 119-138; Id., s.v. Comitium, dans
L.T.U.R., I, 1993, p. 312-314. Cf. P. Carafa, Il Comizio di Roma, p. 3964.
37. Liv., VIII, 14, 12 : Naves Antiatium partim in navalia Romae
subductae, partim incensae, rostrisque earum suggestum in foro
exstructum adornari placuit, Rostraque id templum appellatum.
Plin., N.H., XXXIV, 20 : Antiquior [sc. celebratio] columnarum, sicuti
C. Maenio qui devicerat priscos Latinos, quibus ex foedere terdas
praedae populus Romanus praestabat, eodemque in consulatu in
suggestu rostra devictis Antiatibus fixerat anno Urbis CCCCXVI.
Flor., I, 11, 10 : Exstant et parta de Ando spolia, quae Maenius in
suggestu fori capta hostium classe suffixit, si tamen illa classis, nam
sex fuere rostratae. F. Coarelli, Il Foro Romano, I, p. 145-146; Id., Il
Foro Romano, II, p. 21; p. 39-53; Id., s.v. Comitium, dans L.T.U.R., I,
1993, p. 311; Id., s.v. Rostra (età repubblicana), dans L.T.U.R., IV,
1999, p. 212-214; cf. F. Kolb, Rom. Die Geschichte der Stadt in der
Antike, Munich, 20022, p. 146-147.
38. G. Boni, dans NS, 1900, p. 295-340; E. Gjerstad, dans Opuscula
Archaeologica, II, Lund-Leipzig, 1941, p. 143-144, fig. 10; C. Krause,
“Zur baulichen Gestalt des republikanischen Comitiums”, dans
MDAI(R), 83, 1976, p. 31-69; F. Coarelli, Il Foro Romano, I, p. 146148; Id., Il Foro Romano, II, p. 12; Id., s.v. Comitium, dans L.T.U.R., I,
1993, p. 311. Sur les statues, voir supra p. 541-547 et p. 554-558.
39. E. Gjerstad, dans Opuscula Archaeologica, II, 1941, p. 150-153; p.
157-158; C. Krause, dans MDAI(R), 83, 1976, p. 61 et p. 66; P. Carafa, Il
Comizio di Roma, p. 135-155. Cf. E.S. Gruen, The hellenistic World and
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the Coming of Rome, I, Berkeley, Los Angeles, Londres, p. 250-260;
Id., Studies in greek Culture and roman Policy, Leiden, New York,
Copenhague, Cologne, 1990, p. 158-179; R. W. Wallace, “Hellenization
and Roman Society in the late fourth Century B.C. A Methodological
Critique”, dans W. Eder éd., Staat und Staatlichkeit in der frühen
römischen Republik, Akten eines Symposiums (12. -15. Juli 1988),
Freie Universität Berlin, Stuttgart, 1990, p. 278-292 (contra : M.
Torelli, dans W. Eder éd., ibid., p. 303-305).
40. Cf. notamment, au sein d’une bibliographie gigantesque : W.
Hoffmann, Rom und die griechische Welt im 4. Jahrhundert, Leipzig,
1934; E. Wikén, Die Kunde der Hellenen von dem Lande und den
Völkern der Apenninenhalbinsel bis 300 v. Chr., Lund, 1937; H.
Jucker, Vom Verhältnis der Römer zur bildenden Kunst der Griechen,
Bamberg, 1950; F. Sartori, “La Magna Grecia e Roma”, dans ASCL, 28,
1959, p. 137-191; D. Van Berchem, “Rome et le monde grec au VIe siècle
avant notre ère”, dans Mélanges A. Piganiol, Paris, 1966, p. 739-748;
C. Ampolo, “Analogie e rapporti fra Atene e Roma arcaica”, dans PP,
141, 1971, p. 443-457; Id., “Roma e il mondo greco dal secolo VIII
agl’inizi del III a.C”, dans G. Pugliese Carratelli éd., Roma e Vitalia :
radices imperii (coll. Antica Madre ), Milan, 1990, p. 583-626; Roma
medio repubblicana. Aspetti culturali di Roma e del Lazio nei secoli IV
e III a.C., Catalogo della mostra (Roma, maggio-giugno 1973), Rome,
1973; F. Castagnoli, “Topografia e urbanistica di Roma nel IV secolo
a.C”, dans StudRom, 22, 1974, p. 425-443 (= Id., Topografia antica.
Un metodo di studio, I, Roma, Rome, 1993, p. 215-237); G. Pugliese
Carratelli éd., Lazio arcaico e mondo greco. Il convegno di Roma,
dans PP, 32, 1977, passim; Id. éd., Lazio arcaico e mondo greco. I
interventi del convegno, dans PP, 36, 1981, p. 9-192; D. Musti, “I Greci
e l’Italia”, dans Storia di Roma, I, 1988, p. 39-51; T.J. Cornell, “The
Conquest of Italy”, dans C.A.H.2, VII, 2, 1989, p. 418-419; E. Gabba,
“Mondo ellenistico e Roma”, dans Athenaeum, 75, 1987, p. 205-210.
41. Cf. F. Coarelli, Il Foro Romano, I, p. 146-152.
42. F. Coarelli, Il Foro Romano, II, p. 11-21 ; cf. P. Gros, L’architecture
romaine, I, Les monuments publics, Paris, 1996, p. 261-262. Contra :
F. Kolb, Rom2, p. 147-148.
43. Liv., XXV, 3, 17: in cornu primus sedebat <tribunus plebis C.
Servilius> Casca. Plin., N.H., XXXIV, 26 : Invenio et Pythagorae et
Alcibiadi in cornibus comitii positas [sc. statuas]. Tac., Ann., I, 75, 1 :
(…) in cornu tribunalis. Plin., N.H., XXXVI, 117 : comibus in se
coeuntibus faciebat amphitheatrum [sc. C. Curio]. Vitr., De arch., V, 5,
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2; 6, 5; 7, 1. Cf. J. A. Hanson, Roman Theater Temples, Princeton,
1959, p. 37-39; C. Krause, dans MDAI(R), 83, 1976, p. 34-35 et p. 66;
F. Coarelli, Il Foro Romano, I, p. 152; Id., Il Foro Romano, II, p. 120 et
n. 113.
44. F. Coarelli, Il Foro Romano, I, p. 150-151; Id., Il Foro Romano, II,
p. 20, n. 35; p. 120-123. De même, T. P. Wiseman date ces travaux de la
censure de C. Maenius en 318, alors que A. Storchi Marino préfère les
attribuer à C. Marcius Censorinus, censeur en 294 : T. P. Wiseman,
Historiography and Imagination. Eight Essays on Roman Culture,
Exeter, 1994, p. 14 et p. 122, n. 53; A. Storchi Marino, dans AION
(archeol), 14, 1992, p. 130-135; Ead., Numa e Pitagora, p. 146-152.
Enfin, M. Torelli, s.v. Columna Maenia, dans L.T.U.R., I, 1993, p. 301,
semble penser que l’installation de la columna Maenia (qu’il place
sous la censure de C. Maenius en 318) signale une restructuration
complète de la zone du Comitium.
45. Plin., N.H., VII, 214. F. Coarelli, Il Foro Romano, II, p. 11-21; Id.,
s.v. Comitium, dans L.T.U.R., 1993, p. 311-313; Id., Guide
archéologique de Rome, Paris, 1994, p. 44; Id., Roma. Guide
archeologiche Laterza, Rome-Bari, 1999 (6e éd.), p. 63-64; cf. M.
Bonnefond-Coudry, Le Sénat de la République romaine, p. 58. Voir
infra p. 628 et n. 78.
46. M. Torelli, “Paestum romana”, dans G. Pugliese Carratelli éd.,
Poseidonia-Paestum, Atti del ventisettesimo convegno di studi sulla
Magna Grecia (Taranto-Paestum, 9-15 ottobre 1987), Tarente, 1988,
p. 45.
47. M. Torelli, Typology and Structure of Roman Historical Reliefs,
Ann Arbor, 1982, p. 101; cf. Plin., N.H., VII, 213-214.
48. Gell., N.A., XVI, 13, 9 : (…) propter amplitudinem maiestatemque
populi Romani, cuius istae coloniae quasi effigies parvae
simulacraque esse quaedam videntur (…). Cf. L. Richardson, dans
Archaeology, 10, 1957, p. 49-55; F. Coarelli, Il Foro Romano, I, p. 148;
Id., Il Foro Romano, II, p. 20-21.
49. F. E. Brown, Cosa. The Making of a Roman Town, p. 32; F. E.
Brown, Ε. H. Richardson et L. Richardson éd., Cosa III, The Buiding of
the Forum, Colony, Municipium and Village, Rome (M.A.A.R. 37),
1993, p. 38-41 et fig. 13; M. Torelli, dans G. Pugliese Carratelli éd.,
Poseidonia-Paestum, p. 46-47.
50. M. Torelli, Typology and Structure, p. 99-106; F. Coarelli, Il Foro
Romano, II, p. 103-111; M. Denti, “Il Marsia di Paestum”, dans AION
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(archeol), 13, 1991, p. 180-183; D. Liberatore, “Un Marsia nel Foro di
Alba Fucens? Una proposta di identificazione”, dans Ostraka, 4, 1995,
p. 249-255.
51. F. Ε. Brown, Cosa. The Making of a Roman Town, p. 23-27 et fig.
23 et 27; F. Ε. Brown, Ε. Η. Richardson et L. Richardson éd., Cosa III,
p. 28 et fig. 5 et 9.
52. Cf. C. Krause, dans MDAI(R), 83, 1976, p. 60-61; F. Kolb, Rom2, p.
147-148.
53. F. Coarelli, “Fregellae”, dans Enciclopedia dell’arte antica classica
e orientale, Secondo Supplemento, II, Rome, 1994, p. 702-704 et fig.
806.
54. Ainsi F. Coarelli, Il Foro Romano, II, p. 20 et n. 36 (dont le
raisonnement entre ainsi en contradiction avec l’hypothèse d’une
construction du Comitium circulaire à Rome à l’époque de la première
guerre punique).
55. Cf. E. Greco et D. Theodorescu, “Poseidonia-Paestum. Un exemple
d’intégration urbaine à l’époque médio-républicaine”, dans Akten des
XIII. Internationalen Kongresses, Mayence, 1990, p. 93-95; P. Zanker,
“The city as symbol : Rome and the creation of an urban image”, dans
E. Fentress éd., Romanization and the City. Creation,
transformations, and failures, Proceedings of a conference held at the
American Academy in Rome to celebrate the 50th anniversary of the
excavations at Cosa (14-15 May, 1998), Portsmouth (Rhode Island),
2000, p. 25-41 (en part. p. 35-36).
56. L’ecclesiasterion, encore inconnu il y a quelques années, a été
retrouvé dans la partie orientale de l’agora : il s’agit d’un “édifice
circulaire” d’environ 35 m de diamètre, niché dans une légère
dépression du terrain et constitué de gradins concentriques, qui se
présente sans ambiguïté comme le lieu de réunion d’une assemblée
civique; or, cet édifice a manifestement été détruit et remblayé aussitôt
après la déduction de la colonie latine, entre 273 et 270; son remblai
est constitué de la même terre de remplissage que celle qui sépare
partout à Paestum les niveaux les plus bas des structures romaines des
vestiges de la cité grécolucanienne : D. Theodorescu, “Édifice
circulaire”, dans E. Greco et D. Theodorescu éd., Poseidonia-Paestum,
II, L’agora, Rome (C.E.F. 42), 1983, p. 39-49; E. Greco, dans
Poseidonia-Paestum, II, p. 38; Id., “L’ekklesiasterion di PoseidoniaPaestum”, dans S. Verger éd., Rites et espaces en pays celte et
méditerranéen. Étude comparée à partir du sanctuaire d’Acyhttp://books.openedition.org/efr/1625#text
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Romance, Rome (C.E.F. 276), 2000, p. 337-340; de plus, sa
destruction (probablement au moment même de la déduction de la
colonie) a donné lieu à une cérémonie expiatoire, puisqu’on y a
retrouvé les ossements d’une centaine de bovins, restes d’un sacrifice
qui a été, au sens propre, une véritable hécatombe : E. Greco, dans
Poseidonia-Paestum, II, p. 38; M. Leguilloux, “L’hécatombe de
l’ekklesiasterion de Poseidonia/Paestum. Le témoignage de la faune”,
dans S. Verger éd., op. cit., p. 341-351; enfin, la terre de remblai
contenait un certain nombre de pièces de monnaie grecques et
romaines qui ne sont pas postérieures à 268, et dont une majorité
datent de la fin du IVe et du début du IIIe siècles : R. Cantilena, dans
Poseidonia-Paestum, II, p. 92-94.
57. J. Mertens, “Alba Fucens”, dans DArch, s. 3, 6, 1988, p. 95 : « Tout
comme au Forum, l’espace sur lequel devait s’élever le comitium est
vierge de toute construction et il fut, au préalable, soigneusement
nivelé. De l’argile verdâtre, comparable à celle rencontrée près des
murs de terrassement et sous le Forum, fut amenée pour asseoir les
gradins; celle-ci contenait quelques rares fragments de céramique
permettant une datation du monument (67 AF 48) : il s’agit d’un fond
de coupe à vernis noir transparent sur argile ocre claire ; il est orné de
deux estampilles en forme de palmettes stylisées; le fragment peut
dater du IIIe siècle. La datation que nous avons proposée jadis (fin IIIe –
début IIe siècle) nous paraît un peu trop basse, compte tenu de
l’évolution de l’étude de la céramique campanienne, mais aussi des
constatations stratigraphiques faites depuis à Alba Fucens… »; Id.,
“Alba Fucens : à l’aube d’une colonie romaine”, dans JAT, 1, 1991, p.
106-107 (« La documentation archéologique recueillie dans les couches
inférieures remonte au IIIe ou même aux dernières décennies du IVe
siècle »); F. Coarelli, Il Foro Romano, II, p. 20-21, n. 36; F. Coarelli et
A. La Regina, Abruzzo Molise, Guide archeologiche Laterza, RomeBari, 19932, p. 77.
58. E. Sjöqvist, “Pnyx and Comitium”, dans Studies Robinson, I,
Washington-Saint Louis, 1951, p. 400-411 et Abb. 11.
59. F. Coarelli, Il Foro Romano, II, p. 104-123; sur la signification
possible de la statue de Marsyas au Forum, voir supra p. 121.
60. J. P. Small, Cacus and Marsyas, passim (en part. p. 68-92), estime
toutefois que l’image romaine de Marsyas provient d’une adaptation
étrusque d’un modèle iconographique grec (pour représenter le héros
Artile, disciple et compagon de Cacus).
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61. Varr., De ling. Lat., V, 155 : (…) locus substructus ubi nationum
subsisterent legati qui ad senatum essent missi.
62. Curieusement, Ch. G. Starr, The Beginnings of Imperial Rome, p.
20, limite l’utilisation de la Graecostasis aux « visitors from Massilia »,
mais paraît bien situer sa construction au cours du IVe siècle.
63. F. Coarelli, Il Foro Romano, I, p. 133; p. 144-145; p. 150; Id., s.v.
Graecostasis, dans L.T.U.R., II, 1995, p. 373.
64. D’après Varron (De ling. Lat., V, 155), la Graecostasis était un
locus substructus, c’est-à-dire une construction avec des fondations,
mais on appelait ainsi l’ensemble d’après une partie du tout (is
Graecostasis appellatus a parte, ut multi) : l’endroit précis où se
tenaient les délégations étrangères ne correspondait donc pas à
l’ensemble de la construction, mais seulement à une partie. Or la
chapelle de Concordia dédiée par Cn. Flavius en 304 fut édifiée in
Graecostasi, quae tunc supra comitium erat (Plin., N.H., XXXIII, 19) :
l’endroit où se tenaient les délégations étrangères dominait par
conséquent le Comitium (supra comitium) et peut correspondre à la
petite plateforme actuellement encore visible au sommet des gradins
du comitium de Paestum, à droite de l’entrée pour qui regarde depuis
la curie, selon une disposition strictement identique à celle qui devait
exister à Rome (cf. Varr., De ling. Lat., V, 155 : sub dextra huius a
Comitio locus substructus…) : cf. D. Theodorescu et E. Greco, “La zone
du Comitium”, dans E. Greco et D. Theodorescu éd., Poseidonia –
Paestum, III, Forum Nord, Rome (C.E.F. 42), 1987, p. 33-34.
65. Cf. W. Hoffmann, Rom und die griechische Welt, 1934, p. 88-103;
A. Momigliano, dans CQ, 36, 1942, p. 111-120 (= Id., Secondo
contributo, Rome, 1960, p. 99-104); F. Zevi, dans Omaggio a R.
Bianchi Bandinelli, Studi Miscellanei, 15, 1970, p. 65-73; B. Levick,
dans Scripta Hummaria Romana, 1978, p. 220-221; T. Hölscher, dans
MDAI(R), 85, 1978, p. 349 (= Id., Monumenti statali e pubblico, p. 43).
66. Sur ce point, voir supra p. 585-588 et n. 153.
67. Voir supra p. 564-572.
68. Voir supra p. 558, n. 62.
69. Cette idée est d’ailleurs déjà discrètement suggérée par F. Coarelli,
Il Foro Romano, II, p. 87 : « Tra la fine del IV e gli inizi del III <secolo>,
un’altra serie di monumenti che trova posto nel Comizio è forse da
spiegare con un nuovo rifacimento, da collegare forse con la quinta
fase. Si tratta dell’edicola della Concordia, dovuta a Cn. Flavio; della
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statua della Lupa con i gemelli eretta dai fratelli Ogulnii; delle statue di
Pitagora e di Alcibiade in cornibus comitii ».
70. A. C. Cassio et D. Musti, “Introduzione”, dans AION (filol), 11,
1989, p. 7.
71. Cf. L. Todisco, “Teatro e theatra nella immagini e nell’edilizia
monumentale della Magna Grecia”, dans G. Pugliese Carratelli éd.,
Magna Grecia, IV, 1990, p. 126-158. On a même voulu voir dans la
forme circulaire et les proportions du théâtre d’Épidaure l’application
de principes théoriques d’origine pythagoricienne : L. Kappel, “Das
Theater von Epidauros. Die mathematische Grundidee des
Gesamtentwurfs und ihr möglicher Sinn”, dans JDAI, 104, 1989, p. 83106.
72. Sur cette notion, voir supra p. 583-584.
73. Cf. F. Kolb, Agora und Theater, Volks- und Festversammlung,
Berlin, 1981, passim; F. Coarelli, Il Foro Romano, II, p. 19; E.
Wirbelauer, “Der Schild des Achilleus (Il. 18, 478-609). Überlegungen
zur inneren Struktur und zum Aufbau der, Stadt im Frieden’”, dans H.J. Gehrke, A. Möller éd., Vergangenheit und Lebenswelt. Soziale
Kommunikation, Traditionsbildung und historisches Bewußtsein,
Tübingen, 1996, p. 143-178 (en part. p. 161-164).
74. Cf. Plat., Tim., 33 b : Σχῆµα δὲ ἔδωκεν αὑτῷ τὸ πρέπον καὶ τὸ
συγγενές. Τῷ δὲ τὰ πάντα ἐν αὑτῷ ζῷα περιέχειν µέλλοντι ζῴῳ πρέπον
ἂν εἲη σχῆµα τὸ περιειληφὸς ἐν αὐτῷ πάντα ὁπόσα σχήµατα διὸ καὶ
σφαιροειδές, ἐκ µέσου πάντη πρὸς τὰς τελευτὰς ἵσον ἀπέχον,
κυκλοτερὲς αὐτὸ ἐτορνεύσατο, πάντων τελεώτατον ὁµοιότατόν τε
αὐτὸ ἐαυτῷ σχηµάτων, νοµίσας µυρίῳ κάλλιον ὅµοιον ἀνόµοίου :
« Pour la forme, il lui a donné celle qui lui convenait et avait de
l’affinité avec lui. Or la forme qui convenait à l’animal qui devait
contenir en lui tous les animaux, c’était celle qui renferme en elle
toutes les autres formes. C’est pourquoi le dieu a tourné le Monde en
forme de sphère, dont les extrémités sont partout à égale distance du
centre, cette forme circulaire étant la plus parfaite de toutes et la plus
semblable à elle-même, car il pensait que le semblable est infiniment
plus beau que le dissemblable » (trad. d’E. Chambry, éd. de Platon,
Timée…, Paris (G.F.), 1969, p. 414). Voir aussi Plat., Tim., 44 d. Arist.,
De cael, I, 2 (269 a) : (…) ὁ δὲ κύκλος τῶν τελείων, εὐθεῖα δὲ γραµµὴ
οὐδεµία : « le cercle est une des choses parfaites, ce que n’est aucune
ligne droite… » (trad. de P. Moraux, éd. d’Aristote, Du ciel, Paris
(C.U.F.), 1965, p. 4); Arist., De cael, II, 3 (286 b) : Σχῆµα δ’ ἀνάγκη
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σφαιροειδὲς ἔχειν τὸν οὐρανόν τοῦτο γὰρ οἰκειότατόν τε τῇ οὐσίᾳ καὶ
τῇ φύσει πρῶτον : « Le ciel a nécessairement une forme sphérique, car
cette figure est la mieux adaptée à sa substance et elle est première par
nature » (trad. de P. Moraux, op. cit., p. 63); Arist., De cael., II, 8 (290
a-b) : Διὸ καὶ εὐλόγως ἄν δόξειεν ὅ τε ὅλος οὐρανὸς σφαιροειδὴς εἷναι
καὶ ἕκαστον τῶν ἅστρων. Πρὸς µέν γὰρ τὴν ἐν ἐαυτῷ κίνησιν ἡ σφαῖρα
τῶν σχηµάτων χρησιµώτατον… : « Il est logique d’admettre que
l’ensemble du ciel est sphérique et que chaque astre en particulier l’est
aussi. La sphère est, en effet, la figure la plus avantageuse pour le
mouvement sur soi-même… » (trad. de P. Moraux, op. cit., p. 75-76);
Ps.-Arist., De mund., II (391 b) : Τοῦ δὲ σύµπαντος οὐρανοῦ τε καὶ
κόσµου σφαιροειδοῦς ὄντος… : « L’ensemble du ciel et du cosmos
étant de forme sphérique… »
75. A. Delatte, Essai sur la politique pythagoricienne, p. 40.
76. Liv., IX, 46, 10-11; Plin., N.H., XXXIII, 17; Pomp., Enchir. (ap.
Dig., I, 2, 2, 7).
77. Sur le mundus, cf. Plut., Rom., 11, 2 : Βόθρος γὰρ ὠρύγη περὶ τὸ
νῦν Κοµίτιον κυκλοτερής, ἀπαρχαί τε πάντων, ὄσοις νόµῳ µὲν ὠς
καλοῖς ἐχρῶντο, φύσει δ’ ὠς ἀναγκαίοις, ἀπετέθησαν ἐνταῦθα. καὶ
τέλος ἐξ ἦς ἀφῖκτο γῆς ἕκαστος ὀλίγην κοµίζων µοῖραν ἕβαλλον εἰς
ταῦτα καὶ συνεµίγνυον. Καλοῦσι δὲ τὸν βόθρον τοῦτον ᾧ καὶ τὸν
ὄλυµπον ὀνόµατι µοῦνδον. Εἷθ’ ὥσπερ κύκλον κέντρω περιέγραψαν
τὴν πόλιν : « On creusa une fosse circulaire dans la zone du Comitium
actuel, et l’on y déposa, d’une part les prémices de toutes les choses
dont l’usage est bon dans la mesure où il est conforme à la Loi, et
d’autre part de toutes celles dont l’usage est rendu nécessaire par la
Nature. Et à la fin, chacun ayant emporté une petite portion de la terre
d’où il venait, la jeta dans la fosse, et on mêla le tout ensemble. On
appelle cette fosse le mundus, de la même manière que l’on désigne
l’Olympe. Puis on traça les limites de la ville à la manière d’un cercle
autour de ce centre ». Texte à rapprocher de deux autres témoignages :
Cat., Comm. iur. civil., p. 84-85 J. = fr. 1 Huschke (ap. Fest., p. 144
L.) : Mundo nomen impositum est ab eo mundo qui supra nos est :
forma enim eius est, ut ex his qui intravere cognoscere potui,
adsimillis illae. Eius inferiorem partem, veluti consecratam Dis
Manibus clausam omni tempore nisi [h]is diebus qui supra scripti
sunt maiores c<ensuerunt habenda>m. Varr., De ling. Lat., V, 143 :
Oppida condebant in Latio Etrusco ritu multi, id est iunctis bobus,
tauro et vacca interiore, aratro circumagebant sulcum (hoc faciebant
religionis causa die auspicato), ut fossa et muro essent muniti.
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Terram unde exculpserant, fossam vocabant et introrsum lactam,
murum. Post ea qui fiebat orbis, urbis principium; qui quod erat post
murum, postmoerium dictum, eo usque auspicia urbana finiuntur.
Cippi pomeri stant et circum Ariciam et circum Romam. Quare et
oppida quae prius erant circumducta aratro ab orbe et urvo urbes;
ideo coloniae nostrae omnes in litteris antiquis scribuntur urbis, quod
item conditae ut Roma, et ideo coloniae et urbes conduntur, quod
intra pomerium ponuntur. Sur la situation topographique du mundus,
voir notamment : F. Coarelli, “Ara Saturni, Mundus, Senaculum”, dans
DArch, 9-10, 1976-1977, p. 346-377; Id., “L’Umbilicus urbis. Il mundus
in età tardo-repubblicana”, dans DArch, 9-10, 1976-1977, p. 378-398;
F. Coarelli, Il Foro Romano, I, p. 199-226; Id., s.v. Mundus, dans
L.T.U.R., III, 1996, p. 288-289; Id., s.v. Umbilicus Romae, dans
L.T.U.R., V, 1999, p. 95-96. Sur l’interprétation pythagoricienne du
mundus, entre la fin du IVe et le début du IIe siècle, voir : J.-M. Pailler,
Bacchanalia, p. 421-432; M. Humm, “Le mundus et le Comitium :
représentations symboliques de l’espace de la cité”, dans Hist. Urb., 10,
2004, p. 43-61.
78. Plin., N.H., VII, 212 : XII Tabulis ortus tantum et occasus
nominantur, post aliquot annos adiectus est et meridies, accenso
consulum id pronuntiante, cum a curia inter Rostra et Graecostasin
prospexisset solem; a columna Maenia ad carcerem inclinato sidere
supremam pronuntiavit, sed hoc serenis tantum diebus, usque ad
primum Punicum bellum. Cf. Varr., De ling. Lat., VI, 5 : Suprema
summum diei, id ab superrimo. Hoc tempus Duodecim Tabulae dicunt
occasum esse solis; sed postea lex Plaetoria id quoque tempus esse
iubet supremum, quo praetor in Comitio supremam pronuntiavit
populo. Varr., De ling. Lat., VI, 89 : Hoc idem Cosconius in Actionibus
suis scribit praetorem accensum solitum tum esse iubere, ubi ei
videbatur horam esse tertiam, inclamare horam tertiam esse,
itemque meridiem et horam nonam. Censor., De die nat., 24, 3 : (…)
tunc meridies, quod est medii diei nomen, inde de meridie; hinc
suprema. Quamvis plurimi supremam post occasum solis esse
existimant, quia est in XII tabulis scriptum sic : « Solis occasus
suprema tempestas esto » [= XII Tab., I, 9 = F.I.R.A., I2, p. 28]. Sed
postea M. Plaetorius tribunus plebiscitum tulit, in quo scriptum est :
« Praetor urbanus, qui nunc est quique posthac fuat, duos lictores
apud se habeto isque <usque> supremam ad solem occasum ius inter
cives dicito ». F. Coarelli, Il Foro Romano, I, p. 138-145; Id., s.v.
Comitium, dans L.T.U.R., I, 1993, p. 310.
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79. F. Coarelli, Il Foro Romano, II, p. 19-20; Id., s.v. Comitium, dans
L.T.U.R., I, 1993, p. 311. Voir supra p. 614-616.
80. Voir supra p. 616-620.
81. Vitruv., De arch., IV, 5, 1; Hygin., De limit. constit., dans Gromatici
éd. Lachmann, p. 169. Cf. P. Catalano, dans ANRW, II, 16, 1, 1978, p.
468-470.
82. F. Coarelli, Il Foro romano, I, p. 126; p. 174; Id., s.v. Comitium,
dans L.T.U.R., I, 1993, p. 313 : la construction en tuf de Monteverde de
la base de colonne (K), qui se dressait à côté d’un autel (G) de forme
archaïsante (semblable aux autels de Lavinium) que F. Coarelli date de
338 et qu’il identifie à une reconstruction du Volcanal, serait
contemporaine de la reconstruction intégrale dans le même matériau
du suggestum (C) en forme d’arc de cercle, qui correspond aux Rostres
du Comitium circulaire, et appartient donc à la 5e phase de
construction du monument. Comme le remarque F. Coarelli (Il Foro
romano, I, p. 174), cet indice semble confirmer la reconstruction du
Comitium (et donc l’adoption du plan circulaire) au début du IIIe siècle
au plus tard.
83. Ann. Pont., fr. 4 P. = 7 Ch. (ap. Gell., N.A., IV, 5, 1-6) : Statua
Romae in Comitio posita Horatii Coclitis, fortissimi viri, de caelo
tacta est. Ob id fulgur piaculis luendum aruspices ex Etruria acciti
inimico atque hostili in populum Romanum animo instituerant eam
rem contrariis religionibus procurare atque illam statuam suaserunt
in inferiorem locum perperam transponi, quem sol oppositu circum
undique altarum aedium numquam illustraret. (…) constititque eam
statuam, proinde ut verae rationes post compertae monebant, in
locum editum subducendam atque ita in area Volcani sublimiore loco
statuendam; ex quo res bene et prospere populo Romano cessit. (…)
Ea historia de aruspicibus (…) scripta est in Annalibus Maximis, libro
undecimo, et in Verri Flacci libro primo rerum memoria dignarum.
Cf. aussi : Dion. Hal., V, 25, 2; Plut., Popl., 16, 9; Auct. De vir. ill., 11, 2.
Voir notamment F. Coarelli, Il Foro Romano, I, p. 166-169; p. 173-175
et fig. 46-47; Id., s.v. Statua M. Horatii Coclitis, dans L.T.U.R., IV,
1999, p. 361; Id., s.v. Volcanal, dans L.T.U.R., V, 1999, p. 210 :
Horatius Coclès pourrait avoir été identifié à Vulcain (tous deux étaient
boiteux et associés au feu, et Vulcain était parfois aussi présenté
comme borgne), ce qui expliquerait que sa statue, qui se trouvait in
area Volcani sublimiore loco, a été placée au sommet d’une colonne
dans le Volcanal; il faut souligner que le passage cité d’Aulu-Gelle est
extrait des annales pontificales (fr. 4 P. = 7 Ch.), et F. Coarelli
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remarque que « l’insistere sull’importanza del sole indica che si
trattava di un elemento centrale della redazione originale ». Pour G.
Dumézil, L’héritage indoeuropéen à Rome, Paris, 1949, p. 159-165, la
légende d’Horatius Coclès se rattache au prototype “indo-européen” du
héros borgne qui foudroie l’ennemi par la magie de son unique regard :
là encore, la foudre et le feu semblent faire partie constitutive du
mythe. T. Hölscher, dans MDAI(R), 85, 1978, p. 334-335 (= Id.,
Monumenti statali e pubblico, p. 32), note que ce n’est qu’à partir de la
fin du IVe siècle qu’on commença à exposer publiquement les statues
des personnages célèbres et légendaires de la cité. Enfin, pour M.
Sehlmeyer, Stadtrömische Ehrenstatuen, p. 92-96 et p. 109, l’érection
d’une statue en l’honneur d’Horatius Coclès, modèle de vertu guerrière
et héroïque, pourrait s’expliquer à un moment où Rome était assaillie
de tous côtés par les Samnites [et les Étrusques ?].
84. Cf. aussi Varr., De ling. Lat., VI, 5 : Suprema summum diei, id ab
superrimo. Hoc tempus Duodecim Tabulae dicunt occasum esse solis
(…); Censor., De die nat., 24, 3 : (…) plurimi supremam post occasum
solis esse existimant…
85. Plin., N.H., VII, 212 (voir supra p. 628, n. 78).
86. En particulier chez Philolaos de Crotone : d’après le témoignage
d’Aétius (Opinions, II, 7, 7), qui s’appuie probablement sur
Théophraste, « pour Philolaos, c’est le feu qui occupe le milieu <de
l’univers> dans la région du centre, qu’il dénomme d’ailleurs “foyer” de
l’univers, “demeure de Zeus”, “mère des dieux” et encore “autel”,
“rassembleur” et “mesure de la nature”. De plus, c’est un autre feu qui
tout là haut constitue l’enveloppe de l’univers. Le milieu est par nature
premier, et autour de lui mènent leur ronde dix corps divins : [le ciel]
<et après lui la sphères des fixes>, les cinq planètes auxquelles il ajoute
le Soleil, sous le Soleil la Lune, sous la Lune la Terre et sous la Terre
l’anti-Terre. C’est après eux tous que se situe le foyer qui occupe la
place du foyer central » (trad. J.-P. Dumont, Les Présocratiques, p.
497) = Philolaos, fr. 44 A 16 Diels-Kranz; toujours sans doute d’après
Théophraste, Aétius précise plus loin (Opinions, III, 11, 3) : « Le
pythagoricien Philolaos affirme que c’est le feu qui occupe le milieu de
l’univers puisqu’il en est le “foyer”; en deuxième lieu vient l’anti-Terre,
puis en troisième lieu la Terre, habitée, située [à l’opposé] et tournant à
l’inverse de l’anti-Terre. C’est ce qui explique que les habitants de la
Terre sont dans l’impossibilité de voir ceux de l’anti-Terre » (trad. J.-P.
Dumont, Les Présocratiques, p. 497-498) = Philolaos, fr. 44 A 17 DielsKranz; voir aussi le témoignage d’Aristote (Met., I, 5, 985 b – 986 a),
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peut-être directement inspiré d’un ouvrage de Philolaos (W. Burkert,
Weisheit und Wissenschaft, p. 206-221 : voir supra p. 581 et p. 568569, n. 97 et 101. P. Boyancé, Études sur le Songe de Scipion, p. 78104, voyait dans la « théologie solaire » telle qu’elle s’exprime dans le
Songe de Scipion, les conceptions astronomiques et philosophiques
des Pythagoriciens, notamment ceux de l’école de Philolaos : Cicéron
désigne le soleil comme dux et princeps (De Rep., VI, 17), selon les
mêmes termes (ἡγεµών et ἄρχων) que les musiciens pythagoriciens
donnaient à la mèse pour définir son rôle éminent parmi les cordes de
la lyre; or, « l’école de Philolaos identifie le πρᾶτον ἀρµοσθέν, c’est-àdire la mèse, avec le feu central, avec Hestia » (p. 99). Sur les
conceptions astronomiques des Pythagoriciens, cf. A. Szabó, dans G.
Pugliese Carratelli éd., Megale Hellas, p. 564-566; J.-F. Mattéi,
Pythagore et les Pythagoriciens, p. 85-87.
87. Cf. Liv., IX, 46, 5. Voir supra p. 449-451.
88. Comme semble le penser Valère-Maxime (II, 5, 2) : Ius civile (…)
Cn. Flavius (…) vulgavit ac fastos paene toto foro exposuit.
89. L. R. Taylor, Roman Voting Assemblies, p. 120, n. 21; p. 130, n. 27.
Voir aussi supra p. 602.
90. Voir supra p. 441-480.
91. Voir supra p. 469-479.
92. Cic., De leg., II, 29; Liv., I, 19, 6-7; Plut., Num., 18-19; Censor., De
die nat., 20, 4; Macr., Sat., I, 13, 1-5. Cf. J. D. Cloud, “Numa’s Calendar
in Livy and Plutarch” dans LCM, 4, 1979, p. 65-71.
93. Censor., De die nat., 20, 4 : Postea sive a Numa, ut ait Fulvius,
sive, ut Iunius, a Tarquinio duodecim facti sunt menses et dies CCCLV
(…). Sed ut dies unus abundaret, aut per imprudentiam accidit, aut,
quod magis credo, ea superstitione, qua inpar numerus plenus et
magis faustus habebatur. Macr., Sat., I, 13, 5 : Paulo post Numa in
honorem imparis numeri, secretum hoc et ante Pythagoram
parturiente natura, unum adiecit diem quem Ianuario dedit, ut tam
in anno quam in mensibus singulis praeter unum Februarium impar
numerus servaretur. Sol., 1, 39-40 : (…) hortante observatione inparis
numeri, quem Pythagoras monuit praeponi in omnibus oportere.
Unde propter dies inpares diis superis et Ianuarius dicatur et
Martius : propter pares Februarius quasi ominosus diis inferis
deputatur.
94. L’impair était considéré comme un nombre « mâle » parce qu’il ne
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peut pas être divisé en deux parties égales, alors qu’il peut se
décomposer en deux nombres égaux de part et d’autre d’une unité
centrale (3 = 1 + 1 + 1 ; 5 = 2 + 1+2; 7 = 3 + 1 + 3); à l’inverse, le pair
était considéré comme un nombre « femelle » parce qu’il est toujours
divisible par deux et donc à l’origine de deux autres nombres entiers :
cf. J.-F. Mattéi, Pythagore et les Pythagoriciens, p. 59-62.
95. Voir P. Boyancé, dans RPh, 29, 1955, p. 172-192 (= Id., Études sur
la religion romaine, Rome (C.E.F. 11), 1972, p. 227-252); A. K.
Michels, The Calendar of the Roman Republic, p. 122-125; J. Rüpke,
Kalender und Öffentlichkeit, p. 204 et p. 330-368. Cf. aussi F. Coarelli,
Il Campo Marzio, I, p. 452-484.
96. Voir M. Humm, « Numa et Pythagore : vie et mort d’un mythe »,
dans P.-A. Deproost et A. Meurant éd., Images d’origines, Origines
d’une image. Hommages à Jacques Poucet, Faculté de Philosophie et
Lettres de l’Université catholique de Louvain et Facultés universitaires
Saint-Lous (Transversalités, 4), 2004, p. 125-137 (en part. p. 127-130).
97. J. Rüpke, Kalender und Öffentlichkeit, p. 359, a d’ailleurs montré
que M. Fulvius Nobilior a utilisé le calendrier publié par Cn. Flavius
pour rédiger les fastes qu’il afficha dans le temple d’Hercule aux
Muses : l’attribution à Numa du calendrier romain peut donc
parfaitement provenir du modèle suivi par Fulvius.
98. A. K. Michels, The Calendar of the Roman Republic, p. 124-125,
imagine, sur la base du témoignage de Censorinus (De die nat., 20, 4),
que c’est l’association entre Numa et Pythagore (et donc la tradition
sur le pythagorisme du roi) qui aurait suggéré à Fulvius Nobilior l’idée
d’interpréter le nombre inhabituel de jours du calendrier romain
(pourquoi 355 au lieu de 354 ?) par la valeur du nombre impair chez
les Pythagoriciens.
99. K. J. Beloch, dans Hermes, 57, 1922, p. 121-124; Id., Griechische
Geschichte, IV, 1927, p. 256-260. Voir supra p. 469-479.
100. Dans le Timée, l’un de ses dialogues les plus “pythagorisants”
(voir supra p. 581-582), Platon décrit très précisément ce mécanisme,
et le rôle central joué par le Soleil pour le décompte des jours, des mois
et des années (39 b-c) : « Or, afin qu’il fût pourvu, dans leurs huit
mouvements [ceux des planètes], à une mesure visible de leur lenteur
et de leur vitesse relatives, le Dieu fixa un luminaire à celle des orbites
qui est placée en seconde par rapport à la Terre, celle que nous
appelons maintenant le Soleil. Ainsi fut fait, afin que le Ciel fût partout
lumineux et que les Vivants pour lesquels cela était convenable
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participassent du Nombre, qu’ils apprirent à connaître à la vue de la
révolution du Même et du Semblable. Ainsi et pour ces raisons
naquirent la Nuit et le Jour, qui forment la révolution du cercle unique
et de tous le plus raisonnable. Ainsi naquirent le mois, lorsque la Lune,
ayant parcouru son orbite, rattrape le Soleil, et l’année, quand le Soleil
a fait le tour de son cercle » (trad. d’A. Rivaud, éd. de Platon, Œuvres
complètes, t. X, Timée-Critias, Paris (C.U.F.), 1925, p. 153). La
cosmologie de Philolaos est présentée supra p. 634, n. 86.
101. Cf. D. R. Dicks, Early Greek Astronomy, p. 75-91.
102. Plat., Leg., VII, 809 c-d; 817 e-818 a. Sur les conceptions
astronomiques de Platon, cf. D. R. Dicks, Early Greek Astronomy, p.
92-150.
103. S. Mazzarino, Il pensiero storico classico, II, 2, p. 349, a souligné
que, grâce à ses spéculations sur l’existence d’un espace cosmique, le
pythagorisme avait eu l’intuition quasi pré-einsteinienne de la relation
à établir entre l’espace et le temps. Mais cette relation est déjà
attribuée à Pythagore par Varron lui-même (De ling. Lat., V, 11-12)!
104. Par conséquent, ce n’est peut-être pas par pure rhétorique que
Cicéron est amené à écrire, après avoir justement souligné qu’un
poème d’Appius Claudius lui semblait pythagoricien (mihi… Appi
Caeci carmen … Pythagoreum videtur), que de nombreux éléments au
sein des institutions de la République romaine proviendraient en fait
des doctrines pythagoriciennes (Tusc, IV, 4) : Multa etiam sunt in
nostris institutis ducta ab Ulis; quae praetereo, ne ea quae repperisse
ipsi putamur, aliunde didicisse videamur.
© Publications de l’École française de Rome, 2005
Conditions d’utilisation : http://www.openedition.org/6540
Référence électronique du chapitre
HUMM, Michel. Chapitre 12. Espace et temps civiques au Comitium :
une représentation cosmique de la Cité In : Appius Claudius Caecus :
La République accomplie [en ligne]. Rome : Publications de l’École
française de Rome, 2005 (généré le 14 avril 2016). Disponible sur
Internet : <http://books.openedition.org/efr/1625>. ISBN :
9782728310265.
Référence électronique du livre
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HUMM, Michel. Appius Claudius Caecus : La République accomplie.
Nouvelle édition [en ligne]. Rome : Publications de l’École française de
Rome, 2005 (généré le 14 avril 2016). Disponible sur Internet :
<http://books.openedition.org/efr/1581>. ISBN : 9782728310265.
Compatible avec Zotero