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ÉTIENN
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40 Sd
VAR Row
La volière cosmique de Varron à Casinum (Italie).
Robert ÉTIENNE
Résumé. - À Cassino (Casinum), Varron avait fait construire une somptueuse villa qui
1
le classait parmi les piscinarii. Celle-ci était en effet accompagnée d'une volière en
forme de tablette à écrire, intégrant des viviers. Sa construction répondait à
l'arithmologie pythagoricienne fondée sur le chiffre 8 et l'on peut l'interpréter comme un
temple du système astral.
Abstract. - In Cassino (Casinum), Varro had a sumptuous villa built which clasified
him among the piscinarii. These usually went with a writing-tablet shaped aviary which
would include fish ponds. It was built according to Pythagorician arithmology based on
the figure 8 and it may be interpreted as a temple to the astral system.
~
Mots-clés. — Voliére, Varron, piscinarii. tablette à écrire, pythagorisme, acdes Fortunae
huiusdici, temple astral.
Yevue
oes CI UDES
ACIER PES
Loeb, Loh, |
F
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- NT
http://www.rea.u-bordeaux3.fr/etienne-art.htm
Page 2
Voir dans le PDF(s’ouvre dans une nouvelle fenêtre)LA VOLIERE COSMIQUE DE VARRON A CASINUM
(ITALIE)
À la mémoire de mon père,
passionné de volières.
Résumé. — À Cassino (Casinum), Varron avait fait construire une somptueuse villa qui le
classait parmi les piscinarii. Celle-ci était en effet accompagnée d'une volière en forme de
tablette à écrire, intégrant des viviers. Sa construction répondait à l’arithmologie
pythagoricienne fondée sur le chiffre 8 et l’on peut l'interpréter comme un temple du système
astral.
Abstract. — In Cassino (Casinum), Varro had a sumptuous villa bulk which clasified him
among the piscinarii. These usually went with a writing-tablet shaped aviary which would
include fish ponds. It was built according to Pythagorician anthmology based on the figure 8
and it may be interpreted as a temple to the astral system.
Mots-clés. — Volière, Varron, piscinarii, tablette à écrire, pythagorisme. aedes Fortunae huius
diei, temple astral.
*
Membre de l'Institut.
M
T. 108 2004 n°1 n 20
Page 3
Voir dans le PDF(s’ouvre dans une nouvelle fenêtre)Dans le « lobby » aristocratique des piscinarii | où se comptent les « maniaques de
viviers » ?, Varron occupe une place éminente ; chronologiquement 3, il est l’un des premiers
créateurs de viviers qui servent à la fois à enrichir les menus servis dans leurs villas
somptueuses et ostentatrices et qui jouent le rôle, entre 54 avant Jésus-Chri
st et 79 après
Jésus-Christ, d'un marqueur social. Les viviers ornaient la volière de Varron
4 et méritaient
d'être définis dans l'architecture de cette construction proche
de Casinum (Cassino) : ils
entrent dans une esthétique nouvelle du banquet et sont solidaire
s d’une idéologie
religieuse, proche de l'astrologie.
I. - VARRON, MEMBRE D'UN « LOBBY » ARISTOCRATIQ
UE
Le chef de file, pour ainsi dire de ce «club», en fut Sergius Orata5 qui fit la
réputation de ses parcs a huitres du lac Lucrin, installés dans ses propriétés de Baies. Ce
spéculateur adroit et heureux donna son nom à la dorade.
À la même période, Licinius Murena 6 créa des viviers pour tous autres poissons,
imité par Marcius Philippus ?, par Q. Hortensius * et surtout par le plus riche et le plus
extravagant, L. Licinius Lucullus ?, traité par Pompée le Grand de « Xerxès en toge » : « il
fit creuser dans une montagne proche de Naples, à plus de frais qu'il n’avait construit sa
villa, un chenal donnant accés aux eaux de la mer ».
Dans ce concert, n’oublions pas C. Hirrius !° qui imagina le premier un vivier réservé
aux murènes. C'est lui qui préta à César six mille murènes pour les banquets de ses
s de
triomphes et qui valorisa ainsi sa villa qui, plus que modeste, se vendit quatre million
sesterces : désormais les murènes furent en vogue, comme chez Hortensius, dans sa villa
de Baules, près de Baïes.
IX, 176. Voir désormais X. or
1. Cic.. Ad Attic., I, 18, 6 : 1, 19, 6 : II, 9 ; Parad., V, 2 ; Plin., NH,(Ie
s. av. J.-C. - UE s. ap. J.-C.)
Villa maritima. Recherches sur les villas littorales de l'Italie romaine
.
(BEFAR, 307), Rome, 2001, p. 196 sq.
2. Selon la jolie traduction de Ch. Guiraud, dans Varro, Economie rurale, HI, PUF, Paris, 1997 (= RR),
p. 66-67.
3. P. Laenius Strabo, de Brindisi, a été le premier qui eut l’idée d’établir des volières : Varro, RR, III, 5,
8 ; Plin., NH, X, 141 ; ce personnage de rang équestre (C. NicoLET, L'ordre équestre à l'époque républicaine,
BÉFAR. 207, Paris, 1974, IL, n° 193) est à rapprocher de M. Laenius Flaccus, ami de Cicéron et d’Atticus.
4. Varro, RR (éd. C. GUIRAUD, dans CUF, 1997), III, 5,9-17.
5. Plin., NH, IX, 169-170.
6. Id., ibid., IX, 170 ; Varro, RR, Ill, 3, 10 ; Colvm., VIII, 16 ; Macrob., 15, 2.
7. Varro, RR, UI, 3, 10 : T.R.S. BROUGHTON, Magistrates of Roman Republic
(= MRR), IL, New York,
1952, p. 173, 180, 207.
8. Plin., NH, IX, 170 ; Varro, RR, III, 3, 10.
9. Plin., NH, IX, 170.
10. Id. ibid., IX, 171.
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Voir dans le PDF(s’ouvre dans une nouvelle fenêtre)LA VOLIERE COSMIQUE DE VARRON A CASINUM
Au total, c’est une aristocratie d’argent qui se spécialise dans les viviers par
cupidité !!, en raison du prix élevé que les gens riches sont prêts à payer pour du poisson
frais. Rappelons-nous qu'à la mort de Lucullus, Caton d’Utique, qui avait reçu la tutelle du
fils de ce dernier, a vendu du poisson tiré de ses viviers pour quarante mille sesterces !2.
L'argent, en cette fin de la République, mesure les distinctions sociales, et les « honneurs »
ne sont plus les seuls critères de la hiérarchie. Toutefois, Varron et Lucullus méritent de
retenir notre attention.
Varron accomplit une belle carrière sénatoriale, au service de Pompée ; il intervient
dans la guerre contre les pirates, puis dans celle contre Mithridate, en tant que préteur
chargé de la flotte opérant entre la Sicile et l’île de Délos ; il s’y distingue et reçoit plusieurs
couronnes. En Hispanie ultérieure, partisan de Pompée, il se rend à César. À nouveau
pompéianiste !3, il commande la flotte des Rhodiens à Dyrrachium. Après Pharsale,
pardonné par César, il se retire à Cumes et à Tusculum : il est chargé par le dictateur de
l’organisation des bibliothèques grecque et latine '*, à l’âge de soixante-dix-huit ans : belle
récompense pour le plus savant des Romains ' et l’un des plus raffinés ; il sut construire à
Casinum une volière qui mérite notre étonnement.
Lucullus '© fut un capitaine, un conquérant d'une autre envergure que Varron.
Reprenons ce qu’en dit Plutarque !? : « il fut le premier à franchir le Taurus avec une
armée: il traversa le Tigre, prit et brûla sous les yeux de leurs rois les résidences royales
de Tigranocerte, Cabires, Sinope et Nisibis. Il soumit les pays du nord jusqu’au Phase, ceux
de l’est jusqu'à la Médie et ceux du sud et de la mer Érythrée avec l’aide des rois arabes ».
Fidéle de Sylla, il fut élu consul en 74, peu aprés la mort du dictateur ; avec Marcus
Cotta '®, il intrigua pour avoir la province de Cilicie et l’Asie, afin d'obtenir le
commandement de la guerre contre Mithridate, qu’il poursuivit pendant plusieurs années,
s’empara de |’ Arménie et contróla le territoire d’autres provinces : Cilicie, Asie, Bithynie,
Paphlagonie, Galatie, Pont, tous les pays en deçà du Phase, ce qui le fit accuser d’ ambition.
Plus légitime fut l’accusation de cupidité, lancée contre lui à partir de 66, date de son retour
a Rome, si grand fut le butin de guerre, qui suivait ses campagnes, enfermé dans les coffres
de son train d’équipage !°. Il fit aménager en 60 sur la colline du Pincio, à
Rome, des
Jardins somptueux *° et construire à Rome et surtout à Tusculum des salons
magnifiques et
11. Plin., NH, IX, 168 : causa avaritiae.
12. Varro, RR, III, 2, 17.
13. MRR, Il, p. 149 : Varro, RR, 2, proem. 6.
14. En 45 : MRR, IL p. 314 ; Suét., /ul., 44, 2
; Isid.. Orig., 6, 5.
i ca Inst. or, X, 95 : vir Romanorum eruditi
-
J. VAN OOTEGHEM, Lucius Licinius
Lucullus
Sciences morales et politiques, 53), Bruxelles, 1959.
17. Plut., Lucullus, 46.
ssimus.
18. MRR, II, p. 100-101.
19. Plut., Lucullus, 34, 4.
20. P. Grima, Les jardins romains,
i
i
— cr
Paris, 1969, p. 126-129,
Lettres
Page 5
Voir dans le PDF(s’ouvre dans une nouvelle fenêtre)des thermes qu'il agrémentait de tableaux et de statues. Il régalait ses convives, dans ses
appartements de Rome et dans sa villa de Tusculum, de repas remarquables par la variété des
plats et l’extrême raffinement de leur préparation, accompagnés de nombre de friandises.
Il avait acheté pour dix millions de sesterces à une Cornelia, qui n’est autre que la
fille de Sylla, une villa au Cap Misène, qu’elle avait acquise pour seulement trois cent mille
sesterces ; à l'unisson de tels investissements, il dépensait pour un repas à trois couverts
cinquante mille deniers, à l’étonnement de Cicéron et de Pompée. Il possédait 2! une autre
villa dans la région de Naples : elle comprenait vraisemblablement l’île Megaris (aujourd’hui
le Castel dell’Ovo). Lucullus était enfin propriétaire d’une troisième villa, située
non loin
de Baïes et de Misène, où il avait aménagé des viviers à poisson.
Il usait ainsi insolemment de sa richesse 22 et seule sa biblioth
èque, lui donnant une
stature d'homme de culture, trouvait grâce aux yeux de ses
contemporains qui vilipendaient
res entourés d’eau, ses viviers le
sa table fastueuse comme celle d’un satrape ; ses belvédé
faisaient ranger parmi les piscinarii : le prétendu adepte de la Vieille
Académie penchait,
par son existence voluptueuse 23, vers Epicure.
Ainsi en Lucullus se rejoignaient le sénateur à la brillante carrière militaire
et
l’adepte de tous les luxes ; c’est cette brillante carrière qui explique l'éclat de sa vie privée
et son appartenance au cercle des piscinarii. Mais pour mieux mesurer ce luxe extravagant,
nous devons nous tourner vers la volière de Varron, celle de Lucullus restant plus
modeste 24,
II. - LA CONSTRUCTION DE LA VOLIERE
Varron nous livre un dossier précis de la construction, si bien qu’il comporte un métré
presque intégral des diverses parties de l'architecture. Nul étonnement si des archéologues,
riches de cette aubaine en général si rare, ont multiplié les plans sans suivre raisonnablement
la description varronienne. Aujourd’hui, l'unanimité se fait autour du plan présenté par
Ch. des Anges et G. Seure 25. Nous n’aurons à lui apporter que de légères modifications
(largeur et emplacement des viviers oblongs et nombre des colonnes de la tholos).
Nous sommes au pied de Casinum, du mont Cassin, oú coule un cours d'eauSpe: i=
ie 5
17,10 mètres.
57 pieds, soit
d’une largeur de
digué entre des quais‘étéde depierre,
m
peu
un
soit
carrés,
pieds
950
sur
Varron qui s’étend
ili
riété des Pplus modestes.
à
E correspo
CT
té
proprié
la
deux
en
s ndent a une prop
—
alent à 225 jugères ett corre
.
7
.
.
1
900 ares, qui équiv
= an ph
XXXI. 3 : VELL. PATERC., II, 33, 2 : pecuniae cupidine.
23. Plut., Lucullus, 44.
24. Vi
. RR, MI, 4, 3.
>. En ea ANGES et G. SEURF, « La volière de Varron », dans RPh., 58, 1932, p. 217-290, approuvé
par F. Coaretii, « Archittettura sacra e archittettura privata nella tarda Repubblica », dans Architecture et
société, p. 206 sq el accepté par G. SAURON, Quis deum, p. 138, n. 272.
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Voir dans le PDF(s’ouvre dans une nouvelle fenêtre)a = cours d’eau
b = promenade sur la rive du
cours d’eau (ambulatio)
= planula
mnaron HA
= escaliers
Fig. 1 : Plan restitué de la volière de Varron.
area
portiques
viviers
sentier (semita)
Page 7
Voir dans le PDF(s’ouvre dans une nouvelle fenêtre)De chaque côté des rives de ce cours d’eau court une promenade (b) de dix pieds,
soit trois mètres, de large. La volière (ornithonis locus) s’étend sur une rive, dans la
direction des champs, et elle est ceinturée de hauts murs (maceriis altis). Entre ces hauts
murs, elle affecte (speciem) la forme d’une tablette à écrire, munie de sa poignée. On
connaît la planchette à écrire des écoliers romains °° ; rectangulaire, elle se termine par un
anneau circulaire de préhension, qui est tangent à la partie rectangulaire 2’, ce qu'indique
bien le mot rotunda.
La partie rectangulaire mesure en largeur 48 pieds et en longueur 72 pieds ; la largeur
est donc égale aux deux tiers de la longueur, mesure canonique des formes, qui sera reprise
par Vitruve
á propos des dimensions du forum proprement dit et qui sera souvent
appliquée par les architectes pour le rapport du petit axe de l’amphithéâtre au grand axe :
nous sommes donc là à l’aboutissement d’une recherche mathématique des architectes
hellénistiques, attachés au nombre d'or.
La partie circulaire ou tholos (fig. 2) mesure en son diamétre 27 pieds, qu'il faut
corriger en 37 pieds, le premier chiffre étant jugé inacceptable, soit 18 1/2 pieds pour le
rayon ; ce rayon se décompose ainsi (chiffres en pieds) :
dépassement du stylobate
1/4
diamètre de la colonne à la base
2
intervalle entre les colonnes
5
diamètre de la colonnette à la base
dépassement du stylobate
1
1/4
plate-forme
margelle
5
l
tablette de table tournante
212
roue de la table jusqu'à l’axe
1 1/2
Poursuivant la comparaison avec la tablette à écrire qui avait un encadrement de bois
maintenant la matière sur laquelle on écrivait, Varron signale à la partie inférieure un muret
ou des barrières mobiles qui séparent de la promenade (ambulatio) le long de la rivière
l’area (e) de la volière. Le latin des manuscrits fait ici difficulté et on ne peut cacher que,
sur le plan architectural, cette solution n'est guère acceptable. Il vaudrait mieux lire scalae
au lieu de caviae et imaginer des escaliers (d) pour séparer planula (c) de area, ainsi
surélevée, ce qui faciliterait l'écoulement des eaux de la tholos et des piscinae vers la
rivière.
ide logi1es
| e des idéo
I plastiqu
pression
27. G. Sauron, Quis1 deum n.? L'ex
272.
es
a Rome
religi igieus
polititiques et rel
. Rome, 1994, p. 138
. 285)
largeur totale de l’area,
(BÉFAR2%.
Vitrwv.. De Architectura. V, 1,2; il faut bien comprendre 48 pieds comme
calculée entre les grands murs de clôture.
Page 8
Voir dans le PDF(s’ouvre dans une nouvelle fenêtre)LA VOLIERE COSMIQUE DE VARRON A CASINUM
Dans la partie rectangulaire, sont disposés à droite et à gauche des portiques (f) avec
mur de fond et colonnes de façade en pierre. Des arbrisseaux nains sont placés en
quinconce, soit au milieu de l’espace entre la ligne du fond et la ligne des colonnes et au
milieu de l'intervalle entre deux colonnes, ce qui fait deux fois au milieu (pro mediis).
i = colonnes de la tholos
j = colonnettes
k = theatridion
= plate-forme
m= margelle
n = niche a canards
O = roue à rayons
p = tablette creuse
Du sommet du mur du fond, part un filet de chanvr
e qui s'accroche à l’architrave
surmontant les colonnes et, de là, tombe le long des colonnes Jusqu'a
u large stylobate qu'il
contient, et au dallage continu sur lequel repose
la base des colonnes et qui représente le
Page 9
Voir dans le PDF(s’ouvre dans une nouvelle fenêtre)sol du portique. Ces portiques sont remplis d'oiseaux que Pon nourrit au travers du réseau
et l’eau coule par un mince filet, permettant aux volatiles de s abreuver et aux gens de
service de nettoyer le dallage.
Partant du milieu de l’aire et allant jusqu’au sommet, deux viviers (g) de forme
oblongue jouxtent chaque portique : leur longueur est de 36 pieds (soit la moitié de la
longueur totale, 72). Varron ne nous donne pas la répartition des largeurs des portiques, de
ces viviers et du « sentier » (semita) (h) qui conduit les invités à la tholos-salle à manger.
Que proposer ? La seule indication est que ces viviers sont oblongs et donc ne sauraient
entrer dans le système canonique des proportions qui leur aurait donné 36 x 2 et divisé par
= 12, ce qui est nettement trop important. Leur largeur doit être inférieure à celle des
portiques qui pourrait atteindre précisément 12 pieds et la largeur des viviers dans ce cas
pourrait mesurer 8 pieds. Le sentier serait aussi large, soit 8 pieds, et la largeur
totale ainsi
répartie permet de retrouver les 48 pieds indiqués par Varron.
deux portiques
12x
2 =24 (=8x 3)
deux viviers
=
8x2 = 16 (=8x2)
un sentier
=
8
=
8(=8x1)
48 pieds
Certes, ces calculs restent aléatoires mais nous aurons
8 sa pleine Signification pythagoricienne
à la loi du nombre 2°.
l’occasion de donner au chiffre
: il n’en reste pas moins que la construction
obéit
Par rapport au plan dessiné par Des Anges-Seur
e, nous proposons un léger
changement : les viviers jouxtent les colonnes des portiqu
es, permettant à celles-ci de se
refléter sur la surface liquide, suivant une esthétique déjà
viviers suffisaient à la circulation des préposés à la nourrit
éprouvée 3, Les margelles des
ure des oiseaux.
Pour gagner la tholos (tholum), on dispose d’un sentier (semita)
(h) débouchant sur
un passage d'entrée entre deux colonnes de la cage aux oiseaux,
qui est une salle à manger ;
il s’agit d’une rotonde avec colonnes (i) qui ressemble parfaitement à l’aedes Catuli, sur
lequel nous reviendrons. À l’extérieur on a planté, en même temps que s'élevait la
construction, un bosquet fait de grands arbres qui ont été ébranchés pour gagner de la
hauteur afin de laisser filtrer la lumière dans leur partie basse.
L'intérieur de la tholos (fig. 2) comporte une nouvelle colonnade faite du même
nombre de colonnes que l'extérieur ; cette fois les colonnes ne sont pas en pierre mals en
bois de sapin et elles sont fluettes ; elles se situent à cinq pieds de la précédente (diamètre
des colonnes non compris) et ces colonnettes (columellae) (j) pourraient être de section
octogonale.
29. Voir note 45 et SAURON, Quis deum, p. 167.
30. Laron, Villa maritima, p. 290 ; Varro, RR, III, 5, 12 : ad porticus versus.
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Voir dans le PDF(s’ouvre dans une nouvelle fenêtre)LA VOLIERE COSMIQUE DE VARRON A CASINUM
La cage aux oiseaux est placée entre les deux colonnades ; un réseau x cordes de
boyaux constitue le filet extérieur ; à l’intérieur, on dispose d'un filet d PA Le
premier, fait d'autant de secteurs qu'il y a d'entrecolonnements, pend de I architrave
jusqu’au pied du stylobate. Le second est tendu derrière les piliers de bois ; c'est un réseau
fin et large pour donner aux invités l'illusion de croire les oiseaux en liberté et de goûter
l
un repas au centre d'une cage, dans l'intervalle, entre les deux colonnades.
Dans la cage est aménagée une structure en gradins; il s’y présente des rangées de
perchoirs étagés comme les sièges d'un théâtre pour oiseaux (theatridion) 5! (k), à partir de
consoles nombreuses qui vont d’une colonne à une autre et descendent en cascade jusqu’au
bas de la cage. Ces perchoirs sont horizontaux et implantés d’une colonne extérieure à une
colonne intérieure à des distances décroissantes du haut jusqu’en bas *.
Le niveau du stylobate de la tholos étant à trois pieds et neuf pouces au-dessus du
niveau du bassin de la rholos, l’eau ne peut pas circuler par voie naturelle à la différence
des rivuli des cages-portiques (f) de la partie rectangulaire ; elle a besoin d'être conduite
artificiellement par un canal >>.
La pâture ici se donne par en dessous, sub retum, en passant par en dessous de la
cordelette qui tend horizontalement les mailles du filet : le bas du filet se trouve environ à
un pied plus haut, au-dessus de la plateforme sur laquelle évoluent les visiteurs ; ceux-ci n’ont
qu’à jeter naturellement la nourriture au bas du filet qui est au niveau de leurs mains baissées.
La plateforme de circulation (1) des convives * est bordée par une plinthe, en marbre (?)
ou dans une pierre dure et polie d’un pied neuf pouces. La plateforme mesure cinq pieds
de large et elle surplombe de deux pieds le bassin qui a une margelle (m) d’un pied et abrite
en son milieu une île ; tout autour de la banquette, au niveau du stagnum, ont été creusées
les logettes à canards (n).
À propos de cette banquette, il pourrait s'agir de la banquette maconnée d'un
« triclinio all’aperto ». Dans l’île il existe une colonnette qui sert d'axe à une roue à rayons
(0), supportant une tablette creuse (p) de deux pieds et demi de large ; un seul esclave la
fait tourner pour que les mets et les boissons puissent être présentés à tous les convives.
La tablette circulaire est une planchette annulaire munie de deux rebords destinés à
empêcher les objets de tomber et cette tablette est insérée en lieu et place de la jante. Cette
table tournante sert de couvercle au bassin dont le rayon ne doit pas dépasser quatre pieds
de rayon.
Du devant de la banquette pendent des étoffes nepınetaouara 35, sauf devant les
logettes à canards ; l'emploi de ce mot grec illustre le raffinement de Varron.
31. Varro, RR, III, 5, 4 insiste sur la ressemblance avec la cavea d'un théâtre.
32. Nous suivons SAURON, Quis deum ? pour cet agencement qui a fait l’objet de reconstitutions plus
ou moins fantaisistes.
33. Varro, RR, Ill, 5, 14 : agua ministratur per canaliculum.
34. Traduit de falere<fala, échafaudage, planche, banquette.
35. Varro, De Ling. lat., V, 168 : graeca sunt reprotpouara et nepınetaouara sic alia quaedam convivii,
ut gausape.
Page 11
Voir dans le PDF(s’ouvre dans une nouvelle fenêtre)s poissons
Du bassin l’eau s’&coule vers les viviers par deux canalisations 3 les petit r n° en
s en empare
remontent ou descendent le courant : ils nagent dans la pièce ; on epeut
:2
dessous pour les consommer par en dessus en plat cuisine, comm le note Sénèque
Sur la table, sont disposés des récipients munis de robinets, contenant de l er
chaude ou de l’eau froide. En tournant, la table les présente à chaque convive qui n a qu
a
utiliser le robinet pour se servir à volonté.
Comme toiture. la tholos, interne à la deuxième colonnade, est couverte d’une
coupole hémisphérique, tandis que l’ensemble est protégé par une couverture conique. Le
cercle équatorial repose sur les colonnettes : il est visible de tous les convives qui suivent
aussi des yeux l’étoile qui le parcourt. Cette étoile est de jour Lucifer, de nuit Hesperus et
le mécanisme fonctionne de jour et de nuit : y a-t-il alors des banquets de nuits ? Le cercle
équatorial est divisé en douze parties dont chacune porte un chiffre. Ce sont les heures
diurnes ou les heures nocturnes, selon l’étoile qui les indique. Autour d’un axe vertical
tourne un cercle des huit ( ?) vents à l’imitation de la Tour des Vents d’Athènes due à
Andronicos de Cyrrhus. Notons ici cette imitation directe d’un monument célèbre
d'Athènes. En haut de la coupole, on avait peint l’image de chaque vent et l’aiguille
touchait une image suivant la direction du souffle, ressenti par la girouette : de l’intérieur
on était renseigné sur les vents extérieurs.
Ainsi, nous avons une salle à manger cosmique, où le mouvemant des étoiles et
l'univers des vents sont enregistrés. Un tel dispositif donne une autre dimension à cette
volière qui n’est pas seulement utilitaire et esthétique, la voluptas l’emportant d’ailleurs sur
Purilitas *, mais elle capte aussi une idéologie et une philosophie. D'où viennent-elles ?
Quels en sont les acteurs ?
III. - IDEOLOGIE ET PHILOSOPHIE DE LA VOLIERE
La volière de Varron représente un monument hybride qui
associe une volière à une
salle à ae
er si Varron trouve du plaisir, de
construction, il
n’en reste pas moins qu’el
le répond à l’utilitas
s
et, et, derri
de
la delectatio, dans cette exceptionnel
masque un contenu idéologique.
Di,
co d’abord, pour donner
. men
er
i
a
une image de l’aviarium,
+ Fortune du jour présent)
sacr
le
-
Varron évoque l’aedes For
tunae
qu'il faut reconnaître dans le temp
du Largo Argentina à Rome (fig.
avec Marius, à la suite de la victoire
le circulaire B de
3). Voué par Q. Lutatius Catulus,
de Verceil sur les Cimbres le 30 juin
consul en
101,
lors d’une réfection, un pavement qui
réunit en un seul complexe les trois
temples
36. Sen., Q.N., II, 17.
37. Varro, RR., II, 5, 8 : animi causa constitut
Page 12
Voir dans le PDF(s’ouvre dans une nouvelle fenêtre)LA VOLIERE COSMIQUE DE VARRON A CASINUM
(LIers
309
==
|
n
Fig. 3 : Le temple B du largo Argentina à Rome.
républicains, complexe entouré d’une colonnade 38. La volière de Varron ressemble tout à
fait à l’aedes Catuli si on considère des colonnes comme tenant lieu de murs : c’est que la
volière de Varron a deux rangées de colonnes et n’a pas de murs. Les murailles, ce sont les
murs de la cella du temple circulaire : la tholos de Casinum est périptére et non monoptere,
qui ne comporterait qu’une colonnade sans cella intérieure. Avant le remaniement, il y avait
un portique circulaire avec colonnes extérieures et mur intérieur concentrique, ce qui
s'accorde parfaitement avec le texte de Varron et la chronologie conforte l'identification :
le podium et les colonnes en tuf de l’ Arno ne peuvent être datés d'avant 144 avant Jésus-
Christ ; les bases, les chapiteaux, le stylobate en travertin sont, avec le tuf, caractéristiques
de l’époque syllanienne.
38. S.B. PLATNER et Th. AsHBy, A topographical dictionnary of ancient Rome, Oxford, 1929, p. 216.
Cic., Pro domo, 38, parle de la Porticus Catuli de manubiis cimbricis. L'identification de l'aedes Fortunae
huiusce diei est établie par P. BOYANCÉ, « Aedes Catuli », dans MEFR, 57, 1940, p. 64-71 = Etudes sur la
religion romaine, Rome, 1972, p. 187-193. Voir aussi F. COARELLI, « Architettura sacra e architettura privata
nella tarda repubblica », dans Architecture et société de l'archaïsme grec à la fin de la République romaine
(Coll. EFR, 66), Rome, 1983, p. 191-217 : ID., Roma (Guide archeologiche Laterza, 6), Rome-Bari, 1981,
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Voir dans le PDF(s’ouvre dans une nouvelle fenêtre)C'est
le
moment
de
la
vogue
du
deuxiéme style de la peinture pompéienne
(fig. 4), commencé une décennie avant 54, date
du Livre III de la Res Rustica 39. Du triclinium
d'été les convives voient les colonnes et au loin
le bosquet ;
trompe-l’ceil,
ils sacrifient à l'esthétique du
si
bien
connue
à Rome.
La
colonnade circulaire du temple de Catulus
comportait dix-huit colonnes, ce qui nous invite
à une seconde correction du plan de Des Anges-
Seure où i] faut substituer dix-huit colonnes aux
douze. Les perchoirs des oiseaux aptes au
chant, rossignols et merles, s’étageaient donc
sur dix-huit gradins du soffite au stylobate, a
moins qu'il ne faille envisager deux fois neuf
perchoirs qui dessineraient une cavea complète
et enveloppante. Cette division en deux groupes
symboliserait les neuf sphéres du mundus et les
oiseaux imitent par leurs chants l’harmonie des
Fig. 4 : Paon devant la fuite d’une colonnade
sphères. Ne pourrait-on voir dans ce theatridion
(villa d’Oplontis, Torre Annunziata, salon 15).
une image du cercle céleste de la voie lactée ?
G. Sauron * a poussé fort loin l'interprétation
symbolique de la construction et nous le suivons bien volontiers.
L’insula parva est assimilée à la terre car elle supporte une table, symbole de la
planète-Terre. Dans une inspiration pythagoricienne *!, les convives sont placés dans le
cercle de la lune car le triclinium circulaire est identifié à la Lune, congue comme la limite
entre la terre et l’air, entre la zone de l’immutabilité et celle de la corruption. La tholos,
parcourue par Hesperus et Lucifer, est à l’image du temps car le temps s’identifie avec le
nouvement circulaire uniforme des sphéres du mundus.
Soyons assurés que la coupole n’a pas été seulement imaginée pour donner l’heure
et la direction du vent aux convives. Certes, on peut rapprocher cette nature cosmique de
la cenatio rotunda de la Domus de Néron Y, ou de celle de Trimalcion #, ou la grotte de
Tibère à Sperlonga *. Surtout le dédoublement de la planète Vénus en deux étoiles,
Hesperus et Lucifer, transforme l’aviarium en un temple privé de Venus victrix.
39. A. MAIURI, La peinture romaine, Genève, 1953, p. 40-42.
40. Sauron, Quis deum, p. 143-154.
41. Plut., Quaest. conv., VII, 4 : piunua tic yñç ñ tpanela : voir Ch. GOUDINEAU, iepat tpaneCar, dans
MEFRA, LXXIX, 1978, p. 81-88 et 114-116.
42. Suet.. Nero, XXX,
43. Petron., Satiricon, XXXV, 1.
44. RA, 1991, p. 19-42.
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Voir dans le PDF(s’ouvre dans une nouvelle fenêtre)Fig. 6 : Peinture de Pompéi (Musée de Naples).
Fig. 7 : Peinture de Pompéi (Musée de Naples).
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Voir dans le PDF(s’ouvre dans une nouvelle fenêtre)Ainsi dans une atmosphére pythagoricienne — n’oublions pas que le discours de
Varron a été introduit par Appius Claudius Pulcher, pythagoricien qui faisait partie du
cercle de Nigidius Figulus — il faut tenir compte du recours à des dimensions 45 qui sont
des multiples de huit, chiffre privilégié par les Pythagoriciens. La longueur de l’area fait
soixante-douze pieds (soit neuf fois huit), la largeur quarante-huit pieds (soit six fois huit).
Rappelons aussi les largeurs des portiques longitudinaux des viviers et du sentier (semita)
qui sont des multiples croissants de huit : 1, 2 et 3. Cette arithmologie confirme le
symbolisme pythagoricien.
Par Cicéron *, nous savons quelle fut l'atmosphère studieuse des lieux : «
Quels
entretiens, quelles méditations ! Quels écrits ! ». L'aviarium a Joué à plein sa fonction de
triclinium et de théâtre de banquets. Héritière des paradis orientaux (fig. 5-7), expression
du naturalisme romain, la volière de Varron entre dans une dialectique culturelle et, comme
l’affirme G. Sauron, il faut y voir un temple du système astral, un temple du dieu-Monde,
ménageant une place particulière à l'évocation de la Vinctionis Vis, qui assure au cosmos
sa cohésion, grâce à Venus victrix #7.
ou
er de Varron à Casinum
1087
sci
"
de L. DESCHAMPS, ni La salle à Su
précieux
45. C'est entre autres l'apport
“dis-moi où tu manges, je te dirai qui tu es” », dans Bull. de la Soc. toulousaine
p- 63-93, p. 71.
46. Cic., Phil., Il, 105.
47. Nous faisons nôtre cette belle conclusion de SAURON, Quis
deum, p. 167.
al
liecionas.
es classiques,