La voliere cosmique de Varron a Casinum

Auteur
Etienne, R.
Verschenen in
Revue des Etudes Anciennes
Jaar
2006
Onderwerp
VARRON
Taal
Français
Categorie
C8 Geschiedenis en archeologie
Archiefnummer
3053

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etienne pagina 1 van 1 » ÉTIENN ,R E . Ci 40 Sd VAR Row La volière cosmique de Varron à Casinum (Italie). Robert ÉTIENNE Résumé. - À Cassino (Casinum), Varron avait fait construire une somptueuse villa qui 1 le classait parmi les piscinarii. Celle-ci était en effet accompagnée d'une volière en forme de tablette à écrire, intégrant des viviers. Sa construction répondait à l'arithmologie pythagoricienne fondée sur le chiffre 8 et l'on peut l'interpréter comme un temple du système astral. Abstract. - In Cassino (Casinum), Varro had a sumptuous villa built which clasified him among the piscinarii. These usually went with a writing-tablet shaped aviary which would include fish ponds. It was built according to Pythagorician arithmology based on the figure 8 and it may be interpreted as a temple to the astral system. ~ Mots-clés. — Voliére, Varron, piscinarii. tablette à écrire, pythagorisme, acdes Fortunae huiusdici, temple astral. Yevue oes CI UDES ACIER PES Loeb, Loh, | F a - NT http://www.rea.u-bordeaux3.fr/etienne-art.htm

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LA VOLIERE COSMIQUE DE VARRON A CASINUM (ITALIE) À la mémoire de mon père, passionné de volières. Résumé. — À Cassino (Casinum), Varron avait fait construire une somptueuse villa qui le classait parmi les piscinarii. Celle-ci était en effet accompagnée d'une volière en forme de tablette à écrire, intégrant des viviers. Sa construction répondait à l’arithmologie pythagoricienne fondée sur le chiffre 8 et l’on peut l'interpréter comme un temple du système astral. Abstract. — In Cassino (Casinum), Varro had a sumptuous villa bulk which clasified him among the piscinarii. These usually went with a writing-tablet shaped aviary which would include fish ponds. It was built according to Pythagorician anthmology based on the figure 8 and it may be interpreted as a temple to the astral system. Mots-clés. — Volière, Varron, piscinarii, tablette à écrire, pythagorisme. aedes Fortunae huius diei, temple astral. * Membre de l'Institut. M T. 108 2004 n°1 n 20

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Dans le « lobby » aristocratique des piscinarii | où se comptent les « maniaques de viviers » ?, Varron occupe une place éminente ; chronologiquement 3, il est l’un des premiers créateurs de viviers qui servent à la fois à enrichir les menus servis dans leurs villas somptueuses et ostentatrices et qui jouent le rôle, entre 54 avant Jésus-Chri st et 79 après Jésus-Christ, d'un marqueur social. Les viviers ornaient la volière de Varron 4 et méritaient d'être définis dans l'architecture de cette construction proche de Casinum (Cassino) : ils entrent dans une esthétique nouvelle du banquet et sont solidaire s d’une idéologie religieuse, proche de l'astrologie. I. - VARRON, MEMBRE D'UN « LOBBY » ARISTOCRATIQ UE Le chef de file, pour ainsi dire de ce «club», en fut Sergius Orata5 qui fit la réputation de ses parcs a huitres du lac Lucrin, installés dans ses propriétés de Baies. Ce spéculateur adroit et heureux donna son nom à la dorade. À la même période, Licinius Murena 6 créa des viviers pour tous autres poissons, imité par Marcius Philippus ?, par Q. Hortensius * et surtout par le plus riche et le plus extravagant, L. Licinius Lucullus ?, traité par Pompée le Grand de « Xerxès en toge » : « il fit creuser dans une montagne proche de Naples, à plus de frais qu'il n’avait construit sa villa, un chenal donnant accés aux eaux de la mer ». Dans ce concert, n’oublions pas C. Hirrius !° qui imagina le premier un vivier réservé aux murènes. C'est lui qui préta à César six mille murènes pour les banquets de ses s de triomphes et qui valorisa ainsi sa villa qui, plus que modeste, se vendit quatre million sesterces : désormais les murènes furent en vogue, comme chez Hortensius, dans sa villa de Baules, près de Baïes. IX, 176. Voir désormais X. or 1. Cic.. Ad Attic., I, 18, 6 : 1, 19, 6 : II, 9 ; Parad., V, 2 ; Plin., NH,(Ie s. av. J.-C. - UE s. ap. J.-C.) Villa maritima. Recherches sur les villas littorales de l'Italie romaine . (BEFAR, 307), Rome, 2001, p. 196 sq. 2. Selon la jolie traduction de Ch. Guiraud, dans Varro, Economie rurale, HI, PUF, Paris, 1997 (= RR), p. 66-67. 3. P. Laenius Strabo, de Brindisi, a été le premier qui eut l’idée d’établir des volières : Varro, RR, III, 5, 8 ; Plin., NH, X, 141 ; ce personnage de rang équestre (C. NicoLET, L'ordre équestre à l'époque républicaine, BÉFAR. 207, Paris, 1974, IL, n° 193) est à rapprocher de M. Laenius Flaccus, ami de Cicéron et d’Atticus. 4. Varro, RR (éd. C. GUIRAUD, dans CUF, 1997), III, 5,9-17. 5. Plin., NH, IX, 169-170. 6. Id., ibid., IX, 170 ; Varro, RR, Ill, 3, 10 ; Colvm., VIII, 16 ; Macrob., 15, 2. 7. Varro, RR, UI, 3, 10 : T.R.S. BROUGHTON, Magistrates of Roman Republic (= MRR), IL, New York, 1952, p. 173, 180, 207. 8. Plin., NH, IX, 170 ; Varro, RR, III, 3, 10. 9. Plin., NH, IX, 170. 10. Id. ibid., IX, 171.

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LA VOLIERE COSMIQUE DE VARRON A CASINUM Au total, c’est une aristocratie d’argent qui se spécialise dans les viviers par cupidité !!, en raison du prix élevé que les gens riches sont prêts à payer pour du poisson frais. Rappelons-nous qu'à la mort de Lucullus, Caton d’Utique, qui avait reçu la tutelle du fils de ce dernier, a vendu du poisson tiré de ses viviers pour quarante mille sesterces !2. L'argent, en cette fin de la République, mesure les distinctions sociales, et les « honneurs » ne sont plus les seuls critères de la hiérarchie. Toutefois, Varron et Lucullus méritent de retenir notre attention. Varron accomplit une belle carrière sénatoriale, au service de Pompée ; il intervient dans la guerre contre les pirates, puis dans celle contre Mithridate, en tant que préteur chargé de la flotte opérant entre la Sicile et l’île de Délos ; il s’y distingue et reçoit plusieurs couronnes. En Hispanie ultérieure, partisan de Pompée, il se rend à César. À nouveau pompéianiste !3, il commande la flotte des Rhodiens à Dyrrachium. Après Pharsale, pardonné par César, il se retire à Cumes et à Tusculum : il est chargé par le dictateur de l’organisation des bibliothèques grecque et latine '*, à l’âge de soixante-dix-huit ans : belle récompense pour le plus savant des Romains ' et l’un des plus raffinés ; il sut construire à Casinum une volière qui mérite notre étonnement. Lucullus '© fut un capitaine, un conquérant d'une autre envergure que Varron. Reprenons ce qu’en dit Plutarque !? : « il fut le premier à franchir le Taurus avec une armée: il traversa le Tigre, prit et brûla sous les yeux de leurs rois les résidences royales de Tigranocerte, Cabires, Sinope et Nisibis. Il soumit les pays du nord jusqu’au Phase, ceux de l’est jusqu'à la Médie et ceux du sud et de la mer Érythrée avec l’aide des rois arabes ». Fidéle de Sylla, il fut élu consul en 74, peu aprés la mort du dictateur ; avec Marcus Cotta '®, il intrigua pour avoir la province de Cilicie et l’Asie, afin d'obtenir le commandement de la guerre contre Mithridate, qu’il poursuivit pendant plusieurs années, s’empara de |’ Arménie et contróla le territoire d’autres provinces : Cilicie, Asie, Bithynie, Paphlagonie, Galatie, Pont, tous les pays en deçà du Phase, ce qui le fit accuser d’ ambition. Plus légitime fut l’accusation de cupidité, lancée contre lui à partir de 66, date de son retour a Rome, si grand fut le butin de guerre, qui suivait ses campagnes, enfermé dans les coffres de son train d’équipage !°. Il fit aménager en 60 sur la colline du Pincio, à Rome, des Jardins somptueux *° et construire à Rome et surtout à Tusculum des salons magnifiques et 11. Plin., NH, IX, 168 : causa avaritiae. 12. Varro, RR, III, 2, 17. 13. MRR, Il, p. 149 : Varro, RR, 2, proem. 6. 14. En 45 : MRR, IL p. 314 ; Suét., /ul., 44, 2 ; Isid.. Orig., 6, 5. i ca Inst. or, X, 95 : vir Romanorum eruditi - J. VAN OOTEGHEM, Lucius Licinius Lucullus Sciences morales et politiques, 53), Bruxelles, 1959. 17. Plut., Lucullus, 46. ssimus. 18. MRR, II, p. 100-101. 19. Plut., Lucullus, 34, 4. 20. P. Grima, Les jardins romains, i i — cr Paris, 1969, p. 126-129, Lettres

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des thermes qu'il agrémentait de tableaux et de statues. Il régalait ses convives, dans ses appartements de Rome et dans sa villa de Tusculum, de repas remarquables par la variété des plats et l’extrême raffinement de leur préparation, accompagnés de nombre de friandises. Il avait acheté pour dix millions de sesterces à une Cornelia, qui n’est autre que la fille de Sylla, une villa au Cap Misène, qu’elle avait acquise pour seulement trois cent mille sesterces ; à l'unisson de tels investissements, il dépensait pour un repas à trois couverts cinquante mille deniers, à l’étonnement de Cicéron et de Pompée. Il possédait 2! une autre villa dans la région de Naples : elle comprenait vraisemblablement l’île Megaris (aujourd’hui le Castel dell’Ovo). Lucullus était enfin propriétaire d’une troisième villa, située non loin de Baïes et de Misène, où il avait aménagé des viviers à poisson. Il usait ainsi insolemment de sa richesse 22 et seule sa biblioth èque, lui donnant une stature d'homme de culture, trouvait grâce aux yeux de ses contemporains qui vilipendaient res entourés d’eau, ses viviers le sa table fastueuse comme celle d’un satrape ; ses belvédé faisaient ranger parmi les piscinarii : le prétendu adepte de la Vieille Académie penchait, par son existence voluptueuse 23, vers Epicure. Ainsi en Lucullus se rejoignaient le sénateur à la brillante carrière militaire et l’adepte de tous les luxes ; c’est cette brillante carrière qui explique l'éclat de sa vie privée et son appartenance au cercle des piscinarii. Mais pour mieux mesurer ce luxe extravagant, nous devons nous tourner vers la volière de Varron, celle de Lucullus restant plus modeste 24, II. - LA CONSTRUCTION DE LA VOLIERE Varron nous livre un dossier précis de la construction, si bien qu’il comporte un métré presque intégral des diverses parties de l'architecture. Nul étonnement si des archéologues, riches de cette aubaine en général si rare, ont multiplié les plans sans suivre raisonnablement la description varronienne. Aujourd’hui, l'unanimité se fait autour du plan présenté par Ch. des Anges et G. Seure 25. Nous n’aurons à lui apporter que de légères modifications (largeur et emplacement des viviers oblongs et nombre des colonnes de la tholos). Nous sommes au pied de Casinum, du mont Cassin, oú coule un cours d'eauSpe: i= ie 5 17,10 mètres. 57 pieds, soit d’une largeur de digué entre des quais‘étéde depierre, m peu un soit carrés, pieds 950 sur Varron qui s’étend ili riété des Pplus modestes. à E correspo CT té proprié la deux en s ndent a une prop — alent à 225 jugères ett corre . 7 . . 1 900 ares, qui équiv = an ph XXXI. 3 : VELL. PATERC., II, 33, 2 : pecuniae cupidine. 23. Plut., Lucullus, 44. 24. Vi . RR, MI, 4, 3. >. En ea ANGES et G. SEURF, « La volière de Varron », dans RPh., 58, 1932, p. 217-290, approuvé par F. Coaretii, « Archittettura sacra e archittettura privata nella tarda Repubblica », dans Architecture et société, p. 206 sq el accepté par G. SAURON, Quis deum, p. 138, n. 272.

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a = cours d’eau b = promenade sur la rive du cours d’eau (ambulatio) = planula mnaron HA = escaliers Fig. 1 : Plan restitué de la volière de Varron. area portiques viviers sentier (semita)

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De chaque côté des rives de ce cours d’eau court une promenade (b) de dix pieds, soit trois mètres, de large. La volière (ornithonis locus) s’étend sur une rive, dans la direction des champs, et elle est ceinturée de hauts murs (maceriis altis). Entre ces hauts murs, elle affecte (speciem) la forme d’une tablette à écrire, munie de sa poignée. On connaît la planchette à écrire des écoliers romains °° ; rectangulaire, elle se termine par un anneau circulaire de préhension, qui est tangent à la partie rectangulaire 2’, ce qu'indique bien le mot rotunda. La partie rectangulaire mesure en largeur 48 pieds et en longueur 72 pieds ; la largeur est donc égale aux deux tiers de la longueur, mesure canonique des formes, qui sera reprise par Vitruve á propos des dimensions du forum proprement dit et qui sera souvent appliquée par les architectes pour le rapport du petit axe de l’amphithéâtre au grand axe : nous sommes donc là à l’aboutissement d’une recherche mathématique des architectes hellénistiques, attachés au nombre d'or. La partie circulaire ou tholos (fig. 2) mesure en son diamétre 27 pieds, qu'il faut corriger en 37 pieds, le premier chiffre étant jugé inacceptable, soit 18 1/2 pieds pour le rayon ; ce rayon se décompose ainsi (chiffres en pieds) : dépassement du stylobate 1/4 diamètre de la colonne à la base 2 intervalle entre les colonnes 5 diamètre de la colonnette à la base dépassement du stylobate 1 1/4 plate-forme margelle 5 l tablette de table tournante 212 roue de la table jusqu'à l’axe 1 1/2 Poursuivant la comparaison avec la tablette à écrire qui avait un encadrement de bois maintenant la matière sur laquelle on écrivait, Varron signale à la partie inférieure un muret ou des barrières mobiles qui séparent de la promenade (ambulatio) le long de la rivière l’area (e) de la volière. Le latin des manuscrits fait ici difficulté et on ne peut cacher que, sur le plan architectural, cette solution n'est guère acceptable. Il vaudrait mieux lire scalae au lieu de caviae et imaginer des escaliers (d) pour séparer planula (c) de area, ainsi surélevée, ce qui faciliterait l'écoulement des eaux de la tholos et des piscinae vers la rivière. ide logi1es | e des idéo I plastiqu pression 27. G. Sauron, Quis1 deum n.? L'ex 272. es a Rome religi igieus polititiques et rel . Rome, 1994, p. 138 . 285) largeur totale de l’area, (BÉFAR2%. Vitrwv.. De Architectura. V, 1,2; il faut bien comprendre 48 pieds comme calculée entre les grands murs de clôture.

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LA VOLIERE COSMIQUE DE VARRON A CASINUM Dans la partie rectangulaire, sont disposés à droite et à gauche des portiques (f) avec mur de fond et colonnes de façade en pierre. Des arbrisseaux nains sont placés en quinconce, soit au milieu de l’espace entre la ligne du fond et la ligne des colonnes et au milieu de l'intervalle entre deux colonnes, ce qui fait deux fois au milieu (pro mediis). i = colonnes de la tholos j = colonnettes k = theatridion = plate-forme m= margelle n = niche a canards O = roue à rayons p = tablette creuse Du sommet du mur du fond, part un filet de chanvr e qui s'accroche à l’architrave surmontant les colonnes et, de là, tombe le long des colonnes Jusqu'a u large stylobate qu'il contient, et au dallage continu sur lequel repose la base des colonnes et qui représente le

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sol du portique. Ces portiques sont remplis d'oiseaux que Pon nourrit au travers du réseau et l’eau coule par un mince filet, permettant aux volatiles de s abreuver et aux gens de service de nettoyer le dallage. Partant du milieu de l’aire et allant jusqu’au sommet, deux viviers (g) de forme oblongue jouxtent chaque portique : leur longueur est de 36 pieds (soit la moitié de la longueur totale, 72). Varron ne nous donne pas la répartition des largeurs des portiques, de ces viviers et du « sentier » (semita) (h) qui conduit les invités à la tholos-salle à manger. Que proposer ? La seule indication est que ces viviers sont oblongs et donc ne sauraient entrer dans le système canonique des proportions qui leur aurait donné 36 x 2 et divisé par = 12, ce qui est nettement trop important. Leur largeur doit être inférieure à celle des portiques qui pourrait atteindre précisément 12 pieds et la largeur des viviers dans ce cas pourrait mesurer 8 pieds. Le sentier serait aussi large, soit 8 pieds, et la largeur totale ainsi répartie permet de retrouver les 48 pieds indiqués par Varron. deux portiques 12x 2 =24 (=8x 3) deux viviers = 8x2 = 16 (=8x2) un sentier = 8 = 8(=8x1) 48 pieds Certes, ces calculs restent aléatoires mais nous aurons 8 sa pleine Signification pythagoricienne à la loi du nombre 2°. l’occasion de donner au chiffre : il n’en reste pas moins que la construction obéit Par rapport au plan dessiné par Des Anges-Seur e, nous proposons un léger changement : les viviers jouxtent les colonnes des portiqu es, permettant à celles-ci de se refléter sur la surface liquide, suivant une esthétique déjà viviers suffisaient à la circulation des préposés à la nourrit éprouvée 3, Les margelles des ure des oiseaux. Pour gagner la tholos (tholum), on dispose d’un sentier (semita) (h) débouchant sur un passage d'entrée entre deux colonnes de la cage aux oiseaux, qui est une salle à manger ; il s’agit d’une rotonde avec colonnes (i) qui ressemble parfaitement à l’aedes Catuli, sur lequel nous reviendrons. À l’extérieur on a planté, en même temps que s'élevait la construction, un bosquet fait de grands arbres qui ont été ébranchés pour gagner de la hauteur afin de laisser filtrer la lumière dans leur partie basse. L'intérieur de la tholos (fig. 2) comporte une nouvelle colonnade faite du même nombre de colonnes que l'extérieur ; cette fois les colonnes ne sont pas en pierre mals en bois de sapin et elles sont fluettes ; elles se situent à cinq pieds de la précédente (diamètre des colonnes non compris) et ces colonnettes (columellae) (j) pourraient être de section octogonale. 29. Voir note 45 et SAURON, Quis deum, p. 167. 30. Laron, Villa maritima, p. 290 ; Varro, RR, III, 5, 12 : ad porticus versus.

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LA VOLIERE COSMIQUE DE VARRON A CASINUM La cage aux oiseaux est placée entre les deux colonnades ; un réseau x cordes de boyaux constitue le filet extérieur ; à l’intérieur, on dispose d'un filet d PA Le premier, fait d'autant de secteurs qu'il y a d'entrecolonnements, pend de I architrave jusqu’au pied du stylobate. Le second est tendu derrière les piliers de bois ; c'est un réseau fin et large pour donner aux invités l'illusion de croire les oiseaux en liberté et de goûter l un repas au centre d'une cage, dans l'intervalle, entre les deux colonnades. Dans la cage est aménagée une structure en gradins; il s’y présente des rangées de perchoirs étagés comme les sièges d'un théâtre pour oiseaux (theatridion) 5! (k), à partir de consoles nombreuses qui vont d’une colonne à une autre et descendent en cascade jusqu’au bas de la cage. Ces perchoirs sont horizontaux et implantés d’une colonne extérieure à une colonne intérieure à des distances décroissantes du haut jusqu’en bas *. Le niveau du stylobate de la tholos étant à trois pieds et neuf pouces au-dessus du niveau du bassin de la rholos, l’eau ne peut pas circuler par voie naturelle à la différence des rivuli des cages-portiques (f) de la partie rectangulaire ; elle a besoin d'être conduite artificiellement par un canal >>. La pâture ici se donne par en dessous, sub retum, en passant par en dessous de la cordelette qui tend horizontalement les mailles du filet : le bas du filet se trouve environ à un pied plus haut, au-dessus de la plateforme sur laquelle évoluent les visiteurs ; ceux-ci n’ont qu’à jeter naturellement la nourriture au bas du filet qui est au niveau de leurs mains baissées. La plateforme de circulation (1) des convives * est bordée par une plinthe, en marbre (?) ou dans une pierre dure et polie d’un pied neuf pouces. La plateforme mesure cinq pieds de large et elle surplombe de deux pieds le bassin qui a une margelle (m) d’un pied et abrite en son milieu une île ; tout autour de la banquette, au niveau du stagnum, ont été creusées les logettes à canards (n). À propos de cette banquette, il pourrait s'agir de la banquette maconnée d'un « triclinio all’aperto ». Dans l’île il existe une colonnette qui sert d'axe à une roue à rayons (0), supportant une tablette creuse (p) de deux pieds et demi de large ; un seul esclave la fait tourner pour que les mets et les boissons puissent être présentés à tous les convives. La tablette circulaire est une planchette annulaire munie de deux rebords destinés à empêcher les objets de tomber et cette tablette est insérée en lieu et place de la jante. Cette table tournante sert de couvercle au bassin dont le rayon ne doit pas dépasser quatre pieds de rayon. Du devant de la banquette pendent des étoffes nepınetaouara 35, sauf devant les logettes à canards ; l'emploi de ce mot grec illustre le raffinement de Varron. 31. Varro, RR, III, 5, 4 insiste sur la ressemblance avec la cavea d'un théâtre. 32. Nous suivons SAURON, Quis deum ? pour cet agencement qui a fait l’objet de reconstitutions plus ou moins fantaisistes. 33. Varro, RR, Ill, 5, 14 : agua ministratur per canaliculum. 34. Traduit de falere<fala, échafaudage, planche, banquette. 35. Varro, De Ling. lat., V, 168 : graeca sunt reprotpouara et nepınetaouara sic alia quaedam convivii, ut gausape.

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s poissons Du bassin l’eau s’&coule vers les viviers par deux canalisations 3 les petit r n° en s en empare remontent ou descendent le courant : ils nagent dans la pièce ; on epeut :2 dessous pour les consommer par en dessus en plat cuisine, comm le note Sénèque Sur la table, sont disposés des récipients munis de robinets, contenant de l er chaude ou de l’eau froide. En tournant, la table les présente à chaque convive qui n a qu a utiliser le robinet pour se servir à volonté. Comme toiture. la tholos, interne à la deuxième colonnade, est couverte d’une coupole hémisphérique, tandis que l’ensemble est protégé par une couverture conique. Le cercle équatorial repose sur les colonnettes : il est visible de tous les convives qui suivent aussi des yeux l’étoile qui le parcourt. Cette étoile est de jour Lucifer, de nuit Hesperus et le mécanisme fonctionne de jour et de nuit : y a-t-il alors des banquets de nuits ? Le cercle équatorial est divisé en douze parties dont chacune porte un chiffre. Ce sont les heures diurnes ou les heures nocturnes, selon l’étoile qui les indique. Autour d’un axe vertical tourne un cercle des huit ( ?) vents à l’imitation de la Tour des Vents d’Athènes due à Andronicos de Cyrrhus. Notons ici cette imitation directe d’un monument célèbre d'Athènes. En haut de la coupole, on avait peint l’image de chaque vent et l’aiguille touchait une image suivant la direction du souffle, ressenti par la girouette : de l’intérieur on était renseigné sur les vents extérieurs. Ainsi, nous avons une salle à manger cosmique, où le mouvemant des étoiles et l'univers des vents sont enregistrés. Un tel dispositif donne une autre dimension à cette volière qui n’est pas seulement utilitaire et esthétique, la voluptas l’emportant d’ailleurs sur Purilitas *, mais elle capte aussi une idéologie et une philosophie. D'où viennent-elles ? Quels en sont les acteurs ? III. - IDEOLOGIE ET PHILOSOPHIE DE LA VOLIERE La volière de Varron représente un monument hybride qui associe une volière à une salle à ae er si Varron trouve du plaisir, de construction, il n’en reste pas moins qu’el le répond à l’utilitas s et, et, derri de la delectatio, dans cette exceptionnel masque un contenu idéologique. Di, co d’abord, pour donner . men er i a une image de l’aviarium, + Fortune du jour présent) sacr le - Varron évoque l’aedes For tunae qu'il faut reconnaître dans le temp du Largo Argentina à Rome (fig. avec Marius, à la suite de la victoire le circulaire B de 3). Voué par Q. Lutatius Catulus, de Verceil sur les Cimbres le 30 juin consul en 101, lors d’une réfection, un pavement qui réunit en un seul complexe les trois temples 36. Sen., Q.N., II, 17. 37. Varro, RR., II, 5, 8 : animi causa constitut

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LA VOLIERE COSMIQUE DE VARRON A CASINUM (LIers 309 == | n Fig. 3 : Le temple B du largo Argentina à Rome. républicains, complexe entouré d’une colonnade 38. La volière de Varron ressemble tout à fait à l’aedes Catuli si on considère des colonnes comme tenant lieu de murs : c’est que la volière de Varron a deux rangées de colonnes et n’a pas de murs. Les murailles, ce sont les murs de la cella du temple circulaire : la tholos de Casinum est périptére et non monoptere, qui ne comporterait qu’une colonnade sans cella intérieure. Avant le remaniement, il y avait un portique circulaire avec colonnes extérieures et mur intérieur concentrique, ce qui s'accorde parfaitement avec le texte de Varron et la chronologie conforte l'identification : le podium et les colonnes en tuf de l’ Arno ne peuvent être datés d'avant 144 avant Jésus- Christ ; les bases, les chapiteaux, le stylobate en travertin sont, avec le tuf, caractéristiques de l’époque syllanienne. 38. S.B. PLATNER et Th. AsHBy, A topographical dictionnary of ancient Rome, Oxford, 1929, p. 216. Cic., Pro domo, 38, parle de la Porticus Catuli de manubiis cimbricis. L'identification de l'aedes Fortunae huiusce diei est établie par P. BOYANCÉ, « Aedes Catuli », dans MEFR, 57, 1940, p. 64-71 = Etudes sur la religion romaine, Rome, 1972, p. 187-193. Voir aussi F. COARELLI, « Architettura sacra e architettura privata nella tarda repubblica », dans Architecture et société de l'archaïsme grec à la fin de la République romaine (Coll. EFR, 66), Rome, 1983, p. 191-217 : ID., Roma (Guide archeologiche Laterza, 6), Rome-Bari, 1981,

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C'est le moment de la vogue du deuxiéme style de la peinture pompéienne (fig. 4), commencé une décennie avant 54, date du Livre III de la Res Rustica 39. Du triclinium d'été les convives voient les colonnes et au loin le bosquet ; trompe-l’ceil, ils sacrifient à l'esthétique du si bien connue à Rome. La colonnade circulaire du temple de Catulus comportait dix-huit colonnes, ce qui nous invite à une seconde correction du plan de Des Anges- Seure où i] faut substituer dix-huit colonnes aux douze. Les perchoirs des oiseaux aptes au chant, rossignols et merles, s’étageaient donc sur dix-huit gradins du soffite au stylobate, a moins qu'il ne faille envisager deux fois neuf perchoirs qui dessineraient une cavea complète et enveloppante. Cette division en deux groupes symboliserait les neuf sphéres du mundus et les oiseaux imitent par leurs chants l’harmonie des Fig. 4 : Paon devant la fuite d’une colonnade sphères. Ne pourrait-on voir dans ce theatridion (villa d’Oplontis, Torre Annunziata, salon 15). une image du cercle céleste de la voie lactée ? G. Sauron * a poussé fort loin l'interprétation symbolique de la construction et nous le suivons bien volontiers. L’insula parva est assimilée à la terre car elle supporte une table, symbole de la planète-Terre. Dans une inspiration pythagoricienne *!, les convives sont placés dans le cercle de la lune car le triclinium circulaire est identifié à la Lune, congue comme la limite entre la terre et l’air, entre la zone de l’immutabilité et celle de la corruption. La tholos, parcourue par Hesperus et Lucifer, est à l’image du temps car le temps s’identifie avec le nouvement circulaire uniforme des sphéres du mundus. Soyons assurés que la coupole n’a pas été seulement imaginée pour donner l’heure et la direction du vent aux convives. Certes, on peut rapprocher cette nature cosmique de la cenatio rotunda de la Domus de Néron Y, ou de celle de Trimalcion #, ou la grotte de Tibère à Sperlonga *. Surtout le dédoublement de la planète Vénus en deux étoiles, Hesperus et Lucifer, transforme l’aviarium en un temple privé de Venus victrix. 39. A. MAIURI, La peinture romaine, Genève, 1953, p. 40-42. 40. Sauron, Quis deum, p. 143-154. 41. Plut., Quaest. conv., VII, 4 : piunua tic yñç ñ tpanela : voir Ch. GOUDINEAU, iepat tpaneCar, dans MEFRA, LXXIX, 1978, p. 81-88 et 114-116. 42. Suet.. Nero, XXX, 43. Petron., Satiricon, XXXV, 1. 44. RA, 1991, p. 19-42.

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Fig. 6 : Peinture de Pompéi (Musée de Naples). Fig. 7 : Peinture de Pompéi (Musée de Naples).

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Ainsi dans une atmosphére pythagoricienne — n’oublions pas que le discours de Varron a été introduit par Appius Claudius Pulcher, pythagoricien qui faisait partie du cercle de Nigidius Figulus — il faut tenir compte du recours à des dimensions 45 qui sont des multiples de huit, chiffre privilégié par les Pythagoriciens. La longueur de l’area fait soixante-douze pieds (soit neuf fois huit), la largeur quarante-huit pieds (soit six fois huit). Rappelons aussi les largeurs des portiques longitudinaux des viviers et du sentier (semita) qui sont des multiples croissants de huit : 1, 2 et 3. Cette arithmologie confirme le symbolisme pythagoricien. Par Cicéron *, nous savons quelle fut l'atmosphère studieuse des lieux : « Quels entretiens, quelles méditations ! Quels écrits ! ». L'aviarium a Joué à plein sa fonction de triclinium et de théâtre de banquets. Héritière des paradis orientaux (fig. 5-7), expression du naturalisme romain, la volière de Varron entre dans une dialectique culturelle et, comme l’affirme G. Sauron, il faut y voir un temple du système astral, un temple du dieu-Monde, ménageant une place particulière à l'évocation de la Vinctionis Vis, qui assure au cosmos sa cohésion, grâce à Venus victrix #7. ou er de Varron à Casinum 1087 sci " de L. DESCHAMPS, ni La salle à Su précieux 45. C'est entre autres l'apport “dis-moi où tu manges, je te dirai qui tu es” », dans Bull. de la Soc. toulousaine p- 63-93, p. 71. 46. Cic., Phil., Il, 105. 47. Nous faisons nôtre cette belle conclusion de SAURON, Quis deum, p. 167. al liecionas. es classiques,