Observations sur la genealogie de Pythagore

Auteur
Freret, N.
Publié dans
Histoire de l'Academie Royale des Inscriptions et Belles Lettres
Année
1743
Sujet
GENEALOGY
Langue
Français
Catégorie
C9 Médecine
Numéro d'archive
428

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Afficher le texte intégral48 pages

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ARERET,N. DE LITTERATURE 7 _ va à — OBSERVATIONS... LA GENEALOGIE DE PYTHAGORE, . En fur Tufage chronologique que l'an en a tiré pour déwrmiur | Moe de ld pri de Te 0... Leiser sand Dan ouveage fir les scies 1738. E Syflème chronologique de M. Newton efi connu en 14. Aoû Monarchies On {ait que ce Géomètre ofldhsnayanı enıre. pris de diminuer la durée des ‘tems qui: che ‘précédé l'époque de Cyrus, ii a été obligé, pour rapprocher de cette époque celle du Déuge d'Opypès; celle de tz pri de Troye, & ques, de fuppofet que les Grets s'étoienit trómpez de fix cens quarante-un ans fur di durée de mille ving qu ils affignolent à l'intervalle depuis Cnet MinitOlymipisdede de cent vingt-huit ans de quatre! Conebus, : comptoient après Eratoflhene, entre la prife de Teoye & la premiére Olympisde, &r. .. a E Mie os fyfitme accrédité mémeen Angleterre, caa ajotté une, ' laquelle M. Newton n'avait pas pena faire. Cette preuve, qu'il fondo fur la Généalogie de Pyihagore, a deux Loy Qi dI ° & dépend du nombre des générations, quoique ces deux Ce a ne sicordent ni far fe nombre de co générations, "STONE DE LU ACADEME ROYALE DES INSCRETIaNG ET BELLES wa (RAR) FASE | LETTRE, ADI MATH

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OBSERVA TIONS ° Ss UR: LA GENEALOGIE DE PYTHAGORE, Er fir l'ufage chronologique que l'on en a tiré pour déterminer a° . l'époque de la prife de Troye. * Par M FRÉRET. 1:9 E Syftème chronologique de M. Newton eft connu en 14. Aoû France par la traduction de fon ouvrage fur les anciennes 1738. Monarchies. On fgait que ce Géomètre célébre ayant-entrepris de diminuer la durée des tems qui ont précédé l'époque de Cyrus, il a été obligé, pour rapprocher de cette époque celle Ta Déuge d'Ogygès; celle de la prife de Troye, & même plufieurs autres époques poftérieures des tems hitori ques, de fuppoferque les Cresss'étoient trompez de fix cens quarante-un ans für fa durée de mille vingt qu'ils affignoient à l'intervalle depuis Ogygès jufqu'à !Olympiade de Corebus, de cent vingt-huit ans fur la durée de quatre cens huit qu'ils comptoient aprés Eratofthene, entre la prife de Troye & fa premiére Olympiade, &c. n . Aux diverfes preuves qu’avoit domess.M. Newton dans a Chronologie imprimée en Anglois & en Francois, le fçavant & laborieux Académicien qui a entrepris de réhabiliter ce fyftème peu accrédité même en Angleterre, en a-ajouté une, . de laquelle M. Newton n’avoit pas penfé à faire ufage. Cette preuve, qu'il fonde fur la Généalogie de Pythagore, a deux parties. © — La premiére eft tirée de la gino des ancêtres de ce Philofophe, rapportée dans Paufanias & dans Diogéne-Laërce, & dépend du nombre des générations, quoique ces deux Ecrivains ne s'accordent ni fur le nombre de ces générations, fii fur des noms de ceux qui les compofent. — Mem. Tome XIV,

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}- La feconde partie de la preuve oft tirée de la combinaifo des divers détails d'une ou de plufieurs traditions Pythagoriciennes fur te-paflage de l'ame d'Ethalide fils de Mercure, dans différens corps humains, qu'elle avoit, difoit-on, informez * avant que d'entrer dans celui de Pythagore. On a prétendu déterminer par le nombre de-ces paflages, & par un „intervalle de deux cens fept ans, pendant lefquels cefte ane avoit, difoit-on, féjeurné dans les Enfers, la durée dugems écoulé depuis GEthalide contemporain des Argonautes, jufqu'à Pythagore, & montrer we cette diftance eft la même que celle de la Chronologie de M. Newton. Quoique les deux ‘parties de cette preuve foient propofées comme fe confirmant mutuellernent „ je ferat obligé de kes-féparer, & de des examiner chacune.a part, parce qu'elles font dbfolument inde‘pendantes fane‘defautre. - © ARTICLE PREMIER: | Premiere partie de la Preuve. “ Quoiqu'il y ait quelques variétés fur fe nom du pere de Pythagore, deft für par le témoignage du Philofophe Hér:Heraclit. pad clite & par celui d'Hérodete ; que fon vrai nom étoit Mnejar- LanOTT que, & non pas-Démarate, comme on le'trouve dans I’ Abbré950 ji viateur de Trogue-Pompée, ou Mnemague, comme f écrit Dagvann, Diogéneen deux endrófts: Or’accorde encore af ezà mettre Te four de ce Mnéfirque'a Samos. Hermippus-cité par Dio- ‚gene , le faifoitGravenr de eadhets,-& on affàroit méme que Idem ibidm. Pythapore avoit excellé dans cet-art: felon d'autres, Mné perk land. Sirque-étoitun Marchand, mais ce' point eft indifférent pour Ceft de l'origine de ce Mnéfarque & du nombre de fes ‘anchtresquilis'agit. Or far cet article, ‘lesEcrivains les plus anetens & les aieux inftruits de Thifteire des Philofophes, . *.Ce terme pris darts l'accepsion éhpldfique., pour-défigner: Featrée. d'une ame dans le corps qu'elle anime, m’a parue feul qui pùt exprimer la penfée de ceux qui débitoient cetre tradition. pari mene

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ceux. qui-en avoient fait une étude particulicie: Aofent ANG lument oppolez entreux, comme Porphyre sn sanzio, óp Por. vid. comme ! Hiftosien Lyqua nous l'affinoit au einigen Aves re, de l'origine de Pythagore nfétois pas moins difficile a réfoudre 4272" me de fon Hittoires; eg.qui a dais dire wJalépheque ke probleme, Pept. ford que celui de la patrie d'Hemére, Cette confidérationidalt nous empêcher, en général ,.de-praidie. quslqwiane des diffé, rentes tradislons.débitdes.fur:; cet artinle, peur ie fondament d’ausyn Sy ftemge gar puilquil n’y avait aucune de, oss tradia tions qui ne fùt santeftée,, il »’y'en;a audune-que l'on puiffe alléguer,en. preuve avant que dien gyoir établi-l£ vérité, Je donnerai dans la fuite le detail de toutes ces variétés, mais je vais commencer. par ¢xaminer la tredisinn que rsppoxte Paufanias, & fur laquelle ou s'eft uniquementifondéi … nu: … Paufanias-déestvant les: Antiquités de Phliuniê petite ville Li. 11. c.18. du Pdoponnele, fituée entre Argos .& Sisfane, raconte la maniére dont elle fut foûmife aur. Dariehs fous Rhegnidas fils de Phalces & petit-fils deToncans.:esiqui-atriva deux générations ay moins après Ik retonts éhdlisiés) sh TA | ménus avoit été un des Chefs de cette expéditiag:, zegt ob 1 «Rhegnidas ft pirofiofbr à aefik. de Phliünse-de Jeisechnnoître pour Roy, & de.partager leurs tersts avec celles des « Doriens, Le Palio Hippets voulait que dan rejentit fs ci ropofitions, & que d'on_prit les-armes pont tepoufferdes « Dorien, imais il né put fe faire écouter. Ceux dePhluintsignt « timidez par la puidañce des Fac des ammende achejtt « Ja pain aux depens de leur liberté & d'une parsie deleur bien; « Hippafus & ceux defon parti abandonnant Phliunte, dllérent « chexcher de mouveanx établifkmens Samos: (eft de: cet « FHippalus, sobtinue Paufänias, que le Philoftphe Pythagore « delcendait. à la quatriéme génération : l'téramv de state « apres, dal -drnönpros., car Pythagore cut'polmpene Mriéfsrque « e fils d'Euphron & petit-fils d'Hippafis. Telleeft, ajoùte Paw « fanias, la tradition de ceux de Phliunte, fur laquelle ceux de « Sicyone.s'acenrdent aver. mix enplufieyrs points.» Paulanias ne dit pas en tous, mais feulement en Pie: a? uit 9D ee jj

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Avant que d'examiner fi cette tradition s'accorde avec celle qui eft rapportée dans Diogéne-Laërce, il faut voir fi la généalogie donnée par Panfanias , eft fuffifante pour remplir, même dans le fyftème de M. Newton, l'intervalle écoulé de- … puis fe retour desHéraclides jufqu'à fa naiffance de re. Par ‘la généalogie rapportée dans Paufanias, ce Philofophe eft fe quatriéme depuis Hippafüs; & comme cet Hippafus étoit le contemporain -de Rhegnidas petit-fils de Téménus, & qu'il devoit avoir le-méme‘ige que lui, puifqu'il fe mêloit déja des affaires publiques & de donner des confeils a fes citoyens , if né fe trouvera que quatre générations entre le retour. des Héraclides conduits par Téménus, & fa naiffance de-Pythagore; 1.° delle de Phalces fils de Téménus, 2.° celle de fon fils Rhegnidas contemporain d’Hippafus , -3.° celle = 1 d'Euphton fils dHippafos;'4."icelle de Mnéfarque pere de Pythagore. Evaluant ces générations à trois pour un fiécle, fuivant Ja méthode dés Anciens, on aura feulement cent wente-trölssang depuis la riaiffande de Phalces fils de T éménus, Fun des Chefs de l'expédition des Héraclides, jufqu'à celle ~. La date précife de 14 naïffance de Pythagore eft un point quite impoffible de déterminer; & tous les efforts de deux _ des plus fçavans hommes de l'Europe, de Dodwel & de Ben, » tidy; qui ont difcuté contradictoirement ee point de chrono» Jogie dans la controverfe excitée en Angleterre au fujet des - Epîtres quiportent lenom de Phalaris, n’ont fervi qu'à mieux » faire fentir cette impoffibilité, par Foppofition qui fe trouve entre les divers témoignages des Anciens. Il y a cependant » certains termes au-delà defquels on ne peut vraifemnblablement » porter li date-de cette naiffanees elle ne peut être antérieure - &¥ani6 2 2,avantl'Ere Chrétienne, ni-poftérieure à l'an 569. > ainfi, ajotkant da:durée commune de quatre générations, ou - cent trente-trois ans, à chacune de ces deux dates, on aura » - néceffairement pour la naiffance de Phalces fils de Téménus, Jes années 7 5 5. & 702. avant Jefus-Chrift, ou quelqu’une * des années intermédiaires.-- :.

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Le retour des Héraclides dans le Péloponnefe fous fa conduite de Téménus pere de Phalces, quatre-vingts ans après Ja prife de Troye, eft, felon M. Newton, de l'an 8 24. Téménus étoit alors en âge de commander une partie de l'armée des Héraclides, & il avoit au moins vingt-cinq ou trente ans. La naiffance de Phalces eft, par le calcul précédent, de l'an 75 5. ou même de l'année 702. donc il y aura un efpace de cent vingt-deux ans, ou du moins de foixante-neuf ans, entre la conquête de !’Argolide par Téménus, & la naiffance de fon fils Phalces. Téménus auroit eu alors cent quarantehuit ahs, ou du moins quatre-vingt-quinze ans; & comme - il fut affafliné dans la fuite par ce même Phalces, il doit avoir furvécu à fa naiffance au moins vingt ou vingt-cinq ans, & avoir vécu en. tout cent vingt ans, ou peut-être même cent foixante-dix ans, fuivant le tems auquel on mettra la naiffance de Pythagore. L'abfurdité de cette conféquence montre que, même dans le fyftème de M. Newton, on ne peut recevoir la généalogie donnée par Paufanias, & c'eft peut-être pour cette raifon que ce Géomètre, qui avoit employé des témoignages bien moins précis, n'a pas voulu faire ufage de celui-ci, Diogéne- Laërce rapportant quelques-unes des anciennes opinions embraflées par les Anciens, au fujet de l'origine de Ja famille de Pythagore, dit qu’il y avoit des Ecrivains qui faifoient cette famille originaire de Phliunte; Mæmacus ou Marmacus pere de Pythagore, étoit, felon eux, fils d’Hippafus & petit-fils d'Eutyphron, dont le pere Cléonyme avoit été chaffé de Phliunte. - Dans cette généalogie, Fayeul de Pythagore eft nommé Hippafus, & non Euphron. Son bifayeul eft Eutyphron, &c non pas Hippafus, & ce ne fut pas le bifayeul de Pythagore, mais fon trifayeul, qui fut chaffé de Phliunte. Enfin, ce trifayeul n’eft point cet Hippafus qui voulut s'oppofer à Rhe“ gnidas, mais un Cléonyme que Diogéne nomme fimplement Banni de Phliunte, duras cx bAiBr7s, fans faire aucune mention, ni de Rhegnidas, ni des Doriéns. Pour concilier enfemble ces deux maniéres différentes de Eee ij

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rapporter la même généalogie, pour les lier l'une à l'autre, & pour les faire quadrer avec le fyflème de M. Newton, il faudra que Pythagore foit le cinquiéme, & non le quatriéme, depais la conquête de Phliunte fous le petit-fils dé Téménus, comme le dit Paufanias ; il faudra corriger fon témoignage, & deflors ce ne fera plus fur fon témoignage que l'on s'appuyera, mais fur une correction de laquelleil faudra donner d'autres preuves que celle du befoin que l'on auta eu de la faire. Je l'ai dit ailleurs, mais je crois que l'on ne peut trop le répétér; un paflage qui a eu befoin d'être corrigé, n'ajoûte après fa gorsection , aucune force nouvelle aux raifons qu'on a eves de la faire : c'eft-ià une des régles fondamentales de Ja Critique. Diogéne-Laërce ne nomme pbint les Auteurs dont jf avoit tiré fa généalogie de Pythagore, lui qui cite cependant fi volontiers, mais il ne l'avoit paint imaginé; & quelle puiffe être l'autorité de fes garane, olle fera bien foible fi elle ne l'emporte pas fur les traditions particuliéres des Phliafiens au fiécle des Antonins, traditions fur lefquelles leurs voifins de Sicyone n'étoient pas en tout d'accord avec eux, _ Par où ceux de Phliunte, villé médiacre fituée au milieu des terres, qui n'avoit aucun commerce maritime, & qui n'a jamais joué un rolle confidérable, avoient-ils pu au tems de Paufanias, conferver le fouvenir de ce détail des générations d'une famille qui était éteinte depuis cinq à {ix oens ans, & qui étoit fortie de leur ville il y en avoit alors plus de neuf cens? Ces Phliafiens avoient fans doute vili dire que plufieurs anciens Ecrivains faifoient fa famille de Pythagore originaire de Phliunte, & lä-deflus ils avoient bâti une généalogie, que Paufanias rapporte fans la garantir. C'étoit dans les Ecrivains de la vie de Pythagore qu'il falloit chescher ce détail, où nous voyons qu'ils remositalent jufqu'à la cinquiéme génération ayant ce Philofophe, & nous n'avons auanne preuve qu'ils cuffent parlé de ce qui avoit obligé Cléonyme fon trifayeul ‘abandonner Phliunte. Si fa caùle qu'en rapportoient les Phliafiens eût été cohnuë à cesEcrivains, comme elle l’auroit £a cas que fa tradition de Phliunte eût été véritahle, elle

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faifoit trop d'honneur à ta famille de Pythagore, pour qu'ils euflent manqué d'en faire mention. Cette tradition fuppofoit. -le fondateur de la famille de Pythagore, foit Hippalus » binCléanyme, n'avoit abandonné fa patrie que pour fe fouftraise au joug des Héraclides, & lorfqu'äl defefpéra de dui infpirer le courage de deur réfrfter. Je patie à la variété.des opinions débitées par les Anciens fur l'origine de la famille de Pythagore, parce que cette var riété démontre leur incertitude. . Le nom de ce Philofophe étoit devenu extrêmement célébre, mais cette même célébrité. que lui avoient acquife fa vertu, fon efprit & fon fçavoir, n'avoit fervi qu'à rendre fon hiftoire & celle de fa famille encore plus incertaines, par la licence que les admirateurs & les ennemis de fa doctrine s'étoient également donnée de défigurer cette hiftoire, & de la charger des fables les plus abfurdes & les plus ridicules. H n'eft queftion ici que de l'origine de Pythagore, & j'écarte tout ce qui lui eft étranger. u Cette origine paroiffoit à l'Hiflorien Lycus, & après fui A Porphyre, un de ces problemes qu'il n'eft pas.poffible de ré. foudre, parce que, felon les uns, da famille de Pythagore étoit originaire de lle même de Samos, & defcendué des anciens habitans, auxquels la colonie Ionienne s'étoit unie; que, {lon d’autres, elle venoit de Phliunte, & que, felon les troifiémes , elle avoit pafk€ de Métaponte ville d'Italie, dans l'fle de Samos. © L'Hiftorien Lycus né à Rhége dans l'Italie, étoit contemporain de Démétrius de Phalére, avec lequel il avoit eu de violens démélés, felon Suidas, ainfi il étoit du fiécle d’Ale- _ xandre & de fes fuccefleurs immédiats; on fe trouve cité plufieurs fois dans les Anciens, & il paroît qu’il étoit en quelque | confidération, puifqu'Agatharchidele joignant à Théopompe, Agmtanlie: affiire qu'après la defcription que l'un & l'autre ont donnée pd Ph. Cd: des pays fituez à l'occident de la Grece, il refte bien peu de “?°7*7°° chokes à en dire. Diog. Laërt, Hermippus & Hippobotuséteient du fentiment qui faifoit Mer Cie Strom ty

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la famille de Pythagore originaire de Samos même. Her: Atay.113. mippus de Smyrne, auquel Athénée donne toüjours le furfe Hig, nom de Callimachien, KaMmuıpanysos, (que Voflius explique Grac. 1.16. .par difciple de Callimaque) avoit écrit une vie de Pythagore, Jofeph. coama laquelle, au jugement de Joféphe, l'emportoit pour l'exaétiApion. 1. cap. nude & Ja vérité, fur toutes les autres, qui étoient pourtant Emme en très-grand nombre; il avoit auffi publié quelques autres ouvrages fur l'Hiftoire des Philofophes, & on fe voit trèsfouvent cité. Le tems d’Hippobotus n'eft pas connu, on voit Parpb.e. 61. feulement que Porphyre & lamblique le citant avec Néanthe, dambl.e.1bg. pour le même fait, le nomment le premier, d’où lon pourroit peut-être conclurre qu'il étoit plus ancien que lui. Néanthe de Cyzique avoit été difciple de l'Hiftorien Philiféus écolier d’Ifocrate. Hippobotus avoit beaucoup écrit fur l'Hiftoire des Philofophes & fur celle des Sectes de la Philofophie, & il eft fouvent cité par Diogéne-Laërce. Les trois origines différentes dont parle Lycus, n'étoient pas les feules que l’on donnät à la famille de Pythagore. ThéoUlm. Strom. pompe, Ariftoxéné & Ariftarque affüroient qu'elle defcenrizp doit des anciens Pélafges ou Tyrrhéniens, qui, après avoir été Theodora, The- chaflez d’Athenes peu après le retour des Héraclides, s’empa- "Ered. ry, vérent de Lemnos, & fe répandirent de-1a dans les Ifles voia$5:71:138. fines. Les anciens habitans de Samos étoient Ledges, nation PEEN abfolument différente des T yrrhénes ou Pelafges. Le Stoïcien Chanth. apud Cléanthe, Diodore de Sicile, Plutarque & Diogéne-Laërce PoplyrExcerpt. font mention de cette opinion, & elle femble avoir été la Val. p.241. plus commune parmi les Anciens, Pht. Smp Il feroit inutile de s'arrêter à faire connoître l’âge & l'auSA #2... torité de Théopompe. Difciple d'Ifocrate, il avoit vécu fous vii. cæ.s. Philippe & fous Alexandre, & Jes Anciens louent fur-tout che. Hun le foin qu'il s'étoit donné, & les dépenfes qu’il avoit faites Xpif. ad Pomp. pour s'inftruire de la vérité des chofes qu'il rapportoit. o = Ariftoxéne de Tarente difciple d’Ariftote, eft plus connu par (es Elémens d’Harmonie, qui font parvenus jufqu’a nous, que par fes autres écrits; mais il avoit publié un très- grand „Bi Gra, nombre d'ouvrages dont Fabricius a raffemblé les titres, & a

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vie de Pythagore en étoit un. Elle eft citée fouvent & avec éloge par les Anciens, & Aulu-Gelle citant cet ouvrage | d'Ariftoxéne, l'appelle Vir /itterarum veterum diligentiffimus: Noa. Amis « il avoit, dit-il, confulté avec foin le Pythagoricien Xéno- 7: 2. phile, Fun des derniers Chefs de l'Ecole Italique; il avoit eu « _ des conférences avec le jeune Denys de Syracufe dans fa re- « traite à Corinthe, fur les détails de quelques aventures attri- « buées à des Pythagoriciens; il avoit auffi recueilli & comparé « avec foin les traditions des Vieillards qui avoient va l'Ecole « Italique dans un état plus floriflant.» Le voifinage de Crotone & de Métaponte, villes peu éloignées de Tarente, l’avoit mis à portée de faire ces recherches, & il paroît que le fruit de cet examen avoit été de rejetter beaucoup de traditions débitées - à l'occafion de Pythagore & de fes difciples, & même d'en démontrer la fauffeté, fans en avoir pu cependant defabufer le public, qui préfére toüjours dans l’hiftoire des hommes célébres, le merveilleux, & même le bizarre & l’abfurde, au vrai fimple & ordinaire. L’Ariftarque cité par Clément, eft apparemment le Critique, car on ne connoit guéres que deux Ecrivains de ce nom, l'Aftronome Ariftarque de Samos, & le Grammairien de l'Ecole d'Alexandrie *. Quoique le Stoicien Cléanthe rapportât cette opinion de l'origine T yrrhénienne ou Pélafgique de Pythagore, & qu’il le fit même d'une façon affez étenduë, comme on le voit dans Porphyre, ce n’étoit pourtant pas celle-là qu'il fuivoit. Selon lui, Mnéfarque pere de Pythagore étoit un marchand Phoenicien établi à Tyr, qui dans une famine alla porter du bled à Samos, & auquel les Samiens, en reconnoiffance de ce fervice, accordérent le droit de bourgeoifie. Cléanthe ajoûtoit que Mnéfarque, qui prit alors ce nom Grec, s'établit à Samos, qu’il y eut un fils auquel il donna le nom de Pythagore, & qu'il mena à Tyr pour y être inftruit dans les fciences des Phceniciens. Le refte du récit de Cléanthe eft étranger à * IIs ont vécu à peu-près dans le même tems, dans le troifiéme fiécle avang PEre Chrétienne. Mem. Tome XIV,

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MEMATRES- Tobjet que je traite ici, c'étoit au cinquiéme livre de {ep Mythiques que Hénbe rappartojt ce détail; cet ouvrage RA Die. ssa était Iirementdu Stoiden Cleanihe difiple deZénon, & il de pri ciegpp vers beEEnie, Qu vers l'an 249. avant “ Clem. Srrom.r. vent, Jefus-Chrift. (Clément Alenia» & apres fui Eufébe & Théodoret, attribyent à um Néanthe Ig même opinjan de l'origine Phoepieienme de Pythagore, & c'elt fans douteau Néanthe de Cyzique difciple de Philifcys, Jeane aypit étudié dans l’école d'Iforraie, & devpit &ipe à pen- près du même tems que ppc 20. 19:92 Ciganthe, op peyt-Aire mêmeun Ber plus ancien. Porphyre rapport dani un grand détail dé ce qui (e trouvait fur l'origine de Pyibagare dans Ja vie de ge Philalaphe, ferite per un Apollonius quel'an ne (sait pas trop compment diflinguer parmi les lobrante-dixcneut Besa de ce nom dong „ai. Grtn. Fabricius nops 3 donné la lifle. Selon cet Apollonius, Pythajs 974 mere de Pythagore defcendoit d'Ancfe, celui qui avoit le pepe fondé la ville de Samos, Apallenin ze parlpit paint ille de MnfGrqug, parce ane gétoit Apollon quif doit camme le véritable pere de Pyıl Agere Mnéfapra elon lui, étoit feulement fon pere pytatif. ie Gb Gais affez ancienne, nous MANFE Sa il der en général, tqutes ces traditions quel'on TpitHf Hjet de Py ore lambligue. qui ne l'adopte erpendant pas, Rous apprend quellefe trouxpit dang les opvrages TR ROE, d'Eudaye & de Xénaçrate. . Indji de l'ancien Epiménidede Crée, que Fon fait difcinle de Pythagore, & fons le nom duquelon avoi Dig. Epinen. publi¢ quelques ouvrages, Diogene- Laërre hous appreng qu'if y avoit ou trois Ecrivains de ce nom, dont va avait peblif un livre für les gééalngiss des anciennes familles, & ce ponrroit bien fixe celui dons nous parle lamblique, mais pie ten fon tene vans sftincopgp-. Eudoxe de Cnide, 4 ftronome trés-célébre dans l'Antiquité, & Tun despremiers Auteurs de l'Aftronomie fyftémpatique,

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Iaquelle mit les Grecs en état de conftruire les Fable aftronomiques, avoit étudié fous le Pythagoricién Archytas, & Diogéne le tange parfni ceux de cette Sette; aînfi il fetoit fort poflible que parlant de l'origine du fondateur dé fi SCEBE;- it eût adopté fa fable qui le faifoit fs dA pollony CetEudoxe _ avoit été auflı difciple de Platon. H y eu un antre Eudoxe qui étott de rifle de Rhodes, & que Diogéñé nomme Hiftorien. H-f& trouve éité dans Id Rétueit des chofes merveilleufés du Grammiaitien Apolkosnâus > & comme ce Grammairierr ne cite qué des Hiftoriény anciens, on en peut conclurre qué cet Eudoxe 4 vécu av. moins fous {és fucceffeurs d’Alexandre. Pour le Xénocrate cité par lambliqué, if rie peut être différent du Philofophe de ce nom, lequel Mccéda à Spéufippus fds de Platon darts ie conduite dé FEcok Platonicienné, depuis l'an 334. jufqu'à l'an 309. H avoit publié un irèss grand nombre d'ouvragts dont Diogéne nous a conferve kes titres, & péri lefquels on ein trouve qui avoiént pour objet Lhiftoire des perfonnages célébres, entre Kkfquéls Pythagore devoit tenit un dès premiers rangs, dux yeux d'un Auteur Philofophe, & d'un Philofophe qui, comme nous Papprend’ Porphyre, avoit adopté une partie des dogmes Pythagoriciens. Pwphr. vita «iPSJe lamblique profefloit une efpéte d'idolatrie épurée, & dont Beh, Lambl. cap. Sa # ne paroit pas que les principes puffent s’accorder avec fes amours des Dieux pour lès femmies mortellés; auffi rejettet-il formellemetit cette fable qui füppofoit Pythagore le fruit d'une intrigue d’Apollotiavec Pythais femme de Mnéfarque. Tamblique fippofe que le pere & fa mete de Pythagore étoient de la même famille, deftendts l'un & Fautre d'Ancéé; mais il aflüre que cet Antéé né à Same ville de Céphalenie, avoit conduit une coforiie dans [Pie à Ixquelle il dorma fe nom de Samos. Cette colonie étoit compofée, felon lui, de Céphale« niens, d Aftadiens, de Theffaliens, & Athériens, d'Epidauriens, & de quelques Habitatis de Chakis dans l'Eubéë, Tamblique ajoûté que non féuleitient les géri¢alogies des familles particuliéres, miais-envore les fêtes des Dieux & los ser monies des

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acrifices, fourniffoient la preuve de ces origines fi différentes des habitans de Samos. Il eft fingulier que parmi tous ces peuples, il ne foit fait aucune mention des Phliafiens. . Au refte, comme lamblique écrivoit fous les fucceffeurs de Conftantin, & dans un tems où l’Ifle de Samos étoit Chrétienne, il n'y a pas d’apparence que ce qu'il dit des fêtes & des cérémonies particuliéres des facrifices, pût encore avoir lieu de fon tems; c'étoit fans doute de quelqu'ancien Ecrivain qu'il avoit tiré ce détail, & peut-être d’Apollonius, qu'il paroit avoir copié en cet endroit. Ii ya même lieu de foupçonner qu'Iamblique, dont Fouvrage femble fait pour concilier les diverfes traditions, s‘eft .donné quelque licence en cette occafion, car il eft difficile d’ajufter cette colonie conduite à Samos par Ancée de Céphalenie, avec ce que nous apprenons dans les Anciens, des Antiquités de Samos d’lonie. Il eft für qu’Homére regardoit le nom de l’Ifle de Samos comme plus ancien que fa guerre Had. w. verf. de Troye. Il le donne dans l'Iliade à l’Ifle voifine des côtes PET 753 de l'Afie; or il eft impoflible que la colonie d'Ancée, compofée des fix peuples différens dont parle lamblique, fût antérieure à la guerre de Troye, cependant il faudroit quelle fe fit, fi c'étoit cet Ancée qui avoit donné le nom de Samos à cette Ifle. Faf.vır. 4. _ . Le Poëte Afius de Samos, cité par Paufanias, parfoit dun ancien Ancée fils de Neptune & d’Aftypalee fille de Phoenix, lequel avoit regné fur les Léléges, & avoit époufé Samia fille du Fleuve Mæandre; il en avoit eu cing enfans, dont un avoit porté le nom de Samus. Le même Poëte donreit pour femme à Phoenix, Périmede fille d'Œnœus. La reffemblancede ce nom avec celui du Roy de Calidon pere de Méléagre Apel. gem. & de Déjanire, a fervi fans doute de fondement à Apollonius #rf.185: de Rhodes, pour confondre !’Argonaute Ancée avec Ancée fils de Neptune; ce qui a fait dire enfuite au Scholiafte de ce Poéte, que cet Argonaute étoit fils de Neptune & d’ Aftypalée fille de Phoenix; mais il eftconftant par plufieurs paflages

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d'Apollodore, plus exact & mieux inftruit qu'Apollonius, :1.° Que cet Ancée qui fe trouva à l'expédition des Argo- 4pell. 15. 7: nautes, qui fuccéda à T yphis dans l'emploi de Pilote, & qui *° 9. 10.16: mourut d'une bleffure reçüë à fa chaffe de Calydon, étoit fils so. de Lycurgue Roy de la ville de Phenée & d'un canton de. YArcadie: 2.° Que fon fils Agapénor fut un des Princes qui Lis. rr. ne prétendoient à hymen d'Héléne: 3.° Que la mere de cet 1% 2 “Ancée fe nommoit Ciéophyle, ou, felon d'autres, Eurynome, & qu'elle étoit Arcadienne. Paufaniasajoûtequ'Ancée Pafvir.4; étant mort fans enfans avant fon pere Lycurgue, la couronne paffa à fon coufin Echémus. Le Scholiafte d' Apollonius nous zis r. vof. apprend que la circonftance du detail de la mort d'Ancée 744. à la chafle de Calydon, fe trouvoit dans le huitiéme livre de Phérécyde. Aucun de ces caraêtéres ne peut convenir 4 cet ancien ‘Ancée du Poéte Afius, qui fut Roy des Léléges de 1’ Afie Mineure, qui regnoit fur les bords du Mæandre, & qui laifla cinq enfans. Il y a plus d'apparence que ce Poéte parloit du même Ancée Roy des Léléges, dont Phérécyde faifoit men-° Lis, xv. ja tion, felon Strabon, & qui avoit regné fur une partie du pays 432: où les Ioniens s’établirent dans la fuite, depuis Ephefe jufqu’a Phocée, dans fe voifinage des Ifles de Samos & de Chio. . Phoenix ‘ayeut materne d’Ancée, & que le Poëte. Afius faifoit pere d'Europe & d'Aftypalée, eft fans doute Fancien. Phoenix fils d'Agénor & frere de Cadmus, car Apollodore . reconnoît que d'anciens Auteurs faifoient Europe fille de. Phoenix, & non fa foeur. Les Léléges de l’Afıe Mineure faifoient ainfi remonter leurs Antiquités jufqu'au tems de Cadmus, dont les compagnons avoient fait plufieurs établiffemens . dans les Ifles de la Mer Egée. È se Le récit d'lamblique nous obligeroit de reconnoître un troifiéme Ancée de Céphalenie inconnu à toute l'Antiquité, * & une colonie antérieure à la guerre de Troye, dont Homére ne paroit pas avoir eu la moindre idée. Ainfi, quelque détaillée & quelque fuivie que paroiffe la narration d’Iamblique, on ne peut la regarder tout au plus que comme une imagination

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des Fevivaitis poflérieurs, qui ne peet fe concilier aver fes traditioris plus anciénnes, & rapportées dans les Ecrivains det bon fieche, La premiere tradition faifoit cette familie d'origine Sa rhieñne, foif que parlà où vonküt marquer qu'elle deftéridoié des loniens qui avoient eondait ome colonie Hellénique è Szrhos, fol qu'on voulût la faire defcendve des anciens Lékéges, ce qui fenible avoir été le fentimerit dApollonius, qui mar= juoit Ancée fondsteur de Samos, pour le chef de ia famille dont étoit Pythiaïs. ° | La feconde opinion, owcelfe deFhéoponipe, d'Arifloxéne, d'Ariftarque & de plufieurs autrés, fuppoloit cette famitfé d'origine Pdafgiqué ou Tyrrhenienne, & ba faifoh defeendre des Pélafges chaflez d’Athenes. | Dans la troiféié opittion , cette famille &tokt. originaire de Phliunte près de Sicyoné, Dans la quatriéme, elle étoit de Metaponte eri Tealie,. Dans la cinquiémie, elle venoit de l'Ifie de Céplizionie, à l'occident du Péloponnefe. Enfin dans fa fixiéme, elle n'étoit devenuë Grecquë qué par le droit de bourgeoifte atcortlé à Mndfarque de Fyn Elle étoit originaire de Pheénicie. Avant que de fe détermirier en faveur d'une de ces opinions, il faut fes avoir difcutéés toutes fix; & je doute qu'a: près la difeuffion la plus exaéte, la-queftion cette Ere problématique. Ainfı, quarid-bien même ta tradition de ceux de Phliunte feroit aufft favorable au: fyftéme chronologique de M. Newton, quelle fui eftcontrairé, avant de pouvoir rien: établir fur un fembfable fondement, il faudtoit avoir prouvé qu'elle doit être préférée aux cing: autrés: Ce piétiminaire eft! ARTICLE Fk Seconde partie de la Preuve chronologique, tirée de PEpoque 5 de Pythagore. + Cette preuve efE fondée für utie tradition: Py ca goriciénne

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rapportée dans les Anciens, au fujet des différentes migrations de l'ame d'Æthalide fils de Mercure, laquelle avant que d'entrer dans le corps de Pythagore, await forme * fucceffiyement les corps d'Euphorbe jué à la guerre de Troye par Ménélas, d'un Hermotime de Samos, & d'un pêcheur de Fille de Délas nommé Pyrrhys, A cette premiére tradition on en joint une autre qui n'avait aucune liaifon avec Ja premiére, & fuivant laquelle l'ame d’Athalide avoit pallé deux gens fept ans dans les Enfers avant que de venir fur la terre informer le corps du Philofophe Pythagore, On fuppofe 1.° que le paflage de l'arme d’Æthalide dans le carps d'Euphorbe, d'Hermotime & de Pyrrhus, s'était fait immédiatement & fans aucun intervalle entre la mort de l'un & la naiflance de Vantre; 2.° qu'il n'y avoit eu d'intervalle qu'entre Ig mort du pêcheur Pyrrhus & fa naiffance de Pythagore, & que cet intervalle eft celui des deux eens fept ans de féjour dans les Enfers, Ainfı, joignant enfemble ces deux durées, celle dy féjour aux Enfers & celle de la vie d'Hermotime & de Pyrrhus, on prétend avoir la mefure de l'intervalle écoulé depuis la mort d'Euphorhe jufqu'à 1a naiffange de Pythagore. M. Newton met la prife de Troye en l'an 994 ayant Jefus-Chrift. La mort d’Eupharbe eft de cette même année. La naiflance de Pythagore eft, zu plitds, de l'an 622. &, au plus tard, de fan 5 69. donc elle eft poftérlenre à la mort d’Euphorhe de trois cens trente- cing ans ay plus, & de deux cons quatreyingt-deux ans au moins. Oftant de l'une & de l'autre de cos durées les deux cens fept ans de [jour que l'ame d’Æthalide avoit fait dans les Enfers, il refters pour la vie d'Hermotime & pour selle du pêcheur Pyrrkus prifes snfemble, une durée de foixante-quinze ans, on taux 3u plus de cent wingt-huit ans, On fuppofe ae les deux différentes traditigns que l'on réunit pour en former une preuve, ayoient toutes deux Pythagore pour leur auteur, & de- on conclud qu'il comptoit environ trois cens ans entre la prife de Troye & le tems de fa naiffance, " # Il Gut fe reffouvenir de ce que j'ai dij du Rosququal i'employe ce moti

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La fingularité d'une femblable preuve chronologique, & fa maniére dont on l'a propofee, feront exculer l'étendué que je ferai obligé de donner à cette feconde obfervation, & même le férieux avec lequel j'examinerai la tradition fur laquelle eft fondée cette preuve. Héraclide de Pont, qui avoit étudié fous Speufippus fils Vide Fabric. : Biblioth. Grac. de Platon, & enfuite fous Ariftote, rapportoit dans un de fes Vof. de Hift. Diogen, VIII. um. 4. ouvrages (que Diogéne- Laërce ne nomme pas, mais qui ‘pouvoit être le Traité des Enfers ou des Pythagoriciens) que Pythagore aflüroit que fon ame étoit la même que celle d’ thalide fils de Mercure, à laquelle ce Dieu avoit accordé le privilége de ne point boire les eaux du Fleuve Léthé, & de conferver le fouvenir, non feulement de ce qu'elle auroit vü dans les Enfers, mais encore de tout ce qui lui feroit arrivé dans les différens corps, foit d'hommes, foit d’animaux , foit de plantes, qu'elle informeroit fucceffivement dans fes métempfychofes. Cette ame, ajoütoit Pythagore, (c'eft toûjours Heraclide qui parle) paffa quelque tems après la mort d'Æthalide, dans fe corps d’Euphorbe tué par Ménélas à la guerre de Troye. Elle anima enfuite le corps d'Hermotime, enfuite celui d'un pêcheur de f’Ifle de Détos nommé Pyrrhus, & enfuite celui du Philofophe de Samos. J’examinerai fé ment ce qu’Heraclide contoit de cet Hermotime, ce détail feroit perdre de vûë la fuite de la preuve. Diogéne- Laërce, dont l'ouvrage eft écrit fans méthode comme fans critique, rapporte quelques pages plus bas, & dans un endroit où il ne s'agit nullement des migrations de ame de Pythagore, que ce Philofophe difoit de lui-même dans un écrit, euros c mM 442.9% puoi, qu'il étoit venu habiter mi les hommes, après avoir refté deux cens fept ans dans les Enfers *. * Nota que cette citation & la phrafe | immédiatement, mais avec celle qui entiére de Diogéne, femblent'inférées | finit par les mots Hod pure. C'eft après coup, foit par lui-même, foit | une remarque, fur laquelle je n’infifte par un autre. Les mots Tos 39 qui | pas, dont je ne prétends rien concommencent la phrafe, ne feliantpoint | clurre, & que je ne fais que pour plus avec La fin de la phrafe qui Ja précéde | d’exaétitude, Quoique

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Quoique ces deux traditions fuflent indépendantes l'une de l'autre, on les a jointes enfemble, & on a fuppofé 1.° Que fa mort du Pécheur de Délos avoit précédé de deux cens feptans la naiffance de Pythagore: 2.° Que la mort d’Euphorbe n'avoit été (éparée par aucun intervalle, de la naiffance d Hermotime: 3° Que fa naiflance de Pyrrhus avoit de même fuivi immédiatement la mort d’Hermotime. Si Fon demande une raifon de cette variété, je doute que Yon puifle en donner d'autre que fe befoin que l’on avoit de la fuppofer pour former la preuve chronologique dont H s'agit. La naiffance de Pythagore étant, comme je l'ai déja dit, de l'an 5 69. avant l'Ere Chrétienne, au plus tard, elle n'eft poftérieure a la prife de Troye, dans fe fyftème de M. New-: ton, que de trois cens trente-cing ans. Or fi l'on öte de cette ‘durée de tems les deux cens fept ans de féjour dans les Enfers - depuis la mort du pêcheur Pyrrhus, il ne reftera plus que cent vingt-huit ans pour la vie de ce même Pyrrhus & pour celle d'Hermotime, Ces deux hommes n’auront vécu que foixanteuatre ans chacun. Si l’on place fa naiffance de Pythagore en è 2. la mort du pêcheur Pyrrhus fera de l'an 829. & poftérieure feulement de foixante- quinze ans à la prife de Troye en 904. La vie de chacun de ces deux hommes fera feulement de trente-fept à trente-huit ans l'une portant l'autre, les deux enfemble ne faifant que foixante-quinze ans. On fent combien il y a de chofes à dire contre une femblable preuve, mais je tächerai de les rapporter toutes aux trois propofitions fuivante® 1.° La tradition dont il s’agit eft rapportée avec des différences fi effentielles fur fe nombre des migrations de l’ame de Pythagore, fur les noms, fur la condition & fur le fexe de’ ceux dans fefquels on fait paffer cette ame, qu'elle ne méri- teroit aucune confidération, quand bien même il s'agiroit d'un fait hiftorique & poflible, comme pourroit être le nombre des générations naturelles d'une famille ordinaire; que fera-ce. Men. Tome XIV.

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lorfqu'il s'agira d'une fiction aufli abfurde & aufli puérile que Yeft celle dont il eft queftion? . 2. La tradition n'étoit ni ancienne, ni conforme à fa doétrine des Pythagoriciens fur la Métempfychofe, - 3.° En fuppofant même que cette tradition fit ancienne & uniformément rapportée, or ne pourroit employer poux Yufage chronologique auquel on la fait fervir. PREMIÉRE PROPOSITION. Cette tradition eft rapportée de neuf maniéres différentes, & avec des variétés effentielles. . 1.0 Cette tradition, ainfi qu'elle fe lifoit dans l'ouvrage d'Héraclide, ne comptoit, comme on l'a vü, que deux migrations de l'ame d'/Ethalide, entre la mort d’Euphorbe & la naiffance de Pythagore. * :** . Cet Héraclide de Pont-étoit un homme qui avoit publié un très-grand nombre d'ouvrages, & fur toutes fortes de matiéres, mais il ne paroit pas que fon témoignage fût d'un De Nat. Der, grand poids en matiére d'hiftoire. Dans Cicéron, l'Epicurien 55.13. Velléius l’accufe d'avoir rempli fes livres de fables puériles, puerilibus fabulis referfit libros, & cela dans un endroit où ce qu'il en rapporte confirmant le fyftéme qu’il veut établir, il auroit eu intérêt de ne pas affoiblir l'autorité de fon témoignage; ainfı le titre de (avant, doéus, que Cicéron donne à Heraclide, ne doit point être mis en oppofition avec ce jugement de Velléius. Le défaut de critique, ou même la erédulité pour les fables, & l'érudition , font deux chofes qui ne vont que trop fouvent de compagnie. Plutarque porte encore un jugeanent plus fächeux d’Héraclide. Après avoir rapporté la maniére peu exacte dont il racontoit la prife de Rome per les Gaulois, il ajoûte qu'il n'eft pas étonnant qu'un Ecrivain af fabuleux & auffi menteur qu'Hérachde, ait défiguré cet événement. Diogéne- ie nous apprend auffe qu'on accufoit Héraclide de plufreurs fauf= fetés littéraires, foit pour: s’attribuer les ouvrages d'autrui, foit pour en publier fous des noms anciens;. & quelques:

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circonftances qu'il rapporte de fon hiftoire, nous montrent qu'il ne s'étoit pas même toûjours borné aux faufletés purement littéraires. Dans la longue lifte de fes ouvrages, on en voit un qui avoit pour titre Mees 7 Tu Se spor, des Pythagoriciens ou Pythagoriens. Cette dénomination défigne les nouveaux Pythagoriciens, ou ceux qui avoient embrafle la Secte de Pythagore, depuis que fes écoles ayant été détruites, ceux qui les compofoient avoient été obligez de fe répandre dans Ja Grece. On donnoit fe nom de MuSe seco: à ceux qui via Brhag. compofoient les Ecoles ou communautés fondées par Pytha- apud Za. gore, celui de TuSa5peos aux difciples qu'ils avoient formez, Breg. 18. & celui de IIvunserrmj ou de Pythagorifans, à ceux qui fi, Diag: n’adoptant qu'une partie des dogmes Pythagoriciens, étoient ig/.x1v. ». 5 au fond regardez comme des étrangers par ceux de la Secte; . ce nom de Pythagoriftes ou de Pythagorifans, fe trouve em- Dig. Lat. loyé dans des fragmens de Comédie du Poëte Cratinus, du Biter. 38 oëte Mnéfimaque, du Poëte Ariftophon & du Poëte Alexis. Arher.n11.3 ga On le trouve auffi dans la x 1v.° Idylle de Théocrite, & le 11.77.1494 Scholiafte explique fur ce mot, quelle étoit la différence des Aul. Gell, #4 \Pythagoriciens obfervateurs de tous les dogmes de Pythagore, 7: & des Pythagoriftes ou Pythagorifans, tel qu'étoit, felon lui, Platon, qui m'avoir adopté que quelques points de la doctrine de cette Set e. On peut conclurre de-ià que les IIugwyspeos dont avoit traité Héraclide, n'étoient pas les anciens Pythagoriciens, mais les nouveaux, qui s'étoient répandus dans fa Grece après la deftruction des Ecoles Pythagoriciennes en Italie. | 2.9 Dicéarque & Cléarque, tous deux difciples d’Ariftote & ‘AelGelliv. 9. camarades d'école d'Héraclide, avoient rapporté cette même fable des migrations de l'ame de Pythagore, mais d'une maniére bién différente; car après la mort d'Euphorbe, ils faifoient paffer lame du fils de Mercure dans le corps de Pyrandre, de-1à dans le corps d'un Callideas*, & de-lä dans le corps de fa courtifane Aicé, d'où elle avoit enfin pafié dans celui de Pythagore. Ils comptoient aufli trois migrations * Stanley, Hift. Philof. lit Calliclea, je ne fçais fur je fondement,

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entre Euphorbe & Pythagore, & ne s’accordoient aveë Héraclide, ni fur le nombre, ni fur fe nom, ni fur le fexe de ceux dont l'ame d’ZEthalideavoit informe les corps. Dicéarque & Cléarque font trop célébres, pour qu'il foit néceflaire de m'arréter à les faire connoître. : Joféphe contre Apion, dit que Cléarque ne fe céde en mérite 4 aucun Péripatéticien. Pour Dicéarque, nous en avons des fragmens aflez confidérables, pour juger qu'il mérite les éloges que lui donnent les Anciens, Au refte, un homme qui, Cicer, Tafel. comme lui, nioit l’exiftence des ames, c'eft-à-dire, qu'elles ref. fuflent quelque chofe de diftingué du corps, ne pouvoit rapporter férieufement cette tradition. | Toni. de 3 Tertullien alléguant cette tradition, nomme à la vérité Anima, e. 15. les mêmes perfonnages qu'Héraclide, mais il les arrange De Asin, c. autrement que lui: Quomodo perfuadebit, dit-il en parlant de 38, Pythagore, Æïhalidem, & Euphorbum, &am Pifcatorem, & Hermotimum, fe retrò ante Pythagoram fuiffe! Howe Ape 4.° Saint Jérôme dans fa réponfe à Rufin, rapporte cette ese Rigs m&me tradition avec de nouvelles variétés. Il nomme è fa vérité Hermotime & Pyrrhus pour les deux derniéres migrations, mais il place un Callidès entre Euphorbe & Hermo- ‘time; comptant ainft trois migrations intermédiaires, comme Dicéarque, mais adoptant les noms marquez par Héraclide, Vita Prhagor.- — 5.° Porphyre parle de cette même tradition, mais il ne fa VP 19: rapporte qu'après avoir obfervé que l’on ignoroit abfolument ce que Pythagore avoit dit à fes difciples dans les conférences qu'il avoit avec eux, parce que tout cela reftoit enféveli fous un fecret impénétrable, & il n'en parle qu'en la mettant au nombre des chofes auxquelles il doute qu'on veuille ajoüter Cp. 23. foy. Il compte, de même que Dicéarque & Saint Jérôme, trois migrations entre Euphorbe & Pythagore, mais ij donne Cap. 44. Je nom d'ZEthalide à celui que ce Pere nomme Callidès. If n'y a pas d'apparence que Porphyre fe foit trompé fur la place Ce. 26. de cet Æthalide, car rapportant ailleurs cette même tradition, on ne voit point qu’il parlât du fils de Mercure, & qu'il re- „montât au-delà d'Euphorbe tué è la guerre de Troye; if

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diftingue même les degrés par les termes de premierement, fecondement, &c. ce qui montre qu'il vouloit les rapporter dans l’ordre qu'il a fuivi. 6.° Le Scholiafte de Sophocle, après avoir raconté une fable* que l'on débitoit au fujet de Pythagore, & à laquelle il prétend que le Poëte pourroit bien avoir fait allufion, rapporte la tradition dont if s'agit, à peu-près de même qu’elle whe fe trouve dans Héraclide, fi ce n'eft qu'il donne au Pécheur de Délos le nom de Pythius, & non celui de Pyrrhus. 7.° Le Scholiafte d’Apollonius de Rhodes trouvant dans Argon. HD,£ ce Poëte le nom d’Æthalide & la fable du don que lui avoit vof 44. ° fait fon pere Mercure, rapporte à ce fujet la tradition Pythagoricienne, & cela de deux maniéres différentes, qui ne s’ac- .cordent, ni entr’elles, ni avec les précédentes. Suivant la premiére, l'ame d’Euphorbe pafla d’abord dans fe corps d'un homme de Créte nommé Pyrrhus, & enfuite dans celui dun homme d’Elis dont il ne marque pas le nom. 8.° La feconde maniére de rapporter la tradition, eft celle que le Scholiafte attribuë à Pythagore lui-même, & qu'il uppofe tirée d'un ouvrage de ce Philofophe fur Ja tranfmigration des ames. Selon cette tradition, entre la mort d’Euphorbe & la naiflance de Pythagore, cette ame n'avoit occupé qu'un feul corps, fçavoir, celui d'un fils de Mercure, qui étoit né des amours de ce Dieu avec une Courtifane de Samos. Enfin, la neuviéme façon de raconter cette hiftoire de lame d’Euphorbe, eft celle qui ne la faifoit entrer dans aucur corps humain, peridant le tems qui s'étoit écoulé depuis fa mort de ce Héros jufqu’a la naiflance de Pythagore. Cette neuviéme eft celle qu’a fuivie Philoftrate, foit dans fa vie d'Apoltonius de Thyane, foit dans fes Héroïques, où Pytha- Heroic. pag, gore dit que l'ame d’Euphorbe, en paflant dans fon corps, 790: * C’& la fable felon laquelle Pythagore, prés avoir fait courir le bruit de fa mort, fe tint renfermé dans un foüterrein pendant plufieurs années, & fe doana en fortant de-là, pour un homme qui revenoit des Enfers. -

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eft devenu& Grecque de Barbare qu'elle étoit, pacifique & . compatiflante de guerriére & d’impitoyable *, &c. Lal. Brrr. Laétance & Iamblique rapportent cette tradition de fa pie, 8. même façon que Philoftrate; ils fuppofent que l'ame d'Euthagore. phorbe entra dans fe corps de Pythagore, fans avoir paffé dans celui d'aucun autre: par ce paflage intermédiaire, elle auroit - Metamorphef. ceflé d'être l'ame d’Euphorbe. Si on veut expliquer Ovide ËXL ‘ par lui-même, & ne lui faire dire que ce qu’il dit dans ce beau difcours qu'il met à la bouche de Pythagore, il faudra recon. noltre auffi qu'il fuivoit cette derniére maniére de rapporter Ja tradition, & il femble que c'étoit celle qui étoit fa plus communément regü&. On ne peut en faire aucun ufage pour Ja preuve chronologique, ainfi je ne m'y arréterai Tiger. ery, Dans l'ouvrage publié par Gronovius fous le titre de Phil yagi ophoumena Origenis, & qui eft une efpece d'expofition affez «1706. imparfaite de l'ancienne Philofophie, on rapporte, à l'occafion du dogme de la Métempfychofe , le nom des différens erfonnages dans le corps defquels l'ame de Pythagore avoit paffé avant que d’entrer dans le fien ; ces perfonnages font Æithalide avant la guerre de Troye , Euphorbe pendant cette guerre, Hermotime de Samos depuis cette guerre, enfuite Pyrrhus de Délos, & enfin le Philofophe Pythagore. C'eft le feul témoignage qui fe trouve conforme à celui d'Héraclide, pour le nombre & pour les cinq noms des migrations intermédiaires ; mais fi l'on en veut faire ufage, il audra avouer en même tems qu’Hermotime dont parle Héraelide, étoit de Samos; & par conféquent poftérieur à l'établif fement des Grecs dans cette Ifle, ceft-à-dire, éloigné de la mort d'Euphorbe de cent quarante ans au moins, ou de plus de quatre générations. es huit premiéres maniéres de rapporter fa tradition, la feconde, la quatriéme & la cinquiéme comptent trois migrations, la huitiéme n'en compte qu'une feule. IÌ ne refte donc * Apollonius & fon hiftorien Philoftrate étoient tous deux des partifans zélez Pychagorifme nigderne, qui étoit alors laSecte dominante dans le Paganifine.

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e la troifiéme, la fixiéme & la feptiéme, qui s'accordent avec celle d’Heraclide à compter, comme je viens de le dire, deux migrations entre Euphorbe & Pythagore; mais fi elles s'accordent avec lui fur le nombre, elles en différent fur les noms, & fur l'ordre dans lequel elles les placent. L'Auteur de l’expofition des dogmes philofophiques, eft le feul qui convienne avec Héraclide fur le nombre & fur les noms, mais en même tems il fuppofe une diftance de cent quarante ans au moins entre Euphorbe & Hermotime, & par-là il détruit l'induétion chronologique. : On a voulu faire ufage, pour autorifer cette tradition, d'un principe de critique que j'avois employé autrefois dans une Diflertation fur la Certitude hiftorique. Ce principe eft, Que les variations des Anciens dans des circonftances importantes d'un fait hiftorique fur le gros duquel ils bint d'accord entr’eux, loin d’affoiblir l'autorité de ces Ecrivains, peuvent fervir quelquefois à faugmenter, parce qu'elles nous montrent qu'ils ont confulté des Mémoires différens, & que Ja où ils font d'accord entr’eux, il eft naturef de fuppofer que ne s'étant point copiez les uns les autres, leur accord ne peut venir que de celui de leurs Mémoires, Mais quelle application peut-on faire de ce principe à la tradition préfente, fur laquelle il n’y pas deux témoins qui s'accordent parfaitement entr'eux, & où les variétés roulent fur les circonftances effentielles du fait; car le nombre, les noms & l'ordre des perfonnages eft ici une chofe eflentielle dans l'ufage chronologique e l'on en veut faire? = Tout ce que l'on peut conclurre raifonnablement de ces. différentes traditions, c’eft qu’au tems d'Héraclide & de Dicéarque les nouveaux Pythagoriciens débitoient beaucoup de fables (ur le fondateur de leur See, & qu'une de ces fables avoit pour objet de donner Î'hiftoire de l'ame de ce Philofophe avant qu'elle fit entrée dans fon corps ; mais cette derniére fable étoit-elle ancienne, & .etoit- elle fondée fur quelques difcours de ce Philofophe ou de fes premiers dilciples,

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étoit-elle conforme à leurs dogmes? C'eft ce que j'examinerai dans les preuves de la feconde propofition. Je me contente de conclurre ici, que cette fable eft rapportée avec tant de variétés-effentielles für le nombre précis des migrations, que Ton ne peut s’aflürer combien ceux qui l’avoient débitée les premiers, comptoient de générations entre la prife de Troye & la naiffance de Pythagore, & que par conféquent une preuve chronologique appuyée fur de tels fondemens, ne doit mériter aucune confidération. SECONDE PROPOSITION. Que cette tradition n'étoit ni ancienne, ni conforme à la dottrine des Pythagoriciens fur la Métempfychofe. Nouyeautéde lundia. II y a plufieurs circonftances dans cette tradition, qui, je crois 7doivent être examinées féparément. La premiére eft le don du fouvenir de toutes les chofes paflees, accordé par Mercure à fon fils Æthalide. La feconde eft le paffage de l'ame d’Æthalide dans le corps d’Euphorbe; & la troifiéme, le paflage de cette même ame dans plufieurs corps différens, depuis la mort d’Euphorbe jufqu’a la naiffance de Pythagore. Sur le premier article, il faut obferver que Phérécyde l'HiA i. 1. ftorien, cité par Je Scholiafte d’Apollonius; difoit bien.que MCA Mercure avoit accordé à l'ame de fon fils Æthalide le privilege d'habiter tantôt dans les Enfers & tantôt fur la Terre, mais qu’il ne parloit, ni de ce don de mémoire dont Apollonius fait mention, ni de ce privilége de conferver dans chaque metempfychofe, le fouvenir de ce qu'il avoit va dans les corps il avoit animez précédemment. Héraclide & Dicéarque font les plus anciens que l'on fache en avoir parlé. Apollonius ne fait aucune mention de la Métempfychofe, & le Scholiafte explique le terme d'E reptueegs employé ordinairement par le Poëte en parlant d'Æthalide, par un homme qui paffe alternativement un jourfur la Terre & un jour dans les Enfers

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On ne trouve le nom de cet Æthalide dans aucun des Poëtes anciens, tels qu'Homére, Héfiode & Pindare; il n'eft point nommé dans les Tragiques, & Apollodore qui, dans fa Bibliothéque, a raflemblé avec tant de foin toutes les anciennes fables , ne fait aucune mention de ce fils de Mercure. li n'en eft pas non plus parlé dans Paufanias. Pindare dans fa quae triéme Ode Pythienne, nommant les Héros enfans des Dieux qui fe trouvérent à l'expédition des Argonautes, ne parle point de cet Æthalide, mais de deux autres fils de Mercure, Echion & Erytus. Prk. 1v. verf, D'où l'on peut conclure que cette fable rapportée par 3'9Phérécyde, étoit tout au plus quelqu'une de ces fictions peu accréditées, particuliéres à quelques villes ou à quelques familles, au-delà defquelles elles n'étoient point connuës, & auxquelles il étoit facile de faire des additions ou des retranchemens. Si cette fi&ion du (jour alternatif d'Æthalide fur Ja Terre & dans les Enfers eût été un peu répanduë, elle étoit trop commode à ceux qui vouloient faire débiter dans leurs ouvrages des nouvelles de l'autre monde, pour qu'ils ne s'en fuflent pas fouvent fervis. A l'égard de fa feconde circonitance, de celle qui faifoit paffer l'ame d’Æthalide dans fe corps d’Euphorbe, elle a dû certainement être inconnuë avant Pythagore, c'eftà lui que les Grecs devoient la premiére idée de Ja M&iempfychofe; ils le regardoient même comme l’inventeur de cette opinion, quoiqu’elle fit bien plus ancienne en Egypte, comme le remarque Hérodote, Il y a même aflez . l'apparence que cette circonflance étoit une addition faite à Ja premiére tradition, fuivant laquelle les migrations connuës de l'ame de Pythagore ne remontoient pas au-delà du Troyen -Euphorbe. Le propre des traditions fabuleufes eft, en général, de fe charger toûjours d'âge en âge de nouvelles circonftances. Mais dans cette occafion , la circonftance du don fait par Mercureà l'ame d’/Eılfllide, étant fe fondement du fouvenir e confervoit cette ame, des chofes qu'elle avoit vies dans fs différentes migrations, & par conféquent Ja bafe de toute la fiction , dès qu'elle eut été une fois imagince , il n'étoit pas Mem. Tome XIV.

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poffible qu'elle füt omife par oubli, elle étoit la feule circonftance eflentielle pour rendre le récit probable dans le fyftéme du Paganifme. Enfin, la troifiéme circonftanee de ce récit d’Heraclide & des autres Ecrivains que j'ai citez, eft le {jour de Fame d'Euphorbe dans plufieurs corps humains, pendant l'intervalle écoulé depuis la mort de ce Prince jufqu’a Ja naiffance de Pythagore. Suivant une maniére de rapporter cette tradition, cette ame avoit informe trois corps différens entre Euphorbe & Pythagore; fuivant une feconde, elle n'en avoit informé ue deux; fuivant la troifiéme, elle n'en avoit informé qu'un da: & enfin felon fa plus commune opinion, elle n'éoit entrée dans aucun corps humain pendant {a durée decet intervalle. D'où feroient venués ces variétés, fi la tradition eût été fondée fur quelqu'ancien témoignage? Ne voit-an pas tà tous les caractéres de ces traditions populalres ‚ qui n'ayant aucun fondement fixe, prennent une nouvelle dans toutes des bouches par où elles paffent? . : Dans le fyftème chronologique qui occafionne cette dif cuffion, on fuppofe que les deux premiéres migrations, car on adopte ce nombre fans aucune autre raifon que celle de la convenance avec le fyftème, on fuppofe, dis-je, que les deux premiéres migrations n'ont été féparées par aucun intervalle, que Fame d’Euphorbe eft entrée inunédiatement après fa mort dans le corps d’Hermotime ,: & qu'après la mort de celui-ci elle a paflé de même dans le corps du pêcheur Pyrrhus de Délos. Mais on abandonne cette fappofition au pa de la migration fuivante, & on fait féjourner l'ame d’Euphorbe pendant deux cens fept ans dans fes Enfers au fortir du corps de Pyrrhus. Quelle eft Ia raifon de ces deux différentes fuppefitions? On n’en.a donné aucune, & il eft. für qu'elles ne „peuvent être fondées fur fa façon dont s'expriment les Auteurs qui rapportent ta tradition. Héraciffle employe précifément _ Ta même formule en parlant des trois migrations, pourquoi l'expliquer différemment? . Ds. Pair; . Voici comme il s'expr dans Diogéne: ime Eiphorbe dast VIII.

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wort; Jen ame paffa énfuite dans le corps d'Hermotime, exis: imudì di EÙ plus bas, Hermotime étant mort, fon ame devint enfuite, eredi; @opbog ola Inte pera Clwaj Pyrrhus de Delos; & enfin Pyrrhus étant mort, fon ame devint vor miv usar aut’, enfuite, tx, Pythagore. C'eft la même chole dans tous les &c. autres Ecrivains. Ainfi, pour ne point mettre d'intervalle tmudi di Epa entre les deux migrations, tandis que l'on en fuppofe un puonuos dmentre la feconde & la troifiéme, il faut avoir quelque raifon iculiére. 1 a Dre pride TluSa seer. u Mais il y a plus, c’eft qué l'on ne peut admettre ce paflage Que fa tradis tion ne pouvoit immédiat des ames d'un corps dans un autre, fans détruire Facco er avec abfolument le fyftème Pythagoricien de la Métempfychofe, principes de tel qu'il nous eft donné par les Anciens. Je ne fuppofe point Pythagore. que le véritable fy ftème de P: ore fur cet article, de mème que fur tout le refte de fa doctrine, puifle nous être connu avec quelque certitude; mais je crois que fi nous voulons former aujourd’hui une expofition de ce fyftème, nous de= vons la faire fur ce que nous trouvons dans les plus anciens Ecrivains, en nous attachant fur-tout aux points dans lefquels les Ecrivains poftérieurs s'accordent avec les premiers. Or un des points fur lefquels on a le moins varié, eft celui qui fuppofe un certain intervalle de tems qui fépare chaque difs férente migration des ames :’‘intervalle pendant lequel elles étoient punies ou récompenfées, en conféquence du jugement - qu'elles avoient fubi auffi-tôt après leur mort. Porphyre reconnoît dans la vie de Pythagore, que l'on ne peut s’affürer de la doétrine que ce Philofophe enfeignoit à Ladifciples, à caufe du fecret inviolable qu'ils gardoient 1àdeflus avec tous les etrangers; mais à cette premiére raifon if en ajoüte d'autres, qui avoient lieu pour le tems auquel la fieltrution des Ecoles qu communautés Pythagoriciennes dans l'Italie, obligea ceux qui les compofoient de fe répandre dans la Grece. . Ces raifons font ~ Fa n. ci 1.° La forme énygmatique fous laquelle ces dogmes étoient: propofez. Ì - 2% Le fangage Dorien. dans lequel étoient. écrits. les Hhhjj

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ouvrages publiez par ces Philofophes, langage peu entenda dans la Grece, & qui par lui-même étoit déja fort obfcur. 3.° Le peu de cas que l'on fit de ces ouvrages, que fon regarda comme fappole., ou du moins comme étant publiez par des hommes qui n'avoient de Pythagoricien que le nom, © gui violoient le précepte fondamental de leur Sette. Stromat. V.. Clement Alexandrin nous apprend que le Pythagoricien Adde Origen. Hipparque ayant publié un ouvrage où quelques-uns des contra Cell. lib. VIII, dogmes de la Sette étoient expofez d'une mani£re intelligible, il fut non feulement banni de Ecole, mais retranché du Corps, & déclaré mort philofophiquement. Comme tel, on lui geva un tombeau avec une épitaphe qui marquoit fe genre de fa mort. lamblique remarque que les ouvrages de Philolaüs furent les premiers qui furent communiquez a des étrangers, encore ne fe furent-ils qu'après fa mort, par fa veuve & par fes enfans, que la pauvreté obligea de les vendre à Dion de Syracufe. Les Ecoles étoient alors détruites, & le petit nombre de ceux des Pythagoriciens qui s'etoient faûvez, n'avoit plus de reflource que dans la curiofité qu'avoient quelques fenbl. Brhag. hommes riches, de sinftruire des dogmes de leur ancien $.200. Maître, . 4° Que Platon, Ariftote, Speufippe, Ariftoxéne & Xépocrate s'étant appropriez ce qu'il y avoit de meilleur dans ces livres, & l'ayant donné comme leurs propres découvertes, ils affeétérent d'attribuer aux Pythagoriciens tout-ce que les ennemis de cette Secte avoient débité pour la rendre ridicule & même odieufe, en forte que cette doctrine ne pafla plus, felon que le difoient les Pythagoréens, Flugwyspor, que pour un amas d'opinions puériles & extravagantes. - Cette remarque de Porphyre & d'Iamblique nous apprend quelle étoit la fource des traditions abfurdes répandués fur le compte de Pythagore, & recueillies avec tant de foin par les Ecrivains de l'Hiftoire philofophique, quoiqu’etles ne fuffent . propres, au fond, qu'à rendre la perfonne & la doétrine de ce Philofophe méprifables. Les Pythagoriciens eux-mêmes, comme Porphyre &

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Tamblique, n'ont pas craint de les rapporter; mais c'étoit caradtere des Grecs en général, de vouloir dire fur un fujet : tout ce qui s'en pouvoit dire; & chez eux bien parler, c'étoit parler beaucoup, avec facilité & avec élégance. fuffit de jetter les yeux fur les ouvrages de Platon & d'Ariftote, pour fe convaincre que les Phitofophes eux-mêmes n’avoient pas une . autre idee du bien parker. Porphyre & lamblique écrivoient d'ailleurs dans un fiécle où les régles de la Critique étoient peu connués & encore moins obfervées, & où tout ce qui avoit l'air merveilleux, étoit für d'être bien recâ. Pythagore étoit même régardé alors comme une efpece de Prophete, que le Paganifme expirant croyoit pouvoir oppofer à ceux qui le combattoient , & dans Phiftoire duquel il falleit par conféquent trouver aufli des prodiges & des miracles. EE Si l'on veut bien faire réflexion fur toutes ces chofes, on ne fera plus furpris de trouver tant de récits contradiétoires au fujet de Pythagore & du Pythagorifme, rapportez par le même Ecrivain, fans qu'il ofe le plus fouvent prendre parti, & témoigner qu'il donne la préférence à quelqu'une de ces = opinions. : | Ainfi, pour saffürer qu'un fait de la viede Pythagore, ou un point de fa doétrine, étoit reçû communément, il ne fuffit pas quil foit rapporté par un Ecrivain, même par un de ceux qui fe difoient Pythagoriciens; il faut qu'il le foit par le plus grand nombre, & que l’on n’ait point de preuves qu'il ait été rejetté par les Ecrivains exacts & bien inftruits. Le Le plus ancien Ecrivain Grec qui ait parlé du dogme de la Métempfychofe avec quelque detail, eft Hérodote. Ce dogme ef né, dit-il, en Egypte, quoique des gens dont je veuw Lis, 11, zug, bien ne pas dire le nom, s'en foient fait honneur dans la Grece, 123: Il ajoüte que dans le fyftàme Egyptien, fame, au fortir du corps d'un homme, paffoit dans celui de quelgu'animal, & qu'après avoir circulé ainfi dans les corps d'animaux de toutes les efpeces différentes, quadrupedes, oifeaux,poiffons, ere r'étoit quan

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bout dé trois mille ans qu'elle revenoit animer un corps humain “Æla.xir Cette circulation des ames dans le corps des animaux de “Bieler, toute efpece, faifoit auffi partie de l'ancien fyftème Pythagovii. 77. Em ricien. Empédocle, qui avoit adopté prefque tous les d ph vir. de cette Sete, en faifoit une mention formelle dans des vers p.365. delui que nous ont confervez Alien & Diogéne-Laërce, & il nous affüre en parlant de lui-même, qu'il a été autrefois Ariftor. de Ref- homme, femme, plante, poiffon & oifeau*. Ariftote fait allufion à Pre P. Paii, Ces Vers d'Empédocle, dans fon Traité de la Refpiration, ainfi Obfer. Mifek on ne peut douter qu'ils ne fuffent de cet ancien Philofophe. Im lien} _ Platon Yait aufli mention de cette circulation des ames publica. dans des corps d'animaux, & on continua de la croire parmi Ange. de Ce les nouveaux Pythagoriciens jufqu’au tems de Porphyre, Ho. 7a. it X qui rejetta le premier ce paffage des ames humaines dans les Phil. Apolloa. corps des animaux, Au fiécle d’Apollonius de Thyane & de vita, Bb. 3. 4 Philoftrate, on penfoit comme les Anciens, & Plotin maître gft. fare, de Porphyre, étoit encore de leur fentiment >, | Ainfi, pendant long tems il n’y eut aucune variation fur cet article du dogme de la Métempfychofe qui faifoit entrer Fame humaine dans Jes corps des animaux, de même que dans celui des hommes. | j Platon a détaillé fort au long le fyftème de la Métempfychofe dans deux ouvrages différens, dans fon Phaedrus & dans le dixiéme livre de fa République. Pad.Ze Dans le Phædrus, Socrate voulant rendre raifon du tranf= „221.06 port qui nous faifit à la vüë d'un bel objet, remonte jufqu’a la premiére origine des ames, & prend de-1a occafion d'ex- _ pofer le fyftème Pythagoricien fous des images qui font du * Sextus Empiricus, 1x. n.° 128. | Porphyre, de Abfi.Lir.e.2r.727 d’autres vers d’Empedock, | > Philoftratea écrit fous l'empire de Eert pig cli | Sena IE Mr différentes eff Adde Plut. de d'Etres vivans. | mort Pan 250. de J. C. admet, En Superftit. pag. 171. | neade 111. lib. 4. cap. 2. le dr de Efu carni. Origen. contrà | desames, non fealement dans les ank Celf. v. p. 64. On trouve encore un | maux, mais encore dans les plantes volée pallige. d'Empédocle dans | comme ie Empédoce. |

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moins agréables & brillantes, fi elles ne font ni exadtes ni lumineufes. | . «Nos ames, éternelles de leur nature, habitent, dit-#, dans leur état naturel, avec les Dieux qui occupent les limites du a monde fenfible & du monde intelligible; de tems en tems «. ces Dieux pénétrent au-delà de ces limites, & vont dans les « efpaces intelligibles contempler la vérité, la vertu, la fagefle « & la beauté dans feur propre effence, dans fEtre qui feul « exifte véritablement & par lui-même, dans cet Etre fupérieur a dont tous les autres font l'ouvrage, & qui ne peut être envi- « fage que par fa partie fa plus pure & Ja plus fublime de l’intel- « ligence. Les ames accompagnent les Dieux dans ces voyages; « celles qui ne peuvent ou ne veulent pas les fuivre; perdant « Paétivité de leur effence, s'appéfantiflent peu à peu, tombent « bien-töt dans les fpheres inférieures, & fe dégradant toûjours « de plus en plus de leur premiére perfection , elles traverfent « ces différentes fpheres, & ne s'arrêtent que lorfquelles font «i arrivées fur la Terre. a Là elles fe trouvent attachées par les Joix de fa Déeffe « Adraftie ou de la Fatalité, à des corps vivans qu'elles font « forcées d'animer. Celles de ces ames qui avoient autrefois « accompagné les Dieux dans quelques-uns de leurs voyages « précédens, celles qui ont contemplé au moins une fois la « Vérité éternelle dans fon effence, ne font pas unies à des corps « d’animaux; elles entrent d’abord dans des corps humains, & « paffent fucceflivement par neuf états & neuf conditions diffé. « rentes. Au tems de leur premiére maiflance, lor{qu’elles con- « fervent encore une partie de leurs connoiflances primitives, « elles animent des Philofophes, des Amateurs de la beauté *. « ‘ A {eur feconde naiflance elles deviennent des Rois revêtus « d'une autorité légitime, des Gouverneurs d'armées, des Mi- « niftres d'Etat. A leur.troifiéme elles forment des Magiftrats, « des hommes chargez de manier les deniers publics; & fe « ‘dégradant ainfi de génération en génération, elles parviennent «e * On fçait quels étoient ceux que Platon défignoit par ce titre, Teur nom eft de ceux que la bienféance ne nous permet pas méme de prononcer. - | ""

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» à leur néuviéme naiffance, lors de laquelle elles font con» damnées à entrer dans le corps d'un Tyran. Chacune de ces » naiflances eft féparée de l’autre par un intervalle de mille ans; » & fi pendant un efpace de dix mille ans ces ames n'ont pas » recouvré leur perfection primordiale, elles font forcées de » recommencer un nouveau cercle de générations pendant un » autre efpace de dix mille ans. » A la fin de chacune des neuf générations, c'eft-à-dire, » lorfque Fame fort du corps dans lequel elle avoit été placée, » elle eft conduite dans les Enfers, & 1à toutes fes actions font » examinées par des Juges inflexibles. Celles de ces ames qui » ont pratiqué toutes les vertus de l’état qu'elles avoient em» brafié, font enlevées dans une région du Ciel, où elles goü» tent Ja félicité dont elles fe font renduës dignes. Pour les » autres, reléguées dans le Tartare, elles font livrées 4 des fup» plices proportionnez aux fautes qu’elles ont commifes. Au » bout de mille ans, les unes & les autres font ramenées dans le » même lieu où elles avoient été jugées. Là, celles qui avoient » animé des corps humains, ont la liberté de choifir entre les corps de cette efpece & ceux des animaux. » Ceci femble former quelque contradiction avec ce qui avoit été dit d'abord fur les neuf degrés de générations, mais il ne faut pas demander ‘tant de juftefle à l'auteur d’une fiction, & d'ailleurs cela eft indiférent à mon objet, qui n'eft nullement d'expliquer ce « Les ames qui n'ont jamais envifagé fa Vérité éternelle, » font enfermées dès eur premiére naiffance, dans des corps » danimaux, elles ne paffent jamais dans des corps humains; » cependant comme la juftice eft.la loy commune de tous les » êtres vivans, & qu'il y a des vertus propres aux animaux de » chaque efpece, ces ames fubiffent aufli un jugement, ont leurs @ peines & leurs récompenfes, & peuvent choifir l’efpece dans quelle elles rentreront à chaque génération nouvelle. » Socrate affüre que les ames humaines qui ayant choifi par trois fois confécutives la claffe des Philofophes ou des Amz teurs de la beauté, y ontpratiquéexactement toutes les loix de la juflice

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4a juftice & de la vertu, recouvrent après ces trois générations, leur perfection , & retournent au bout de trois mille ans; & «mon plûtôt, dans le jour des Dieux, tandis que celles qui ont préféré quelqu’une des huit autres clafles, font obligées de fubir les neuf générations, & d'habiter notre Monde pendant neuf mille ans. Il eft clair par cette expofition du dogme de la Métempfychofe, qu’au tems de Platon on fuppofoit qu'il fe pafloit néceffairement mille ans avant que l'ame qui étoit fortie d’un corps humain, pit revenir en animer un fecond. Les Egyptiens donnoient, comme on l’a vi, trois mille ans à cet intervalle; mais fans doute les Grecs avoient cru devoir en abbréger la durée, auffi les Egyptiens les traitoient-ils.d’en- . fans, & leur reprochoient-ils de n’avoir que des connoiflances Plat. in Critia; . modernes, & que des idées bornées fur la durée des tems. Platon debite au dixiéme livre de la République, une nou- Pla. de Republ. velle fable, fondée, comme la premiére, fur le dogme de la, üb. x. p.761 Metempfychofe. I y décrit ce qui fe pafle dans les Enfers, + Jorfque les mille ans de recompenfe ou de punition étant expirez, les ames font raffemblées pour choifir les corps où elles doivent rentrer de nouveau. On fuppofe que cette relation, a été faite par Eris fils d’Arménius, qui ayant paffe douze jours parmi les morts, revint à lui comme on Je mettoit fur le bucher, & raconta ce qu'il avoit vü dans Jes Enfers. Si Ja fable de Pythagore, ou du moins celle d'Æthalide, avoit éé connuë à Platon, auroit-il eu befoin d’aller imaginer un Barbare de Pamphylie, tandis qu'il pouvoit la mettre dans fa bouche d'un fils de Mercure, d'un homme auquel ce Dieu avoit accordé le privilége de ne point boire des eaux du fleuve Léthé, & de conferver la mémoire de tout ce qu'il avoit vi dans les Enfers? Ce n'eft-là, j'en conviens, qu'une preuve négative tout au plus, mais if eft des occafions où la critique févére reconnoît que les preuves de ce genre, lorfqu'elles font complettes, peuvent opérer en nous une entiére perfuafion. Par où peut-on prouver que certains ufages, certainsdogmes, &c. n'étoient pas encore connus dans un fiécle, fi ce n’eft Mem. Tome XIV.

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par le filence des Ecrivains de ce même fiécle, qui auroient : eu occafion d'en parler, s’ils avoient été regüs de leur tems? Platon, dans la relation du Pamphylien Eris, fuppof is même durée de mille ans au moins, entre chaque génération des ames; je dis mille ans au moins, paree que l'état de châtiment ou d’expiation duroit plus long-tems pour les ames qui s'étoient fouillées par des crimes plus confidérables. Platon parle de cette efpece de réfurrection du Pamphylien Eris, comme d'un événement de fon tems. Or cet Eris, qui étoit du 1v.° fiécle avant l'Ere Chrétienne, vit les ames d’Ajax, d'Ulyfle, d'Orphée & des autres Héros Grecs, fe ‘préfenter pour entrer dans de nouveaux corps, foit d'hommes, foit d'animaux, après avoir paffé mille ans dans des Enfers depuis que la mort les avoit féparées des corps qu'elles avoient informe au tems de la guerre de Troye; donc Platon fuppofe entre le tems de cet Eris & celui de cette guerre, un inter valle de mille ans; donc it plaçoit cette guerre treize ou qua torze cens ans avant J'Ere Chrétienne > on pourroit donne: cette preuve, comme une démonftration du calcul chronologique fuivi par Platon, | - Virgile donnant, au fixiéme livre de fon Enéïde, une. efpece d’expofition du fyftème de la Métempfychofe, fuppole,. comme Platon, que les ames ne reviennent animer de nouveaux corps, qu'après qu'elles ont pafl€ mille ans dans Les ers: : Donec longa diesperfecto temporis orbe Concretam exemit labem . . .... . + « Ubi mille rotam volvére.per annos, Lethaum adfluvium Deus evocat. „Aucun de ceux qui ont parlé de la Métempfychofe, n'a dit que les ames entroient dans de nouveaux corps auffi-tét après être forties du premier; & quoique tous n’ayent pas marqué fa durée de cet intervalle deftiné à la purgation, quoique plufieurs ayent pu en faire la durée moins confidérable, on ne peut rien conclurre de cette variété, qui fuppofe toûjours Fexiftence d’un intervalle.

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.- Ceft dans la doctrine communè des Pythagoriciens sd faut chercher de quoi fuppléer à ce filence. Sera-t-il permis de l'oppofer à des témoignages formels & unanimes? Lorfque Porphyre donne une expofition abbrégée de Ia doétrine Pythagoricienne, telle qu'on la peut former, dit-il, én réuniffant les points fur lefquels on eft d'accord, il la réduit à trois articles: 1.0 A l'immortafité des ames par leur nature: OS 2.° Au paflage de ces ames dans des corps d'animaux diffé. pens, us Axa a aon Colon: 3.2 A leur retour dans des corps de même efpece, au bout d'une certaine révolution ou période; car, ajoüte Porphyre, tous les êtres vivans font animez, felon Pythagore, par des ames de même efpece, open. Comme ce n’eft point ici une hiftoire que je donne du dogme de Ja Métempfychofe, je fupprime bien des détails, il me fuffit de ne rien omettre de ce qui a rapport à mon : objet; on me permettra cependant de rapporter ici deux paf- : fages de Pindare, qui font une allufion manifefte au dogme ‘de la Métempfychofe, quoique ce rapport n'ait été apperçû par aucun des Commentateurs de ce Poéte *. : . Dans la premiére Olympionique compofee vers fa Lxx111.€ Olympiade, & adreffée à Hiéron de Syracufe, Pindare, après avoir rapporté l’hiftoire de Pélops fils de Tantale, & après avoir protefté contre la fiction fcandaleufe qui faifoit dévorer haiffanteà chaque inftant, dont fon ame fera éternellement Tel eft, dit Pindare, le fort affreux de Tantale; la terreur re- A 8 atteinteb, forme le quatriéme fupplice auquel il eft condamné, R RR le corps de ce jeune Prince par les Dieux, paffe à la defcription du fupplice effrayant que fouffre Tantale dans les Enfers. « Ce malheureux Prince fait fans cefle de vains efforts pour fe déroberà la chüte d'un roc énorme que Jupiter tient fufndu awdeflus de lui , & qu'il voit fans ceffe prêt à l’accabler. * C'eft à feu M. dela Barre, de certe g > Exeatdtiuorber, perpetuò laborio- Académie, que je dois ces deux paf- | fam, ce qui emporte l'idée d'un état fages, & c'eft lui qui me les a fait | qui ne doit point finir. femarquer. liiij

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après en avoir déja effuy€ trois autres ». Si fes Interpr&es avoient voulu fe donner la peine de comparer cette Ode avec Ja fuivante, ils fe feroient épargné bien du verbiage fur ce quatriéme fupplice précédé de trois autres. Les hommes éclairez, dit Pindare dans cette Ode, qui eft la feconde Olympionique adreflée à Hiéron d’Agrigente , & relative à la victoire que cé Prince remporta aux Jeux de la Lxxv11.° Olympiade, quatre cens foixante-douze ans avant l’Ere Chrétienne; «les » hommes éclairez fifent fans peine dans l'avenir, & fçavent » quat après fa mort, les ames incorrigibles des méchans » font livrées aux fupplices les plus cruels; que dans le royaume » de Pluton il eft un Juge redoutable qui difcute les crimes » commis fur la Terre, & prononce avec une inflexible (&vérité » des arréts inévitables. Dans ces demeures foùterraines, fes » juftes menent une vie exempte de peine, ils converfent avec » les Divinités refpectables de ces lieux , tandis que ceux qui » ont aimé le parjure, fouffrent des tourmens dont fa feule vué » fait horreur. | » . Pour ceux qui, après avoir demeuré jufqu'à quatre fois fur » Ja Terre & dans les Enfers, ont confervé dans ces divers états » leurs ames toûjours pures , ils font conduits au Palais de Sa» turne, & vont habiter les Ifles fortunées, où ce Dieu regne » fur les ames des Héros vertueux, &c. Le carquois que je » porte, ajoûte Pindare, eft rempli de traits vifs & legers; leur » bruit, qui eft entendu des perfonnes intelligentes, échappe à Ja multitude, elle a befoin d'interprétes pour me comprendre.» En joignant ces deux paffages de Pindare, if eft facile d’appercevoir que dans fon fyftème 1.° L'ame du même homme animoit jufqu’a trois fois _ différentes des corps humains: . 2.° Qui y avoit un interValle entre Ja mort & la renaif: fance de ces ames, intervalle qui étoit un état de bonheur pour les juftes, & de fupplice pour les méchans : 3° Que les ames qui avoient perfévéré dans la juftice pendant leurs trois vies humaines, alloient habiter avec les Héros dans l'Empire de Saturne, tandis que celles qui ne s'étoient:

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fervi de leur retour fur la terreQue pour fe fouiller par de nouveaux crimes, étoient condamnées à des fupplices qui ne devoient point avoir de fin, A'marguor Biov... tumeddpuory Sov, dit Pindare. . . On voit fà le fond du dogme Pythagoricien expofé dans Platon; il y a quelqu différence dans les détails, mais on ne doit pas en être furpris. Ces Odes ont été compofées dans un tems où Pythagore étoit peut-être encore vivant, du moins étoitce avant fa mort de ceux de fes difciples qu'il avoit formez fui-méme; ainfi le fecret étoit encore affez religieufement gardé, & l’on devinoit les détails de fon fyftème fur la Métempfychofe, plütöt qu'on neles fcavoit. Sa doctrine étoit: cependant en grand honneur dans fa Sicile, qui avoit uncommerce prefque continuel avec les villes Grecques d'Italie; & c'étoit fans doute en faveur des Philofophes Siciliens, que‘ Pindare a fuivi dans ces deux Odes, un dogme qui devoit être inintelligible pour le refte de fa Grece, où ce fyitème: des trois retours de la même ame humaine fur fa terre, étoit abfolument inconnu. C'eft apparemment pour répondre à ce: que fa premiere Ode avoit fait dire 1à-deflus, qu'if dvouë dans: la feconde, que le commun des hommes a quelquefois befoin: d'un interpréte pour comprendre le fens de fes paroles. En voilà, je crois, plus qu'il n’en faut, pour montrer que: la tradition fur les différentes migrations de lame de Pythagore, n'étoit ni ancienne, ni conforme au fyftème de ce‘ Philofophe fur fa Métempfychofe; elle n'eft rapportéé que’ ar des Ecrivains poftérieurs à Ariftote, & ces Ecrivains fe font avec tant de variétés, qu'il n'eft prefque pas poflible d'er trouver deux qui conviennent exaétement entr'eux. L’inter- , valle de la mort d'Euphorbe à la naiflance de Pythagore, étoit déja trop court pour que lame de ce Héros eût achevé le tems qui, felon tous les Pythagoriciens, étoit prefcrità fon {jour dans les Enfers; cependant on fuppofoit que pendant cet intervalle, cette ame étoit revenué plufieurs fois {ur la terre animer un corps humain. L'ufage chronologique que l'on fait de cette tradition , ajoûte même de nouvélles'contradiétibns.

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entr'elle & Te fyftème Pythagoricien , puifque l’on fuppofe ue cette même amea informé trois corps différens fans avoir dit aucun féjour dans les Enfers, & fans atfcan intervalle, ” Cela eft formellement contraire à tous les Ecrivains qui ont parlé de ce fyflème d'une maniére détaÿlée, & même contraire aux circonftances dont cette tradition fe trouve accomagnée dans plufieurs, de ceux qui la rapportent, comme on le verra dans les preuves de la troifiéme propofition. _ Parmi les témoignages de ceux qui ont marqué un intervalle de féjour dans les Enfers pour les ames, entre leur fortie d'un corps humain & leur entrée dans un autre, je n’ai point fait mention de cet Ecrit attribué à Pythagore par Diogéne- Laërce, dans lequel ce Philofophe difoit que bn ame avoit" aflé deux cens pt ans dans les Enfers avant que de revenir fur la Terre. Diogéne ne dit point que dans cet Ecrit il fût parlé des migrations antérieures; & quand méme il en auroit été parlé, comme il n'y a point d'apparence que l'on y fuivit deux fyftèmes oppofez, il faudroit toûjours fippoler que les premiéres migrations étoient féparées par un intervalle de plufieurs fiécles, de même que les derniéres. Mais quelle pouvoit être l'autorité de ce prétendu Ecrit de Pythagore? C'étoit fans doute, de même que l'ouvrage fur la Métempfychofe, cité par le Scholiafte d’Apollonius, un ouvrage fuppofé, & cela dans un tems affez moderne, puifque les Anciens, ni même Diogéne-Laërce, ne font aucune mention expreffe de ces Ecrits de Pythagore parmi fes ouvrages. On (gait que ce Philofophe n’avoit publié aucun Ecrit, & que es Mémoires qu'il pouvoit avoir laiflez, ne fortirent point des mains de fes enfans , & Fon nommoit même les Auteurs de tous les ouvrages publiez dans la fuite fous fon nom. Dioéne-Laërce eft d'un avis contraire, mais fon autorité perfonnelle eft très- médiocre en Critique; &, de plus, le paffage. même d’Heraclite qu'il apporte pour prouver fon fentiment, ne dit point que Pythagore eût écrit, il dit feulement que Pythagore avoit acquis une grande érudition en lifant tes Pirie & en raflemblant Ies opinions des autres hommes, &

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que c'étoit en les combinant qu'il avoit formé fon fyftéme. Ceft-là une obfervation faite il y a long- tems par les Commentateurs de Diogéne- Laérce. | On ne voit point qu’Ariftote, qui avoit compofé un ouvrage fur les dogmes des Pythagoriens, ait jamais cité Pythagore ni fes Ecrits; il eft du moins für que parmi le grand nombre dés ouvragés des anciens Philofophés dont Simplicius parle dans fes Commentaires fur Ariftote, il ne s’en trouve ‘aucun qui porte le nom de Pythagore, & lorfque ce Commentateur parle des opinions de Pythagore, il ne cite jamais que les Pythagoriens. Je finis cet article par un paffage d'Empédocle, qui peut nous montrer quel a été le fondement de toutes ces traditions fur le fouvenir que l'ame de Pythagore avoit confervé dans Jes corps qu'elle avoit animez aufrefois. C’eft Porphyre qui De vita Ark ‚Rous a confervé ces vers d'Empédocle; les ouvrages de ce “9-30. Philofophe fubfiftoient encore de fon tems, & Simplicius Jes cite fouvent dans fes Commentaires fur les ouvrages d'Ariftote. Diogéne dans la Vie d'Empédocle, rapporte les deux premiers de ces fix vers confervez par Porphyre, on les trouve aufli dans Tamblique. Diogéne ajoûte que ces vers étoient Laad s.. 55° eitez par Timée l'Hiftorien, dans fon neuviéme livre, pour prouver qu'Empédocle avoit fait mention de Pythagore: ainfi. en ne peut douter que dès le tems de Timée ils ne fe trouvaffent dans les livres d'Empédocle, qui a fleuri vers la Lxxxıv.® Olympiade, & au tems d’Herodote. p Cet homme, difait Empédocle, TIE ANHP (on fçait ~ que tes Pythagoriciens parlant de leur Maitre depuis fa mort, _nele nommoient jamais par fon nom, mais qu'ils l'appeltoienti fimplement l'Homme, c’eft Apollonius cité par Tamblique,. _ qui nous l’apprend) «cet homme donc, difoit Empédocle, rempli de connoiffances fublimes, renfermoit en lui-même, « comme en un tréfor, fes découvertes de tous les âges ;. & « ‚‚Jorfque fon efprit sabandonnoit tout entier à la meditation, = non feulement il découvroit la nature-de.tous Jes £tres, mais «

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il embraffoit encore d'un même coup d'œil, dix, ou même vingt âges d'hommes : » Kai te Sin’ Avena yal T exon dorées. | Ce qu'Empédocle avoit dit par une exagération poëtique, fut fans doute pris à Ja lettre; on imagina que Pythagore f fouvenoit de ce qu'il avoit vü dans les générations précédentes, & comme l'attachement de fes Seétateurs alloit pour lui juqu’a adoration, on bätit fur cette premiére fuppofition des hiftoires détaillées, dans lefquelles on racontoit ce qui lui étoit arrivé dans les générations précédentes. Le fondateur d'une Sette philofophique, laquelle étoit une efpece d’Ordre ou de Société religieufe, ne pouvoit manquer d'avoir fa légende. .. TROISIÉME PROPOSITION. Quand bien même on fuppoferoit l’ancienneté & l'unifor- . mité de cette tradition des différens paflages de la même ame d’Euphorbe dans plufieurs corps humains avant que d'entrer dans fe corps de Pythagore, les détails dont elle eft accompagnée dans ceux des Anciens qui font un peu circonftanciée, montrent qu'ils n'ont pu l'entendre comme on le fait dans le fyftème chronologique que j’examine, & où l'on fuppofe que lame d’Euphorbe entra dans les corps d’Hermotime & de Pyrrhus, dans les deux générations qui fuivirent immédiatement la prife de Troye. | Diogen. Laërr. PI. 5. Héraclide, par exemple, dit que l'ame d'Euphorbe étant dans le corps d’Hermotime, ce dernier voulut donner une preuve fenfible qu’il avoit confervé le fouvenir de ce qui lui étoit arrivé pendant la guerre de Troye; que pour cela il fe tranfporta au temple des Branchides (c’étoit un temple & un Oracle d’Apollon, fitué auprès de Milet ville d’Ionie) que là H montra un vieux bouclier déja tout pourri, Avaceowxvias 84, & duquel il ne reftoit plus que l'Umbo, ou la bofle, qui étoit d'yvoire, Hlescwmr; qu'il reconnut ce bouclier pour être celui- Ja même dont il s’etoit fervi au fiége de Troye, que Ménélas lui avoit enlevé avec fes armes, & qu'il avoit confacré à Apollon à fon retour de Troye, ’obferverzl

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J'obferverai d'abord, que le récit d'Héraclide eft contraire à ce que difent prefque tous ceux qui ont parlé de l'aventure de ce bouclier; ils en attribuent la reconnoiflance à Pythagore lui-même : Chypeo Trojana refixo tempora teflatus...... non ordidus author Natura verique, dit Horace. Ovide aus quinziémelivre de fes Métamorphofes, fait parler ainfi Pythagore: Panthoides Euphorbus eram .. .. .. Cognovi clypeum...... Nuper Abanteis templo Junonis in Argis. Ce point eft fi conftant, que je ne m/arréterai point à nommer tous ceux qui ont parlé ainfi; je me contenterai de citer Porphyre & lamblique, qui attribuent tous deux 4 Pythagore la reconnoiffance de ce bouclier d’Euphorbe, & qui placent fa fcene de cette aventure dans le temple de Junon à Mycéne 2, où Fon montroit en effet encore au tems de Paufanias le bouclier d'Euphorbe, & Paaf. 11.174 cela fans faire aucune mention, ni d'Hermotime, ni de Pythagore; mais il n’eft pas queftion d'examiner ici fa narration d'Héaclide, il s’agit feulement de voir fi elle peut s'accorder avec la fuppofition par laquelle on fait vivre Hermotime à la génération qui fuivit immédiatement fa mort d’Euphorbe & la prife de Troye. 1.° Héraclide place la fcene de l'aventure dans le temple des Branchides auprès de Milet. 2.° Il fuppofe le bouclier d’Euphorbe dans un état où Ja vétufté put feulement fe réduire, Asaoronnvias nm, il n'en reftoit plus d’entier que les ornemens d’yvoire. 3.° Il faut fuppofer encore que l’on avoit oublié qu'il avoit été confacré par Ménélas, fans quoi il n'eût pas été difficile de le reconnoître pour avoir appartenu à Euphorbe. | 1. Le temple & [Oracle des Branchides n’avoient été Coron nera: fondez que par Branchus fils de Smicrus originaire'de Del- 33° #4 iet. phes, qui avoit été sétablir à Milet; or ce Smicrus étant un defcendant du Prêtre Macharéusb fils de Daëtas, qui tua * Ce temple fitué à dix ftades de y P Amjovoe. Strab. IX. 421. PauMycéne & a quarante d’Argos, étoit | fan. x. 855. Afclepiades in Tragic. commun à ces deux villes. Strab. | apud Schel. Pindari. Nemea vil. VIII. 268. . Mem. Tome XIV. verf. 62. pag, 223.

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Pyrrhus fils d'Achille, il eft clair que l'aventure d'Hermotime a dû être poftérieure de plufieurs générations, & même de quelques fiécles à la prife de Troye. D'ailleurs, fa ville Grecque de Milet, qui étoit déja bâtie lorfque Smicrus pere de Branchus s'y retira, étoit une des douze Cités fondées par les conduéteurs de la colonie Ionienne. Or cette colonie pafla Clem Alex. I. 334. Stromat. en Afie foixante ans après le retour des Héraclides, & cent quarante ans après la prife de Troye, fuivant da Chronologie d'Eratofthene, fuivie en ce point par tous les autres Chrono- Iliad. B, verf. . logiftes. Homére fait à la vérité mention de la ville de Milet 867. f dans fon Iliade, mais c'étoit alors, comme lui-même ia nomme, une ville des Cariens au langage barbare, Kaes Bay Caespwrer. La petite ville de Didyma & le temple d'A pollon Didymeen , fituez à vingt ftades de la mer, niexiftoient point encore, & Homére ne donne enaucun endroit de fes Poëmes, le nom de Didyméen à ce Dieu, il ne met pas même fa Carie au rang des pays dans lefquels it étoit adoré. . Héraclide fuppofe dans fon récit, que Ménélas pafla à Milet au retour de Troye; cependant la route de ce Prince, décrite par Homére dans le plus grand detail, nous montre qui Odpff. 111. v. n’approcha pas même de la Carie où eft cette ville: fa chofe 278. FA Iv. 8o. eft conftante pour ceux-qui ont Ii l'Odyfiée avec Ja plus ec legére attention; mais comme il s'agit moins ici de la vérité du récit d'Héraclide, que.de la maniére dont il a pu l'entendre, je ne m'y arréterai pas, il me fuffit que l'aventure foit néceffairement poftérieure, dans ce récit,à la prife de Troye-de plufieurs générations, puifqu'on la fait arriver dans un temple fondé par les defcendans de Macharéus meurtrier de fils d'Achille, & quelque tems après la fondation de Mile, poftérieure de cent quarante ans à ka prife de Troye. Ce font donc au moins cent quarante ans à ajoûter à Tintervalle de trois cens trente-cing ans, qui fe trouve dans la Chronologie de M. Newton, entre la prife de Troye & la date de la naiffance -de Pythagore. Si cette naiffance eft de Fans 69. ajoûtant les quatre cens foïxante-quinze ans, on aura - pour la date de la prif de Troye, e l'an 104.4. Si la naiffance

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de Pythagore eft de l'an 62 2, on aura l'an 1097. M. Newton met la prife de Troye en 904. ceft une différence de cent quarante, ou même de cent quatre-vingt-treize ans. La feconde circonftance qui fuppofe que l'on avoit oublié par qui ce bouclier avoit été conlacré au temple des Branchides, & même qu’il étoit tellement détruit, qu'il n'en reftoit d’entier que les ornemens d’yvoire, nous prouve encore qu'Héraclide n’a pu rapporter cet événement à la génération qui fuivit immédiatement la prife de Troye. On a oppofé qu’Euphorbe ayant été tué la dixieme année de la guerre, fon bouclier qui lui avoit fervi long-tems, devoit être fort endommagé lors de fa mort. Tout paroit bon dans la chaleur de la difpute, & fans cela, on auroit penfé qu’Euphorbe fils d'un Prince allié de Priam, étoit en état d'avoir un bouclier neuf, lorfque fe fien étoit hors d'état de le défendre. On fe feroit même fouvenu qu'Homére parlant des armes dont Euphorbe était couvert lorfque Ménélas fe tua, leur donne les mêmes titres de aura mes & de mia 1920, qu’il employe en parlant des armes impénétrables qu’Achille 70:91. avoit prêtées à Patrocle, & dont Hector s'empara. Je ne m’arréterai pas non plus à remarquer quelle étoit la folidité de ces anciens boucliers, leur conftruétion eft décrite trop de fois & avec trop de foin dans Homére, pour qu’on puifle l'ignorer. . Ibid. v. 125: Dans la tradition que le Scholiafte d’Apollonius donne comme étant tirée d’un ouvrage de Pythagore lui-même, on fait paffer l'ame d’Euphorbe dans fe corps d'un fils que Mercure avoit eu d'une Courtifane de Samos. Donc Samos étoit bâtie, & déja affez peuplée & aflez riche pour qu’il y eût des Courtifanes. Samos étoit une colonie Ionienne, & par conféquent poftérieure de cent quarante ans au moins à la prife de Troye, car les Ioniens ne pafférent dans cette Ifle qu'après Strab, XWa 603. s'être établis dans Ja terre ferme. — Tertullien, comme on Ya wi, place Hermotime après le De Anima, pêcheur Pyrrhus, & immédiatement avant Pythagore, & cap. 28. eeft peut-être 14 ce qui a fait penfer au Pere de Mourgues Jéfuite, dans fon Plan théologique du Paganifme, ouvrage Vol. 1.p.5 09.

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qui mériteroit fans doute d'être plus connü & plus fù qu’il ne eft, que l'Hermotime d’Heraclide eft le même que cet Hermotime de Clazoméne, duquel on racontoit une fable qui s'accorderoit aflez bien avec ce qu'Héraclide nous rapporte de fon Hermotime, fi l’Auteur des Philofophoumena publiez fous le nom d'Origéne, ne nous apprenoit que ce dernier étoit de Samos; & non de Clazoméne. Cette fable fe trouve détaillée au long dans Phiftoire merveilleufe d’Apollonius; mais Pin. vir. 52. comme Pline & Lucien en font aufli mention, & que TerLucian. * tullien & Origéne s’en font fervi pour tourner en ridicule les Enerm. simian de partifans de l'idolatrie, on ne peut guéres douter que ce ne 76, 7 ** fût-À une opinion aflez communément répandué. Origen, contra Celf. lb. 111. Cet Hermotime de Clazoméne avoit, dit-on, fe fecret de féparer fon ame de fon corps; elle quittoit ce corps comme on dépouille un habit, & dans cet état d’activité, débarrafite du fardeau qui {’attachoit au même lieu, elle fe tranfportoit dans les pays lesplus éloignez, & par des connoiffances qu'elle acquéroit dans fes voyages, elle fe mettoit en état de faire les prédictions les plus merveilleufes, lorfqu'au retour de fes courfes elle s’étoit de nouveau revétué de fon corps. Ce manége dura plufieurs années; mais enfin fa chofe ayant été découverte par fes envieux, ils gagnérent fa femme, & pendant un des voyages de fon ame, s'étant emparez du corps qu'elle avoit abandonné, ils le firent paffer pour celui d'un homme mort, & le brûlérent, afin qu'elle ne püt y rentrer à fon retour. Apollonius dit que les Clazoméniens rendirent à cet Hermotime les honneurs divins, & qu'ils Jui batirent un temple dont l'entrée étoit interdite aux femmes. Origéne & Tertullien n'épargnent pas le Paganifme, fur le culte d'un femblable Dieu. ‘ Apollonius, qui fuit une efpece d'ordre chronologique dans les fix premiers chapitres de fon ouvrage, place Hermotime avant Abaris, & après Ariftée de Proconnefe. Harpocration dit que les uns mettoient Abaris à la 1 x.° & les autres à la xx1.¢ Olympiade, mais que, felon Pindare, il avoit vécu au tems de Croefus. Pour Ariftée de Proconnefe, dont l'ame

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avoit eu le même privilége que celle d'Hermotime de Clazomene, Suidas le dr vivre au tems de Cyrus & de Croefus; mais il devoit être beaucoup plus ancien, fuivant Hérodote, qui dit que fept ans après qu'on eut ceflé de le voir dans la ville de Proconnefe, il apparut à fes concitoyens, & leur récita le Poéme des Arimafpiens; que trois cens quarante ans après il apparut une fèconde fois à ceux de Métaponte, pour deur ordonner d'élever à Apollon un autel accompagné d'une ftatuë qui le repréfentàt lui Ariftée. Hérodote ajoûte que ceux de Métaponte ayant confulté l'Oracle de Delphes, exécutérent ce qui leur avoit été ordonné, & que de fon tems on ‘ voyoit encore la ftatué d’Ariftée. Hérodote ne parle de cette derniére apparition que fur la foy d'une tradition , ainfi on peut bien fuppofer qu'il croyoit le tems d’Ariftee antérieur à celui où il vivoit d'environ quatre cens ans; cependant come dans fon récit il fait mention de la ville de Gyzique, il faut que la premiére difparition d’Ariftée foit poftérieure à la fondation de cette ville. Or Anaximéne de Lampfaque cité par Strabon, nous apprerid que Cyzique étoit une colonie Milé- Strab. XIV; fienne, ainfi la fondation de Cyzique eft certainement poftérieure à celle de Milet *. Ariftote parle d'un Hermotime de Clazoméne plas ancien quAnaxagore, & qui avoit enfeigné avant lui la néceffité de recourir à un principe intelligent pour pouvoir rendre raifon de la formation des êtres. Comme Anaxagore étoit le premier des Philofophes Ioniens qui eût été s'établir dans la Grece, & qui edt ouvert une Ecole permanente dans Athenes, if n'eft pas furprenant qu'on l'ait fait auteur d'une do&rine que Yon n’avoit point encore entendu: enfeigner méthodiquement. Mais il eft fingulier que celui qui étoit probablement le premier auteur du fyfleme, Hermotime de Clazoméne, n'ait plus été connu que par une fable auffi ridicule que celle qui eft rapportée dans Apollonius & dans Pline. Nous pouvons e * Eufëbe place la fondation de Cyzique à la xx1v.‘ Olympiade, ou à Fan 680. maisfi cette date avoit lieu, les Nombres d’Hérodote ne pourroient fubfifter. Kkkiij

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juger par cet exemple, de l'hiltoire de la plüpart des autres Philofophes, & fur-tout de celle de Pythagore. On ne s'embarraffoit guéres de donner une idée exacte de leurs opinions & de leurs dogmes, pourvü que l'on put remplir leurs hiftoires de chofes merveilleufes ou du moins finguliéres, & prapres à exciter l'attention d’un peuple qui cherchoit bien moins à être inftruit qu'à être amufé. L'aventure de Démofthéne avec les Athéniens en eft un bel exemple; on fçait que dans une occafon où ni f'éloquence de. cet Orateur, ni le danger de toute la Grece, ne pouvoient fixer l'attention du peuple d'Athenes à l'importance des matiéres que l'on traitait, le commencement d’un petit conte d'enfant diffipa leurs diftraétions, & les obligea d'écouter le difcours. de Démofthéne. Pour réduire à ues propofitions fimples ce que j'ai établi dans ces obfervations, j'ai montré dans fa premiére obfervation 1.° Que les deux généalogies de Pythagore, dans Paufanias & dans Diogéne-Laérce, ne peuvent.fuffire, même dans fa Chronologie de M. Newton, pour remplir l'intervalle écoulé depuis la prife de Troye jufquià la naiffance:de Pythagore. 2.° Que ces deux généalogies ne s'accordent, ni fur fe nom, ni fur fe nombre des ancêtres.de Pythagore. 3.° Que dès le tems de l'Hiftorien Lycus contemporain de Démétrius de Phalére, l'origine de Pythagore & l'hifloire de f famille étoient une chofe fur laquelle on. ne pouvoit s'accorder, 8 que ce point étoit regardé par d'anciens Ecrivains, comme un probleme infoluble. 4.° Que nous connoiflons encore fix opinions toutes différentes fuivies.par les Anciens, au fujet de l'origine de Pythagore; d'où j'ai conclu qu'avant de pouvoir rien établir fur une de ces traditions, il faut montrer, non ’ feulement qu’elle eft préférable aux autres, mais encore qu'elle a par elle-même un degré de certitude. fuffifant pour nous - déterminer à la recevoir. …— _ Si fon veut fe retrancher à nous faire regarder cette tradi|. tion rapportée par Paufani&, comme une preuve de fa chro| nologie qu'il a fuivie, je me contenterai de répondre que l'opinion particuliére de Paufanias fur la date de la prife de

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Troye, doit fechercher, non dans une tradition finguliére qu'il donne, comme celle des Phliafiens , & fans la garantir, mais dans les endroits où il parle de Chronologie, & dans ceux où il rapporte des généalogies détaillées des grandes _ familles, des familles royales. Or dans tous ces endroits, il eft für qu'il fuit Topinion commune des Chronologiftes. Il faut interpréter un Auteur par lui-même, & les endroits obfcurs - par ceux qui font nettement & clairement expofez; quoiue-M. Newton ait prefque par-tout violé cette régle de Critique, elle n'en eft pas moins une régle fondamentale, & dont on ne peut négliger l'obfervation fans s’expofer à faire bien de faux raifonnemens. Dans la feconde obfervation, j'ai montré 1.° Que la tradition Pythagoricienne fur les différentes migrations de l'ame d'Euphorbe, eft rapportée avec tant de variétés effentielles, qu'elle ne peut être regardée, ni comme une tradition ancienne, mi comme une tradition qui avoit une origine certaine & conftante; que c'étoit une de ces fables populaires, qui, n'étant fondées fur le témoignage d'aucun Auteur connu, prennent des formes différentes dans la bouche de tous ceux qui les répétent. 2.° Que cette tradition, de Ja façon qu'on l'explique, eft abfolument contraire au dogme Pythagoricien de fa Métempfychofe; dogme dans lequel on fuppofe pour | chaque ame, un certain intervalle de féjour dans les Enfers entre fa fortie d'un corps & fon entrée dans un autre corps. 3.° Enfin, que les détails dont cette tradition eft accompagnée dans le récit d'Héraclide & de quelques autres, fuppofent né, ceflairement un intervalle de plus de cent quarante ans entre la mort d’Euphorbe & l'aventure d'Hermotime, & que par conféquent on ne peut fans contredire Héraclide, placer, comme on Fa fait, la naïflance d’Hermotime au tems de Ja mort d’Euphorbe & de Ja prife de Troye.