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« Le corps de tous cède à la mort toute puissante; mais, vivante
encore, reste une image de notre être; car seule elle vient des
dieux (1).» Nous allons retrouver ces croyances chez les philosophes; mais ce sera loin de l’Ionie.
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III. — Les PYTHACORICIENS
A partir de 494 (date de la destruction de Milet), avec l'école
milésienne, disparait momentanément toute trace de la physique ionienne.
La vie intellectuelle s'était déjà
d'ailleurs
transportée dans les florissantes colonies de la Grande-Grèce
et de la Sicile. Plusieurs des hommes qui s’y font connaître,
viennent pourtant d’Ionie. Pythagore est né à Samos, Xéxophane à Colophon. Et ce sont eux qui donnent chacun l’impulsion dans les colonies d’Italie à un mouvement d’idées important, à la philosophie des nombres d’une part, à l'éléatisme
d'autre part, qui, l’une et l’autre, vont dominer tout le développement ultérieur des idées.
Le pythagorisme n’est pas seulement un mouvement intellectuel, mais un mouvement religieux, moral et politique,
aboutissant à la formation d’une confrérie qui cherche à faire
de la propagande et à s’emparer du pouvoir dans les cités de
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limnintci nouv. ed., 1: L'antiquilé
LNIV
:
de la philosophie,
E. Bréuter, Histoire
öge, 3 vol. : Paris Alcan 1934-1935 794 p. 20 Fr. chacun. | NRTh 193: i
572-573 Vandenbussche.
cile puisqu’on doit souvent utiliser des textes datant du nouveau pythagorisme pour connaitre l’ancien), les dorbouci attrie
buées en bloc aux pythagoriciens du premier âge at
de si flagrantes contradictions qu'il est bien impossible de les
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attribuer au seul Pythagore, et que Von doit » i
de les classer sans pouvoir déterminer ni leurs liens ni leurs
association religieuse à
a né en 570, fonde uneremar
quable ; oes and
Crotone vers 530. Il n’y a là rien de
en
tions de ce genre, comme celles des pila, TEBE
Grèce; la mission qu’elles se donnaient était d nuage des
méthodes de purification qu’elles tenaient secretes yeas in
initiés. Telle était bien aussi l’association naar
elle avait des secrets qu’elle interdisait de révéler aux impurs.
Des traditions assez anciennes rattachent à l’enseignement
de Pythagofe des promesses de vie heureuse après la mort
pour les initiés. La société, ouverte aux femmes et aux étrangers,
dépassait les limites d’une religion de la cité (1). Les Romanas
interdictions contenues dans le catéchisme pythagoricien (ne
pas manger de fèves, ne pas parler dans l'obscurité, ne pas
porter sur une bague l'effigie d’un dieu, ne pas sacrifier se pe,
cile de se faire une idée exacte : d’abord la vie de Pythagore
blanc, etc.) (2) sont des tabous du genre le plus vulgaire ( :le
‘ où il ne faut chercher aucun symbolisme moral, comuna on
fit plus tard, mais des signes qui doivent suffire à distinguer des
lui-même n’est connue qu’au travers de légendes qui se sont
formées dès les premières générations (2) ; de plus, l’histoire du
La doctrine de la transmigration des âmes à travers des corps
la Grande-Gréce. De ce mouvement très complexe, il est diffipythagorisme est composée de deux périodes très distinctes,
dont la première a duré depuis la fondation de l’école à Crotone
(vers 530) jusque vers la mort de Platon (350), et la seconde, celle
du néo-pythagorisme, a débuté vers le 1° siècle de notre ère.
Or, même en admettant que l’on puisse faire le départ entre
les doctrines du premier âge et celles du second (ce qui est diffi(1) Thrènes, fragm. 2, éd. et trad. Pucch, IV, p. 196.
(2) Isidore Lévy, Recherches sur les sources de la légende
de Pythagore,
autres hommes les membres de la secte.
d'hommes et d'animaux, doctrine qu’un très ancien document (4)
attribue à Pythagore, ne peut non plus passer comme le fruit
d’une réflexion philosophique : croyance fréquente chez les
que
* (1) Cf. dans JAMDLIQUE, Vie de Pythagore, 75-78, lettre de Lysis 4 Hippar
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EN... ar
s, Sur lesi origines de la
BANCELS,
; Cf. LARGUIER DE Bancet
i id., 83-84.
ee d'une interdiction de‘Pythagore, dans Archives de Psychol
E a, Le Rameau d'Or, tr. fr., t. I, p. 328.
Page 2
Voir dans le PDF(s’ouvre dans une nouvelle fenêtre)primitifs qui ne voient en Ja naissance qu’une réincarnation (1),
elle se rattache à ces contes, si fréquents dans le folklore, qui
montrent l'áme sortant du corps, et allant résider dans un
animal ou un objet inanimé (2) ; elle ne peut nullement être rattachée à une origine historique précise. Enfin, le précepte d’abstinence de la viande, s’il a réellement fait partie du catéchisme
primitif de l’école, provient sans doute de la même foi en
Punité de tous les vivants, qui a donné naissance à la doctrine
de la transmigration.
Qu'est-ce qui distingue done Pythagore des sectes orphiques,
si incapables de progrès et si cantonnées dans leur rituel et leurs
mythes fantastiques ? Hérodote raconte que le Thrace Zamolxis, ayant été l’esclave de Pythagore, à Samos, apprit de lui
« la manière de vivre des Ioniens (3) ». Il semble bien aussi que
Pythagore apporta en Grande-Grèce la cosmologie milésienne
;
il enseignait, comme Anaximène, que le monde était plongé au
sein d’un air infini ; de cet infini, il absorbe, par une sorte de
respiration, les parties les plus proches, qui, entrées en lui,
séparent et isolent les choses lès unes des autres ; l’air illimité,
appelé aussi obscurité, nuit ou vapeur, produit ainsi dans les
choses la multiplicité et le nombre (4). Comme Jes Milésiens,
Pétron, un pythagoricien de la plus ancienne époque, passe
pour avoir admis la pluralité des mondes (5), une pluralité
définie, il est vrai, et des mondes rangés en ordre géométrique.
Entre la physique milésienne de Pythagore, et les règles pratiques de l’ordre, il nous est d’ailleurs impossible de saisir la
moindre affinité,
Nulle parenté visible non plus entre cette cosmologie et la
doctrine célèbre attribuée à Pythagore par la tradition : toutes
les choses sont des nombres. Cette doctrine elle-même se pré(1) Levv-Baunt, Fonctions mentales dans les sociétés inférieures,
p. 398.
(5) Phanlus d'Érése dans PLUTARQUE, Défaut des Oracies, chap.
XXI et XXII,
(2) Fhazen, Le Rameau d'Or, trad, fr., t. I.
(3) IV, 95.
‘
(4) AnistoTe, Mélaphysique, M. 3, 1091 a, 17.
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sente à nous sous trois aspects différents dont le lien n’apparait aucunement. En premier lieu elle désigne une certaine relation entre les nombres et les formes géométriques ; Pytbsgore
représentait les nombres non pas par le symbolisme habituel
des lettres, mais un peu à la manière dont ils sont représentés
sur nos dominos, chaque nombre étant un groupe contenant
autant de points qu'il a d’unités, et ces points étant zung sion
un ordre géométrique ; d’où les nombres triangulaires, c'est-àdire représentables par des points disposés en triangle, comme 3,
6, 10, etc., carrés, représentés par des points disposés en carré,
comme 4, 9, etc., oblongs, représentés par des points disposés en rectangle comme 6, 12, etc. (1).
Second aspect de la doctrine : les trois accords musicaux,
quarte, quinte, octave, sont représentés par des rapports numériques simples, a savoir > A > et de plus on peut définir
une certaine proportion, dite proportion harmonique, qui les
contient tous les trois; c'est la proportion 12 : 8 : 6, oú la
moyenne est inférieure au plus grand extrême, d’un a de cet
extréme, et supérieure au plus petit, également d'un tiers de
lui-méme 8 = 12 -? =6+ a
Enfin, troisième aspect, un symbolisme tout à fait primitif,
d’après lequel les nombres représentent l'essence des choses,
7 l’occasion, 4 la justice, 3 le mariage, selon les plus arhitraires
des analogies. En laissant de côté ce dernier aspect, d'où
viendra Yarithmologie fantastiqué à laquelle les hommes
s’amuseront pendant des siècles, on voit comment Pythagore
était amené à mettre en lumière et à étudier d'une part certaines
séries numériques, d’autre part certains rapports numériques
privilégiés. S'il les étudia d’abord moins pour eux-mêmes que
pour les choses qu'ils représentaient (attribuant par exemple
(1) Cf. Bunner, Aurore de la philosophie grecque, trad. Reymond, p. 112]sq.
Page 3
Voir dans le PDF(s’ouvre dans une nouvelle fenêtre)une valeur singulière au nombre triangulaire 10,
la fameuse
tétractys, somme des 4 premiers nombres, par laquelle
juraient
les membres de la secte), il n’en était pas moins
conduit a
vie siècle : l’Ionie entière était soumise aux Perses depuis 546,
reconnaître
rent pour combattre la domination perse en 498 et furent très
toutes
sortes
de nouvelles
propriétés
arithmétiques (1). D’autre part, la découverte du théorème dit
de
Pythagore l’amenait à considérer qu'il y avait entre
certaines
‚ lignes; ici entre le côté d’un carré et sa diagonale
un rapport
qui n’était pas numériquement exprimable : la science
pythagoricienne, trouvait donc, dès son début, ses bornes.
55
et l’on peut supposer qu'Héraclite fut témoin de la révolte des
villes ioniennes qui toutes, à l’exception d’Éphèse, se réunicruellement chatiées par Darius : c'est au milieu de ces catastrophes civiles que vécut Héraclite et peut-être sous ces impressions que sa pensée prit cette tournure pessimiste, cet aspect
distant et hautain, si caractéristique, qui se traduit en un style
bref et brillant, sentencieux, plein d'images somptueuses ou
Organisation religieuse, cosmologie ionienne, mathém
familières. Son œuvre, De l'Univers, écrite en prose, est la
physique, ces trois traits doivent être complétés par un autre
:
c'est l’activité politique de l’ordre. Dans quelles conditi
ons
l'ordre s'empara du pouvoir à Crotone, et quelles étaient
les
tendances politiques des pythagoriciens, c’est. ce
que nous
ignorons complètement
; le fait seul est certain ; ce qui est égapremière où nous voyons nettement une véritable philosophie,
lement sûr, c'est qu’un des personnages les plus nobles et les
trois chefs ‘que nous pouvons ranger les cent trente courts
plus riches de la ville, du nom de Cylon, dirigea contre
les
fragments qui nous restent.
atisme
nouveaux maîtres une révolte qui réussit; on
entoura et l’on
incendia la maison où étaient réunis les principaux
c’est-à-dire une conception du sens de la vie humaine entée
sur une doctrine réfléchie de l’univers. C’est peut-être lui qui
a divisé son ouvrage en ces trois parties devenues traditionnelles : physique, théologie et politique (1); c'est sous ces
Par beaucoup de ses aspects, la cosmologie d’Héraclite est
d’origine milésienne. On y retrouve ses deux thèmes principythagoriciens de Crotone ; deux seulement purent s’échapper,
Archippos et Lysis, qui fut ensuite à Thèbes le maître d’Epam
inondas.
paux : l’explication des astres (feux brillants) par une sorte
C’est sans doute à partir de cette catastrophe qui eut lieu
vers
vents par des vapeurs nées de la mer ; l’explication de la transle milieu du v® siècle, que les pythagoriciens essaimèrent
dans
mutation du feu en eau puis en terre et des transmutations
la Grèce continentale où nous les retrouverons (2).
d’évaporation sèche émanée de la terre, et celle des nuages ou
inverses par la condensation et la raréfaction comme chez Anaximène (2). On y trouve aussi, nettement dégagée, la pensée
IV. — Hénacurre D'ÉPRHÈSE
impliquée par toute la doctrine milésienne, de l'autonomie
Héraclite dit l’Obscur et Xénophane sont les deux premiers
penseurs dont nous possédions des fragments quelque peu
étendus : ils nous ramènent l’un et l’autre vers les cités
ioniennes.
Héraclite était d’Éphèse où il florissait sans doute vers la
fin du
du monde, qu'aucun des dieux mi des hommes n’a fait (3).
Mais il y ajoute des traits nouveaux, tout au moins pour nous ;
c'est d’abord un dédain
de la recherche minutieuse et exacte,
de cette polymathie qui désigne à la fois l’érudition d'un Hésiode
et d’un Hécatée recueillant toutes les traditions, pour écrire
Er
(1) Harmonie dans JAMBLIQUE, Vie de Pythagore, 115,
Symbolisme
d’
ae Métaphysique, M. 4, 1078 b, 21: serment oy tkapericle, ae
Song es contemporain d’Aristote, dans
JAMBLIQUE, Vie de
(1) Drocëns Lafnce, Vie des Philosophes, IX, 5.
(2) Aérius, Placifa, II, 17, 4; Théophraste (Diets, Doxographi, 475, 15 sq.);
Dioctne Lairce, IX, 9.
(3) Fragment 20 (d'aprés l'ordre de BrwarER).
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Voir dans le PDF(s’ouvre dans une nouvelle fenêtre)VIII. — Les MÉDECINS DU y? SIÈCLE
Après Anaxagore, au cours du v® siècle, l’esprit ionien gagne
du terrain, mais sans avoir de représentants remarquables ;
les physiciens sont raillés par les comiques, Hippon par Cra-
LES PRESOCRATIQUES
75
est sûre. A cette méthode empirique s'opposent les médecins physiologistes dont Platon a si parfaitement défini le point de vue
dans un passage de Phèdre (270 c). Il n’est pas possible, pense
Platon, de comprendre la nature de Páme sans celle de l’univers.
tinos (1), Diogéne d’Apollonie par Aristophane ; et Platon dans
et, sil faut en croire Hippocrate, Pon ne peut même pas,
le Cratyle (409 b) parle des anaxagoriens. On voit revivre toutes
sans cette méthode, parler du corps; il faut examiner à propos
les vieilles thèses milésiennes; Hippon prend pour principe
de chaque être s’il est simple ou composé, et, au cas où il est
l’eau; Diogéne d’Apollonie l’air; Archélaos d'Athénes admetcomposé, faire le dénombrement de ses parties et examiner
tait avec Anaxagore le Noüs et le mélange primordial. Mais
à propos de chacune d’elles les actions et passions qui lui apparces auteurs s'intéressent en général moins à la cosmologie qu’à
tiennent.
la physiologie et à la médecine (2).
Nous possédons, sous le nom d’Hippocrate, né à Cos en 450,
IX. — LES PYTHAGORICIENS DU V® SIÈCLE
une série de quarante et un traités médicaux qui nous montrent
l'immense importance qu'a eue la médecine dans la vie intel-
Les pythagoriciens de la même époque se partagent aussi :
lectuelle des Grecs vers la fin du v® siècle. Tous les auteurs sont
les acousmatiques forment un ordre purement religieux où
détachés des vieilles superstitions, et l’on connaît le magnila pratique et la croyance restent le principal, tandis que les
fique début du traité de l’Épilepsie. « Je pense que l’épilepsie,
mathématiciens (1) cherchent seulement le développement scien-
- appelée aussi maladie sacrée, n’a rien de plus divin et n'est pas
tifique des mathématiques, de l’astronomie, de la musique, c’estplus sacrée que les autres; les hommes lui donnèrent d’abord
à-dire des sciences qui vont être considérées par Platon comme le
une origine et des causes divines par ignorance. » Pourtant il
point de départ de la philosophie; ils forment le groupe très
naît entre eux un important conflit de méthode, concernant les
mal connu dont le chef paraît avoir été Philolaüs, et qui comrapports de la médecine avec la cosmologie philosophique.
prend Cébès et Simmias, que Platon nous représente dans le
Les uns, comme l’auteur du traité Sur l’ancienne médecine,
Phédon conversant avec Socrate, Archytas de Tarente, chef
craignent avant tout pour leur art le dogmatisme et l’incertitude
politique de son pays, qui fut l’ami de Platon et le roi phide la physique
; il ne convient pas d’avoir recours à de vaines
losophe selon son: goût, Timée de Locres, par qui Platon fait
hypothèses, comme celle du froid et du chaud, du sec et de
exposer sa propre physique : de ce milieu intellectuel où s’esl’humide comme causes de la maladie et de la santé ; de pareilles
quissent les dogmes du platonisme, il est bien impossible de
suppositions sont bonnes quand on veut traiter des mouvements
faire une histoire précise. Nous n’avons pour tout document
célestes, dont on ne peut rien dire d’assuré ; la véritable médecertain, à part les fragments de Philolaüs dont l’authenticité
cine est autonome, et elle a découvert par l’observation, sans
est contestée (2). que les textes où Aristote expose les doctrines
le secours de ces hypothèses, une infinité de choses dont elle
des pythagoriciens, sans préciser davantage. Un trait doit en
(1) Scholic à Nuées, 94.
(2) Hippon, dans HırroLyre, Réfufation, 1, 16, 1; Diogène dans THEOPENASTE
(Diets, Doxographi, 477, 5); Archelads dans HippoLvYTE, 1,9.
(1) JAMBLIQUE, Vie de Pythagore, 81, implique que la scission est postérieure à
Pythagore.
(2) Burnet, Aurore, p, 324.
Page 5
Voir dans le PDF(s’ouvre dans une nouvelle fenêtre)PÉRIODE HELLENIQUE
cette époque, une floraison d’hypothèses sur l’ordre et les mouêtre retenu, c’est leur émancipation à peu près complète de la cosmogonie ionienne ; dire en effet, comme ils le font, que les choses
vements des corps célestes, mais il ne nous en reste que des
sont faites de nombres, cela ne peut avoir le méme sens que de
Hicétas, qui explique le mouvement diurne par la rotation de la
dire qu’elles sont faites de feu ou d’air. De quelque maniére
terre sur son axe ; nous le connaissons par un passage de Cicéron
qu’on imagine ces nombres, comme des rangées de points ou
qui, bien des siècles plus tard, frappa l'attention de Copernic (1).
traces ; une d’entre elles est peut-être celle du pythagoricien
comme des grandeurs (1), ils ne sont point comme le feu ou
Pair, des substances capables de se transformer en d'autres,
X. — LEUCIPPE ET DÉMOCRITE
ils supposent un ordre fixe et permanent. D'où le caractère
de leur cosmologie qui ne comporte point de cosmogonie à la
Pourtant, à la même époque, l'esprit ionien reprenait une
maniére ionienne, mais, se contentant de décrire un ordre, un
vigueur singulière, mais dans une tout autre direction. Leucippe
cosmos, tend à devenir, au lieu d’une physique, une pure astrode Milet, qui reçut à Élée l’enseignement de Zénon, fut l’ininomie mathématique. Dans leur système du monde, le centre
tiáteur du mouvement que continua Démocrite d’Abdère, né
est occupé par un feu autour duquel gravitent une premiére
vers 460 et qui fonda son école à Abdère vers 420. Avec celuiplanète appelée l’antiterre, puis la terre qui passe au rang de
ci, qui est d'une dizaine d’années plus jeune que Socrate et
planéte, puis le soleil, les cing planétes et les étoiles fixes
;
qui mourut âgé, se développe une physique encyclopédique,
de ce système, rien n’indique qu'ils aient cherché l’origine
;
qui a le goût des très vastes collections d’observations zoolobien plus la place qu’ils assignent à la terre exclut complètement
giques et botaniques. « Personne, disait-il de lui-même, n’a
les idées des Ioniens qui, ayant l'esprit plus ou moins hanté
voyagé plus que moi, vu plus de pays et de climats, entendu plus
par l’assimilation des phénomènes célestes aux phénomènes
de discours d’hommes instruits.» L’on a conservé les titres d’une
météorologiques, supposent invinciblement par là même la
cinquantaine de traités sur les sujets les plus divers : morale,
terre immobile au-dessous de la voûte nuageuse. Quant à l’imacosmologie, psychologie, médecine, botanique, zoologie, mathégination de ces réalités astronomiques inaccessibles à l’obsermatiques, musique, technologie, rien ne lui échappe; de son
vation, l’antiterre et le feu central qui éclaire l’hémisphère
œuvre vaste comme celle d’Aristote et qui, par son ambition
terrestre que nous n’habitons pas, l’une, le feu central n’a
d’universalité, porte bien le cachet de l’époque des sophistes
aucun caractère cosmogonique, mais est destinée à donner de la
à laquelle elle appartient, il ne reste que quelques fragments (2).
lumière solaire une explication déjà rencontrée chez Empédocle,
Dans son dessin général, la cosmogonie de Leucippe, qu’on
l’autre, Pantiterre, à expliquer les éclipses par interposition
ne peut distinguer de celle que Démocrite exposait dans ses deux
de ce corps opaque entre le feu central et la lune ou le soleil (2).
Diacosmoi ou Systèmes du Monde, est fidèle au schème milésien :
Ce pythagorisme nouveau parait donc étre, en un sens, une
une masse infinie où sera puisée la matière de mondes innomvéritable libération de la physique dynamique et qualitative
brables qui se produisent successivement ou simultanément
;
des Ioniens, qui donnait, avec les derniers anaxagoréens et
héraclitéens, des marques d’épuisement. Il dut y avoir, vers
(1) Comparer Anistote, Mélaphysique, M. 6, 1080 b 18 ct 1083 b 8.
(2) Arusrore, Du clel, 11, 13; Afrius, Placita, 11, 20, 12.
(1) Théophraste dans CICÉRON, Premiers Académiques, § 39 ; ajouter les considérations sur l'harmonie des sphères, c’est-à-dire des sons produits par les étolles
dans leur course; ARISTOTE, ibid., 11, 9.
(2) DioGÈNE, Vie des Philosophes, IX, 47.
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Voir dans le PDF(s’ouvre dans une nouvelle fenêtre)dire à ces formes mi-abstraites qui désignent une loi ou une
règle; ce sont elles que nous avons vu intervenir sous le nom
de Justice dans les cosmogonies ioniennes. D’autre part, il
semble que ces cosmogonies sc cantonnent peu à peu dans les
groupes religieux orphiques et forment corps avec l’ensemble
de leurs croyances sur l’origine et la destinée des Ames. C'est
Platon qui nous donne les détails les plus anciens et les seuls
dignes de foi sur ces croyances : l’äme prisonnière dans le corps
comme en un tombeau doit après la mort prendre place en un
banquet où elle s’enivre éternellement (1). Peut-être les tablettes
Wor découvertes dans des tombeaux du ne siècle, en GrandeGrèce, à Thurioi, à Pétélia, à Éleutherne, sur lesquelles sont gravées, comme dans un livre des morts égyptien, des recommandations sur l'itinéraire que doit suivre l’âme après la mort et les
formules qu'elle doit prononcer, n’appartiennent-elles pas à la
secte orphique (2). C’est, en tout cas, au cycle de mythes orphiques et au cycle dionysiaque que se rattache la légende, d’äge
incertain, de l’origine divine de l’homme, à laquelle Platon fait
allusion (3) ; les Titans, ennemis de Zeus, sont poussés par Héra
à faire périr son fils Dionysos ; Dionysos est déchiré par eux, et
ils en mangent les membres sanglants, sauf le cœur qui est
avalé par Zeus et d’où renaîtra un nouveau Dionysos ; Zeus foudroie alors les Titans ; de leur cendre naît la race humaine où le
bien, qui vient de Zeus, est mêlé au mal, à l'élément titanique.
Le poète Pindare, qui fleurit en 478, nous est un témoin de Pextension qu’ont prise, de bonne heure, des croyances analogues.
a Le corps de tous cède à la mort toute puissante ; mais, vivante
encore, reste une image de notre être ; car seule elle vient des
dieux (4). » Nous allons retrouver ces croyances chez les philosophes; mais ce sera loin de l’Ionie.
III. — Les PYTHAGORICIENS
| À partir de 494 (date de la destruction de Milet), avec l’école
milésienne, disparaît momentanément toute trace de la physique
ionienne.
La
vie
intellectuelle
s'était
déjà
d'ailleurs
45
transportée dans les florissantes colonies de la Grande-Grèce
et de la Sicile. Plusieurs des hommes qui s’y font connaítre,
viennent pourtant d’Jonie. Pythagore est né à Samos, Xénophane à Colophon. Et ce sont eux qui donnent chacun l’impulsion, dans les colonies d’Italie, à un mouvement d'idées important, à la philosophie des nombres d’une part, à l’éléatisme
d'autre part, qui, l’une et l’autre, vont dominer tout le développement ultérieur des idées.
Le pythagorisme n’est pas seulement un mouvement intellectuel, mais un mouvement religieux, moral et politique,
aboutissant à la formation d’une confrérie qui cherche à faire
de la propagande ct à s'emparer du pouvoir dans les cités de
la Grande-Gréce. De ce mouvement très complexe, il est difficile de se faire une idée exacte : d’abord la vie de Pythagore
lui-même n’est connue qu’au travers de légendes qui se sont
formées dès les premières générations (1) ; de plus, l’histoire du
pythagorisme est composée de deux périodes très distinctes,
dont la première a duré depuis la fondation de l’école à Crotone
(vers 530) jusque vers la mort de Platon (350), et la seconde, celle
du néo-pythagorisme, a débuté vers le 1° siècle de notre ère.
Or, même en admettant que l’on puisse faire le départ entre
les doctrines du premier Age ct celles du second (ce qui est diflicile, puisqu'on doit souvent utiliser des textes datant du nouveau pythagorisme pour connaître l’ancien), les doctrines attribuées en bloc aux pythagoriciens du premier âge contiennent
de si flagrantes contradictions qu'il est bien impossible de les
attribuer au seul Pythagore, et que l’on doit se contenter
de les classer, sans pouvoir déterminer ni leurs liens ni leurs
auteurs.
Pythagore, né en 570, fonde une association religieuse à
Crotone vers 530. Il n’y a là rien de remarquable ; des associations de ce genre, comme celles des orphiques, existaient en
Grèce; la mission qu’elles se donnaient était d'enseigner des
méthodes de purification qu’elles tenaient secrètes pour les
;
initiés. Telle était bien aussi l’association pythagoricienne
(2).
impurs
aux
révéler
elle avait des secrets qu’elle interdisait de
Des traditions assez anciennes rattachent à l’enscignement
1) Republiyne,
er
iste 363 ©, Phédon. . 62
© b, 69 c.
sei
)
— qui a posé le problème du rapport avec les mystères (Société
(3) Cf. Robe, Psyche, val. II
116.
(4) Thrènes. fragm. 2, éd. et trad. Puech, IV, p. 196.
(1) Isidore Livy, Hecherches sur les sources de la légende de
(2) Cf. dans JAMBLIQUE, Vie de Pythagore, 75-78, lettre de L
sur le secret pythagoricien.
Pythagore, 1926.
à Hipparque
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Voir dans le PDF(s’ouvre dans une nouvelle fenêtre)de Pythagore des promesses de vie heureuse aprés la mort
pour les initiés. La société, ouverte aux femmes et aux étrangers,
dépassait les limites d’une religion de la cité. Les fameuses
interdictions contenucs dans le catéchisme pythagoricien (ne
pas manger de fèves, ne pas parler dans l’obscurité, ne pas
porter sur une bague l’effigie d’un dieu, ne pas sacrifier de coq
blanc, etc.) (1) sont des tabous du genre le plus vulgaire (2),
où il ne faut chercher aucun symbolisme moral, comme on le
47
choses la multiplicité et le nombre (1). Comme les Milésiens,
Pétron, un pythagoricien de la plus ancienne époque, passe
pour avoir admis la pluralité des mondes (2), une pluralité
définie, il est vrai, et des mondes rangés en ordre géométrique.
Entre la physique milésienne de Pythagore, et les règles pratiques de l'ordre, il nous est d’ailleurs impossible de saisir la
moindre aflinité.
Nulle parenté visible non plus entre cette cosmologie et la
La doctrine de la transmigration des âmes à travers des corps
doctrine célèbre attribuée à Pythagore par la tradition : toutes
les choses sont des nombres. Cette doctrine elle-même se présente à nous sous trois aspects différents dont le lien n’appad'hommes et d'animaux, doctrine qu’un très ancien document (3)
attribue à Pythagore, ne peut non plus passer comme le fruit
d'une réflexion philosophique : croyance fréquente chez les
représentait les nombres non pas par le symbolisme habituel
fit plus tard, mais des signes qui doivent suffire à distinguer des
autres hommes les membres de la secte.
primitifs qui ne voient en la naissance qu'une réincarnation (4),
elle se rattache à ces contes, si fréquents dans le folklore, qui
montrent l’äme sortant du corps, et allant résider dans un
animal ou un objet inanimé (5) ; elle ne peut nullement être ratraît aucunement. En premier lieu elle désigne une certaine relation entre les nombres et les formes géométriques ; Pythagore
des lettres, mais un peu à la manière dont ils sont représentés
sur nos dominos, chaque nombre étant un groupe contenant
tachée à une origine historique précise. Enfin, le précepte d’absautant de points qu’il a d’unités, et ces points étant rangés selon
un ordre géométrique; d'où les nombres triangulaires, c’est-adire représentables par des points disposés en triangle, comme 3,
tinence de la viande, s’il a réellement fait partie du catéchisme
primitif de l’école, provient sans doute de la même foi en
comme 4, 9, ctc., oblongs, représentés par des points dispol'unité de. tous les vivants, qui a donné naissance à la doctrine
de la transmigration,
u Qu’est-ce qui distingue donc Pythagore des sectes orphiques,
si incapables de progrés et si cantonnees dans leur rituel et leurs
mythes fantastiques ? Hérodote raconte que le Thrace Zamolxis, ayant été l’esclave de Pythagore,
4 Samos, apprit de lui
« la manière de vivre des Ioniens (6) ». Il semble bien aussi que
Pythagore apporta en Grande-Gréce la cosmologie milésienne
;
il enseignait, comme Anaximéne, que le monde était plongé au
sein d'un air infini; de cet infini, il absorbe, par une sorte de
respiration, les parties les plus proches, qui, entrées en lui,
séparent et isolent les choses les unes des autres
; l’air illimité,
appelé aussi obscurité, nuit ou vapeur, produit ainsi dans les
(1) Jamnrique, ibfd., 83-84. Cf. LARGUIER
DE HANCRLS, $
wine “i a propos d'une interdiction de Pythagore,
dans ea
‚tr.
d°
Le Rameau
Frazen,
tramonti = tr.,t. I, p. 328.
dane,
32) Xénor
5 Fnazen, Le Rameau d'Or, Wad. uu
v-Bruat,
Fonctions mentales d
pe IE,
6, 10, etc., carrés, représentés par des points disposés en carré,
ses en rectangle comme 6, 12, etc. (3).
Second aspect de la doctrine : les trois accords musicaux,
quarte, quinte, octave, sont représentés par des rapports numériques simples, à savoir Ss 4 a et de plus on peut définir
une certaine proportion, dite proportion harmonique, qui les
contient tous les trois; c'est la proportion 12 : 8 : 6, où la
moyenne cst inférieure au plus grand extrême, d'un tiers de cet
extrême, et supérieure au plus petit, également d’un tiers de
dA
lui-même 8 = 12
12
6
atte
Enfin, troisième aspect, un symbolisme tout à fait primitif,
d’après lequel les nombres représentent l'essence des choses,
7 l'occasion, 4 la justice, 3 le mariage, selon les plus arbitraires
des analogies. En laissant de côté ce dernier aspect, d'où
a Arıstorr, Métaphysique, M, 3, 1091 a, 17.
Phanins d'Érèse dans PLuranque, Défaut des Oracles, chap. XXI! et xzıu.
(3) Cf. Bunnzr, Aurore de la philosophie grecque, trad. Reymond, p. 112 sq.
Page 8
Voir dans le PDF(s’ouvre dans une nouvelle fenêtre)PÉRIODE NELLÉNIQUE
viendra l’arithmologie fantastique à laquelle les hommes
s’amuseront pendant des siècles, on voit comment Pythagore
était amené à mettre en lumière et à étudier d’une part certaines
séries numériques, d’autre part certains rapports numériques
privilégiés. S’il les étudia d’abord moins pour eux-mêmes que
pour les choses qu'ils représentaient (attribuant par exemple
une valeur singulière au nombre triangulaire 10, la fameuse
tétractys, somme des 4 premiers nombres, par laquelle juraient
les membres de la secte), il n’en était pas moins conduit à
reconnaître toutes sortes de nouvelles propriétés arithmétiques (1). D'autre part, la découverte du théorème dit le
Pythagore l’amenait à considérer qu'il y avait entre certaines
lignes, ici entre le côté d’un carré et sa diagonale, un rapport
qui n'était pas numériquement exprimable : la science pythagoricienne trouvait donc, dès son début, ses bornes.
Organisation religieuse, cosmologie ionienne, mathématisme
physique, ces trois traits doivent être complétés par un autre
;
c'est l'activité politique de l'ordre. Dans quelles conditions
l'ordre s’empara du pouvoir à Crotone, et quelles étaient les
tendances politiques des pythagoriciens, c’est ce que nous
ignorons complètement ; le fait seul est certain ; ce qui est également sûr, c'est qu’un des personnages les plus nobles et les
plus riches de la ville, du nom de Cylon, dirigea contre les
nouveaux maîtres une révolte qui réussit; on entoura et l’on
incendia la maison où étaient réunis les principaux pythagoriciens de Crotone ; deux seulement purent s’échapper, Archippos et Lysis, qui fut ensuite à Thèbes le maitre d’Epaminondas.
C’est sans doute à partir de cette catastrophe, qui eut lieu vers
le milieu du v® siècle, que les pythagoriciens essaimèrent dans
la Grèce continentale, où nous les retrouverons (2).
IV. — Hénracire D'ÉPHÈSE
Héraclite dit l'Obscur et Xénophane sont les deux premiers
penseurs dont nous possédions des fragments quelque peu éten-
49
du
Héraclite était d’Ephése, où il florissait sans doute vers la fin546,
depuis
vie siècle : l'Ionie entière était soumise aux Perses
et l’on peut supposer qu'Héraclite fut témoin de la révolte des
villes ioniennes qui toutes, à l'exception d’Éphèse, se réunirent pour combattre la domination perse en 498, et furent très
cruellement châtiées par Darius : c'est au milieu de ces catastrophes civiles que vécut Héraclite, et peut-être sous ces impressions que sa pensée prit cette tournure pessimiste, cel aspect
un style
distant et hautain, si caractéristique, qui se traduit en
s ou
ucuse
sompt
bref et brillant, sentencieux, plein d'images
la
est
prose,
en
familitres. Son œuvre, De l'Univers, écrite
ophie,
philos
ble
première où nous voyons nettement une vérita
ne entée
c'est-à-dire une conception du sens de la vie humai
lui qui
tre
peut-ê
sur une doctrine réfléchie de univers. C'est
iontradit
ues
deven
a divisé son ouvrage en ces trois parties
sous ces
nelles : physique, théologie et politique (1); c'est
s
trois chefs que nous pouvons ranger les cent trente court
fragments qui nous restent.
Par beaucoup de ses aspects, la cosmologie d’H£raclite estd'origine milésienne. On y retrouve ses deux thèmes princi
paux : l'explication des astres (feux brillants) par une sorte
s ou
d’évaporation sèche émanée de la terre, et celle des nuagetransla
de
n
icatio
vents par des vapeurs nées de la mer ; l'expl
mutation du feu en eau, puis en terre, et des transmutationsinverses par la condensation et la raréfaction, comme chez Anaxi
mène (2). On y trouve aussi, nettement dégagée, la pensée
impliquée par toute la doctrine milésienne, de l'autonomie
du monde, qu'aucun des dicux ni des hommes n’a fait (3).
Mais il y ajoute des traits nouveaux, tout au moins pour nous ;
c'est d’abord un dédain de la recherche minutieuse et exacte,
de
de cette polymathie qui désigne à la fois l’érudition d’un Hésio
écrire
pour
ions,
tradit
les
et d'un Hécatée recueillant toutes
(4).
poème ou histoire, et la science naissante d’un Pythagore
meilde
étant
yeux
les
(«
De ce goût pour l’intuition immédiate
leurs témoins que les oreilles ») (5) viennent les images de sa cosdus : ils nous ramènent l’un et l’autre vers les cités ioniennes.
(1) Harmonie dans JAMBLIQUE, Vie de
Pyth
3
ARISTON, Métaphysique, M. 4, 1078 b, 21 er BEL
Pate
ymbo
age ja
x
a
bott d'Aristorne, contemporain d’Arisiote, dans JAMBLIQUE, Vie de
x Laërer, Vie des Philosophes, IX, 5.
1) Diocès
Placita, 11, 17, 45 Fhéophraste (Dies, Doxographi, 475, 15 sq.);
2) Agrıus,
Larger, IX, 9.
Diocène
(3) Fragment! 20 (d'après l'ordre de Hy water).
(a Fragments, 15.16-17
(5) Fragment
É. presser, €, 1
Page 9
Voir dans le PDF(s’ouvre dans une nouvelle fenêtre); il ne convient pas d’avoir recours à de vaines
de la physique
hypothèses, comme celle du froid et du chaud, du sec et de
l'humide comme causes de la maladie et de la santé ; de pareilles
suppositions sont bonnes quand on veut traiter des mouvements
célestes, dont on ne peut rien dire d’assuré ; la véritable médecine est autonome, et elle a découvert par l’observation, sans
le socours de ces hypothèses, une infinité de choses dont elle
est sûre. A cette méthode empirique s'opposent les médecins physiologistes dont Platon a si parfaitement défini le point de vue
dans un passage de Phèdre (270 c). Il n’est pas possible, pense
Platon, de comprendre la nature de l’äme sans celle de l'univers,
et, s’il faut en croire Hippocrate, l’on ne peut même pas,
sans cette méthode, parler du corps
; il faut examiner à propos
de chaque être s’il est simple ou composé, et, au cas où il est
composé, faire le dénombrement de ses parties, et examiner
à propos de chacune d'elles les actions et passions qui lui appartiennent.
LES PRÉSOCRATIQUES
67
des pythagoricicns, sans préciser davantage. Un trait doit en
être retenu, c’est leur émancipation à peu près complète de la cosmogonie ionienne ; dire en effet, comme ils le font, que les choses
sont faites de nombres, cela ne peut avoir le même sens que de
dire qu’elles sont faites de feu ou d’air, De quelque manière
qu'on imagine ces nombres, comme des rangées de points ou
comme des grandeurs (1), ils ne sont point comme le feu ou
Pair, des substances capables de se transformer en d’autres,
ils supposent un ordre fixe et permanent. D’oü le caractère
de leur cosmologie qui ne comporte point de cosmogonie à la
manière ionienne, mais, se contentant de décrire un ordre, un
cosmos, tend à devenir, au lieu d’une physique, une pure astronomie mathématique. Dans leur système du monde, le centre
est occupé par un feu autour duquel gravitent une première
planète appelée l’antiterro, puis la terre, qui passe au rang de
planète, puis le soleil, les cinq planètes et les étoiles fixes;
de ce système, rien n’indique qu'ils aient cherché Porigine
;
bien plus, la place qu'ils assignent à la terre exclut complètement
IX. — Les PYTBAGORICIENS DU V® SIÈCLE
Les pythagoriciens de la même époque se partagent aussi :
les acousmatiques forment un ordre purement religieux où
la pratique et la croyance restent le principal, tandis que les
mathématiciens (1) cherchent seulement le développement scientifique des mathématiques, de l’astronomie, de la musique, c’està-dire des sciences qui vont être considérées par Platon comme le
point de départ de la philosophie; ils forment le groupe très
mal connu dont le chef paraît avoir été Philolaüs, et qui comprend Cébès et Simmias, que Platon nous représente dans le
Phédon conversant avec Socrate, Archytas de Tarente, chef
politique de son pays, qui fut Pami de Platon et le roi philosophe selon son goût, Timée de Locres, par qui Platon fait
les idées des Ioniens qui, ayant l’esprit plus ou moins hanté
par l'assimilation des phénomènes célestes aux phénomènes
météorologiques, supposent invinciblement par là même la
terre immobile au-dessous de la voûte nuageuse. Quant à l’imagination de ces réalités astronomiques inaccessibles à Pobservation, l’antiterre et le feu central qui éclaire l’hémisphère
terrestre que nous n’habitons pas, l’une, le feu central, n’a
aucun caractère cosmogonique, mais est destinée à donner de la
lumière solaire une explication déjà rencontrée chez Empédocle,
l’autre, Pantiterre, à expliquer les éclipses par l’interposition
de ce corps opaque entre le feu central et la lune ou le soleil (2).
Ce pythagorisme nouveau paraît donc être, en un sens, une
véritable libération de la physique dynamique et qualitative
des Ioniens, qui donnait, avec les derniers anaxagoréens et
héraclitéens, des marques d’épuisement. Il dut y avoir, vers
exposer sa propre physique: de ce milieu intellectuel où 8’esquissent les dogmes du platonisme, il est bien impossible de
cette époque, une floraison d’hypothéses sur l’ordre et les moufaire une histoire précise. Nous n'avons pour tout document
certain, à part les fragments de Philolaüs dont l’authenticite
traces; une d’entre elles est peut-être celle du pythagoricien
est contestée (2), que les textes où Aristote expose les doctrines
Hicétas, qui explique le mouvement diurne par la rotation
vements des corps célestes, mais il ne nous en reste que des
1) JAMBLIQUE, Vie de Pythagore, 81, implique que la scission est postérieure à
(2) Burner, Aurore, p. 324.
(1) pr ARISTOTE, Métaphysique, M, 6, 1080 b, ae > 1083
b, 3.
(2) Anıszore.
Du cick ÎL 13Y A Da Placita, 11, 20, 12.
Page 10
Voir dans le PDF(s’ouvre dans une nouvelle fenêtre)de la terre sur son axe; nous le connaissons par un passage
donne à la terre la forme d’un tambourin ou d’un disque (1).
68
de Cicéron qui, bien des siècles plus tard, frappa l’attention
de Copernic (1).
X. — LEUCIPPE ET DEMOCRITE
Pourtant, à la même époque, l'esprit ionien reprenait une
vigueur singulière, mais dans une tout autre direction. Leucippe
de Milct, qui reçut à Élée l’enseignement de Zénon, fut Pinitiateur du mouvement que continua Démocrite d’Abdère, né
vers 460 et qui fonda son école à Abdère vers 420. Avec celuici, qui est d’une dizaine d’années plus jeune que Socrate et
qui mourut âgé, sc développe une physique encyclopédique,
qui a le goût des très vastes collections d’observations zoologiques et botaniques. « Personne, disait-il de lui-même, n’a
voyagé plus que moi, vu plus de pays et de climats, entendu plus
de discours d'hommes instruits. » L’on a conservé les titres d'une
cinquantaine de traités sur les sujets les plus divers : morale,
cosmologie, psychologie, médecine, botanique, zoologie, mathématiques, musique, technologie, rien ne lui échappe; de son
œuvre vaste comme celle d’Aristote et qui, par son ambition
d’universalité, porte bien le cachet de l’époque des sophistes
à laquelle elle appartient, il ne reste que quelques fragments (2).
Dans son dessin général, la cosmogonie de Leucippe, qu’on
ne peut distinguer de celle que Démocrite exposait dans ses deux
Diacosmoi ou Systèmes du Monde, est fidèle au schème milésien:
une masse infinie où sera puisée la matière de mondes innombrables qui se produisent successivement ou simultanément;
pour qu’un monde se forme, il suffit qu’un fragment se détache
de cette masse et qu'il soit animé d’un mouvement tourbillonnaire ; la distinction et la disposition des partics du monde
sont, comme chez Anaxagore, les effets nécessaires du mouvement tourbillonnaire (3). Certains détails du monde de
Démocrite ont même, pour la fin du v® siècle, un caractère franchement archaïque : tout comme Anaximandre, il
Mais dans ce moule archaique, il introduit une nouveauté
considérable, c’est la doctrine des atomes ; la physique démocritéenne est la première physique corpusculaire bien nette : la
masse infinie où se trouvent mélangées les semences de tous les
mondes est faite d’une infinité de petits corpuscules, invisibles à
cause de leur petitesse, indivisibles (atomes), complètement
pleins, éternels, gardant chacun la même forme, mais présentant
une infinité de formes différentes, à qui il donne le nom d'idées,
celui même que Platon donnera plus tard à des essences également éternelles; entre les atomes, nulle autre différence que
leur grandeur et leur forme, ou bien, s'ils ont même grandeur et
même forme, que leur position ; entre plusicurs combinaisons des
mêmes atomes, nulle difference que l’ordre relatif des atomes (2).
D’autre part, l’origine d’un monde, à savoir le détachement
d’une portion de la masse infinie, suppose un vide dans lequel
tombe cette portion ; sans vide, pas de mouvement ; et par vide
il faut entendre l’espace entièrement privé de solidité, ce qui
n’est pas, par opposition à ce qui est; affirmer le vide, c’est
donc affirmer la nécessité d'existence de ce qui n’est pas, c'est
contredire le grand principe de Parménide (3). L’amas d’atomes
est, nous l’avons dit, animé d’un mouvement tourbillonnaire
dont l’origine est d’ailleurs obscure ; Peffet de ce mouvement est
de produire de multiples chocs entre les atomes de tout poids.
Comme il arrive dans un tourbillon de vent ou d’eau, les atomes
les plus légers sont repoussés vers le vide extérieur, tandis que
les atomes compacts se réunissent au centre, où ils font
un premier groupement sphérique ; dans cette sphère se distingueront
peu à peu une enveloppe sphérique, qui devient de plus en plus
mince, et un noyau central qui s’agröge en partie les atomes
enlevés à la membrane; dans la membrane se forment les
corps célestes, aux dépens des atomes extéricurs qui touchent
le tourbillon et s'y agrégent (4).
Ainsi, pour la première fois dans une cosmologie grecque, nul
appel n'est fait à des puissances qualitatives telles que le froid
et le chaud ; nul appel non plus à des causes motrices extérieures
1) Théophraste dans CICÉRON, Premiers Académiques, § 39 ; ajouter les considé-
(1)
Agrıus, Placita, III, 10, 4-5.
(2) Drocène, Vie des Philosophes, TX, 47.
(2)
(3)
(4)
AntstoTR, Mélaphysique A, 4, 985 Db, 15.
Tuzgopainraste (Dis. Dorographi, 484), 1-3,
Diocène Lairce, IX, 31.
sur l'harmonie des sphères, c'est-à-dire des sons produits par les étoiles
reti,
dans leur course; ARISTOTR, ibid., II, 9.
(3) Diockng, IX, 31-33.