Afficher le texte intégral19 pages
Page 1
Voir dans le PDF(s’ouvre dans une nouvelle fenêtre)lag
PROBLÈMES DU «RÉCIT DE LA CRÉATION »
CHEZ PHILON D'ALEXANDRIE*
L'on n’a jamais, semble-t-il, essayé de confronter les (Textes!
où Philon d'Alexandrie traite du Récil de la Créalion*?. Si bien que
l’on se fait une idée souvent imprécise ou inadéquate de la manière
dont Philon concevait l’économie de la semaine primordiale, et,
en particulier, la nature ou les rapports de l'hexaméron et de
l’hebdomade, ainsi que la « chronologie » de la genèse de l'homme
relativement à l'un et à l’autre.
C'est cet ensemble de textes dont l’apparence est déroutante et
qui illustrent bien les difficultés auxquelles se heurte l'exégèse de
Philon, que nous allons examiner ici.
*
l'esprit humain parce que les productions divines sont «invisibles,
FR
* Ce travail a fait l'objet d'une communication à Ja S
es Fltudes Juives. le
27 avril 1964.
1. Essentiellement, il va sans dire, dans l'ensemble que forment le De Opificio
Mundi et le Legum Allegoriae, les Quaestiones in Genesim, 1, 1-38, mais évalement en
d'autres textes.
2. Dans le paragraphe initial du De Praemiis Philon le
init de la manière
suivante : Ce récit commence avec la genèse du eiel el se termine avee la erfation de
l'homme. C'est lu formule même dont Platon (Timée, 27a et 90e) caractérise la narration
de Timée. Chez Platon comme chez Philon la création de l’homme est ineluse dans le
Récit de la Création. Pour Philon. le Récit de la Création englobe, ainsi qu'il apparaît
de la teneur du De Opificio Mundi, l’histoire d'Adam et d'Êve jusqu'à leur expulsion
du jardin d'Éden, En d’autres termes, Philon désigne de l'appellation de ARéeil de la
Créalion (ÿ xoouorottæ) les trois premiers chapitres de Ia Genèse : jusqu'à Genèse, F1, 24.
Toutefois, d'autres textes tels que De oslerilale Caini, 64-65, De Fnya el Irirenlione,
178; Quaestiones in Genesim, 1, 1, enseignent que Philon adrmeltait nne sululivision
de ces Lrois chapitres initiaux de l'Écriture. Les versets de Genèse, F, 1-11, 1 on 11, 4)
constituaient à ses veux le Récit de la Création an sens striel, et, pratiquement, la
partie cosimologique proprement dite. Les deux chapitres suivants étaient pour fui Ia
Récapilulation du Récit de la Création, de nature surtout anthropologique où phvsiologique. Pour Philun comme pour Platon la génèse du petit univers était inséparable
de celle du grand.
Page 2
Voir dans le PDF(s’ouvre dans une nouvelle fenêtre)imprévisibles et incompréhensibles à la race des mortels »1, Si
difficile qu’il soit au lecteur de Philon d'en conserver constamment
la mémoire, il est tout à fait nécessaire de ne jamais perdre de vue
ce principe que le monde n’a pas été créé dans le temps?. D'abord
parce que la toute-puissance de Dieu n'a pas besoin d'espace de
temps pour créer et qu'aucun intervalle temporel nc sépare ce que
Dieu pense ou dit, de ce qu'il faits. D'autre part, le temps est
la mesure des mouvements des corps rélestes ou du monde. Il est
donc postérieur à l'existence du monde — c'est dire askez que le
Récit de la Création selon Moïse n'est pas, comme il pourrait à
première vue le sembler, un mythe ou une succession de mythes au
sens grec du terme, Ce que raconte Moïse est l'expression même de
la véritét, À condition que l’on entende le texte comme il doit
être compris, c'est-à-dire comme constituant le véhicule d'un
enseignement de caractère allégoriques. Moïse ne veut pas, dans ce
préambule de la législation qu'est le Récit de la Création, condenser
un exposé sur la constitution physique de l'Univers. Ce qui lui
importe, ce n'est pas le comment de la Création qu'aucune intelligence mortelle n’est capable de comprendre, mais {e fail de la
création lui-même et la dépendance qui lie l'univers 4 un projet
divin initialf. La météorologie des « gens du ciel» ou Chaldéens
n'est que häblerie? et tracas inutile : au contraire, la physique
cosmologique de Moïse qui débouche sur les cinq dogmes. énumérés
1. Legum Allegoriae, 1, 20 (trad. C. Mondésert).
2. Cf. De Opificio Mundi, 26; Legum Allegorite, 1, 2-4; De Deculogu, 101: De
Aelernilate Mundi, 4; 52-54. Comparer Timée, 8%e-3%e; Aristote, Phyxique. IV, 11.
©, 1-2204, 26; Diogène Laëree, VII, 141. Un énoncé comme celui qui se lit en De
Decalage, 38, ne représente qu'une concession de caractère homilétique à la « Jancue des
hommes ».
3. Cf. De sacrificiis Abelis el Cuini, 65 : De somniis, 1, 182 : De vita Masis, 1. 283:
De Deralage, 47.
’
4. Cf. De Opificio, 157.
5. Les détails du Récit de la Création sont des allusions métaphoriques à la vérité
des choses: cf, Quaesiiones in Genesim, I, 1. Ici encore la leçon venait du Timée de
Platon tel que l'a interprété toute l'antiquité à l'exception de Cicéron, Plutarque et
Alticus, Cf. A. J. Festugière : La Révélation d'Hermes Trismégiste, t, J1, Le Dieu
Cosmique, p. 104, note 3.
6. Cf. Festugière, ibid, Pour Platon « yéyove ne signifie pas que le monde a eu un
commencement dans le temps. mais que le monde est un yevr-év et non pas un
adroyévnzov, c'est-à-dire qu'il dépend éternellement d'une cause qui est principe de
son être ». Selon Quaesliones in Genesim, 1, 1, fragment grec, dans R. Mareus, Philr
Supplement, 11, p. 181, Moïse désire confondre ceux qui recherchent depuis combien
d'années le monde a été créé. En réalité le monde est éternel. Sa créalion est intempurelle comme dit Philon ou, pour employer la formule scolastique du Moyen Age,
il est créé de toute éternité. Telle est peut-être la pensée foncière de Philon. comme on
serait tenté de l’inférer de la doctrine d’un traité tel que le De Arlernilale Mundi:
cf. pur exemple 19, 20. Toutefois voyez $ 14.
7. Cf. Somniis, 1, 53-59.
LE RÉCIT DE LA CRÉATION CHEZ PHILON
973
à la fin du De Opificio', à savoir l'existence d'un Dieu unique,
créateur d'un univers unique qui est régi par sa providence —
conduit au bonheur parfait. Nier l'œuvre de Ja créalion revient
à remplacer la doctrine des idées, c’est-à-dire d'un plan divin
situé à la racine des choses par celle d’un entassement d atomes
aveugle et mécanique, même s’il est éternel. Lc Monde où nous
vivons n’est, dès lors, plus qu’unc maison sans maître, et l'épicuréisme moral la seule conduite logiquement justifiable. Les
constructeurs de la tour de Babel sont, aux yeux de Philon, ces
dangereux sophistes qui nient le dogme de la Création du Mondeet,
avant d'être confondus, élèvent contre Je eiel les monstrueuses
machines d'assaut de leurs spécieuses doctrines. Les diatribes que
Philon leur adresse? projettent un jour {rès vif sur Fintention réelle
..
d'un traité comme le De Opificio Mundi.
l'édifice
tout
de
voûte
de
clef
la
donc
Le Récit de la Création est
philonien et sa place est logiquement la première dans Fordre de
succession des traités qui constituent le commentaire sur le
.
|
Pentateuque.
Récit
du
seripluraire
texte
du
l'égard
à
Philon
L'attitude de
de la Création est complexe et caractéristique. D'une part, il
n'espère pas se montrer mieux informé sur le problème des origines
que ne l'était Moïse : il n'introduira rien de son propre fonds
lorsqu'il exposera pour commenter son modèle le peu de vrai qu'une
âme éprise de sagesse est capable de saisir. D'autre part, à défaut
de pouvoir proposer une démonstration du dogme de la Création.
Philon se fait le défenseur du texte de l'Écriture, qui la relate, et
dont il reconnaît que l'apparence est insoutenalle pour une
réflexion éclairée. Mais s'il parvient à démontrer la congruence
de ce récit au vrai et à la raison, une fois qu'on l'enx isaue selon les
perspectives correctes, Philon évilera que le rejet du Récit de la
Création, en tant que narralion mythique, n'entraine avec lui celui
du dogme même de la Création. D'ailleurs, l'ordre de J'Univers
correspond trail pour trait à celui du microcosme, si bien que dans
en
le Legum Allegoriae Philon n'aura aucune peine à retracer
utilisant le Récit de la Création la genèse du petit univers qu'est
l'homme : la cosmologie et la physiologie parlent naturellement
une langue commune. Elles ont aussi le même objectif, Terah*
l'emportait sur les Chaldéens parce qu'à la météorologie il avait
substitué la physiologie. Il lui avait manqué seulement de donner
à sa science un horizon suffisant. La gloire en appartiendra à
Abraham qui cessera d'être un « homme du ciel» pour devenir un.
1. De Opificio, 170-171.
:
:
2. Le Posteritale Caini, 53: Le confusiune linguarum, 112-119: De Somniis, 11,
283-297. Selon le Zohar, I, 17b, la rebellion de Coré consisla à nier le dogme de la
Le dot
:
|
création et à s'élever contre la Tora.
3. De Opificio, ñ : ofen@ev nèv o98év...: 25 : rè Gt déyux ruüre Mavoéws
où» Éu6v.….
4. Lie Somniis, 1, 58.
ÉGriv,
Page 3
Voir dans le PDF(s’ouvre dans une nouvelle fenêtre)«homme de Dieu» ou un «affranchi des idées! lorsqu'il joindra
275
firmament! ; le troisième jour, la terre et la mer, les arbres et. les
plantes? ; le quatrième jour, le soleil et la lune ainsi que les étoiles® :
le cinquième jour, les poissons et les volatilest: enfin le sixième
la science de la cosmologie et celle de la physiologie. C'est la
physiologie qui lui enseignera que l'Univers est soumis à un principe
jour, les animaux terrestres’, l'esprit de l'homme ou l'homme idéal?
dont il est question dans le premier récit de la création de
directeur comme le composé humain, et qui l'invitera à passer de
l'étude de l’intellect humaïn à la recherche de cette grande âme
également invisible qui enveloppe et porte le monde. La science de
l’homme® et l’homme corporel ou individuel dont il est question
dans le deuxième récit de la création de l’homme®. Cette inter-
Terah n'est qu'un étape sur la voie de la recherche du Bien, mais
c'est une étape indispensable. Pratiquée d’une manière correcte,
prétation que Philon fait du Récit de la Création, ajoute Wolfson,
ne diffèrel‘que par des délails mineurs de celle que proposent les
autres traités. »
la phvsiologie contient les éléments d'une morale et d'une
mystique. C'est l’ensemble de cette cosmologie et de cette physiologie tirées de l’Écriture Sainte, que Philon désigne souvent du
nom de « physique » ou de l'expression de «science de la nature »
et que, dit-il, les Juifs étudient tous les sahbats dans leurs « écoles
de sagesse», entendez leurs synagogues?. Il s’agit donc d'une
Elle ne s’écarte du récit biblique que parec qu'elle fait du Jour Un
la première étape intelligible de la Création et qu'elle situe au
sixième jour — ce que l’Écriture ne spécifie pas —, Jes deux récits
de la création de l'homme. Wolfson la rattache sur ce pointà une
légende que mentionne le Talmud de Babvlonettet qu'ont reprise
les Pères de l’Église, selon laquelle la création de l'homme aurait
activité assez éloignée de ce que l’on entendrait aujourd'hui par
science. Il faut penser plutôt à une élucidation midrafique. qui
été achevée à la septième heure el son expulsion du jardin d'Eden
serait survenue à la douzième heure du sixième jour.
n'ignore jamais son caractère de «conjecture raisonnable » (la
vérité étant réservée à Dieu seul)5 et pour cette raison ne répugne
pas à présenter côte à côte des explications multiples, voire
L'analyse de Wolfson s'accorde, à n'en pas douter, avec un
certain nombre de textes de Philon. Elle postule aussi que la teneur
également vraies, en quelque sorte, puisque l’Écrilure semble les
de Genèse, 1, 1-IT, 4. et Genèse, IT, 4-11, 24, est, sous le rapport
des événements et de leur «succession », rigoureusement identique?2,
Et, de fait, le fragment grec correspondant à la première des
Questions sur la Genèse?8 incite à penser que Philon vovait dans
contradictoires d'un même passage scripturaire. Toutes sont
autoriser également et que, surtout, elles sont, chacune à sa
manière, le véhicule d'un enseignement philosophique qui Îles
justifie. Or le complexe des textes qui constituent le Récit biblique
de la Création a cette particularité remarquable qu'il ne se laisse
réduire entièrement aux perspectives d'aucun syslème de la
philosophie grecque, tout en comportant de nombreux détails qui
l'Epilogue du Récit de la Création une ffécapilulalion de l'œuvre
des six Jours. Selon d’autres textes, le septième jour n'est autre
chose que la désignation symbolique de la conscience que le
Créateur a de son œuvre à ja fin du sixième jour!# Cette prise de
semblent inviter à opérer divers rapprochements avec la pensée
hellénique. Une telle situation rend compte de la multiplicité
d'interprétations apparemment inconciliables et même de svstèmes
or
d'exégèse divergents que semble admettre ou suivre Philon luimême non seulement lorsqu'il passe d’un traité à un autre, mais,
parfois, à l'intérieur d’un même écrit. Elle favorise aussi de la
Création selon le De Opificio Mundi : « … le premier jour, Dieu créa
le monde intelligible des idées... Le second jour, le ciel corporel ou
OO
.
.
10.
11.
©
H. À. Wolfson proposet l'analyse suivante du Récit de la
Ag TE RA R
hé
+
n
+
+
1
E
0! B
part des historiens de Philon certaines assimilations abusives
fondées sur des analogies formelles dont on majore la portée.
. De Opificio, 36-37.
. Ibid., 38-44.
. Jbid., 45-61.
Ibid., 62-63.
. Ibid., 64-66.
. Ibid., 69-71.
. Jbid., 134.
Genèse, I, 27.
Genèse, 11, 7 et De Opificio, 134 ss.
C'est nous qui soulignons.
Sanhédrin, 28b. Cf. Wolfson, op. laud., 1, 82 et aussi L. Ginzherg, The Legends
of the Jeuws, LT. p. 82: V, p. 106, note 97.
12. Malgré la différence d'éclairage entre les deux parties, que nous signalans ci-deseus
1. De Gigantibus, 60-65; De Somniis, 1, 57, 60: Lie Abraham, 68-77.
2. De Somniis, 1, 126-197 ; De Decalogo, 100 : De Vita Masis, 11,216 : De Specialibus
Legihus, 11, 62-65: De Praemiis, 66: De Vila Contemplaliva, 30-82: Quod omnis
prôobus Liber sil, SI-R :; Hypotkhelica, 7, 10-15 ; De Legalione, 156.
3. De Decaloge, IS, Comparez Timée, 29c-d; 724; II Corinthiens, NTI, 9-3.
4. Philo, Finndutions of Religious Philosophy in Judaism, Chrislianily, and Islam,
vol. I, p. 310,
dans la note 2 de la page 271.
13. Cf. ci-dessus p. 271, note ? et R. Marcus, Philo Supplement, 11, p. 181: Tv
#00u0701au TAN YLSOUEVOS.
14. Cf. Genèse, 1, 81 ; De Migralione Abrahami, 42. L'hebdomade est l'idée numérique
de la raison et de la sagesse. Le « septième jour » prouve que l'œuvre de l’hexamtron
a été non le fruit dun hasard, mais le résultat d'une activité créatrice consciente et
intellivente.
Page 4
Voir dans le PDF(s’ouvre dans une nouvelle fenêtre)conscience divine est d’après De Decalogo, 100 Ie modèle archétype
de l’examen philosophique que les Juifs ont l'obligation de pratiquer
chaque hebdomade. D'énoncés tels que De Opificio Mundi, 89,
LE RÉCIT DE LA CRÉATION CHEZ PHILON
277
Genèse, 11, 7 : « Dieu forma l'homme de la poussière de la Lerre »t:
le texte de Genèse, 1, 27, à la deuxième parlie de Genèse, [1,7 :
« Il souffla dans ses narines un souflle de vie. »
De Vila Mosis, 1, 207; II, 210. Quaesliones in Genesim III, 49,
ressort également, semble-t-il, l'idée que le monde fut entièrement,
achevé à la fin du sixième jour. Le septième jour est, dans ces
sources, désigné, en effet, comme « la fête anniversaire de la création
du monde »t,
Enfin un autre texte? dont la doctrine semble, chez Philon, au
premier abord assez insolite, peut également impliquer le schéma
que propose Wolfson.
Commentant Genèse, I, 26 et 27, Philon explique que dans
le verset 26 où le verbe «faire» est emplové au pluriel et le
substantif « homme » est dépourvu de déterminatif, il s'agit de
la création de l’homme corporel dont la raison est à l’image du
Xéyos de Dieu, mais dont le tissu mortel a été l’œuvre directe non
pas de Dieu, mais d’auxiliaires du Créateur. Au contraire dans le
verset 274 où le verbe « faire » est employé au singulier et où le
substantif « homme » est pourvu de l'article, il s'agit d'une création
dont la divinité fut l’auteur direct et exclusif : celle de l’homme
véritable où par excellenceÿ, l’homme intéricur,$ le vos, cette
image divine en l’homme, cette réplique, affaiblie à l'échelle
humaine, du pneuma divin, mais qui peut devenir le temple où
sacrifiera comme grand-prêtre le Logos de Dieu’. De la sorte,
la création de l’homme « corporel » et celle de « l’homme intérieur »
se situeraient également dans l’hexaméron®, Le texte de Genèse.
1, 26, correspondrait dans la J'écapilulation à la première partie de
S'il paraît donc élabli que le schéma décrit par Wolfson se
rencontre réellement chez Philon, l'optimisme de cet historien nous
paraît en revanche excessif, lorsqu'il affirme que ce schéma se
rencontre à peu de choses près dans l'ensemble des traités.
Wolfson renvoie lui-même? à deux textes® qui semblent imfirmer
brutalement son assertion. Commentant le second récit de la
création des volatiles et des animaux terrestres qui se Hi en Genèse,
I, 19, Philon explique qu'auparavant, durant lhexarméron, Dieu
avait créé les idées incorporelles des animaux qui «maintenant »
sont actuellement produits à la ressemblance de leurs modèles
invisibles. Wolfson considère que les deux élapes de la création
des espèces vivantes se situent au sixième jour, la première avant
simplement eu lieu «plus tôt durant le sixième jour» Cette
interprétation fait violence au texte de Philon. En outre, des
passages tels que Legum Allegoriae, 1, 16, 435, indiquent que
l'homme a été introduit dans le Jardin d'Eden le septième jour.
Surtout, deux texles qui, confrontés, semblent contradictoires,
s'accordent à situer partiellement la création de lhomiue au
ee
|
|
septième jour.
Selon Quaesliones in Genesim, 11, 56, «l'Homme à l'hnage »
a été créé« au début de la création, au sixième jour»... La création
de cet être incorporel a eu lieu, selon Écriture, en conformité
avec le nombre parfait de l'hexade. Quant à l'homme corporel,
1. Cette fête anniversaire s'entend d’une manière haggadique comme l'achèvement
des travaux cosmiques et sa célébration joyeuse par les éléments de l'Univers éclatant
en actions de grâces à l'adresse du Créateur. Tel est le point de vue, par exemple, de
Vila Afosis, 11, 210, où se prolonge l'écho de J0b, XXXVIFHI, 7. Selon une autre
interprétation qui semble attestée aussi dans le Pseuda-Aristobule (Eusèbe, Praeparalio
Evangelica, XIII, 12, 667; Clément d'Alexandrie, Stromales, VI, 16, 138), le septième
jour est la désignation de la manifestation du monde, dans son achèvement et sa
perfection, à la lumière de la sagesse divine. L’hebdomade dit Philon (De Specialibus
Legibus, 11, 56, 59) est la lumière de l'herade.
2. De Fuga et Inventione, 68-72.
il fut. faconné après l'achèvement du monde el après les jours de
la genèse de toutes les créatures, au septième jour, car ce fut alors
que, en tout dernier lieu, il fut modelé en statue de terre. Voilà
pourquoi, après les jours de genèse, au septième jour du monde
l'Écriture dit «car Dieu n'avait pas fait pleuvoir sur la Lerre »,
puis ajoute « Dieu façonna l’homme de la poussière de la terre et
il souffla sur sa face un souffle de vie et l’homme devint une âme
vivante ».
Au contraire dans Quaesliones in Exodum, 11, 16, méditant sur
3. « Puis Dieu dit : Faisons l’homme (rotrnoœuev äv0gworov) à notre imaue, selon
notre ressemblance... »
4. « Dieu créa l’homme à son image » {ëroiroev 6 Oeûs rèv évÜpgwrov).
5. #ar’ éÉoynv.
6. Comparez Platon, République, IX, 58Qa ss.
5
7. De Opificio Mundi, 69; De Fuga et Inventione, 116-119; comparez Platon,
Timée, 90a.
8. Mais il est, bien entendu, légitime de considérer que, dans ce passage du De Fuga
el Inrentione, Philon tire argument d'une particularité philologique du texte sacré
pour établir sa théorie d'une double genèse de l'homme, sans, pour autant, se référer
d'une manière précise au schéma + temporel » du Ftécit de la Création.
1, Mais il reste évidemment possible de comprendre que, selon la perspective de
Philon, Genèse 1, 26 énonce globalement Le projel divin concernant la création de
l'esprit terrestre en possession de son âme mortelle {cf. De Opificio Mundi, 73-76).
tandis que Genèse ], 27 spécifie que Dieu fut le créateur exclusif du ve — sans que
soit précisé l’ordre de ces deux opérations,
2, Cf. Phile, 1, p. 310 et p. 206 et note 13.
3. Lequm Allegériae, 11, 11-13; Quaestionrs in Genesim, 1, 1.
4 Op rit, 1 p. 206, note 13 : «earlier on the sixth day.»
Page 5
Voir dans le PDF(s’ouvre dans une nouvelle fenêtre)un verset d'Exode, XXIV, 16 b, qui montre la Gloire de Dicu
reposant sur le Sinaï durant six jours, cependant que le septième
«le Seigneur appela Moïse du milieu de la nuée », Philon met en
rapport cette hebdomade avec la première hebdomade cosmique et
le double récit de la création de l'homme.
Le monde et Israël ont été respectivement créé ou élu en
six jours afin que tous deux portent témoignage de leur Auteur et
soient régis par une commune loi. La vocation de Moïse au septième
jour concerne une seconde naissance toute spirituelle et supérieure
à la première. En cfïet, le prophète que son esprit tout à fait
purifié a rendu identique à «l'Homme à l'Image »1 est passé de
l’état propre à «l’homme modelé », issu de parents mortels, à
celui de « l’homme céleste » avant pour origine non la terre, mais
l’éther, et dépourvu de corps. Voilà pourquoi à l’homme né de la
terre a été assignée l’hexade qui lui est tout à fait appropriée,
tandis que l’autre qui était né différemment a obtenu en partage
la nature supérieure de l’hebdomade.
:
Du reste, il serait impossible de rendre compte en se référant
au seul schéma de Wolfson, même de tous les détails du De Opificio
Mundi. En effet De Opificio, 134 ct ss, où est racontée plus
spécialement la création de l’homme corporel (Genèse, Il, 7) est
séparé du premier récit de la Création de l'homme par un long
passage (De Opificio, 89-134) relatif au sabbat et à l'hebdomade.
Il est donc légitime de considérer que toute la fin du traité, à
partir du paragraphe 134, prend place au septième jour.
27:
LE RÉCIT DE LA CRÉATION CHEZ PHILON
27, verset selon lequel l'Homme à l'Image est créé « mâle et
femelle », «ce qui amène à penser que l'œuvre des six jours consiste
à créer non les sensibles particuliers eux-mêmes, mais les genres
des sensibles » : enfin le deuxième récit de la Création de l'homme
(De Opificio, 134 et ss.), on voit que le deuxième chapitre de la
Genèse raconte la création des réalités sensibles particulières et
qu'elle se situe au septième jour. «De là résulte, poursuit
M. Arnaldez, la hiérarchie ontologique suivante : Dieu, Pére et
Créateur; le Logos, intelligence et monde intelligihle qui contient
les idées (iSéx) archétypiques, étrangères à toute matière. dans
l'unité parfaite d'une lumière intelligible ; puis les genres (eièr)
spécification des idées en vue de l'information des êtres sensibles :
enfin le monde sensible proprement dit.»
:
M. Arnaldez fonde sa thèse sur les observations suivantes.
Si Platon pouvait employer indifféremment les termes fjéx ou
eldoc pour désigner les formes ou les idées séparées de tonte
matière, «à Ja suite de l’aristotélisme, nous citons ici directement
M. Arnaldez!, les platoniciens ont envisagé d'introduire une
distinction, en faisant de l’idea l'intelligible pur et séparé et de
l'eidos la forme qui n'existe que pour une matière et en elle», La
forme ou ressemblance de l’objet à l'idée est eune réalité intermédiaire entre le pur intelligible en Dieu et les choses dans le
v dévèle,
sensible ». Considérant De Opificio, 129-130, M. Arnaldez
à défaut d’une terminologie cohérente, la présence d'une tripartition
en idées-formes-sensibles. En effet, Philon parie bien dans ce
dont la première, l'hexaméron, est consacrée à la création d'idées
passage des «idées incorporelles » (iÿéx:) qui auraient été créées
durant. les six jours, mais il ajoute qu'elles sont les sceaux des
productions sensibles. Il s'agirait done, selon M. Arnallez, d'idées
avant rapport au sensible ou, si l'on préfère de formes au sens
technique particulier défini ci-dessus (er). Du reste, Philon
emploie aussitôt après pour désigner ces modèles incorporels
el mesures »,
les termes équivalents de eïdr, ai uérpe «formes
incorporelles et la seconde, l'hebdomade, à leur réalisation
sensible.
dont le second implique un ajustement aux choses, à la différence
de l'Idée qui-est en soi et ne souffre aucune limilation aux dimen-
Si l'on compare, dit en substance R. Arnaldez® d'une part
sions des choses». En parlant d’un passage du 1e Confusione
Linguarum, ajoute M. Arnaldez, on voit que le Logos engendré se
*
X
+
Selon le récent éditeur français du De Opificio, R. Arnaldez?,
la pensée de Philon dans le traité de la Création serait la suivante.
La semaine de la Création du Monde s'ordonne selon deux phases
Genèse, F1, 5, d'où le commentaire de Philon va tirer l'idée de la
création du Logos ou monde intelligible; d'autre part Genèse, I,
retourne vers le Père et que l'imitant dans ses voies, il crée le
monde des formes. Or le terme emplové dans ce texte est etèr,
C'est également une allusion à la «création des formes» que
1. Cf. De Somniis, 1, 36 où il est dit que Moïse lorsqu'il recul la loi sur le Sinaï
était devenu incorporel et qu'il fut durant quarante jours et quarante nuits nourri de la
seule musique des sphères.
2. Philon d'Alexandrie, 1. De Opificio Mundi, Paris, 1961. Cf. aussi G. H. Whitaker,
Loeb Philo, t.1,p.4:«Gen. T records a creation of incorporealideus » : E. R. Goodenough,
An Introduction io Philo Judaeus?, Oxford. 196?, p. 36, el P. Bovancé, « Études Philo-
M. Arnaldez trouve dans le passage du De Opificio, 24, où le monde
intelligible est défini comme n'élant rien d'autre que «le Logos de
Dieu déjà en acte de créer». C'est-à-dire, précise M. Arnaldez,
en train d'appliquer les idées pour donner aux sensibles leurs
formes?
niennes », REG, LXXVTI (nos 359-360), p. 96 : r On sait que dans le De Opificio Mundi
ee que lhilon prélend exposer, ce n'est pas la genèse du monde sensible, mais celle
du monde intelligible, v
3. Op. laud., p. 136 et 8.
1. Op. laud., p. 137 en note.
2. Op. laud., p. 156 et note.
Page 6
Voir dans le PDF(s’ouvre dans une nouvelle fenêtre)L'interprétation de M. Arnaldez qui a le mérite de l'ingéniosité
LE RÉCIT DE LA CRÉATION CHEZ PHILON
281
dans son traité sur la Création dunt il souligne, nous l'avons noté,
le caractère traditionnel et la fidélité à Moïse, une théorie philoet qui paraîl tout à fait dans la ligne des exégèses rabbini ues
médiévales du Récit de la Créalion! semble, chez Philon même
cor Opifete
corroborée
par joue.
divers textes en P plus de ceux
ceux qu'allègue
qu’all
éditeur
l'éditeur
sophique qui selon les termes de M. Arnaldez était en l'air sans
être définitivement fixée et qui, surtout, si l'on pense à la visée
Ainsi dans Legum Allegoriae, I, 1, Philon écrit en commentaire
au verset de Genèse, IT, 1 : « Et le ciel et la terre furent achevés ct
propos ?
En outre, cette doctrine introduirait dans le traité de Philon
ment. Mais ce n’est pas l'intelligence individuelle ni la sensation
est constamment dans le De Opificio du type binaire : idées et
sensible corporels. Elle n’est jamais tripartie selon un contraste
tout leur monde » : « Comme il vient de parler? de la naissance de
l'intelligence et de la sensation, il en expose maintenant l'achèveparticulière dont il dit qu’elles sont parvenues à leur terme, mais
les idées, celle de l'intelligence et celle de la sensation. » |
| Selon Legum Allegoriae, 1, 26-27, au moment où sont créées ces
idées de l’intelligence et de la sensation, les sensibles particuliers
et corporels n'existent pas et l'idée de l'intelligence n’élabore pas
l’idée de la sensation.
”
De Quaesliones in Genesim, I, 2, 19, il ressort que les plantes et
les animaux créés du troisième au sixième jour étaient eux aussi
des réalités incorporelles® dont les répliques sensibles sont faconnées
le septième jour.
°
L
Enfin, l'allégorie du Saint des Saints et de l'autel des sacrifices
qui se lit dans De Ebrielate, 133 ss. semble à première vue confirmer
que Philon concevait parfois une réalité intermédiaire entre l'idée
propre du De Opificio Mundi aurait constitué une surcharge hors de
diverses anomalics.
D'abord, l'opposition entre monde incorporel et monde sensible
entre idées et formes, formes et corps. À lire le texte de Philon en
son sens obvie, il semble aussi que le monde sensible apparaisse dès
le second jour de l’hexaméron. « Ainsi done, écrit Philon?, le monde
incorporel fondé sur le Logos divin était désormais arrivé à son
terme. Quant au monde sensible, il fut créé en perfection selon ce
modèle. Et comme première de ses parties qui est aussi la meilleure
de toutes, le démiurge fit le ciel, qu'il dénomma en toute vérilé
firmament, puisqu'il est corporel, car le corps est solide par nature,
parce qu'il a trois dimensions... »
Mais M. Arnaldez pense? tout en reconnaissant « que la distinetion
n'est pas nette au début » — qu'il s'agit ici non des sensibles, mais
des germes du sensible qui seraient des corps génériques précédant
de l'Univers, de la vertu aussi il fabriqua le sceau archétype dont
les corps sensibles. Pour dire le vrai, la « distinction » n'apparait
jamais dans tout le traité et l'on est toujours contraint de l'y
instaurer pour ainsi dire d'autorité. Un tel excès de discrétion de
par nature perceptible à la perception sensible, sans, à la vérité,
et dont le caractère mosaïque ne saute pas aux eux. a quelque
chose qui étonne. Il serait quasiment unique dans toute l'œuvre
immatérielle et le sensible, de la manière postulée par M. Arnaldez
« Lorsque le Créateur, dit Philon, faisait et le modèle et. la copie
il marqua une très fidèle empreinte ; tandis que le sceau archétype
est une idée immatérielle, l’image empreinte est déjà un corps
arriver jusqu’à elle, comme on dirait qu'un morceau de bois au
plus profond
de l'Atlantique est apte à être brûlé, et cependant
ne sera jamais détruit par le feu, parce que la mer le recouvre. »
Toutefois, malgré ces indices en sa faveur et si séduisante qu'elle
puisse paraître d’une manière générale, l'interprétation que propose
M. Arnaldez ne va pas sans d'assez nombreuses difficultés.
Tout d'ahord est-il très vraisemblable que Philon ait introduit
1. Selon le Zohar, 1, 18a - 22a, ele. les « sept jours » de la Création correspondent
aux sept dernières sefiroth (de Hesed à Afalkât). Us appartiennent donc entièrement au
monde spirituel. Cf. aussi G. Vajda, Recherches sur la Philosophie el la Kabbale dans
la pensée juive du Moyen Age, Paris-La Haye, 1962, p, 55, 101, 304: N. $éd, + Une
cosmologie juive du Haut Moyen Age», Revue des Éludes Juives, Quatrième série
tome TITI (CN ATIT). fascicules 3 et 4, juillet-décembre 1964, p. 283
)
ee
2. Traduction C. Mondésert.
|
|
3. On notera toutefois que dans Quaestiones in Genesim, I. 19, cette doctrine est
présentée comme une hypothèse.
4. Traduction de J. Gorez légèrement imnodifiée.
L
la part de Philon à propos d'une doctrine qui n'élait pas si banale
du philosophe alexandrin et à propos d'un enscignemient qui
semble dépourvu de toute nature ésotérique.
En outre, sur le plan littéraire. l'interprétation de M. Arnaldez
déséquilibre quelque peu la trame du De Opificio Mundi. Le titre
de ce traité annonce non seulement «la genèse du monde intelJigible », comme l’affirme P. Boyancé, mais l'histoire de la création
du monde au sens plein et actuel du terme. La dernière partie du
traité concerne, M. Arnaldez en demeure d'accord, l'homme corporel, sa chute et son expulsion du jardin d'Eden. L'on serait donc
en droit de se demander pourquoi la réalisation sensible du monde
intelligible n’est nulle part évoquée ne fût-ce que par un mot ou
une allusion et pourquoi Philon abandonne sa narration en
équilibre instable sur des formes (eïèn) qui, comme le souligne
M. Arnaldez®, «n'existent que pour une matière el en elle ». On
z encore, dans
1. De Opificio Mundi, 36 (traduction de R. Arnaldez). Compare
55.
le même traité, les paragraphes 42-43,
2. Op. laud., p. 162, note 2.
3. Op. laud., p. 137 en note.
Page 7
Voir dans le PDF(s’ouvre dans une nouvelle fenêtre)voit mal, en effet, au nom de quel raffinement d’abstraction Philon
aurait ainsi bloqué sa description dans l’espace à la vérité bien
étroit qui sépare la forme et la matière. D'ailleurs une activité
créatrice comme celle qui est décrite dans les paragraphes 38 et 39
du De Opificio Mundi: le rassemblement des caux et l'apparition
de la terre sèche au troisième jour — n'aurait en termes d'une
théorie des idées, à peu près aucun sens.
Enfin l'interprétation proposée par M. Arnaldez dégrade
considérablement, si même elle ne ruine pas complètement l'opposition fondamentale que Philon établit entre le Jour Un et les
Jours suivants.
Le Jour Un est différent des autres. Il appartient à l'éternité
immobile et une de la monade. Le nom qu'il porte n'implique
aucun rapport de succession avec les jours suivants ainsi que
ç'aurait été le cas si Moïse l'avait désigné comme premier jour!.
Le Jour Un n'est en effet qu'une autre appellation du Logos de
Dieu.
Or Philon, dans De Opificio Mundi, 34 s'attache à souligner que
les « mesures » du soir et du matin ont été légitimement incluses
dans le Jour Un. Ce sont des attributs? purement intelligibles et
ils n'impliquent aucunement une succession temporelle qui les
eût fait entrer dans la seconde série de jours... «Ces réalilést,
déclare Philon, j'entends le matin et le soir, il faut les mettre au
rang des incorporels et des intelligibles. Elles n’ont absolument rien
de sensible, mais tout y est idées, mesures, types el sceaux, réalités
incorporelles en vue de la genèse des choses corporelles. »
Un tel énoncé, entre autres choses, contredit d'une manière
apparemment péremptoire «la hiérarchie ontologique » établie
par M. Arnaldez et que nous citons plus haut, En effet. si l’on admet,
comme on nous le propose, que la Lerminologie de « mesure, types
el sceaux... en vuc de la genèse des choses corporelles » qualifie
non les idées (iSéu) mais les formes (297) qui n'existent que pour
une matière el en elle, force nous sera de reconnaître que les
283
LE RÉCIT DE LA CRÉATION CHEZ PHILON
sensible elle-même dans le monde intelligible. Toutes ces anomalies
incitent à procéder à un nouvel examen des arguments sur lesquels
M. Arnaldez avait établi sa thèse et à reconsidérer les textes qui lui
avaient semblé ou nous avaient à nous-même paru la confirmer.
Nous
constaterons
M. Arnaldez entre
d’abord
que
la
distinction
qu'opére
idéx d'une part et d'autre part elèn xoi
uérox semble beaucoup trop rigide. Elle ne paraît pas tenir compte
ein
de tous les emplois de ces vocables chez Philon.
Une étude systématique de l'emploi comparé des termes à éæ,
yévoz ct elÿoc chez Platon et chez Philon serait à coup sûr extrême
ment instructive. À défaut, un simple coup d'œil sur le Lexicon
Plalonicum de Fr. Ast ou sur le Lexique! de Platon du P. des
Places permettra de constater que ces trois termes peuvent être
rapprochés comme des synonymes, sans être jamais dans I rappor
le 54°,
aristotélicien de «genre» à « espèce ». Diogène Laërce,
=yps
Hs
#a
…
sidos
:
ideuv)
(riv
l'idée
appelle
note que Platon
Lai dpynv xat aïriov. En ce qui concerne Philon, les î res le
J. Leisegang montreront que Wolfson est justifié lorsqu il ati me
que Philon retire du monde la notion aristotélicienne de forme e
la rétablit dans sa situation d'idée platonicienne transcendante.
Les exemples, en effet, ne manquent pas où eiôoc et i0Ex son
employés sans différence de sens. L eidos peut être de ifié
d'archétypes et les iBéx sont parfois présentées comme Îles puis
sances incorporelles par lesquelles la divinité a contacl avec la
malières et gräce auxquelles sont informées toutes les espèces
|
|
sensibles.
: Comme chez Platon le terme yévos peut être employé par Philon
« mesures » du soir et du matin appartiennent à la seconde catégorie
et sont des etôn. Si bien que l’on se trouvera réduit à l'alternative
suivante : Ou bien considérer que les eïôr sont au même niveau
ontologique que les idém et qu'ils sont également situés non
dans la malière, mais dans le Jour Un, ou Logos de Dieu — en ce
cas on devra conclure qu’il n'y a aucune différence entre les unes
tome XIV,
1. Collection des Universités de France, Plalon, Œuvres Complèles,
2 vol., Paris, 1964.
9. Cité dans des Places, op. laud., p. 261.
ou bien si l’on maintient au terme eïôn la signification technique
rigoureuse que lui attribue M. Arnaldez, introduire la matière
e
L
t. 1, p. 270.
ilo,
à
4, Aa dure De Somniis, I, 232, où rù doyéronuv éxeivo els cst opposé
et les autres et ramener au Jour Un la deuxième série de Jours —,
,
+,
v
Ainsi dans De Specialibus Legibus, 1, 329 : ë5 éxeivrs ag TNT ÉrYévmoe
4
i
‘
S BXns Poreus
& Bec, oùx émarropevos abr6s — où yùe fiv Oépis drelpou Hal REQUEUÉVN
Évops si
Eropov
&v
Boviueoiv.
s
acwudrou
TRS
rdv eddatuove rai paxdpiov —, dAAX
pans
éar, xareyphonuro nds td yévos Évaorov Thv douéTroucav Aabeiv opri
1. De Opificio Mundi, 15.
2. Ces « mesures» correspondent très exactement aux middël de la littérature
philosophique rabhinique, dans des expressions telles que 15° n93%1 01 n7%
3. De Opificio Mundi, 84, trad, R. Arnaldez. Les ilaliques sont de nous,
avec sure
De Opificio Mundi, 129, 130 les termes idéx et el8os sont employés
acception. L'un comparéra aussi la phraséologie qu dernier de ces
on ‘ne Shecialtbus
elôn vai pérou, os eidonoueirar vai HeTpEtTat rù vivépeve.. et celle
rt Eure
fine A Senerete.
Legibus, 1, 327, sus ldéa: vou. TV RVAYHALOTATTV obaiav.…
.
o #
eldorotelt
Éraatov
fiv
xaf”
côoias,
roérnres
Éox
rivrov
ragkdery
Page 8
Voir dans le PDF(s’ouvre dans une nouvelle fenêtre)comt
déren ee a onyIne dé"104érelèoe. Mais
is il arrive chez Philon, à
surtout à vécus. À Le Tue c terme clôoc soit opposé à iÿéx et
est parfois chez Pas
nce encore de l'usage de Platon, etÿoc
Gppds à 2 2
ilon, Jorsqu il s’agit de réalités intelligibles
pp 1 ne come «l espêce » au «genre »?, Enfin
et. comme
de vône
do me e de le faire observer le premier, les termes
rapprochés selon le répport de l'idée à où
ponbre
d'exemples”,
Quod delerius, 78, cité ci-dessous, note 2 un Re de ae eos Lens
vofévra Türov sont opposés à +ù
Dans De Posleritate 105 l
doyéura
5 F4 ÉPPTS) TOV deux o-
2 70 MpHÉTUTOV, TO YÉvOS, Tv idéuv.
üble
comme une
re
e réplique
TANIAionAE
cet.
rad a a rue
d'uns
paradigme
archétype
K est n LEE nue Sr rapaÿeiyuuroc). Le
texte le Due
que Pelies est RENTREE su con Nominum, 785, où Philon note
DE nombren cHroitemen limité et périssable tandis que le
yévoc
Dana
Plauprév, tEro 5è Ve
5,panre
TOM Te aù; ae
ni Por
xt dBuorov.
feet fai
voi
Le va
contexte
apps Vert (Sara open TU il s’agit ici de l’exemplaire
concrel
Fear qerEs
1 opposé à la vertu elle-même (Sarah). La vertu
e est limitée à l'individu qui en est le porteur et elle
suiva
| 1. nte.
Ainsi «Bla
dans De
vie
e Opific
Opifici
bee
Mundi
io à
Cnat
,i le.
134, ‘« l'hom
{ mee àà l’Ima
l’Ima
ge » est
S qualifi ié de la facon
TS: « TOdosCUGvouUCv Toi
GER dvfipnee, tb eldcs, rd pépos, rdv dre ON
;
&v=x -d=
DEV-X
bre, Uh +ù deyETurny, où +tv
AG ssl dans Quod delerius potiori insidiari soleat,
a
?
"
iSéæv. »
|
:
que3.te
Ainsi
sn De Dpipe
i fie
cio Mundi
M
,i, 76, à propos du genre homine, Philon note que bien
dde female ne particuliers n'aient pas encore reçu
leur forme, Moïse parle de mâle
la première division loglquer eos qui sont contiguës
au genre, celles qui résultent de
do
L n
|
c
‘
e, Sont : inhérentesS au genre
sg
et aperçues du
physi
à
a y ent : « Crà poXÉSTaTu ré elôov vurdpyer +6 yéver
xamdorep
TL, 13,
à x nn
Allegorive,
Svauévois.» Comparez avec Legu
re qe ae
re
5
it
des> vertu
vertus particulière
1
s o ppostses à la vertu
générique.
1e.
Ainsi
Ainsi
ss PS PA
I, 64: ai dë êv elder Térrages (dperui) opposées à evo à
he
Fe Sacrifeite à elis el Caini, 84 : … rè yàp Ekov xa &v
yéver ñ égaré, re” St
FREE 2
en PpÉvRoU xal coppootvrv xal dvôceluv xai
Soeco su. . De
reent ne, 76 : ebkitovro… Tékeot uèv &l vewxa
t cerai
cbxioc S à
ste 5 D
utalione Nominum, 148... à Yeux dpert, dc dv cle en
À
coneyée.
æ ?a Téuverar Kat r& Ürd roic eldeouv
|
FO
EU
note+ 9. Philo, t. I, p. 206, note 13. - Cf Cf. aussii Legu
Les m Allegoriae,
1
édit. C. Mondésert, p. 110,
Te
Port
5. Cf,
alLepe p
Î e Quod delerius poliori insidiari
soleut, 78: De|
145-147)
;
;
M
tone ne Nomi
«\ominum, 77-80
S
(et comparez ibid., | 121-12
: 2,
6. | Il s'agit dans
à
ce passa
s ge de la vertu indiviiduell
duelle (eiôxf
(eihyy) opposée à la ver
alégucne drame. (note 3)
de l'exemple de Legum A nl 1. 64 ne ous
au
-
.;
e
) où
la verlu cé
o
généri que désign
ési e le
|
B ien
par ë
| spositi
ici de la vertu en soi opposée x indi Ge dre
detr
elle
s spécif
les quels
se manif
e vertu
esteiques,
plus ilous'agil
moins parfaitement
POS
ER PV Iqus dans
285
LE RÉCIT DE LA CREATION CHEZ PHILON
la même
disparaît avec lui. La vertu in absiruclo demeure toujours embra
sse
Elle
r.
deveni
du
itudes
et n’est pas diminuée par les viciss
s
duelle
indivi
vertus
les
toutes
ent
actuellement ou potentiellem
ici
e
prendr
de
ible
imposs
bien
paraît
Il
d'elle.
qui participent
d'«espèce »
le couple eiSoç-yévos dans l’acception aristotélicienne
uement
logiq
que
bien
cas,
ce
dans
et de « genre », puisque l'espèce,
genre »
«
le
que
»
ion
éhens
compr
«
faible
plus
plus « récente » et de
dus passent,
serait tout autant que lui impérissable. Les indivi
ément
l'espèce demeure. En fait, le véritable sens de yéves est précis
tion
collec
e
comin
gée
envisa
ce
ici celui «d'espèce» : de l'espè
rétainterp
Cette
s.
duelle
indivi
»
les
molécu
«
(roxv) d'innombrables
ienne. Ce
lion semble d’ailleurs conforme à la dialectique philonjuste
ment
c’est
vertu,
la
de
qui sépare l'individu de la perfection et
la
par
e
limité
ue
répliq
e
qu'un
sa condition d’elÿos. Il n’est
e et le
« nécessité », séparée du paradigme originel par la matièr
l'individu
corps qui forment comme un écran. L'aspiration de
-dire,
e, c'est-à
vertueux consiste à posséder le plus de vertu possibl
lio inideam.
transla
:
elle
à
ifier
s'ident
à
à la limite, à n'être que vertu,
“est donc d’une manière très conforme à la nature des chosest
devien
(ououxraza) comme dirait Philon, que Saraï (ma vertu)transfert
un
ire
contra
Au
.
par la grâce divine Sarah (la vertu)
cation.
d'espèce à genre, de « forme » à idée n'aurait guère de signifi
re
En résumé, il paraît bien impossible de préjuger d'une maniè
.
Philon
chez
ont
sidos
théorique du sens que les termes idéo, yévoz,
doit
et
autre
un
à
e
passag
d’un
Leur acception varie sensiblement
se trouvent
toujours être déterminée à la lumière du contexte où ils
après
employés. C'est à un tel examen que nous allons procéder ici, d'être
idées
les
pour
fait
avoir fait observer au préalable que le
les
qualifiées de sceaux ou mesures? des empreintes sensib nd
l’ente
où
sens
au
sir
des
soient
idém
ces
n'implique pas que
t à
M. Arnaldez. Nous avons vu plus haut que Philon plaçai
l’on
si
ou
Dieu
de
Logos
l'intérieur du Jour Un, c’est-à-dire du
que
préfère du Monde intelligible transcendant et séparé ainsi
, mesures,
l'indique l’appellalion qui lui est particulière, des «idées
genèse
lypes et sceaux », ces «réalités incorporelles en vuc de la mment
coura
e
qualifi
des choses corporelles ». D'ailleurs Philon
de oppéyus «sceau», le Logos divin lui-même. Or si le Logos
en
imprime bien aux objets leur ressemblance aux idées qu'il porte
luii, l'on ne saurait transférer le caractère limité de la ressem
blance
même si l'on admet que les
l'allégorie : Sarui, en effet,
de
figures de Saraï et de Sarah se situent ic i sur le plan
entre stôcc el yéves ne
rapport
le
uelle,
individ
vertu
la
de
symbole
aurait beau être le
1. La perspective que nous St iggérons, reste correcte
serait pas modifié.
9. Cf. IR. Arnaldez, 0p. cil., p. 136, note 1.
3. De Opificio Mundi, 34.
4. Cf. De Opificio Mundi, 20.
Page 9
Voir dans le PDF(s’ouvre dans une nouvelle fenêtre)à l'organe qui la confère. En fait le Logos divin est plus transcendant
que les idées : il est « l’idée des idées »?, leur lieu, en même temps
qu’il est Verbe de Dieu, c’est-à-dire l'ensemble de ces puissances
qui permettent à la Cause première de ne pas entrer directement en
contact avec la matière?.
|
Ceci dit, l'on s’apercevra sans peine que le passage du De
Confusione Linguarum, 63, allégué par M. Arnaldez, ne doit pas
287
LE RÉCIT DE LA CRÉATION CHEZ PHILON
calcul de l’architecte déjà en tant qu'il projette de fonder la cité ».
Ici encore, il s'agit d'affirmer l'unité ct l'unicité de Dieu. Il n'existe
pas de modèle éternel indépendamment du Créateur et de la
création. Le Logos n’a pas été un instrument de l'œuvre créatrice,
au sens propre, destiné à accroître la puissance de l'ouvrier qui
en
faisait usage. 11 n’est rien d’autre que la pensée de Dieu en train
de procéder à la Création. Philon souligne soigneusement? à propos
monde intelligible qui semble situé en dehors de lui à un niveau
de cette définition du monde intelligible que c’est là l'enseignement
de Moïse et non une théorie qui lui est personnelle à lui-même. Et,
en effet, Moïse enseigne bien que Dieu a créé en prononçant les
Paroles qui traduisaient son plan?. En d’autres termes, le Créateur
n’a eu besoin d'aucune inspiration ni d'aucune aide extérieures.
La pseudo-muitiplicité que les notions de Cause Première, de
monde intelligible et de Logos instaurent à l'intérieur du divin,
ne doit en aucune manière masquer la fondamentale unité de Dieu,
l'unique artisan du monde. C'est ce « dogme » nous semble-t-il,
que Philon désire ici établir et non pas souligner que «les idées se
c'est-à-dire la Cause première. 11 souligne la dépendance de Ja
première à la seconde de ces deux figures divines en utilisant une
Quant au passage de De Ebrielale, 133 et ss., que nous alléguons
s’expliquer par la docirine des formes. Philon y mentionne en
effet le Logos premier né de Dieu qui «imitant®
les voies de son
père, et regardant les paradigmes archétypes de celui-ci donnait
forme aux etôn. »
|
Le Logos est ici présenté dans les termes du Démiurge du Timée
avec la nécessaire accommodation aux données judaïques. Comme
le Démiurge de Platon, et d’une manière encore plus marquée,
le Logos est un « dieu second ». Platon nous montre le Démiurge
ordonnant la matière, les yeux fixés sur le « modèle éternel »4 ce
ontologique supérieur. Philon place au-dessus du Logos, son Père
phraséologie qui rappelle celle que Platon emploie à propos des
« dieux secondaires »5. De plus, il ne saurait être question, pour
Philon, d'un modèle intelligible extérieur au Créaleur. C'est
détachent dans le Logos moins en tant qu'il les contemple qu’en
tant qu'il les applique pour donner aux sensibles leurs formes #5.
nous-même ci-dessus, l’on fera observer qu'il s'agit dans ce texte
d’une allégorie du sanctuaire. Le Saint des Saints svmholise comme
le «plan de l'architecte » conçu par Dicu lui-mêmes. Agent par
toujours chez Philon“ le monde intelligible, tandis que le Saint
Je
où est placé l'autel des sacrifices dont il s'agit ici, représente
qui
ce
différen
la
de
compte
rendre
doit
Philon
monde sensible.
est supérieur’. C'est cette double situation du Logos comme imagc
sans peine : «il est construit à l'extérieur, et les offrandes sont
pourquoi, si le Logos est « l'instrument » de la création, il est aussi
rapport au devenir, le Logos est, de la sorte, le résultat passif de la
pensée divine. I porte en lui les idées d’un sujet pensant qui lui
de Dieu et paradigme de la Création qui explique entiérement les
termes de Philon dans le passage que nous examinons. Quant aux
slôn ce sont les diverses catégories des objets sensibles.
C'est encore par référence au «modèle éternel» que doit
s'entendre la phrase de De Opificio Mundi, 24, selon laquelle «le
monde intelligible® n’est rien d'autre que le Logos de Dieu déjà
en acte de créer, car la cité intelligible n'est rien d'autre que le
1. Cf. De Opificio Mundi, 25 ; De Migratione Abrahami, 103.
2. De Specialibus Legibus, 1, 329.
. 3. … 6 vevwnbele uévrol, puuobuevos Très 705 rurods 6009, rec nacaBelyuara
&pxéTona éxelvou PAirwv uécpou rà elBr.
4. Timée, 29a, 30d. Comparez, De Opificio Mundi,
55
ne
6
_
x
’
N 5. Comparez puuobmevos
tas +00 maurphz 6ôoûs el Timée, 4le mipoduever try uv
Uvav. Le Logos est en somme présenté ici comnmic le premier né des dieux secondaires :
cf. Timée, 4la.
|
6. Cf. De Opificin Mundi, 19.
7. C'est d’une manière analogue que dans OQuaesliones in Exodum, 11, GK, l’hilon
mentionne au-dessus (rsstvo) du Logos le Sujet Parlant (6 24-ov).
8. Traduction de It. Arnaldez.
|
éclate entre le caractère «invisible » « des objets situés au plus
profond du sanctuaire » et l'autel des sacrifices que l’on aperçoit
brûlées d’un feu inextinguible, qu'on peul voir briller aussi hien
la nüit que le jour »ÿ.
Comme le suppose justement F. H. Colson®, la vertu générique
représentée ici par le Saint des Saints est la vertu elle-même ou
le Bien. Les vertus spécifiques ne représentent pas les vertus
spécifiques abstraites comme les quatre vertus cardinales, mais
les exemplaires concrets de la vertu. Mais l'éditeur anglais se dérlare
embarrassé lorsqu'il s'agit de savoir pourquoi Philon affirme que
1. De Opificio Mundi, 25 : sb 8è Sévua Toro Muvotws doriv, 0% Euôv.
2. Cf. De Opificio Mundi, 31 : .….Oeiou éyon. Siezurv=onvr0s Tv sÉvEouw wDT0D.
de technicité
3. Cf. R. Arnaldez, op. cit, p. 156, note 1. C'est également par exeès
lorsqu'il propose de
philosophique que nous paraît pécher IT. A. Wolfson {Phitn, X, 246)
ien selon lequel l'esprit en
reconnaître dans notre passage l’enseignement aristotélic
qu'aurait ici la
acte se canfond avec les intellivibles dont il est le lieu. 1.'à-propos
mention d'une telle doctrine apparaît aussi peu que son
caractère mosaique.
4. Cf., en particulier, Ouaestiones in Erodum, TI, 81-101.
5. De Ebrielale, 135. Traduction de J. (Grorez.
G. Loeb Philo, III, p. 504 sur le 8 132. Comparez avec De Ebrielate,
Page 10
Voir dans le PDF(s’ouvre dans une nouvelle fenêtre)ces vertus spécifiques qui par nature sont perceptibles aux sens
n’en sont pas actuellement perçues!.
|
Le passage devient intelligible si l’on prend soin de noter qu'il
ne concerne que d'une manière indirecte la création du monde. La
Tente d’Assignation ou le Temple sont pour Philon une figure de
l'Univers et de ses diverses parties. La tente ct l'autel des sacrifices
représentent matériellement? des réalités intelligibles. La tente
suggère la vertu immatérielle, l’autel et sa flamme l'image de la
vertu dans le domaine du sensible. La tente et l'autel sont à parler
exactement, non des idées — puisque la vertu immatériclle n'est
pas une tente ni son image sensible un autel — mais des symboles
qui évoquent à l’aide de particularités empruntées au sensible des
réalités spirituelles. Ici, la tente et l'autel constituent des allusions
aux deux ordres de l'Univers, l’intelligible et le sensible. Tandis
que les particularités propres à la tente suggèrent le premier
domaine, celles qui caractérisent l'autel évoquent le second. Mais
dans les deux cas nous restons dans la sphère des conceptions
inlellecluelles invisibles el inlelligibles?. Et c'est là très précisément
la raison pour laquelle l'autel avec sa flamme n'est pas perceptible
aux sens : il ne s’agit encore que de « l'idée » de la vertu sensible
située à l’intérieur du projet divin ou monde intelligible.
*
#
289
LE RÉCIT DE LA CRÉATION CHEZ PHILON
plus avare de paroles que Moïse’, celte récapitulation cest tout le
contraire d’une redondance pure et simple. Les choses sont cette
fois présentées sous un angle nouveau et avec des intentions
particulières. Ainsi, selon De Opificio Mundi, 129, le verset quatre
du deuxième chapitre de la Genèse qui nous ramène au premier
jour de la créalion® évoqué sommairements et qui contient une
expression apparemment inintelligiblef est destiné à fournir au
philosophe capable de vision la preuve exégétique de la doctrine
des idées que Philon avait mise en œuvre pour décrire le Jour.Un
ou Monde Intelligible, mais dont le caractère mosaïque n'étail
indiqué par aucun détail du premier chapitre.
Li
Dans les paragraphes 64 et 65 du De Posterilale Caini, Philon
le Récit de la
infère du fait que Moïse reprend au septième jour
prétendre
Sans
Création, l'égalité de l’hebdomade et de la monade.
en tirer rien de plus.
Restent à examiner les textes où Philon distingue réellement
une création idéale située à l'intérieur de l’hexaméron et postérieurement au Jour Un. Ce sont ces passages de De Opificio, 76 ; Lequm
Allegoriae, 1, 1, 19, 26-27; Quaesliones in Genesim, I, ?, 19, que
nous alléguons plus haut. Dans tous ces textes, sauf un, la mention
d'une telle création idéale concerne exclusivement les végétaux,
+
Les 128 premiers paragraphes du De Opificio Mundi constituent
le Commentaire du premier Récit de la Créalion qui inclut les
considérations sur l’hebdomade{ appelées par la mention qui
est faite du septième jour et du repos divin dans les versets ? et 3
du deuxième chapitre de la Genèseÿ. Avec Genèse, IT, 4, nous avons
une réduplication ab initio du Récit de la Création, ou à parler
plus exactement une récapilulalion de ce Récit. Mais, nul n'étant
les animaux et l’homme. De De Opificio, 765, il ressort en effet,
que l'homme dont il est question au sixième jour du Récit de la
Création est une idée incorporelle. Les versets 1S et 19 de Genèse, IT,
font à nouveau mention de tous les animaux du ciel que Dieu tire
de la terre et amène à Adam, mais sans faire usage de l'expression
orà Yévos «selon leurs espèces » qui était employée à propos de
la production des végétaux et des animaux dans Genèse, [7 Or,
nous le rappelons, le terme yévos peut chez Philon comme chez
Platon être un synonyme pur et simple d'idéx ou d'eidos au sens
de la «forme en soi », de «l’idée ». Philon imagine done aisément
que le premier récit de la Création des espèces vivantes relatait
1. Op. laud., p.505 : « Is it that while these virtues are conceivable in the individual
they are never realized ? This hardlvy seems satisfactorv. »
2. De Ebrietate, 132.
°
|
3. Ibid.: rx &épara mai vonré Bewpfuare. Comparez Legum Allegoriae, I, 27
alofnrôv Sè &v iS£otc oûdEv, à propos de « l’idée » même de lu sensation.
.
4. De Opificio, 89-129.
5. Philon rattache le plus souvent les versets de Genèse, IT, 1-4, au premier chapitre
du livre biblique. Ils constituent alors à ses veux l'épilogue du Récit de la Création.
Cf. De Poslerilate Caini, 64, Ëv +6 +ñc xoouonotias ré y : le lemme initial des
Quaestiones in Genesim est également Genèse, I], 4. Les Legum Allegoriae toutefois
1. De Opificio Mundi, 130.
2, % fuéex.. Comparez De Poslerilale Caini, 65. À SE rebTT, TabTa YÉVOVEV..
3. … HeonhalmÔe FÜR...
vai révra ho7ov dypoÿ
4. vo räv yhopby dypod red Tui yevéobor ri Te vhc
red ToD Avaretaar.
aire
5. La fin du De Opifirio Afundi qui est un comment
du deuxième el du troisième
prennent le deuxième chapitre de la Genèse au niveau du premier verset, mais il est
pourtant pus double emploi
chapitres de Genèse comme le Legum Atlegoriae, ne fait
possible que les trois premiers versets soient évoqués à titre de transition ou d'enchaîneavec ce traité. La dernière
ment. Quoi qu'il en soit, Genèse 11, 4 est senti par l'auteur comme une reprise du Ftéeit
de la Création à partir de son début.
|
6. Cf. De Opificio Mundi, 129 : ‘Eryortéusves…. <hy vocuorotlav: Quaestiones
in Genesim, 1, 1 (fret grec) sur Genèse II, 4: A4 21 Thy mooucrotiav EDonréueves….
partie du De Opificio correspond, mutalis mutandis, au mythe
vivant
Allrgiriae est l'équivalent de la physio logie du
Legum
le
que
du Phédre, tandis
mortel dans 1e Timée.
6. Cf. PR. Arnaïldez, op. cit., p. WI.
7, Versets 11, 12, 21, 24, 25.
Page 11
Voir dans le PDF(s’ouvre dans une nouvelle fenêtre)la création des genres incorporels, tandis
i qu'il s'agi
récit des sensibles créés le septième jour
Ÿ 28/1 dans le second
mn eqqnestion qui se pose est de savoir si toutes les création
s
La
.
s
.
s
»
+!
ù
‘
_
ag
‘
FC
nobme es ou deuxième au sixième jour partagent le statut
espèces
+
Ù
‘antes et n'en sont
S
encore,€comrne elles,
llegoras LT
à
Li
des
’
qu'au
de
stade
ddes
TO De Ê comparaison de textes “omme Legum
ê]
1
a.
un
ne
e
, L, 1 et
19-28,
l’on serait, semble-t-il. en droit de dédui
qu'il n’en est
st rien,rien, duGu moins,
moins,si
si l’on
l’
remarque
!que ces
Fe passe
passagesur
sont pas situés tout à fait au même niveau
FPE ne
— aLens
genè
cu gii aecosme, comporte chez Philon trois étapes
1ogiq 1° _ a ord Use de l'intelligence et l’idée
de la sensation
Pom monde
nde intelligi
, 8101ble symbolis
symboliséées
es par le le ciel
ci et la terre ; puis
Le septièm
m
e jou
| nage?
g créé le sixi ème jour,
]0
enfin Adam puis
i Êve | créés
éé s
a ggun Allegoriae, I, 1, conduit le récit de la création
de
l'homme
de lnteligene ixième jou
Jour lorsque s’achè
hèvent la création de l'idée
î
e et del'idée> de la sensatio
i n ainsi
insi que
cell
Un passage
monde,
c’est-à-d
(dl ire tous
ous les les intelligi
intellioi
itelligibles et et tous
touse
l
les sensible
i s?
sage tel que De Cherubim, É56-63, s'il
s'il était
était légit
léciti
d
tour
rapprocher
où Ada
du texte précédC ent, , confirmejerai
rait
it notre
' Enalyse.
analvse. La
Le
l
est plongé,
é, préalab
préalal lem ent à: la naissance
i sance d'Eve
d'Ev
rendre compte d’un schéma aussi singulier qui nous oriente plutôt
du côté de la «cosmogonie» du Timée. Nous savons, en effet,
comme a été interprété Timée, 41, où est racontée la création
des âmes humaines. « Pour ce qui est des âmes humaines, écrit
Hieroclès dans son Commentaire aux vers d'or des Pylhagoriciens?,a
il paraît que c’est le Démiurge lui-même qui, séparément,
le qe Point de vue st pprrects il faut penser que la
terre
et
ereS ner aux
AUX 3yeux de
Philon, ; matériel
érellem
le ent créés
és
àà la la fin
x
n. Seulement la terre est
6
végétation et sans homme. + LaLa théorie
théorie «deseee
idées ne peut
pafà ca
Sans
elle seule
de
les
toutes créées. En ce qui concerne les animaux, il ne créa que Îles
seuls genres et il les confia à la Nature pour qu'elle en faconnât
de Platon et de Timée
les individus à son gré. Tel est le sentiment
la création d'aucun
que
nt
pensaie
sages
deux
Ces
le pythagoricien.
la
être mortel n'était digne de Dieu.» Ce paragraphe énonce
double raison qui expliquerait la création tout d'abord générique
et incorporelle des animaux opposée à la création idéale aussi,
mais individuelle de l’homme. Dieu ne crée directement aucun
x,
être mortel. Il n’étend sa providence qu'aux genres animau
mais il prend soin de chaque homme en particulier,
Du reste,
de
c'est toute la trame du dialogue platonicien qu'il conviendrait du
et
Mundi
o
Opifici
De
du
lignes
grandes
les
confronter avec
Legum Allegoriae. Les analogies qui existent entre ces deux
groupes éclairent en effet souvent la pensée de Philonÿ.
est, dans ces paragraphes, allégoriquement interprétée comme
sy lisan a cécité de l'esprit placé sur le plan
du sensible.
s'élé tr ï isposition sensible, inerte à l'intérieur de lui-même.
concret qui fait are Eve, ou sensation en acte, c’est
tout le monde
ruption en Adam
à la facon d'un
fl
ière,
Quant à Legum Allegori
[leg
?
a e, I, 19-98, ce texte
Ç consti
nSHEUE
tue une
Une mn
reprise
ire
au Fécit de ss Création de l'homme à partir de l'étape
initiale et
“
e Inte ligiblet. Il est, dans ces conditions, normal
affirmer qu'alors les sensibles n'existent pass
n
291
LE RÉCIT DE LA CRÉATION CHEZ PHILON
*
#
Voici donc le Récit de la Création selon le Timée.
Les veux fixés sur le modèle éternel (29a), le Démiurge crée
«un ciel à la fois visible et tangible »4 (32h) qui est la mesure du
Temps (38b) cependant que la terre est la première et la plus
n
ancieñne des divinités nées dans le ciel (40c). Pour la déterminatio
le,
éternel
et la garde du temps, cette image mobile de la durée
le Démiurge produit les planètes (38b) et la lumière (39b). Il orne
aussi le ciel de la broderie que constituent les chœurs des dieux
astres (40a) et engendre les démons invisibles, c'est-à-dire les dieux
de la mythologie (40d-41a). Mais trois espèces mortelles restent
à créer (41b) : l’espèce aïlée qui parcourt les airs, l'espèce aquatique,
rge
celle qui vit sur la terre ferme (39e-40a). C'est alors que le Démiu
1. A Cf. . encore Le
où
Legum
{ , 11, 12,+, à | propos des animaux
um Allegoriae
É
qui son
pe
ss mboliser les passions : tpérepov pèv à + ÉÉonuéce +4
+6 Te
se
TAG (déag clpydéero, vuvl SE rX elôn moconmhgrre..
F7
YO FÈY raûsv vai
conte
2. De ee
mê
imé, Den
ee
É
istingue 1les archétypes des vivants mortels
distingue
“
;$
?|
VIV "parfait et intelligibl
Jlig e » (Timée,
(Timée, 39e),39e les âmes fac
ar°
Pere ce ae les vivants mortels modelés par
les dieux jeunes
(424 Le) Fe
Cf. xéouos ÊË vo5 uèv +4
Se+
vd dcouaxra
ATX rot
; TAvra,
HO VONT
rvra,
de«ioÙr,
*
re
#ai où ouvéhws aicfnté.
FITE RARE Dieu 3 +3 dvoduara
4, €
CF,. 826
SS 19 et
LL
SSI
et 87.
21:16;
‘le jour et le livre de la4 naissance
naiss
du ciel
et de la terre.
j
Quacsliones
es in
ir | Genrsim,
si : IN, : 3 Ÿ,
co 6. Selon
”
8, le deux ux est
es «la mesure » du ci
ible
Mme la monade est celui du monde intelliville et incorpore]
|
Het perceptible
fabrique dans le cratère où il avait dosé le mélange de l'âme de
160
1. Cf. la traduction de M. Meunier, Paris, 1930, p.
sq. el comparez Timée, 410.
r cel enseignement de
2, La doctrine hiblique de l'homme créé seul paraît recoupe
Platon el de Timée.
la définit ion même du
3. C'est à Platon, nous le rappelons, que Philon emprunte
la Création $ ‘étend de
de
Récit
le
lhilon
pour
que
t
souvien
se
On
.
Création
la
Récit de
narration de Timée
la
que
et
e
l'homm
de
n
créatio
la
à
la wenèse du ciel et de la terre
97
commence avec la nai ssance du monde el va jusqu'à la
4. Trad, A. Rivaud.
naissance de l'homme {27a,
Page 12
Voir dans le PDF(s’ouvre dans une nouvelle fenêtre)l'univers, mais avec des ingrédients qui n'avaient plus la même
pureté, les âmes des vivants mortels en nombre égal à celui des
fixes (41d). Il distribue chaque âme à chaque astre qui en devient
comme la patrie d’immortalité et sur lequel il la fait monter comme
sur un char pour lui montrer la nature de l’univers! (41e). Ces âmes
sont destinées à s'incarner dans le vivant le plus capable d’honorer
les dieux : l’homme. Et comme la nature humaine est double, dans
cette partie supérieure du genre que l’on appellera plus tard le
sexe masculin, lorsque les créatures humaines chez lesquelles la
raison n'aura qu’une maîtrise imparfaite des passions, renaîtront
en femmes (4?a-b). Après avoir révélé aux Ames la loi : vivre
dans la justice, c’est-à-dire selon la raison, et le but: l’immortalité
astrale, c'est-à-dire le retour à l’astre auquel elle est affectée (42h)
el après les avoir mises en garde, «car de l’éventuelle malice de
chacun il entendait être innocent » (424), le Démiurge invite les
dieux subalternes à créer le tissu mortel de l'espèce qui doit naître :
« assurez”, leur dit-il, la production des vivants, faites-les naître,
donnez-leur la nourriture pour qu'ils croissent et, après leur mort,
recevez-les à nouveau en votre sein. »
Quant à lui, après avoir réparti les âmes entre les planètes et
donné tous ces ordres, il rentre dans le repos qui convient à son
genre d’être. Or tandis qu'il se repose ses enfants ayant compris
l'ordre de leur père y obéissent. Ayant reçu le principe immortel
du vivant mortel, ils imitent l’ouvrier qui les a faits et créent
l'homme à partir de quatre éléments. comme le Démiurge avait
créé l'Univers (42e).
Ainsi, l’exposé cosmogonique du Timée distingue deux étapes
de la création : du commencement au repos du Démiurge avec
la création du ciel et de la Terre, des dieux visibles et invisibles.
des âmes humaines (27c-43a) ; du repos du Démiurge à l'achèvement
des espèces vivantes (43a-78a). D'une manière analogue, Philon
pouvait diviser le Récit de Moïse en deux parties : l’hexaméron
où début de la Création® avec la création du modèle intelligible
(Jour Un); du ciel sensible (2e jour) de la Terre (3° jour) qui,
comme chez Platon, est « antérieure aux astres » ;: de la mer et des
plantes xar Yévost; des corps célestes et du temps (4 jour},
1. C'est la procession qui est décrite, avec une mise en scène un peu différente, dans
le mythe du Phédre,
2. Trad. J. Moreau légèrement modifie. Les dieux subalternes sont en fait les
"démons » des planètes, entre lesquelles le Démiurge répartit les âmes et qui toutes
seront habitées. Obéir à la raison consistera pour le vivant mortel à suivre son éréateur
planétaire (41, c, e). La « demeure» de l'immortalité astrale est dans la sphère des
fixes,
3. 'Aeyh yevéoewc d’après Genèse, 1, 1. Cf. De Opificio Mundi, 26 et 29, d'où il
apparaîl que à &eyÿ a la valeur, quoique non au sens temporel, de FpGTov.
4. Genèse, I, 11.
5. Comparez Genèse, 1, 14, et Timée, 39c.
293
LE RÉCIT DE LA CRÉATION CHEZ PHILON
les
;; Run)
jour)
yévos! (5(5e jour)
yévos?
uis des poissons et des volatiles naraà
D.
jo
(6
»
l'image
à
Es èces terrestres xarà yévos® et «l’homme ({rekciwatc) du mo
Puis survient le repos divin et l'achèvement
avec la production des espèces vivantes.
*
=
+
e chacun des
A. Wolfson® entr
les
D
US
‘a
F
on €el les
Phil
s
prè
d
Un
éléments du monde intelligible ou Jour able dans enel ple, est
idées des éléments de Timée, 51b, prob
ère H.
Le rapprochement q ue sugg
Loi
par les données
l. Contraint
eut-être trop rigoureux dans le détai
es
igibl
tes inte
ère sept réai
atove
.
.
.
du texte £scripturaire, Ù Philon énum
t
p
Pmen
ées
donn
TL
aux
er
ï
iss ent guère ramen
1 s ne 5e laiss
dont certaine
Re
ser le ] LU
nel
niciennes concernant le modèle éter
|
hique, | c'est-àosop
o
shil
phil
e
i e sur le mod
trait
i
e
és.
és,
Jubil
des
e
re. LeLe Livr
iti n juive
[mé une traditio
que
‘inspiPre
es
es
mpli
t
:
acco
cm
tion
Création
Créa
Uréal
a
la
l
dede le
ur res de
égaleement. sept œuvr
égal
du e es
n
distiingu
pa
IL, 2,?, dist
;
esprits
les
.
4
.]
;
u
l'ea
3.
;
:
e
2. lale Terr
el: : 2.
Jour UN\ : 1. Le Ciel
oee.
d
curité, le soir, la nuit or e
à. l'abime : 6. l'obs
Qi
nti d'arc: types,:
re Ilement, , d'idée
s
nalu
ici,
t
pas
s’agi
’aube. Il ne
ici
le s'agi
Ve
ts de l'édifice cosmique, PhD
1nais de réalités ên acte et d'élémen
es ne
le jour Un da
au contraire, comme on sait, situe
es ,
es
ologiqu
remplace less données àMYmython
ivi n et rem
idéal1 du Logos divi
:
ph
s Phys
données
pa: des donnée
eut,, par
és, autant qu'il le peut
des Jubililé
n midrasiqué telle que
|
itio
Mais il pouvait trouver dans une trad
€
tes s £a
sante
uisan
sédui
rès sédu:
citatiions trés
cita
t
solli
dk
ï ter., des
ns de citer
/
que nous veno
,
celle
—
som
e comme la
faveur d'une interprétation philosophiqu crée en quatri me Deus
Dieu
és,
Jubil
des
age
effet selon le pass
Jens:
rses catégories
le premier jour, les esprits. Il s’agit des dive
s
s de tous les élé
ange
,
ence
du service, anges de la prés
anges
es
anc
aux
puis
is
. LesDérfo
A
res animéesÿ
els,, àâmes de toutes les créatur
naturels
S Un]
ass
dh Jour
ilon ee
Ot que
_— | Buvaueuc, AOYOL OnEpaTixzxot
e
Un,
Ar
au
vers
l'uni
l ment
p artielle
idées —, constituent donc
les
érel
le
ele
mu
com
en
ont
qui
ainsi que les ‘âmes particulières
euss
U les
i res aux créatures individuel
ê e antérieu
l d’êtr
le fait
dan
t
inan
culm
s
tion
viendront animer. Enfin les sept créa
Luyv toTOwv
À
FÉGAV DULNV
40) r%
ueyahe, vai
L, 21 : xd éroinoev 6 Oebs 74 x à
YÉVOS:
HAT
TÈV
TTEPO
DV
E
TET
AV
Hal
,
morOv,
MITÉV
y
YÉVR
vor
ee HaTX
Spart
Lac
Et ye T2
a év, àà Effyu
éprer
*
1
2. Genèse, 1, 24 et 25.
ilo,
|
t. 11, p. 306 sq.
péooenie
la T'héngoni
mention du chaos dans le passage de
h On notera toutefois qu'il est fait
ace
Mundi, 171 a
e
nilal
Aeler
(De
n
Philo
ès
d'apr
‘Jlésiode (116-128) qui
hésiot us 30
. Aristote voyait dans le chaos
do ri " tonicienne du Timée
iao Mundi, 3%.
tacle. Comparez avec De Opifir
récep
un
ose
que Put corps supp
tibus, 8-12.
5, Cf. De Opificio Mundi, 30; De Gigan
Page 13
Voir dans le PDF(s’ouvre dans une nouvelle fenêtre)lumière semblent faire du premier jour la préfiguration de Ja
première semaine cosmique culminant dans la manifestation
rayonnante de la sagesse divine dont l’hebdomade ct la lumière
sont à un titre égal le symbole.
LE RECIT DE LA CREATION CHEZ PHILON
295
termes, Dieu donne une configuration durable! à l'ordre de la
nature conformément au nombre parfait six qui évoque Îles six
mouvements dans l'espace dont sont capalles les animaux
organisés. Puis, ayant mis fin à l'ordonnance des choses mortelles,
l'Univers, les « dieux » au sens restreint, collaborent en quelque
sorte, par leur obéissance aux ordres du Créateur, à l’œuvre des
sept jourst. Les eaux produisent les poissons, la terre crée la verdure
et les espèces animales, Elle fournit la matière de la statue humaine.
il commence à façonner d’autres êtres plus divins le septième
jour?. Philon décrit cette nouvelle création du septième jour dans
Legum Allegoriae, 1, 43-47. Dieu plante un jardin dans l'Eden,
c'est-à-dire crée la sagesse humaine, réplique de la vertu divine et
gage de la félicité et y introduit l'esprit humain vivifié par le souflle
.
divin.
L'équivalent philosophique de cet épisode existe chez Platon,
mais il se place avant le repos du Démiurge. C'est la procession
le Démiurge s’abstient de créer directement les espèces vivantes
secrets de la Nature (Timée, 42h-d) et les Lois du Destin.
La notion des dieux secondaires est, il va sans dire, tout à fait
étrangère au récit de la Genèse. Mais pour ne pas parler du
mystérieux pluriel roowuev de Genèse, 1, 26, ou de l'expression
els £ uv de Genèse, IIT, 23, une fois créées, les parties de
Platon dans Timée, 4lc, énonce la vraie raison? pour laquelle
mortelles. Seule leur nécessaire imperfection, leur qualité mortelle,
sur le char des étoiles des âmes auxquelles le Démiurge révéle les
permettra qu’on les distingue des dieux eux-mêmes, or les œuvres
du Démiurge sont parfaites. De Opificio Mundi, 75, et De Fuga
el invenlione, 70, transposent directement cette doctrine.
|
Platon ne dit rien de l’activité du Démiurge une fois qu'il est
rentré dans su manière
d’être habiluelle (Timée, 42 e), cependant
que les dieux subordonnés achèvent l’œuvre de la création. Philon
sait qu’à parler en rigueur la manière d'élre habiluelle du Créateur
n'a pas été modifiée par l'œuvre des six jours. Le repos est
l'apanage exclusif de la divinité qui fait tout sans fatigue. Le repos
de l'ouvrier cosmique dont parlent également Moïse ct Platon
ne doit pas être pris à la lettre ou dans un sens humain. I] désigne
en réalité une prodigieuse activité. « Dieu ne cesse jamais de
produire ; mais comme il est, propre au feu de brûler ct à la neige
de glacer, ainsi il l’est à Dieu de produire, et même beaucoup
plus, d'autant qu’il est pour tous les autres êtres principe de leur
action.» Voilà pourquoi l'Écriture dit non que Dieu se reposa,
mais qu'il fil cesserÿ les œuvres qu'il avait commencées. En d'autres
1. La méme idée se trouve exprimée dans le fragment du Psendu-\risiobule sur
l'hebdomade.
a, L'hebdomade, dit le Pseudo-Aristobule, est le sine de la septième facullé que
Dieu a placée en nous, celle du logos par lequel nous acquéruns la suience des choses
divines et humaines. Les Stoiciens distinguaient sept ou huit facultés de l'âme. Ainsi,
selon une interpolation au Siracide, XVII, 5, les hommes reçoivent lee cinq opérations
des sens, en sixième lieu l'intelligence et en septième la parole (2£%c:; interprète de
ses opérations. La huitième faculté est, lursque l'on en dénombre huit, le pouvoir
de reproduction. Philon compte les facultés de l'âme en nombre variable el d'une
manière apparemment diverwente. Dans cerlains textes ces. De Abraham, 80, il
désigne comme septième faculté F'intellect directeur : % SE £fôéur, dovauts À rest Tv
fyeuéva vodv. Ailleurs, il réserve ce rang à d’autres facullés » lugiques » telles que le
langage au les «raisons séminales ». Mais Ia théorie du » logos septième: doit être,
chez lui, rapprochée surtout de la cosmologie platonicienne, En effet, Philun ordonne
parfois (e.g. De Opificio Mundi, 117: Quis Rerum Divinarum Heres, 232-234) les
facultés de l'âme non pas selon une perspective purement biologique, mais par référence
à la théorie du microcosme, de manière à faire de la psyché humaine une réplique du
ciel. L'hebdomade évoque évidemment les planètes et le mouvement circulaire du
ciel, cette rotation autour d'un centre, qui est le mouvement « le plus en rapport avec
l'intelligence et la réflexion » (Timée, 34a) et qui est en quelque sorte le septième puisque
1. Cf. Timée, 4la : « Dieux, fils des dieux dont je suis l’auteur, el des œuvres desquels
je suis le Père». Les dieux jeunes du Timée sont, nous l'avons vu, surtout les dicux
planétaires, mais la rédaction de Timée, 40e et 41a, peut s'interpréter comme incluant
les dieux de la mythologie, dont certains sont assimilés aux planètes, mais aussi, selon
l'allégorie physique des stoïîciens, aux parties de l’univers. En effet, l'expression « dieux,
fils des dieux » semble désigner à la fois les dieux sidéraux, œuvres directement du
créateur ei les dieux de la mythologie dont Platon vient de rapporter ironiquement
la généalogie. Ce sont encore des dieux de la mythologie et non les mystérieuses
divinités d'un univers intelligible (cf. A. Rivaud, Timée, Introduction, p. 37) que nous
paraît concerner l’expression qui aux dieux sidéraux toujours visibles oppose ceux qui
Cr
à
Lo «9
se montrent selon leur bon plaisir.
. Dont Leibniz se souviendra,
. Cf. De Cherubim, 87-90.
. Lequm Afllegoriae, 1, 3. Trad. C. Mondésert.
Cf. Legum Allegoriae, 1, 5-S.
le Démiurge a retiré au ciel l'usage des six autres, c’est-à-dire les mouvements dans
les six directions de l’espace (Timée, 48b). Philon fait correspondre aux sept orbites
planétaires, les cinq sens, l'organe de la phonation, la puissance génitale, commandés
par le centre directeur immobile qu'est le vobs. Ce dernier est moins une huitième
puissance que la monade, c'est-à-dire un autre aspect de l'hebdomade. Dans les Legum
Allegoriae, l'hebäomade est le symbole de la vraie lumière qui vient s'ajouter à l'âme,
Ja vertu ou la sagesse. Cf. 1, 16 : Érav èruyéveror th vuyT 6 aura É69ouaDa duos A6 VOS... ;
1, 17: robc xarà vè Édouov ua Bsiov ds danPoc oùs mivnbévrus Tpérovs ebhoyet. à
Oeés.. : 1,18 : œèrla 3 À D hu ebAbyioThs 7e at dyios véyovev 6 xura Tù ÉtOoUov Ha
réetov os éyev Sasrév. Le Logos divin comme le ciel et comme l’âäme humaine
parfaite se meut en conformité avec l'hebdomade : 00203 6 matt EMBou4dx #ivubpLEvoc
rédac F6yes. (1, 19).
Le caractère de l'hebdomade est transcendant. Lorsque Samuel en son âme donne
naissance à l'hebdomade, il ne s'occupe plus d'aucune œuvre terrestre (Qrod deus
immulabilis sil, 11-13.
De même Philon dit (Quaestiones in Excdum, I, 122) que le Logos n'est pas imprimé
duns le monde, mais erprimé par lui,
Page 14
Voir dans le PDF(s’ouvre dans une nouvelle fenêtre)297
Le De Opijicio Mundi montre l'homme individuel modelé avant
Du reste comme dans le Timée, on distingue dans le De Opificiu
Mundi et dans le Legum Allegoriae un courant de pensée biologique
d'avoir commis aucune faute, comme un chef-d'œuvre de l'art
divin (136 et ss), un citoyen du monde, un compagnon des étoiles
et une perspective éthique. Selon le premier, le Récit de la Création
(143-144), l'inventeur du langage (143-150). De même sclon le
obéit à une gradation ascendante. Pour le Démiurge, le monde
sensible ne sera complet et achevé qu’une fois que, à l’image du
modèle intelligible, il renfermera les trois espèces de vivants
mortels (Timée, 41b). L'’incarnation des âmes est prévue el
Legum Allegoriae qui, nous l'avons dif, correspond plus spécralement à la partie physiologique du Timée, la création de l'intelligence
et de la sensation, dont l'existence implique le contatt, par
nécessaire (42a). La création du microcosme obéit aux mêmes
son intermédiaire, de l'esprit avec les sensibles, fait, dès l'origine,
et qu'elle doit surmonter comme le Démiurge a surmonté le chaos
la terre, cet esprit terrestre intermédiaire entre la sensation qui
partie du plan divin. L'homme que Dieu crée de la poussière de
lois que celle de l'univers. Le chaos corporel auquel est liée l’âme
comme lui est appelée terre (1, 1) et l'intellience qui est insufflée
par Dieut, est représenté comme en frain de s'incarner sans UDOIr
cosmique n’est pas un châtiment, mais une nécessité physique. Ce
point de vue biologique explique la place très importante faite dans
le Timée à la physiologie du vivant mortel. Le Timée ne connaît
encore réalisé ce procès (1, 32). C'est une âme imparfaite par sa
nature même el qui n’a qu'unc des trois qualités qui lui auraient
été indispensables pour se maintenir dans le jardin de la vertu
(1, 59). On serait donc en droit d'en conclure que la chute était
inhérente à la condition onlologique d'Adam. Cest encore à
pas de péché originel dans l’histoire de l'humanité. Ce n’est qu'une
fois incarnée que chaque âme individuelle choisit, par ses conduites
mêmes, entre les deux termes qui lui avaient été indiqués lors de
la procession : ou bien s’abandonner au torrent du sensible, quitte
à subir l’évolution à rebours et se réincarner à un niveau biologique
l'initiative divine qu'est due la naissance d'Eve, coHaboratrie
indispensable d'Adam qui sans elle nest qu'un aveugle et la
|
« moitié d’une âme complète »?.
À la différence des démons, des héros où des anges, ces ämes
qu'une conslilution plus divine$ empêche de s'introduire dans des
inférieur, ou bien soumettre à la révolution du Même et du
Semblable en elle (c'est-à-dire à la raison individuelle réglée sur
le mouvement de la Sphère des fixes) toute la masse tumultueuse
et déraisonnable qui est venue s'ajouter à son être, afin de revenir à
corps mortels et de se soucier des choses de la terre, Adam, comme
« la forme de son état premier el meilleur »? : c'est-à-dire, de retrouver
l'harmonie que l’âme connaissait avant l'incarnation. Mais cette
expression même semblait déjà indiquer une dégradalion dans le
statut de l’âme incarnée. Surtout, le mythe du Phèdre?, dont
les données sont apparemment aussi inconséquentes sur le plan de
la logique rigoureuse# que celles de l’histoire d'Adam et d'Êve selon
le De Opificio Mundi ou le Legum Allegoriae, semblait lier l’incarnation de l’âme à la notion d’une faute et d’une chute qui l'aurait
son nom même l'indique, est destiné à la vie terrestre. Comment
faut-il, alors, interpréter sa faute et sa chute ?
La même ambiguïté existe ici que dans le T'ümée et dans le myxtlie
du Phèdre. De même que dans le Phédre les âmes suivent les dieux
dont elles sont les choreutes, dans des conditions d'être qui ne leur
permettent pas de se maintenir à leur suite, de même Adan, nous
l'avons dit, est dépourvu des qualités qui lui permettraient de
persister dans la vertu. Il est contraint de descendre avec Eve en
détournée « de la réalité supra-terrestre sans couleur, sans forme,
intangible » pour Ja précipiter dans le sensible. Philon y verra
comme une doublure philosophique du récit concernant l'expulsion
d'Adam, ainsi que nous le montrerons après avoir souligné, au
préalable, le fait que la perspective biologique ascendante n'est
nullement absente du De Opificio Mundi, du Legum Allegoriac
,
1. Legum Allegoriae, 1, 32-39; Quis Rerum Divinarum Heres, 568; Je Plantatione
divine
19 s : Quod Delerius Potiori insidiari soleat, 83-90. Selon Leg. All, T, 42, l'âme
non plus que d’autres traités où Philon est amené à traiter de
l’histoire d'Adam et d’Eve.
insufflée à l'esprit terrestre esl une faible brise comparée an souffle puissant qui anime
l'homme à l'Image. De même selon le Timée, 414, les âmes humaines que le Démiurge
d’un
dose dans le cratère qui lui avait servi pour la création de l'ame du monde, sont
alliage moins parfait.
1. 42d, trad. A. Rivaud : elç ro the rporns nai4 dpiorne dpixorro elôos EÉecos.
2. De Cherubim, 58.
1-16; De Planta3, Cf. la transposition du mythe du Phédre dans Lie gigantibus,
3. Cf. V. Goldschmidt, La Religion de Plalon, Paris, 1949, p. 91, note 6, qui souliwne
justement l'intention protreptique du mythe du Phèdre, dans lequel c'est la condition
des âmes incarnées, en possession des deux penchants, attribuée aux choreules inçorporels des divers dieux de ia grande procession, qui coustitue le moteur du drame. Le
mythe du Phèdre cuhnine essentiellement en une exhortation à la philosophie,
concernant Ics hommes.
28
2. Phèdre, 2417a - 248c.
tione, 14: De Somniis, I, 138-142. Les ârnes plus divines (rès BE Derorisas uraoxeus
, De
Aayobouz, De Planiat., 14; petiévoys Devruire nai Ariuréccv éruayosoa
somme aux dieux
Somniis, 1, 140) et qui ne s'incarnent jamais ici-bas, correspondent en
ämes humaines
les
sont
autres
les
;
anges
aux
assimilés
de la procession du Phèdre
ou remontent à leur patrie
qui se laissent emporter par le tourbillon des sensibles
conformément à des nombres et à des périodes fixées par la nature.
Page 15
Voir dans le PDF(s’ouvre dans une nouvelle fenêtre)un milieu ontologique inférieur où les tuniques de peau! seules
leur permettront de subsister et où le procès de l'incarnation dont
il était fait mention dans Legum Allegoriae, 1, 32, parviendra à son
terme. Mais ces tuniques c'est Dieu lui-même qui en revêt ses
créatures et Philon en célèbre la confection comme une œuvre digne
du Créateur?.
La scène de la chute est, dans le De Opificio, 154-155, narrée en
termes assez équivoques. Au moins ressort-il de ce texte que l'âme
humaine a eu à « choisir » entre ses deux penchants ou si l’on préfère
parler en termes du mythe du Phèdre entre l'obéissance au cheval
docile ou l’abandon à l'impulsion du cheval rebelle. Chez Philon
l'équivalent du premier est «l’Homme à l'Image »® ou l’arbre de
vie et l'équivalent du second, Ève séduile par le serpent et l'arbre
LE RECIT DFE LA CREATION CHEZ PHILON
299
de la connaissance du bien et du malt. De fait, si l'incarnation
se situe bien au terme de la faute d'Adam, elle n'en indique pas
clairement la nature et du reste elle était, nous l'avons dit,
inévitable. Si bien qu'il paraît légitime d'admettre que le crime
consiste ici non tant dans le fait de choisir le sensible, mais dans
la manière dont Adam le choisit. Placé entre les deux arbres du
paradis comme entre les deux pôles d’une alternative® il donne
la préférence en lui au penchant passionnel, il place au-dessus de
la vertu et de la piété la sensation corrompue par le plaisir qui
le lie obligatoirement aux innombrables sensibles d’où elle tire sa
il est reproché à
substance. Le De Opificio Mundi est formel*,
Adam non d’avoir choisi l'incarnation, puisque l'Adam, mis en
scène dans ce passage, est concret, mais d’avoir fait bon marché
de la piété et de la sainteté, en leur préférant la vie sensible déréglée
et l'amour de soit. C’est la faute même contre laquelle le Démiurge
du Timée mettait en garde les âmes une fois qu'elles se seraient
incarnées. Adam et Eve deviennent une seule chair. «Tel est
]. Conformément à une image d'origine orphique (ef. Empédocle, fragt. 126 Liels ;
Porphyre, Sur l’anire des nymphes de l'Odyssée, 14), Philon interprète les tuniques de
Genèse, IIT, 21 comme symbolisant le Corps : cf. OQuaestliones in Genesim, 1, 53.
Comparez aussi Legum Allegoriae, 11, 58; De Fugu el Inventione, 110.
2. Quaestiones In Genesim, 1, 53.
3. La conceplion que Philon se fait de «l'Homme à l'Image» mérilerail une
monographie. Qu'il nous suffise d'en signaler ici les traits principaux. L'« Ilomme à
l'Image » est l’image du Logos de Dieu et le paradigme de Adam terrestre (c'est-à-dire
du voÿs en l’homme. Quaestiones in Genesim, I, 4). Mais c’est aussi un autre nom de
la sagesse élevée et céleste, du vobs au-dessus de l'homme et le paradigme de lu partie
directrice de notre âme emplie de pensées comme le paradis est empli d'arbres (De
Opificio Mundi, 154). Voilà pourquoi Philon aflirme soit que «}'Homme à l'Image »
a été constitué gardien du paradis (Legum Allegoriae, I, 53, 55, 88) puisqu'il est le
modèle d’après lequel le paradis a été planté ; soit qu'il n'a jamais été introduit dans
le jardin (De Planialione, 44; Quaestiones in Genesim, 1, &) puisque le paradigine est
en quelque sorte extérieur à l’image ou que, comme aurait dit Platon, seules les âmes
incarnées ou Îes natures intermédiaires (cf. Banquet, 204a) ont besoin de philosopher.
Si «l'Homme à l'Image » est distinct par définition du Logos de Dieu, il n'en est
l'homme dont il parle, s'écrie Philon, il préfère l'amour des passions
à l'amour de Dieu »5, En effet, la partie supérieure de l’homme,
l'intelligence se laisse subjuguer par la partie inférieure au lieu de
lui commander. « Il se dissout dans l'Inférieur, le genre de la chair,
la sensibilité qui est la cause des passions. » L'âme fidèle à sa
vocation procédera au rebours d'Adam, elle soumettra la sensibilité
à l'intelligence et cherchera à imiter la conduite de Lévié.
Si les perspectives transmigratoires du Timée ne sont pas
franchement maintenues chez Philon, l'analogue s’en retrouve
toutefois’.
D
1. « L'arbre de la connaissance du bien et du mal » symbolise la dyade c'est-à-dire
la matière et. le devenir avec leurs vicissitudes (cf. Quaestiones in Genesim, 1, 15, 36)
pas moins une reproduction extrêmement fidèle. Au point que la terminologie de Philon
et aussi la science hurnaine qui en est inséparable et qui est terre-à-terre, médiocre et
à éclipses. Philon l’oppose à la science du Logos ou de l'Univers. Cf. De Opificio Mundi,
est ici en apparence assez confuse., En effet dans Legum Atllegoriae, 1, 43 «la Sagesse
154 ; Quaestiones in Genesim, I, 11, et comparez 57.
exaltée et céleste » est nommée principe, image et vision de Dieu (&pyhv at etxéve
2. Cf. De Opificio Mundi, 155: Oéuevos 8È Torous (scil. les arbres) ro 6pouc Ëv
s
Qu? Comparez De Plantalione, 37.
#al 6paoiv Geod) cependant que dans De Confusione Linguarum, 146, le Logos porte
les noms de « principe, nom et substitut de Dieu, Homme à l'Image, Israël le Voyant »
3. Jbid. I] faut noter que, dans ce passage, le choix d'Adam n’a été précédé d'aucun
(tpyh xat.bvoux Geob mat X6yos mai 6 ar” elxbva EvBpuros at 6 6pov 'IosxrA) Certains
avertissement divin. Adam se décide en se réglant sur son libre arhitre qu'il a laissé
textes (Quaesliones in Genesim, 1, 11, 57) en donnent une image qui semble rappeler
se corrompre par la euaxvriæ. Son choix n'en est pas moins, objectivement, une révolte
de bien près l'âme du monde. Sur le plan philosophique, « l'Homme à l'Image » est
contre Dieu. Il s'est détourné du ciel et s'est livré complèlement à la terre (cf. Quaesiiones
le symbole de l'âme sainte qui aspire à rejoindre le Logos dont elle constitue une
in Genesim, 1,51).
4. De Cherubim, 58-61.
D. Legum Allegoriae, 11. 50. Trad. C. Mondésert.
6. Cf. Legum Allegoriae, 11, 51 : De Ebriciale, 70, etc.
7. En ce qui concerne les végétaux, leur création obéit selon le Timée au principe
imitation (Legum Allegoriae, II, 4). Par l'insufflation qui lui a imparti un faible souffle
du pneuma divin, l'homme moyen Jui-même a recu vocation d'aspirer à rejoindre
l'Israël Céleste ou «l'Homme à l'Image » qui est l'idée d’où il procède el qu'en une
certaine manière il porte en lui-même sous forme d'empreinte (cf. De Decaloga, 134).
Cet élément démonique en l'homme, le vs5s qui par essence est vertu et vision de Dieu,
tend nalurellement vers l'arbre de vie, symbole de la piété et autre désignation allégorique du Logos : cf. De Opificio Mundi, 154, et De Plantalisne, 41,
d'une évolution ascendante ou plus exactement d'un finalisme dans lequel Philon
pouvait retrouver sans peine la doctrine de Moïse. La flore est produite avant l'achèvement de l'espèce vivante à laquelle elle fournira abri et nourriture : Timée, 77.
Page 16
Voir dans le PDF(s’ouvre dans une nouvelle fenêtre)301
Selon Timéet comme selon Moïse, l'humanilé masculine existe
vrai que, malgré des analogies incontestables, entre le récit de
naissance, issues des hommes qui s'étaient au cours de la première
irréductibles. Surtout, le Récit de la Création selon la Bible, est,
d'abord seule. Les femmes n'apparaissent qu'à la deuxièn e
existence laissés subjuguer par la lâcheté ou l'injustice c'est-à-dire
qui avaient laissé prédominer en eux l'élément irrationnel D
même d’après Philon, comme nous venons de le voir l'homme
fautif se transforme en femme sous l'impulsion de cette sen ibilité
qui est tirée de sa propre substance?.
FT
| A la différence du De Opificio Mundif, le Legum Allegoriae ne
connaît qu'une faune symbolique, Sa signification s’éclaire
lorsqu on la rapproche du Timée. Selon le Démiurge“, si l'âme qui
d'homme a été transformée en femme persistail dans sa malire
suivant la manière dont elle aurait péché, elle « serait. toujours à la
ressemblance de son vice, transformée en un animal ». PURES
gag Passage de Timées J0e-91, transpose dans les termes génétiques
n à rebours et sur le mode ironique, une conception
comme le mythe de la béle monstrueuse du 1X® livre de La hé
bliques. Ces notions platoniciennes sont à Ja base de l’allégoric des
animaux qui se lit dans Legum Allegoriae, 11, 9-19. Philon fait de ces
animaux la désignation symbolique des passions qui peuvent être
pour l'homme des aides ou des ennemies selon qu'il se les soumel
ou non. Philon joue sur le sens du verbe «appeler » : « donner un
nom» ou «inviter», pour montrer que lorsqu' Adam donne des
noms aux animaux il leur fait en réalité accueil et se transforme n
eux. Ces noms « deviennent les noms$ non seulement de l'objet
appelé, mais de celui qui l’a appelé : si par exemple, c'est le laisi
quil avait accueilli, il était appelé homme de plaisir : si est le
n os D ete on ; n .e est l intempérance, intempérant
;
est
,
e, et ainsi du reste ; de même que l’homme
qualifié en vertus est appelé selon ses vertus prudent, tempérant
juste ou courageux, de même celui qui est qualifié en vices est
appelé injuste, imprudent, lâche, quand il aura appelé à lui et
accueilli les dispositions correspondantes ».
POSER
En un mot il paraît certain que Philon a trouvé dans le Timée
une analogie générale entre le mythe cosmogonique du traité
platonicien et le récit de Moïse, ainsi que des possibilités récieus s
de motiver ce dernier philosophiquement. I] n’en reste nas moins
Platon et celui de Moïse subsistent des points de divergence
nous l'avons signalé, d'une complexité extrême pour l'exégèse
soucieuse de l’amener du plan du mythe à celui du logos. I offre
des possibilités d'interprétation multiples qui se chevauchent et
se contredisent ou s’annulent réciproquement. Ces incertitudes se
reflètent, en particulier, comme nous avons cu l'occasion de le
signaler, à propos des œuvres du septième jour et de la genèse de
l'homme, dans les écrits mêmes de Philon.
L'origine d’une telle ambiguïté doit être cherchée dans le texte
de la Bible. Comme il est notoire, le second verset du. deuxième
chapitre de la Genèse : « Dieu acheva au seplième jour son œuvre
qu'il avait faite et se reposa au septième jour de Loute son œuvre
X
qu'il avait créée en la faisant » est rendu dans la version des LX
de la manière suivante : «xai œuveréhenev 6 Os: ëv +7 fuéoz 7 EXTT,
rà épya aùroÿ à émoiros xal AUTÉTAUGE Tf fuéox Th E000uT, dr
révrov rov Épyov adrob Ov énutrss ». Celte traduction interprète
d'une manière sans doute légitime la première mention du septième
jour qui se lit dans le texte massorétique comme une Himite excluant
entièrement l’hebdomade et la consacrant entiérement au «repos »
divin à la façon du sabbat. Mais rien n'empêchait de comprendre
le texte hébraïque comme indiquant que les labeurs de l'ouvrier
cosmique avaient empiété sur une partie du septième jour; et il
n'est pas impossible qu'une telle tradition ait existé à Alexandrie,
en dehors même de Philon.
On pouvait donc imaginer que l'achèvement de la créalion, dans
son aspect le plus haut, avait eu lieu durant l’hebdomade avec la
réalisation concrète des espèces ayant à son sommet l’homme,
porteur du souffle divin. Quant à l'homme, s'il était facile
d'admettre que «l'Homme à l'Image » eût été créé avant Adam
puisque le paradigme précède normalement la réplique qui l’imite,
on se heurtait à la question de savoir pourquoi c'était l'aspect
immortel de l’homme, « l'Homme à l'Image » qui avait été créé «en
conformité avec l'hexade », chiffre du sensiblet, tandis que l'on
pouvait, inversement, être amené à siluer la création de l’homme
matériel au jour consacré.
L'analyse de certains textes de Philon permet d'apporter une
réponse à ces difficultés. Nous y apprenons, en effet que l’hexade
1. Timée, 42a, 90e.
2. Cf. Legum Allegoriae, II, 73.
au ju draiué, fidèle ! rentre du texte biblique, raconte la genèse
des espèces animales
ans
]
cendant. Certains détails,
détails, tels< le caractère
‘aractère
fruste
frus des
PE noi
poissons, peuventl
PrUsRS de gimée 92b. La description du serpent, symbole
du plaidir qui ut Rorter
| son ventre sur la terre (De Opificio 1Mundi » 157
197, et Legum Allegoriar,
Aleg
11
S
provient de Genèse III, 14 interprété à la lumière de Timér,
9a
k
FES
4. Timée, 42c. Trad. À, Rivaud.
|
5. République, 588c et ss,
6. Legum Allegoriae, 11, 18. Trad. C. Mondésert.
cest, s'agissant de l'homme, non une allusion au caractère mortel
de l'Univers, mais à sa perfection : celle de l’homme vertueux en
fait un parent de l'Univers?. Dès lors, il est possible de placer au
sixième jour, et ce, en raison d'une singularité philologique de
1. Leyum Allegoriae, 1. 4.
2. De Opificio Mundi, 82, Quaeslivnes in Genesim, IV, 164.
Page 17
Voir dans le PDF(s’ouvre dans une nouvelle fenêtre)303
Genèse, I, 26 et 27, la création complète du microcosmel. Inversenumérique. Il prouve ainsi le caractère rationnel du Récit de la
Création selon Moïse et surtout la réalité du plan divin dont ce
Récit affirme l’existence dans l'univers et dans les choses. Tel est,
en effet, l’objet essentiel, l’objet propre, nous l’avons déjà souligné,
du traité philonien. Les vraies idées dans le De Opificio Mundi,
sont, croyons-nous, non pas les objets que l’on décrit, mais leurs
mesures1, les nombres, qui indiquent non une succession temporelle,
l'image » au sens restreint, confié à la garde du génie divin qui
même temps qu'ils éclairent les divers niveaux d’être et la nature
‘
profonde des choses.
Mais, dans le domaine du commentaire arithmologique également, l’on se gardera de vouloir ramener trop rigoureusement
Philon à un système précis de la pensée grecque. L’harmonisation
ment, le caractère de l’hebdomade, «signe et chiffre » du parfait
Logos, rend compte du fait que Moïse, devenu incorporel, et
semblable au Logos par une seconde naissance mystique qui lui
fait « transcender la République de l’Univers?», est appelé au haut
du Sinaï le septième jours.
Mais Adam lui-même reçoit, par la grâce divine, une participation
au Logos, faible et pourtant qui suffit à faire de lui un «homme à
l’habite, « une plante non point terrestre, mais céleste »4, La genèse
de cette « plante céleste » est donc concevable lors de l’hebdomade
d'autant plus naturellement que dans l’arithmologie des pythagoriciens le nombre sept est le symbole de la créature rationnelle
qu'est l’homme concret.
La pensée de Philon reflète ces incertitudes. Elle reste
constamment, concernant le Récit de la Création, enchevêtrée
ou peu claire. Ce n’est sans doute pas un hasard si Philon évite de
comme on sait, mais un ordre logique, un sens de la création, en
réalisée avec le pythagorisme n'est qu'imparfaite. (est que les
données premières pour Philon ne sont pas les spéculations
numériques des néo-pythagoriciens, mais les S nombres contenus
systématiser l’enseignement de Moïse en une doctrine cosmodans la Bible et dont il s’efforce de rendre raison à l’aide des données
de la philosophie numérique courantes à son époque. Ÿ ramener
domaine de l'exégèse du texte scripturaire. Certes, quelques textes
des Legum Allegoriae ou des Quaesliones in Genesim postulent bien
qu'une partie des œuvres de l’hexaméron élaient incorporelles
mais nous n'avons pas les moyens d'affirmer en toule certitude que
Philon étendait cette qualité à toute l'œuvre des six jours el
Cet angle très particulier de la pensée de Philon permet de
rendre compte de ce que l’arithmologie de l'auteur alexandrin,
gonique complète et unique, mais se cantonne toujours dans le
l'influence, partout sensible, du Timée peut inciter à rechercher
une explication différente. Surtout, il est impossible de ne pas
observer que, dans le De Opificio Mundi, Philon se contente de
suivre verset par verset la narration biblique à laquelle il se garde
les singularités apparentes du texte scripturaire était à ses veux
à la fois expliquer la Bible et la défendre.
surtout lorsqu'on la compare d'un traité à l’autre, peut sembler
avoir de luxuriant, de confus et finalement, en dépit des notions
mathématiques mises en œuvres, d'assez peu rigoureux. Ces
singularités sont sensibles dans le commentaire arithmologique
semble-t-il, d’ôter rien de son obscurité, ne mentionnant la doctrine
du Récit de la Création et ne se bornent pas au fait que les végétaux
dans le De Opificio Mundi correspondent. à la triade, les animaux
à la pentade et à l’hexade, l'homme à lhexade ct à l'hehdomade
univers que l'on suppose intelligible, d’une façon si extraordinairedoctrines relatives à la dyade, la triade, la tétrade et l'hebdomade.
des idées que là où Moïse lui en fournit l’occasion et non au lieu
où l’eût exigé la logique et, surtout, décrivant les réalités d’un
ment concrète que l’on éprouve à chaque instant quelque peine
à maintenir la relation sur le plan abstrait où elle est censée se
situer. Plutôt qu’une description du Monde Intelligible
le De
Opificio Mundi nous parait être une étude de l'énlelligibilité
du monde, idèlc à la suggestion même du texte biblique qui met
en scène des réalités sensibles et non des idées, Philon part du donné
concret de l'univers et l'interprète à la lumière de l'allégorie
1. Cf. le passage du De Fuga et Inventione, 71-73, que nous citons plus hauL.
2. De Gigantibus, 61.
3. Cf. Quaestiones in Exodum, 11. 46, cité plus haut.
4. Timée, S0a. Comparez Philon, De Opificio Mundi. 69, De Plantatione, 17-19, et
:
.
+
;
Quaestiones in
Genesim, 1, 93 : « l'homme
céleste est un être | mixte composé ?d'une "7âme
etd un Corps ». Du reste les Septante dans Genèse, Il, 7, désignent Adam ile l'appellation
de +ov &swrov avec l’article d'excellence.
selon un ordre qui est strictement mosaïque et non pas pythagoricien. L’on observe aussi une sorte de concurrence entre les
Pour le Legum Allegoriae, 1,3 : «la dyade est l'image de la malière
divisée et, fractionnée comme elle: et la triade, celle du corps
»,
solide, puisque le solide est divisible suivant trois dimensions?
invoquée
n’est
dvade
la
36-40,
Mundi,
Mais dans le De Opificio
que pour montrer que la création du ciel sensible succède logiquement à la création du monde intelligible. La triade n'y est
simplement pas commentée. Tandis que la tétrade que Philon
célèbre en termes tout à fait pythagoriciensÿ semble marquer un
1. Cf. par exemple Quaeslionrs in Genesim, IV, 8, et la remarque d'É. Bréhier,
Ilistuire de la philosophie, t. 3, p. 441, sur le symbolisme numérique des néepytharnriciens, où le nombre est envisagé « non comme point de départ d'une science autonome,
mais comme méthode d’accès à une réalité non sensible ».
?. Trad. C. Mondésert.
3. Cf. De Opifirio Mundi, 47-53, 102, et comparez Hiéroclès, Commentaire sur les
vers d'or des Pythagoriciens, trad. M. Meunier, p. 244 et ss.
Page 18
Voir dans le PDF(s’ouvre dans une nouvelle fenêtre)nouveau départ du monde sensible. En effet, la tétrade était dans
les spéculations pythagoriciennes liée à la doctrine de l'harmonie
des sphères et Philon y voit une justification du fait que Moïse
situe au quatrième jour l'ornement du ciel. Mais la tétrade est
aussi la figure du solide. Le point correspond à la monade, la
ligne à la dyade, la surface à la triade, tandis que le solide est le
propre de la tétradel. En outre, la tétrade était chez les pythagoriciens l’objet d'une vénération toute particulière. Les Vers
d'Or (47 s.) nomment Pythagore «celui qui nous transmit le
quaternaire sacré, source de la nature dont le cours est éternel ».
« Le quaternaire, commente Hiéroclès, embrasse et contient toutes
choses, Il est le nombre des âges, des sociétés. Effectivement, le
quaternaire est la cause créatrice et ordonnatrice de tout, le Dieu
inlelligible el suprême qui créa le dieu qui règne dans le ciel el dans
le monde sensible »?, Une excellente note de M. Meunier propose de
reconnaître dans la formule concernant le dieu céleste et sensible
« le dieu qui se manifeste dans l’ordonnance harmonieuse du monde »
et renvoie aux dernières lignes du Timée. Quant à la tétrade, elle
symbolise le Dieu suprême et caché en tant qu'il crée le monde.
Ou, si l’on préfère, la tétrade est l'aspect démiurgique de la
monade, tandis que l’hebdomade figure la tétrade «inscrite »
dans l'Univers® : l’ordre et la loi du Monde‘. En d’autres termes
encore, et, cette fois, en termes philoniens, la tétrade ct l’hebdomade sont également des désignations du Logos : l’une du Logos
en tant que principe d'organisation et d'équilibre de l'Univers,
l’autre de la Sagesse et de la Sainteté qui s’y reflètent tout en lui
restant transcendantes5, Voilà pourquoi toute une série de textes
de Philon célèbre la tétradef comme l’origine du monde sensible.
Dans Quaestiones in Exodum, 11, 93, 94, 95, 97, la tétrade figure
le Logos à la fois visible et invisible qui sépare les réalités incorporelles, contenues dans la première triade de la semaine cosmique,
1. Cf. De Opificio, 49 ; De Decalogo, 25.
2. Ilieroclès, op. cil., p. 245 et note 2.
3. Cf. ibid., p. 242 sq. : « Le quaternaire est aussi un milieu arithmétique entre la
monade et le septémaire, car il surpasse la monade du même nombre dont il est surpassé par le septénaire, supérieur de trois à l'unité et inférieur à sept également de
trois. » Comparez De Opificio Mundi, 102; Quis Rerum Divinarum Ieres, 165.
4, Cf. De Opificio Mundi, 100. La Tétrade est le Logos en tant que Démiurge,
seconde: Dans Que Here
des réalités corporelles que renferme dla la cr ion & sont figururé
rés PA
jours s de
30 les sept tjour
jui narum Iere" s, 165,
Divi
reupep
Gccu
Jour
jour
e
e
m
rièm
quat
le
k<
créé
le. Le s oleil
)
le chandelier du Temp
Logos
«
le
)
e
re e et symbolis
prari che centrale du Juminair
; Ja bran
it
Îleses
n
en
ee
et
es
rair
le cont
Sépa
É rant t les
d enen sépa
CrÉ le monde
ivi seur » qui crée
divi
a
ur
de
e
Pep
de
mon
de
ce
conciliant “ar sa présence médiatri re de |la tr
x
s
e
deu
ss
,
d'aut
a
de, pa rt et
iti tion
posi
?
lité, et l'op
égal
l'éga
g
50
et
ère que l'éternité
Triades de la semaine originelle sugg égale.
nn
|
|
re
mesu
une
mobile le tempss ont reçu
parois
et
tion
mula
accu
e
Si déroutants que puissent sembler cettil est
ques
e
r
mar
»
s
jus
$
s,
g
ithmologique
sy oles arit}
de symb
ce cumul de
:
e
€
S
ne
tent nt Fplutôt qu'ils
1 se complète
'ensemble ils
des
des
on
on
Phil
pour
p
sont
bresN sont
t entre eux. L es nombre
ê
éren
érent
É terf
qe
ou n'in
q
vo
qu'é
qu'é
ceux
et
es
“hos
«
vertes sur la nature des
‘Live
i
un
ère, , à ses
TE
qe mani
foïse ont, , en quelique
tion selon Moïs
ré
Créa
Cré
la
la
de
de
P
ci
récit
P
le
ts
q
ven
1ls
r 5 st
"latonon*.
bres 1idéaux de Plat
veux les propriétés des nombres
eux on ne sable
e
entr
an
pend
indé
ment
ordre ile sont fonciére
si
ôibleJ
sens
S
€
la réallé
e
e
u
q
qu
t
t
m
C ndan
es,S cepe
| ter les unsS aux< autres,
les ajou
i
Ain:
Ains
s.
a
l
à
à
ux
idéaux
idéa
s
e
res
nomb
ces
s s€de
ieur
ie]ciper de plusieur
seut parti
et les jours suivants enseigne
l'o phsition. entre le Jour Un
le séparé, D ciel partitipe ton
L'okistence d'un monde intelligib
Crea?ie
le cra
e ; la
erérieureà la monadad
post
est post
-ci est
dyade en tant que cellesci
Po
SU
la
la
ère
re
sugg
suggè
,
jour
ième
rois
troi:
av t le soleiÏl, au
des
é plantess avan
que,
AU
qua
sen
;
divine
>s à l'omnipotence .d
i naturelles
des lois
bi
tion
tant
ent
en
e
de
dyad
dya
la
à
r
orti
‘auu ress
à la terre et auxN mers, ils ont bea
t le temps et les mesures La
<ensibles c'est la tétrade qui, suggéran
ire de 1 nnix eTs else sa a
temps ainsi que la structure quaterna
ni r
mise
|
ù aite et+ corco
) intelligible> de &sa plus parf
:
ipe
est le princ
riome
quat
Le
et,
s
temp
le
avec
tion D'ailleurs le monde commence animales et l nomme e He
jour;le monde est, sauf les espèces nomb
pe
rappelle
nts ta
uivaants
trois TON res suiv
Les trois
ité.. Les
'é rnité
gé de l'éte
dégag
mentt déga
e.
ss
tr
de
e
n
mm
com
co
et,
ue
dre zoologiqu
i l'ordre
tia n que suit
la gradatio
tes
es
ces
espè
des
ls
ntie
ntic
esse
S ment les caracctères
orammes, résu
ne
lu
la
indique enfin que
S'agissant de l'homme, l'hebdomade dévart ton ] Probe ent
de
t
poin
n
qu'u
du quatrième jour n’est
e e sert
sophi
rhilosophi
: laquelle Ja philo
‘univers parfait vers
re de l'un
nnière
est la luni
té Ni
uni
Il
ete
laqu
sans
ique
de passage®. Quant à la justice cosm
geere
a
!.
subsister, la Bib
ourrait «ètre son propre ami» ni
eux
en
ï
r
répa
se laisse
:
0
"
s
.
.
11, 122 : « But the divine Logos, which is established over all things, is immaterial
being, as it were, not impressed upon them but expressed, for it is external Lo all
substances and to all corporeal and incorporeal elements. »
6. Le nombre quatre est dans la Bible un nombre sacré. Cf. e.g. De Planlalione,
117-126. Comparez aussi De Opificio Mundi, 52.
,
-
.
.
a
…
L
.
à
,
np
è
e
‘
ur
s
L
inelle
Aussi puisque l'hebdomade orig
ateur. Toules res 16Con$
médi
s
Logo
le
par
triades séparées
l’'hebdomade le Logos en tant qu'âme du monde.
5. Cf. Quaesliones in Genesim, I, 57, trad. R. Marcus : « For in a certain sense the
wisdom of the world was a mirror of the powers of God, in accordance with which
it became perfect and this unfverse is governed and managed » : Quaestiones in Exodum,
305
LE RÉCIT DE LA CRÉATION CHEZ PHILON
Cf.
=Ou js Rerur
à
{tée
ù
Ps L compte
iune e*
i ? médi
Dans le & 219 Q lala tie
169.
+
on
noti
e
Cett
6, 7,9,
t les Six autres.
vient ‘diviser exactemen
rum Jreres
ina
i
Div
l
e élémen
et qui
sepliémém
un s
comme
e, },J, 4, 4, 5,
Genèse,
ï
ans Genès
is que dans
ndants bibliques, puis
du Logos diviseur a des répo
tes
na
.
ation
sépar
de
es
term
en
14, elc. la création est rélatée
. Cf. Aristote, Melaph. M 6, 1080
à 30-28: 1, 11-14; 108 à
3. Quaeslivnes in Genesim, 1, &, 97.
Page 19
Voir dans le PDF(s’ouvre dans une nouvelle fenêtre)i
sériques de LEc
l'Écriture
numériqu
Iusions
is le critique se
M oquer. hmolagiaies
De
nes légitime
dede les éx
Peer é tement
Prderae onst ment de réifier les symboles ne eo mÈte OÙ
pue et
eux uné théorie physiqu
Etendre asecoi sur
aq e
€
eue
pour
PO
demander
demancer
se
so
de
lieu
au
nt
eohé
cohérente,
nent
de
Î PR
q
et
allégués
sont
symboles
ces
propos
quel
*S
à
contexte
contexte
|
visée exégétique exacte.
Valentin NIKIPROWETZKY.
6ÿ
.
NIkIPROWETZKY V.. Pro
blèmes du Récit de la créa
Avec le pythagorisme] :
tion chez Phiton [rapports
cf. Philo Alexandrinus.
NIkIPROwWETzkY V.,
Problèmes
du Récit de La
drie : REJ IVe Sér,
jv 1965 271-306. | Con création che Pkilon d’Aleranfrontation des textes
traite du Récit de
la Création. Le De
où Philon
opificio
ligibilité du monde
plutôt
mundi est une élude
de l'in
qu’une description
teldomaine du commentai
du monde intelligible
. Dans le
re arithmologique,
l'harmonisation avec
risme est imparfaite,
le pyt
Philon accumule des
Cependant, dans l’e
symboles arithmologiq hagonsemble, se complèten
ues qui,
t plutôt