La notion de controverse

Auteur
Moutsopoulos, E.
Publié dans
Philosophia
Année
2003
Sujet
OPPOSITES
Langue
Français
Catégorie
C7 Philosophie
Numéro d'archive
6580

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bibs no pour | loo yO, que le nombre fondamentaux de la réalité demeure rigoureusement constant chez Empédocle, alors de même que de leurs modes d’union pour former les corps particuliers demeure quasiment infini, réduits au nombre celui de leurs modes de désagrégation. Toutefois, il ne s’agit plus ici d'éléments de deux, mais bien de leurs modes de coexistence, positive ou négative. Le nombre des éléments Les origines de l'homme, Nice, Univ. de Nice, 1998, pp. 125-132. de la culture 1 Cf. E. MoursopouLos, Kairos et alternance: d’Empédocle à Platon, Philosophie n de pureté grecque, Athènes, Académie d'Athènes, 1998, pp. 49-56; Le modèle empédociée 320 d), élémentaire et ses fonctions, ibid., pp. 43-48; La création de l'homme (Platon, Protagoras N'est-ce pas d’ailleurs ainsi qu’Empédocle envisageait déjà la réalité élémentaire lors des phases alternatives d’attraction et de répulsion de ses contenus!? En tout état de cause, et pour la commodité de l'exposé, il cst préférable de considérer les situations de la manière la plus simple, quitte à y pourrait disserter à loisir sur les types de liens qui unissent négativement des groupes de réalités distinctes entre clles. I] convient cependant, pour faciliter l'examen du problème, de réduire au maximum le nombre des parties en cause. premier des cas envisagés; dissemblance, écart ou, plus exactement, opposition qualifient les rapports que les trois derniers cas impliquent à leur tour. On contraires, les unes par rapport aux autres. Identité, analogie ou encore homologie sont les traits caractéristiques des rapports impliqués dans le plusieurs situations qualifiant des réalités similaires, différentes, voire On dénombre souvent plusieurs modes de coexistence de deux ou même l’acuité des thèses impliquées. et de bonne volonté, peut aboutir à un consensus, grâce à l’atténuation de controverse, à condition qu’elle sc manifeste parmi des personnes de bonne foi elle entraîne leur soutien respectif ainsi qu’une tentative de justification au cours d’une discussion suivie. Notre intention est de montrer qu’une structuré ou même, peut-être, le qualifieront de complètement inconsistant. Or une controverse ne s’arrête aucunement à une simple différence d’ opinions; controversé. Certains le considéreront satisfaisant, d’autres le trouveront mal jugements de valeur, légèrement ou substanticllement divergents, à propos d’un objet de la conscience. Notre propos, par exemple, est susceptible d’être démarche. Disons d’emblée qu’une controverse consiste en un nombre de dissocier. II y a donc lieu de procéder par un détour censé faciliter notre celui-ci dans un ensemble de concepts qui lui sont apparentés, avant de Ven Afin de mieux cerner le sens du terme de controverse il convient d’intégrer LA NOTION DE CONTROVERSE Tso eis Las & .

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E. MOUTSOPOULOS revenir pour examiner des situations plus compliquées. Or il est entendu que des rapports simplifiés appliqués à des situations réelles risquent de se révéler schématiques. Il est néanmoins méthodiquement correct de commencer par l’examen des rapports les plus rudimentaires, pour ne passer qu’ultérieurement à l'étude d'états composés ou complexes et partant obscurs. Il est évident que unique intention de l’auteur de ce texte est de delimititer, dans ses grandes LA NOTION DE CONTROVERSE 23 instaurée par Aristote et qu'elle continue de dominer notre pensée à l'ère de l’informatique, accorde une importance primordiale au principe de contradiction. Or ce principe n'est strictement valable que sur le plan de la pensée scientifique. Il n'a pas rigoureusement cours sur le plan pratique et certainement pas dans le domaine de la pensée qualifiée de primitivef, d’archaïque? ou de mythique, encore moins dans le domaine de la pensée de lignes, le cadre théorique des applications possibles de la notion de controverse. Force nous est de constater que cette notion est apparentée à un ensemble d’autres notions qui, toutes, dénotent un mode de coexistence plus ou moins l’enfant?. Chez celui-ci on remarque un passage incessant à partir du principe négatif de réalités, elles-mêmes plus ou moins irréductibles les unes aux autres. Sur le plan des dialectiques on distinguera, par exemple, l'opposition de type validité sur le plan pratique laisse toujours à désirer. On concédera qu’il existe kantien (où liberté et déterminisme dans la nature sont les explications de deux thèses irréductibles), de l’ opposition de type hégélien au terme de laquelle thèse et antithèse se résolvent en synthèse qui va jusqu’à les transcender, les «supérer» (aufheben)*. Un autre type d’ opposition dialectique, apparemment primitif d’identité, où l'idée de contradiction n’intervient guère, vers la forme aristotélicienne et postaristotélicienne de ce principe, dont, répétons-le, la des réalités ou encore des situations qui risquent à tout instant de se désintégrer en raison des tensions contradictoires dont elles sont affectées; toutefois, le fait même de leur durée implique que ces tensions s’exercent moins vigoureusement qu’on ne le croirait de prime abord; d'où la condition d’un équilibre irréductible, est celle de l'être et du non être, qui remonte à Parménide d’après instable qui facilite leur maintien. D'autres types d’attitudes permettent de supposer l'existence de degrés qui pareille opposition «ne sera jamais résolue». Et pourtant, Platon qui, dans d’opposition moins marquée. Deux d’entre eux sont introduits par les termes de être par la création des conditions d’une communion entre eux et ouvrant, par la même occasion, la voie à la constitution de la structure métaphysique confrontation ou d’affrontement. Le premier désigne la manière d'être de deux parties adverses, antagonistes ou franchement hostiles, impliquées dans la revendication d’un même primat; il exprime l’esprit de polémique qui peut apparaître sur plusieurs plans à la fois, et une préparation de part et d’autre, dans l'attente d’une lutte, ne serait-ce que sous forme dialoguée, éventuellement nourrie d'arguments, tel l’agôn ou la strette, qui marquent respectivement le l'ensemble, souscrit à la doctrine parménidienne, procède, dans le Sophiste, à l’interpolation, entre ces deux valeurs ontologiques fondamentales, de deux autres valeurs intermédiaires, celles du non être de l’être et de l'être du non être, résolvant ainsi, à sa manière. le problème de l’irréductibilité de 1’ étre et du non fondamentale du néoplatonisme’. Des exemples qui précèdent il ressort que deux types d'opposition fondamentaux s'offrent à notre investigation: un type d'opposition statique et un type d’opposition dynamique qui tend à sa résolution, celui-ci se présentant sous au moins deux variantes. Selon la première de ces variantes, l’ opposition contient (ou crée) sa propre supération par «explosion»; selon la seconde, elle tend à échanger, par «implosion», la discontinuité qui la qualifie au départ contre une continuité qu’elle instaure de soi, et qui existait déjà virtuellement entre ses termes constitutifs, au point qu'on peut se poser légitimement la point culminant d’une tragédie grecque! ou d’une fugue musicale. Le second de ces deux termes dénote, quant à lui, un conflit déjà engagé, donc des hostilités réelles, mais dont l'issue n’est en aucun cas prévisible comme une défaite, soit comme un retrait obligatoire de l’une des parties adverses. Prenons de nouveau l'exemple de la musique: le processus contrapuntique, loin de prétendre coûte que coûte à l'annulation des sons mis en cause, assure l'indépendance des voix auxquelles chacun de ces sons appartient, tout en pourvoyant à leur consonance grâce au dialogue instauré entre elles. Bien conduit, par conséquent poursuivi dans un esprit de tempérance, de question de savoir si l'idée d’une opposition irréductible ne contiendrait pas une contradiction dans les termes. La notion de contradiction exprime, elle aussi, une opposition, mais qui se manifeste à un niveau logique. En effet, la logique bivalente, telle qu’elle a été 2 Cf. G.W.F. HEGEL, Science de lu logique, éd. Lasson, 1, pp. 383-384; cf. Encyclopédie, addition au $ 88. 3 Cf. PARMENIDE, fr. B 7, 1 (D.-K.'6, I, 234, 31): où yap proce touvo dau elven wij Eóvra. 4 Cf. PLATON, Sophiste, 264 e; cf. E. MouTsopouLos, Le modèle platonicien du système plotinien, Diotima, 19, 1991, pp. 9-12. 5 Cf. Arıst., Métaph., I 4, 1007 b 18; 7, 1011 b 16; 14 1055 b 1; 7, 1057 a 34; 11, 1067 b 14et 21; De interpret., 6,17a33;7,18a11,8,18a27. 6 Cf. Lucien Lévy-BRUHL, La mentalité primitive, Paris, Alcan, 1922 (15° éd. P.ULF., 1960), pp. 23 et suiv. 7 Cf. J. CAZENEUVE, La mentalité archaïque, Paris, A. Colin, 1961, pp. 11-16. 8 Cf. CI. Lévi-Strauss, Mythologiques, t. 1: Le cru et le cuit, Paris, Plon, 1964, Introd., pp. 9 et suiv. 9 Cf. H.-H. WALLON, Les origines de la pensée chez l'enfant, 2 vols, Paris, P.U.F., 1945 et surtout J. PIAGET, La représentation du monde chez l'enfant, 2° éd., Paris, P.U.F., 1946. 10 Cf. J. DUCHEMIN, L'Agôn dans la tragédie grecque, Paris, 1969.

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E. MOUTSOPOULOS 13 CE. supra, et lan. 4. 12 IEM, Rhét. B 24, 1402 a 23 (D.-K.'", 11 266, 15-16): cov Het... Aöyov ueeltzw noted. 11 Cf, ARIST., Topiques, © 3, 158 a 35; 11, 162 a 16; sur les sophismes politiques, cf. Polit. A 13, 1297 a 14-38; E 8, 1307 b 40; 1308 a2; Z 8, 1322 a 21. Sur les paralogismes, cf. Anal. pr., B 15,64 b 13; P 12,77 b 20; Rhér., B 25, 1402 b 26; T 13, 1414 a 6; Polit, B 3, 1261 b 27: 4, Sophist., 4, 166 b 20: 5, 168a 16; 8, 169 b 37. parties est supérieur à deux. En effet, mise à part la complication facilement souhaitable de voir se préciser à l’aide d’une rationalité commune provenant des parties engagées. Le même processus est valable quand le nombre de ces, provisoires qui ne peuvent être considérés comme des conceptions universellement valables. De ce fait, une controverse se présente sous forme d’ opposition ouverte à toute sorte d’apports supplémentaires capables d'en faire dévier à chaque instant le cours éventucl prévu, vers une direction qu'il est toujours thèses intégralement et définitivement constituées, mais plutôt sur des postulats donc nullement fixe et immuable, dont le caractère de mouvement continu ne favorise pas des clivages et ne laisse prévoir aucune issue obligatoire. Enfin, l'opposition qui sous-tend [énergie qu’elle dégage n’est pas fondée sur des conversion. Ce terme implique ensuite une situation intérimaire et passagère, l’etymologie du terme renvoie à une opposition instable qui admet des oscillations qualitatives autant que quantitatives entre confrontation et dire l'existence simultanée de deux réalités contigués sans lien organique entre elles, se présente sous deux aspects: ou bien elles sont semblables: elles peuvent, dans ce cas, être rapprochées sous le rapport d'identité; ou bien elles sont différentes, auquel cas elles peuvent l'être sous un rapport de complémentarité. Dans le cas où elles se révéleraient radicalement opposées, les processus de réduction des opposés sont, ici encore, envisageables. À la suite de l’analyse qui précède on est en mesure d'affronter les problèmes posés par la notion de controverse (qui désigne un «choc d'idées»). D'abord, inhérente même dans le cas de réalités juxtaposées. Une juxtaposition, c’cst-Alogique, qui intervient au cours du dialogue, apparaissent finalement comme complémentaires, c’est-à-dire comme contenant chacune, au départ, des éléments utiles à l'intégrité de l’autre. Pareille complémentarité peut s’avérer résolution de l’irréductibilité des contraires, entrevu par Platon!3, Et il n'est pas impossible que les thèses initiales, par l'entremise d'une médiation de nature rapprochement des thèses initialement soutenues, et ce selon le modèle de conforme à une juste cause qui n’est pas nécessairement et exclusivement celle de l’un d’entre eux, mais qui, le plus souvent, laisse entrevoir la possibilité d’un l'argument le plus faible à la place du plus fort!2, le dialogue vise à faire éclater la vérité par excellence, celle qui sera acceptée par les interlocuteurs parce que décidément censés éviter sophismes et paralogismes!!, pour imposer bonne foi, de bonne volonté, de tolérance et de respect mutuel des participants 24 25 comme facteur de retenue des dirigeants des pays respectifs dans leur recherche d’une paix durable, autant que profitable à tous. 15 Conçu de manière à servir d’ introduction à la problématique du H* Congrès de I’ Association des Philosophes du S.-E. Européen (Novi Sad, 20-25 octobre 2002), ce texte, en plus des analyses prétendues rigoureusement philosophiques qu’il comporte, ct qui n'ont rien à faire en soi avec l'actualité politique dans la région, pourrait agir comme fil conducteur des travaux du Congrès et 14 Cf. PLATON, Timée, 80 b: cf. HERACL., fr. B 51 (D.-K.'6, I, 162, 4): nade TURN RENE éxwsnep tolou nal Meng: Ir. B 54 (D.-K.16,1, 162, 10): &epovir dgavrs gaveens Keen. — (Athènes) E. MOUTSOPOULOS inexistants ailleurs que dans des consciences passionnées. Le respect de l’autre conduit irrévocablement à l’entente définitive avec luils. méprendre à propos d’une controverse en la considérant, de manière éronnée, comme une opposition permanente. Son caractère provisoire appelle son développement heureux à partir de moments propices, kairiques, qui en jalonnent l’évolution vers des solutions pragmatiques de problèmes souvent 4, efficace de surcroît, une unité complexe, certes, mais durablement cffective en raison de la subtilité et de la souplesse de sa nature. Ces dernières qualités favorisent l’évolution ultérieure des situations. Il y a lieu de ne pas se Ce caractère d’imprévision autorise précisément le rapprochement spontané des points de vue en présence à l’origine, et leur harmonisation progressive en d’adversaire!), la quantité des participants n’affecte pas en l'occurrence la . qualité d’ approche des situations. compréhensible de la situation (attention surtout à ne pas se tromper LA NOTION DE CONTROVERSE