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VAT) LENY, DS. /GSSSSENS À.
(A )
On l'ra du même auteur l'excellent article sur l’art populaire grec dans la Grande Encyclopédie éditée par la maison Elefthéroudakis (art.Æ1AAZ pp.383-391, 110 pl. dont 6 en couleurs ; 1929).
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auteur de la Vie de Jésus que l'attitude qu'adopte vis-à-vis du problème des origines M. Isidore Lévy, dont nous nous proposons
d'examiner,
dans les pages qui vont suivre, les deux ouvrages :
Citons encore ses ‘Yrodelyuata élÂmrixÿs diuxoounrixÿs, Athè-
Recherches sur les sources de la Légende de Pythagore et La Légende
de Pythagore de Grèce en Palestine.
nes, 1929, avec 26 planches de modèles de broderies grecques ; et
Que la source formelle et directe du christianisme soit «toute
enfin un dernier livre en préparation, et qui doit paraître prochainement, sur l’art populaire des Grecs du Roumlouki (groupe de villages de la Macédoine.)
a
Athènes
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A
A
AT
Octave MERLIER
ques, et dont une activité déjà séculaire consistait précisément à
De Pythagore à Jésus.
d
Isidore Lévy. Recherches sur les sources de la légende de Pythagore. Paris, Leroux. 19926, 152 pp. &°.
Ï La Légende de Pythagore de Grèce en Palestine. Paris, Champion,
1927, 352 pp. 8°.
Il y a quatre-vingt six ans, dans un Essai psychologique sur Jésus
Christ resté longtemps inédit, (:) Renan reprochaïit à Pierre Leroux
et à l’école française de critique évangélique» d'attribuer au
christianisme une origine essentiellement hellénique. de faire dériver de la philosophie grecque l'enseignement de Jésus. « Cette hypothèse », écrivait-il ),
« me semble renfermer une grave erreur.
J'espère démontrer que la source a été pure de tout hellénisme et
qu'elle est toute juive.» Et plus loin (5) : « Je pose comme un fait
historique qu’à l’époque de Jésus-Christ presque aucun échange
d'idées n'avait eu lieu entre la Grèce et le judaïsme et que si l’on
en trouvait quelques traces, ces traces sont totalement insuffisantes pour expliquer Jésus-Christ. »
I se pourrait fort bien que la critique, ou du moins qu’une certaine critique fût précisément en train de revenir à la position que
en 1845. Rien, en
Renan caractérisait — pour la condamner
tout cas, de plus opposé au postulat admis à cette date par le futur
(1) Publié dans la
(2) Hbid., p. 230.
(3) lbid., p. 239,
juive », cela paraît difficile à nier, et personne,pensons-nous, ne songe
à le faire. Mais si le christianisme est sorti du judaïsme, ce judaïsme
lui-même, fait remarquer, après d’autres, M. Lévy, n'était plus,
il s’en faut de beaucoup, le judaïsme classique, celui que nous fait
connaître la Bible hébraïque: c'était un judaïsme alexandrin, fortement influencé par certaines doctrines philososophiques grec-
Aevue de Paris, t. 27 (1920), pp. 225 261,
adapter à l’ancien fonds de croyances sémitiques l'esprit nouveau
qu'il devait à la Grèce; emprunt si parfaitement déguisé, adaptation si ingénieuse que son caractère a complètement échappé aux
siècles suivants. Pourtant, pense M. Lévy, à force d'insistance et
d'’ingéniosité, la preuve de ces influences finit par ne plus se dérober
et nous constatons alors que le fond des crovances religieuses, des
spéculations théologiques, des légendes pieuses même de la Judée
romaine se rattache en réalité à la philosophie grecque beaucoup
plus qu’il ne prolonge le passé lointain d'Israël.
Empruntons aux recherches même de M. Lévy un exemple caractéristique (Légende, p. 324). Au scribe qui lui demande quel est le
premier des commandements, Jésus répond qu'il faut aimer Dieu
de tout son cœur et de toute son âme « et son prochain comme soimême ». (Marc 12, 28-31 : Math 22, 34-40; Luc. 10, 25-27). Ces
deux commandements, dont l'interlocuteur de Jésus reconnaît
qu'ils valent plus que tous les sacrifices (Warc 12, 32-34) sont transcrits, l’un du Deuléronome 6, 5, l'autre du Lévitique, 19,18. Mais on
a remarqué (Wellhausen, Ev. Marci, p. 103) que la juxtaposition
systématique qui en fait un code abrégé de morale constitue à elle
seule une innovation importante, dont Jésus peut passer pour l’auteur. Mais alors, ne paraît-il pas fort vraisemblable que nous avons
ici, comme le dit M. Lévy, « la réduction à deux préceptes dont l’Ancien Testament fournit la formule» de la morale des Esséniens,
qui, selon Philon, se résumait en ces trois principes : gul60eor, qudr0ow7ov, quidperov. (Q. 0. p. L. $$ 83 s.)? « Mème quand il glori-
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RENUUS
+
vus
fie la Loi, conclut. M. Lévy, l'Évangile suit le sillage du judaïsme
après Héraclide, avec Aristoxène
hellénisant. » (ibid.)
Ce judaïsme alexandrin, M. Lévy l’a étudié patiemment, et
s’est attaché à démêler plus exactement les influences principales
qu'il paraît avoir subies. Il conclut que toute la littérature juive
de ce temps porte l'empreinte profonde d’un système philosophique
particulier (dont l'importance dans le monde hellénistique a dû
être plus grande encore qu’on ne le croit) de cet ensemble de spécuJations mystiques, morales et politiques qui constitue la philosophie
pythagoricienne, ou, si l’on veut, néo-pythagoricienne. Obéissant
d’ailleurs à un scrupule de méthode dont on ne l’a pas assez loué,
:il a fait précéder cette étude d'influence d’un examen critique exson avec les fragments d’Aristote par exemple montre qu’il élimine
trêmement serré des sources de la légende de Pythagore.
Les thèses de M. Lévy nous paraissent valoir la peine, quelle que
soit la conclusion à laquelle leur critique nous conduira, d’être résumées, à l'intention des lecteurs qui n’en auraient pas pris connais_sance directement, et c’est ce premier travail de critique des sources, qui remplit toute une brochure de 150 pages, qu'il convient
avant tout d’analvser.
de Tarente (dont la comparairégulièrement de sa biographie le romanesqueet le merveilleux);
avec Dicéarque, avec Timée de Tauroménion qui, lui aussi, semble
avoir régulièrement omis les éléments surnaturels qu'il trouvait
dans ses sources, diverses et fort librement utilisées. Des biographes Néanthe et Satyros, il ne reste presque rien. Androcyde, auteur d'un JZeoi nvôayooix@r ovuBôAwy, est intéressant par ses
commentaires des symboles pythagoriciens, dont il subsiste quelques
fragments. « Androcyde accompagne la lettre des préceptes d’une
«glose qui fait de vieux tabous le vêtement d’une prescription mo«rale. Cette interprétation allégorique fera loi dans la littérature
«postérieure ». (Sources p. 67). Sur des conjectures plus ou moins
plausibles, on attribue à cet Androcyde un assez grand nombre
d'informations dont Jamblique conserve la trace. M. Lévy conteste,
par de bons arguments, l'étendue de cette restitution (pp. 69-70).
I y a eu aussi des « Livres apocryphes », Les Trois Livres, Toia
Zryyoduata, (Physikon, Paideutikon, Politikon) ou //vfayoouxà
dnouviuata difficilement datés (pp. 73-75). L'apocryphe semble
avoir été « largement tributaire d’'Héraclide » (1) (p. 79).
M. Lévy en arrive ainsi à la discrimination, extrêmement délicate.
La source principale de notre connaissance de la Légende de Pythagore est constituée par les Vies tardives. les seules qui nous
soient parvenues intégralement, de Diogène Laërce, de Jamblique
des sources des Vies de l’époque impériale. Les sources de Diogène
et de Porphvre, et l’auteur s’est efforcé naturellement de remonter
Laërce se dérobent décidément à la recherche; pour Porphyre, on
jusqu'aux sources de ces documents eux-mêmes. Remarquons avec
lui qu'il serait absolument illusoire, et d’ailleurs sans intérêt pour
une étude de ce genre, de prétendre remonter au Pythagore historique. Le personnage se dérobe: sa vie et ses doctrines sont irrévocahlement obnubilées par une construction mythique et mystique séculaire. Tout ce qu’on peut faire, c’est essaver de reconstituer
partiellement cette figure du Thaumaturge, telle que l’ont fixée des
écrivains postérieurs, dont les plus anciens sont Aristote (ou l’auteur du {feoi rüv 11v0ayopeiwv), Andron d’Ephèse, Eratosthène,
et surtout Héraclide le Pontique, contemporain d’Aristote. L'influence de la littérature héraclidéenne a dû être considérable. Malheureusement nous n’en avons que deux misérables fragments, relatifs à une Descente aux Enfers, et nous sommes réduits à chercher
sait que depuis Rohde on v reconnaît les matériaux fournis par
quatre modèles : une Biographie érudite, le Roman d’Antonios Diogénès sur les Merveilles qui sont par delà Thulé ; la Vie de Pythagore
de Nicomaque de Gérasa, les Placita de Modératos. Mais la répartition du contenu de l’opuscule de Porphyre est loin d’être aisée:
Rohde lui-même et les critiques qui l'ont suivi ont beaucoup varié
dans le détail. M. Lévy s'arrête (p. 92) à un système de répartition
qui a notamment le mérite d'échapper, grâce à la comparaison avec
Diogène Laèrce, à une excessive rigueur dans la recherche des sources des c. 54-57 et 58 (p. 92, n. 1).
On obtient ainsi des restes importants de deux biographies de
Pythagore : celle d’Antonios Diogénès (1er siècle de l'ère chrétienne)
qui nous renseigne sur la première partie de la vie de Pythagore,
tes débris épars d'Héraclide dans les extraits, conservés par Diogène
Laërce, d'Hiéronyme de Rhodes et de la parodie d'Hermippe. Une
conception plus rationaliste de la vie du Sage paraît prévaloir,
(1) On notera qu'indépendamment de M. Lévy, M. W. Theiler (Gromon
1926) était arrivé au même résultat.
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et celle de Nicomaque (début de l’époque des Antonins?) surtout
men des sources de Nicomaque (pp. 98-102), M. Lévy revient sur
intéressante pour la partie italienne de sa vie.
I nous faut ici, interrompant pour un instant ce rapide résumé,
présenter une observation de détail. Jamblique reproduit généralement lui aussi, les épisodes que Porphyre doit à Nicomaque ; son
la question : « Alors que d’après Aristoxène la Grande-Grèce laisse
le forfait impuni, Nicomaque veut que les coupables aient été lapidés par les Italiotes et que leurs corps aient été arrachés des tombeaux: contamination évidente, quoique inaperçue, de l’histoire
du crime de Cylon de Crotone par celle de cet autre xvAwvesov
äyoç qui eut pour conséquence la lapidation des partisans de Cylon
d’Athènes et la violation de la sépulture des Alcméonides morts »
(p. 100). Comme on le voit, M. Lévy semble avoir oublié sa propre
solution. A part cela, l'explication de l’intrusion du motif du châtiment chez Nicomaque paraît bonne, et la petite contradiction que
nous avons signalée entre la p. 97 et la p. 100 n’est qu’une inadvertance, qui doit sans doute s'expliquer par une longue hésitation —
bien compréhensible — sur la raison de la divergence Porphyre-Jamblique.
Continuons notre examen des Recherches sur les sources, et passons,
avec M. Lévv, de l'étude des sources de Porphyre à celle des sources de Jamblique. À côté de Nicomaque et d’Apollonios, sources
récit est souvent plus complet ct présente des divergences avec celui
de Porphyre. Par exemple, dans l'épisode du guet-apens de Crotone
tel que le reproduit Porphyre, les disciples de Pythagore périssent
dans les flammes allumées par leurs ennemis ; d'autres, semble-t-il,
sans doute ceux qui avaient réussi à s'échapper du brasier, sont
lapidés: advtaçs navtayÿ événonoav aÿtoÿ te xai xatélevoar.
.Chez Jamblique (c. 252) nous lisons que ce sont les incendiaires qui
‘furent, en châtiment de leur forfait, lapidés et privés de sépulture
‘par les « Italiotes »: adtoi te dû Tüv’Italwr@r xateAebolnoay
êni todtw xat éÉsooignoav àtaçgou. Il ne nous paraît pas aussi
facile qu'à M. Lévy de décider si c’est bien Jamblique qui trans_crit correctement sa source, comme le croit Delatte, ou si c’est
Porphyre, comme notre auteur le pense, après Nauck (p.97 :«ily a
tout lieu de croire que ce sont les victimes de l’attaque qui ont été
lapidées ». Argument spécieux
!) En tout cas, la solution adoptée
par M. Lévv est bien compliquée : « Mais les mots qui suivent chez
Jamblique et n'ont pas de correspondant chez Porphyre doivent
_avoir figuré chez Nicomaque : il s’agit du traitement qui a été infligé ultérieurement aux meurtriers. Porphyre a retranché ce détail,
Jamblique a mal lu le texte antérieur. » Pourquoi admettre que les
meurtriers ont été privés de sépulture si l’on ne veut pas croire qu'ils
ont été lapidés? La privation de sépulture (plutôt que violation)
dont il est question ici paraît pourtant bien la conséquence de leur
supplice. Et il n'est pas du tout certain que ce membre de phrase
ait eu son correspondant dans le texte de Nicomaque: il pourrait
aussi n'être qu’une interpolation commentant xatels6oônouv (dans
- le cas où cette farme représenterait une corruption de xarélevoar,
et non l'inverse). Il est évident que le problème est un problème de
critique textuelle : le nœud de la question est la substitution dans
Porphvre de aètoÿ te à aèroi te de Jamblique, mais il est bien
difficile de dire dans quel sens s'est faite la corruption.
En tout cas, on a bien compris que, selon M. Lévy, la lapidation
se rapporte aux « Pythagoriens », la privation ou violation de sépulture aux meurtriers. Dans la section suivante, consacrée à l’exaentre lesquelles Rohde partage la Vie de Pvrthagore, il reconnaît
une troisième source, l'« Anonyme ». (p. 104 ss.). Cette hypothèse
repose notamment sur un détail, infime, mais sûr : Jamblique 134,
presque identique à Porphyre 27 reproduisant Nicomaque, appelle,
d'accord avec Diogène Laërce VIII, 11, Nessos le fleuve que Porphyre nomme Kaukasos. D'autres indices assez concluants obligent
à refuser à Nicomaque et à Apollonios à la fois le contenu de
Jambl. 91-3 et 29. Mais il n’en est pas moins vrai que des hypothèses
de ce genre, qui prétendent tirer au clair la contamination de sources inconnues (cf. p. 114), nous font quelque peu perdre pied. On
est plus effrayé que convaincu par la souplesse extraordinaire
avec laquelle l’auteur tire des moindres indices des conclusions formelles. Certains arguments d’ailleurs étonnent par une rigueur logique qui ne paraît pas légitime. Par exemple, M. Lévy a beau jeu
pour refuser à Apollonios, que nous connaissons si mal, le contenu
de Jambl. 58-9 sous prétexte qu'Apollonios a donné place ailleurs
(à la fin du premier discours de Crotone) « à l’idée qui fournit l’entrée en matière de Jambl. 58 » (p. 113). Mais il vient de repousser
également (p. 112) l'attribution du morceau à Nicomaque, « car,
dit-il, dans le lot de Nicomaque figure ($$ 159-160) un développement qui paraît être un remaniement défiguré de Jambl. 58-59
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et il n’est pas vraisemblable que ce soit par l'entremise du même
sa réfutation sont également délicates, et nous touchons vraiment
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tradent que Jamblique ait connu les doublets.» La présomption
tirée de l'absence normale de redites dans un texte bien composé
ne paraît déjà pas un argument bien fort: mais elle nous choque
bien plus à propos de Jamblique, dont l'œuvre est conservée, qu’à
propos d’Apollonios : on ne voit pas que la composition lâche et
diffuse de la Vie de Pythagore nous autorise à dire qu’il ne s’est
jamais copié ou démarqué lui-même, ni surtout à user de cette proposition comme d'un postulat: implicite. Mais c’est un des défauts
de la méthode de M. Lévy, nous aurons encore l’occasion de nous en
apercevoir, que de considérer toute œuvre qui peut trouver place
dans sa démonstration comme un simple chaînon dans la transmis‘sion des légendes et de négliger un peu trop les déformations possibles, conscientes ou involontaires, le « coefficient personnel ». Nous
n'insisterons donc pas davantage sur l’'« Anonyme », source de Jamblique, qui pourtant, la chose vaut d’être signalée, est une des rares
“hypothèses de l'auteur qui ait trouvé grâce aux veux d'un de ses
juges les plus sévères (1).
Un problème dont l'importance pour les recherches de M. Lévy
_n'échappera à personne, est le suivant: quelle est, dans l’œuvre
d'Apollonios, historien de l’époque impériale, la part d'invention
personnelle * On s'est attaché à réfuter à la fois la thèse selon laquelle
‘le roman d’Apollonios serait une falsification continuelle (thèse de
Rohde, cité p. 118 : « Il est sage de ne lui accorder aucune créance,
. de ne chercher chez lui aucun lumière sur la légende de Pythagore :
ce serait se méprendre que de croire qu'il a rassemblé. des contes
plus anciens ») et l'hypothèse plus récente (p. 122 ss.) de Kothe,
reprise par Delatte, pour qui Apollonios serait, dans une large
mesure, tributaire de Timée. En ce qui concerne la première thèse,
il est très vrai que la comparaison avec les documents parallèles
ou antérieurs (Nicomaque, Dicéarque, etc...), quand elle est possible,
montre que le schéma général des contes touffus d'Apollonios ne
date certainement pas de lui. Il est infiniment vraisemblable qu’il
a surchargé beaucoup plus qu’altéré les éléments traditionnels qu'il
empruntait à ses sources disparates. Quant à l'hypothèse timéenne,
nous ne nous risquerons guère à la juger : sa démonstration comme
è
(1) À. Derarre, Revue belge de Philologie et d'Histoire, t. VIII (1929), p. 648.
939
ici au « domaine réservé » des spécialistes de la Légende de Pyÿthagore.
Un des chapitres les plus curieux du livre de M. Lévy est celui
qu'il a consacré aux pastiches de biographies pythagoriciennes.
Le plus important de ces pastiches est la Vie d'Apollonios de Tyane
de Philostrate. 11 y a longtemps qu’on a montré (NIELSEN, À pollonios fra Tyana, Copenhague, 1879) que presque tous les épisodes
de la vie d’Apollonios trouvent leur correspondant dans la biographie légendaire de Pythagore. Les derniers doutes qu’on pourrait
avoir ne résisteront pas au tableau comparatif qui s'étend de la
p. 130 à la p. 135. Les comparaisons qu’on peut faire avec le « roman d’Apollonios » ont même permis à Miller et à Meyer de préciser
davantage : il semble bien que la source directe de Philostrate est
presque toujours cette Vie de Pythagore qu'Apollonios de Tyane
lui-même (si du moins cette identification est juste) avait composée.
Le pastiche de Philostrate, adapté à la biographie d’Anollonios de
Tyane, personnage historique, ne peut par le fait même observer
une rigoureuse et constante fidélité à son modèle. Il pourra néanmoins nous aider à la reconstitution de la légende de Pythagore
chaque fois que limitation a entraîné quelque disparate, chaque
fois qu'un détail du récit convient de toute évidence à Pythagore
beaucoup mieux qu'à Apollonios. (Ainsi les cvgnes qui. chez Philostrate, I, 5, saluent la naissance d’Apollonios « sont fidtles à un
emploi traditionnel en saluant la descente sur terre de l'incarnation
d’Apollon », Pythagore, alors qu'Apollonios incarne non Apollon,
mais Protée : Légende, p. 11). C’est ce que M. Lévy a fort bien vu,
et dont il fait grand usage dans la seconde partie de son travail.
Intéressantes aussi les traces d'Héraclide le Pontique qu'il découvre
chez Philostrate (p. 138 n. 7). Le Perégrinos et l’Alexandre d’Abonoutikhos de Lucien doivent, eux aussi, plusieurs traits à Pythagore
ou à son hypostase, Apollonios. Alexandre se compare d'ailleurs
lui-même à Pythagore (c. 4) et il est indirectement disciple d’Apollonios (cf. Lévy pp. 138-141). Enfin, le dernier texte invoqué est
de ceux qu'on ne s'attendait guère à voir en cette affaire. Reïtzenstein a montré jadis que la Vie de S. Antoine d'Athanase d’Alexandrie a fait des emprunts importants à une Vie de Pythagore, M. Lévy
le croit aussi, et les rapprochements qu'il fait ou reproduit sont
curieux et même convaincants (p. 142 ss.). Il en résulte qu’Athanase
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COMPTES RENDUS
comparé à Philostrate nous permettra quelquefois de remonter avec
941
vraisemblance jusqu'à Pythagore.
Tel est ce premier ouvrage, dont nous ne sommes pas seuls à
trouver la méthode consciencieuse et les conclusions généralement
acceptables. Après avoir ainsi classé les monuments de la légende,
l’auteur conclut en annonçant en ces termes la partie toute personnelle de ses travaux: «… des documents égyptiens (le conte
démotique de Siosiri) ou judéo-alexandrins (les Vies grecques de
Moïse) peuvent aider à relier les membres épars et révèlent la capitale influence de ces contes décriés : le Pythagore de la Légende a
conquis l'Orient, et, par l'Orient, le Monde » (p. 149).
M. Lévy va donc essayer, dans son second livre, de reconstituer
cette biographie légendaire, source des Vies de l’époque impériale,
déjà constituée, selon toute vraisemblance, à l’époque hellénistique.
D'abord la légende miraculeuse de la Naissance, d’après Apollonios, que Jamblique ne mentionne que pour la repousser : Pythagore
est né d’Apollon et de Pythaïs ou Parthénis, épouse de Mnésarque
de Samos. (Jambl. 5, Porph. 2). Mais le texte de Jamblique est loin
d'être clair: il écarte la tradition selon laquelle Apollon se serait
uni à Prthaïs ct l'aurait rendue mère au moment où Mnésarque ct
Pythaïs consultaient l’oracle de Delphes, qui leur annonça la future
naissance de Pythagore. Mais pourtant, nous dit-il, l’âme de Pythagore procède d’Apollon, dérive de son #yeuoria, est unie à lui par
quelque lien de dépendance ou même par quelque relation plus
directe encore: T0 uértou tijv [ufaydoov yvyrr and Te Arokvos myeuorius ofoav eite ovromadûr ete xai dAlws oixetdTepor ËTL eos Tôr Deûy ToütTor ovvtetayuévmr xatarerénplat
eizs arfowzow:s… Ceci est à rapprocher à la fois des légendes
de Perictione, d'Olrmpias et d’Alemène, et des doctrines pythagoriciennes sur l'âme. Le Pseudomantis p\thagoricien de Lucien a.
lui aussi. les deux natures : son âme, sa puy cst celle de Pythagore :
son votc vient de Zeus. D'autre part,
la réplique de Philostrate
éclairera pour nous la légende de la naissance de Pythagore. En interpretant l'épisode de Protée, dont Apollonios de Tyane est l'«incarnation », M. Lévy en retient « l’idée d'une manifestation du dieu
que « la nature de Pythagore est distincte à la fois des dieux et des
hommes », et que Pythagore est un dieu incarné. L'identification de
Pythagore à Apollon hyperboréen paraît également remonter à
Héraclide le Pontique, et l'interprétation par le voës et la puy la
rend parfaitement conciliable avec la doctrine également héraclidéenne des incarnations humaines successives du Philosophe, aussi
bien que la paternité humaine de Mnésarque est conciliée par Jamblique avec l'intervention apollinienne. Le caractère de cette version de la naissance s’éclaire quand on la rapproche des légendes
plus anciennement attestées qui se rattachent à la naissance de Platon, à celle d'Alexandre et à celle d'Héraklès. I] s’agit dans toutes
ces traditions (p. 13) « de la vierge en puissance de mari vers laquelle
le dieu descend sous forme de ydoua ou de rayon fulgurant ».
Il est donc possible, encore que la chose ne soit pas démontrée,
que la légende de la naissance divine de Pvthagore ait déjà figuré
sous une forme analogue dans Héraclide et il reste de toute façon
probable qu'elle n’est pas de l'invention d’Apollonios.
Après la naissance miraculeuse, d’autres légendes se rapportent
à l'enfance du héros: sa beauté, ses qualités précoces de l'âme et
du corps (Jambl. 9, 10). Le « Samien aux longs cheveux » devient
célèbre : sa renommée atteint les sages du temps. Thalès lui-même
dont il devient l'élève, avoue que l'enfant lui est bien supérieur « en
génie naturel comme en science acquise». La tradition relative à
Thalès semble à première vue remonter à Apollonios, et à Apollonios seul (cf. Apulée, Florid. 15), mais M. Lévv est certainement
bien inspiré en rapprochant de ce trait un fragment des Jambes de
Callimaque dans lequel «le vieillard» Thalès retrace la figure
trouvée par « Euphorbe le Phrygien », qui fut le premier à dessiner
les formes géométriques et à interdire aux hommes les aliments
avant eu vie, c'est-à-dire, traduit M. Lévy « étudie le théorème de
Pythagore, incarnation d'Euphorbe (p. 18)» (1). Il n’a pas de peine,
(1) Delatte (ibid., p. 416) objecte que dans ce cas Orphée lui-même aurait
à la jeune mère qui apprend qu'elle donnera naissance à un être
qui est en quelque manitre le dieu même » (p. 10).
Tv
Cette tradition sur fa naissance de Pythagore est-elle plus ancienne qu'Apollonios? Les textes aristotéliciens déjà enseignent
ait considéré Orphée comme postérieur à la guerre de Troie. On place généralement l'expédition des Argouautes, à laquelle Orphée aurait pris part « depuis
appris
ses
doctrines
êurveovter
de Pythagore, puisque
eiter. Mais
il paraît peu
une génération jusqu’à cent ans »
Euphorbe
x967Tt0oç
vmoteveair
vraisemblable que Callimaque
avant la guerre de Troie (cf. Dorrix, Les
Argonautiques d'Orphée, p. cu). 11 semble donc que de toute façon il faille interpréter le passage sans tenir compte d’Orphée.
Page 6
Voir dans le PDF(s’ouvre dans une nouvelle fenêtre)dès lors, à montrer, par la comparaison avec d’autres épisodes de
la Vie de Pythagore, rapportés également pur Tamblique, que dans
la tradition plus ancienne cette änecdate devait ilustrer d'une
manière beaucoup plus caractéristique Ia précocité Ctonnante du
jeune Pythagore : il devait avoir. à ce moment, non vingt ans, comme le récit d’Apollonios paraît l’implicuer. mais entre huit el quatorze ans. C'est donc bien une histoire d'enfant prodise (pp. 19-20)
À la Légende de l'Enfance faisait suite une Légende des Vovages :
Syrie. Fgvpte, Babvlonie. Après un séjour de douze ans dans cette
dernière contrée, Pythagore revient à Samos. Le rédactcur du récit
de ce second séjour, sans doute Apollonios lui-même. à juxtaposé
deux versions diamétralement opposées, qu'on retrouvera toutes
deux dans les raisons données du départ en Italie. La plus intéressante, qui, chez Dion Chrysastome ((r. 47. 5-6) illustre l'adage :
Nul n'est prophète en son pays> veut que Pythagore ait quitté
Samos à cause de l'indifférence de ses compatriotes pour son enseignement.
Le chapitre suivant est consacré au séjour de Prthagorc à Crotone
et à ses principaux épisodes, les pêcheurs, Ja prédication. les miracles, l’entrevue avec Abaris. À un vovage de Pvthagore en Sicile
se rattache l'épisode extrèmement confus de Phataris. le tvran
qui fait emprisonner Prthagore, Avec une ingéniosité admirable,
M. Tévy a montré (pp. 53-59) que le pastiche de Philostrate et le
récit confus d’Apollonios-Jamhlique se complètent l'un l'autre
jusque dans leurs moindres détails. Le récit de Jamhlique fourmille
d'inconséquences et celui de Philostrate est compliqué par le fait
qu'Apollonios de Tyane avait eu réellement maille à partir avec
Domitien. Mais en éclairant ces deux textes l’un par l’autre, on
arrive à une version parfaitement cohérente (particulièrement
caractéristique l’omission. chez Jamblique, de l'évasion miraculeuse.
réparée pour nous par la ridicule juxtaposition, chez Philostraie.
de l'évasion et de l’acquittement). Une des découvertes de M. Lévy
est que le fond de l'épisode n’est autre que l’histoire de Dionysos
et Penthée : les rapprochements avec les Barchantes et Ovide op. 5e)
sont concluants.
|
_
Enfin, la Légende connaissait un séjour à Métaponte et c'est là
qu'elle placait la mort, ou plutôt. pour parler comme M. Lévv. la
CFin de Prthagore», puisque, dans la version qu'il reconstitue.
« Pythagore n’est point mort au sens propre du terme ». Nous tou-
943
COMPTES RENDUS
e. C'est ici
chons à une des parties les plus contestées de la Légend
el de combinaique triomphe, paraît-il, le systime de sollicitation
de M. Lévy.
son perpétuelle des textes qui fausse toute l'œuvre
raphe »,
hagiog
d’un
digne
est
«
et cette reconstitution, dit un critique,
cette comparaisans qu’on comprenne d'ailleurs très bien comment
qui vise le caractère
son, à laquelle son auteur semble tenir (2), et
titution ellede la version proposée, suffit à condamner la recons
ire hardi et
caract
le
nier
même. Nous ne songeons nullement à
ruit, d'après
conjectural de la restitution de M. Lévx, qui reconst
n de P\{hnaAristoxène, Timée, Cicéron et Philostrate une À scensio
soutenons
nous
Mais
s.
gore, saluée par un chœur de voix céleste
vivement
d'être
que le lecteur non prévenu ne pourra manquer
points de la déimpressionné, pour ne pas dire plus, par certains
tures injinünent
monstration : conjectures sans doute, mais conjec
découvertes.
probables, et qui ont toute la valeur de véritahles
auxquels se ratPuisque Cicéron a vu à Métaponte deux endroits
illum locum ubi
tachait le souvenir du Maître: Puthagorae ipsum
peut difficilevilam ediderat sedemque (De fin. 5. 2, 4: le locus
l de rapnature
plus
ment s'identifier au sedes) il est on ne peut
les honneurs
procher son témoignage du texte de Timée relatant
(nouvelle destination de sa maison et nouvelle
dénomination d'un
ore. On ne
endroit) rendus par Métaponte à la mémoire de Pythag
tion »:
l'équa
«
à
voit pas bien alors ce qu'on pourrait objecter
yre
Porph
t:
sedes — oixta (Tr ôà oixiar Aijunreos iepôr moioa
#aheiv
citant Timée) et locus — oterwmds (tôv dè otermnov
ore
Pythag
que
Dicéar
Movostos ibid.). Si l'on se souvient que selon
e
localis
n
est mort « au Mouseion de Métaponte » qu’une autre versio
(Jambl.
sa mort entre Métaponte et Tarente & ywpio.…. papayyôet
A. J.
he
(Josèp
Moïse
de
1) enfin que dans la version de J’Ascension
de,
(Légen
s
11, 326) qui termine une biographie dont nous verron
une Vie de
pp. 137-153) qu'elle est certainement influencée par
et il disparaît
Pythagore « une nuée soudaine se pose sur Moïse,
, que l'idens-naus
dans un ravin » (géoayË). on admettra. penson
et de sa maison)
tification du oterezs de Timée à l'endroit (distin
son interprétation
où ilest mort est au moins aussi défendable que
t Prthagore ». Enfin
classique par « la rue ou le quartier où habitai
(1) DeLATTE, ibid.,t. VIT, p. 648:t. IX, pp.
Page 7
Voir dans le PDF(s’ouvre dans une nouvelle fenêtre)COMPTES RENDUS
le caractère quasi-constant du pastiche d'Apollonios par Philostrate donnera bien quelque vraisemhlanre à l'explication proposée
de
logue des Morts, du Cog, de l'Apokolokyntose et du Contre Rujin
re
prélend
r
pouvoi
pour
reuse
Claudien) est beaucoup trop aventu
boatque
nous
à une adhésion unanime. M. Lévr sait mieux que
populaires,
coup de ces croyances sur l'Enfer étaient probablement
figurer
celles
ent
pouvai
ne
:
admises par presque tout le monde
r néindique
sans
dans l'une ou l’autre Katabase gréco-romaine
genre
ce
cessairement une filiation des textes ? (à moins de considérer
il
comme
er,
d'utilis
Avant
.
ricien)
comme exclusivement pythago
de ce nom de Movwcetor : le chœur de voix féminines qui, chez Philostrate, souligne l’envol vers le ciel d'Apollonios-Protée, reproduit
sans doute un chœur des Muses saluant, dans la source de Philostrate, l'ascension de Pythagore-Apollon. On voit par ces exemples
que la méthode de reconstitution des épisodes de la vie de Pythagore
par la comparaison avec les pastiches, méthode « contre laquelle le
bon sens proteste » (1) aboutit parfois à des résultats au moins troublants, et que le chapitre consacré par M Lévv à la « Fin de Pvthagore » mérite mieux qu'une exécution sommaire.
|
Le« Livre IT » est consacré à un véritable tour de force : la reconstitution de l’Abaris d'Héraclide, ou tout au moins de deux de ses
épisodes : la Descente aux Enfers et l'Assemblée de Crotone. La comparaison de la Katabase de l’Abaris avec le voyage aux îles infernales des Histoires Véritables de Lucien, est assez légitime, puisque
Dieterich y a reconnu, avec raison semble-t-il, la parodie d'un écrit
pythagorisant (p. 86 ss.). Si l'on admet qu'Hiéronyme (reproduit
par Diogène Laërce vrir, 21) reflète la Katahase d'Héraclide on
trouvera frappante la ressemblance entre le tahleau des Enfers
qu'Héraclide-Hiéronyme nous laisse entrevoir, et celui de Lucien :
en tout cas, ce sont des catégories analogues de coupables dont on
nous représente de part et d'autre le supplice : les écrivains « maîtres
d'erreurs » (Homère et Hésiode chez Hiéronyme, Hérodote et Ctésias chez Lucien) puis les maris qui délaissent leur femme (Hiéronyme) ou les adultères (le Cinyras de Lucien). Nous laissons de
côté d'autres analogies, moins décisives, que M. Lévy n’a pas manqué de relever (pp. 87-93). Nous voulons bien admettre encore que
«Ja comparaison des Histoires variées et de la Nécyomantie révèle
l'existence d’un large fonds commun » (p. 94). Étendons même, si
J'on veut (en réalité l'argumentation de M. Lévy a déjà pris ici
l'Enéide comme intermédiaire: pp. 96-101) ‘cette remarque à la
Traversée. 11 n'en est pas moins vrai que la longue reconstruction
de Ja Katabase (pp. 101-128) qui utilise indistinctement tous les
traitscommuns ou analogues de ces divers textes (augmentés.
le fait. l’une ou l’autre de ces ressemblances, il aurait dù,
nous seme nous
ble-t-il, se demander à chaque fois si quelque raison décisiv
ment,
oriente vers le pythagorisme. Cela ne veut pas dire, évidem
Figures
des
e
chapitr
Le
étude.
qu'il n’y ait rien à retirer de cette
d’un apoépisodiques (pp. 118-128) rend vraisemblable l'existence
en
logue édifiant, celui du « Riche et du Pauvre » utilisé par Lucien
l'eschatologie
différents endroits, et qui a sans doute influence
162juive (cf. p. 950). De même le tableau de correspondances (pp.
que
moins
164) qui résume le chapitre IT du Livre III prouve au
les À pocalypses juives doivent beaucoup à des modèles paiens, dont
l'un a fort bien pu être la source des Histoires Véritahles.
t
Passons à l'Assemblée de Crotone. On sait que M. Lévy, utilisan
(qu'on
une parodie d'Hermippe, conservée par Diogène Laërce
e
complète par un passage de Tertullien et une scholie de l'Electr
conpar
é
attribu
blée,
l'Assem
de Sophocle) reconstitue un récit de
jecture à Héraclide (p. 134), qui comprend notamment la lecture
doute.
miraculeuse d’une « lettre scellée ». On se souvient aussi, sans
de la vive polémique qui s’est engagée sur ce sujet, dans la
Revue
l'interbelge de Philologie et d'Histoire, entre M. Delatte, défendant
bien
ons
prétation traditionnelle, et M. Lévy. Nous nous garder
d'essayer de départager sur ce point les deux meilleurs connaisseurs
er
de la légende de Pythagore. Mais nous ne pouvons nous empêch
été
aura
que
polémi
de trouver que le résultat le plus clair de cette
de montrer que chacune des deux interprétations se heurte à de
masérieuses difficultés. Sans revenir sur la question irritante des
viécyurio
déATor
de
ion
nuserits (1), on se souviendra que la traduct
yy» par «lettre scellée » remplace par une expression pour le moins
comme on l’a vu, du VIe chant de l’Enéide, sans parler du Xe DiaDErarir, ibid, pp.
(1) DELATTE, t. VIII, p. 644; Lévy, & IX, pp. 74-76:
(1) DELATTE, ibid., t. VIII, p. 647.
Page 8
Voir dans le PDF(s’ouvre dans une nouvelle fenêtre)bizarre © Grodgerr ets Oértor onneiovpérsr) interprétation
moins difficile : els OÉATON So4q Er. GnnErtovpérir Hu TÔr you
rar (transerire sur une tablette en indiquant la date). D'autre part,
si l’on se reporte au texte de Diogtne Laërce (Vi}1, 41) on conviendra que l'identité entre ies événements (rà avuñefnzxot:) que
Pythagore communique à le ecelesia» et les faits (rà yeréurera)
consignés par sa mère sur la tablette, est certaine pour l’interprétation de Diogène, et au demeurant si naturelle, que l’on ne voit pas
de raison de supposer, comme le fait M. Lévv, qu'il a commis une
méprise et « brouillé des choses différentes ». (Légende, p. 131, n. 2
cf. Der a1Tr, R.B.P.H., IX. 409). Mais, en revanche.. l’histoire si
simple » que M. Delatte raconte, d’après notre texte, aboutit successivement à une traduction inacceptable de dre freoxer («il raconte ce qui s'est passé pendant son absence») (R.B.P.H., VIII,
G44) et à une solution assez peu satisfaisante: Prthagore donnant
lecture de la tablette « sur laquelle il a prétendument noté ses impressions de voyage infernal». (Jbid. 1X, 411). Quoi qu'il en soit
d’ailleurs de l'interprétation de M. Lévv, ce n'est que par conjecture.
nous P’avons dit, qu’il peut rapporter à l’Abaris son récit de l'Assemblée:; ce qui ne lempêche pas de rattacher immédiatement
(p. 135) au noyau de l’œuvre d'Héraclide ainsi constitué (Katahase
et Assemblée de Crotone) l’histoire de la rencontre de Prthagore
et d'Abaris, la légende de la naissance miraculeuse, et les prodiges
de l'Enfance : et pour ce faire, il se base notamment sur le contenu
de la prédication crotoniate.
La légende de Pythagore ainsi reconstituée, l’auteur va étudier
son influence sur le judaïsme alexandrin. C’est la partie la moins
contestée (et la moins «révolutionnaire ») de son travail. Avant tout,
M. Lévy s'occupe des trois Vies grecques de Moïse (Artapanos, PhiJon et Josèphe). Philon a écrit une vie de Moïse qui. de son propre
aveu, se base, outre les Livres sacrés, sur « les traditions des vicillards d'Israël. » Traduisons : il n'a pas craint d'altérer ou d'enrichir
les récits bibliques par des éléments empruntés aux spéculations
de la philosophie judéo-alex andrine. On admet d’ailleurs communtment que la figure compos ite du Moïse de Philon doit au néo-prthagorisme certains traits reconnaissables (p. 1:37). La chose est
vraie
remontent sans doute à une composilion judto-alexandrine
antede Moïse
aussi d'Artapanos, et de Jostphe « dont ja biegraphie
quent
s'expli
ne
qui
dances
concor
présente avec celle de Philon des
vies
trois
Ces
TAN)
(jp.
»
que par l’utilisation d'un modèle semblable
rieure, peut-être à celle du Pseudo-Hécatée (vers 106 av.
8 0.9).
comme
Ainsi, de Pythagore à Jésus, la figure de Moïse apparaîirait
je domaine juif,
une sorte d'intermédiaire qui a conservé, dans
.
le schéma général et les principaux épisodes de la viville kgende
compte dans le
M. Lévy ne tente pas, d’ailleurs, de nous rendre
détail de ces dernières étapes, dans les légendes palestiniennes
Earux, toujours
dives, de l'antique fable du « Samien aux longs cheve
pur un MPa,
racontée, toujours reprise sous de nouveaux noms. el,
cle étonnant, définitivement preservée, semhle-tcil de toute évolution interne : les éléments antiques en restent jusqu'au bout reronnaissables, on les a simplement adaptés. dans chaque
cässaux con
enter
tingences nouvelles. De sorte qu'il faut. dans sa Ehèse, se représ
sans
e,
continu
comme
l'influence du pythagorisme sur le judaïsme
plus
les
cesse agissante, sur toutes les secies et Sur les traditions
différentes. d'Artapanos à Saint Luc. Ce qui ne laisse pas d'être
assez étrange.
parComment faut-il se représenter cette influence dans le cas
bien
est
ticulier des hiographies de Moïse? Le cadre de la narralien
ie
entendu resté celui du Pentateuque, mais partout où analog
phe
des situations le permettait, les détails ajoutés par le biogra
e
aturg
Thaum
révèlent de toute évidence l'influence de la légende du
par
sur celle du Législateur d'Israël. Ces emprunts apparaissent,
la
de
me,
lui-mê
Dieu
par
ion,
exemple, dans le fait de la prédict
prudem
,
natures
naissance de l'Enfant: dans la théorie des deux
(pp.
ment suggérée: dans le thème de la précocité miraculeuse
cés
influen
été
ont
n
Pharao
le
avec
Moïse
141-143). Les démèlés de
légispar ceux de Pythagore avec Phalaris. La conception de Moïse
conplus
les
lateur et philosophe (ceci est un des rapprochements
Jamvaincants) rappelle jusque dans les termes la conception que
ore.
P\thag
de
e
ophiqu
philos
ité
blique nous a transmise de l'activ
Enfin la mort de Moïse, suivie d'une iphumation
(1) Que M. Lévy fente de justifier par la maladresse d'un abrévialeur, éhid..
p. 74, n. 2.
94°
COMPTES RENDUS
BYZANTION
par Dieu (Deute-
(qéronome) est devenue un dgemends, qui à lieu dans un ravin
Mais
M. Lévy!
puy®). Ce ravin est évidemment le triomphe de
quelque chose
doit
Moïse
d'autre part, ilreconnaît que Ja
Page 9
Voir dans le PDF(s’ouvre dans une nouvelle fenêtre)Enfin M. Lévy aborde la dernière partie de son histoire, en veu
à l’Ascension d'Élie. Ce serait ici l'endroit, évidemment, de placer
le couplet sur les « convergences » comme disent les biologistes, qui
ne saurait manquer si nous avions entrepris une réfutation systématique de l’hypothèse de Lévr…
Poursuivant son examen des traces du roman de Pvthagore, M.
Lévy en arrive au «conte démotique de Siosiri » (voir surtout
p. 177 ss.) et à un conte lituanien qui présentent l’un et l’autre,
quoi qu'on ait dit, et la part faite des exagérations svstématiques
de l’auteur, trop de ressemblances formelles avec la légende prthagoricienne pour qu'on puisse écarter complètement l'idée d'une
lointaine influence.
L'enquête sur le judaïsme alexandrin ne s'arrête pas là. Après
avoir passé en revue les apocalvpses juives (en disant mon sentiment
sur ce sujet, je me suis d’ailleurs rencontré avec M.M aurice Goguel,
Revue de Philologie, 1928 pp. 251-251);M. Lévy en arrive aux doctrines des Juifs alexandrins, à commencer par Philon et Josèphe.
Ici les rapprochements sont véritablement Surprenants, et ce n’est
pas pour rien que Clément d'Alexandrie a appelé par deux fois Philon
«un PYthagoricien » (Strom. I, 15, 72 et II. 19,
100). En effet,
dans les prescriptions morales.édictées par les deux philosophes juifs,
apparaît « un modèle grec éclectique, où le pythagorisme domine. »
Signalons particulièrement les troublantes coïncidences de la formule « qui associe dans la réprobation les négateurs de la Divinité
et ceux qui contestent son action dans le monde » (p. 213): de la
condamnation de l’adultère masculin (p. 217), de l'interdiction du
mariage avec une courtisane (p. 218) dont la motivation même trahit la source grecque ; enfin, la curieuse prescription relative aux animaux «suppliants ». (p.223). Et ces ressemblances, ces rappels des enseignements pythagoriciens se retrouvent dans la Sagesse de Salomon,
dans la Lettre d’Aristée, chez Aristobule, etc. (pp. 225-230). Passant des écrits aux sectes (Thérapeutes, Esséniens etc.) M. Lévy
voit dans leur formation, leur activité, leurs doctrines « les débuts
du judaïsme pythagorisant » (p. 230). Cette étude est une des plus
attachantes de la Légende et ajoute bien des précisions à des constatations déjà anciennes. Mais là encore, M. Lévy systématise un peu :
sa longue monographie du parti pharisien. par exemple (pp. 235258) a pu être critiquée à cet égard — non sans injustice (1).
(1) Revue de Philologie ; t, LII (1928), pp. 255-256.
de laquelle, visiblement (ceci n'est pas un reproche) il a entrepris
son grand travail : l'exposé de l'hypothèse d’une influence direrte
du prthagorisme sur les traditions évangéliques, la grande tentative
pour annexer la Vie de Jésus à la liste des pastiches pythagoriciens.
On ne s’étonnera pas, après ce qui précéde, que l'exposition de
cette théorie si importante et si neuve ne demande pas cinquante
pages à son auteur (p. 296-343). C'est qu'un immense travail préparatoire a bien déblayé le terrain. L'étude des sources, la recon-”
stitution du Roman de Pythagore, ont donné à M. Lëvx une idée
«assez concrète et passablement étoffée » de l'ancienne légende,
comme l’a dit, non sans ironie, M. Goguel ; et son enguête sur la
légende de Moïse et sur la doctrine des sectes lui permet de formuler
le principe suivant: « L'action du pythagorisme sur le judaïsme .
palestinien du 1€r siècle nous est apparue si intense qu'il serait difficilement concevahle qu’un mouvement religieux né alors en Judée
y ait échappé ou en ait complètement éliminé les traces » (p. 295).
La démonstration va procéder, dès lors, d'un véritalile aulo matisme,
automatisme si reposant que l'infatigable découvreur de couches
rédactionnelles successives, de contaminations des sources et de
méprises dans leur utilisation, parvenu au terme de son étude,
nous déclare qu'il négligera «les diverses couches fittéraires entre
lesquelles se répartissent les trois évangiles, attendu que l'élément
pythagoricien est indifféremment présent dans les sources que
distingue l'analyse littéraire » (p. 298). 11 ne manquera pas ainsi de
peiner et d’indisposer la critique évangélique, dont il bouleverse
les plus chères habitudes (1) ; et d'autre part, il ne fait qu'accroître
la perplexité du lecteur, en présence de cet étrange destin du christianisme naissant, condamné par on ne sait quel sortilige à « prthagoriser » quelles que soient les tendances auxquelles il obéit et les
|
inspirations auxquelles il se confie.
en
péricope
de
résout,
se
comment
résumé,
en
voici,
Dès lors,
L'hypopéricope, la dépendance de Jésus vis-à-vis de Pythagore.
thèse de l'emprunt à la Nativité de Pythagore se substitue autoà celle de l'emprunt à la fable païenne de la naissance
matiquement
(1) Cf. Revue de Philologie, ibid., p. 265.
Page 10
Voir dans le PDF(s’ouvre dans une nouvelle fenêtre)COMPTES RENDUS
de Platon (pp. 296-299), Jésus parmi les Docteurs est modelé sur
l'anecdote de Prthagore et de Thalès (p. 299). Le baptème dans le
est bien celui de la Katabase prthagoricienne. Le Sermon sur la
Jourdain rappelle la purification de Pxthagore par Zaratas, suivant
Antonios Dicgenès « sans doute écho de l’Apocryphe Zoroastrien ».
«… D n'est pas interdit de conjecturer que la purification eut lieu
dans les eaux du fieuve habvlonien » (p. 300). L'histoire de Simon
et d'André et des fils de Zthédée « est calquée sur l'épisode d’Élisée, quittant son labour pour s'atlacher à Élie » (p. 301). Mais le
cadre et la profession viennent de «l'incident initial de l’histoire
cienne (pp. 315-320). Tentative interessante, mais les coïncidences
de Pythagore arrivant à Crotone pour v prêcher la conversion
:
… rencontre... de pêcheurs en train de jeter leurs filets et qui sont
les premiers annonciateurs de la gloire de l'arrivant. » (p. 301).
Cet emprunt, assez vraisemblable, nous paraît d’ailleurs caractéristique de ja limite à l'intérieur de laquelle la méthode de M. Lévy
peut prouver quelque chose : nous croyons que presque toujours,
il y a agrégation à la légende de Jésus, en vertu + de la force attractive des légendes constituées» (?) d'éléments adventices venus
d’ailleurs et qui sont intégrés à la tradition juive, plutôt que véritable inspiration. La Tempête apaisée (p. 303: nous passons des
comparaisons moins naturelles) est exactement un miracle bien
Montagne est ramené, verset après verset, à la morale priagoriles plus frappantes x allernent avec des rapprochements beaucoup
moins sûrs, Et surtout (notons le fait, qui à son importance), bien
souvent M. Lévr n'a trouvé aucun texte proprement phagoricien
qui rendît compte du précepte évangélique, Remême où lus litude
de fond ou de forme est grande avec unc idée où une expression de
la philosophie grecque. Après le Sermon, le parallélisme entre Ja
tradition pythagoricienne et la tradition évangélique se poursuit
avec la même constance: en Judée (p. 320 ss. ; «les trois lecons
initiales en Judée ramènent à trois des quatre épisodes de la Prédication initiale d'Italie... »: p. 324), à Jérusalem (où l'Exhortalion à
la Vigilance est assez bizarrement rapprochée de Poligolyrpnie
prescrite par Pythagore: p. 526) « de Gethsémane au Prétoire :
(pp. 326-328 : le silence de Jésus devant le sanhedrin et Pilate [c£.
Marc 14, 55-64: 15, 2, etc...] reproduirait la version de la fin de
Pythagore qui lui prête la déclaration : plutôt périr que parler.) et
du prétoire à la Croix. Le supplice de Jésus, est décidément rehelle,
on s’en doute, à la réduction au pythagorisme : mais il n'en est pas
connu de Pythagore (Jambl. 135 — Porph. 29). Le dernier séjour
de même. nous le verrons, du « Tombeau vide » (p. 329). On devine
de Jésus à Nazareth « où il ne fit aucun miracle » est « à peu de chose
que J’Ascension et «les Apparitions » (pp. 430-331) se ramènent
près, l’histoire de Pythagore à son retour à Samos, suivant Jambl.
20 et 28 in /ine » (p. 304). La Confession de Pierre, c’est la confession
d’Abaris (p. 504), ete. « Les miracles de guérison, dont on a longtemps cherché le modèle principalement dans l'Ancien Testament,
sont à la vérité de tvpe hellénistique » (p. 306), et leur ressemblance
sans peine, pour M. Lévy, à deux épisodes de la Légende : l'Ascension de Prthagore si ingénieusement reconstruite (Légende, pp. 63-78)
et l'apparition d’Apollonios de Tyane à Damis et Démétrios (la
comparaison de Luc, 28, 39 avec Philostr. $, 12 est en effet saisissante).
avec les miracles d’Apollonios de Tyane devient très aisée à expliquer. D'autre part — et nous voici en présence d’une thèse plus
importante encore, s’il est possible — les enseignements de Jésus
“procèdent du-même fonds que sa vie. La parabole évangélique « se
rattache à la forme d'exposition qui remonte aux origines de le
littérature pvthagorisante » (p. 308). Celle de Lazare et du Mauvais
riche, par exemple, (pp. 310 s.), n’est autre que l’historiette eschatologique du Riche et du Pauvre que Lucien a permis de reconsti-
Pour que sa démonstration soit vraiment complète, M. Lévr
passe alors en revue les éléments de la légende de Jésus qui provientuer, et l’'Hadès des évangiles, avec ses ren versements de destinée,
enlever ce qui a été construit sous l'influence de l'Ancien Testament :
nent incontestablement de la tradition biblique (messianisme, emprunts à la légende de Moïse, etc. pp. 334-340). Il croit pouvoir
ainsi «mesurer l'importance respective des deux grandes sources
de la Vie racontée par les synoptiques ». Sa conclusion, qui est en
quelque manière la conclusion de son livre même, vaut la peine
d’être reproduite: « On peut, sans léser l’économie de la Vie, en
Massacre des Innocents, Descente de l'Esprit, Tentation, Répudiation de la famille, miracles à la manière des prophètes, Transfigu(1) GoGUEL, ibid., p. 245,
ration, titres d’Oint et de fils de David, entrée à Jérusalem. Que l'on
Page 11
Voir dans le PDF(s’ouvre dans une nouvelle fenêtre)supprime au contraire tout ce qui, comme nous crovons
COMPTES RENDUS
l'avoir
montré, procède du modile grec — Naissance de l'Hom
me-Di
eu
953
non sans quelque exagération d'ailleurs, les reproches les plus vifs
Jésus à douze ans, Prédications de Capernaum et de l'Arriv
ée en
à la méthode de M. Lévv, et nous-même, suivant pas à pas son
exposé, avons été amené à en formuler. Il faut pourtant Y revenir.
M. Lévy traite les textes avec une «souveraineté » qui ne va pas,
de l'édifice évangélique croulera » (p. 340).
Ainsi done, « l'histoire de l'Homme-Dieu de Samos » produi
t du
hâtons-nous de le dire, sans de géniales intuitions (nous persistons
Judée, Rejet de Jésus à Nazareth, Secret messianique,
Confession
de Pierre, Tombeau vide et Résurrection — et | a charpent
e même
vieux p\thagorisme et du platonisme, et les doctrin
es morales et
religieuses qu'elle popularisait ont conquis la communauté
juive
d'Egypte, et, par l'intermédiaire des Pharisiens,
la Palestine Les
Thérapeutes, les Esséniens ont conservé quasi-intact
cet idéal
:
thagoricien : l'Évangile s’est élaboré dans un milieu d'« observ
ants
« sans doute apparentes d’assez près aux Esséniens », sous
l’im ul.
sion des croyances messianiques, sans doute, mais
dans un esprit
si docile à une influence étrangère que c’est en réalité
le Thaumaturge païen, l’incarnation terrestre d’Apollon dont il nous
retrace la
carritre, bien plus qu’il ne rappelle le roi national, le Sauveur d’Israël prédit par les anciens prophètes (pp. 341-343). Thèse
extrèmement hardie, qui bouleverse toute l’histoire des
origines du christianisme, mais qui, après la lecture des deux volumes de M. Lévr
peut paraître un instant toute simple, toute naturelle. et résulta
nt
à l'évidence d’un examen impartial des textes: tant est grand
le
sortilige que son génie dialectique et constructif, servi
par
une érudition immense, exerce sur le lecteur. Et les conclusions que
nous
venons de résumer seraient en effet incontestahles si seulement
la
date de formation des traits généraux comme des scènes détaill
ées
du cycle de Pythagore était mieux établie, si par conséquent
on
était sûr que le processus d'influence grecque sur le judaïs
me ne
doit jamais être renversé : en second lieu, si les copieux rappro
chements du récit évangélique avec la légende pythagoricienne avaient
tous Ja réalité et le caractère que M. Lévy leur attribue, s'ils attestaient réellement, non des emprunts, partiels et adventices, à des
sources grecques, mais une inspiration pythagoricienne foncièr
e et
exclusive. Mais il n’en est pas ainsi, comme nous le verrons : l’état
fragmentaire et chaotique de nos documents rend une telle
hypothèse indémontrable; il est certain que si M. Lévy a pu donner
à son étude l'apparence extérieure d’une rigoureuse démonstration,
c'est à son habileté de dialecticibien
en, souvent, qu'il le
doit.
Des critiques assurément mieux qualifiés pour le faire ont adress.
à croire que la reconstitution de la Fin de Pythagore en est un des
plus beaux exemples), mais le caractère même de ee procédé eût
dû lui interdire des conclusions aussi tranchantes. Sur les indices
les plus ténus, il ne craint pas de combiner les sources les plus diverses, de les mélanger, de les compléter l’une par l’autre. Certaines
de ses phrases ont l'air d'une véritable parodie de cette méthode :
« Quant au Riche, nous savons par Lucien mème qu'il pleurera, par
Virgile qu’il sera torturé dans le Tartare, par Plutarque qu'il subira
un châtiment dont ceux qu’il a insultés seront spectateurs » (Légende,
p. 125). Quant au contenu même des textes utilisés, M. Levr a une
fâcheuse tendance à ne le considérer que sous l'angle de la transmission plus ou moins fidèle d'une source. Que ce point de vue seul
l’intéresse dans les œuvres qu’il examine, d'accord : mais la réalité
est plus compliquée, et ce n'est pas sans étonnement qu'on voit
unc étude (d’ailleurs purement conjecturale) des sources supprimer,
ou à peu près, l'élément irréductible à une inspiration antérieure
dans des œuvres qui paraissent pourtant avoir un caractère littéraire prononcé, pour ne rien dire de plus (le VI® chant de l'Enéide,
l'Histoire vérilable de Lucien ete). Cette conception étrange se
trahit quelquefois par une amusante mauvaise humeur de l'auteur,
en présence. d’un texte décidément rebelle à une analyse aussi
simpliste. Les « périégètes » du Voyage aux Enfers de Lucien, par
exemple, sont, pense M, Lévy, une altération de la donnée primitive
del’Abaris, qui ne comportait qu’un guide : « le pluriel » remarque-t-il
(Légende, p. 87, n. 5) est une fantaisie de Lucien qui d'ailleurs avec
sa négligence habituelle a oublié de présenter les périégètes au
lecteur. » Si les « jurés » du Tribunal infernal ne sont pas nommés,
c’est « par suite d’une des négligences dont Lucien est coutumier »
(ibid., p.105, n. 6). D'ailleurs, « à force de confusion, Lucien a rendu
méconnaissables les scènes les plus originales de la Descente aux Enfers » (Ibid., p. 119). L'auteur de la Nécyomantie ne pouvait évidemment prévoir que son opuscule n'aurait d'autre intérêt pour M. Lévv
que de lui restituer une Katahase prthagoricienne. Un autre défaut
de la méthode, c'est que jamais le caractère hypothétique d’une asBYZANTION. VI. — G0,
Page 12
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sertion n'empêche l’auteur d’en tirer immédiatement une conclusion
simplement dues à des situations ou à des besoins identiques sont
particulièrement fréquentes dans les légendes de personnages doués
d'une nature surhumaine et de pouvoirs surnaturels, duns les lé-
954
nouvelle, encore plus conjecturale, et ainsi de suite. Cette chaîne
d'hypothèses, pour légitime que puisse être chacune d'elles, prise
separ(ment, n'en oblige pas moins à faire des réserves sur la congendes de l'homme-dieu. Sans compter que Ja situation d'une secte
clusion finale. Or, ces réserves ne sont faites nulle part. Et cette
naissante, que l'histoire de sa fondation et de ses démélés avec le
perpétuelle conjecture nous ramène sans cesse au prthagorisme : les
plus légères analogies suffisent pour en faire tout dériver. On a parle,
à ce propos, de « pampyrthagorisme »: il est certain que M. Lévv
ne s’est pas assez défendu contre un besoin trop impcrieux de tou
ramener à l'illustration d’une thèse qui, par le fait même, n’est nulle
part démontrée.
Ce pythagorisme qui explique tant de choses, est d’ailleurs concu
lui-même (cette remarque aussi est de M. Goguel) comme une entité assez étrange: il a influencé et considérablement déformé les
documents les plus divers, depuis la Vie de Moïse jusqu’à la Vie de
S. Antoine, et jusqu’au bout pourtant les traits principaux de son
ancienne légende et de ses enseignements originaux demeurent reconnaissables; d'autre part, presque tous les monuments de sa
longue histoire, d'Héraclide et d’Apollonios à Jamblique et à Philostrate, peuvent servir à déceler ces emprunts: c’est done que là
légende de Pythagore, altérant et influençant sans cesse des spéculations si éloignées, n’a subi elle-même ni altération ni influence.
D'autre part, M. Lévv a peut-être une tendance trop accusée à
considérer le pythagorisme comme le véhicule d'éléments qui sv
trouvent aussi ailleurs, ou qui ne se trouvent même qu'ailleurs (el.
infra, pp. 957 et 959).
Si de ces critiques qui concernent plus particulièrement l’histoire
interne du pythagorisme, nous passons à la conception même d'une
influence du fonds. pythagoricien sur l’élaboration de la légende d:
Jésus, il nous semble, après d’autres, qu'on peut reprocher à \!.
Lévy de n’avoir pas suffisamment tenu compte de trois espr:""
importantes de possibilités.
1°) Comme dit M. Goguel (1), « analogie ne signifie pas toujour:
généalogie ». Il faut bien qu'on se souvienne qu'il se produit qu
quefois, en matière de légendes, des phénomènes analogues à ec
que les biologistes appellent des « convergences ». Ces ressemblait >
(1) Jbid., pp. 250 et 267.
milieu qui l’a vu naître, que mème la vie réelle de son fondateur,
peuvent, si les conditions sociales se ressemblent, présenter, à des
siècles de distance, de troublantes similitudes. « Môme jes personnages qu’on prendrait pour des statues symboliques, écrivait Renan (Les Evangiles et la seconde génération chrétienne, p. 88) ont pu
à certains jours, vivre en chair et en os. Ces histoires se passent, en
effet, selon des espèces de patrons réglés par la nature des choses,
si bien que toutes se ressemblent. Le hâbisme, qui est un fait de
nos jours, offre dans sa légende naissante des parties qu'on dirait
calquées sur la vie de Jésus : le type du disciple qui renie, les détails
du supplice et de la mort du Bäb, semblent imités de l'Évangile;
ce qui n'empêche pas que ces faits ne se soient passés comine on les
raconte. »
Je ne prétends nullement que de telles coïncidences rendent
compte d’un grand nombre des rapprochements
apportés
par
M. Lévv. Mais quelquefois on regrette qu'il n'ait pas eu dans l'esprit
cette prudente remarque de Renan: à propos de la confession de
Pierre, par exemple (Légende, p. 304), dont l'identification à la
confession d’Abaris est loin d’être convaincante, malgré la page
qui la prépare (Légende, p. 49). Et, pour compléter le parallélisme
avec l’histoire du Bäb évoquée par Renan. le Reniement de Pierre,
malgré le commentaire ingénieux de Légende, p. 328, n'a sûrement
rien de commun avec l'anecdote de Damis se dépouillant de ses
insignes pythagoriciens. Enfin, exemple emprunté à la légende de
Moïse, on s'étonne que M. Lévy ne s'aperçoive pas qu'une note
comme celle (p. 141, n. 4) qui prétend replacer dans la biographie
de Pythagore le trait de la croissance miraculeusement rapide prêtée à Moïse par Josèphe, affaiblit le raisonnement au lieu de le renforcer : elle nous montre en effet que «le motif est banal dans la
mythologie hellénique » (Évangelos de Milet, Amphoteros et Akarnan etc.….), et cite aussi la croissance quasi-instantanée d'Indra
dans le Rig-Veda!
20) Malgré la difficulté presque toujours insurmontahle de rat.
tacher à coup sûr les historiettes de Porphyre et de Jamblique
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957
,
un fonds antérieur à l'époque romaine, pas un instant M. Lévv
ne se demande si, dans certains cas au moins, le christianisme naissant n'a pu influencer la légende tardive de Pythagore. Nous faisons, pour notre part, bon marché de la théorie classique selon
laquelle Philostrate aurait tenté une sorte de pastiche païen des
évangiles (?); mais cette hypothèse eût dû, néanmoins, être envisagée, Dans le même sens, la Vie de Pérégrinos, et surtout
sa mort,
doivent beaucoup, paraît-il (Sources p. 138) à la Vie de Prthagore.
Mais la question se complique si l’on se souvient que Renan donnait
comme source principale au roman de Lucien un récit du martvre
d’Ignace d’Antioche. (Les Evangiles, pp. 488 et 493). Or cette théorie non plus n’est même pas mentionnée.
3°) Là même où il y a contact assuré entre les deux légendes, et
où la direction de l'emprunt est bien établie, il n’en résulte pas
nécessairement qu'il v ait un rapport de dépendance profonde entre
les deux traditions. Les imitations peuvent être extérieures et fragmentaires. Cela est surtout sensible, comme l’a fort hien vu M. Goguel (ibid., p. 255) dans les passages « prthagorisants» des Vies
grecques de Moïse.
Il résulte de toutes les critiques précédemment formulées que la
thèse de M. Lévy n’est acceptable qu'avec de sérieuses réserves, et
que certaines parties de ses recherches sont décidément faibles, ct
ne pouvaient arriver, sur de telles bases, qu’à des résultats incvrtains. Cela est particulièrement vrai de la fameuse reconstitution
de la Katabase de Pythagore. Toute cette fragile construction repose
sur la comparaison d’Héraclide-Hiéronyme avec le Voyage aux
Iles infernales de l'Histoire Véritable. Pour ne pas allonger outre
mesure cette interminable recension, nous prions le lecteur de se
reporter à la discussion de M. Lévy (Légende, pp. 86-93). I] verra
que ces vestiges de l'Abaris sont si fragmentaires que la comparaison avec Lucien pourrait fort bien en être entièrement faussée. L4
ressemblance est peut-être purement extérieure, I] était sûrement
question d’autres damnés que les « maîtres d’erreurs » et les adulttres dans l’œuvre d'Héraclide. Dès lors l'argument des « deux catégories identiques » de damnés chez Lucien perd de sa valeur:
d’ailleurs le crime d'Hérodote et de Ctésias selon Lucien (le mensonge) n’est pas identique à l'impicté reprochée à Homire et à
(1) Cf. GoGuEL, ibid:, p. 246.
Hésiode (GrÜ'@r eiror neot G:@r), Cinvras, Ie sédueteur d’Hélène, n'est pas un adultère de Ja catégorie visée par l'Abaris (roès
ui, Délovtas ovretrat tTais attor
yuratˣt) enfin les efforts de
M. Lévy (p. 88) ne peuvent arriver à établir le moindre rapport
entre Ja réflexion finale de Lucien, allusion plaisante au caractire
de pure fiction de l'Histoire véritable (moi du moins j'échapperai
à ces supplices, puisque je n'ai jamais manqué à la vérité dans mes
écrits) et l'uépilogue» du ôuénær d'Héraclide (roreteir ep
Bedr ds eioir te zai Tor àrfgowr/ rar Étiorpégortat TOY HATWY).
Nous crovons Cependant que, malgré la cohésion de l'ensemble,
l'insuffisance de ces parties importantes de l'œuvre ne suffit pas
à lui retirer toute valeur démonstrative. En signalant l'intérêt
que présentent les chapitres consacrés à l'influence grecque sur Je
judaïsme alexandrin, en condamnant d'autre part la théorie de
l'origine des récits évangéliques, la critique a un peu l’air d'appliquer à la Légende de Pythagore le fameux jugement de Cobet sur
les Scholies de l'Anabase: Si quid forte inest boni non esf novum,
si quid novi non est bonum. 11 n’en est rien, heureusement, et la formule classique des «intéressants rapprochements de détail» ne
suffira pas non plus à juger équitahlement Jes livres de M. Lévy.
C’est que beaucoup de ces rapprochements d'idtes et de traditions
prthagoriciennes ou simplement helléniques avec des passages
évangéliques sont trop frappants pour être dépourvus de toute
signification, même si l'interprétation n'en est pas aussi simple
que.le croit M. Lévy. Nous voudrions, pour édifier pleinement le
lecteur de cette revue, résumer brièvement les principaux de ces
arguments:
La parabole des aveugles (Luc vi, 39) se retrouve chez Sextus
Empiricus 605, 23 : oùdë 6 ruplôs Tor ruglor Gônyeiv (ddratas) (p. :
319, d’après Wendland).
Le disciple de Jésus doit tout quitter pour le suivre. Et Jésus
précise: oixiar, 7 4dehpoèc, 7 ddelgas, ÿ matépa. } pyréoa, %
yurulxa, Ÿ Téxra, Ÿ Gyooùs, Évexer uod nai Évexer Toû edayveliov … (Marc. 1x, 29). C’est, un peu développée, la formule même
de Jambl. Vie de Pyth. 246: xoovortr Ô Ôetr uä?lor Aéyovot
guiogoplas À yoréor xai yewoytas. (p.323).
La bénédiction des enfants (« car c'est à leurs pareils qu'appartient le rovaume de Dieu » Marc. x. 13-16 ete...) rappelle directe-"
ment la prédication de Prthagore aux enfants, objet de la prédi-:
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Voir dans le PDF(s’ouvre dans une nouvelle fenêtre)sertion n'empêche l'auteur d’en tirer immédiatement une cn
nouvelle, encore plus conjecturale, et ainsi de suite. Cette
d'hypothèses, pour légitime que puisse être chacune d'elis
separcment, n’en oblige pas moins à faire des réserves Qu ,
clusion finale, Or, ces réserves ne sont faites nulle part
perpétuelle conjecture nous ramène sans cesse au pythugori
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plus légères analogies suffisent pour en faire tout dériver On à
à ce propos, de « pampvthagorisme »: il est certain que \ !
ne s’est pas assez défendu contre un besoin trop imjx vieux de
ramener à l'illustration d’une thèse qui, par le fait même, nec: :
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lui-même (cette remarque aussi est de M. Goguel) comme ur:
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documents les plus divers, depuis la Vie de Moïse jusqu'à bi: \
S. Antoine, et jusqu'au bout pourtant les traits principaux È
ancienne légende et de ses enseignements originaux demeur. :
connaissahles; d'autre part, presque tous les monument
longue histoire, d'Héraclide et d'Apollonios à Jamblique +1
lostrate, peuvent servir à déceler ces emprunts: c'est «
légende de Pvthagore, altérant et influençant sans cesse des «
tions si éloignées, n’a subi elle-même ni altération ni influer
D'autre part, M. Lévy a peut-être une tendance trop arcs
considérer le pythagorisme comme le véhicule d'élémenttrouvent aussi ailleurs, ou qui ne se trouvent même qu'aili
infra, pp. 957 et 959).
| Si de ces critiques qui concernent plus particulièrement PH.
interne du pythagorisme, nous passons à la conception même +
influence du fonds pythagoricien sur l'élaboration de la lé
Jésus, il nous semble, après d’autres, qu’on peut reproch:
Lévy de n’avoir pas suffisamment tenu compte de trois
importantes de possibilités.
1°) Comme dit M. Goguel (’). « analogie ne signifie pas te:
généalogie ». Il faut bien qu'on se souvienne qu'il se produit!
quefois, en matière de légendes, des phénomènes analozu que les biologistes appellent des « convergences ». Ces res“
(1) Jbid., pp. 250 et 267.
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COMPTES RENDUS
BYZANTION
simplement dues à des situations ou à des besoins identiques sont
particulièrement fréquentes dans les légendes de personnages doués
dans Îles léd'une nature surhumnaine et de pouvoirs surnalure
gendes de l'homme-dieu. Sans compter que la situation d'une secte
naissante, que l'histoire de sa fondation el de ses démièles avec le
milieu qui l'a vu naître, que même la vie réelle de son fondateur,
peuvent, si les conditions sociales se ressemblent, présenter, à
des
sivcles de distance, de troublantes similitudes. « Mëme les personnages qu'on prendrait pour des statues svmboliques, écrivait Fenan (Les Evangiles et la seconde génération chrétienne, p. 8S) ont pu
à certains jours, vivre en chair et en os. Ces histoires se passent, en
effet, selon des espèces de patrons réglés par la nature des choses,
de
si hien que toutes se ressemblent. Le häbisme, qui est un fait
dirait
qu'on
parties
des
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nos jours, offre dans sa légende naissant
calquées sur la vie de Jésus ; le tvpe du disciple qui renie, les détails
:
du supplice et de la mort du Bäb, semblent imités de F'Évangile
on les
ce qui n'empêche pas que ces faits ne se soient passés comme
raconte. »
Je ne prétends nullement que de telles coïncidentes rendent
compte d'un grand nombre des rapprochements
par
apportés
M. Lévy. Mais quelquefois on regrette qu'il n'ait pas eu dans l'esprit
sion de
cette prudente remarque de Renan: à propos de Ja confes
à la
tion
Pierre, par exemple (Légende, p. 304), dont l'identifica
confession d'Abaris est loin d'être. convaincante, malgré la page
élisme
qui la prépare (Légende, p. 49). Et, pour compléter le parall
,
avec l'histoire du Bâb évoquée par Renan, le Reniement de Pierre
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malgré le commentaire ingénieux de Légende, p. 328, n'a
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rien de commun avec l’anecdote de Damis se dépouillant de
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insignes pythagoriciens. Enfin, exemp
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Moïse, on s'étonne que M. Lévy ne s'aperçoive pas
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ra
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dans le Rig-Veda!
ble de rate
20) Malgré la diffieulté presque toujours insurmonta
et de Jamblique à
tacher à coup sûr les historiettes de Porphyre
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un fonds antérieur à l’époque romaine, pas un instant M :
ne se demande si, dans certains cas au moins, le christianisns.
sant n'a pu influencer la légende tardive de Pvthagore, Nan.
sons, pour notre part, bon marché de la théorie dssique D
laquelle Philostrate aurait tenté une sorte de pastiche pas,
évangiles (!): mais cette hypothèse eût dû, néanmoins, tre
sagée. Dans le même sens, la Vie de Pérégrinos, et surtout sa nu
doivent beaucoup, paraît-il (Sources p. 138) à la Vie de Pvt
Mais la question se complique si l'on se souvient que Renan don
comme source principale au roman de Lucien un récit du 1
d'Ignace d'Antioche. (Les Evangiles, pp. 488 et 493). Or cette ti
rie non plus n'est même pas mentionnée.
3°) Là même où il y a contact assuré entre les deux léger
où la direction de l’emprunt est bien établie, il n'en résulte
nécessairement qu'il ait un rapport de dépendance profonde 1.
les deux traditions. Les imitations peuvent être extérieures el 12.
mentaires. Cela est surtout sensible, comme l’a fort bien vu M. «
guel (ibid., p. 255) dans les passages « prthagorisants» des À
grecques de Moïse.
Il résulte de toutes les critiques précédemment formulées que
thèse de M. Lévy n’est acceptable qu'avec de sérieuses reserves
que certaines parties de ses recherches sont décidément faibles, .ne pouvaient arriver, sur de telles bases, qu'à des résultats ini:
tains. Cela est particulièrement vrai de la fameuse reconstitut.
de la Katabase de Pythagore. Toute cette fragile construction rer.
sur la comparaison d’Héraclide-Hiéronyme avec le Voyage
Iles infernales de l'Histoire Véritable. Pour ne pas allonger out
mesure cette interminable recension, nous prions le lecteur d.
reporter à la discussion de M. Lévy (Légende, pp. 86-93). Il ver:
que ces vestiges de l’Abaris sont si fragmentaires que la comp:
son avec Lucien pourrait fort bien en être entièrement fausse !
ressemblance est peut-être purement extérieure. Il était sûre:
question d’autres damnés que les « maîtres d'erreurs » et les ad!
res dans l’œuvre d'Héraclide. Dès lors l’argument des « deux :.
tégories identiques » de damnés chez Lucien perd de sa valeur:
d’ailleurs le crime d'Hérodote et de Ctésias selon Lucien (le rm:
songe) n’est pas identique à l’impitté reprochée à Hlomire «:
(1) Cf. Gocur, ihid., p. 246,
COMPTES
RENUUD
licsiode (àr0'@r einor nent Oewr), Cinyras, le séducteur d'Héicne, n'est pas un adultère de la catégorie visée par l'Abaris (TOdz
ii) Qélorras ovvreirat Tais uÊTer
ur Ët) enfin les efforts de
M. Lévx (p. 88) ne peuvent arriver à établir le moindre rapport
entre la réflexion finale de Lucien, allusion plaisante au caracttre
de pure fiction de l'Histoire véritable (moi du moins j'échapperai
à ces supplices, puisque je n'ai jamais manqué à la vérité dans mes
ecrits) et l'eépilogue» du ôatuwr d'Héraclide (order mEPi
bedr D: etotr te #ai TOv drOowT/ror ÊÉTIOTOÉGOITUT TouyTU).
Nous croyons cependant que, malgré la cohésion de l'ensemble,
l'insuffisance de ces parties importantes de l'œuvre ne suffit pas
à lui retirer toute valeur démonstrative. En signalant l'intérêt
que présentent les chapitres consacrés à l'influence grecque sur Île
judaïsme alexandrin, en condamnant d'autre part la théorie de
l'origine des récits évangéliques, la critique a un peu Pair d'appliquer à la Légende de Pythagore le fameux jugement de Cobet sur
les Scholies de l'Anabase: Si quid forte inest boni non est novum,
si quid novi non est bonum. I n’en est rien, heureusement, ct la formule classique des «intéressants rapprochements de détail» ne
suffira pas non plus à juger équitablement les livres de M. Lévv.
C'est que beaucoup de ces rapprochements d'idées et de traditions
pythagoriciennes ou simplement helléniques avec des passages
évangéliques sont trop frappants pour être dépourvus de toute
signification, mème si l'interprétation n'en est pas aussi simple
que le croit M. Lévy. Nous voudrions, pour édifier pleinement le
lecteur de cette revue, résumer brièvement les principaux de ces
arguments :”
La parabole des aveugles (Luc vi, 39) se retrouve chez Sextus
Empiricus 605, 23 : oùdê 6 TupÂôs Tôr tugÂôr 6ôyyeir (ôératai) (p.
319, d'après Wendland).
Le disciple de Jésus doit tout quitter pour le suivre. Et Jésus
précise: oixlav, ÿ àdehpodc, ÿ G0elgas, ÿ natéoa, À untTéo® Ÿ
yvratu,
Témva, Ÿ dyooùs, Évexer ENOD nai Évexer Toù eèayyekiov … (Marc. 1x, 29). C'est, un peu développée, la formule même
de Jambl. Vie de Pyth. 246: npovoetr Ô Ôetr uäAlor Aéyovot
guiocopias ÿ yoréwr xai yewpylas. (p.323).
La bénédiction des enfants (« car c’est à leurs pareils qu'appartient le royaume de Dieu» Marc. x, 13-16 etc...) rappelle directe.
ment la prédication de Pythagore aux enfants, objet-de la prédi- :
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Voir dans le PDF(s’ouvre dans une nouvelle fenêtre)COMPTES
BYZANTION
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sque: continues, trouve Je
res deux volumes d'hypothèses pre
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doctrine de laë non-rési
sistance au imal, formulée
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son argumentation Jui
be soin mal dissimulé de dogmatisme de
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des 6 rangiles ne parais“ue plusieurs de ces « sources grecques »
que les { extes prth
‘at nullement prthagoriciennes (encore
et peut-être, parmi les traits
ns ] ‘emportent dans l'ensemble)
à la légende du
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LeVv, par
pliquer, pense
par | la contam
{ inatio
nation n de Propre
Pr
‘haumaturge, + en
.universellement répandues
ces à pisodes ont pu être des fables usées
réelle est impossible à
dans le monde païen, dont la provenance
e
e M. Levx a eu le grand
déterminer. Mais tout cela n'empêch pas qu
e
sque continu des Évanir
ta
pre
né rite de montrer, par un commen
uences grecques Y est beaucoup plus grande
iles, que la part d'infl
son livre, on se souvient
qu'on ne l'a cru communément: à lire
qués, de ces expressions
d'autres traits hellénistiques qu'on à remar
pas été peu sur pris de
si spécifiquement évangéliques qu'on n'a
. x, 36 et x, 50: cf.
retrouver dans les fragments d'Alcée (Math
À \pication pour le moins imprévue d'un verset
de Mathit
en see nous paraît tout à fait satisfaisante
(p- 318)
-'histoire dede la résurre
É
ction
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d’Arist
isté
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rapportée par PluSuppl. lyr. p. 19:14, 10) et de cette historiette
si frappante un
tarque (Syllla, 35) qui rappelle d'une manière
fait si étrange
part
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des plus fameux miracles de Jésus, et qui d’aut
unt à la carrière
figure dans la vie de Sÿlla, où elle semble un empr
la parenté évidente,
d'un thaumaturge: on se souvient enfin de
les miracles du
et dont M. Lévy est loin d’avoir abusé, qui unit
faits épars, on
Christ à ceux d'Apollonios de Tyane. De tous ces
vaut hien, à notre
doit à M. Lévy une explication nouvelle: elle
à une contres'appliquant
avis, la vieille hypothèse de Philostrate
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RENDUS
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facon d'évangile à l'usage de la société païenne.
que l'une des sources
permis de douter, après les livres de M. Lévv,
de prthagorisme Let,
grecqu es des évangiles était fortement teintée
entre les éléments
pris
par là, la personnalité historique de . Jésus,
Page 17
Voir dans le PDF(s’ouvre dans une nouvelle fenêtre)COMPTES RENDUS
bibliques et les emprunts helléniques de sa légende, s’estompe de
plus en plus.
Bruxelles.
Roger GG0SsExs.
GusTAvE GLOTz, Le prit du papyrus dans l'Antiquité grecque.
Alexandrie, 1930. Extrait du Bulletin de la Société Archéologique
d'Alexandrie, n° 25, pp. 83-96.
La pénurie des documents contraint d'ordinaire le chercheur à
une telle ingéniosité, à un emploi si désespéré de toutes les ressources de l'induction et de la déduction, qu'il peut arriver même à une
science comme l’histoire économique, de nous intéresser principalement par l'exposé même de ses démarches. Telle est l’impression que je ne serai sans doute pas seul à avoir éprouvé à la lecture
de la brochure dans laquelle M. Glotz a repris, et définitivement
éclairci, est-on tenté de dire, une question classique et résolue en
sens divers depuis Egger (Histoire de la critique chez les Grecs, 184,
pp. 85 ss. etc...). M. Glotz s’est donné à tâche de rechercher, à la
lumière des rares indications (pour la plupart de découverte récente)
que nous donnent la littérature, l’épigraphie ou la paprrologie.
les variations du prix de vente du paprrus, en Grèce, du vi sièele
:
(No. 14/15.)
PHILOLOGISCHE WOCHEN
SCHRIET
.
.
ls légende
eur les sourcedes
dore, Recherches
rde
: Lévy, Isi
Ders.. Le Lége
. Paris 26 und
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ver le Trailé de la Nature d'Anaxagore dans l'éoyyotoa pour
1 drachme tout au plus (ce qui a conduit Dziatzko à l'évaluation
d'une obole le feuillet). Mais M. Glotz objeete que le prix des exemplaires de rebut qui traînaient chez les bouquinistes ne prouve pas
grand’chose pour l'évaluation du prix du papyrus neuf. Quoi qu'il
en soit d’ailleurs de ce témoignage, nous avons vu qu'un prix exorbitant, quoique non précisé, nous est attesté pour l’année 544, et Ia
feuille vaut encore 4 1/2 oboles éginétiques. c'est-à-dire 1 drachme
1/2 obole attique, à Épidaure., d'après un compte épigraphique qui
peut se placer de 344 à 331. Par un raisonnement très ingénieux,
M. Glotz le ramène d’ailleurs, avec beaucoup de vraisemblance, à
l’année 334. Mais bientôt les prix vont baisser. Un passage du Pseudo-
Démosthène (C. Dionysod. 1 : êr yoannateiôto ôvoir y ukzotr ur
vauévo xat BrBhôio pxo®) à la vérité assez vague — mais
l'histoire économique de l’antiquité est réduite à faire fleche de tout
bois — nous donnerait, en 322, un prix voisin de deux chalques
pour la petite feuille de papvrus. Mais s'agit-il de papyrus neuf?
Pour le début du siècle suivant, nous avons heureusement des in-
-
.
dtpféon,
de peaux de mouton ou de chèvre. Les comptes des épistates de
l’Erechtheion, par exemple, nous donnent pour l'année 407 le prix
énorme de 1 drachme 2 oboles Ja feuille (à cette époque la journée
de travail d’un architecte vaut 1 drachme). Le seul texte qui a quelquefois fait croire au bon marché du papvrus est le passage de
l’Apologie (26 d), où Platon fait dire à Socrate qu'on peut trou-
Le prix du papyrus.
à la période romaine ot 12 --
dote (v, 58, 3), les Ioniens se sont longtemps servi de
961
rg"9. : April
i 11932
dications plus précises. En 296, les hiéropes de Délos paient le
feuillet moins d’une drachme, peut-être une ohole ; une autre fois,
ils achètent au moins deux rouleaux pour 1 drachme, soit 1 1/2°ohole
la feuille, au maximum.
|
:
Que s'est-il passé entre 334 et 322? La conquête macédonienne.
L'hiver 332-331 a vu Alexandre mettre fin aux monopoles de
l'Etai, et notamment au monopole du papyrus. Le régime de liberté, qui dure jusqu’au commencement:du 111e siècle, a évidemment
fait baisser les prix. Nous savons par ailleurs qu’en 296, Ptolémée
fils de Lagos, roi depuis 305, n'avait pas encore réorganisé les
monopoles: d’où les prix bas observés cette année, malgré l'état
de guerre de l'Égypte avec Démétrius Polioreète, le maître des
îles. Ce n’est qu'avec Ptolémée Philadelphe, qui monte sur le trône
en 285, qu’on en revient aux traditions nationales en cette matière,
id Gus nan tunes 2