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Vedi nel PDF(si apre in una nuova finestra)CHAPITRE VI
QUE L'ASTRONOMIE LES SPHERES NOMOCENTRIQUES NE SACRAIT SAUVER
LES PUÉNOMENES
Platon avait formulé, de la manière la plus précise et la plus
générale, le problème de l'Astronomie, tel qu'il a été compris jusqu'à Képle rel faut, disait-il, prendre pour hypothèses un certain.
nombre de mouvements circulaires el uniformes, ef ces monvements, il tes fant choisir de telle sorte que leur composition sauve
Je cours apparent des astres.
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Ge précepte si général, le disciple de Socrate l'avait restreint
‘el particularisé par Y exemple do son propre système: cet exemple
anontrail, en effet, que ees mouvements eireulaires et uniformes
devaient stre les révolutions de cerlaiies sphèves solides, embotAges les anes dans les anlves. ayant toutes pour centre le centre
hi lie Lieu. Eu suivant eet exemple. Eudoxe et Calippe avaient
_ construit le svstàme astronomique des sphöres homacentriques, et
Aristote, impliquant cette Astronomie dans sa Physique, avait
constitué une doctrine cosmolog
gue d'une
grandiose unité.
- Et cependant, l'Astronomie des sphères homocentriques ne
_résolvail pas, ne pouvait pas résoudre le-problóme posé par Platon; elle ne sanvait pas, elle était condaninée à ne Jamais, sauver
la totalité des appatenees célestes.
Ceux «quí avaient construit. cette Astronomie avaient projeté sur
“une surface sphérique conerutrique à la Ter‘re: la course des astres.
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Vedi nel PDF(si apre in una nuova finestra)CHAPITRE VII
QUE L'ASTRONOMIE DES SPHERES HOMOCENTRIQUES NE SAURAIT SAUVER
Platon avait formulé, de la manière la plus précise et la plus
générale, le probleme de PAstronomie, tel qu'il a été compris jusqu'à Képler. Il faut, disait-il, prendre pour hypothèses un certain
nombre de mouvements circulaires et uniformes, et ces mouvements, il les faut choisir de telle sorte que leur composition sauve
le cours apparent des astres.
Ce précepte si général, le disciple de Socrate l'avait restreint
et particularisé par Yexemple de son propre système; cet exemple
montrait, en effet, que ces mouvements eireulaires et uniformes
devaient être les révolutions de certaines sphères solides, emboitées Jes unes dans les autres, ayant toutes pour centre le centre
de la Terre.
En suivant cet exemple, Eudoxe et Calippe avaient
construit le système astronomique des sphères homocentriques, et
Aristote, impliquant cette Astronomie dans
sa Physique, avait
constitué une doctrine cosmologique d’une grandiose unité.
Et cependant,
VAstronomie des sphères
homocentriques ne
résolvait pas, ne pouvait pas résoudre le problème posé par Platon
; elle ne sauvait pas, elle était condanmée à ne jamais sauve
la totalité des apparences célestes.
Ceux qui avaient construil cette Astronomie avaient projeté sur
une surface sphérique concentrique à la Terre la course des astres
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Vedi nel PDF(si apre in una nuova finestra)fixes ou
errants,
et c'est
la projection de cette marche qu'ils
s'étaient proposés de figurer par leurs combinaisons géométriques.
Mais cette projection constitue-t-elle tout ce qu’en ce cours des
astres, la vue peut percevoir et l'esprit concevoir? Ne peut-on se
demander si la distance de chaque corps céleste à la Terre demeure
fixe, si elle ne varie pas de grandeur tandis que ce corps se projette en des lieux différents de Ja sphère ? Ces variations de
distance, ne peut-on pas, au cas où elles se produiraient, en constater la réalité ? Ces¡questions, nous ignorons si les auteurs de PAstronomie des sphères homocentriques s'en étaient souciés; leur système suppose, en tous cas, qu'ils les avaient résolues par la négative, car, en ce système, la distance d’un astre quelconque à la Ferre
demeure nécessairement invariable.
ll semble, cependant, qu'ils eussent dû se préoccuper de savoir
si les astres demeuraient toujours à la même distance de la Terre.
Parmi leurs contemporains, la doctrine de Philolaüs trouvait encore
des partisans; or, selon cette doctrine, les distances des divers
corps célestes au feu central demeurent toujours les mémes,
mais il n'en est pas de même de leurs distances à la Terre. La
variation d'une telle distance pouvait done être regardée sinon
comme une réalité, du moins comme une supposition susceptible
d’être faite.
Cette supposition, d'autre part, le témoignage même des sens
n'est-il pas de nature à Vimposer? Ce témoignage, quelques-unes
des observations qui nous le font connaitre n’avaient-elles pas été
faites dès le temps d’Eudoxe et d’Aristote ? Ecoutons Sosigène !
décrire les phénomènes qui condamnent l'hypothèse des sphères
homocentriques et reprocher aux partisans de cette hypothèse de
n'avoir pas tenu compte de ces faits :
« Les sphères des partisans d'Eudoxe ne sauvent pas les apparences; non seulement elles ne sauvent pas les apparences qui
après ces auteurs, mats elles ne sauvent même
ont été découvertes
pas les apparences qui étaient connues avant eux et qu'eux-mêmes
regardaient comme vraies. Et d’abord, au sujet de ces apparences
qu'Eudoxe n'avait pu sauver et que Calippe de Cyzique tenta de
sauver, doit-on dire qu'il les a, en effet, sauvées? Du moins est-il
une chose qui est manifeste à la simple vue, ct qu'aucun d’entre
eux n’a réussi, avant Autolycus de Pitane, à déduire de ses hypothèses.
D'ailleurs Autolycus lui-même n’y est pas parvenu; sa
controverse avee Aristothére est bien connue. Ce dont je veux
1. Simpuicu /n Aristotelis libros de Calo commentarü,
lib. M, cap. XI;
Karsten, p. 225, col. b, et p. 226, col. a; éd. Heiberg, pp. 504-505.
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Vedi nel PDF(si apre in una nuova finestra)TRIQUES
parler, e’ st Je fait que certains astres tantôt nous sont voisins et,
tantôt, s’éloignent de nous.
» Et pour quelques-uns d'entre eux, ce fait est manifeste à la
simple vue.
»
En effet, l'astre qu'on nomme étoile de Venus et celui qu'on
appelle
étoile de Mars se montrent beaucoup plus grands lorsqu'ils sont au milieu de Jeur marche rétrograde, à tel point que,
dans les nuits sans lune, l'étoile de Vénus oblige les corps à porter ombre.
» Au sujet de la Lune, il est également manifeste à la simple
vue qu'elle n'est pas toujours également distante de nous, car elle
ne nous parait pas toujours de mème grandeur, si nons prenons
soin de la comparer à des objets invariables, toujours les mêmes.
» D'ailleurs, ceux qui observent à l’aide d'instruments tombent
d'accord de la même vérité; car, à la même distance de Pobservateur, il faut placer tantôt un disque de onze doigts, tantôt un
disque de douze doigts,
interceptant la vue de cet observateur,
pour que le regard de celui-ci ne rencontre plus la Lune.
» En outre de ces preuves, les faits qui accompagnent les éclipses
totales [c'est-à-dire centrales] du Soleil témoignent en faveur de la
proposition que nous avons avanece et fournissent une confirmation de la vérité de cette proposition.
En effet, lorsque le centre du
Soleil, le centre de la Lune et notre propre ceil se trouvent sur
une même ligne droite, les effets qui accompagnent cette eirconstance ne se montrent pas toujours de semblable apparence ; dans
certains cas, le Soleil se trouve tout entier compris dans le cône
quia notre ceil pour sommet et qui est circonserit à la Lune, en
sorte qu'il demeure un certain temps caché à notre vue; en d'autres cas, il s’en faut de quelque chose [qu'il puisse être en entier
compris dans ce même cone}, en sorte qu'au milieu de la durée de
l’éelipse, une partie du Soleil se laisse voir sous forme d’un anneau
cireulaire entourant [la Lune}.
» Or, si la grandeur de tous ces corps nous manifeste une telle
variation, c'est nécessairement pour la raison qui fait paraitre plus
[ou moins] grand, dans l'air, un corps que l’on place à des distances différentes.
» Ce qui a lieu pour ces astres-là est manifeste même à la vue ;
mais il est
vraisemblable que la mème chose à lieu pour les
autres, bien que cela ne soit pas manifeste à la vue; et non seulement cela est vraisemblable, mais cela est véritable, car le mouvement de ces astres parait, chaque jour, se produire avec une
vitesse différente; dans leur grandeur apparente, il ne se rencontre
DUHEM
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Vedi nel PDF(si apre in una nuova finestra)pas de variation, car il ne se produit pas une grande différence de
distanee par l'effet de leur ascension et de leur descente, ou de
leur mouvement en profondeur (2473 84005), ainsi que les mathématiciens ont coutume de le nommer.
» Or, cela, [les tenants du système d’Eudoxe] n'ont pas tenté de
le sauver; ils n'ont pas tenté d'expliquer comment cette vitesse
variait d'un jour à l'autre, bien que le problème méritàt attention.
» Mais il n'est pas permis de dire qu'ils ont ignoré les variations que présente la distance d'un même astre.
» On voit, en effet, que Polémarque de Cyzique connaissait ces
variations ; mais il les a négligóes comme insensibles, parce qu'il
avait une prédilection pour le svstème qui dispose toutes les sphères [concentriquement] autour du centre de l'Univers.
» Il est manifeste également qu Aristote, dans ses Problèmes de
Physique, a douté des hypothèses des astronomes, parce que la grandeur des astres errants ne parait pas demeurer toujours la même :
il n’était done pas pleinement satis rit des sphères compensatrices,
bien qu'il fût séduit par leur disposition concentrique et par leurs
mouvements, tous effectués autour du centre de l'Univers. »
Telles sont les critiques qu'en son traité Neg} tov dvelurzousoy,
Sosigene
adressait an système des sphères homocentriques;
l'importance de ces critiques est encore acerne par le fait que Sosigène disposait de livres, tels que l’Aorporsyrzu i5ropis d'Eudème,
déjà perdus au temps de Simplicius, et que ces critiques étaient
sans doute, en grande partie, extraites de ces livres anciens.
Le système des sphères homocentriques est condanmé dans son
principe même; en vertu de ce principe, en effet, il maintient
chaque astre à une distance invariabie de la Terre ; or la distance
d'un astro errant à la Terre varie de jour en jour; les variations
que cette distance subit sont manifestes, et cela de bien des
manières.
Elles sont manifestes pour Vénus ef pour Mars par les changements d’éelat considérables que ces planètes offrent à notre vue.
Elles sont manifestes pour la Lune, car le diamètre apparent de
cet astre peut être mesuré, et la mesure montre qu'il change dan
le rapport de 12 à 11.
Elles sont rendues certaines par ce fait que les éclipses centrales
de Soleil sont tantôt totales et tantôt annulaires, ce qui ne saurait
ètre si la Lune et le Soleil demeuraicut tons deux à une distance
constante de la Terre.
Enfin ces variations de distance se peuvent conelure des principes, incontestés depuis Pythagore, que Platon rappelait aux
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Vedi nel PDF(si apre in una nuova finestra)astronomes; un astre tel que le Soleil doit parcourir une circonférence de cercle avec une vitesse constante ; s'il nous parait se
mouvoir avec une vitesse angulaire
variable, c'est que nous ne
Vobservons pas du centre du cerele qu'il parcourt.
Telles sont les objections que Sosigène adresse aux partisans
des sphères homocentriques; ces objections, il les emprunte vraisemblablement à Eudème ; et, qui plus est, i] nous affirme qu'elles
étaient connues
des
contemporains d'Eudoxe, qui n'en contestaient pas le bien-fondé.
Et, en effet, le premier astronome, au dire de Sosigène, qu'ait
préoccupé ce changement de diamètre apparent de chacun des
astres errants est Polémarque
de Cyzique, l'ami ‘et le disciple
d’Eudoxe, qui eut Calippe pour condisciple ; Polémarque a connu
ce phénomène, mais il a négligé d'en tenir compte, afin de n'avoir
pas à renoncer au système des sphères homocentriques, objet de
sa prédilection.
Ce
même phénomène avait sollicité, au rapport de Sosigène,
l'attention d’Aristote; ilavait même amené le Stagirite à douter du
principe sur lequel repose le système des sphères homocentriques.
De ces doutes,
malheureusement,
nous
ne savons rien de plus.
Aristote les exprimait, nous dit Sosigène, dans ses busi ro06npora; ce traité nous est inconnu; l'ouvrage, intitulé Ho) poza,
que Von attribue, sans doute à tort, au Stagirite, ne renferme rien
qui justifie Vallégation de Sosigène.
Enfin, Autolycus de Pitane avait, le premier, tenté d'édifier une
théorie qui rendit compte de ces apparences; il n'y était d'ailleurs
pas parvenu, comme le prouve la controverse qu'il cut à ce sujet
avec un certain Aristothère. Celui-ci
nons demeure entièrement
inconnu; tout ce que nous savons de lui se réduit à la mention
que Sosigene en fait au passage qui vient d'être rapporté.
Autolycus west pas aussi complètement ignoré que son contradicteur.
Suivant Diogéne de Laérte, Autolyeus, mathématicien grec, né
à Pitane en Lolide, sur la côte d'Asie mineure, cut pour diseiple le
philosophe Arcésilaiis de Pitane qui entra ensuite dans l'école de
Théophraste, ouverte à Athènes vers 322 ay. J.-C. Autolycus fut
done, sans doute, un contemporain de Théophraste, peut-être un
peu plus âgé que ce dernier; comme Théophraste, il prend place,
dans le temps, entre Aristote et Euelide.
Nous possédons, sous le nom d’Autolycus, deux écrits! relatifs
1. Aurorycı Desphuera quee movetur liber ; De ortibus et occasibus libri duo...
Edidit Fridericus Hultsch; Lipsiæ, 1885.
Pagina 7
Vedi nel PDF(si apre in una nuova finestra)à la Géométrie et à la Cosmographie. L’un de ces ouvrages, consacré à l'étude cinématique du mouvement de rotation uniforme,
est intitulé : De la sphère en mouvement, Mep} zıvouutuns coupons.
L'autre écrit est formé de deux livres; il a pour titre : Des levers
et des couchers des astres, Meg}, emurohoy xa) 09zewv. Malheureusement, ni l'un ni l'autre de ces deux traités ne contient la moindre
allusion à l'essai de théorie dont Sosigène a fait mention.
Nous n'avons done aucun moyen de contrôler les dire de Sosigène; mais, d'autre part, nous avons toute
raison de les croire
empruntés à Endeme et, partant bien informés;
partant, il est
avéré qu'à la fin de la vie d’Aristote, au temps du règne d’Alexandre, on connaissait les variations qu'éprouvent les diamètres apparents de divers astres errants ; on savait qu'en son mouvement,
chacun de ces astres ne demeure pas à une distance invariable de
la Terre ; on en avait conelu que l'hypothèse des sphères homocentrigues était condamnée et qu'il fallait recourir à d'autres hypothèses pour sauver les apparences.
Il
HÉRACLIDE DU PONT ET LA ROTATION
DE LA TERRE
Or, à l’époque même d’Eudoxe et d'Aristote, un novateur audacieux, rejetant la doctrine des sphères homocentriques, proposait
des hypothèses astronomiques nouvelles, et ces hypothèses dessinaient la première esquisse du système de Copernic.
Ce novateur était Héraclide du Pont. Né à Héraclée du Pont,
Héraclide * vint dès sa jeunesse à Athènes pour se livrer à l'étude
de la Philosophie ; il eut commerce avec Platon et devint un de
ses disciples les plus illustres ; selon Diogène de Laërte, il suivit
également les leçons d’Aristote et celles qu'à l'Académie, donnait
Speusippe, successeur de Platon.
Dans ses nombreux écrits, qui sont tous perdus, il aimait
à soutenir les opinions les plus nouvelles et les moins répandues; aussi les
Grecs lui avaient-ils donné le surnom de Paradoxologue; en ce
qui concerne les choses de l’Astronomie, le Paradoxologue, nous
Vallons voir, fut bien servi par son audace.
1. Deswert, Dissertatio de Heraclide Pontico ; Lovanii, 1830. Tu. 11. MARTIN,
Mémoir
2
»s hypothèses astronomiques ches les Grecs
el les
Romains, ch. V, $ 3 (Mémoires
t. XXX,
2e partie, 1881).
de l'Académie des Inseriplions el Belles-Lettres,
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Vedi nel PDF(si apre in una nuova finestra)LES ASTRONOM
JOCENTRIQUES
Et d'abord, Héraclide doit être rangé, sans contestation possible, au nombre de ceux
qui expliquaicnt le mouvement diurne
en maintenant immobile Je ciel des étoiles fixes et en attribuant a
la Terre, autour de l'axe du Monde, une rotation uniforme d’occident en orient. Les textes abondent, qui mettent cette opinion au
compte du Paradoxologue.
Nous avons déjà vu, au Chapitre 1!, que le Pseudo-Plutarque
auquel est attribué le De placitis philosophorum,
sa Préparation évangélique, associaient le
Pont
à
celui
d’Eephantus
ces deux auteurs
le
Pythagoricien;
l'hypothèse qui, par la
qu'Eusèbe,
en
nom d'Héraclide du
ils attribuaient à
rotation
de la Terre,
explique le mouvement diurne des étoiles.
D'autres
témoignages, plus autorisés, se joignent à ceux que
nous venons de rappeler.
Voici d’abord le témoignage de Proelus : « Héraelide du Pont »,
dit Proclus en son Commentaire au Timée de Platon?, « ee:
l'opinion que la Terre se meut d'un mouvement circulaire ;
Platon, au contraire, Ja suppose immobile. »
Simplicius, et un
scholiaste anonyme d'Aristote qui puise aux
mémes sources que Simplicius, produisent (et Simplicius le fait
à deux reprises) la même affirmation que Proclus; « Héraclide
du Pont », disent-ils *, « pensait qu'on peut sauver les apparences
(sole 73 guvéuevs) en maintenant le Ciel fixe et
la Terre, placée
en donnant à
au centre [du Monde], un mouvement
de rotation ».
Ailleurs, Simplicius s'exprime d'une manière plus explicite * ; il
fait allusion aux auteurs, « tels qu'Héraclide du Pont et Aristarque, qui croient possible de sauver les apparences en maintenant
immobiles le Ciel et les astres et en faisant tourner la Terre d’oecident en orient autour des pôles de l'équateur, et cela de telle
manière qu'elle fasse chaque jour à peu près un tour (zwvoun&vns
Sudamns Ti uépos pios Eyyi552 meprozeoor,v). ls ajoutent le mot à peu
pres (Eyy.322)
», poursuit Simplicius, « en raison du mouvement
propre du Soleil, qui est d'un degré par jour ». Ainsi Méraclide, et
Avistarque après lui, avaient reconnu la nécessité de distinguer le
1. Vide supra, ch. 1,$1V, pp. 24-25.
2. Procur Diavoomı /n Platonis Timaeum
Diehl. Vol Ul, Lipsiæ,
MCMVI, p. 138.
3. SiueLicu /n 2
Commentoria,
Edidit Ernestus
PT LS libros de Cielo commentarit: in Vib. 1 cap. NUT;
éd. Karsten, p. 2
col.
a; éd. Heiberg, p 519.
— In lib
IH cap. XIV;
éd. un p. 242, col. a: éd. Heiberg, p.541.—Scholia in Aristotelem. Col
legit ©. A. Braxnis, Berolini, 1836, p. 505, col. b.
4. Suo icu Op loud.; in lib. I cap. Vil: éd. Karsten, p. 200, col. bj
éd, Heiberg, p. 444.
Pagina 9
Vedi nel PDF(si apre in una nuova finestra)jour sidéral du jour solaire, et d’attribuer la première de ces deux
durées à la rotation de la Terre.
Ptolémée, en rapportant l'opinion de ceux qui eroient au mouvement de la Terre, ne cite le nom d'aucun d’entre eux ; mais il
formule ! cette opinion en des termes identiques à ceux que nous
venons de lire dans Simplicius; le mot &yyırrz ne fait pas défaut
à l'énoncé qu'il reproduit. Héraclide est assurément parmi ceux
que vise l’auteur de la Syntare.
il
HÉRACLIDE DU PONT ET
LES MOUVEMENTS
S
ET DE
MERCURE
En admettant la rotation de la Terre sur elle-même qu’admettaient
aussi
certains
pythagoriciens
de
son
temps,
disciples
d’Eephantus, Héraclide n'avait rien innové; il n'avait, non plus,
sauvé aucune apparence céleste que Yon ne put tout aussi bien
sauver en laissant la Terre immobile et en attribuant aux cieux le
mouvement diurne.
Il semble s'être montré plus original inventeur par ce qu'il a
imaginé touchant le mouvement de la planète Vénus.
Les variations d’éelat que cette planète éprouve d’une époque
à une autre montrent clairement qu'elle ne demeure pas toujours
à la même distance de la Terre; cette conelusion, Sosigène nous
Va appris, simposait déjà à Eudoxe, à Polémarque de Cyzique, à
Aristote,
c’est-à-dire
aux
contemporains mêmes
d’Heraclide ;
celui-ci ne pouvait pas en méconnaitre l'exactitude.
D'autre part, la marche étrange de eette planète, et la marche
analogue
retenu
repri
de
Mercure,
l'attention de
avaient vivement sollicité et fortement
Platon;
ce philosophe avait, à
plusieurs
alé ce fait que Vénus tantôt dépasse le Soleil, tantôt
se laisse dépi sser par lui, tout en gardant une vitesse moyenne
aetement égale à celle du Soleil.
Méraclide découvrit le moyen de sauver ces apparences par un
artifice aussi simple qu'ingénicux. Tandis que le Soleil S (fig. 3)
décrit chaque
année,
d'Occident en
Orient, un cerele dont
la
Terre T est le centre, imaginons que Vénus, tout en prenant part
1. Cuaune ProLémée, Composition mathématique, Vivre, ch. VI; trad, Halma,
td p 193 Paris, 1813 3 CLaupu Proveman Opera que exstant omnia. Volumen I. Syata.
mathematica, Edidit J. L. Heiberg. Pars 1. Lipsi
MCCCCLNXNXVIIL Al, €, p. 24.
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Vedi nel PDF(si apre in una nuova finestra)LES ASTHONOMIES NELIOGENTRIQUI
à ce mouvement, décrive, dans le même sens, un cercle AVBV'
plus petit, dont le Soleil soit le centre; supposons, en outre, que
ce cercle soit décrit en un temps égal à la durée de révolution
synodique de Vénus, si bien eonnue d'Eudoxe. Tous les phénomönes que Vénus nous présente seront ainsi expliqués.
Du point T, menons deux tangentes, TA, TB, au cercle décrit
par Venus; il est clair que nous ne verrons jamai
Venus s'écarter du Soleil, vers l'Orient, d'un angle supérieur à ATS ni, vers
l'Occident, d'un angle supérieur à STB.
Lorsque Venus décrira Pare AVB de son cerele, la vitesse de ce
mouvement,
projetée
sur la
sphère des étoiles fixes,
semblera
dirigée d’orient en occident, en sens contraire de la vitesse propre du Soleil; la projection de Vénus sur la sphère des étoiles
fixes
semblera se mouvoir, sur le zodiaque, d'occident en orient,
avec une vitesse égale à la différence des deux vitesses dont nous
venons de parler ; elle semblera marcher moins vite que le Soleil ;
elle sera rejointe par la projection de cet astre au moment où la
planète parviendra au point V de son cerele, puis elle sera dépassée
par cette projection.
Au contraire, tandis que la planète Vénus décrit, sur son cercle, Pare BV’A, sa projection semble marcher, sur l’&eliptique, de
l'occident vers Vorient, plus vite que la projection du Soleil ; elle
rejoint celle-ci lorsque la planète parvient au point V' de son cerele, puis elle la dépasse.
Ainsi se trouvent sauvées, au moins d'une manière qualitative,
les apparences, déjà bien connues de Platon, que présente la
marche de Vénus comparée à celle du Soleil.
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Vedi nel PDF(si apre in una nuova finestra)Les changements de grandeur apparente de Vénus sont également sauvés. Vénus est plus loin de la Terre que n'est le Soleil
tandis qu'elle deerit sur son cercle Pare 8 V'a; elle est plus voisine de nous que le Soleil tandis qu'elle pareourt Vare x V 8.
Platon et Aristote placaient Mereure et Vénus au-dessus du
Soleil; Pythagore les mettait, dit-on, au-dessous de cet astre, et
cette opinion sera reprise par Hipparque et par Ptolémée; selon
l'hypothèse d'Méraclide, ehacune de ces deux opinions contient une
part de vérité et une part d’erreur.
Qu'Héraelide le Paradoxologue ait proposé une telle hypothèse
afin de sauver les apparences si remarquables que Vénus nous
présente, c'est ce que nous apprend Chalcidius '
Chaleidius suppose que les divers astres errants décrivent des
épicyeles dont les centres parcourent des cereles déférents concentriques au Monde; puis il
ajoute : « Héraclide du Pont, en
attribuant un cerele épieyele à Lucifer (Vénus) et un autre au
Soleil, et en donnant à ces deux cereles épieyeles un même centre, a démontré que Lucifer devait se trouver tantôt au-dessus du
Soleil et tantôt au-dessous ». Le commentateur du 7imée montre,
en outre, que si l'on méne du centre de la Terre deux tangentes
à l'épicycle de Vénus, Vangle de ces deux tangentes détermine
l'amplitude de Voscillation que cette planète semble effectuer de
part et d'autre du Soleil.
Il est possible, écrit Th. NM. Martin?, que cet éerivain latin
[Chalcidius] ait pris lui-même ce passage dans Vouvrage d'Héraclide Sur la Nature ou
dans quelque autre de ses ouvrages, et
qu'il l'ait traduit ou résumé. Mais il est possible aussi que Chaleidius, attentif à dissimuler ses fréquents plagiats, ait trouvé le
résumé tout fait chez quelque auteur grec et qu'il n'ait eu que la
peine de le traduire. » Dans son édition de l’Astronomie de Théon
de Smyrne, Th. H. Martin a même indiqué”, en l’appuyant d'arguments de
poids, l'opinion qui ferait d’Adraste d’Aphrodisias ou
de Théon de Smyrne le véritable auteur du
passage emprunté
par Chaleidius.
Un des arguments invoqués par Th. 1. Martin mérite de reteTueonis Swynnat Praronicı Liber de Astronomia... accedit etiam CuaLcion
Quaius er Adrasto vel Theone e.rpressus; Edidit Th. H. Martin, Parisi
pp.
419-428.
—
Cuaremiu Commentarius in pa mi
(Fragmenta philosophorum greecorum collegit F.
pp. 206-207. Parisiis, Ambrosins Firmin-Didot, ra
2. Tu. Y
Mantis, Memoi
sur
et les Romains.
Première
“iptions et Belle
l'histoire
. Mullachius, vol. Il,
des hypothèses astronomiques
partie, ch. V, § 4 (Mémoires de ? Aca-
5, 1, XXX, 2° qa 18811.
s Suvaxæ Liber de Astronomia, &d. Th. U. Martin, pp. 419-420.
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Vedi nel PDF(si apre in una nuova finestra)nie un instant notre attention. Chalcidius fait mouvoir le Soleil et
les Planètes sur des épicycles, et il attribue cette opinion à Platon.
Cette derniere affirmation est erronée, comme nous le verrons au
Chapitre suivant; jamais Platon n'a usé d'épieycles pour représenter le mouvement des astres errants. Mais Adraste et Théon
avaient, eux aussi, admis que Platon usait de cette hypothèse.
Or, de même que Chaleidius se trompe en attribuant à Platon
l’usage des épicyeles, de même est-il permis de penser qu'il se
trompe lorsqu'il nous dit qu'Héraclide du Pont faisait mouvoir le
Soleil sur un épicyele dont le centre décrivait un cerele concentrique à la Terre; la seconde erreur apparait comme la conséquence naturelle de la première; par elle, Chalcidius attribue à
Héraclide une théorie du mouvement de Vénus et du Soleil qui
est, en réalité, celle qu'ont professée Adraste d’Aphrodisias et
Théon de Smyrne.
Il est probable qu'Héraclide s'est borné à imaginer la théorie
plus simple que nous avons exposée; Vénus, en décrivant son
épicyele, ne tournait pas autour d'un centre géométrique, d'un
point purement fictif, mais autour de la masse même du Soleil.
Héraclide étendait-il à Mereure la théorie qu'il avait proposée
pour
sauver
le
mouvement apparent de Vénus? Chalcidius ne
nous le dit pas, sans doute parce que cela allait de soi.
L'analogie est frappante entre le mouvement de Mercure et celui de
Vénus. Dans ses dialogues, et particulièrement au Timee, Platon ne
sépare jamais ces deux planètes l’une de l’autre lorsqu'il raisonne
sur
les
mouvements
des
astres
errants. Au
moment
où
il
expose les vues d'Héraclide touchant le mouvement de Lucifer,
Chaleidius vient d'analyser les opinions que Platon et
ses commentateurs ont professées touchant Vénus et Mercure. I lui suffisait, évidemment, de montrer comment le Paradoxologue sauvait
les apparences présentées par le premier de ces astres pour que
le lecteur en conclùt aussitôt la possibilité de sauver d'une
manière semblable les apparences offertes par le second.
D'ailleurs, Adraste d’Aphrodisie, Théon de Smyrne et tous les
auteurs qui, sans citer Héraclide du Pont, ont adhéré aux mêmes
hypothèses
que Chalcidius, ont toujours appliqué à la fois cet
hypothèses à Vénus et à Mercure. Assurément,
Héraclide avait
fait de même.
Méraclide ou tel de ses disciples avait-il étendu des hypothèses
semblables aux autres planètes? Tout en faisant cireuler le Soleil
autour de la Terre, avait-il fait circuler Mars,
sur des cercles dont le Soleil fit le centre,
Jupiter et Saturne
et dont le rayon fût
Pagina 13
Vedi nel PDF(si apre in una nuova finestra)assez grand pour qu'ils pussent embrasser la Terre? Paul Tannery' et G. Schiaparelli? pensent qu'avant de produire le système des excentriques et des épicyeles sous la forme où il nous
est connu, les astronomes grecs
avaient essayé de sauver les
apparences à l’aide d'une telle hypothèse, esquisse de celle que
Tycho Brahé devait proposer durant la seconde moitié du x
ièele. Les inductions de ces deux savants historiens sont menées
avec
une extrème sagacité; mais aucun texte formel ne les autorise ;
nous ne les exposerons pas ici, car nous aurons occasion de les
retrouver au prochain chapitre.
Réduite aux seules planètes de Mercure et de Vénus, la théorie
d'Héraclide du Pont a trouvé de nombreux partisans; elle ena
trouvé chez les Grees avant Ptolémée et chez les Latins après Ptolémée; elle en a trouvé au Moyen-Age,
chez les
Scolastiques
latins qui s’instruisaient auprès des Platoniciens, de Chaleidius,
de Macrobe, de
Martianus Cappella, au temps où Ptolémée et
Aristote étaient encore inconnus; au moment où nous étudierons
ce Néo-platonisme chrétien, nous rappellerons quelle fut, dans
l'Antiquité, la fortune de cette théorie du Paradoxologue, et nous
dirons
quelle
fut
ensuite
cette
fortune
jusqu’au
temps
de
Copernic.
IV
HÉRACLIDE DU
PONT A-T-IL ADMIS LA CIRCULATION DE LA TERRE
AUTOUR DU SOLEIL ?
Par sou hypothèse relative aux mouvements de Vénus et de
Mereure, Héraclide a droit au titre de précurseur de Tycho Brahé.
Faut-il aussi lui attribuer le titre de précurseur de Copernic? La
de faire à cette question dépend de Vinterréponse qu'il convient
prétation qu'on donne à un passage des Commentaires à la
Physique d'Aristote composés par Sunplieius. Malheureusement,
le texte de ce passage n’est pas entièrement assuré, ct les inter1. Paur Tayneny, Recherches sur l'histoire de (Astronomie ancienne, ch. VI,
$ 7 etch. NIV, $5 14-17 (Mémoires de la Société des S fences phuyysigues el nulu256-260).
et. 1, 1893, p. 7 et pp.
relles de Bordeaur, 4
2. G. Scnaranezut, Origine del sistema planetario eliocentrico presso î Greci,
del Re Instituto Lombardo di Scienzee Lettere. Classe di
S II [Memorie
Scienze matematiche e naturali, vol. XVUL (serie Il, vol. IN); 1898,
Pagina 14
Vedi nel PDF(si apre in una nuova finestra)LES ASTRONOMIES MÉLIOCENTRIQUES
prétations qu'en ont proposées les érudits ne s'accordent nullement entre elles.
Occupons-nous d'abord du texte.
Commentant le second chapitre du second livre des Physiques
d’Aristote, Simplicius expose quels sont, selon lui, les rôles respectifs de l’astronome et du physicien ; à l'appui de cette doctrine,
il invoque une autorité! ; cette autorité lui est fournie par un certain passage de
VAdrégé des
ió du stoïcien PosidoMers woo
nius, abrégé composé par un contemporain de Cicéron, le philosophe grec Géminus ; Simplicius, d'ailleurs, ne tire pas
directement cette citation à l’Erirout sO” Ilossıöwviou Me
202010; elle lui est donnée, il nous en avertit, par Alexandre
D
Philopon (d’Aphrodisias).
Géminus done, ou mieux
exemple
Posidonius, voulant montrer par un
comment Vastronome peut
imaginer des
hypothèse
propres à sauver les apparences, écrit la phrase suivante :
«Año roi reseoy cis ons Mosxheiôns 6 Hovswnös. [e
zul
VOUS TOS Ths Fs, 70) dè TALOY MÉVOYTÉS FU, Bova,
Toy Toy ouwvousyy, ours coterie, »
Le texte de ce passage, avons-nous dit, n’est pas fixé sans ambiguite; les divergences portent sur le mot ¿heyz» que nous avons
placé entre crochets ; ce mot se trouve dans la célèbre édition
Aldine, donnée à Venise en 1526; après examen minutieux des
manuscrits, Hermann Diels à estimé que les meilleurs d’entre eux
ne portaient pas ce mot, et il Pa biffé dans l'édition qu'il a donnée,
en 1882, sous les auspices de PAcadémie de Berlin.
Admettons d'abord qu'il faille conserver le mo Ekeysv. Les premiers mots de notre texte devront se traduire ainsi :
« C'est pourquoi, dit Héraclide du Pont, quelqu'un, s'étant présenté, disait que..... »
La meilleure interprétation que l'on puisse donner d'une telle
phrase parait ètre celle qu'a proposte Th. H. Martin *. Héraclide
avait, comme son maitre Platon, écrit des dialogues ; Diogène de
Laërte nous Vaffirme. La phrase citée par Posidonius serait
1. Siweuicu Commentarii in octo Aristotelis physicæ auscaltationis libros
Vencliis in Aedibus Aldi, et Andrea: Asucum ipso Anıstoreuis feste. In fine:
lani So
Mense (sic) Octobri MDXXVI; foll. 64 v. et 65 r. — Simpricn Ze
Aristotelis physicorum libros quatuor priores commentaria, Kdidillermannus
Diels, Berolini, 1882, pp. 291-292.
sur l'histoire des hypothèses astronomiques chez
2. Tu. H. Mantis, Mémoires
SÌ
Première partie, Ch. V, $ 4 : Autres hypoth
les Grecs et chez les Romains.
ide, préparant les progrès ultérieurs des systèmes astronomiques
(Mémoires de l'Académie des Iuseriptions et Belles-Lettres, to XXX, 2% partie,
Pagina 15
Vedi nel PDF(si apre in una nuova finestra)extraite d’un tel dialogue ; celui-ci était, peut-être, en entier sous
forme de récit, comme la République; ou bien, comme dans le
Phédon ou le
Protagoras, un des personnages
racontait à ses
interlocuteurs une conversation à laquelle il avait assisté. Ce quelqu'un, cis, qui s'était présenté pour parler, ce qui est le sens propre du mot zzesAbdy, ce personnage auquel Heraclide ne donnait
pas de nom, était sans doute, dans le dialogue, le porte-parole
d’Héraclide lui-même, chargé d'exposer les opinions du Paradoxologue.
Si, avec Hermann Diels, nous biffons le mot
‚la traduetion change et le commentaire qu'elle avait suggéré disparait. 11
nous faut, en effet, traduire ainsi le début de notre texte :
« C'est pourquoi un certain Héraclide du Pont, s'étant présenté,
dit que..... »
L'étude des manuscrits paraît imposer cette leçon; et cependant, selon la remarque de
G.
Schiaparelli!, elle parait bien
invraisemblable. Comment admettre que Posidonius, que Géminus,
qu'Alexandre d'Aphrodisias, ayant à parler d'un philosophe aussi
célèbre qu'Héraclide, Pappellent : un certain (sis) Heraclide du
Pont?
Paul Tanner
à son tour, a proposé une interprétation
nouvelle et fort ingénicuse du passage en litige.
Selon cette interprétation, le texte primitif de Posidonius était
seulement celui-ci : « As x2) rapid cis peor 671.....». Les mots :
“Hasxdetons 6 Moyzixós n'y figuraient pas. Ces mots auraient été ajoutés,en marge d'un manuserit, par un lecteur désireux de désigner
plus clairement l'auteur que Posidonius avait appelé simplement:
quelqu'un, zz. Puis, comme il est arrivé en tant de circonstances.
un copiste aurait fait passer cette glose de Ja marge dans le texte,
où elle est demeurée depuis ee temps.
S'il en est ainsi, ce West plus. comme Paul Tannery en fait la
remarque, Posidonius qui nous renseigne au sujet des hypothèses
astronomiques d'Héraclide du Pont ; c'est un scholiaste anonyme.
Si done, avec (i. Schiaparelli, on fait d'Héraclide un précurseur
de Copernic, ce ne sera pas en vertu de la grave autorité de Posidonius, mais sur la foi de eet annotateur.
Or ce scholiaste éfait-il bien informó des choses de l’Astrono1. (i. Semavarenut, Origine del sistema planetario eliocentrico presso i Greci,
VI, 40 [Memorie del It. Instituto Lombardo di Scienze
© Lettere ; classe di
Scienze
matematiche e naturali ; vol. XVI (se le 1H, vol. IN), 1898,
pp.
87 88].
2. Pau Tanveny, Sur Héraclide du Pont (Revue des Etudes grecques, t. XU,
1899, p. 305).
Pagina 16
Vedi nel PDF(si apre in una nuova finestra)ASTRONOMIES
HÉLIOCENTRIQUES
143
mie ? Nous l'ignorons et rien ne nous empèche de le nier. Nous
pourrons, dès lors, admettre, avee sir Thomas Heath *, que, par
le mot sis, Posidonius voulait désigner Aristarque de Samos; que
Vannotateur,
sachant par ailleurs qu Héraclide faisait tourner la
Terre sur elle-mème, avait confondu cette supposition avec l'hypothèse du mouvement de la Terre autour du Soleil; qu'ilavait alors
mis en marge, en face du mot zis,
le nom d'Iéraclide, dérobant
ainsi à Aristarque la priorité de la théorie héliocentrique.
ar ces suppositions, fait-on disparaitre toutes les difticultés ?
Il en reste une. G. Schiaparelli se scandalisait que Posidonius eût
accolé au nom d'Héraclide du
Pont le terme, assez dédaigneux,
sts, un certain. Nest-il pas bien plus étonnant qu'il se soit contenté de ce petit mot pour désigner, sans le nommer, Aris arque
de Samos, illustre non seulement par les
propos d'Archimède,
mais aussi par son traité Des grandeurs ct des distances du Soleil
el de la Lune?
Essayerons-nous de résoudre ces difficultés? Nous ne voyons
aucun moyen de le faire avec quelque certitude. Nous nous contenterons done d'attribuer
à
Héraclide du Pont, jusquà plus ample
informé, l'hypothèse mentionnée par notre texte.
Comment ce texte précise-t-il cette hypothèse ? Traduisons-le :
Héraclide du Pont dit : « Que la Terre étant mue d'une certaine
manière (zos) et le Soleil demeurant
immobile d'une certaine
manière ( zos), il est possible de sauver l'anomalie qui apparait
autour du Soleil (rep! =6v 7107) ».
Comment doit-on interpréter cette phe se ?
Trois explications distinctes s'offrent à nous, celle de Bæckh,
celle de Th. H. Martin, celle de M. G. Schiaparelli.
Selon Bæckh?, le mouvement de la Terre dont il est ici question, c'est la rotation diurne de la Terre, d'Occident en Orient,
autour de
l'axe du Monde;
nous savons en effet, par ailleurs
qu'Héraclide admettait une telle rotation. Le Soleil est en repos
d'une certaine manière, c'est-à-dire qu'il west plus animé du mouvement diurne ; il est seulement mù de son mouvement propre
annuel.
Mais
une telle hypothèse ne sauve aucune des anomalies, aucune
des irrégularités de vitesse que Von constate en obse
“ant le cours
des planètes. Boeckh semble eroire qu Héraclide a seulement voulu
dire qu'un tel mouvement de la Terre, qu'un tel repos partiel du
Soleil, ne rendaient pas impossible l'explication d'une telle ano1. Sir Thomas Heath. Aris{archus of Samos, y. 282.
2. A. Baku, Das kosmologische System des Plato, pp. 133-141.
Pagina 17
Vedi nel PDF(si apre in una nuova finestra)malie, sans prétendre d’ailleurs fournir cette explication. On
s'étonnerait que le Paradoxologue eût éprouvé le besoin de formuler une proposition d'une si banale évidence; on s’étonnerait
encore plus que Posidonius y eût pu voir un exemple caractéristique de la liberté laissée à l'astronome dans l'invention des hypothèses propres à sauver les apparences.
Passons à l'explication proposée par Th. Tl. Martin
1
Selon Martin, Vanomalie qu'Héraclide se propose de sauver,
l'avait déjà pensé ?, la marche non uniforme
c'est, comme Bergk
du Soleil sur l'éeliptique, d'où résulte l'inégalité des saisons; pour
cela, ilne prive pas
le Soleil de tout mouvement, mais ille maintient
en repos d'une certaine manière, c'est-à-dire qu'il lui laisse un seul
mouvement uniforme, d'Occident en Orient, sur Pécliptique; le
mouvement diurne étant déjà sauvé par la rotation diurne attribuée
à la Terre, l'anomalie de la marche du Soleil sera sauvée, à son
tour, par un autre petit mouvement attribué à la Terre ; quel était,
d'ailleurs, cet autre petit mouvement, rien ne nous permet de le
conjecturer.
Cette explication se heurte à de
G.
fort graves objections que
Schiaparelli a longuement développées”.
Elle semble s'égarer bien loin du texte qu'elle se propose de pénétrer. Il est difficile de penser qu'Héraclide,
en disant que le Soleil demeure
immobile d'une certaine manière et que la Terre se meut d'une
certaine manière, veuille exprimer que le Soleil décrit un très
grand cerele et la Terre une très petite orbite.
D'autre part, au point de vue de la Géométrie, on voit aisément
qu'au mouvement uniforme et annuel du Soleil sur Vécliptique,
on ne peut associer aucune circulation uniforme de la Terre autour
du centre du
Monde de telle
manière
que l'anomalie
qui en
résulte admette l'année pour période irréductible.
Remarquons, d’ailleurs, que le sens attribué par Bergk et par
Martin aux mots % megl tov Ahoy ganvoudyy avouskiz semble pécher
contre les règles de la grammaire grecque; pour qu'on put traduire l'anomalie relative au Soleil,
709 Thou NS
TON 5
il faudrait qu'il
y eût 7 meet
2 gouverne le génitif lorsqu'il
signifie: au sujet de,7relatif a;
à Aa Vaccusatif, ila toujours le sens
de : autour.
L'irrégularité qu'il s'agit de sauver est donc quelque chose qui
+ Tu. I. Martin, Op. laud., loc, cit.
2, BEuGk, ee Abhandlungen cur Geschichte dergriechischen Philosophie
und Astronomie, Leipzig, 1883, p. 151.
3. G. SCHIAPARELLI, Op. Par be VI, 42-45; loc. cit., pp. 89-91.
Pagina 18
Vedi nel PDF(si apre in una nuova finestra)se produit autour du Soleil;
il est très vraisemblable que cette
ivrégularitó, cette seo) 204 07 2019242
qui préoceupait Héraclide
est prlaritigua 4 a celle qu'Hipparque et Ptolémée appellent tantôt*
ñ mos adv thoy
DHONI,
tantôt # + TIZI. TOY Tuo OEIset
celle-ci est la calla Einégalité du mouvement apparent des planètes, celle qui produit
les stations et les rétrogradations, celle
qu'au temps d'Héraclide,
Eudoxe et Calippe s’eflorgaient de sauver
par des combinaisons de sphères homocentriques.
Cette interprétation de G. Schiaparelli est done favorisée non
seulement par la grammaire,
qu'elle nous
mais encore par l'histoire,
puismoutre Héraclide attentif aux phénomènes mêmes
qui sollieitaient
les efforts des astronomes de son temps.
Qu'Héraclide, d’ailleurs, se soit préoceupé de sauver la grande
imégularité apparente de Vénus, et sans doute aussi celle de Mereure, Chaleidius nous Va appris, et il nous a enseigné, en même
temps, comment le Paradoxologue y parvenatt. Le génial artifice
de ce philosophe consistait, nous Pavons vu, à prendre le Soleil,
et non pas la Terre, pour centre du mouvement de ces deux planètes.
G.
Sehiaparelli,
nous l'avons
dit au précédent
paragraphe,
uw hésite pas à admettre qu'Iléraclide avait étendu une semblable
hypothèse aux trois autres planètes, à Mars, à Jupiter, à Saturne ;
les variations d'éclat queMars présente sontextrémement grandes
*;
au rapport d'Eudème et deSosigène, les contemporains d'Héraclide avaient été frappés de ces variations et les rapprochaient des
changements analogues que présente la lumière de Vénus ; le
Paradoxologue devait être naturellement conduit* à répéter de
Mars ce qu'il avait dit de Vénus, à placer dans le Soleil le centre
de la circulation de cette planète-là conne de celle-ei ; mais, à la
différence de Vénus, Mars peut s'écarter du Soleil à toute distance
angulaire concevable, ce qui exige que son cercle, ayant le Soleil
pour centre, embrasse la Terre.
Cette hypothèse une fois admise pour Mars, il était pour ainsi
dire forcé qu'elle fut étendue à Jupiter et à Saturne.
Ces considérations,
les unes appuyées de
textes formels, les
autres dirigées par de très plausibles inductions nous donnent un
1. G. SenraPaRELLt, Op. laud., VI, 46; loc. eit., p. 9%
a Composition mathématique de CLaupe PTOLENEE, livre IX, ch. Il et livre
X,
. VI(Trad, Halma, vol. I, p. 117, p. 118 et p. Sane AL. Heiberg, pars Hl,
09, p. 211 et p. 317.)
3. Composition mathématique de Craupe Prorémée, livre XII, ch. I (Trad.
Halma, vol.
Il, p. 312 et p. 313; éd. Heiberg, pars Il, p. 450 et p. 451).
éelat varie dans le rapport de ı à 24.
Scmaparetti, Op. laud., Il; loc. cit., pp. 66-68.
Pagina 19
Vedi nel PDF(si apre in una nuova finestra)commentaire très satisfaisant de ces mots: 674..... Bovazaı Y, meph
shy oy ouwvousyn emp 2d ia soLeshzr. Mais elles ne nous présentent
rien qui serve à éclaircir le sens de ces autres mots; xvovpévqs
TS Ths Yas, TOÙ 02 Aloy uévoyrés rs. Pour sauver de la sorte les
grandes inégalités planétaires, il 1’est aucunement besoin de mouvoir la Terre ni d’öter aucun mouvement au Soleil; on peut, en
même temps que ces hypothèses, garder la supposition du repos
terrestre et tracer ainsi une sorte de première esquisse du système
de Tycho Brahé.
Voyons donc
comment G.
Schiaparelli
interprète
celle
des
paroles d'Héraclide qui n'ont pas encore été expliquées.
Il admet ', tout d'abord, que Vadverbe zos, mis après les mots
709 62 Aou uévoyros, est une pure redondance et doit être négligé;
le Soleil, pour Héraclide, n’est pas en repos d'une certaine facon ;
il est purement et simplement immobile. La Terre est alors en
mouvement d'une cerlaine manière ;
et cette manière nous est
sûrement connue si nous admettons qu'Héraclide néglige, comme
Eudoxe, comme Polémarque de Cyzique, l'inégalité des saisons et
les variations du diamètre apparent du Soleil ; le mouvement de
la Terre est, en sus de la rotation diurne, une marche uniforme
sur un cerele dont le Soleil est le centre.
Tel serait done, selon G. Schiaparelli ?, le
système
auquel
Héraclide faisait allusion dans le fragment cité par Posidonius :
Le Soleil est immobile au centre du Monde ; la Terre et les cinq
planètes tournent autour du Soleil ; les cercles décrits par Mercure et par Vénus sont plus petits que le cercle décrit par la
Terre ; au contraire, les orbites de Mars, de Jupiter et de Saturne
embrassent l'orbite terrestre; le ciel des étoiles fixes est immobile et la rotation de la Terre produit l'apparence du mouvement
diurne ; aucun texte ne nous suggère le mouvement qu Héraclide
attribuaita la Lune, mais il ne semble pas qu'il püt faire autrement que de la laisser tourner autour de la Terre. La construction
héliocentrique du Paradoxologue nous présente ainsi une première
ébauche du système de Copernic.
Cette interprétation du savant astronome italien est, il faut le
reconnaitre, des plus séduisantes ; sans doute, les suppositions y
sont nombreuses, mais elles comblent de la manière la plus heureuse les lacunes qui séparent les textes, trop rares, où les hypothèses d'Héraclide se trouvent mentionnées. Un point demeure
obseur, cependant, et pourrait inquiéter l'esprit prêt à adhérer à
Scuraranerta, Op. laud., VI, 44; loc. cit., p. 90.
. Scuiaransırı, Op. laud., VI, 45-49; loc. cit., pp. 91-93.
Pagina 20
Vedi nel PDF(si apre in una nuova finestra)LES ASIRONOMIES
IÉLIOCENTRIQUES
cette interpretation. Le texte de Posidonius donne les hypothè
du repos du Soleil et du mouvement de la Terre comme destinées
à sauver les anomalies apparentes des planètes. Or, le système
combiné par Héraclide pour sauver l'anomalie de Venus et, vraisemblablement, les anomalies des autres astres errants, ne suppose ni ce repos nice mouvement ; il est compatible avec l'immobilité absolue de la Terre. Pour expliquer les rapprochements que
fait la phrase d'Héraclide rapportée par Posidonius,
il faut bien
admettre, cependant, que le Paradoxologue établissait un certain
lien entre le procédé qui lui servait à sauver Panomalie planétaire et les hypothèses du mouvement
de la Terre et du repos du
Soleil.
On peut, croyons-nous, deviner sans peine quel était ce lien et,
qui plus est, prouver que le philosophe du Pont en reconnaissait
la solidité.
Pour sauver les anomalies apparentes, Héraelide avait fait circuler les cinq planètes autour du Soleil; il était, alors, tout naturellement conduit à attribuer le mème mouvement à la Terre, car
il regardait la Terre comme une planète.
L'assimilation de la Terre à une planète était, au temps d'Héraclide, une des opinions soutenues par les Pythagoriciens de la
Grande Grèce,
par ceux qui,
à la suite de Philolaüs,
faisaient
tourner la Terre autour du foyer central; lorsqu'il expose leur
doctrine aussi bien que lorsqu'il la réfute, Aristote les désigne *
comme ceux « qui font, de la Terre, un des astres ». Héraclide
pouvait donc, sans se singulariser, mettre la Terre au nombre des
astres errants.
Stobée nous apprend ?, d'ailleurs, que le Paradoxologue partageait entièrement, à ce sujet, les convictions des eo
d'Italie: « Héraclide et les Pythagoriciens », dit-il, « prétendent
que chacun des astres forme un monde, que Pair y entoure une
terre, et que le tout se trouve au sein de l'étherillimitó. Les mémes
croyances sont rapportées dans les Hymnes Orphiques, cur ils font
un monde de chacun des astres ».
Cette assimilation s'étendait également à la Lune, car le mème
Stobée nous dit *: « Héraclide et Ocellus font de la Lune une terre
entourée de nuages ».
Cette analogie admise par Héraclide entre la Terre, la Lune et
. Anistote, De Celo lib. I, capp. NIH et XIV (Anıstoteuis Opera, ed. Didot,
t li, p. 403 et p. 407; éd. Tekken vol. I, pe 293, col. a, et p. 296, col. a
2. Stoser, Eclogaram physicarum lib. 1, cap. XXIV; éd. Meineke, p. 140.
3. Sronte, Op. laud., lib. 1, cap. XXVI; éd. Meineke, p- 151.
DUHEM
ro Si
Pagina 21
Vedi nel PDF(si apre in una nuova finestra)les planètes est évidemment la raison qui, de l'explication des anomalies planétaires,
l’a conduit
à
l'adoption
d'une
Cosmologie
héliocentrique. Elle nous révèle, d'ailleurs, certaines influences
qui ont dü le seconder en ce passage ; elle nous montre que l'astronome du Pont acceptait avec complaisance certains des dogmes
pythagoriciens; l'exemple de la doctrine astronomique de Philolaüs a pu l'aider en l'élaboration de sa propre doctrine ; celle-ci,
en eflet, ne diffère de celle-là que par la substitution du Soleil à
cette ‘Esziz longtemps hypothétique et devenue clairement inadmissible, et par la suppression de la non moins inadmissible Antiterre.
V
LE SYSTÈME INÉLIOCENTRIQUE D'ARISTARQUE DE SAMOS.
Les ingénicuses inductions de G. Schiaparelli nous ont fait
retrouver, dans Héraclide le Paradoxologue, un novateur aussi
audacieux qu'heureux; au temps mème d'Aristote, il posait les
hypothèses essentielles du système astronomique de Copernic.
L'importance saisissante d'une telle conclusion serait peut-être
de nature à inspirer en quelques esprits une certaine méfiance à
l'égard des raisonnements qui l'ont fournie; elle pourrait leur faire
craindre que ces raisonnements n'eussent été trop fortement sollicités par le désir de trouver, dans l'Antiquité grecque, un précurseur au grand réformateur du xvi’ siècle.
Ces craintes seraient mal fondées; qu'au temps d’Aristote, le
système héliocentrique, auquel le nom de Copernic devait ètre plus
tard attaché,
ut déjà compté des partisans, cela n'a rien que de
très vraisemblable. Un demi-siècle au plus après la mort d’Aristote, en effet, le mème système était soutenu, les documents les
plus autorisés
nous l’aflirment, par un astronome de grand talent;
et cet astronome a eu la gloire d'être non seulement le précurseur, mais encore l’inspirateur de Copernic, quia connu sa tentative et s’en est autorisé. Cet astronome est Aristarque de Samos *.
Aristarque de Samos florissait vers Van 280 avant notre ère,
après Euclide, done, et avant Archimède. Nous savons, en effet,
par ce que Diogène de Laërte écrit sur la vie de Straton de Lamp1. Sur Aristarque de Samos, l'ouvrage fondamental est: Sir Tuomas HEATH,
Aristarchus of Samos, the Ancient Copernicus ; Oxford, 1913. — Voir auss
J. Timon, S. J., Aristarque de Samos, à propos d'un livre récent (Revue des
Questions Scientifiques, juillet 1913).
Pagina 22
Vedi nel PDF(si apre in una nuova finestra)saque, qu'Aristarque fut an nombre des disciples de ce philosophe.
Or, c'est vers 284 que Straton suceéda, à la direction du Lycé
Théophraste,
qui
avait
lui-même
succédé
à
Aristote.
Straton
demeura à la tète du Lycée jusqu’en 266. D'autre part, Ptolémée,
dans sa Syulaze mathématique,
rapporte ! une observation de solstice d'été qui fut faite par Aristarque en l'année 280.
Des écrits d'Aristarque, un seul nous
reste; c'est le précieux
traité Sur la grandeur du Soleil el de la Lune dont il sera question
plus loin ?. La forme géométrique parfaite qu'ont revètue les raisonnements exposés dans ce traité fait, de l'auteur, un digne émule
d'Euclide et d’Archimede. Du livre où Aristarque exposail le système du Monde dont nous allons parler, il ne nous reste rien, pas
inéme le titre
En revanche, de nombreux témoignages nous indiquent d'une
manière
quel
très certaine ct très claire,
était
ce
système; parmi
ces
bien que
trop sommaire,
témoignages, il en
est
un
dont la compétence ct l'autorité sont d’une particulière gravité ;
c'est celui d'Archimede;
commençons done par l'analyse de ce
témoignage; aussi bien est-il le plus ancien.
Ce témoignage se trouve au curieux écrit qu'Archimède a intitulé Wauuisrs, titre que Von a traduit en francais par ce mot :
L'arénaire. Voici comment débute ce traité *:
« Certains pensent, 6 roi Gélon, que la multitude des grains de
sable est infinie ; je ne parle pas seulement du sable qui se trouve
au voisinage de Syracuse et dans toute la Sicile, mais de celui qui
est contenu dans tous les pays tant habitables qu'inhabitables. D'autres pensent que cette multitude n'est pas infinie, mais qu'il n’est
pas possible d'exprimer un nombre qui surpasse cette multitude. »
En effet, la représentation d'un nombre suflisamment grand
pouvait apparaitre aux Grecs
comme une
numération décimale nous permet,
lières effectuées
nombres aussi
leur offrait
impossibilité; notre
par des combinaisons réguau moyen de dix chiffres,
aa
rien
de représenter des
grands qu'il nous plait; la numération des Grecsne
d'analogue;
le
nombre
des
signes
divers
à
employer croissait au delà de toute limite en même temps que la
grandeur du nombre à représenter.
Archimède avait imaginé un système de numération plus compliqué que
le nôtre,
mais
partageant l'avantage
essentiel de
1. Syntaxe malhemalique de Craupe PTOLÈMÉE, livre I, ch. Il (éd. Halma,
vol. 1, pp. 162-163; éd. Heiberg, pars I, pp. 206-207).
2. V. Chapitre IX, $ HL
3. Ancuimepis Opera omnia cum commentariis Evrocn, iterum ediditJ. L. Heiberg ; volumen Il, Lipsiæ, MDCCCCXHI, pp. 216-217.
Pagina 23
Vedi nel PDF(si apre in una nuova finestra)celui-ci, le pouvoir de représenter une multitude aussi grande que
l'on veut par une combinaison
signes.
Pour donner au
régulière d'un nombre limité de
roi Gélon un exemple saisissant de sa
méthode, le géomètre de Syracuse va lui montrer comment elle
permet de figurer le nombre des grains de sable qui rempliraient
la sphère du Monde.
En cette sorte de gageure,
joueur et
Archimède veut se montrer beau
faire appel, pour évaluer le volume du Monde, au système astronomique qui attribue à ce volume la plus grande valeur;
c'est ce qui le conduit à parler des hypothèses d’Aristarque de
Samos.
«Tu n'es pas sans savoir », poursuit le grand géomètre !, « que
la plupart des astronomes donnent le nom de Monde à une sphère
dont le centre est le centre de la Terre et qui est décrite par une
ligne droite issue de ee centre et égale à la droite menée du centre
du Soleil au centre de la Terre. Mais, rejetant ces propositions que
Pou trouve dans les livres composés par les astronomes, Aristarque
de Samos a publié certains écrits relatifs aux hypothèses (Urollesıov
ye%24s); des fondements posés en ces écrits
în TOY Oroxeruivwy),
il résulte que le Monde est beaucoup plus grand que celui dont nous
venons de parler. Il admet, en effet, l'hypothèse que la sphère des
étoiles inerrantes et le Soleil demeurentimmobiles; quant à la Terre,
elle se meut suivant une circonférence de cerele tracée autour du
Soleil, qui se trouve au centre du cours de la Terre. La sphère
des étoiles inerrantes est décrite autour du mème centre que le
Soleil ; il dit qu’elle est tellement grande que [le rayon de] la circonférence selon lequel, par hypothèse, la Terre circule a, à la
distance des étoiles fixes, le même rapport que le centre de la
sphère à la surface de cette mème sphère. Il est évident que cela
est impossible, car le centre d’une sphère n'a pas de grandeur
;
il n’est done pas possible d'admettre qu'il ait un rapport queleonque à la surface de cette sphère. Nous devons eroire qu’Aristarque à entendu ce qui suit : Le rapport qui existe entre la Terre
que nous supposons placée au centre du Monde et ce que nous
appelons le Monde est égal au rapport qui existe entre la sphère
sur laquelle est tracé le cerele que la Terre parcourt selon les
suppositions d’Aristarque, et la sphère des étoiles fixes. Telle est
l'hypothèse qu'il est conduit à faire par des démonstrations adaptées aux apparences célestes.
» Il apparait clairement que la sphère sur laquelle il admet que
Ancumepis Opera, éd.
mn, Op. laud., p. 302.
Heiberg, vol. I,
Cf. Sir Tuomas
Pagina 24
Vedi nel PDF(si apre in una nuova finestra)LES ASTNONOMIES NELIOCENTRIQL URS)
la Terre se ment est supposée précisément égale à celle que nous
appelons le Monde. »
Dans tout ce qu'il nous rapporte, le texte d'Archimède offre la
précision que Von pouvait attendre de ce grand géomètre,
Nous y voyons d'abord qu'Aristarque de Samos, en abordant le
problème astronomique, se donne, de e problème, un énoncé
tout semblable à celui que Platon proposait aux mathématiciens
hypothèses telles que la
de son temps; il cherche à poser des
démoustration en déduise des conséquences capables de sauver
les apparences.
Ces hypothèses, il les prend autrement que ne les prenaient les
astronomes, c'est-à-dire, sans doute, ceux qui professaient lastronomie des sphères homocentriques.
De ces hypothèses, Archimède nous rapporte les plus essentiel:
les. Ce sont
La fixité absolue de la sphère des étoiles fixes :
La fixité absolue du Soleil dont le centre coincide avee le centre
de cette sphére ;
Le mouvement
annuel de la Terre sur une circonférence de
cerele ayant pour centre le centre du Soleil.
Ces trois hypothèses, Aristarque leur donne un
d'une extréme importance; pour qu'elles
complément
permettent de sauver
les apparences, il faut que le rayon de la sphère des étoiles fixes
ait, au rayon de Porbite terrestre, un rapport immensément grand,
sinon les corollaires déduits des hypothèses ne s’accorderaient plus
avec les phénomènes; l'aspect du ciel des étoiles fixes changerait
selon que la Terre se trouverait en un point de sa course ou en un
autre ; en langage moderne, les étoiles fixes auraient des parallaxes.
Le témoignage d’Archiméde touchant le système héliocentrique
d’Aristarque de Samos n'a pas besoin d'être confirmé par d'autres
témoignages plus récents et moins autorisés. Si une telle confirmation ent été utile, nous l’eussions trouvée en divers passages de
Plutarque qui seront cités en ce paragraphe et au suivant ; nous
la trouverions
ement dans ce texte de Stobée ! ;
. Stoner Zelogaran physicariun
même
lib.
texte
I, cap.
est
donné par
24) et
par
Vib. I, cap.
25: éd. Meineke, p. 145. Le
le Pseudo-Plutarque
(De plucitis philosophorum
Le Pseudo Galien
(/fistoria philosophica, cap. 14).
mais avec des altérations qui le rendent
i
incompréébensible ou
aE
giustificativi, XL [Memorie del It. Instituto Lombardo
Èes di Scienze mate matiche e naturali, vol. XI
1. 430].
absurde;
v. a
nn ut, / precursoridi Copernico nell’ Antichità. Documeang
di Scienze e Lettere.
(3% série, vol. TH), 1873,
Pagina 25
Vedi nel PDF(si apre in una nuova finestra)« Aristarque
maintient fixe le Soleil en même temps que les
étoiles; [il enseigne] que la Terre se meut tout autour du cerele
solaire, et qu'elle est [diversement] ombragée suivant ses inclinaisons [différentes]. »
Nous voyons par là qu'Aristarque, dans son traité, s'attachait à
montrer comme l'obliquité mème de l'axe terrestre sur le plan de
l'écliptique donnait, dans son système, au sujet de l'inégalité des
saisons, les mémes résultats que Vobliquité
de l'écliptique sur
l'équateur dans le système communément reçu.
La sphère des étoiles fixes étant déclarée immobile, Aristarque
n’aurait pu sauver le mouvement apparent de ces étoiles s'il nent
donné à la Terre, autour de l'axe qui lui est propre, une rotation
diurne d'Occident
cette
hypothèse,
en Orient. Pour affirmer qu'il a du admettre
nous n'aurions besoin (aucun témoignage
; la
Logique nous donnerait le sien, qui suffit ; nous en avons cependant plusieurs.
Nous avons entendu, au $ Il, Simplicius associer ' le nom d’Aristarque à celui d’Héraclide lorsqu'il parle de l'hypothèse du mouvement diurne de la Terre.
Un scholiaste anonyme d’Aristote éerit * : « L'opinion d'Aristarque et de ses disciples (70 #22} adröy) est celle qui dit : Les
astres et le Ciel sont fixes ; la Terre se meut de l'Occident vers
l'Orient, puis revient [de l'Orient à l'Occident]. »
Ce dernier texte nous montre qu’Aristarque avait, autour de lui,
des élèves qui recueillaient son enseignement. La même conclusion se peut déduire d'un passage de Sextus Empiricus.
Les Péripatéticiens pensaient que la rotation du Ciel des étoiles
fixes était une condition indispensable de l'existence
même du
temps; le temps était, pour eux, la mesure même de ce mouvement ; à quoi Sextus leur objecte * « que ceux qui ôtent le mouvement au Ciel et qui croient que la Terre se meut, comune les
disciples du mathématicien Aristarque (ol mp!
"Apisrzpxov roy walnyasiz6¥), ne sont pas empéchés, par là, de concevoir 18 temps. »
Aristarque trouvait done des partisans parmi ses contemporains;
il trouvait aussi des adversaire
. Son hypothèse mouvait la Terre
et, par conséquent, le feu central, l'Eotia, le foyer du Maitre des
dieux. Certains erierent au sacrilége. De ce nombre fut, au témoiimpLicit Commentarit in
sten, p. 200, col. b; éd.
holia ia Avistotelem, Collegi
col.
libros de Gelo; in
Vib, N cap. VII;
p- 444.
A, Buaxbis; Berolini, 1836, p. 95,
3. Sextus Emenucus Adversus mathematicos ; éd. Gentianus Hervetus, Colonia Allobrogum,
1621, p. 410; éd, Bekker, N, 174, p. 512.
Pagina 26
Vedi nel PDF(si apre in una nuova finestra)gnage de Plutarque', Cléanthe, diseiple de Zénon : « De l'avis de
Cléanthe, Ar starque devait ètre aceusé
devant les Grees, de profanation sacrilè se , pour avoir déplacé Je foyer du Monde;
homme
avait tenté, en effet, de sauver le:
cet
apparences en faisant
l'hypothèse que le Ciel demeure immobile et que la Terre parcourt
le
corele
oblique
Vécliptique],
en
mème
temps
qu'elle
tourne autour de son axe propre ».
Si Avistarque ne fut pas, comme Socrate, condamné à boire la
ciguë, la fante Wen est pas au pieux stoicien Cléanthe.
VI
SÉLEUCUS
Aristarque, cependant, s'était borné
à présenter la fixité du
Soleil et du Ciel des étoiles fixes, le double mouvement de la Terre
comine des hypothèses
propres à sauver les
apparences; il ne
semble pas qu'il ait jamais affirmé la réalité de telles hypothèses.
D'autres ont été moins réservés que lui ; tel Séleucus,
si nous en
croyons Plutarque.
« La Terre, dit celui-ci *, est-elle née
rement liée à l'axe qui
traverse l'Univers de part en part? Incapable d'être mue comme
une machine, demeure-t-elle arrètée et immobile? Ou bien devonsnous la regarder comme tournante et détachée [de cet axe]? Aristarque et Séleucus ont proposé cette dernière opinion; le premier,
il est vrai, l'a donnée comme une hypothèse; le second, au contraire, l'a produite d’une manière affirmative. »
Ce Séleucus était né, au rapport de Strabon, à Séleucie, ville de
Chaldée située sur le Tigre; de sa vie, nous ne savons rien, sinon
qu'elle fut antérieure à celle d'Mipparque, qui observait à Rhodes
en 128 et en 127; cette vie de Séleucus avait done pris fin quand
le premier siècle commença.
A son système astronomique, sans doute identique à celui d’Aristarque, Séleucus rattachait une théorie des marées qu'il opposait
à celle de Cratès, qui fut le maitre de Zénon. Voici, en effet, ce
que dit un texte de Jean de Damas ? :
1. PLUTARQUE, De facie in orbe Lun, $ 6. Cf, Diocèse pe Laiate,
philosophorum lib. VII, cap.
De vitis
174.
2. PLuTARQUE, Platonic questiones, quest. VIN.
3. Publié dans : Stonari Florilegium, éd. Meineke, t. IV, p. 245.
Le même
texte, avec omission du nom de Cratès et quelques variantes, se trouve dans
Pseupo-PLuraroue, De placitis philosophorum Vib. HI, cap. 17.
Pagina 27
Vedi nel PDF(si apre in una nuova finestra)« Séleueus le mathématicien, écrivant contre Cratès, et faisant,
Jui aussi,
mouvoir la Terre, dit
autour de la Terre produit
que la révolution
une réaction
de la Lune
sur Ja rotation de la
Terre ; que Pair qui se trouve entre ces deux corps est retourné
sens dessus dessous ; qu'il se précipite alors sur
la Mer Atlantique,
et que pour cette raison, la mer prend part à cette perturbation
de Pair. »
di
Peut-être cette
peu
naive; elle
frappante,
explication des marées paraitra-t-elle quelque
ressemble
à celle que
cependant,
proposera
et d'une
manière
très
Descartes lorsqu'il cherchera
l'explication du flux et du reflux dans la gène qu'éprouve la matière
subtile, tourbillonnant autour de la Terre, à passer entre la Terre
et la Lune.
Vil
L'ABANDON DU SYSTÈME HELIOCENTRIQUE
Après Séleucus, nous ne trouvons plus personne, durant PAntiquité gréco-romaine, qui ait tenu pour l’hypothése héliocentrique;
cette hypothèse semble être tombée dans un profond oubli d’où
nul, avant Copernic, n'a essayé de la tirer.
D'un tel délaissement, il n’est pas fort aisé d'indiquer les raisous ; peut-être, cependant, en peut-on deviner quelques-unes.
Le système héliocentrique pouvait être, comme l'avait fait Aristarque de Samos, présenté comme une hypothèse géométrique
propre à sauver les mouvements apparents des astres : il pouvait
ètre donné pour une doctrine physique conforme à la véritable
nature des choses, et c'est ainsi que l'avait proposé Séleucus. En
ce dernier cas, il ne donnait pas satisfaction au physicien; dans
le premier, il ne contentait pas les légitimes désirs de l’astronome.
Le physicien, désireux non pas de eomposer des mouvements
imaginés par le géomètre, mais de savoir quels corps, dans l’Univers, sont vraiment en repos, quels se meuvent réellement,
recourait, pour décider cette question, aux principes de la Dynamique. Or la Dynamique qu'il avait à sa disposition, c'était. à fort
peu pr
elle qu'Aristote avait exposée dans
ses divers ouvrages ;
et cette Dynamique-la donnait, du repos de la Terre, des démonstrations que tons les philosophes jugeaient convaincantes. Comment ce physieien went-il point tenu le système héliocentrique
Pagina 28
Vedi nel PDF(si apre in una nuova finestra)d'Héraelide, d’Aristarque et de Séleucus pour condamné par les
principes les plus sûrs de la Mécanique ?
Si la Physique d’Aristote ou des Stoïciens donnait à l’astronome,
pour affirmer que la Terre était fixe et qu'elle n'avait pas même
nature que les astres errants, des raisons qu'il avait tout lieu de
juger bonnes, la Religion, de son côté, lui imposait ces opinions
à titre de préceptes sacrés. Les obstacles qu'au xvn® sièele, le Protestantisme, puis l'Église catholique opposèrent aux progrès de la
doctrine copernicaine ne peuvent nous donner qu'une faible idée
des aceusations d'impiété qu'eût eneouru, de la part du Paganisme
antique, le mortel assez osé pour ébranler l'immobilité perpétuelle
du foyer de la divinité, pour
assimiler ces ètres incorruptibles et
divins que sont les astres à la Terre, domaine humil : de la génération et de la mort. Écoutons Paul Tannery! : « Galilée, d’une
part, fonda sur l'expérience les véritables lois de la Dynamique,
montra de l’autre, par des découvertes célèbres, que la croyance
à une différence de nature entre les astres et notre globe était un
préjugé sans fondement. Si les partisans des anciennes doctrines
purent le faire condamner par l'Église, les dogmes chrétiens ne
lui opposaient en réalité aucun obstacle; il eût probablement
couru des dangers beaucoup plus sérieux s’il avait eu à lutter contre les superstitions astrolatriques de l'Antiquité. » Nous avons
vu, d'ailleurs, comment Cléanthe souhaitait que les Grees eondamnassent Aristarque pour crime d'impiété ; et eette condamnation, Vaveugle et erédule vulgaire n'eút pas, sans doute, été seul
à la porter; elle eût pu s’autoriser des doctrines théologiques
d’Aristote aussi bien que de celles de Platon.
Si le physicien voulait des hypothèses conformes à la réalité, si
le théologien exigeait que ees hypothèses respeetassent la hiérarchie des dieux, l’astronome demandait seulement qu'on lui donnat
des combinaisons de mouvements cireulaires et uniformes propres
à sauver les mouvements apparents du Soleil, de la Lune et des
planètes. Mais ces
combinaisons,
le
système
d'Aristarque
de
Samos était bien loin de les lui fournir.
Sans doute,
les mouvements
imaginés par
Héraelide
et par
Aristarque sauvaient d'une manière qualitative les grandes inégalités planétaires.
Mais l’astronome souhaitait quelque chose de
plus ; il voulait des règles qui lui permissent de caleuler d'avance,
avec précision, les mouvements apparents des astres errants ; or,
1. Paun Tannery,
ch. IV, 19, p. 102.
Recherches
sur
l'histoire
l'Astronomie
ancienne,
Pagina 29
Vedi nel PDF(si apre in una nuova finestra)ces méthodes de calcul, ces procédés pour dresser des tables et
des éphémérides, il ne parait pas qu'Héraclide ni Aristarque se
soient essayés à les lui fournir.
Et d'ailleurs, il n'était que trop évident que la théorie du géomètre
de Samos ne pouvait conduire à ces concordances numériques précises exigées par la Seience des astres. Aristarque faisait
mouvoir la Terre sur une circonférence de cerele dont le centre,
Archimède nous l'a dit, était identique au centre du Soleil ; qu'il
Py fit mouvoir d'un mouvement uniforme, cela ne fait pas question ; comment, dès lors, aurait-il pu rendre compte de cette inégalité des saisons que Thalès avait déjà reconnue, dont Méton et
Euctémon, dont Eudoxe avaient déterminé la valeur, et qui, au
rapport d'Eudème, avait si fort préoccupé Calippe ?
Cette théorie, capable de sauver, jusqu’à la concordance numérique précise, les inégalit és apparentes des mouvements des astres
errants, elle commençait à s'ébancher, au temps même de Séleucus, et peut-être avant lui, par les travaux d’Apollonius de Perge ;
ceux d’Iipparque allaient lui assurer de rapides et admirables
progrès ; le système des épicyeles et des excentriques allait
combler les désirs de l’astronome, comme la doctrine d’Aristote
avait comblé ceux du physicien, et Ini faire oublier entièrement les
combinaisons de mouvements héliocentriques.
Entre le physicien, qui demande à la Cosmologie d’Aristote de
lui faire connaitre les mouvements réels, et l'astronome, soueieux
de sanver minutieusement les mouvements apparents par les
hypothèses qui sapportent le système des excentriques et des épieyeles, nous verrons s'engager un combat singulier; à travers
l'Antiquité hellénique, le Moyen-Age islamique ct le Moyen-Age
chrétien, ce combat se prolongera jusqu'au milieu du xv" siècle;
mais, au cours de ce long débat, ni l'un ni l'autre des adversaires
n'aura cure de PAstronomie héliocentrique.