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Réponses
Pythaÿore et les haricots (XXVII, 244 ; XXVIII, 185). + Il n'y
a pas que le naturaliste J.-H. Fasre qui se soit occupé des haricols
et ait insisté sur l’origine de ce précicux légume. A propos d'études
de folklore vendéen, j'ai moi-même abordé plusieurs fois ce problème, L'origine du légume national des Vendéens (La moserre): Le
Vendéen de Paris, 1912, n° 10, p. 78. — Int. des Cherch. et Cur.,
1902, pp. 290, 885; 1905, p. 193.
Dans un article très documenté, j'ai rappelé que l'inventeur de
Vorigine américaine du haricot était M. Wirruacr (Congr. des
Amer., 1888) et le vulgarisateur de cette théorie, M. de Crarancer
(A. F. A. S., Angers, 1903), M. Fabre n'est venu qu’apres...
J'ai conclu que, malgré les auteurs précédents, rien ne prouvait
Vorigine transatlantique du Haricot de Vendée. Le mot patois, au
contraire, de nature cellique, ne plaide qu’en faveur d’une importation de l’Atlantide, pouvant remonter à l'Age du cuivre, d'ailleurs.
Dr Marcel Baunouix.
— V. un article paru dansle Journal de la Santé, 23 juillet 1893,
p. 78
.
— Veut-on permettre à un confrère qui se livre è l’étude comparée des religions primitives, de dire son mot à ce sujet ?
Le tabou de la fève chez les Pythagoriciens — et les Orphiques
— a provoqué bien des explications extravagantes, et les plus extravagantes sont encore les explications hygiéniques ou utilitaires, En
voici quelques unes.
Un auteur ancien a prétendu que les fèves servaient à voter et que
Prruagore avait voulu écarter ses adeptes de la politique. Un autre
assurait que la fève donne des flatuosités et qu'elle doit, pour cette
raison, être bannie du menu des sages dont elle pourrait gèner les
“ méditations. Au xıx® siècle, FuntwaensLer pense que la croyance de
Pythagoreest indienne (19), et que la défense
de manger la fève vient
de la crainte de troubler les sacrifices par les flatuosités. Lenonmanr
ne voit, lui aussi dans le tabou de la fève qu’une prescription alimentaire. Lancner et Summen Maine sont d'avis que les prescriptions de ce genre, d'abord raisonnables, c’est-à-dire d'ordre scientifique (1), dégénérèrent peu à peu en superslitions, en usages déraisonnables.
|
Ces vues sont tout à fait en dehors de l'histoire et du bon sens:
comme si la superstition n’était que la dégénérescence d’une science
primilive, peu à peu oubliée ! Tout cela est absurde, Revenons aux
arguments sérieux.
Et tout de suite, notez que Pythagore ne considérait pas la fève
comme malsaine,
— mais comme sacrée — ce qui est bien différent,
Un des biographes du philosophe (Diocine Lance) raconte, en
effet, que, lors du soulèvement de Crotone, comme le législateur
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fuyait les insurgés, il rencontra un champ de fèves, et que, ne
. voulant, ou n’osant pas écraser ces planles saintes, Pythagore fit
un détour, qui permit aux poursuivants de le joindre et de le tuer
(suivant Ja tradition la plus acceptable).
|
Donc, en plein pays pythagoricien, on cultivait
les fèves, mais on
ne les mangeait pas : c'est qu’on ne les considérait pas comme im;
pures, mais comme sacrées.
|
Le fait précédent entrainerait à des développements très longs,
mais bien curieux, sur l’origine religieuse des tabous en général.
Qu'il suffise de noter ici que l'antériorité du fait religieux sur le fait
scientifique est de toute évidence, comme cela doit être, au reste,
a priori.
|
|
È
L’anecdote ci-dessus prouve, en outre, que l'interdiction de manger la fève n’est que secondaire; ce qui est primitif, c'est la dé‘ fense de tuer celte plante, défense si impérative qu'elle entraîna la
mort de Pythagore.
.
Ce tabou, quelle est son origine? le D° Cuanzinskt a donné (dans
le n° 6 de la Chronique, 1921) une explication qui a quelque vraisemblance, à première vue. Sans s'en douter, je crois, il fait entrer
le tabou dela fève dans la classe des tabous sexuels, en invoquant
la ressemblance de la fève et du testicule et l’origine égyptienne de
ce tabou. Mais, pour l’admettre, il faudrait, au préalable, démontrer
l'identification de la fève avec une divinité animale ou anthropomorphe, dont les cérémonies auraient comporté des rites sexuels.
Or, rien dans les faits ne permet de se ranger à cette opinion, Ce
tabou se retrouve bien en Egypte, mais on est sûr que Pythagore ne
le lui a pas emprunté. D'autre part, de nombreux indices prouvent
que ce tabou a été très répandu en Italie à une époque bien plus
ancienne que le pythagorisme. Le Flamen dialis ne devait nimanger,
ni nommer la fève (tabou du nom). Certain clan latin avait pris le
nom de la fève (peut-être comme clan totémique), clan des Fabit.
Au cours des Lemuralia, le père de famille romain jetait des fèves
derrière lui, en päture aux ombres, croyant ainsi se racheter et
racheter les siens. Je ne prétends pas que le tabou de la fève soit
d'origine totémique.; la preuve n'est pas faite, et l'on sait que de
nombreux tabous ont une autre origine,
Cependant, il est apparent que, dans le tabou de la fève, il y a
comme un souvenir d'une ancienne équivalence entre une espèce
de plantes et un groupe .d’hommes. On comprend dès lors toute la
portée du vers orphique, qui assimile l'acte de manger (c'est-à-dire
tuer) une fève à celui de manger la tête d'un de ses parents. L'idée
de la mélempsychose ou de la transmigration. si répandue chez les
primitifs, pourrait tenir à la croyance de la fraternité existant entre un groupe humain et une espèce végétale ou animale. Diogène
Laërce dit avec raison que l'interdiction de toute nourriture animale, chezles Pythagoriciens, est fondée sur l'opinion qu'ils soutiennent de l'identité de nature entre l’homme et les bêtes, Dans
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les littératures classiques, chez les primitifs anciens et modernes,
les traces abondent d'une vieille croyance à l'intimité entre les
hommes et les-animaux, idée que la fable nous a transmise sous des IN
formes prodigieusement variées.
.
_ Dr Henry Daover (Paris).
Origine du mot u omelette » (XXVII ; XXVIII, 61). — « Bien des
personnes écrivent aumelelle ; d'auires amelelte. Les deux. plus forts
lexicographes, Daxer et JousERT, écrivent.de l'une et l’autre manière, et ils ont tort. Je ne dirai rien de Ménace, qui, sur ce mot,
comme sur une foule de loculions aussi communes, déraisonne
complètement. Lamorre Le Varen, et à son exemple Ricuever et
Resraur, ont bien fait, à mon avis, d'écrire omeleite.-
Mais ils n'ont.pas aussi bien réussi dans l'étymologie qu'ils donnent de cette expression, quoiqu’elle paraisse bien vraisemblable.
Ils prétendent qu’omelelte signifie œufs mélés : cela n'est pas juste,
et je.n'en crois rien. Voici une explication qui me semble plus
véritable, plus littérale, quoique aucun dictionnaire, ni aucun auteur que jesache, ne l'ait mise en avant. « Omelette » doit dériver
de ces mots latins : ova mellila, œufs miellés ; car, dans le principe,
et longtemps avant qu’on ne connût l’usage du sucre, on mangeait
les œufs battus et brouillés avec du miel, comme on les a mangés,
dans.la suite, mélés avec du sucre. C'était une friandise chez les
Romains ; on se régalait avec des œufs miellés, ovis. mellitis; on
s’invitait mutuellement à venir manger des œufs miellés, ova relli-
4a, comme à accepter du pain miellé, panem mellitum, qui était le
pain d'épice de nos jours. Je ne sais où j'ai lu que Lespre semblait.
à son ami douce ét bonne, comme une omelette. Maïs je me
souviens bien que notre Gur Parin, l’homme le plus prétentieux et le plus recherché quand il s'agissait de latin, écrivait à Thomas Banrnorin, qu'il avait reçu sa lettre, laquelle lui
avait paru aussi suave, aussi délicieuse que la plus délicate des omedettes : tuam accepi omelitissimam epistolam. Patin, comme on le voit,
aimait l’omelette, et ne trouvait rien de plus doux au monde. De
son temps, on ne deväit plus en faire avec da miel, mais ii parlait
comme un amateur de l'antiquité et comme le père de Crarurs
Parin, l’un des plus savants numismatographes du xvut siècle.
« Déjà, longtemps avant les Patins, on faisait des omelettes au
tard : témoin celle pour laquelle Guiment Manor, dénoncé par sa
propre maîtresse, à qui il en avait fait manger un vendredi, fut
tenu pendant neuf mois en prison,
où il composa ces plaisantes
stances, dont je ne rapporterai que le passage suivant : .
A je ne sais quel papelard
Elle alla dire tout bellement :
i
Prenez-le, il a mangé le lard.
« Il parait que l’omelette fut jadis le premier aliment qu'on osa
donner aux convalescents ; comme aujourd’hui, chez nos voisins,