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TANNERY, 6.
*
CTRBS Eur RENETUANE KE Giono
In the field of general study, À. Diès has prepared à
second edition of P. Tannery's great work Pour l'histoire
de la Science {ellène.\
The text of 1887 is preserved,
but the references to sources have been equated with
the later collections of Diels. À bibliography is added
giving the main items of work on each philosopher
produced between 1887 and 1928; it is admittedly not
complete, but will be found very useful.
1. -- Une Thèse de Pythagore.
Après Anaxinandre, ordre chronologique est incertain; si
lon s'en rapporte à Apollodure, Nénophanñe aurait mème été plus
äu® que le Milésien: toutefois, 1lesl imeontestable qu'il connaissiut
non seulement ki doctrine de ee dernier, ce que vetuarquait déjà
Théophraste (Dioc. LIN, m1), muis envore celle de Pythagore
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ni Kénophane ne paraissent avoir connu aucune de ses opinions,
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celles-ci
semblent
plutôt
dune
date
plus récente,
il
s'ensuivrail que c'est au Saunien que reviendrait désormais le
premier rang.
J'ai dit. dans Pintrodneliun de ce livre, pour quels motifs je
wabstiendrar de lui eonsacrer une monographie complètes
aura, d'ailleurs, à hatassimer sa place suivaut l'ordre des temps,
une difieulté sur liquelle lreonvient au moins de s'expliquer.
Où adinet snérelement que Les doctrines pythagormennes sout
restées longtemps seerèles et ont été divulguées que lors de la
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Phdoluus, sers
Le
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come une doctrine secrète né peut avoir aucune influence sur
Péleboration extérieure des concepts, comme elle subit au contraire
le contre-coup de cette élaboration, il vaudrait mieux retarder
Pexumen du pythagerisme jusqu'à l'étude de l'époque où les
dogines en ont été révélés,
Mais la légende du mystère gardé sur ces dogmes ne peut être
acceptée sans réserves: car il est facile d'établir que Le mystère
Pagina 2
Vedi nel PDF(si apre in una nuova finestra)CHAPITRE V
XÉNOPHANE DE COLOPHON
J. — UNE THÈSE DE PYTHAGORE.
4. Après Anaximandre, l’ordre chronologique est incertain; si
l’on s’en rapporte à Apollodore, Xénophane aurait même été plus
âgé que le Milésien; toutefois, il est incontestable qu’il connaissait
non seulement la doctrine de ce dernier, ce que remarquait déjà
Théophraste (Diog. L., IX, 21), mais encore celle de Pythagore
(fr. 148 — Diog. L., VIII, 36). D’autre part, c’est surtout Anaximène qu’on ne sait où placer; comme, cependant, ni Pythagore
ni Xénophane ne paraissent avoir connu aucune de ses opinions,
comme celles-ci semblent plutôt d’une date plus récente, il s’ensuivr'ait que c’est au Samien que reviendrait désormais le premier rang.
J'ai dit, dans l’introduction de ce livre, pour quels motifs je
mabstiendrai de lui consacrer une monographie complète; il y
aurait, d’ailleurs, à lui assigner sa place suivant l’ordre des temps,
unedifficulté sur laquelle-il convient au moins de s’expliquer.
On admet généralement que les doctrines pythagoriennes sont
restées longtemps secrètes et n’ont été divulguées que lors de la
publication des écrits de Philolaos, vers le commencement du
ive siècle av. J.-C. Si cette opinion était rigoureusement exacte,
comme une doctrine secrète ne peut avoir aucune influence sur
l'élaboration extérieure des concepts, comme elle subit au contraire
le contre-coup de cette élaboration, il vaudrait mieux retarder
l'examen du pythagorisme jusqu’à létude de l’époque où les
dogmes en ont été révélés.
Mais la légende du mystère gardé sur ces’dogmes ne peut être
acceptée sans réserves; car il est facile d'établir que le mystère
Pagina 3
Vedi nel PDF(si apre in una nuova finestra)en question n’a jamais concerné que certains points particuliers,
tandis que, pour le reste, les opinions de Pythagore ont été, dès
le premier jour, publiées par lui-même et par ses disciples immédiats, sinon dans des écrits, au moins verbalement.
S'il est admis qu'Héraclite vivait au temps de Darius, même
si l’on recule, avec Éd. Zeller, la composition de son « logos »
après 478, il y a, dans la façon dont il parle de Pythagore et de
Xénophane (Diog. L., VIII, 6, et IX, 1), une preuve suffisante de
la divulgation d'opinions du premier, comme aussi de la rapidité
relative avec laquelle les doctrines philosophiques se transmettaient,
à cette époque, dans tous les -pays de race hellène. D'autre part, il
est à peu près certain que c'était du vivant même de Pythagore
que Xénophane dirigeait ses railleries contre les croyances du
Samien à la métempsycose.
Mais si ce dogme célèbre était déjà public, quels pouvaient être
les points réservés”? Il n’est guère probable qu’on le sache jamais
exactement; toutefois, j’ai essayé de montrer, dans la Géométrie
grecque, que le secret s’appliqua aux découvertes mathématiques,
sans qu’il y eût d’abord de règles formulées à cet égard, mais
uniquement parce que ces découvertes étaient naturellement
enseignées à un cercle restreint, à une élite jalouse; vers la fin
de la vie de Pythagore, un disciple, Hippasos, s’étant attribué
certains travaux, une scission éclata dans l’École à ce propos, et
ceux qui restèrent fidèles au Maître s’astreignirent formellement
au secret; cependant, dès le milieu du ve siècle, le groupe des
mathématiciens, manquant de ressources au milieu des persécutions et des guerres civiles, battait monnaie en publiant une
géométrie, la Tradition suivant Pythagore, qu'Eudème de
Rhodes dut avoir entre les mains et qui fut le plus ancien pro-.
totype des éléments d’Euclide.
En dehors de cet enseignement spécial, le secret dut encore
être gardé, et cela dès l’origine, sur toute une série de symboles
mystiques que nous entrevoyons plus ou moins complètement,
mais dont le sens et la portée nous échappent. Ce symbolisme,
qu’Aristote attestait nettement de Pythagore lui-même, a dû se
développer, après le Maître, parmi les initiés, beaucoup plus facilement que la géométrie. Si donc c’est là surtout ce qui a été
révélé par Philolaos et après lui, il est difficile de se prononcer
sur le véritable degré d’ancienneté des doctrines supposées sous
ces voiles mystérieux.
Pagina 4
Vedi nel PDF(si apre in una nuova finestra)Pour la physique, la question est toute différente; tout d’abord
le système développé par Philolaos doit être complètement écarté,
comme formé d'éléments en général postérieurs à Pythagore.
Mais je pense même que le Samien a d’autant moins imposé le
secret sur ces matières, qu’il n’a pas eu à lui de système complet
et qu’il enseignait, en grande partie, la physique ionienne, sauf
certaines opinions qui lui étaient propres, et dont une partie
seulement, à cause de leurs relations avec les mathématiques, se
trouvèrent réservées à un cercle restreint. Jusqu'à quel point ce
cercle se ferma complètement plus tard, même sous ce rapport,
c’est une question dont l'examen peut être réservé pour le moment.
‘En tout cas, la conjecture que je viens d'émettre me paraît la seule
conciliable avec l’ensemble des faits connus; il n’en résulte pas
moins qu’en l’absence de documents authentiques directs sur les
progrès réalisés de ce côté par Pythagore, nous ne pouvons deviner
ses opinions particulières sur le monde que par les traces qu’elles
ont pu laisser dans les écrits de ses contemporains ou des penseurs
de la génération suivante.
2. Au milieu de données misérablement corrompues sur les
assertions de Xénophane, Diogène Laërce (IX, 19) nous a conservé
un trait précieux. Le poète de Colophon, tout en affirmant l’univers
comme conscient, voyant et entendant, niait cependant qu’on dût
lui attribuer la respiration; il est difficile de méconnaître, dans
cette négation, une polémique dirigée contre une doctrine contemporaine. Or, un siècle et demi plus tard, nous rencontrons encore
la même négation dans le Timée de Platon (33 c), et cette fois
nous ne pouvons guère douter qu’elle ne concerne une opinion
qu’Aristote (Phys., IV, 6) attribue nettement aux pythagoriens;
car on ne la retrouve chez aucun physiologue, sauf peut-être
Diogène d’Apollonie, chez lequel elle est plus que douteuse.
En tout cas, ce dernier étant incontestablement postérieur à
Xénophane, le rejet formel, par celui-ci, de la respiration attribuée au cosmos, rapproché du témoignage d’Aristote, permet de
constater qu’il s’agit là d’une doctrine remontant jusqu’à Pythagore lui-même, et, de plus, publiquement professée par lui. Reste
à savoir jusqu’à quel point nous pouvons cn dire autant de la
formule de cette doctrine, telle que nous la trouvons dans
Aristote:
« Les pythagoriens admettent l'existence du vide; ils disent
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Vedi nel PDF(si apre in una nuova finestra)qu’il pénètre dans le ciel en tant que celui-ci respire le souffle
(nvedux) infini, et que c’est ce vide qui délimite les choses. »
Les règles de la critique historique la plus sévère ne peuvent,
en pareil cas, exiger que le départ de ce qui, dans le texte, témoignerait d’une élaboration postérieure à Pythagore, ou bien serait
reconnu comme rentrant dans les mystères que Xénophane ne
devait pas connaître. Ainsi nous pourrions suspecter toute trace
de ce symbolisme mystique auquel j'ai fait allusion et dont les
disciples du Samien ont abusé à l'exemple de leur maître; nous
aurions à écarter tout ce qui se rattacherail au système astronomique de Philolaos, ou mème à la théorie qui fait des nombres
l’essence des choses; car cette théorie est nécessairement posté-.
rieure à la formation du concept de l’essence, lequel ne commence
à apparaître que chez Xénophane.
Mais ici il n’y a rien de semblable; on ne peut reconnaître
qu’une physique grossière et des concepts concrets; le tout porte
en soi-même une marque assurée de son antiquité.
En premier lieu, le terme de vide ne doit pas faire illusion; la
notion du vide absolu n’est pas antérieure aux atomistes, et précisément la polémique d’Anaxagore contre les pythagoriens, telle
que la rapporte Aristote, prouve bien que le vide admis par les
derniers n’a jamais été qu’un vide apparent, c’est-à-dire, pour les
anciens, de l’air. Mais que les pythagoriens se rendissent euxmêmes compte de la matérialité de ce vide prétendu, c’est ce que
prouve suffisamment, dans le passage ci-dessus, le synonyme de
pneuma qui sert à le désigner.
D’autre part, on applique souvent et trop exclusivement cette
doctrine de la respiration du cosmos à l'attraction qui, lors de la
genèse du monde, aurait fait entrer une partie de l'infini dans le
sein de l'Unité. Ce n’est pas le moment de discuter ici si cette
croyance à une genèse réelle du monde est authentiquement
pythagorienne, comme le prétend Aristote, non pas sur des témoignages formels, mais d’après des déductions qui lui sont propres.
En tout cas, tous les textes parlent de cette respiration comme
d’un acte qui a lieu présentement; ils ne peuvent donc être
entendus que si à l'inspiration on joint l'expiration, absolument
comme pour les êtres vivants. Nous sommes donc en face d’un
anthropomorphisme bien peu digne d’un contemporain de Platon,
et nous nous trouvons d'autant plus justifiés à faire remonter
toute la formule à Pythagore lui-même.
Pagina 6
Vedi nel PDF(si apre in una nuova finestra)3. Il est à peine utile de faire remarquer qu’à côté de cette
formule, l’École en adopta plus tard une tout abstraite, où le ciel
fut représenté par la Monade, l'infini par la Dyade. Mais l'infini
que Pythagore concevait était, on le voit, absolument concret;
au point de vue matériel, il ne diffère de l'infini d’Anaximandre
qu’en ce qu’il ne forme point exclusivement la substance du
cosmos. Or, on ne peut mettre en doute que Pythagore ne se
représentât ce cosmos sous la forme d’une sphère limitée, et il est
à peu près certain qu’il lui attribuait le mouvement de révolution
diurne, dont la négation, dans le sein de l’École, ne doit pas être
reculée au delà de Philolaos. Toutefois, à la différence du physiologue milésien, le géomètre de Samos a la notion précise de
l’infinitude de l’espace, qu’au delà du ciel il remplit du pneuma
illimité. Du moins, c’est ainsi que l’entend Aristote, et ici aucune
difficulté ne peut être élevée contre son témoignage, puisque évidemment Pythagore, avec son système dualistique, n’avait plus
à attribuer le mouvement de révolution diurne à la totalité de la
matière.
Mais ce n’est là qu’une des faces du concept de l’ärersev, tel
qu'il apparaît dès lors. Il en est une autre à laquelle l’École semble
s'être attachée et qui concerne le rôle de l’« infini » dans l’intérieur
du cosmos. Il y délimite les choses et réciproquement se trouve
délimité par elles. C’est ainsi qu’il est opposé, non pas au limité,
mais à la limite (téoac) : c’est-à-dire, matériellement parlant, l'air
est opposé à l’élément qui donne de la consistance et de la solidité
aux êtres; géométriquement parlant, l’espace non figuré est opposé
à la figure, au point, à la ligne, à la surface qui lui donnent des
déterminations. De ce point de vue, l’éxetpoy serait le continu, et
le répas le principe de discontinuité ou d’individualité.
Nous retombons en fait sur la face du concept qu’Anaximandre
avait seule envisagée; toutefois, elle semble maintenant précisée
par le rapprochement des notions géométriques. Si nous observons, d'autre part, que, dans l’École, le caractère de la divisibilité
indéfinie du continu a été notamment mis en relief par l’assimilation de l'«infini» au nombre pair, nous reconnaîtrons que c’est
de ce côté que s’est formé ultérieurement le concept de l’infiniment
petit. Mais cette indication suffit pour le moment, et nous nous
bornerons à conclure :
1° C’est à Pythagore que remonte l’origine du concept scientifique de l’espace, en tant que continu d’une part, illimité de l’autre;
Pagina 7
Vedi nel PDF(si apre in una nuova finestra)20 La double face de ce concept était désignée par lui au moyen
d’un terme unique, qu’Anaximandre avait déjà employé dans un
sens plus restreint;
3° Pythagore n’a point dégagé le concept de l’espace absolu, et
son infini — vide apparent — était pour lui une matière assimilable à l’air.
4. Les conclusions qui précédent ne doivent nullement faire croire
que, pour compléter le concept de l’espace infini, il ne restait plus,
dès la fin du vie siècle, qu’à constituer la notion du vide absolu.
Philosophiquement parlant, comme le dit Teichmüller, un concept
n’existe que lorsqu'il est appliqué, lorsque sa forme entraîne des
déductions nécessaires; or, nous n’apercevons, à la date où nous
sommes, rien de semblable pour le concept qui nous occupe, si
l’on fait abstraction de son intervention en géométrie pour la
théorie des parallèles, sans aucun doute connue de Pythagore.
La nécessité logique, subjective, de concevoir comme infini
l’espace en tant que support des spéculations géométriques, était
certainement évidente dès cette époque. Mais il restait à savoir si
cette nécessité avait une valeur objective, si elle s’appliquait à
l’espace physique, alors conçu comme lieu de la matière.
Je suis obligé d'employer ici des termes techniques modernes
pour expliquer une situation qui n’apparaissait alors que de la
façon la plus confuse. Les anciens ne surent pas s’expliquer clairement sur cette distinction avant Aristote, qui nia l'infini en
acte, mais le reconnut en puissance. Or, ce qu’il est précisément
intéressant de rechercher, ce sont les étapés par lesquelles lesprit
humain est passé pour arriver à cette singulière formule, au lieu
de reconnaître comme absolument valable la conception brute
introduite par Pythagore, sauf à en dégager par abstraction la
notion de l’espace absolu, lorsque celle du vide fut constituée par
les atomistes.
Ce que je veux surtout faire remarquer, c’est que la question
s’est posée, avant tout, non pas sur le terrain de la logique, où l’a
amenée Aristote, mais à propos de la façon dont on devait se
représenter l’univers.
Il est clair qu'Anaximandre, posant le principe de l’unité pour
l’ensemble des choses, employant le terme ambigu d’«infini», et
attribuant à l'univers, conformément aux apparences, le mouvement de la révolution diurne, avait soulevé une antinomie. Tant
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Vedi nel PDF(si apre in una nuova finestra)que la notion du vide absolu, d’ailleurs nécessairement dualistique,
n’était point constituée, trois solutions seulement étaient possibles
pour cette antinomie, par la négation de chacun des trois attributs
que le Milésien avait réunis.
Les premiers loniens qui suivirent Anaximandre, ne paraissent
pas encore se préoccuper de la question, preuve que ce fut bien
en Italie qu’elle a été soulevée par Pythagore: Anaximène garde
la position de son précurseur, Héraclite recule jusqu’à celle de
Thalès, mais ce n’est point qu’il voie quelque difficulté dans des
concepts qu’il semble négliger absolument.
Nous avons vu que Pythagore avait nié l’universalité du mouvement, et, par suite, constitué une théorie dualistique; c’est aussi
ce que firent la plupart des physiciens postérieurs, notamment
Diogène d’Apollonie, et, sous une forme toute spéciale, Anaxagore
de Clazomène.
.
On pouvait encore nier la réalité de la révolution apparente;
cette thèse fut soutenue sous trois modes essentiellement distincts,
par Philolaos, par Xénophane et par Mélissos.
Enfin, on pouvait nier l'infinitude; c’est ce que firent Parménide
et Empédocle. Pour le second, la négation, sous le voile des formules poétiques, est assez obscure pour qu’Aristote s’y soit mépris;
le sage d’Agrigente se laisse même aller à employer le terme
&retecva dans un sens aussi vague que celui d’Homère. En fait, il
considère Ja question comme tranchée par Parménide et ne s’y
intéresse plus. L'Éléate, au contraire, développe sa thèse avec
précision et en tire des conséquences inéluctables.
L’apparence justifie la conception générale d’Anaximandre;
cependant un mouvement de révolution à l’infini étant impossible,
le monde est nécessairement fini. Peut-il y avoir un au-delà?
Parménide s’en tenant à l’unité de l’être avec Anaximandre, n’eût
pu concevoir cet au-delà que comme vide absolu, espace sans
matière. Mais cette notion, il la rejette comme impossible: c’est
le non-être, qui ne peut être en aucune façon. Donc le monde est
fini, et il n’y a absolument rien en dehors. Maintenant, comme un
mouvement de révolution d’une sphère n’est concevable que s’il
y a quelque chose au dehors à quoi ce mouvement puisse ètre
rapporté, il s’ensuit que la révolution apparente, c’est-à-dire le
point de départ même du raisonnement, est logiquement impossible et ne peut être qu’une illusion. Aïnsi il y a un désaccord
manifeste entre les conclusions de la raison et les données que
Pagina 9
Vedi nel PDF(si apre in una nuova finestra)fournissent les sens; il y a un abime que l’on ne peut espérer
combler, car ce sont là deux domaines essentiellement distincts,
que Parménide assigne à la vérité et à l'opinion.
5. Telle est l’essence du système de l’Éléate; il me semble, du
moins, absolument illusoire de prétendre y découvrir autre chose
que ces notions et concepts relativement simples et suffisamment
élaborés avant lui. Sa puissance déductive n’en est pas moins
remarquable pour être limitée dans un champ plus restreint, et
l'influence considérable qu’il exerça sur le développement ultérieur
de la pensée hellène n’en est pas moins justifiée.
Il ne semble pas avoir essayé de montrer comment l'illusion
pouvait se produire; il lui parut suffisant de la constater. C’est en
cela qu’il est le père de l’idéalisme, quoique ses représentations
‘aient toujours eu, ce semble, un caractère nettement concret.
C’est évidemment du moment où, la thèse de Parménide étant
posée, l’antithèse fut soutenue contre elle, vers le milieu du
ve siècle, que l’on peut considérer le concept de l'infini, non pas
comme alsolument élucidé, mais comme constitué intégralement.
Il est donc tel chez Anaxagore et chez tous ceux qui désormais
parlent de la matière comme infinie; il est tel chez Mélissos qui,
développant explicitement le germe idéaliste, essaie en vain de
transformer ce concept, en rejetant comme illusoire tout ce qui
est étendu, et en appliquant la qualification d’«infini» à l’Être
qu’il cherche à définir par la seule raison; il est tel enfin plus tard
chez les atomistes qui introduisent la notion du vide absolu.
Quant à l’école de Pythagore, elle resta fidèle à la doctrine de
l’'infinitude; Philolaos, en affirmant l’immobilité du ciel et le
mouvement de la terre autour du centre du monde, résolut le
problème trouvé impossible par les Éléates, mais qui n’avait nullement pour lui la même importance, puisqu’en tant que pythagorien, il suivait une doctrine dualistique. C’est d’autre part à
Archytas que l’on doit le célèbre argument de l’homme à l’extrémité du ciel des fixes et étendant la main au dehors (Simplic. in
physic., 108 a). Mais de son temps la doctrine du vide a été
propagée, et Archytas ne se prononce pas entre l’existence d’une
matière extérieure ou simplement celle d’un lieu.
C’est en cet état que la question arrive devant Aristote, qui,
rejetant l’infinitude de la matière, rejetant également le vide
absolu, resint, au point de vus concret, à la conception de Parmé-
Pagina 10
Vedi nel PDF(si apre in una nuova finestra)nide, tout en écartant, autant que possible, la conclusion idéaliste;
il éluda les difficultés en déplaçant le terrain de la question, mais
nous n’avons pas à le suivre ici, le but principal de cette digression
ayant été de montrer l’enchainement historique des différentes
doctrines cosmologiques, et en particulier de bien faire ressortir
que, contrairement à une tradition assez ancienne pour que le
texte d’Aristote la mentionne déjà, Parménide est absolument
indépendant de Xénophane, et que ce dernier occupe une position
tout à fait isolée.
Comme nous l’avons déjà indiqué, le Colophonien avait admis
linfinitude de la matière, mais en même temps nié la révolution
diurne et cherché à expliquer autrement les phénomènes célestes.
Ses tentatives grossières en physique ne dépassent guère, comme
valeur scientifique, les mythes théogoniques auxquels il prétendait
substituer ses explications, mais le fait même de les avoir essayées
marque un abîme entre lui et Parménide. Il n’y a pas moins de
différence dans le langage des deux poètes sur la vérité et l'opinion.
Le Colophonien est un sceptique, qui désespère de saisir l’absolue
vérité; l’Éléate se présente comme muni d’un critérium décisif,
Le. second a sans doute connu l’œuvre du premier, il ne lui a
emprunté aucune de ses thèses.
II. — XÉNOPHANE POÈTE.
6. Pour bien apprécier les opinions de Xénophane, il est essentiel
de se rendre compte de son véritable caractère; d’ordinaire, en effet,
on le regarde trop comme un véritable philosophe, alors qu’en
réalité c’est bien plutôt un poète humoriste.
Les dates extrêmes de sa vie, telles qu’elles ressortent des données d’Apollodore, sont probablement trop reculées et peut-être
de beaucoup; cependant il n’y a pas d’inconvénient à les supposer
vraies.
Jadis puissante et au premier rang des cités ioniennes sur la
côte de l’Asie-Mineure, Colsphon, déchirée par les discordes
civiles, avait vu déchoir sa splendeur, et, lorsque Xénophane y
naquit, elle était, depuis près de soixante ans déjà, tombée, la
première de toutes ses sœurs, sous la domination des Lydiens
(Hérodote, I, 14). Mais cet assujettissement, qui se réduisait à
l'imposition d’un tribut, n’avait fait que diminuer son opulence,
Pagina 11
Vedi nel PDF(si apre in una nuova finestra)et elie demeurait un foyer de poésie, ‘où, à cette date, brillait
notamment l’élégiaque Mimnerme.
Poète aussi, poète avant tout, devait être Xénophane. Sans
fortune, ses vers lui furent un gagne-pain, et, dès vingt-cinq ans,
il adoptait la vie errante du rhapsode et du trouvère. Presque
centenaire, il la menait encore, et il atteignit ainsi le temps du
règne de Darius.
Si ses voyages l’entrainaient sans doute partout où il pouvait
espérer un bon accueil, il ne s’expatria définitivement de l’Ionie
que quand les Perses (fr. 17) vinrent y faire peser plus durement
le joug de la servitude. À ce moment, Thalès et Anaximandre
venaient sans doute de mourir l’un et l’autre; Pythagore, déjà
entouré de disciples à Samos, allait bientôt, lui aussi, partir pour
la Grande-Grèce. Xénophane, d’abord réfugié en Sicile, put donc
être témoin des rapides progrès de l'institut pythagorique dans les
cités doriennes de l'Italie, alors que lui-mème, en relations avec
les Phocéens d’Élée, chantait l'épopée de leurs aventures, comme
jadis il avait déjà chanté la naissance de sa propre patrie (Diog. L.,
IX, 20).
Dans sa longue carrière, il dut composer une quantité considérable de vers, sur tous les mètres et sur tous les tons. Une très
grande partie de ces chants eut d’ailleurs le caractère fugitif de
lélégie, et quoique toute l’antiquité paraisse admettre qu’il a
fourni le prototype, sinon le modèle, des poèmes philosophiques
de Parménide et d’Empédocle, nous ignorons de fait si les fragments en hexamètres d’un caractère didactique qui nous ont été
conservés comme de Xénophane, ont jamais appartenu à un seul
et même ensemble, ou si, au contraire, ils n’ont point été tirés
d'œuvres distinctes, composées à des dates éloignées, s’ils n’ont
notamment pas fait partie, soit tous, soit au moins quelques-uns,
des Parodies et des Silles, où il déploya sa verve ironique, et que
devait plus tard imiter le sceptique Timon de Phlionte.
Les vers qui nous restent de lui semblent, en général, appartenir à la dernière partie de sa vie, alors qu’il cherchait sans doute
à attirer l’attention en s’occupant de questions qui commençaient
à préoccuper son public et qui convenaient aussi mieux à sa
vieillesse. Mais tout poète vraiment digne de ce nom a, plus ou
moins consciemment, élaboré un fonds d'opinions religieuses,
philosophiques, morales, qui se font, un moment ou l’autre, jour
dans ses œuvres et en constituent la véritable unité. Peut-être plus
Pagina 12
Vedi nel PDF(si apre in una nuova finestra)qu’un autre, Xénophane a donné en détail la formule de ses
opinions; il n’est point prouvé qu’il les ait coordonnées dans une
œuvre spéciale, dans un testament de sa pensée.
Si d’ailleurs ceux surtout de ses vers où éclatait le plus la singularité de ses croyances, se répandirent rapidement et jouirent d’une
assez longue popularité, qu’atteste, entre autres témoignages, un
passage d’Empédocle (v. 237-239), Xénophane, en tant que penseur, resta isolé. Il ne forma pas plus de disciples qu’il n’avait eu
de maîtres.
7. Au reste, il n’a rien d’un chef d'école. La dominante de
son caractère ressemble beaucoup à ce qu’on appelle kumour chez
les modernes. Je l’ai plus haut qualifié de sceptique; l'expression
est inexacte en ce qu’elle implique un système réfléchi et conscient.
Xénophane est bien plutôt un douteur et un railleur; sa moquerie,
tantôt acérée, tantôt enjouée, vise les antiques traditions et les
vieilles coutumes, se retourne contre les dogmes nouveaux et les
mœurs contemporaines; finalement, elle s’atteint elle-même. On
dirait que, par sa voix, l’Ionie expirante renie les croyances de son
héroïque jeunesse et exhale ses derniers souffles en cherchant,
sans grand espoir, à dégager des contradictions du présent la formule des temps futurs.
Dans l’antique métropole que le désastre n’atteindra pas, qui y
trouvera au contraire une occasion de gloire et de puissance, dans
Athènes, Solon, Pisistrate recueillent pieusement les chants homériques, et, à côté d’eux, tous ceux auxquels la tradition prête une
antiquité reculée. Des vers attribués à Orphée, à Linus, à Musée,
s’y fabriquent et y trouvent crédit. Épiménide, lequel d’ailleurs
refait pour son compte la théogonie d’Hésiode, semble avoir donné
le signal d’une rénovation religieuse qui constituera, pour long-
{emps encore, un des principaux éléments de vitalité de la cité de
Minerve.
Sur les rives italiques, où Xénophane expatrié a trouvé un
refuge, il voit Pythagore tenter à sa façon une réforme dans le
même sens, mêler aux vieilles superstitions des rites nouveaux,
aux traditions hellènes des croyances barbares.
Ici et là, combien de sujets pour la mordante ironie du Colophonien! Elle n’y faillira pas, elle va viser Homère comme Hésiode
(fr. 7), Épiménide (Diog. L., 1, 111) comme Pythagore (fr. 18).
Assez des vieilles légendes fabuleuses, des mythes vénérés (fr. 21)!
Pagina 13
Vedi nel PDF(si apre in una nuova finestra)Plus de divination (18), mais aussi pas de métempsycose! Au fond,
les attaques touchent la religion populaire, car si l’on y sent une
jalousie de poète qui veut sortir du cycle épuisé et prétend ouvrir
à la Muse de nouveaux horizons, si l’on y reconnait aussi la protestation d’un vivace sentiment moral en face de contes indécents et
grossiers, on n’y peut dénier la répulsion qu’excitent chez le
penseur les attributs anthropomorphiques des divinités idolâtrées.
« Les dieux thraces ont les cheveux rouges et les yeux bleus, les
dieux éthiopiens sont noirs et camus. » (Clém. d’Alex., Sérom.,
VII, p. 711 b. Voir aussi fr. 6.)
Sur cette voie, Xénophane ne s’arrêtera pas à l'extérieur des
légendes, il s’attaquera aux racines mêmes des croyances. « Dire
que les dieux ont été engendrés, c’est dire qu’ils peuvent mourir,
c’est dire qu'ils ne sont pas, c’est la plus grande impiété. » (Aristote, Rhét., II, 23.)
Nous voyons là surgir pour la première fois cette opposition de
l'être et du devenir, qui va pour longtemps défrayer la philosophie.
Mais nous la voyons en même {emps s'appuyer sur un principe
avoué par le premier physiologue : « Tout ce qui est né doit périr. »
Xénophane va-t-il opposer une formule personnelle aux antiques
croyances? Oui, certes; ce qu’il va dire au reste n’est pas de science
certaine, ce n’est qu’une opinion; car il n’y a pas de science pour
l’homme, quoi qu’on en dise (fr. 14; allusion à Pythagore?). Mais
enfin, s’il y a un dieu, il doit être éternel; d’ailleurs il n’y en peut
avoir qu’un; il n’y a qu’une puissance suprême qui gouverne toutes
choses (fr. 4, 2, 3).
Cependant ce dieu unique, auquel, par un reste bien pardonnable d’anthropomorphisme, le poète de Colophon laisse les sens
et la pensée de l’homme, est-ce bien en réalité un dieu nouveau
qu’il chante et dont il serait le premier prophète? Non : car tous
les témoignages de l’antiquité sont d’accord là-dessus, ce dieu,
c’est l'Univers lui-même. Platon a donc droit de dire (Sophist.,
242 d) que cette doctrine est antérieure à Xénophane. On ne peut,
en effet, méconnaitre le ciel dont Ânaxirmandre a déjà proclamé la
vie; c’est là le dieu qu’adopte le Colophonien, maïs il le fait sien,
d’une part en lui attribuant l'éternité dans le passé et dans l'avenir,
” F
d'autre part en se refusant à voir dans les apparences de la révolution diurne le signe principal de la vie de l’Univers. Il nie cette
révolution et ne peut concevoir l’ensemble des choses que comme
immobile (fr. 4).
Pagina 14
Vedi nel PDF(si apre in una nuova finestra)III. — XÉNOPHANE PHYSIOLOGUE.
8. Les deux divergences que nous venons de signaler, entre
Anaximandre et Xénophane, pour ce qui concerne les attributs de
l'Univers, sont évidemment capitales. Aussi n’avons-nous point à
nous étendre sur leur importance, mais plutôt sur leur origine et
leurs motifs.
Pour l’éternité, il n’y a pas de difficulté; c’est, pour Xénophane,
la conséquence logique de la polémique qu’il soutient contre les
croyances religieuses du vulgaire et que nous avons essayé de
caractériser. Le ciel d’Anaximandre, qui est né et qui mourra, ne
peut, certes, pas mieux le satisfaire que l’Ouranos d’Hésiode; il
remonte au principe, à l’infini inengendré et indestructible; il lui
transfère la vie: voilà le dieu qu’il faut à sa pensée.
-
Mais, quant à l’attribut de l’immobilité, laquestion, que nous
avons préjugée jusqu’à présent par l’énoncé de la conséquence, est,
en réalité, obscure dans ses motifs. Xénophane a-t-il simplement
jugé que cet attribut convenait mieux à la divinité, ou est-ce bien
réellement parce qu’il considérait l'univers comme infini qu’il en
a nié le mouvement révolutif? Attribuait-il donc un sens précis à
l’infinitude de l'univers? Avait-il sur ce point une doctrine constante?
La solution est d’autant plus difficile que les témoignages de
l'antiquité se trouvent en contradiction formelle. À la vérité, si
l’on se bornait aux renseignements sur la façon dont Xénophane
se représentait le monde, il n’y aurait pas de doute; l’univers
serait infini, et le mouvement général de révolution en serait exclu
par là même. Mais sur cette question mème de l’infinitude, un
seul auteur, Nicolas de Damas, paraît, dans l’antiquité, s’être prononcé dans le sens que nous indiquent cependant les fragments
authentiques de Xénophane. Les autres sources qui ne dérivent
pas de cet auteur, prétendent ou qu’il a cru à la limitation du
monde, ou qu’il ne s’est pas prononcé, ou encore qu’il a soutenu
le pour et le contre.
Avant d'entreprendre toute discussion à ce sujet, il convient
d'étudier ce que vaut, en réalité, comme physicien, le poète de
Colophon. Quand nous l’aurons apprécié, nous pourrons mieux
juger de l'importance à attribuer à la divergence des témoignages
relatifs à la question controversée.
Pagina 15
Vedi nel PDF(si apre in una nuova finestra)Et d’abord Xénophane a-t-il bien un système de physique? A la
vérité, les traits épars dans ses fragments et chez les doxographes
se laissent coordonner assez bien, en ce sens du moins qu’ils ne
présentent pas entre eux de contradictions formelles. Mais il n’est
guère possible d’y reconnaître un lien véritablement organique.
On dirait au contraire que l'humour du poète se donne libre
carrière dans d’amusantes parodies”
des explications tentées avant
lui ou dans de paradoxales gageures soutenues contre le témoignage des sens.
Est-ce, par exemple, de la prédiction de Thalès qu’il voulait se
moquer, quand il parlait (13) d’une éclipse de soleil pouvant durer
un mois? Comment prendre davantage au sérieux la plupart des
assertions qui vont suivre?
9. La terre, plate, n’a point de limites, ni de côté ni en dessous;
ses racines s'étendent à l’infini; au-dessus l’air est également infini
(fr. 12). C’est bien là le rêve d’un poète :
Que sa face ne soit pas ronde,
Mais s’étende toujours, toujours!
(SuLLY- PRUDHOMME.)
Les astres, depuis le soleil jusqu’aux comètes, les météores, des
étoiles filantes au feu Saint-Elme (13) (15), ne sont que des nuées
incandescentes. Formées par les exhalaisons humides qui se réunissent, ces nuées s’enflamment, par suite du rapprochement qui
s'opère entre les particules ignées qu’elles renferment, ou encore
en raison même de leur mouvement.
Ce mouvement, pour les astres, est rectiligne et a lieu suivant
une droite indéfinie; l’apparente circularité de leur orbite est une
illusion due à la distance. Il est à peine besoin
de faire remarquer
qu’il y a là un paradoxe insoutenable pour quiconque possède les
moindres notions de géométrie.
Les astres que nous voyons ne sont donc jamais les mêmes;
chaque jour, chaque nuit, de nouveaux se succèdent. Xénophane
aurait pu soutenir qu’ils ne s’éteignent pas et continuent indéfiniment leur course; mais a-{-il craint de leur attribuer une éternité
qui en eût fait des dieux? A-t-il tenu à les réduire au rang de
phénomènes purement passagers”? ou bien voyait-il dans les éclipses
une preuve de la possibilité de leur extinction?
Il admet qu’en poursuivant leur route, les astres arrivent au-
Pagina 16
Vedi nel PDF(si apre in una nuova finestra)dessus d’espaces inhabités (mers, déserts); là leur marche serait
vaine; alors ils s’éteignent (43). D’autres plus loin peuvent se
rallumer et éclairer d’autres jours et d’autres nuits pour les habitants d’autres contrées de la terre. Il y a, dans cette hypothèse
fantaisiste, un singulier emploi du principe de finalité, et il peut
convenir de le noter.
Au nord, au sud, à l’est, à l’ouest, la terre s’étendant indéfiniment, les mêmes phénomènes doivent se reproduire; il y a donc
une infinité de soleils différents éclairant une infinité de terres
habitées, de mondes compris dans un même univers.
Si d’ailleurs cet univers est éternel, les changements particuliers
ne sont pas niés; tout au contraire. Ainsi l’eau et la terre qui
forment les contrées que nous habitons, ont dû être mélangées
autrefois, puis séparées par l’action de l’air et du feu solaire (16).
Les fossiles marins que l’on rencontre sur la terre ferme sont la
preuve de cette révolution partielle (4). Mais la mer qui ronge peu
à peu la terre, finira par triompher, et le mélange primitif se
reformera, sans doute à la suite d’une extinction prolongée de
notre soleil.
Dans cette partie de l’univers que nous habitons, l’humanité est
donc née, comme elle est condamnée à disparaître; des cycles
semblables la feront revivre dans la suite.
40. Sur ces derniers points, Xénophane se rapproche des idées
d’Anaximandre, dont il vulgarise d’ailleurs quelques autres opinions, comme celles, très justes, qui concernent l’origine des
nuages et de la pluie. Mais ce qu’il y a d’original dans le reste
des assertions du poète, serait absolument insignifiant, comme
valeur scientifique, sans les quelques observations paléontologiques
qu’il a pu recueillir lui-même, et sans le succès relatif de son
acharnement à bannir les divinités populaires des phénomènes
naturels.
Ses opinions témoignent d’ailleurs de plus de fantaisie que de
véritable invention; souvent même elles sont absolument naïves
comme quand il fait naître tout ce qui a vie de la terre et de l’eau.
L’idée-mère d’où sont sorties ses conceptions sur la nature des
astres, semble, d’autre part, être la croyance que leurs feux se
nourrissent des vapeurs que le soleil fait monter de la surface des
‘eaux et de celle de la terre. Or, cette croyance, très répandue
parmi les antiques physiciens, était toute naturelle à une époque
Pagina 17
Vedi nel PDF(si apre in una nuova finestra)où l’on supposait que notre atmosphère s’étendait jusqu'aux astres;
elle se retrouve en fait dans le système d’Anaximandre, et a dû
être déjà professée par Thalès; il n’y a donc pas à en attribuer
l'origine à Xénophane.
Si je porte ce jugement sur le poète de Colophcn en tant que
physicien, je ne cherche nullement à le rabaisser comme penseur.
Mais il est bien clair qu’autant sa polémique contre le polythéisme,
ainsi que sa proclamation d’un Dieu universel, ont exercé d’influence sur le développement théologique de la philosophie, autant
au contraire ses opinions physiques ont trouvé peu d'accueil et
sont restées sans influence sur la marche de la science. Leur
incohérence, d’autant plus grande qu’elles n’étaient probablement
pas réunies en corps de doctrine, d'autre part, l’évidente absurdité
de quelques-unes d’entre elles, les ont fait assez vite négliger pour
que, dès le temps d’Aristote et de Théophraste, on ne cherchât
plus à s’en rendre un compte exact. Après eux, on n’a guère eu
recours à l’œuvre du poète, qui, au temps de Galien, était complètement perdue (2). Ainsi seulement peut s'expliquer la divergence
relative à son opinion sur la limitation ou l’infinitude de l’univers,
car il est clair, d’après sa façon de le concevoir, qu’il ne pouvait
nullement le déclarer sphérique et limité.
Mais il est certain en mème temps que s’il regardait l’univers
comme illimité, il n’a point employé le concept de l’infini pour
nier la possibilité de la révolution générale. Cet emploi du concept
eût sans doute été relevé par Aristote et il eût tranché toute difficulté sur le sens que Xénophane attribuait à un terme, que l’on
pouvait, avec quelque raison, n’entendre, dans sa bouche, que
comme une métaphore homérique.
On doit donc conclure que Xénophane ne possédait pas pleinement le concept de l'infini et que, si sa négation de la révolution
de l’univers a été liée à son opinion sur l’infinitude, ç’a été, non
pas par un raisonnement explicite, mais par ce sentiment à moitié
inconscient qui fait si souvent la logique des poètes et des femmes.
RL
SET,
IV.— UNE ERREUR DE THÉOPIHRASTE.
A1. Il me reste à expliquer avec plus de précision comment se
sont produites les méprises de l’antiquité sur l'opinion réelle de
Xénophane dans cette question de l’infinitude.
Pagina 18
Vedi nel PDF(si apre in una nuova finestra)Le plus ancien témoignage se trouve dans Aristote (Métaph.,
I, 5, p. 986 b): « Parménide semble avoir parlé de l’Un selon la
raison, Mélissos selon la matière; ainsi l’un l’a dit limité, l’autre
infini. Quant à Xénophane, qui a posé l’unité (èv{oxç) avant eux
(car on dit que Parménide fut son disciple), il ne s’est en rien
expliqué clairement (036ëv G:esagivisev), et il ne semble avoir
touché à la nature de l’Un ni d’un côté ni de l’autre; mais seulement, regardant le ciel entier, il dit que l’Un est le Dieu. »
A vrai dire, on n’est nullement assuré que la phrase relative
à Xénophane soit d’Aristote lui-même et que le texte ne soit
pas interpolé: Comme le fait remarquer Diels (Doxogr. græc.,
p. 109-110), les mots grecs reproduits ci-dessus entre parenthèses
n’appartiennent nullement à la langue d’Aristote et rendent par
suite le passage très suspect. Mais si l’autorité en est ainsi diminuée, elle reste toujours considérable et au moins équivalente à
celle de Théophraste.
L'opinion, que Xénophane ne se serait pas prononcé sur la
limitation ou l’infinitude de l’univers, pouvait, malgré la contradiction du fragment 12, avoir sa raison d’être dans le défaut de
précision du langage et des raisonnements du poète, ainsi que nous
l’avons expliqué. Mais l’auteur du passage ci-dessus semble, en
particulier, y avoir été conduit par la légende sur les relations entre
Parménide et Xénophane, par la nécessité de ne pas creuser un
abime entre le poète de Colophon et celui d’Élée.
Une opinion tout opposée est développée dans le traité pseudoaristotélique De Melisso, Xenophane et Gorgia, dont l'autorité
est relativement très faible; Xénophane aurait démontré que le
dieu est éternel, unique, semblable dans toutes ses parties et
de forme sphérique, mais qu’il n’est ni infini ni limité, qu’il
n’est ni en repos ni en mouvement. Ce traité me paraît avoir été
rédigé par quelque péripatéticien désireux de concilier les opinions
opposées (de Théophraste et de Nicolas de Damas) sur la doctrine
de Xénophane.
Quant à Théophraste, son opinion nous a été conservée par
Simplicius (1); toutefois ce dernier la dénature grandement (!); il
semble, d’après son texte, que Théophraste aurait attribué à
(1) Dans la traduction que j'ai donnée ci-après, j'ai, comme pour tous les
fragments analogues de Théophraste, marqué en italique ce qui, d'après
l'opinion de Diels, appartient à Simplicius et non à l’auteur des Upinions
des physiciens.
Pagina 19
Vedi nel PDF(si apre in una nuova finestra)Xénophane les mêmes antinomies que le traité De Melisso. Simplicius développe ces antinomies (ainsi que les démonstrations de
l'unité et de l’éternité) dans des termes en concordance parfaite
avec ceux de ce traité; il cite les deux vers du fragment 4, et soutient qu’ils ne sont pas en contradiction avec la négation du repos;
il mentionne Nicolas de Damas comme ayant dit que l’univers
de Xénophane était infini et immobile, Alexandre d’Aphrodisias
comme ayant dit au contraire que cet univers était limité et sphérique; enfin il termine par un complément où l’on retrouve en fait
deux thèses que le traité De Melisso attribueà Xénophane, mais
dont Simplicius n’avait pas encore parlé.
Il n’est pas étonnant qu’en présence de tous ces documents
obscurs et contradictoires, la critique ait hésité.
Tout en reconnaissant qu’on ne peut aucunement se fier au
traité De Melisso pour des propositions dont l'exactitude ne serait
pas reconnue d’ailleurs, G. Teichmäüller (*) me semble s’être trop
abandonné à l'illusion de croire qu’il était possible de reconstruire
des raisonnements faits par Xénophane; il se demande si Simplicius ne peut avoir possédé, en dehors des écrits de Théophraste et
du traité pseudo-aristotélique, une troisième source antique, où
quelque Éléate aurait habillé en prose dialectique les vers du
Colophonien. Cette hypothèse hardie me paraît insoutenable;
non seulement il faut s’en tenir, jusqu’à preuve rigoureuse du
contraire, à ce fait que l’école péripatéticienne seule nous a réuni
les documents authentiques pour l’histoire de la philosophie, mais
encore il est impossible d’attribuer des antinomies à Xénophane
sans commettre un anachronisme d’au moins un siècle. Si l’auteur
du traité De Melisso n’avait pas de scrupule à cet égard et plaçait
hardiment le Colophonien entre Zénon et Gorgias, il nous est
défendu de prendre les mêmes libertés en l’absence de preuves
. absolument convaincantes.
Éd. Zeller (2) a surabondamment démontré que le traité De
Melisso n’est point authentique et ne reproduit nullement les véritables doctrines de Xénophane; il a établi avec la même force que
Simplicius a compilé ce traité. Pour ce qui concerne Théophraste,
il pense que le commentateur a fidèlement reproduit son texte au
début du passage dont il s’agit, mais que ce texte doit être entendu,
ce qui est possible à la rigueur, comme si le disciple d’Aristote
(@) Studien zur Geschichte der Begriffe, p. 591-633.
() La Philosophie des Grecs, U, p. 2-21.
Pagina 20
Vedi nel PDF(si apre in una nuova finestra)avait suivi l’opinion de son maitre, c’est-à-dire soutenu que Xénophane ne s'était pas prononcé entre la limitation ou l’infinitude,
_entre le repos ou le mouvement.
Diels (1), en dernier lieu, a montré que l'opinion de Zeller ne
peut être maintenue en ce qui concerne Théophraste. La comparaison des doxographes établit sans conteste que l’historien des
Physiciens a représenté l’univers de Xénophane comme limité,
sphérique et immobile.
Mais comment, dans ces conditions, expliquer le passage de
Simplicius? De fait, la chose est très simple. Le commentateur
n’avait nullement à sa disposition l’ouvrage historique de Théophraste; il le cite d’après Alexandre d’Aphrodisias, qui suit fidèlement le disciple d’Aristote et réfute Nicolas de Damas. Mais en
même temps Simplicius a entre les mains le traité De Melisso,
qu’il attribue à Théophraste ou qu’il croit au moins représenter
la doctrine de ce dernier. Il s’imagine donc qu’Alexandre défigure
cette doctrine et il essaie de la rétablir avec des interpolations
empruntées au traité De Melisso. Les vers de Xénophane qu’il
cite proviennent d’ailleurs certainement de Théophraste par
Alexandre, et, quoi qu’il en dise, les deux premiers (fr. 4) sont
absolument contraires à sa thèse, tandis qu’ils justifient parfaitement celle de Théophraste et d'Alexandre en ce qui concerne
Pimmobilité.
Mais il ressort de là même et de la contradiction soulevée par
Nicolas de Damas, que, pour la limitation et la sphéricité de
l'univers, Théophraste n’avait pu, au contraire, trouver un texte
de Xénophane qui justifiât sa thèse, mais seulement une expression
très vague, comme « semblable dans toutes ses parties » ou bien
« égal de tous côtés », où il avait cru voir l’indication de la forme
sphérique, et par suite de la limitation.
Comment cependant a-t-il pu soutenir sa thèse et entrainer, dès
lors, par une suite nécessaire, l'invention ultérieure des antinomies?
En premier lieu, Théophraste croit, comme Aristote, que le
monde est sphérique et limité. Il est donc porté, dès que cette
opinion n’est point spéciale à son école, à augmenter le nombre
de ses partisans. D’autre part, il est imbu de l’idée que Xénophane
a eu pour disciple Parménide, lequel a soutenu la sphéricité de
l'univers et séparé le domaine de la vérité de celui de l’opinion.
() Doxographi græci, p. 108, 113, 140.
Pagina 21
Vedi nel PDF(si apre in una nuova finestra)C’est à ce second point que Théophraste doit surtout s’attacher,
comme caractéristique de l’école éléatique; il en fait l'application
aux doctrines du fondateur présumé de cette école, oubliant volontairement que ce dernier a au contraire présenté le domaine de
l'opinion comme s'étendant à toutes choses (fr. 14). Il néglige
donc, dans la question des attributs de l’univers, tout ce qui se
rapporte aux opinions physiques de Xénophane, comme il le ferait
à bon droit s’il s'agissait de Parménide. Dès lors, il lui est facile
de tourner en faveur de sa thèse le sens ambigu de quelques
expressions poétiques du Colophonien, comme celles que nous
avons indiquées; ces expressions, cependant, ne peuvent avoir
un sens autre que celui du fragment 2; c’est une négation de
l’anthropomorphisme grossier qui attribuait aux dieux des organes
spéciaux pour les sens et la pensée.
L'erreur de Théophraste est évidemment considérable, et sa
constatation prouve assez que la critique moderne ne doit nullement désarmer en présence des témoignages les plus anciens pour
l’histoire de la philosophie. Toutefois, une fois reconnue, cette
erreur doit permettre de conclure que Xénophane n'avait nullement
posé abstraitement l’infinitude comme un attribut nécessaire de
lPUn; c'était pour lui une croyance instinctive et confuse, liée à sa
conception concrète du monde.
Il n’est guère douteux que la prétendue antinomie du repos et
du mouvement n’ait une origine semblable à celle de la limitation
et de l’infinitude; on aura voulu concilier l’immobilité nettement
affirmée pour l’ensemble avec les mouvements et changements
particuliers, que Xénophane prodigue pour l’explication des phénomènes; on a tenté cette conciliation par le même procédé que
pour la première antinomie, en reprenant des arguments que les
sophistes avaient rebattus, mais qui, au plus tôt, remontent à
l’époque de Zénon.
En somme, Xénophane n’est pas plus un philosophe dogmatique
qu’il n’est un physicien véritable. Cependant on ne peut nier, au
point de vue philosophique, qu’il n’ait, en un certain sens, frayé
la voie à Parménide, quelle que soit la distance qui les sépare au
point de vue cosmologique. Pour concevoir son Dieu, le Colophonien avait fait un effort d’abstraction considérable; il n’en fallait
plus qu’un second, etil’idéalisme pouvait naître.
Pagina 22
Vedi nel PDF(si apre in una nuova finestra)DOXOGRAPHIE
139
XÉNOPHANE
4. THéopar., fr. 5 (Simpl. in physic., 5 b). — Théophraste
dit que Xénophane de Colophon, le maître de Parménide, suppose
un seul principe ou considère l’être total comme un, ni limité, ni
infini, ni en mouvement, ni en repos. Théophraste convient au
reste que la mention de cette opinion appartient plutôt à une autre
histoire qu’à celle qui concerne la nature; car, au dire de Xénophane, cet un universel, c’est le dieu. Il montre qu’il est unique,
parce qu'il est plus puissant que tout; car s’il y a plusieurs
êtres, dit-il, il faut que la puissance soit également partagée
entre eux; or dieu, c’est ce qu’il y a de plus excellent et de
supérieur à tout en puissance. Il est inengendré, parce que ce
qui naît doit naître soit du semblable soit du dissemblable; mais
le semblable, dit-il, ne peut avoir ce rôle par rapport au semblable ; car il n’y a pas plus de raison pour que l’un, plutôt que
l’autre, engendre ou soit engendré; si d'autre part l’être naissait
du dissemblable, il naîtrait de ce qui n’est pas; c’est ainsi qu’il
prouve la non-génération et l'éternité. L'un n’est ni infini ni
limité, parce que, d’une part, l’infini c’est le non-être, puisqu'il
n’a ni commencement, ni milieu, ni fin ; que, de l’autre, ce sont
les objets en pluralité qui se limitent réciproquement. Il supprime de même le mouvement et le repos; car l’immobile c’est
le non-être, qui ne devient rien d'autre, et que rien d'autre ne
devient ; le mouvement, au contraire, appartient à la pluralité,
car alors il y a changement de l’un en l’autre. Aussi, quand il dit
que l’être reste dans le même état et ne se meut pas (voir fr. 4),
il faut entendre cela, non pas du repos opposé au mouvement,
mais de l’état stable sans mouvement ni repos. Nicolas de
Damas, dans son traité Sur LES DIEUX, le mentionne comme
ayant dit que le principe est infini et immobile. D’après
Alexandre, il l'aurait ditdimité et de forme sphérique. Maïs on
a vu clairement comment il prouve la non-infinitude et la
non-limitation; la limitation et la forme sphérique sont indiquées
lorsqu’il dit que l’ètre est semblable de tous côtés; il dit encore
qu’il pense toutes choses (voir fr. 3).
2. Tuéopur., fr. 5 a (Galien sur ITippocr.). — Divers exégètes
ont faussement parlé de Xénophane; ainsi Sabinus qui dit à peu
Pagina 23
Vedi nel PDF(si apre in una nuova finestra)près textuellement: « Je dis que l’homme n’est pas entièrement
air, comme le veut Anaximène, ou eau, suivant Thalès, ou terre,
comme le dit Xénophane chez un certain auteur. » On ne trouve
nulle part une telle assertion de Xénophane; mais il est bien clair,
par le texte même de Sabinus, que, s’il a péché, c’est volontairement et non pas par ignorance, car autrement, au lieu de parler
comme il l’a fait, il aurait dit’a juste dans quel livre se trouve
cette assertion. D'ailleurs Théophraste aurait rapporté cette opinion
de Xénophane dans l’abrégé des Opinions des physiciens. Il vous
est facile de lire les livres où Théophraste a fait cet abrégé, si
cette histoire vous intéresse.
.
3. Taéopur., fr. 16 (Aëtius, II, 20). — Théophraste, dans les
Physiciens, a dit que, suivant Xénophane, le soleil est formé par
la réunion d’étincelles provenant des exhalaisons humides.
4. PiiLosoPHUMENA, 14. — (1) Xénophane de Colophon, fils
d’Orthomène, vécut jusqu'aux temps de Cyrus. Il a proclamé le
premier l’incompréhensibilité de toutes choses, disant : (voir fr. 14).
— (2) 11 dit que rien ne se produit, ni ne se détruit, ni ne se meut;
que l’univers est un et en dehors du changement; que le dieu est
éternel, unique, semblable de toutes parts, limité, sphérique, doué
de sentiment dans toutes ses parties. — (3) Le soleil se forme
chaque jour de petites étincelles qui se réunissent, la terre est
infinie et n’est pas enveloppée par l’air ni par le ciel; il y a des
soleils et des lunes en nombre infini; enfin tout vient de la terre.
— (4) Il attribue la salure de la mer aux nombreux mélanges
qui y découlent; Métrodore donne pour raison qu’elle filtrerait à
travers la terre. — (5) Xénophane croit d’ailleurs qu’il y a eu
mélange de la terre et de la mer et que c’est le temps qui a amené
la séparation; il en donne pour preuve qu’en pleine terre et dans
les montagnes on trouve des coquillages, que dans les carrières
de Syracuse on a rencontré des empreintes d’un poisson et de
phoques, à Paros une empreinte d’aphye (anchois?) au milieu
d’une pierre, à Malte des plaques de toutes sortes de choses de
mer. — (6) Cela vient, dit-il, de ce qu’autrefois tout était boue,
et que, quand cette boue s’est desséchée, les empreintes se sont
conservées. Lorsque la terre s'enfonce dans la mer et se transforme
en boue, la race humaine disparaît, puis il y a une nouvelle genèse;
ce changement arrive dans tous les mondes.
5. Ps.-PLuT. (Strom., 4). — Xénophane de Colophon, entrant
dans une voie particulière, s’écarta de tous les précédents et
Pagina 24
Vedi nel PDF(si apre in una nuova finestra)n’admit ni genèse ni destruction. L'univers, dit-il, est toujours
semblable; car, s’il eût été produit, il eût fallu qu'auparavant il
ne fût pas; or, ce qui n’est pas ne peut ni être produit, ni rien
faire, ni contribuer à rien produire. Il affirme que les sens sont
trompeurs et, en même temps, il ébranle aussi l’autorité de la
raison. Il dit qu'avec le temps la terre descend continüment et
insensiblement dans la mer; que le soleil est une réunion d’un
très grand nombre de petites étincelles. Il affirme des dieux qu’il
n’y à aucune prépondérance parmi eux, car il serait impie qu’un
dieu fût assujetti; qu'aucun d’eux n’a absolument besoin de rien;
qu’ils entendent et voient de partout et non pas par des organes
spéciaux. Enfin la terre serait infinie et la partie inférieure ne
serait point entourée d’air; fout viendrait de la terre; le soleil et
les astres seraient produits par les nuées.
6. Éprpnane, II, 9. — Xénophane, fils d'Orthomène, de Colophon, dit que tout naît de la terre et de l’eau, mais que, dans tout
ce qu'il avance, il n’y a rien de certain, tant la vérité est obscure;
il n’y a partout que des opinions et surlout sur ce qui est invisible.
7. GALIEN (Hist. phil.). — (3) Cette secte, qui est d'ordinaire
considérée plutôt comme aporétique que comme dogmatique, eut,
dit-on, pour chef Xénophane de Colophon. — (7) Parmi ceux qui
appartiennent à la secte intermédiaire, Xénophane a des doutes
sur toutes choses, sauf qu’il pose pour dogme que l’univers est un
et que c’est là le Dieu, qui est limité, raisonnable, immuable.
(Cf. Sex. Ewr., I, 295: L'univers est un et le dieu est incorporé
à l'univers; il est sphérique, impassible, immuable, raisonnable.)
8. CicÉRON. — (Lucullus, 37.) Xénophane, un peu plus ancien
(qu’Anaxagore), dit que tout est un, immuable, que c’est le dieu,
qu’il est inengendré, éternel et de forme sphérique. — (De deor.
nat., I, 11.) Puis Xénophane, qui veut que Dieu soit l’univers, qu’il
prétend infini et auquel il ajoute l'intelligence, est passible des
mêmes reproches que les autres sur ce dernier point, mais bien
plus à cause de l’infinitude, où il ne peut y avoir rien de sentant,
non plus que d’ajouté. — (De divinat., I, 3.) Xénophane de
Colophon est le seul qui, tout en affirmant l'existence des dieux,
nie absolument la divination.
9. THéoporLT, IV, 5. — Xénophane, fils d’Orthomène, de
Colophon, chef de la secte éléatique, dit que l’univers est un,
sphérique, limité, non engendré, mais éternel et absolument
immobile. Puis oubliant ce langage, il dit que tout est sorti de la
Pagina 25
Vedi nel PDF(si apre in una nuova finestra)terre; car c’est de lui qu'est ce vers: (voir fr. 8). — (Cf.
AÉTIUS, I, 3. Xénophane : Le principe de tout est la terre, car il
dit dans son écrit sur la Nature, etc.)
40. SexT. Eup., X. — (313) Xénophane, d’après quelques-uns,
admet comme principe la terre (voir fr. 8). — (314) De plasieurs
principes dénombrables; de deux, à savoir-la terre et l’eau;
Xénophane, d’après quelques-uns (voir fr. 9); Homère: « Mais
puissiez-vous {ous devenir terre et eau. » — (Cf. Ps.-Plut., Vie
d'Homère.)
44. GALIEN (Hist. phil., 18). — Xénophane de Colophon (admet
comme principe matériel) la terre et l’eau. — [Cf. MACROBE,
Songe de Scipion, I, 14: Xénophane (dit que l’âme est formée)
de terre et d’eau.]
42. AËÉrius, Il, 4. — Xénophane, Parménide, Mélissos: Le
monde est inengendré, éternel, incorruptible.
43. AÉrivs, II. — 13. Xénophane: (Les astres sont formés) de
nuages enflammés qui s’éteignent chaque jour et après la nuit se
rallument comme des charbons; leurs levers et leurs couchers sont
en réalité des inflammations et des extinctions. — 18. Ces sortes
d'étoiles qui paraissent sur les vaisseaux, et qu’on appelle
Dioscures, sont de petits nuages devenus lumineux par un
mouvement approprié. — 29. Le soleil est un nuage enflammé.
— 24. Les éclipses ont lieu par extinction; il s’en reforme un
autre au levant. Il a parlé d’une éclipse de soleil ayant duré un
mois entier et encore d’une éclipse complète telle que le jour
aurait paru comme la nuit. — Il y a nombre de soleils et de
lunes selon les divers climats, régions et zones de la terre; à un
certain moment, le disque arrive sur une région non habitée
et là,
comme sa course serait inutile, il subit une éclipse. Xénophane
dit encore que le soleil s’en va à l’infini, mais qu’à cause de la
distance, il paraît tourner.
44. Aérius, IL. — 95. La lune est un nuage feutré (enflammé ?)
— 28. Anaximandre, Xénophane, Bérose: La lune a sa lumière
propre. —29. Xénophane attribue aussi à l’extinction sa disparition
mensuelle.
45. AÉTIUS, III. — 2. Les comètes et les étoiles filantes sont des
nuages enflammés qui se constituent ou qui sont en mouvement.
— 3. Les éclairs proviennent des nuées illuminées par le mouvement. — 4. Tous les phénomènes météorologiques proviennent,
comme cause principale, de la chaleur du soleil. Celui-ci pompant
Pagina 26
Vedi nel PDF(si apre in una nuova finestra)l'humidité de la mer, l’eau douce, en raison de sa légèreté, se
dégage, puis, passant à l’état de brouillard, forme des nuages
d’où l’épaississement fait dégoutter la pluie, ou encore elle se
dissipe en vents. Il dit textuellement : (voir fr. 11).
46. Aérius, III. — 9. Les racines de la terre s’enfoncent à
l'infini par en bas; en haut, elle a été solidifiée par l’air et le feu.
— 41. La position de la terre est primordiale, car ses racines vont
à l'infini.
47. AÉTIUS, IV, 9. — Pythagore, Empédocle, Xénophane,
Parménide, Zénon, Mélissos, Anaxagore, Démocrite, Métrodore,
Protagoras, Platon : Les sens sont trompeurs.
418. Aérius, V, 1. — Xénophane et Épicure suppriment la
divination.
49. TERTULLIEN (De anima, 43). — Anaxagore et Xénophane
attribuent le sommeil à l’épuisement.
FRAGMENTS
4. Il est un seul dieu suprème parmi les dieux et les hommes;
il ne ressemble aux mortels ni pour le corps ni pour la pensée.
2. Tout entier il voit, tout entier il pense, tout entier il entend.
8. Mais, sans labeur aucun, son penser mène tout.
4. Il reste, sans bouger, toujours en même état; il ne lui
convient pas de s’en aller ailleurs.
5. Les mortels croient que les dieux sont nés comme eux, qu’ils
ont des sens, une voix, un corps semblables aux leurs.
6. Mais si les bœufs ou les lions avaient des mains, s’ils savaient
dessiner et travailler comme les hommes, les bœufs feraient des
dieux semblables aux bœufs, les chevaux des dieux semblables
‘aux chevaux; ils leur donneraient des corps tels qu’ils en ont
eux-mêmes.
.
7. Homère et Hésiode ont attribué aux dieux tout ce qui, chez les
hommes, est honteux et blâmable; le plus souvent ils leur prêtent
des actions criminelles: vols, adultères, tromperies réciproques.
8. Tout sort de la terre, tout retourne à la terre.
9. Nous sommes tous sortis de la terre et de l’eau.
40. Terre et eau, tout ce qui nait ou pousse.
41. La mer est la source de l’eau.