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PREMIÈRE PARTIE.
MELANGES.
LE VRAI PROBLÈME DE L'HISTOIRE DES MATHÉMATIQUES ANCIENNES
;
Pan M. Pacu TANNERY.
4. Écartons de l'histoire des Mathématiques la partie proprement bibliographique, je veux dire la constatation matérielle des
faits : telle phrase se trouve telle page, soit de telle édition de tel
ouvrage, soit de tel manuscrit coté sous tel numéro dans telle bibliothèque; écartons encore ce qui peut, comme dans l’Apercu
historique de Michel Chasles, former un des principaux attraits
d'un livre, mais appartient en fait à la Science elle-même, bien
loin de constituer une partie intégrante de son histoire; j'entends
les développements donnés à telle méthode, les relations établies
entre elles et d'autres plus récentes, enfin les démonstrations de
théorèmes ou solutions de problèmes, soit conçues dans l'esprit
des procédés d’autrefois, soit seulement suggérées par leur étude.
Ce départ fait, que reste-t-il en réalité? Un tissu de conjectures,
qui sont d’ailleurs à tous les degrés de probabilité, depuis celui
qui vaut presque la certitude jusqu’à celui qui diffère à peine du
doute, pour ne pas parler des hypothèses encore moins favorisées;
et encore ce tissu ressemble assez à la toile de Pénélope, car, s'il
est vrai que l'on peut regarder comme allant toujours en augmentant la probabilité moyenne des résultats obtenus par la crilique,
il n’en est nullement de même pour la probabilité spéciale à chaque
assertion particulière; cette probabilité est sujette à de continuelles variations, et il n'est guère de point pour lequel l'opinion
aujourd’hui dominante se trouve garantie contre une exclusion
soit momentanée, soit définitive, à la suite ou bien de la mise
en lumière de quelque fait nouveau, ou bien de l'apparition de
quelque nouvelle hypothèse.
Coordonner la totalité des faits matériels, établir la filiation
logique de ceux qui concordent entre eux, expliquer comment
tels autres se trouvent en désaccord et déterminer, d’après cette
explication, quels sont ceux qui ne devront pas être utilisés comme
matériaux par l'historien futur, telle est la tâche, toujours inaLure
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Vedi nel PDF(si apre in una nuova finestra)LE VRAI PROBLEME DE L'HISTOIRE DES MATHEMATIQUES ANCIENNES;
Par M. Pact TANNERY.
1. Ecartons de l’histoire des Mathématiques la partie proprement bibliographique, je veux dire la constatation matérielle des
faits : telle phrase se trouve telle page, soit de telle édition de tel
ouvrage, soit de tel manuscrit coté sous tel numéro dans telle bibliothèque; écartons encore ce qui peut, comme dans l’Apercu
historique de Michel Chasles, former un des principaux attraits
d'un livre, mais appartient en fait à la Science elle-même, bien
loin de constituer une partie intégrante de son histoire; j’entends
les développements donnés à telle méthode, les relations établies
entre elles et d'autres plus récentes, enfin les démonstrations de
théorèmes ou solutions de problèmes, soit conçues dans l'esprit
des procédés d’autrefois, soit seulement suggérées par leur étude.
Ce départ fait, que reste-t-il en réalité? Un tissu de conjectures,
qui sont d’ailleurs à tous les degrés de probabilité, depuis celui
qui vaut presque la certitude jusqu’à celui qui diffère à peine du
doute, pour ne pas parler des hypothèses encore moins favorisées;
ct encore ce tissu ressemble assez à la toile de Pénélope, car, s’il
est vrai que l'on peut regarder comme allant toujours en augmentant la probabilité moyenne des résultats obtenus par la critique,
il n'en est nullement de même pour la probabilité spéciale à chaque
assertion particulière; cette probabilité est sujette à de continuelles variations, et il n’est guère de point pour lequel l'opinion
aujourd’hui dominante se trouve garantie contre une exclusion
soit momentanée, soit définitive, à la suite ou bien de la mise
en lumière de quelque fait nouveau, ou bien de l'apparition de
quelque nouvelle hypothèse.
Coordonner la totalité des faits matériels, établir la filiation
logique de ceux qui concordent entre eux, expliquer comment
tels autres se trouvent en désaccord et déterminer, d’après cette
explication, quels sont ceux qui ne devront pas être utilisés comme
matériaux par l'historien futur, telle est la tâche, toujours ina-
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Vedi nel PDF(si apre in una nuova finestra)chevée, à laquelle travaille le critique. Et il ne peut guére se faire
d'illusions sur le sort réservé à son œuvre; les faits dont il aura
signalé l’importance, c’est aux sources mêmes, non dans ses écrits,
que ses successeurs iront les rechercher pour les soumettre à un
nouvel examen; les erreurs qu’il aura dissipées pourront ne plus
jamais revenir embarrasser l’histoire; mais combien ce résultat
purement négatif était au-dessous de ses aspirations! Les théses
positives, auxquelles il attachait le plus de poids et consacrait surtout ses veilles, que deviendront-elles, bientôt après sa mort, sinon
avant? Qu’il jette un regard sur les exemples que lui offre un
passé récent; quelle confiance peut-il garder dans l'avenir, s’il
réfléchit à ce que pèsent en réalité aujourd’hui, dans la balance
des opinions, les noms encore les plus justement honorés, aipsi
celui de Letronne, pour ne pas en citer d’autres?
2. Il faut donc, dans la critique d’érudition, borner son ambition au présent et, sans trop préjuger l'avenir, s’efforcer d’assurer
à ses opinions le plus possible de probabilité actuelle. Or à quoi
se mesure cette probabilité? En fait, c'est à la proportion plus ou
moins considérable d’adhésions rencontrées dans le cercle, d’ailleurs fort restreint, des érudits vivants s’occupant de l’ordre de
questions dont il s’agit. A peine est-il besoin d’ajouter que, pour
une évaluation effective, il conviendrait d’introduire des coefficients personnels; un savant comme Moritz Cantor, comme Friedrich Hultsch, comme J.-L. Heiberg, en vaut plusieurs autres,
mais il ne réclame, ni ne peut réclamer l’infaillibilité. Quant à
ceux qui sont disparus de la scène et que parfois on invoque
encore, ils ne comptent plus guère; ils n'ont pas su ce qui a été
appris depuis, ils n’ont pu peser les nouveaux arguments, enfin et
surtout, ils n’étaient pas dans le courant d’idées actuel.
Pourquoi insisté-je sur ce dernier point? Je vais chercher à
l'expliquer, d’autant qu'il s’agit d'un élément considérable dans
l'appréciation des opinions.
Voici déjà la dixième année depuis que j'ai commencé à publier,
sur l’histoire des Sciences, quelques-unes de mes conjectures personnelles; à partir du moment où mes humbles essais ont attiré
quelque attention, il est une question que j'ai souvent eu à me
poser; pourquoi telle hypothèse, que j’émettais presque sans
Bull. des Sciences mathem., 2° série, t. IX. (Avril 1885.)
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Vedi nel PDF(si apre in una nuova finestra)preuves, souvent à titre de simple possibilité, rencontrait-elle un
assentiment général? Comment telle autre au contraire, que je
m’étonnais d'être le premier à soutenir, tant elle me semblait naturelle, tant elle ressortait invinciblement pour moi de l’ensemble
des faits, comment trouvait-elle des adversaires? Etudiais-je des
travaux étrangers, je voyais surgir devant moi le méme probléme;
tel point qui, à mes yeux, ne faisait pas l'ombre d'un doute, telle
question qui me semblait devoir se régler en quelques mots, devenait l’objet de discussions approfondies, de polémiques sérieuses
et prolongées.
J'ai cru m'expliquer tout cela, au moins dans une certaine mesure, en réfléchissant sur les motifs qui me déterminaient moimême à adopter ou à rejeter telle ou telle conjecture nouvelle.
Certainement, en présence d’une opinion qui n’est pas encore la
sienne, le critique cherchera à être aussi impartial que possible;
il pèsera le pour et le contre d’après les données objectives de la
question, il cherchera à éliminer, autant que faire se peut, tout
motif personnel de décision. Mais une pareille élimination est
impossible à faire complètement; qu'on parvienne à la réaliser
sans exception aucune, on ne sera plus soi-méme.
Avant de se hasarder à rien produire, chaque érudit a dû accomplir pour lui-même, au moins à titre provisoire, la coordination
logique de l’ensemble des faits qu’il connaît; il a dû jeter ainsi les
fondements nécessaires de l’œuvre qu'il rêve. A la vérité, cette
coordination, il la remanie sans cesse; mais telle qu'elle est à un
moment donné, elle n'en jouera pas moins, qu’il en ait d’ailleurs
plus ou moins conscience, le rôle d’un calibre ou d’un gabarit
d'essai. Une thèse nouvelle s'y adapte-t-elle d'elle-même, elle aura
toute chance d'être acceptée d'emblée; qu’au contraire elle ne se
prête pas au cadre préétabli, elle sera l’objet d’une critique plus
attentive, de réserves plus scrupuleuses; et cela, indépendamment
de la valeur propre des arguments qui l’appuient.
Ce que
je viens de dire pour un érudit en particulier peut s’appliquer à l’ensemble; nul ne peut connaître la totalité des faits à
coordonner; les éléments employés ne sont donc pas exactement
les mêmes pour chacun, leur connexion variera également suivant
les tournures d’esprit particulières. Néanmoins, à un moment
donné, il y a un ensemble d'idées commun à tous et par suite pré-
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Vedi nel PDF(si apre in una nuova finestra)dominant; la chance de succés d’une conjecture nouvelle différe
donc selon qu’elle est plus ou moins en harmonie avec cet ensemble
commun.
3. Je n'ai nullement la prétention d’exposer quel est aujourd’hui
le courant d'idées prépondérant; mais on pourrait croire a priori
qu'il n’est susceptible que de lentes modifications; je voudrais,
par une rapide esquisse des traits les plus importants, du moins a
mes yeux, montrer qu'il est au contraire sujet à de brusques variations, soit par suite du travail interne accompli chez chaque érudit, soit en raison du renouvellement continu des savants qui attirent le plus l'attention par leurs travaux.
Il y a une douzaine d’années, la conception générale de l’histoire
des Mathématiques, telle qu’elle se dégage, par exemple, de l'œuvre
de Hankel, présentait un caractère qui, jusqu’à un certain point,
était marqué au sceau des doctrines de l’évolution, déjà en grande
faveur dans les milieux philosophique et scientifique. Les éléments
de la Science ont été élaborés, dans une mesure sans doute mal
connue, mais certainement considérable, chez les peuples de l’antiquité dont la civilisation a précédé celle de la Grèce. Depuis
cette obscure origine, malgré les apparences contraires, le progrès
a été incessant; d’abord les Grecs, puis les Hindous, enfin les
Arabes; chaque peuple a développé suivant son génie propre, et
en donnant tout ce qu'il pouvait donner des branches spéciales
de la Science; l'héritage sacré, fidèlement transmis et successivement accru, arrive aux nations de l'Occident moderne; la diversité
de leurs races, l’heureuse rivalité qu’elles déploient, la rapide
diffusion chez toutes des découvertes dues à chacune, semblent
désormais assurer que le progrès indéfini de l'avenir n’exigera pas,
comme dans le passé, de partielles et successives décadences.
Ainsi, autrefois, aux Grecs la Géométrie, aux Hindous l’Arithmétique et l’Algèbre ; la spécialité des aptitudes est nettement tranchée,
Diophante est à peine un Grec, il n’est pas possible qu'il n'ait point
subi quelque influence orientale; si ses écrits ne nous avaient pas
été conservés dans la langue qu'il parlait, personne ne pourrait
soupçonner qu'ils soient un fruit du génie hellène.
Les deux tendances opposées se réunissent chez les Arabes;
ceux-ci s’attachent spécialement à l’Astronomie, mais en même
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Vedi nel PDF(si apre in una nuova finestra)temps ils commencent cette longue élaboration qui s’achévera à la
Renaissance avant d’aboutir à la révolution cartésienne, à l’ouverture de l’ère glorieuse des Mathématiques modernes. Depuis lors,
aucun indice ne peut faire soupgonner qu’il nous manque, comme
il manquait aux Grecs, quelque élément nécessaire pour la poursuite des travaux mathématiques, et la Science, à jamais rajeunie,
pourra toujours nourrir un long espoir et de vastes pensers.
4. Rapprochons de cette esquisse sommaire quelques-uns des
traits qui se dessinent dans la partie déjà publiée (1880) des Vorlesungen de M. Cantor. Ce Volume marque en effet d'une façon
décisive la transition mesurée de l’ancien au nouveau courant
d'idées qui, depuis, va s’accentuant de plus en plus. La conception
évolutive s’efface; il n'en subsiste que quelques rares éléments
dont l’indiscutable vérité s’adapte au changement du point de
vue. La Science, en tant que l'on n’abuse point de son nom, éclôt
chez les Grecs, presque brusquement, en tout cas intégralement;
aprés avoir donné des fruits immortels, elle subit un irrécusable
déclin, végéte plus ou moins misérablement pendant de longs
siécles, avant de retrouver sa vitalité primitive et de prendre, dans
les temps modernes, un nouvel et définitif essor.
L’explication du papyrus mathématique égyptien par Eisenlohr,
le déchiffrement de quelques tablettes chargées d’écritures cunéiformes, nous ont révélé des faits curieux et permis de préciser
un peu mieux le point de départ des découvertes hellénes; mais,
en thése générale, ces documents ont singulièrement rabaissé
l'opinion que l'on se faisait des connaissances mathématiques chez
les Egyptiens et chez les Babyloniens, quoique d’ailleurs la plupart
des orientalistes soient toujours disposés à s’exagérer ces connaissances, et que notamment l’histoire des origines de l’Astronomie
soit encore loin d'être suffisamment éclaircie.
Quant aux mathématiciens hindous et arabes, leur étude plus
approfondie n’a nullement confirmé les thèses de Hankel : certes,
il reste encore bien apprendre à leur sujet, mais les découvertes,
qui sont encore a faire dans leurs écrits, ne semblent plus devoir
offrir un intérêt aussi puissant qu’on était porté à l'espérer. Plus
on les examine, plus ils apparaissent comme dépendants des Grecs
el, malgré quelques inventions heureuses et vraiment originales,
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Vedi nel PDF(si apre in una nuova finestra)restés en moyenne bien inférieures 4 leurs devanciers sous tous
les rapports. J'ajoute que l’on est encore certainement assez loin
d’avoir restitué aux Grecs tout ce qui leur appartient légitimement
dans les travaux attribués a leurs héritiers scientifiques. J’en veux
donner une seule preuve :
De tous les instruments astronomiques des Arabes, étudiés par
A. Sédillot et donnés par lui comme étant de leur invention, le
plus interessant est sans contredit l’astrolabe planisphere qui
permettait de déterminer l'heure au moyen d'une observation de
hauteur sur le Soleil ou sur une étoile, et d’une opération consistant à faire mouvoir l’un sur l’autre deux cercles figurant en projection stéréographique, l'un la sphère mobile, l’autre la sphère
fixe. Cet instrument a d’ailleurs joué un rôle historique d'autant
plus important que jusqu'à l'invention des horloges à pendule, les
astronomes n'avaient aucun moyen exact pour déterminer l'heure
pendant la nuit sans observations des étoiles, et que l’astrolabe
planisphère leur permettait de résoudre le problème sans calcul.
Or ce même astrolabe se trouve exactement décrit dans un Traité
grec (*) composé par Jean le grammairien (Philopon) au commencement du vi° siècle après J.-C., et la nomenclature grecque des
pièces de l’instrument a même été servilement adoptée par les
Arabes. Notre auteur le donne d’ailleurs comme connu dès le
temps de Piolémée, et rien ne doit faire supposer qu’en fait l’invention ait été d’une date plus récente (2).
5. Ainsi il est permis de penser que la conception générale ac(') Publié par Hase dans le Rhemircher Museum en 1839, mais n’en étant pas
plus connu.
(?) Je soupconne que le principe en remonte aux Babyloniens, dont on a des
observations faites de nuit et marquées en heures temporaires ; seulement, avant
la découverte de la propriété des projections stéréographiques, l’instrument devait
consister en une sphère mobile autour d’un axe incliné comme l’axe du monde,
et en un hémisphère creux, fixe et concentrique, analogue à celui des cadrans
solaires primitifs. Le nom d’araignee (apayvn), donné, dans l'astrolabe planisphère, au cercle représentant la sphère mobile ( parce qu’il était découpé à jour
pour permettre d'obtenir les coïncidences avec l’autre cercle, lequel était massif),
était également le nom donné, d’après Vitruve, au cadran sphérique d’Eudoxe.
En tout cas, il ne me paraît pas douteux qu’un instrument analogue n’ait servi,
avant l'invention de la Trigonométrie, à résoudre mécaniquement les problèmes
de la sphérique.
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Vedi nel PDF(si apre in una nuova finestra)tuelle de l’histoire des Mathématiques ira en s’affermissant de plus
en plus, au moins pendant une ou deux générations; il est clair
d’ailleurs qu'elle revient très sensiblement a celle qui dominait,
d’aprés Montucla, il y a une cinquantaine d’années, vers le moment
où Michel Chasles ouvrit une ère nouvelle pour l’étude de cette
histoire.
Je ne fais point cette remarque pour en tirer une conclusion
sceptique; bien au contraire, la double évolution que j'ai indiquée
n’aurait certainement pu s’accomplir sans la coordination historique d'un nombre considérable de faits inconnus ou mal connus
ily a un demi-siècle. Qui ne s’est pas mis au courant du mouvement critique depuis cette époque pourrait croire à quelque découverte capitale, à quelque travail hors ligne capable de changer
d’un seul coup l’orientation des esprits; il n'en a rien été :le mouvement a résulté d'une quantités de faits souvent assez minimes,
de discussions minutieuses, d'études de détail et de monographies
fragmentaires.
La véritable conséquence à formuler, c'est que la plus humble
contribution ne doit pas être négligée et qu’il ne faut pas se rebuter devant des détails parfois d'apparence fastidieuse; tout au
plus convient-il d'ajouter une réserve pour ceux qui craignent les
inconvénients du trop grand éparpillement des efforts (‘); c'est
que le travailleur fera bien de tenir compte des courants d'idées
dominants, des questions à l’ordre du jour et de relever ainsi la
minutie des détails qu’il étudie.
Mon objet maintenant va précisément être, après avoir indiqué
les principaux problèmes qui s'imposent aujourd’hui dans l’histoire des Mathématiques anciennes, de montrer, par quelques
exemples, comment leur solution dépend de questions qui paraissent, à première vue, d'une importance tout à fait secondaire. On
ne s’étonnera pas si je choisis ces exemples parmi des conjectures que j'ai déjà proposées, et qui, à côté d’adhésions parfois
peu espérées, ont rencontré de sérieux contradicteurs. En appelant de nouveau l'attention sur elles, j'ai le ferme espoir soit de
(') Le danger est réel dans le vaste domaine de la Philologie; dans le cercle
malheureusement très restreint qui s'occupe de l’histoire des Mathématiques, il
est loin d’étre à redouter encore.
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Vedi nel PDF(si apre in una nuova finestra)convaincre ceux qui les ont rejetées jusqu'à présent, soit de provoquer de leur part des recherches fécondes pour la vérité.
6. L'histoire n'a pas pour unique objet la satisfaction d'une vaine
curiosité; c'est l'avenir que finalement doit éclairer l’étude du passé.
Or un mathématicien, vraiment digne de ce nom, peut-il ne pas se
préoccuper parfois du sort futur réservé à la Science à laquelle il
s'est consacré? Peut-on vraiment parler de progrès indéfini? Ne
trouvera-t-on pas le tuf un jour, et ne faudra-t-il pas, comme disait Lagrange, abandonner la mine trop profonde? Certes la question n'est pas urgente; à la vitesse actuelle du progrès, il semble
bien que l'on ait au moins deux siècles pour se demander ce qu'il
conviendra de faire en pareil cas et comment conserver au mieux
les trésors acquis, si l'espoir de les accroître est enfin interdit. Mais
d'ici là, quelque bouleversement social ne peut-il entraîner la ruine
de la Science? Elle n’a plus, dira-t-on, rien à craindre sérieusement des crises passagères, et toute société un peu stable protégera
et encouragera forcément les savants, dont les services sont, de
nos jours, non seulement utiles, mais même nécessaires. Cela est
incontestable pour les chimistes, les physiciens, et, si l'on veut,
aussi les astronomes; la Mathématique pure sera donc garantie par
son utilité dans les sciences de la nature. Mais, si la question d’utilité se pose, n’est-il pas à: craindre que la protection et les encouragements ne se bornent à certaines branches, et ne délaissent
les autres, précisément les plus élevées et les plus abstruses? Supposons maintenant que l’histoire démontre que, pour la Science,
l'arrêt dans la marche en avant équivaut à un recul, qu'on ne peut
vouloir se borner aux parties nécessaires pour les applications,
sans arriver peu à peu à négliger de plus en plus la théorie et à
n’en conserver finalement que des débris tout à fait insuffisants;
que deviendrait dès lors la garantie de l'utilité? Si le danger que
je signale ici n’est pas imaginaire, peut-on affirmer que, comme
le premier, il est encore bien loin de nous, et qu’une génération
prochaine n’aura pas à s'en préoccuper?
On peut voir, devant ces questions, quel intérêt majeur présente
l'histoire des Mathématiques anciennes du moment où elles nous
offrent l’exemple d'une décadence profonde après un brillant
apogée; et l'on peut affirmer, de ce point de vue, que le vrai pro-
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Vedi nel PDF(si apre in una nuova finestra)blème qui s’impose aujourd’hui dans cette histoire est de préciser
les circonstances et de déterminer les causes de la décadence
passée, en vue de connattre les précautions à prendre pour
éviter une décadence future.
Je n'ai, bien entendu, aucunement la prétention de résoudre
un problème aussi complexe; je voudrais seulement préciser dans
une certaine mesure les diverses questions qu’il soulève, et donner
quelques indications sur la marche à suivre pour en traiter au
moins une.
7. Il est à peine besoin de réfuter sérieusement l’opinion qui
attribuerait aux invasions barbares la décadence des sciences grecques. Quand, au vir’ siècle, les Arabes entrérent dans Alexandrie,
la glorieuse cité des Ptolémées pouvait avoir encore une école,
mais depuis trois cents ans au moins cette école était incapable
de produire autre chose que de pales commentateurs des ceuvres
antiques; si parfois encore ils nous font illusion, nous n’en devons
pas moins nous dire que le niveau est déja tombé aussi bas qu’il
le fut en moyenne chez les Byzantins pendant les longs siécles du
moyen âge. Un exemple suffira pour le prouver :
Richard Hoche a publié (1864 et 1867) un commentaire de Jean
le grammairien (Philopon) sur l’/ntroduction arithmétique de
Nicomaque et en méme temps, pour le premier Livre seulement,
les importantes variantes que lui donnait une réédition de ce commentaire contenu dans un manuscrit de la bibliothéque épiscopale de Zeitz. Philopon, quoique n’étant pas particuliérement mathématicien, élait certainement considéré de son temps comme un
savant universel de la plus haute valeur; son commentaire doit
d’ailleurs reproduire l’enseignement d’un maître également considérable, et dont
la compétence mathématique était bien reconnue, |
Ammonius, fils d’Hermias; il est cependant difficile d'imaginer les
erreurs grossières qu'il a entassces dans ses volumineuses dissertatians. Or ces erreurs sont en général assez bien corrigées dans
la réédition de Zeitz, et l’auteur anonyme fait certainement preuve
et d'une meilleure intelligence du texte de Nicomaque et de connaissances mathématiques mieux digérées; Hoche a bien reconnu
que cet auteur était postérieur à Philopon, mais il a pensé que ce
pouvait être un de ses disciples. Il n’est rien; le manuscrit n° 2377
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Vedi nel PDF(si apre in una nuova finestra)du fonds grec de la Bibliothéque Nationale de Paris contient le
méme texte avec des annotations marginales qui établissent que
la réédition est due au moine Isaac Argyros, lequel vivait dans la
seconde moitié du x1v° siècle.
8. La décadence de la Mathématique grecque remonte donc à
une époque bien antérieure au vii‘ siècle, et en tous cas on ne
peut s’arréter avant les derniers grands noms que présente l'Ecole
d'Alexandrie, ceux de Pappus et de Diophante. C'est l'âge qui précède immédiatement celui de Constantin et du triomphe du christianisme; on a pu dire, avec quelque apparence de raison, que la
profonde révolution qui s’ensuivit fut fatale à la Science; il est
certain que dès lors se proposa à l'humanité un idéal tout autre
que celui qu’avaient fait briller Platon et Aristote, la vie du savant
contemplant la théorie pour elle-même. Mais si „depuis la Renaissance, cet idéal retrouvé a gardé d’assez nombreux fidèles, sommesnous assurés qu’une nouvelle révolution sociale ne l’éteindra pas
au profit des doctrines utilitaires?
Au reste l'accusation tombe à faux sur le christianisme; comme
les barbares n’ont pas eu la peine de faire crouler la société grécoromaine, déjà tombée d’elle-même, le christianisme n'a eu qu’à
liquider la banqueroute de la philosophie officielle, après le siècle
des Antonins. L'idéal platonicien avait dès longtemps disparu devant celui des Stoïciens, utilitaire aufond et par suite contraire
à la Science, malgré les apparences de sa morale sublime. La
secte du Portique arriva, il est vrai, d'assez bonne heure à rallier
assez d’intelligences pour qu'il lui fallût tenir en quelque honneur
les connaissances scientifiques négligées par ses fondateurs; mais
ses doctrines ne pouvaient sérieusement favoriser le développement de ces connaissances, et la suprématie qu’elle obtint semble
avoir été au moins inutile pour la Science, aussi bien qu’elle le fut
pour le maintien des institutions sociales. Bientôt peut-être l’hisloire portera sur cette secte, souvent exaltée, un jugement plus
sévère encore.
Quoi qu'il en soit, pour la question qui nous occupe, il s'agit
sans contredit d'étudier la période qui remonte depuis Pappus et
Diophante jusqu'à l'apogée de la Géométrie grecque, au temps
d’Apollonius de Perge. Dans cet intervalle de cinq siècles environ,
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Vedi nel PDF(si apre in una nuova finestra)un nouveau point de repére nous permet de diviser le problème;
la décadence a-t-elle réellement commencé avant l’extension de la
domination romaine sur la Grèce et l'Orient hellénisé? A-t-elle
au contraire suivi cette extension, qui semblerait dès lors avoir
été une des causes déterminantes de cette décadence?
Actuellement la question est très obscure; a priori, la perte de
Pindépendance pour les États hellènes, la domination d’un peuple
dont le génie pratique n’a jamais pu se plier aux abstractions scientifiques, ont dû porter un coup funeste aux études mathématiques
sérieuses; mais on peut dire d’un autre côté que, les ruines de la
conquête une fois réparées, les pays grecs purent profiter des
bienfaits d'une longue ‘paix qui leur avait toujours manqué, que
les Romains reconnurent de très bonne heure la supériorité intellectuelle de la race hellène, et que les études scientifiques retrouvèrent bien vite une protection très largement suffisante. Enfin
l'histoire montre que, malgré leur défaite momentanée, les Grecs
possédaient encore plus de vitalité que les Romains.
9. Il n'est d’ailleurs ni établi historiquement, ni unanimement
reconnn que le niveau moyen de la Science pendant la période
gréco-romaine ait été inférieur à celui de la période gréco-alexandrine. C’est en ces termes que peut se préciser la première question à résoudre, et, pour l’étudier, il convient de dresser séparément le bilan pour chacune des branches principales à considérer:
Arithmétique, Algèbre, Géométrie élémentaire, Géométrie supérieure, Astronomie.
Pour l’Arithmetique, la question, je crois, est aujourd’hui bien
tranchée; personne ne peut plus considérer comme des auteurs
originaux, ainsi que le faisait Nesselmann, de pseudo-mathématiciens, tels que Nicomaque ou Théon de Smyrne. Les connaissances
qu'ils nous ont transmises appartiennent en totalité soit à la période purement hellène, soit à la période alexandrine; si la forme
de l'exposition est leur propriété, elle constitue un symptôme irrécusable de décadence. L’Arithmetique théorique n'a été cultivée
scientifiquement chez les anciens qu'avec l'appareil géométrique
cuclidien, et comme travail de ce genre postérieur à notre ère,
nous ne connaissons que l’opuscule des nombres polygones de
Diophante, essai incontestablement malheureux.
Pagina 13
Vedi nel PDF(si apre in una nuova finestra)En ce qui concerne l’Astronomie, la question de supériorité a
été très vivement controversée entre Hipparque et Ptolémée; mais
elle offre, pour le problème qui nous occupe, moins d'intérêt
qu’on ne pourrait le penser tout d'abord ; l'Astronomie comporte en
effet deux sortes d'éléments, les uns empruntés à l’observation,
les autres à la théorie; pour les premiers, l’astronome le plus récent a toujours l’avantage; Ptolémée a donc incontestablement
réalisé des progrès sur Hipparque, de même que les Arabes en
ont réalisé sur lui; la question à résoudre pourrait être de savoir
siles uns ou les autres ont bien tiré des matériaux dont ils disposaient tout le parti possible; mais nous ne sommes encore capables
d’y répondre sérieusement ni pour Hipparque, ni pour Ptolémée, ni
pour les Arabes, et en tout cas la réponse n’aurait pas de portée
réelle en ce qui concerne la Mathématique pure. Quanta la partie
théorique du systéme de Ptolémée, on est d’accord pour reconnaître qu'elle appartient, comme fond, aux premiers Alexandrins;
la théorie des épicycles et la Trigonométric remontent a Apollonius
et à Hipparque. Toutefois il reste nombre de points secondaires à
éclaircir, et en tout cas une histoire réelle de la sphérique ancienne est a peu près entièrementa faire.
Pourl’Algebre etla Géométrie supérieure (Diophante et Pappus),
la question est au contraire particulièrement grave et passablement
obscure; a la vérité, personne ne soutiendrait plus les paradoxes
de Hankel que je rappelais tout à l'heure, et l'on a réuni assez
d'indices pour être assuré que les problèmes traités par Diophante
lui sont en réalité bien antérieurs; Pappus, d'autre part, nous a
laissé un recueil précieux, mais qui n'est, en fait, qu'une compilation de travaux remontant pour la plupart à une date antérieure
à l'ère chrétienne. Ces deux contemporains paraissent ainsi avoir
obéi au même mouvement qui, à leur époque, après la chute du stoicismc officiel, ramenait les philosophes vers les sources antiques,
et donnait ainsi la passagère illusion d’une renaissance bientôt
condamnée à l'avortement. Il n’en est pas moins vrai que le degré
d'originalité de Diophante reste incertain, de même que le degré
de nouveauté de ses méthodes et de ses notations. Pour être résolues, les questions qu'il soulève réclament de longues discussions et avant tout la publication d’une édition critique de son
Ouvrage. Je crois devoir d’autant plus préciser ainsi l’état actuel
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Vedi nel PDF(si apre in una nuova finestra)du problème, que mon opinion personnelle est mieux arrêtée sur
le peu de valeur propre de Diophante, et que cette opinion a été
plus favorablement accueillie jusqu’à présent, malgré le défaut de
preuves péremptoires.
Pour Pappus, nous possédons désormais ce qui manque pour
Diophante, une bonne édition, celle de Hultsch; mais il reste à
l’etudier à fond, ce qui demandera des efforts soutenus et répétés,
car la mine à exploiter sera difficilement épuisée. Les travaux de
Géométrie entre Apollonius et Pappus sont en fait très peu connus,
et leur caractère s’apprécie aussi mal que leur importance; si, après
les Coniques du géomètre de Perge, il n’est paru aucun Ouvrage
qui soit devenu classique, le sort qui attendait ses successeurs a
peut-être eu son motif dans le déclin des études plutôt que dans
l’imperfection de l’œuvre. D'un autre côté, il est certain que les
traités classiques d'analyse géométrique ont été l’objet, après leur
rédaction, de travaux approfondis qui avaient au moins pour but
de faciliter l'étude des matières dont traitaient ces Ouvrages. Les
indications que Pappus donne sur ces travaux, les lemmes qu’il
en a tirés, doivent être soigneusement examinés pour déterminer
quels progrès réels ont pu être réalisés.
10. Ainsi, des cinq branches que nous avons distinguées dans
la Science, deux sont à mettre hors de compte; deux autres présentent pour leur histoire des difficultés majeures qui ne permettent pas d'espérer une prompte solution, en ce qui les concerne,
du problème que j'ai posé. Heureusement, pour la cinquième
branche, il n’en est pas ainsi.
Pour la Géométrie élémentaire en effet, en regard de l’œuvre
d’Euclide, nous possédons le Commentaire sur le premier Livre,
écrit au v° siècle après J.-C. par Proclus, chef de l'École d’Athènes. S'il est possible de démontrer, par l'examen de ce commentaire, qu'aucune idée nouvelle n’a été émise sur les principes
de la Science, depuis le premier siècle avant l’ère chrétienne jusqu’à
Proclus, la question sera tranchée pour la branche qui nous occupe, comme elle l’est, avons-nous dit, pour l’Arithmétique théorique, et il est clair que pour toute la période correspondante, il y
aura un motif suffisant de préjuger défavorablement ce qui concerne les branches supérieures; alors que les éléments sont né-
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Vedi nel PDF(si apre in una nuova finestra)gliges, il n’est guère à penser que des progrès se réalisent plus haut.
Le Commentaire de Proclus peut être divisé en deux Parties
bien distinctes : la première, après un double prologue consacré
à des considérations générales, d’abord sur l’ensemble des Mathématiques, puis sur Ja Géométrie en particulier, traite des définitions, des postulats et des axiomes; la seconde Partie commente
les propositions du LivreI d’Euclide. Or j'ai déjà avancé à diverses
reprises que Proclus avait emprunté à très peu près tout ce qui
est réellement mathématique dans son commentaire, pour la première partie à Geminus, auteur du 1°" siècle avant l’ère chrétienne,
pour la seconde à Porphyre, qui, au 111° siècle après J.-C., avait
commencé à écrire sur les propositions d’Euclide. Si cette double
thèse était établie, il ne resterait qu’à constater, ce qui est facile,
que le commentaire relatif aux propositions ne présente aucun
intérêt réel au point de vue mathématique.
Heiberg (Philologus, XLIII, 2, p. 345) m'a objecté que j’estimais trop peu Proclus et que j’exagérais en le qualifiant de copiste
infatigable. Nous avons cependant un témoignage bien connu
depuis longtemps de la façon dont notre philosophe entendait la
rédaction d'ouvrages mathématiques : c'est le Traité De la sphère
de Proclus, c'est-à-dire une copie textuelle des chapitres III, IV,
XII et II de l’Introduction aux phénomènes qui nous reste, précisément de ce Geminus si souvent cité dans la première partie
du Commentaire sur Euclide.
Mais je suis le premier à reconnaître que ce témoignage n'est
pas suffisant pour établir sérieusement la conjecture que j'ai émise;
quel est d’ailleurs l'intérêt de cette conjecture, peut-être d’apparence assez insignifiante de prime abord, je crois l'avoir suffisamment montré; comment donc la discuter à fond? Il faut procéder
à une analyse complète, à un examen circonstancié de l’Ouvrage
de Proclus, et faire, en procédant suivant les règles de la critique,
le départ entre ce qui peut lui appartenir et ce qu'il a dû emprunterà autrui. On reconnaîtra sans aucun doute que Proclus
n’est pas simplement un copiste, que de longs développements
sont bien de son propre cru; mais on s’apercevra également que
son originalité ne s’exerce que sur les questions qu’il considère
comme touchant la Philosophie, qu’en somme pour nous, elle n’a
qu'une conséquence fächeuse, c'est que ce qui nous intéresse
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Vedi nel PDF(si apre in una nuova finestra)vraiment, se trouve noyé dans un fatras pseudo-philosophique
dont nous n'avons que faire.
14. Le travail dont j'indique le plan peut sembler devoir être
fastidieux dans ses détails, surtout à cause de cet élément néoplatonicien introduit par Proclus dans les questions mathématiques,
et qu'il s’agit d'écarter. Mais ce travail n'en est pas moins nécessaire, si l’on veut vraiment résoudre les problèmes posés; d'ailleurs
il offrira un attrait spécial qui suffirait à lui seul pour soutenir
l'attention.
Proclus est en fait la source capitale pour l’histoire de la Géométrie chez les Grecs; en exceptant Pappus, c'est-à-dire la géométrie
supérieure, on ne trouve en dehors de lui qu'un petit nombre de
documents épars, qu'il serait absolument impossible de coordonner
s'il nous manquait. Dès lors la question de savoir où il puise ses
renseignements historiques est une des plus graves qui se présentent pour le critique.
Que Proclus n’ait connu par lui-même aucun Ouvrage géométrique antérieur 4 Euclide, c'est un point unanimement concédé;
mais qu'il n’ait pas même utilisé directement l’histoire géométrique composée un peu avant Euclide par le disciple d’Aristote,
Eudème de Rhodes, alors qu’il le cite assez fréquemment, je crois
avoir étéle premierà soutenircette thése(‘). Heiberg(loc. cit.,p. 492),
en la déclarant insuffisamment fondée, remarque trés justement
qu'elle dépend d’une question plus importante, dit-il, mais trop
peu débattue, celle de savoir ce que les derniers siècles de l’antiquité possédaient encore de l’ensemble des écrits plus anciens.
La gravité de cette dernière question n’échappera 4 personne;
mais il est clair que, si elle touche la Philologie en général, elle ne
peut être résolue que par des travaux spéciaux pour les différentes
branches de la littérature. L'historien des Mathématiques n'a pas à
se préoccuper de savoir au juste quels poètes, perdus pour nous,
Proclus pouvait encore lire; il lui suffit de savoir, en thèse générale, que, dès le v° siècle de notre ère, des Ouvrages qui, cependant,
avaient dû rester longtemps accessibles, étaient désormais introu(') Sur les fragments d’Eudeme de Rhodes relatifs à l'histoire des Mathematiques (Annales de la Faculté des Lettres de Bordeaux, 1882).
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Vedi nel PDF(si apre in una nuova finestra)vables; mais, ce point incontestable étant bien admis, il ne peut se
dérober devant la tâche qui lui incombe, de discerner si Proclus
a, en réalité, directement puisé à telle source antique.
La question ne peut être résolue autrement que par l'étude
approfondie du Commentaire sur Euclide; c'est seulement après
s'être familiarisé avec les procédés de Proclus qu'il est possible
de juger quand il fait une citation de première ou de seconde
main. Le problème se rattache d'ailleurs à ceux que j'ai posés
plus haut; car, a partir du moment où une ceuvre aussi intéressante pour le mathématicien que celle d’Eudeme a commencé à
étre négligée, o son autorité n’a plus été invoquée que sur la foi
d’autrui, il est bien 4 présumer que la Science était déja sur la
pente de l'irrémédiable déclin; mais, en même temps, la question
se transforme et s’élargit.
Il ne s’agit de rien moins, en fait, que de la tradition de l’histoire de la Géométrie chez les Grecs; comment et sur quels
documents a-t-elle été composée à l’origine, avec quelle fidélité
at-elle été transmise, quel degré de probabilité présente donc
chacune des données de cette histoire, voilà en effet quels problèmes soulèvera à chaque instant l'étude du Commentaire dû à
Proclus. Il est clair, par exemple, que tel texte, relatif aux temps
avant Euclide, prendra une signification toute différente, suivant
que l’on devra le considérer comme emprunté à Eudème, ou
comme, au contraire, venant
de Geminus; dans certains cas même,
l'interprétation littérale pourra changer.
Le travail, ainsi conçu, ne pourra évidemment se borner à
Proclus, quoique ce dernier doive toujours fournir, et de beaucoup,
la somme de matériaux la plus considérable. Que ce travail soit
d’ailleurs indispensable et doive précéder tout essai d’une histoire
véritable et réelle de la Géométrie, il est à peine utile de le faire
remarquer, il s’agit de l'application d'une des règles les plus élémentaires de la critique; cependant, ce sujet n’a pas encore été
traité d’une façon systématique, et, par suite, il est presque neuf.
Sans doute, lorsque Bretschneider (') a recueilli soigneusement
les documents relatifs à la période préeuclidienne, si mal traitée
(') Die Geometrie und die Geometer vor Euklid, Leipzig, 1870.
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Vedi nel PDF(si apre in una nuova finestra)dans Montucla, il lut a bien fallu discuter la valeur de chacun de
ces documents; c'est bien aussi ce que fait aujourd’hui, plus com- plètement et plus judicieusement, G.-J. Allman, qui a repris la
tâche de Bretschneider ('). Mais l'examen critique a toujours
porté, en thèse générale, plutôt sur les documents considérés en
eux-mêmes, dans leur probabilité intrinsèque, que sur leur origine
réelle et sur leur filiation. Il y a là un point de vue important, qui
jusqu’à présent, a été trop négligé.
(!) Greek Geometry from Thales to Euclid publiée dans l’Hermathena
(Dublin, vol. III, 1877; IV, 1881; V, 1884).