Amphitryon 187, ou: influences pythagoriciennes sur l'amphitryon de plaute

Auteur
Arcellaschi, A.
Verschenen in
Revue des Etudes Latines
Jaar
1982
Onderwerp
AMPHITRYON
Taal
Français
Categorie
C8 Geschiedenis en archeologie
Archiefnummer
1223

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ARCS Laits falta À, A w a2 IV AMPHITRYON 187, OU : INFLUENCES PYTHAGORICIENNES SUR L'AMPHITRYON DE PLAUTE pan Anpné AnRCELLASCHI Mattre-assistunt à la Faculté des Lettres d'Orléans Sommaine, — Par sa structure métrique et le contenu de certaines allusions, Amphitryon appartient à la dernière production de Plaute, L'observation, dans la récit de la bataille que fuit Sosie, de détails porodigues qui font référence à la victoire d'Ambracie, conduit à retenir comme vraisemblable la date de 187. Cette année fut marquée par le Triomphe de Fulvius Nobilior, général victorieux, après Amphitryon, des habitants de cette même région. On peut, dès lors, mettre en parallèle les intentions qui ont présidé à l'édification du Temple d'Hercule aux Muses (inauguré en 187) et celles qui ont inspiré la commande de cette pièce également dédiée à ce mythe d'Hercule si cher aux pythagoriciens. Sur la datation et la signification de l'Amphitryon de Plaute, diverses hypothèses ont été formulées. Elles sont sullisamment connues, pour que nous n'ayons pas à les présenter ici. D'autant que la critique ne leur accorde qu'un crédit nuancé. De leurs différences comparées, on peut cependant retenir un point de méthode convergent : l'essentiel de leur argumentation se fonde sur l'identification de la batuille et de la victoire romaines que l'Amphitryon célèbre, par l'entremise de Sosie et la relation bien connue des exploits de son maitre’. Notre propos ne différera guère de celui de nos prédécesseurs; à cette réserve près : nous entendons démontrer que la composition de l'Amphitryon est à mettre en rapport avec la victoire d’Ambracie, que remporta Fulvius Nobilior, en 189, et qui inspira Plaute, au point de lui fournir l'argument de son Amphitryon, créé, dans les circonstances que nous préciserons, en janvier 187, Notre méthode sera simple : elle s’efforcern de faire d'Ambracie un lieu commun, l'unique théâtre où le destin de Fulvius Nobilior a pu rencontrer le mythe d'Amphitryon et celui d’Hercule. Quant à notre ambition, elle serait assez satisfaite si elle pouvait, en fin de compte, contribuer & mettre en évidence le fait littéraire suivant : à Rome, toute création a puisé sa subsdes Scipions, 2° &d., Paris, 1975, p- 166, où la noto 29 renvaie 1. Voir : P, Grimal, La Siècle (Zama) ou 207 (Le Métuuro), Ch. aux travaux de Bak et de Schutter, qui datent la piccon.de1,202 qui juge insatisfaisantes les da7, p. I, t. 1959, Paris, &d,, 4% Plaute, également ; A. Ernout, 201, tationa de Puettnor ot de Schworing, respectivement, 193 et 129 herr s tance vitale dans le sang de l'actualité qui l'a nourrie, C'est à ce propo a ameurruyon 187 » CL que nous ferons intervenir une page de l'histoire du pythagorisme & Rome. Mais revenons à notre datation. Elle peut paraître tardive, Et s de nos elle l'est, en effet, non seulement en regard des estimation la mort de sée suppo date In à rt prédécesseurs, mais aussi par rappo en sa ué invoq être dant de Plaute. Un premier argument peut cepen alement i génér faveur. I] réside tout entier dans la théorie, aujourd’hu d'importance admise, qui eroit que Plaute a accordé de plus en plustardi ve et plus à la musique. Cela revient à dire que plus une œuvre est en est la structure musicale, inserite dans le choix méme des métres,atera la On const forte. Que l'on se reporte A un conspectus metrorum?, hitryon une suprématie des canlica sur les diuerbia, qui fait de l'Ampcette œuvre pièce à structure essentiellement musicale, En ce sens, gne. témoi en e factur Sa appartient bien & une sorte de dernière manière. Er cette indication a du prix st du poids, du moins pour qui a une bonne fréquentation de l'œuvre de Plaute, er Un second argument, en tout état de cause, vient étuyer co promi par indice. Il réside dans la teneur expressive, et cependant négligée . tryon Amphi a sse les commentaires, des vers 702 à 705. Sosie s'adre s. Le texte est Il fait une allusion manifeste à l'affaire des Bacchanale clair : « Que veux-tu qu'on y fasse? Tu n'es pas au courant? Qui s'avise a la folle de contrarier une Bacchante en pleines Bacchanalesis, turendr ines, tu t'incl Mais plus folle encore. Elle cogne & tour de bras! on, le allusi ante t'en tires avec une seule volée! », Derrière cette plaisnous avons perdu publie de Plaute sentnit, M'instinet — un instinet dont oxterne 4u le secret — une allusion multiple : d'abord, une référence scandale naissant des Bacchanales; ensuite, une référence aux Bacévénement chides, du même Plaute, La relation entre cette œuvre et cet Bacchides des n a déjà été établie pur P. Lejay?. I} place la compositio court dans une période comprise entre 190 et 186. Ce faisant, il ne conscience cependant pas grand risque. En 190, Rome prend tout juste sans plus. le, possib du scandale des Bacchanales, comme d'un péril sang, sans de En 186, l'affaire trouve son dénouement, dans un bain doute peu nécessaire et dû au zèle et à la peur de deux consuls alarmistes. Tout nous porte done à penser que les Bacchides ont été compo sourire e faire sées en 189-188, à un moment où Plaute pouvait encornne ne nourrisperso le son publie au détriment d'une secte pour laquel en it scène deux sait d'inquiétude profonde, Et, de fait, sa pièce metta jolies filles, habiles séductricos, capables de recruter et d'entrainer chez >. Celui de l'édition Ernout, par exemple, ébid., p. 200-201. s avec 3. P. Lojay, Plaute, Paris, 1925, p. 5, Sur la relation flagrante du thème des Hacchide le scandalo des Bacchanales, of, le vera 53 des Hacchides, nev. dr, natia. 1082

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« AMPHITRYON 187 » elles tous les mâles représentants de la Cité romaine. Deux familles nous conduisent à penser que la représentation de l'Amphitryon u bien 130 | succombent ainsi à leurs charmes, l’esclave et le maître, les barbons eu lieu dans un théâtre digne de ce nom et qui ne pouvait être autre et les jouvenceaux. D'où le piquant de la scène finale. Tout lo monde, que le ¢ theatrum ad Aedem Apollinis ». masculin, se retrouve dans le lit des Bacchides. Quoi qu'il en soit, la référence double, aux Bacchanales et aux Bacchides, nous invite à estimer que l'Amphitryon est une œuvre postérieure, datable de 187. Une troisième remarque peut argumenter en faveur de la datation que nous proposons. Elle portera sur le vers 91 de l’Amphitryon. Dans ce vers, Mercure nous apprend que « l’an dernier, ici même, sur cette scène, Jupiter vint, quand les acteurs l’appelèrent à leur aide, et il leur porta secours », Observons, tout d’abord, l’allusion nette à un lieu de représentation usuel et qui a done été celui de la représentation de l’Amphüryon. On a trop longtemps prétendu que Rome n'avait jamais connu de théâtre fixe, avant la construction du théâtre de Pompée. On suit, aujourd'hui, que la Rome du second siècle possédait au moins un théâtre permanent, dont l'emplacement et les dimensions sont désormais des données établies et acceptées, ]] s'agissait, certes, d’un emplacement réservé au théâtre, plutôt que d’un théâtre définitif, un peu comme sur nos champs de foire où le grand cirque et les grands manèges retrouvent toujours leurs places respectives et habituelles. Ce « théâtre », provisoire, existait néanmoins, sans cesse remanié et repensé en fonction de l'actualité théâtrale, C'est là qu’eurent lieu les premiers essais de construction d’une scène en dur, projets inlassablement esquissés, et uussitôt remis en cause et ruinés, comme l'on sait. 1] n'empêche : c'est encore sur l'emplacement de ce théâtre sans nom — les Anciens ne le désignent que par une expression, « theatrum ad Aedem Apollinis » — que s'édifiera le célèbre, et définitif, Théâtre de Marcellus. Cet emplacement se trouvait au Champ de Mars, près du temple d’Apollon, comme son nom l'indique. L'édifice était, sans doute, occasionnellement remanié, mais toujours cependant soumis à des contingences multiples qui lui conservaient, en dépit des modifications apparentes, une structure permanente pour l'essentiel. Il était de vastes proportions. Le diamètre de cet hémicycle occupait environ cent mètres. On imagine la superficie de la scène qu'il mettait ainsi à la disposition des acteurs. Or, la mise en scène de l’Amphitryon nécessite un théâtre de grande importance. Dans ce même vers 91, il est fait mention d'un « proscenium ». Au vers 957, Jupiter déclare habiter ¢ in superiore cenaculo », Or, nous dit Mercure, c'est précisément sur cette même scène que l'an passé, on a joué une tragédie dans laquelle on a pu voir Jupiter venir au secours des acteurs, c'est-à-dire de l'action. De quelle tragédie peut-il s'agir? À vrai dire, dans l’état de nos connaissances, il est bien difficile de répondre à la question. On ne saurait citer fermement aucun titre : de fait, on ne voit guère de tragédie susceptible d'offrir au roi des dieux l’occasion d'une telle intervention secourable. Arrétons-nous cependant, un instant, sur les maigres indices dont nous disposons. Premier point : cette intervention divine n'est pas banale et doit correspondre à une nécessité de l’action. Deuxième point : cette action, pour être mentionnée dans le Prologue de l’Amphitryon, doit avoir, de près ou de Join, un rapport quelconque avec le sujet de PAmphitryon. Troisième point : pour que Pallusion ait un sens et de la présence auprès des spectateurs, il faut que la pièce ait été représentée de façon récente et que donc elle soit contemporaine des Bacchides, ce qui revient à dire que cette tragedie a été écrite en 188. En 188, à Rome, le poète tragique par excellence se nomme Ennius. La chronologie de son œuvre n'est guère aisée à établir. Par chance, cependant, il nous est permis de savoir qu'en cette année 188 Ennius s'est illustré par la composition d'un poème dramatique remarqué : Ambracia. Selon le témoignuge de Cicéron5, Fulvius Nobilior, le vainqueur d'Ambracie, avait eminené Ennius dans sa suite en Étolie. Cela se passuit en 189. L'année suivante, de retour à Rome, Ennius voulut chanter les hauts faits de son protecteur®, Il composa donc, en 188, ce poème dramatique, Ambracia?. Ne cherchons pas, dans l'immédiat, à savoir si cette œuvre avait un rapport quelconque avec Amphitryon. Nous reviendrons sur ce point. Tentons plutôt de trouver en quoi l'argument de cette Ambracia pouvait se prêter à l'intervention du roi des dieux, La solution nous est donnée par Tite-Live® : au matin d’Ambracie, Fulvius avait fait ce vœu à Jupiter de lui consacrer des Jeux si la victoire lui revenait, On imagine aisément le parti qu'un poète comme Ennius a pu tirer de cette intervention divine qu'il a dd rendre évidente sur la scène. En fuit, nous nous orientons vers la mise en évidence de cette idée : les deux œuvres, l'Ambracia d’Ennius et l'Amphipreuve que ce « proscenium » était surmonté d'un décor à colonnes, typique du théâtre latin. Quant aux spectateurs, selon l'expression de Mercure, au vers 68, ils sont installés dans Ja ¢ cauea ». Tous ces détails 4. Voir aur ce point : F. Coarelli, Guida arch. di Roma, Rome, 1974, p. 242. On remarquera, en pointilié, emplacement du Théâtre de Marcellus, qui eat vonu se superposer au + Thealrum ad Asdem Apollinis », 5. Arch., 27. 6. Sur les rapports entre Ennius et F. Nobilior, ef. Mario Marina, Ennio poeta cliens, quaderni Ist. Fil Class, Univer. Trieste, 11, Roma, 1979, p. 25 et sq. 7. C'est à Ribbeck que revient le mérite d'avoir rendu corps à cette tragédie oubliée, sur le témoignage de Nonius, ef. Valhen, Ennianae poesis rel., rééd,, Amsterdam, 1967, p- 188-189. Voir également : P. Grimal, op. cit., p. 200.

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© AMPUIYRYON 157 » 133 tryon de Pluute, sont deux œuvres de commande, qui ont beaucoup de points communs. D'abord la personnalité du commanditaire. Ensuite, la bataille que décrit Sosie devuit être rapprochée des fuits réels qui les intentions : chanter le vainqueur d’Ambracie, Comme nous allons le voir, la rencontre a bien eu lieu et elle est encore sensible pour nous, temps de concentrer notre attention sur ce rapprochement, On voudra dans les témoignages qui touchent Fulvius et Ambracie. bien admettre un préalable à cette étude : il serait vain et inutile de Considérons, plus attentivement qu'on ne l'a fait, la topographie mythique qui constitue le support de l’Amphitryon de Plaute. La campenser trouver, dans un récit écrit pour Ja scène, une relution compléte Nous avons, à plusiours reprises, luissò entendre qu'à notre avis ont été vécus par l’armée que conduisuit Fulvius à Ambracie. Il est et fidèle de l'événement. L'écriture théâtrale est, pur essence, ullusive. pague d’Amphitryon se déroule dans un lieu bien précis, et dont l’iden- Elle fait appel à la connaissance de faits largement diffusés auprès du tification est évidente. Les Téléboens, contre lesquels Amphitryon dirige ses armées, habitent, dans la géographie des mythes, la région public le plus vaste. Or, précisément, à Rome, le public théâtral est nord-ouest de la Grèce, l'Acarnanie et la Leucadie. Ambracie est préciadmise, quels sont done les points de convergence entre la tradition l'un des plus vastes que l'humanité ait jamais connus. Cette précaution sément la capitale de cette région, dans le mythe; tout comme dans la historique et la description plautinienne? Le récit de la bataille, tel réalité, elle deviendra l'une des places fortes maîtresses de la future que le présente Sosie 1%, et que Papprouve, à titre de témoin, Mercure 14, province d'Épire. On voit déjà, à travers ce détail, comment le mythe repose sur une ambiguïté, rarement soulignée. D’une part, Sosie parle se rapproche de la réalité et comment Amphitryon rejoint du même coup l'identité du vainqueur d'Ambracie, Fulvius. Pour l’interprétad'un siège : 4 expugnatum est oppidum »*5. Cette image est reprise16, tion du texte, la rencontre a sa valeur. Faute d’avoir fait co rapprochel'échec de négociations en terrain neutre, sous Jes remparts !?, suivies ment, les commentaires se sont perdus en conjectures sur des détails qu'ils ne pouvaient comprendre. Ainsi on a beaucoup épilogué sur le du vérituble affrontement, dans la pluine, qui s'étend Jargement sous Et d'autre part, contradictoirement, la victoire n'est acquise qu'après les remparts de la cité d’abord ussiégée18, On invoque Jupiter!®, La fameux « Port persique » qui pareourt l’œuvre. On s’est demandé, à juste titre, co que venait faire la Perse dans cette affaire, Démarches cavalerie fait une intervention décisive 29, inutiles. Souvent malveillantes à l'égard de Plaute, dont elles mésestiment le génie. Parfois imprudentes : l'explication qu’elles proposent même ambiguïté : un siège, infructueux, suivi de négociations et de la à cette « invraisemblance » est, selon elles, à rechercher dans le prétendu lybe donne la parole aux Epirotes. Ils invitent Fulvius à marcher « modèle » que Plaute aurait adapté sans bien comprendre ce qu'il faisait! Allons, il suffit : le génie de Plaute ne serait pas parvenu jusne font prouve d'aucune offensive, Ambracie peut être ussiégév; dans Nous retrouvons, chez Polybe et Tite-Live, les éléments de la lutte finale en terrain découvert qui voit la défaite d'Ambracie. Pocontre Ambracie, en présentant ces deux arguments : si les Étoliens qu'à nous s’il n'avait produit qu'une œuvre subalterne, tout juste digne d’un copiste &tourdi. La vérité est plus simple et plus grande. le cas contraire, la ville est proche do terrains découverts, propices Au temps de Plaute, au temps de Fulvius, personne n’ignorait qu'Amd'Ambracie présente deux facilités pour l'attaquant, e siue apertos bracie était située sur la rive d’un fleuve navigable 9, l’Arethon, qui se jetait dans le golfe d’Ambracie. Personne n’ignorait encore qu'Amcampos ad dimicandum », « siue oppugnationem ». Ainsi, ces deux hisau déploiement de la légion*!, Méme opinion chez Tite-Live* : la ville toriens éclairent d'un jour singulier le récit de Sosie et nous permettent bracie avait été, dans le temps fabuleux des mythes les plus purs, de comprendre comment la ville a pu être prise, après un siège suivi Je théâtre des exploits d’Amphitryon, le petit fils de Persée. La réféd'une bataille rangée dans la plaine voisine. rence s’imposait. Par ailleurs, un autre fait mythologique raccordait parfuitement Ambracie au contenu mythologique de la pièce de Plaute : le récit de Sosie et la relation de ces historiens, des différences flagrantes. Hercule, croyait-on, avait été roi d'Ambracie, aprés que le berger Cragalée l'eut élu, au détriment d’Apollon et d’Artémis!!, Cette tradition fut vivante à Rome, comme le montrent encore très postérieurement les Métamorphoses néopythagoriciennes du poète Ovide!?, Comme on pouvait naturellement s'y attendre, il existe, entre Le point de vue de Plaute n’est pas identique. Chez lui, l'objectif fonda13. Vers 204 et sq. 14. Vers 265 et 249. 15. Vers 191. 16. Vers 413 et 745-756. U. Vers 404, 412, 823, 17. Vers 204 et 215, 18. Vers 216 et aq. 10, Tite-Live, 38, 3, 11, ot Polybo, 21, 26. 19. Vers 229. 11, CL P. Grimal, Dict, Myth., 5° éd., Paris, 1976, p. 101 a. 12. Ovide, Md., XIII, 714. 20. Vers 244. 21. 21, 26 et sq. 22. 38, 3, 10.

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« AMPHITRYON 187 » mental consiste à mettre en vedette le vainqueur d'Ambracie que reœuvre architecturale et de deux œuvres littéraires, supposo do sa part présente le personnage d’Amphitryon, au risque de prendre de sérieuses une justification plus haute, une idéologie ou du moins l'appartenance libertés, non seulement par rapport à l’histoire, mais aussi par rapport à une communauté de pensée. La clef nous est donnée par la conviction à la mythologie. C'est ainsi que nous voyons Amphitryon tuer son rival, bien attestée de Fulvius dans l’enseignement pythagoricien. La pré- 135 Ptérélas, de sa propre muin*, version peu conformo à ce que nous sence d’Ennius dans la suite de Fulvius west pas un hasard, non plus enseigne la tradition mythologique*. Nous interpréterons cela comme que la rédaction de cette Ambracia, dont nous uvons déjà parlé. Ce un trait d’höroisation du vainqueur d’Ambracie qui nous confirme dans n'est qu’un indice, mais cela suflit pour nous porter à croire en la sinnotre thèse : les intentions laudatives de Plaute ne peuvent avoir un cérité de la foi pythagoricienne de Fulvius, dans une période où appasens que si elles s'adressent, par-delà la fable, à Fulvius Nobilior. raît à Rome une grande renaissance du mouvement des idées jadis en- Ce que nous connaissons de la personnalité de Fulvius renforce seignées par le Maître de Crotone. Le point culminant do ce renouveau nos convictions. Le parallèle a quelques raisons d’être. Nous avons déjà est marqué, comme on le sait, par la redécouverte, vraie ou supposée, rappelé ce que fut sa campagne de 189, la prise d’Ambracie, le retour plus signifianto encore si elle n'est que supposée, des Livres Pythagod’Ennius, en 188, et la composition de son Ambracia. En 187, Fulvius riciens de Numa. Un geste de Fulvius est, plus que toute autre démonsrentre à Rome. Il demande au Sénat l'honneur du triomphe, Le Sénat tration, explicite : lors de l'inauguration de ce Temple d’Hercule et des se réunit au Champ de Mars, dans le Une opposition ferme se manifeste*6, nple d’Apollon. On discute. Fulvius fait alors valoir un argu- Muses, dont il était le fondateur et l'architecte, Fulvius voulut y déposer solennellement ces Fastes qu'il avait composés © et dont l’apparment décisif : il a fait vœu de remercier Jupiter. Ce vœu, il Pa déjà tenance à la tradition pythagoricienne est évidente, comme elle est concrétisé, de longue main, en faisant entreprendre la construction du encore perceptible dans l’œuvre d’Ovide. Temple d’Hercule aux Muses, tout près du temple d'Apollon*S, Le Nous aimerions pouvoir développer ce point de vue. Il nous éloitriomphe lui fut accordé, et l'inauguration du Temple d’Hercule Musagnerait de notre présent propos, qui a besoin d'autres justifications. gète eut lieu au cours des cérémonies triomphales??. Ainsi culminait Et d’abord, d'une réflexion sur la symbolique de l'association d'Herune carrière fondée sur la mythe d'Hercule, auquel la victoire d’Amcule et des Muses. La signification de cette analogie cultuelle remonte bracie avait apporté un couronnement. Tout nous porte à croire que au plus pur enseignement pythagoricien. Dans la « ville sainte » du pyl'Amphitryon de Plaute, dont le thème central concernait la naissance thagorisme, Crotone, un culte conjoint d’Hercule et des Muses était d’Hercule, a été, comme l’Ambracia d’Ennius, une utile contribution déjà pratiqué du vivant même du Maitre #1, Et la sincérité des convicà la glorification du vainqueur d'Ambracie. S'il en a été ainsi que nous tions pythagoriciennes de Fulvius ne fuit aucun doute, si l'on veut le supposons, on peut imaginer la richesse de décoration que connut bien se rappeler encore le fait suivant : le roi très pythagoricien Numa ce jour de janvier 187 la frons scenae du Theatrum ad Aedem Apollinis. avait fait construire, en l'honneur des Caménes, un édicule de bronze. Selon la coutume romaine, en effet, Fulvius avait dQ y faire exposer Cet ouvrage avait été frappé par la foudre et on lui avait donné asile les statues qu'il avait ramenées de Grèce. Riche butin, et somptueux dans le Temple d’Honos et de Virtus. Fulvius installa dans le Temple décor, en vérité, que ces 785 statues de bronze et ces 230 statues de d'Hercule et des Muses, pour souligner ainsi clairement l'association marbre*#, Voilà qui nous aiderait utilement à comprendre ce vers 29 romaine des Caménes aux Muses. Et d’ailleurs, pour bien préciser ses où Mercure qualifie Jupiter de regnator et architectus. intentions, Fulvius avait fait ériger une statue d'Hercule jouant de la Mais, nous le reconnaissons, l’attitude de Fulvius n’aurait guère de sens, si elle n'était que l’histoire événementielle que nous venons de retracer. L'action de lyre, qu'entourait, toujours dans ce même temple, un groupe de Muses, autre œuvre qu’il avait rapportée de sa campagne en Grèce Fulvius, déterminante pour la création d'une 30: Macrobe, Sat., 1, 12, . Selon la tradition, Ptérélas meurt victime de sa fille, Amphitryon, coupe lo cheveu d'or de son pére et provoque 9, Comactho, qui, par amour pour Ja mort. d'Herculo et de la célébration du Triomphe, ef. 71-279. 1, XXV, 1 et 2. Tite-Live, 39, 5, |. Vera 45. Rome, 1972, p particulier p. 241 et la référence à Jamblique, V. P., 45-57. On pourra aussi consulter : A. Piganiol, La conquête rom., Paris, 1967, p. 405. Sur Fulvius, la fondation du Temple d'Hercule Musagète et le pythagorisme contemporain, on relira utilement P. Grimal, 4. ta . Florus, 16. Voir P. Boyancé, Fulviua Nobilior et le Dieu Inéffable, Études sur ta Religion romaine, Vers P. Grimal, Le Siècle des Le Siècle des Scipions, op. eit., p. arguments et les rélérences contenus dans 277 et 278. (Nous n'avons pas jugé nécessaire de reprendre les matérielles de notre exposé : il doit l'étude do P. Boyancé, pour ne pas dépasser les limites done être bien entendu que la connaissance de cette étude fondamentale constitue un préalable 32. CL. Pline, H. N., 35, 66, et G. indispensable à la compréhension de notre présent essai), Charles- , Home et les villes d' Italie, Paris, 1978, y. 49.

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4 AMPMITHYON 15/ » 194 Nous voici done parfaitement autorisé A aflirmer que ce culte parle et il parle encore®*! 11 y a là uno chasteté ot uno rotenuo bien d'Hercule et des Muses a eu pour conséquences pratiques la naissance peu habituelles chez Plaute. Il est vraiment dillicile d'imaginer, avec de ces œuvres de foi pythagoriciennes : la construction du Temple du l'ensemble des critiques, que cette modération soit le seul effet du choix Champ de Mars? du sujet. Le rire de Plauto en aurait décidé autrement, s'il n'avait été et la commande de deux œuvres littéraires originales, l'Ambracia d’Ennius et l'Amphitryon de Plauto. contenu par d'autres motivations. Or, le ridicule d'Amphitryon n'au- Que l'Amphitryon soit œuvre originule, et mème énigmatique, le Prologue suffit à le montrer. rait pu s'exercer qu'au détriment de son correspondant r&ul : lulvius, Non sans quelque malaise, Mercure, De plus, dans l'éthique pythagoricienno, les pluisirs de l'umour sont d'entrée de jeu, nous dit que la pièce va hésiter, entre l'ombre et la choses de peu d'intérêt, On leur préfère les vertus d’abstinence et de lumière, entre la comédie et la tragédie, entre l'être et le paraître. pureté, dont le maitre de Crotone avait donné l’exemple, par son ensei- Laissons présentement de côté ces considérations qui demanderaient gnement du moins. On connaît son point de vue sur Ja question : « Voici de trop longs développements littéraires. Attachons-nous plutôt au en quels termes il parle des plaisirs de l'amour. Il faut s'y adonner en fait le plus évident, et qui importe davantage au sens “de notre présent hiver et non pas en été, et très modérément au printemps et en automne; entretien ; la participation du fantastique. Comme Dom Juan, Amphic'est d'ailleurs en tonte saison pénible et mauvais pour la santé. Mieux tryon accueille dans son dénouement l'existence encore, comme on lui demandait quand il fallait faire l'amour, il rédu surnaturel. Le passage, ici, de la réalité à la fiction, s'opère au moyen d'un élément pondit : quand on veut s’affaiblir 3, spécifique et lourd de symbole : la foudre. Elle frappe Amphitryon pour lui révéler Je sens des choses suprêmes et cotto vérité correspond risme sur le traitement du mythe d’Amphitryon par Plaute, Elle se Laissons cela. Il existe une plus évidente empreinte du pythagoaussi à l'expression de lu vérité de l'œuvre. Nous entendons par là, mesure dans le jeu contradictoire du double, de I selon l'enseignement de Pierre Albouy, que chaque œuvre littéraire chevé, du parfait et de l'imparfait. C'est essentiellement ce qu'enseirepose sur une vérité mythique, dont les racines vont puiser leur subsgnait Pythagore sous le symbole de la monade et de la dyudo?% Nous tance profonde dans un ensemble complexe, tissé des intentions et des avons, naguère, déjà tenté de mettre en évidence, dans l'œuvre de convictions de l'auteur. La vérité que découvre Amphitryon et qui illumine toute l'œuvre est d'essence pythagoricionne. Loin de tuer, ou si Pon préfère de la nature double qui habite tout être #7, Nous avons la foudre manifeste la force éclairante de la divinité et montre l'accord souligné l'importance de cette quête de la pure identité et indiqué lo de l'homme et de la nature, l'harmonie de l'humain et du divin dans rôle que jouent ainsi dans cette œuvre les jumeaux, vrais ou feints, la création. Souvenons-nous que la foudre avait frappé les Cumènes de et la recherche inlassable de cette vérité dont la réalité ne connuît plus Numa, et nous comprendrons l'influence de Fulvius sur l’Amphitryon que la moitié, Jamuis ce thème de la gémellité, propre à tout homme, de Plaute. n'aura autant été présent que dans Amphitryon, qui consacre le triomphe Le traitement pythagoricien du mythe est sensible à plusieurs uvé ot de l'inu- Plaute, cette préoccupation permanente de la recherche du double, du double, C’est ainsi que l’on voit la perfection de Jupiter en face de degrés. Il apparaît, tout d'abord, dans la présentation et la conception l'imperfection d’Amphitryon, et de même l'opposition d'Héruclès et du personnage d’Amphitryon. Plaute nous invite à suivre le chemined'Iphiclès. L'idée qui a donné naissance à l'invention du p sonnage de ment d'une âme vers l’héroisation. Nous sommes, en effet, très loin du Sosie est issue de cette méme conception pythagor il fallait un fait divers et de l'exploitation facile de la situation, On imagine bien double, en regard du personnage de Mercure, On observera encore que tout le parti que Plaute aurait pu tirer, en d’autres circonstances, du la réalité elle-même est soumise à ce jeu du dédoublement. La coupe du thème commode du mari cocu. roi Ptérélas, seul détail D'autant qu'il s’agit d’un militaire, concret qui puisse garantir Punicité spécifique triomphant, regagnant ses foyers. Remarquons, à l'opposé, la retedes choses et des êtres, bascule elle aussi dans l'incertitude. Ce qui nue du ton. La grivoiserie et la gaudriole sont délibérément évartées devait être une preuve de la réalité simple, atteste au contraire Pexisdu sujet. Plus surprenante encore, dans ce genre d'action, est P'abtence d'une réalité parallèle, qui n'est sensible qu'aux seuls initiés. sence de Ja sensualité. Rien, dans le récit de Mercure, ou dans les propos Tel est le sens de la démarche d’Amphitryon et telle la leçon de la pièce. de Jupiter, ne laisse pressentir des délices infinies : Mercure ne nous montre Jupiter aux côtés d'Alemène que comme un amant divert. Il 34. Vers 133-136. 35. Diogine Lae tal, voir, pur exemple: 1. Gos 36, Sur l'essence tation du Temple d'Heroule, nous écurterons l'hypothèse do P. Duyancé, op. cit., p. 263 (170). Cotte proposition n'est retenue par aucun des hiatorien de la période concornée bey, Pythagore, Paris, 1973, 47, Voir notre Plauto dana Plaute, Vita Latina, 77, 1980, p. 22.

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ANDHÉ ANCKLLASCHI. — 4 ampurtnyon 187 » A travers les épreuves qui lui sont imposées, Amphitryon va connaître une forme d'héroisation, jusqu'à la révélation de la scéne finale, Alors Jupiter peut apparaître clairement comme lo dieu des pythagoricions qui conseille à Amphitryon de laisser là devins et haruspices®®, Dans la foi pythagoricienne, il n'est en effet nul besoin de ces intermédiaires dont Tirésias est le représentant. Tout se joue dans la relation directe avec la divinité et la quête personnelle de la vérité, sous l'égide d'un « maître ». Ainsi, pour nous du moins, l’Amphitryon de Plaute est une œuvre profondément marquée par l'influence pythagoricienne qui s'est exercée sur Plaute par l'entremise de Fulvius Nobilior, La pièce en témoigne par sa forme et son fond, Et elle nous place devant ce problème, sans doute, délicat : savoir si cotte tentative est unique ou si, par ailleurs, cette même influence s'est fait sentir sur l'œuvre entière de Plaute? 34, Vers 1133, ARCELLASCHI A., Amphitryon 187 ou Influences pythagoriciennes sur l'Ampnitryon de Plaute : REL LX 1982 128-138. | Dans le récit de la bataille fait par Sosie, | des détails parodiques qui font référence à la victoire d'Ambracie, permeltent de retenir comme vraisemblable pour cette comédie la date de 187. On peut, des lors, | qui ont présidé à l'édification du temple d’Hercule | mettre en parallèle les inic: aux Muses et celles qui ou wispiré la commande de cette pièce dédiée au mythe d' Hercule, cher aux pythagoriciens.