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w a2
IV
AMPHITRYON 187, OU : INFLUENCES PYTHAGORICIENNES
SUR L'AMPHITRYON DE PLAUTE
pan Anpné AnRCELLASCHI
Mattre-assistunt à la Faculté des Lettres d'Orléans
Sommaine, — Par sa structure métrique et le contenu de certaines allusions, Amphitryon appartient à la dernière production de Plaute, L'observation, dans la récit de la bataille que fuit Sosie, de détails porodigues qui font
référence à la victoire d'Ambracie, conduit à retenir comme vraisemblable la
date de 187. Cette année fut marquée par le Triomphe de Fulvius Nobilior,
général victorieux, après Amphitryon, des habitants de cette même région. On
peut, dès lors, mettre en parallèle les intentions qui ont présidé à l'édification
du Temple d'Hercule aux Muses (inauguré en 187) et celles qui ont inspiré
la commande de cette pièce également dédiée à ce mythe d'Hercule si cher aux
pythagoriciens.
Sur la datation et la signification de l'Amphitryon de Plaute, diverses hypothèses ont été formulées. Elles sont sullisamment connues,
pour que nous n'ayons pas à les présenter ici. D'autant que la critique
ne leur accorde qu'un crédit nuancé. De leurs différences comparées,
on peut cependant retenir un point de méthode convergent : l'essentiel
de leur argumentation se fonde sur l'identification de la batuille et de
la victoire romaines que l'Amphitryon célèbre, par l'entremise de Sosie
et la relation bien connue des exploits de son maitre’.
Notre propos ne différera guère de celui de nos prédécesseurs;
à cette réserve près : nous entendons démontrer que la composition de
l'Amphitryon est à mettre en rapport avec la victoire d’Ambracie, que
remporta Fulvius Nobilior, en 189, et qui inspira Plaute, au point de
lui fournir l'argument de son Amphitryon, créé, dans les circonstances
que nous préciserons, en janvier 187, Notre méthode sera simple :
elle s’efforcern de faire d'Ambracie un lieu commun, l'unique théâtre
où le destin de Fulvius Nobilior a pu rencontrer le mythe d'Amphitryon et celui d’Hercule. Quant à notre ambition, elle serait assez
satisfaite si elle pouvait, en fin de compte, contribuer & mettre en évidence le fait littéraire suivant : à Rome, toute création a puisé sa subsdes Scipions, 2° &d., Paris, 1975, p- 166, où la noto 29 renvaie
1. Voir : P, Grimal, La Siècle
(Zama) ou 207 (Le Métuuro), Ch.
aux travaux de Bak et de Schutter, qui datent la piccon.de1,202
qui juge insatisfaisantes les da7,
p.
I,
t.
1959,
Paris,
&d,,
4%
Plaute,
également ; A. Ernout,
201,
tationa de Puettnor ot de Schworing, respectivement, 193 et
129
herr
s
tance vitale dans le sang de l'actualité qui l'a nourrie, C'est à ce propo
a ameurruyon 187 »
CL
que nous ferons intervenir une page de l'histoire du pythagorisme
& Rome.
Mais revenons à notre datation. Elle peut paraître tardive, Et
s de nos
elle l'est, en effet, non seulement en regard des estimation
la mort
de
sée
suppo
date
In
à
rt
prédécesseurs, mais aussi par rappo
en sa
ué
invoq
être
dant
de Plaute. Un premier argument peut cepen
alement
i génér
faveur. I] réside tout entier dans la théorie, aujourd’hu
d'importance
admise, qui eroit que Plaute a accordé de plus en plustardi
ve et plus
à la musique. Cela revient à dire que plus une œuvre est
en est
la structure musicale, inserite dans le choix méme des métres,atera la
On const
forte. Que l'on se reporte A un conspectus metrorum?,
hitryon une
suprématie des canlica sur les diuerbia, qui fait de l'Ampcette
œuvre
pièce à structure essentiellement musicale, En ce sens,
gne.
témoi
en
e
factur
Sa
appartient bien & une sorte de dernière manière.
Er cette indication a du prix st du poids, du moins pour qui a une
bonne fréquentation de l'œuvre de Plaute,
er
Un second argument, en tout état de cause, vient étuyer co promi
par
indice. Il réside dans la teneur expressive, et cependant négligée
.
tryon
Amphi
a
sse
les commentaires, des vers 702 à 705. Sosie s'adre s. Le texte est
Il fait une allusion manifeste à l'affaire des Bacchanale
clair : « Que veux-tu qu'on y fasse? Tu n'es pas au courant? Qui s'avise
a la folle
de contrarier une Bacchante en pleines Bacchanalesis, turendr
ines, tu
t'incl
Mais
plus folle encore. Elle cogne & tour de bras!
on, le
allusi
ante
t'en tires avec une seule volée! », Derrière cette plaisnous avons perdu
publie de Plaute sentnit, M'instinet — un instinet dont
oxterne 4u
le secret — une allusion multiple : d'abord, une référence
scandale naissant des Bacchanales; ensuite, une référence aux Bacévénement
chides, du même Plaute, La relation entre cette œuvre et cet
Bacchides
des
n
a déjà été établie pur P. Lejay?. I} place la compositio
court
dans une période comprise entre 190 et 186. Ce faisant, il ne
conscience
cependant pas grand risque. En 190, Rome prend tout juste
sans plus.
le,
possib
du scandale des Bacchanales, comme d'un péril
sang, sans
de
En 186, l'affaire trouve son dénouement, dans un bain
doute peu nécessaire et dû au zèle et à la peur de deux consuls alarmistes. Tout nous porte done à penser que les Bacchides ont été compo
sourire
e faire
sées en 189-188, à un moment où Plaute pouvait encornne
ne nourrisperso
le
son publie au détriment d'une secte pour laquel
en
it scène deux
sait d'inquiétude profonde, Et, de fait, sa pièce metta
jolies filles, habiles séductricos, capables de recruter et d'entrainer chez
>. Celui de l'édition Ernout, par exemple, ébid., p. 200-201.
s avec
3. P. Lojay, Plaute, Paris, 1925, p. 5, Sur la relation flagrante du thème des Hacchide
le scandalo des Bacchanales, of, le vera 53 des Hacchides,
nev. dr, natia. 1082
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elles tous les mâles représentants de la Cité romaine. Deux familles
nous conduisent à penser que la représentation de l'Amphitryon u bien
130
|
succombent ainsi à leurs charmes, l’esclave et le maître, les barbons
eu lieu dans un théâtre digne de ce nom et qui ne pouvait être autre
et les jouvenceaux. D'où le piquant de la scène finale. Tout lo monde,
que le ¢ theatrum ad Aedem Apollinis ».
masculin, se retrouve dans le lit des Bacchides. Quoi qu'il en soit, la
référence double, aux Bacchanales et aux Bacchides, nous invite à
estimer que l'Amphitryon est une œuvre postérieure, datable de 187.
Une troisième remarque peut argumenter en faveur de la datation
que nous proposons. Elle portera sur le vers 91 de l’Amphitryon. Dans
ce vers, Mercure nous apprend que « l’an dernier, ici même, sur cette
scène, Jupiter vint, quand les acteurs l’appelèrent à leur aide, et il leur
porta secours », Observons, tout d’abord, l’allusion nette à un lieu de
représentation usuel et qui a done été celui de la représentation de
l’Amphüryon. On a trop longtemps prétendu que Rome n'avait jamais
connu de théâtre fixe, avant la construction du théâtre de Pompée.
On suit, aujourd'hui, que la Rome du second siècle possédait au moins
un théâtre permanent, dont l'emplacement et les dimensions sont désormais des données établies et acceptées, ]] s'agissait, certes, d’un
emplacement réservé au théâtre, plutôt que d’un théâtre définitif, un peu
comme sur nos champs de foire où le grand cirque et les grands manèges
retrouvent toujours leurs places respectives et habituelles. Ce « théâtre »,
provisoire, existait néanmoins, sans cesse remanié et repensé en fonction de l'actualité théâtrale, C'est là qu’eurent lieu les premiers essais
de construction d’une scène en dur, projets inlassablement esquissés,
et uussitôt remis en cause et ruinés, comme l'on sait. 1] n'empêche :
c'est encore sur l'emplacement de ce théâtre sans nom — les Anciens
ne le désignent que par une expression, « theatrum ad Aedem Apollinis »
— que s'édifiera le célèbre, et définitif, Théâtre de Marcellus. Cet emplacement se trouvait au Champ de Mars, près du temple d’Apollon,
comme son nom l'indique. L'édifice était, sans doute, occasionnellement remanié, mais toujours cependant soumis à des contingences
multiples qui lui conservaient, en dépit des modifications apparentes,
une structure permanente pour l'essentiel. Il était de vastes proportions.
Le diamètre de cet hémicycle occupait environ cent mètres. On imagine
la superficie de la scène qu'il mettait ainsi à la disposition des acteurs.
Or, la mise en scène de l’Amphitryon nécessite un théâtre de grande
importance. Dans ce même vers 91, il est fait mention d'un « proscenium ». Au vers 957, Jupiter déclare habiter ¢ in superiore cenaculo »,
Or, nous dit Mercure, c'est précisément sur cette même scène que
l'an passé, on a joué une tragédie dans laquelle on a pu voir Jupiter
venir au secours des acteurs, c'est-à-dire de l'action. De quelle tragédie
peut-il s'agir? À vrai dire, dans l’état de nos connaissances, il est bien
difficile de répondre à la question. On ne saurait citer fermement aucun
titre : de fait, on ne voit guère de tragédie susceptible d'offrir au roi
des dieux l’occasion d'une telle intervention secourable. Arrétons-nous
cependant, un instant, sur les maigres indices dont nous disposons.
Premier point : cette intervention divine n'est pas banale et doit correspondre à une nécessité de l’action. Deuxième point : cette action,
pour être mentionnée dans le Prologue de l’Amphitryon, doit avoir,
de près ou de Join, un rapport quelconque avec le sujet de PAmphitryon. Troisième point : pour que Pallusion ait un sens et de la présence
auprès des spectateurs, il faut que la pièce ait été représentée de façon
récente et que donc elle soit contemporaine des Bacchides, ce qui revient à dire que cette tragedie a été écrite en 188.
En 188, à Rome, le poète tragique par excellence se nomme Ennius.
La chronologie de son œuvre n'est guère aisée à établir. Par chance,
cependant, il nous est permis de savoir qu'en cette année 188 Ennius
s'est illustré par la composition d'un poème dramatique remarqué :
Ambracia. Selon le témoignuge de Cicéron5, Fulvius Nobilior, le vainqueur d'Ambracie, avait eminené Ennius dans sa suite en Étolie. Cela
se passuit en 189. L'année suivante, de retour à Rome, Ennius voulut
chanter les hauts faits de son protecteur®, Il composa donc, en 188,
ce poème dramatique, Ambracia?. Ne cherchons pas, dans l'immédiat,
à savoir si cette œuvre avait un rapport quelconque avec Amphitryon.
Nous reviendrons sur ce point. Tentons plutôt de trouver en quoi
l'argument de cette Ambracia pouvait se prêter à l'intervention du roi
des dieux, La solution nous est donnée par Tite-Live® : au matin d’Ambracie, Fulvius avait fait ce vœu à Jupiter de lui consacrer des Jeux
si la victoire lui revenait, On imagine aisément le parti qu'un poète
comme Ennius a pu tirer de cette intervention divine qu'il a dd rendre
évidente sur la scène. En fuit, nous nous orientons vers la mise en évidence de cette idée : les deux œuvres, l'Ambracia d’Ennius et l'Amphipreuve que ce « proscenium » était surmonté d'un décor à colonnes,
typique du théâtre latin. Quant aux spectateurs, selon l'expression de
Mercure, au vers 68, ils sont installés dans Ja ¢ cauea ». Tous ces détails
4. Voir aur ce point
: F. Coarelli, Guida arch. di Roma, Rome, 1974, p. 242. On remarquera,
en pointilié, emplacement du Théâtre de Marcellus, qui eat vonu se superposer au + Thealrum
ad Asdem Apollinis »,
5. Arch., 27.
6. Sur les rapports entre Ennius et F. Nobilior, ef. Mario Marina, Ennio poeta cliens, quaderni Ist. Fil Class, Univer. Trieste, 11, Roma, 1979, p. 25 et sq.
7. C'est à Ribbeck que revient le mérite d'avoir rendu corps à cette tragédie oubliée, sur le
témoignage de Nonius, ef. Valhen, Ennianae poesis rel., rééd,, Amsterdam, 1967, p- 188-189. Voir
également : P. Grimal, op. cit., p. 200.
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157 »
133
tryon de Pluute, sont deux œuvres de commande, qui ont beaucoup de
points communs. D'abord la personnalité du commanditaire. Ensuite,
la bataille que décrit Sosie devuit être rapprochée des fuits réels qui
les intentions : chanter le vainqueur d’Ambracie, Comme nous allons
le voir, la rencontre a bien eu lieu et elle est encore sensible pour nous,
temps de concentrer notre attention sur ce rapprochement, On voudra
dans les témoignages qui touchent Fulvius et Ambracie.
bien admettre un préalable à cette étude : il serait vain et inutile de
Considérons, plus attentivement qu'on ne l'a fait, la topographie
mythique qui constitue le support de l’Amphitryon de Plaute. La campenser trouver, dans un récit écrit pour Ja scène, une relution compléte
Nous avons, à plusiours reprises, luissò entendre qu'à notre avis
ont été vécus par l’armée que conduisuit Fulvius à Ambracie. Il est
et fidèle de l'événement. L'écriture théâtrale est, pur essence, ullusive.
pague d’Amphitryon se déroule dans un lieu bien précis, et dont l’iden-
Elle fait appel à la connaissance de faits largement diffusés auprès du
tification est évidente. Les Téléboens, contre lesquels Amphitryon
dirige ses armées, habitent, dans la géographie des mythes, la région
public le plus vaste. Or, précisément, à Rome, le public théâtral est
nord-ouest de la Grèce, l'Acarnanie et la Leucadie. Ambracie est préciadmise, quels sont done les points de convergence entre la tradition
l'un des plus vastes que l'humanité ait jamais connus. Cette précaution
sément la capitale de cette région, dans le mythe; tout comme dans la
historique et la description plautinienne? Le récit de la bataille, tel
réalité, elle deviendra l'une des places fortes maîtresses de la future
que le présente Sosie 1%, et que Papprouve, à titre de témoin, Mercure
14,
province d'Épire. On voit déjà, à travers ce détail, comment le mythe
repose sur une ambiguïté, rarement soulignée. D’une part, Sosie parle
se rapproche de la réalité et comment Amphitryon rejoint du même
coup l'identité du vainqueur d'Ambracie, Fulvius. Pour l’interprétad'un siège : 4 expugnatum est oppidum »*5. Cette image est reprise16,
tion du texte, la rencontre a sa valeur. Faute d’avoir fait co rapprochel'échec de négociations en terrain neutre, sous Jes remparts
!?, suivies
ment, les commentaires se sont perdus en conjectures sur des détails
qu'ils ne pouvaient comprendre. Ainsi on a beaucoup épilogué sur le
du vérituble affrontement, dans la pluine, qui s'étend Jargement sous
Et d'autre part, contradictoirement, la victoire n'est acquise qu'après
les remparts de la cité d’abord ussiégée18, On invoque Jupiter!®, La
fameux « Port persique » qui pareourt l’œuvre. On s’est demandé, à
juste titre, co que venait faire la Perse dans cette affaire, Démarches
cavalerie fait une intervention décisive 29,
inutiles. Souvent malveillantes à l'égard de Plaute, dont elles mésestiment le génie. Parfois imprudentes : l'explication qu’elles proposent
même ambiguïté : un siège, infructueux, suivi de négociations et de la
à cette « invraisemblance » est, selon elles, à rechercher dans le prétendu
lybe donne la parole aux Epirotes. Ils invitent Fulvius à marcher
« modèle » que Plaute aurait adapté sans bien comprendre ce qu'il
faisait! Allons, il suffit : le génie de Plaute ne serait pas parvenu jusne font prouve d'aucune offensive, Ambracie peut être ussiégév; dans
Nous retrouvons, chez Polybe et Tite-Live, les éléments de la
lutte finale en terrain découvert qui voit la défaite d'Ambracie. Pocontre Ambracie, en présentant ces deux arguments : si les Étoliens
qu'à nous s’il n'avait produit qu'une œuvre subalterne, tout juste
digne d’un copiste &tourdi. La vérité est plus simple et plus grande.
le cas contraire, la ville est proche do terrains découverts, propices
Au temps de Plaute, au temps de Fulvius, personne n’ignorait qu'Amd'Ambracie présente deux facilités pour l'attaquant, e siue apertos
bracie était située sur la rive d’un fleuve navigable
9, l’Arethon, qui se
jetait dans le golfe d’Ambracie. Personne n’ignorait encore qu'Amcampos ad dimicandum », « siue oppugnationem ». Ainsi, ces deux hisau déploiement de la légion*!, Méme opinion chez Tite-Live* : la ville
toriens éclairent d'un jour singulier le récit de Sosie et nous permettent
bracie avait été, dans le temps fabuleux des mythes les plus purs,
de comprendre comment la ville a pu être prise, après un siège suivi
Je théâtre des exploits d’Amphitryon, le petit fils de Persée. La réféd'une bataille rangée dans la plaine voisine.
rence s’imposait. Par ailleurs, un autre fait mythologique raccordait
parfuitement Ambracie au contenu mythologique de la pièce de Plaute :
le récit de Sosie et la relation de ces historiens, des différences flagrantes.
Hercule, croyait-on, avait été roi d'Ambracie, aprés que le berger
Cragalée l'eut élu, au détriment d’Apollon et d’Artémis!!, Cette tradition fut vivante à Rome, comme le montrent encore très postérieurement les Métamorphoses néopythagoriciennes du poète Ovide!?,
Comme on pouvait naturellement s'y attendre, il existe, entre
Le point de vue de Plaute n’est pas identique. Chez lui, l'objectif fonda13. Vers 204 et sq.
14. Vers 265 et 249.
15. Vers 191.
16. Vers 413 et 745-756.
U. Vers 404, 412, 823,
17. Vers 204 et 215,
18. Vers 216 et aq.
10, Tite-Live, 38, 3, 11, ot Polybo, 21, 26.
19. Vers 229.
11, CL P. Grimal, Dict, Myth., 5° éd., Paris, 1976, p. 101 a.
12. Ovide, Md., XIII, 714.
20. Vers 244.
21. 21, 26 et sq.
22. 38, 3, 10.
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mental consiste à mettre en vedette le vainqueur d'Ambracie que reœuvre architecturale et de deux œuvres littéraires, supposo do sa part
présente le personnage d’Amphitryon, au risque de prendre de sérieuses
une justification plus haute, une idéologie ou du moins l'appartenance
libertés, non seulement par rapport à l’histoire, mais aussi par rapport
à une communauté de pensée. La clef nous est donnée par la conviction
à la mythologie. C'est ainsi que nous voyons Amphitryon tuer son rival,
bien attestée de Fulvius dans l’enseignement pythagoricien. La pré-
135
Ptérélas, de sa propre muin*, version peu conformo à ce que nous
sence d’Ennius dans la suite de Fulvius west pas un hasard, non plus
enseigne la tradition mythologique*. Nous interpréterons cela comme
que la rédaction de cette Ambracia, dont nous uvons déjà parlé. Ce
un trait d’höroisation du vainqueur d’Ambracie qui nous confirme dans
n'est qu’un indice, mais cela suflit pour nous porter à croire en la sinnotre thèse : les intentions laudatives de Plaute ne peuvent avoir un
cérité de la foi pythagoricienne de Fulvius, dans une période où appasens que si elles s'adressent, par-delà la fable, à Fulvius Nobilior.
raît à Rome une grande renaissance du mouvement des idées jadis en-
Ce que nous connaissons de la personnalité de Fulvius renforce
seignées par le Maître de Crotone. Le point culminant do ce renouveau
nos convictions. Le parallèle a quelques raisons d’être. Nous avons déjà
est marqué, comme on le sait, par la redécouverte, vraie ou supposée,
rappelé ce que fut sa campagne de 189, la prise d’Ambracie, le retour
plus signifianto encore si elle n'est que supposée, des Livres Pythagod’Ennius, en 188, et la composition de son Ambracia. En 187, Fulvius
riciens de Numa. Un geste de Fulvius est, plus que toute autre démonsrentre à Rome. Il demande au Sénat l'honneur du triomphe, Le Sénat
tration, explicite : lors de l'inauguration de ce Temple d’Hercule et des
se réunit au Champ de Mars, dans le
Une opposition ferme se manifeste*6,
nple d’Apollon. On discute.
Fulvius fait alors valoir un argu-
Muses, dont il était le fondateur et l'architecte, Fulvius voulut y déposer solennellement ces Fastes qu'il avait composés ©
et dont l’apparment décisif : il a fait vœu de remercier Jupiter. Ce vœu, il Pa déjà
tenance à la tradition pythagoricienne est évidente, comme elle est
concrétisé, de longue main, en faisant entreprendre la construction du
encore perceptible dans l’œuvre d’Ovide.
Temple d’Hercule aux Muses, tout près du temple d'Apollon*S,
Le
Nous aimerions pouvoir développer ce point de vue. Il nous éloitriomphe lui fut accordé, et l'inauguration du Temple d’Hercule Musagnerait de notre présent propos, qui a besoin d'autres justifications.
gète eut lieu au cours des cérémonies triomphales??. Ainsi culminait
Et d’abord, d'une réflexion sur la symbolique de l'association d'Herune carrière fondée sur la mythe d'Hercule, auquel la victoire d’Amcule et des Muses. La signification de cette analogie cultuelle remonte
bracie avait apporté un couronnement. Tout nous porte à croire que
au plus pur enseignement pythagoricien. Dans la « ville sainte » du pyl'Amphitryon de Plaute, dont le thème central concernait la naissance
thagorisme, Crotone, un culte conjoint d’Hercule et des Muses était
d’Hercule, a été, comme l’Ambracia d’Ennius, une utile contribution
déjà pratiqué du vivant même du Maitre #1, Et la sincérité des convicà la glorification du vainqueur d'Ambracie. S'il en a été ainsi que nous
tions pythagoriciennes de Fulvius ne fuit aucun doute, si l'on veut
le supposons, on peut imaginer la richesse de décoration que connut
bien se rappeler encore le fait suivant : le roi très pythagoricien Numa
ce jour de janvier 187 la frons scenae du Theatrum ad Aedem Apollinis.
avait fait construire, en l'honneur des Caménes, un édicule de bronze.
Selon la coutume romaine, en effet, Fulvius avait dQ y faire exposer
Cet ouvrage avait été frappé par la foudre et on lui avait donné asile
les statues qu'il avait ramenées de Grèce. Riche butin, et somptueux
dans le Temple d’Honos et de Virtus. Fulvius installa dans le Temple
décor, en vérité, que ces 785 statues de bronze et ces 230 statues de
d'Hercule et des Muses, pour souligner ainsi clairement l'association
marbre*#, Voilà qui nous aiderait utilement à comprendre ce vers 29
romaine des Caménes aux Muses. Et d’ailleurs, pour bien préciser ses
où Mercure qualifie Jupiter de regnator et architectus.
intentions, Fulvius avait fait ériger une statue d'Hercule jouant de la
Mais, nous le reconnaissons, l’attitude de Fulvius n’aurait guère de
sens, si elle n'était que l’histoire événementielle que nous venons de
retracer.
L'action de
lyre, qu'entourait, toujours dans ce même temple, un groupe de Muses,
autre œuvre qu’il avait rapportée de sa campagne en Grèce
Fulvius, déterminante pour la création d'une
30: Macrobe, Sat., 1, 12,
. Selon
la tradition, Ptérélas meurt victime de sa fille,
Amphitryon, coupe lo cheveu d'or de son pére et provoque
9,
Comactho, qui, par amour pour
Ja mort.
d'Herculo et de la célébration du Triomphe, ef.
71-279.
1, XXV, 1 et 2.
Tite-Live, 39,
5,
|. Vera 45.
Rome, 1972, p
particulier p. 241 et la référence à Jamblique, V. P., 45-57. On pourra
aussi consulter
: A. Piganiol, La conquête rom., Paris, 1967, p. 405. Sur Fulvius, la fondation du
Temple d'Hercule Musagète et le pythagorisme contemporain, on relira utilement P. Grimal,
4.
ta
. Florus,
16.
Voir P. Boyancé, Fulviua Nobilior et le Dieu Inéffable, Études sur ta Religion romaine,
Vers
P. Grimal,
Le Siècle des
Le Siècle des Scipions,
op.
eit., p.
arguments et les rélérences
contenus dans
277 et 278. (Nous n'avons pas jugé nécessaire de reprendre les
matérielles de notre exposé : il doit
l'étude do P. Boyancé, pour ne pas dépasser les limites
done être bien entendu que la connaissance de cette étude
fondamentale constitue un préalable
32. CL. Pline, H. N., 35, 66, et G.
indispensable à la compréhension de notre présent essai),
Charles-
, Home et les villes d' Italie, Paris, 1978, y. 49.
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15/
»
194
Nous voici done parfaitement autorisé A aflirmer que ce culte
parle et il parle encore®*! 11 y a là uno chasteté ot uno rotenuo bien
d'Hercule et des Muses a eu pour conséquences pratiques la naissance
peu habituelles chez Plaute. Il est vraiment dillicile d'imaginer, avec
de ces œuvres de foi pythagoriciennes : la construction du Temple du
l'ensemble des critiques, que cette modération soit le seul effet du choix
Champ de Mars?
du sujet. Le rire de Plauto en aurait décidé autrement, s'il n'avait été
et la commande de deux œuvres littéraires originales,
l'Ambracia d’Ennius et l'Amphitryon de Plauto.
contenu par d'autres motivations. Or, le ridicule d'Amphitryon n'au-
Que l'Amphitryon soit œuvre originule, et mème énigmatique, le
Prologue suffit à le montrer.
rait pu s'exercer qu'au détriment de son correspondant r&ul : lulvius,
Non sans quelque malaise, Mercure,
De plus, dans l'éthique pythagoricienno, les pluisirs de l'umour sont
d'entrée de jeu, nous dit que la pièce va hésiter, entre l'ombre et la
choses de peu d'intérêt, On leur préfère les vertus d’abstinence et de
lumière, entre la comédie et la tragédie, entre l'être et le paraître.
pureté, dont le maitre de Crotone avait donné l’exemple, par son ensei-
Laissons présentement de côté ces considérations qui demanderaient
gnement du moins. On connaît son point de vue sur Ja question : « Voici
de trop longs développements littéraires. Attachons-nous plutôt au
en quels termes il parle des plaisirs de l'amour. Il faut s'y adonner en
fait le plus évident, et qui importe davantage au sens “de notre présent
hiver et non pas en été, et très modérément au printemps et en automne;
entretien
; la participation du fantastique. Comme Dom Juan, Amphic'est d'ailleurs en tonte saison pénible et mauvais pour la santé. Mieux
tryon accueille dans son dénouement l'existence
encore, comme on lui demandait quand il fallait faire l'amour, il rédu surnaturel.
Le
passage, ici, de la réalité à la fiction, s'opère au moyen d'un élément
pondit : quand on veut s’affaiblir 3,
spécifique et lourd de symbole : la foudre. Elle frappe Amphitryon
pour lui révéler Je sens des choses suprêmes et cotto vérité correspond
risme sur le traitement du mythe d’Amphitryon par Plaute, Elle se
Laissons cela. Il existe une plus évidente empreinte du pythagoaussi à l'expression de lu vérité de l'œuvre. Nous entendons par là,
mesure dans le jeu contradictoire du double, de I
selon l'enseignement de Pierre Albouy, que chaque œuvre littéraire
chevé, du parfait et de l'imparfait. C'est essentiellement ce qu'enseirepose sur une vérité mythique, dont les racines vont puiser leur subsgnait Pythagore sous le symbole de la monade et de la dyudo?% Nous
tance profonde dans un ensemble complexe,
tissé des intentions et des
avons, naguère, déjà tenté de mettre en évidence, dans l'œuvre de
convictions de l'auteur. La vérité que découvre Amphitryon et qui
illumine toute l'œuvre est d'essence pythagoricionne. Loin de tuer,
ou si Pon préfère de la nature double qui habite tout être #7, Nous avons
la foudre manifeste la force éclairante de la divinité et montre l'accord
souligné l'importance de cette quête de la pure identité et indiqué lo
de l'homme et de la nature, l'harmonie de l'humain et du divin dans
rôle que jouent ainsi dans cette œuvre les jumeaux, vrais ou feints,
la création. Souvenons-nous que la foudre avait frappé les Cumènes de
et la recherche inlassable de cette vérité dont la réalité ne connuît plus
Numa, et nous comprendrons l'influence de Fulvius sur l’Amphitryon
que la moitié, Jamuis ce thème de la gémellité, propre à tout homme,
de Plaute.
n'aura autant été présent que dans Amphitryon, qui consacre le triomphe
Le traitement pythagoricien du mythe est sensible à plusieurs
uvé ot de l'inu-
Plaute, cette préoccupation permanente de la recherche du double,
du double,
C’est ainsi que l’on voit la perfection de Jupiter
en
face de
degrés. Il apparaît, tout d'abord, dans la présentation et la conception
l'imperfection d’Amphitryon, et de même l'opposition d'Héruclès et
du personnage d’Amphitryon. Plaute nous invite à suivre le chemined'Iphiclès. L'idée qui a donné naissance à l'invention du p
sonnage de
ment d'une âme vers l’héroisation. Nous sommes, en effet, très loin du
Sosie est issue de cette méme conception pythagor
il fallait un
fait divers et de l'exploitation facile de la situation, On imagine bien
double, en regard du personnage de Mercure, On observera encore que
tout le parti que Plaute aurait pu tirer, en d’autres circonstances, du
la réalité elle-même est soumise à ce jeu du dédoublement. La coupe du
thème commode du mari cocu.
roi Ptérélas, seul détail
D'autant qu'il s’agit d’un militaire,
concret qui puisse garantir Punicité spécifique
triomphant, regagnant ses foyers. Remarquons, à l'opposé, la retedes choses et des êtres, bascule elle aussi dans l'incertitude. Ce qui
nue du ton. La grivoiserie et la gaudriole sont délibérément évartées
devait être une preuve de la réalité simple, atteste au contraire Pexisdu sujet. Plus surprenante encore, dans ce genre d'action, est P'abtence d'une réalité parallèle, qui n'est sensible qu'aux seuls initiés.
sence de Ja sensualité. Rien, dans le récit de Mercure, ou dans les propos
Tel est le sens de la démarche d’Amphitryon et telle la leçon de la pièce.
de Jupiter, ne laisse pressentir des délices infinies : Mercure ne nous
montre Jupiter aux côtés d'Alemène que comme un amant divert. Il
34.
Vers 133-136.
35.
Diogine Lae
tal, voir, pur exemple: 1. Gos
36, Sur l'essence
tation du Temple d'Heroule,
nous écurterons l'hypothèse do P. Duyancé, op. cit.,
p. 263 (170). Cotte proposition n'est retenue par aucun des hiatorien de la période concornée
bey, Pythagore, Paris, 1973,
47,
Voir
notre Plauto dana Plaute, Vita Latina, 77, 1980, p. 22.
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A travers les épreuves qui lui sont imposées, Amphitryon va connaître
une forme d'héroisation, jusqu'à la révélation de la scéne finale, Alors
Jupiter peut apparaître clairement comme lo dieu des pythagoricions
qui conseille à Amphitryon de laisser là devins et haruspices®®, Dans la
foi pythagoricienne, il n'est en effet nul besoin de ces intermédiaires
dont Tirésias est le représentant. Tout se joue dans la relation directe
avec la divinité et la quête personnelle de la vérité, sous l'égide d'un
« maître ».
Ainsi, pour nous du moins, l’Amphitryon de Plaute est une œuvre
profondément marquée par l'influence pythagoricienne qui s'est exercée
sur Plaute par l'entremise de Fulvius Nobilior, La pièce en témoigne
par sa forme et son fond, Et elle nous place devant ce problème, sans
doute, délicat : savoir si cotte tentative est unique ou si, par ailleurs,
cette même influence s'est fait sentir sur l'œuvre entière de Plaute?
34, Vers 1133,
ARCELLASCHI A., Amphitryon 187 ou Influences pythagoriciennes sur l'Ampnitryon de Plaute : REL LX 1982 128-138. | Dans le récit de la bataille fait par Sosie, |
des détails parodiques qui font référence à la victoire d'Ambracie, permeltent de
retenir comme vraisemblable pour cette comédie la date de 187. On peut, des lors, |
qui ont présidé à l'édification du temple d’Hercule |
mettre en parallèle les inic:
aux Muses et celles qui ou wispiré la commande de cette pièce dédiée au mythe
d' Hercule, cher aux pythagoriciens.