Etymologie et theologie chez Varron

Auteur
Boyance, P.
Verschenen in
Revue des Etudes Latines
Jaar
1975
Onderwerp
VARRON
Taal
Français
Categorie
C12 Religie
Archiefnummer
1329

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PIERRE BOYANCH De certains de ces thèmes, il n'a semblé à la réflexion que quelque chose faisait Yunité, qu'on pouvait les grouper autour d'une idée centrale, et c'est de cette idée que je veux parler ici, car elle oeavwtei» > intéresse aussi bien la pensée grecque que celle de Rome, Mon premier thème était le pythagorisme de Varron, qui me semblait avoir une grande importance pour comprendre Patti» tude du savant qu'il a voulu être en étudiant la religion romaine, Je rappelais ce qu'il fallait entendre historiquement par ce pythagorisme si on voulait Pinsérer exactement dans la pensée de co temps, et je précise : la pensée philosophique, Car ceux qui en ont parlé ne s'en sont parfois pas fait une idée bien exacte, Frappés par cette notice de Pline PAncien, d'après laquelle il se fit ensevelir selon les rites pythagoriciens!, ils imaginent parfois une évolution au terme de laquelle Varron aurait, sur le fard, été conduit à je ne sais quel mysticisme auquel ce pur érudit aurait d’abord été étranger?, C'est oublier la place que Pythagore tient par exemple dans le De lingua latina, et dans Je livre V notamment, qu'a édité excellemment notre ami M. Jean Collart, qui n'a pas manqué, lui, de le rappeler et de le souligner, C'est oublier qu'il avait composé tout un traité d'arithmologie 4, science éminemment pythagoricienne, comme en composera un penseur qu'il nous sera très utile de lui comparer, un penseur qui est de peu postérieur et dont j'ai été amené à prononcer le nom à son sujet, car je considère que sa connaissance est importante pour comprendre l’œuvre de Varron, exégète de la religion romaine, je veux parler de Philon d'Alexandrie, exégète de la religion juive. L’atmosphére de la culture qu'on respire chez l'un est très apparentée à celle de la culture qu'on respire chez l’autre, C'est celle de cette èyxivàtos moudelx qui était, pour l’un comme pour 1, Pline, N, 1, XXXV, 160, L'attention fut attirée sur ce texte notamment par J. Cor- CEmT—m Z=e~n,. ÉTYMOLOGIE ET THÉOLOGIE CHEZ VARRON 101 l'autre, la propédeutique (le mot même est chez Philon!) de la philosophie et cette philosophie était daus une large mesure, pour l’un comme pour l'autre, le platonisme revenu du seepticisme de Ja Nouvelle Académie au dogmatisme avec Antiochus d'Ascalon, Mes recherches menées concurremment sur Cicéron et sur Philon® m'ont persuadé de plus en plus de l'importance qu’il faut attribuer à ce maître aux origines de ce qu'il est convenu d'appeler le moyen platonisme. Varron était l'élève d'Antiochus. Cicéron le présente dans les Académiques, le premier livre de la seconde version, comme le porte-parole romain d’Antiochus qui, je l'ai établi dans ma communication sur Cicéron et les parties de la philasaphie®, qu'il faudra compléter par celle que j'ai faite en octobre dernier au second colloque cicéronien de Rome, voyait essentiellement dans Platon un penseur qui avait ajouté à l'éthique de Socrate la physique des pythagoriciens et la dialectique qui lui était propre. Le pythagorisme de Varron repose sur cette vue d'histoire de la philosophie et ne se dissocie pas de son platonisme. Dans mon exposé de Rieti, je soulignais brièvement que Philon d'Alexandrie empruntait un instrument majeur de son exégèse de la Bible à l'étymologie des noms, spécialement des noms propres de l'histoire sainte, Mais cela reposait sur l’idée pythagoricienne qu’exprimait de façon schématique et frappante la formule de ce qu'on appelle parfois le « catéchisme des acousmatiques », connu de nous par les travaux de péripatéticiens : « Qu'est-ce qui est le'plus sage? Le nombre et en second lieu ce qui a donné leur nom aux choses”. » Je vais avoir à revenir là-dessus plus longuement que je n'ai pu le faire à Rieti, et je n’en dis pas plus pour l'instant. Mon second thème à Rieti était tiré d’un passage des Antiquités divines qui a, dans un passé récent, été sans doute le plus commenté de l’œuvre de Varron, le plus commenté du moins copino, La basilique pythagoricienne de la Porte-Majeure, Paris, 1926, p. 203-204. 2, Fr. Delia Corte, Varrone, it terzo lume romano, Gönes, 1954, 2° èd., p, 247-248, 3. Varron grammairien latin, thèse de Paris, 1954, p. 37 : « Au moment d'exposer son plan des livres V-VI, Varron se met nettement dans le sillage de Pythagore, nommément désigné à l'exclusion de tout autre. » Il reprend la théorie des principes premiers qui vent par couples, telle qu'elle est exprimée par Aristote, Met., I, 986 a et b. 1} est rappelé par UH. Dahtmann, Varro und die hettenistische Theorie, Berlin, 1992, p. 38, que le plan des livres Y et VI repose sur « eine Harmonisierung der pythagoreischen Lehre mit einer anderen und zwar einer stoischen », 4, De principita numerorum libri IN, Cf, Fr. Della Corte, Varrone, il terzo gran lume go Gênes, 1954, p. 247; L, Ferrero, Storia del pitagoreismo romano, Turin, 1959, posta, 1. Cf. mon article, La fin de la culture antique, Rev, tt, anc., NLVIL, 1945, p. 146, 2, Pour Cicéron, vf, Études sur l'humanisme cicéronien, Bruxelles, 1970, p. 258 et suiv,, p. 290 et suiv., et l'article mentionné n. 4, Pour Philon, Sur l'erégése hellénistique du Phédre, Miscellanea A. Rostagni, Turin, 1963, p. 50; Études philoniennes, Rev, ét. gr., UXXVI, 1963, p. 73 et suiv,, p. 81, p. 98, p. 108 et suiv, 3. Rev. ét. lat., LIX, 1971, p. 127 et suiv. 4. Sur les trois parties de la philosophie d'après le De legibus, 1, $$ 59-62, 5. Blien, V. 1,4, 17; Jamblique, Vit. Pyth., 82. Cf. A, Delatte, Études sur la littérature puthagoricienne, Paris, 1915, p. 181; W, Burkert, Lore and science in Ancient pythagoreanism, Cambridge {Massachusetts}, 1972, p. 169, n, 22,

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ÉTYMOLOGIE ET THÉOLOGIE CHEZ VAHNON non par les historiens de l’érudition ou de la grammaire, mais, pensées du Dieu suprême. Varron est ici le premier qui fait conpour mes auditeurs. Selon Lydus, Varron identifiait le dieu des Juifs, Sabaoth, à la notion de lumière intelligible (pic von). J'en viens uu quatrième, qui, comme le second, nous est connu par la Cité de Dieu de saint Augustin, et qui concerne les statues divines?, Dieu nous apparaît comme Páme du monde, doctrine apparemment stoicienne, mais qu'Antiochus, sous l'influence du Timée, la considérant comme en fait platonicienne, avait aussi adoptée : nous en avons la preuve la plus manifeste dans l'exposé mis par Cicéron dans la bouche de Varron son porteparole3. Pour ces statues, nous voyons intervenir les € anciens ». Les anciens sont ceux qui ont imaginé les statues divines en leur donnant telle forme et tels attributs de manière que les initiés pouvaient à travers elle et à travers eux voir en esprit Páme du monde et ses parties, c'est-à-dire en fait les dicux véritables #, Retenons de ce texte notamment l’idée de l'intervention aux origines de la religion et du culte des dieux de la sagesse des naître une théorie que nous retrouvons après lui d'abord dans anciens. 102 bien à la suite de M. Willy Theiler dans son livre sur e la préparation du néo-platonisme? », par ceux de la philosophie dont les travaux sont restés quasi inconnus des spécialistes de Varron, si Pon en juge par le volume des Entretiens Hardt, tenus à Vandœuvres en 1962, où seule une excellente intervention de M. Alain Michel a permis que le nom d’Antiochus d’Ascalon fût au moins une fois prononcé*. Ce texte est une exégése de la triade capitoline qui repose sur une théorie des causes dans Punivers : Jupiter est la cause efficiente, Junon la cause matériclle, Minerve la cause exemplaire. C'est là une doctrine d'origine péripatéticienne, mais qui, sous cette forme précise, appartient au moyen platonisme 4, Ce qui concerne Minerve est particuliérement interessant. La cause exemplaire, ce sont les idées. Minerve sortie de la tête de Jupiter, ce sont les idées conçues comme les Philon d'Alexandrie 5, Mais comment Varron a-t-il pu concevoir En rappelant ces trois points de vue exposés à Rieti, je me suis une vue aussi extraordinaire, je n'ose dire aussi extravagante? donné les moyens de comprendre une page du De lingua latina qui avait fait à Vandœuvres l’objet de discussions fort intéressantes 5, qui se prolongèrent par deux articles eux-mêmes très suggestifs de M. Alain Michel et de M. Guy De Poerck?. Le mieux sera de vous lire d’abord, dans la traduction de M. Jean Collart, cette page, livre V, $$ 7-8 : Il fait intervenir ici Tarquin l'Ancien, instaurateur du culte capitolin, considéré déjà par Cicéron, en raison de ses origines corinthiennes, comme un représentant de l’humanisme grec et que Varron, lui, semble avoir mis en rapport avec les mystères grecs de Samothrace 7, Tarquin l'Ancien, un roi : je vous prie de « Maintenant je vais traiter de l’origine des mots en les prenant retenir ce point. Je laisserai aujourd'hui de côté le troisième thème envisagé “an par un; ils comportent quatre degrés d'explication. Tout par moi à Rieti, bien qu'il fût Jui aussi, je crois, assez nouveau I. Je renvoie à ve sujet à mon rapport que doit publier le volume des Actes du colloque 1. Die Vorbereitung des Neuplatonismus, Berlin, 1930, pr. 19. 2. Varron (dans Entretiens sur l'Antiquité classique, t. IX, Vandæuvre--Genève, 3-8 septembre 1962 (publié en 1963), p. 102-103. 3. Aug., Cit. D., VII, 25 (= Varron, Ant. div., frag. XV, 4 Agahd}. 4. Cf. notamment saint Hippolyte, Philos., 10, 1, 2 (Diels, Dozogr., p. 567). Voir en dernier lieu HI. J. Krämer, Der Ursprung der Geistmetaphysik, Amsterdam, 196%. p. 97 et 1.248, avec renvoi à H. Dörrie, Die Frage nach dem Transzendenten im Mittel platonixmus (dans Les sources de Plotin. Entretiens sur l'Antiquité classique, t. V, 1960, p. 193-233), Cf. depuis H. Dörrie, Präpositionen und Metaphysik, Wechselwirkungen zweier Prinzipienreihe, Mus. Helvetic., 26, 1969, p. 217 et suiv, 5. De opificio mundi, 29, p. 158 Arnaldoz. 6. De republica, II, 34. Cf. mon article Sur la théologie de Varron, dans Rev, étanc., LVII, 1955, p. 72. 7. En dernier lieu A. J. Kleywegt, Varro fiber die Penaten und die Grossen Götter, Amsterdam, 1972. de Rieti, 2, Cit. D., VU, 5 (frag. XVI, 6 Agahd). Cf. sur ce texte, mon article Théurgie et télestique et Jean néo-platoniciennes, dans la Revue de Uhisioire des religions, 1955, y. 197 et suiv., Pépin, Mythe et allögorie, Paris, 1958, p. 357 et sniv. (qui a ignoré mon article), 3. Seconds académiques, livre premier, 29. 4. Primum eas interpretationes (scil. physicas) sic Varro commendat, ut dicat antiques simulacra deorum et insignia ornatusque finzisse, quae cum oculis animaduertissent hi, qui adissent doctrinae mysteria possent animam mundi ac partes cius id est deos urros animo uidere, cle, 5. Op. laud., p. 89 et suiv. (exposé de M. R. Schröter), p. 105 (intervention de MU" Bréguet}, p. 107 (intervention de M. Fr, Della Corte), p. 107 (intervention de M, J. H. Wus zink). 6. Le philosophe, le roi et le poète dans le « De lingua latina », Rev, de philol., XXXIX, 1965, p. 69 ct suiv. 7. Etymologia et origo à travers la tradition latine, dans Gedenkbook E. A. Lecmans, Bruges, 1970, p. 191 et suiv,

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en bas, le degré où parvient même l'homme de la rue. Qui en effet ne voit l’origine d’argentifodinae (mines d'argent) et de viocurus (agent voyer)? Le second degré est celui où s'est hissée la grammaire d'autrefois, quand elle montre comment les poètes ont forgé chaque mot de leur invention et de leur composition : de Pacuvius par exemple, « le sifflement des cordages » par exemple « le troupeau au col recourbé » par exemple « de sa chlamyde il se fait un écu pour son bras ». Le troisième degré est celui où la philosophie est parvenue à s'élever, où elle s'est mise à rendre clairement raison des termes d'usage courant, à dire, par exemple, ce qui explique à l’origine les termes d’oppidum (ville), de uicus (quartier), de uia (rue). Le quatrième degré est celui où se trouvent le secret sanctuaire, les principes ineffables réservés au rez... A ce degré-là, si je ne parviens pas à acquérir Ja connaissance positive, je resterai du moins à l’affüt de l'opinion, attitude que le médecin va parfois jusqu’à prendre lorsqu'il s’agit de notre santé au cours d'une crise. « Si je n’atteins pas le degré suprème, néanmoins je dépasserai le second, car j'ai veillé non seulement sous le flambeau d’Aristophane, mais encore sous celui de Cléanthe, J'ai voulu dépasser ceux qui se contentent d'exposer comment sont forgés les mots poétiques. I] me paraissait illogique en effet de remonter aux causes à propos de tel mot forgé par Ennius, et de négliger tel eMAEvEeNn EtTv1una|trgn»meSa ÉTYMOLOGIE FT THÉOLOGIE CHEZ VANKON 105 se trouve celle du peuple. Puis vient celle de € la grammaire » — entendons par là la discipline de la radela qui s'attache à l'étude des poötest. Puis on s'élève à la philosophie, mais le plus haut degré n'est pas, comme on pourrait s'y attendre, celui du philosophe, mais bien celui du roi. Il est singulier que personne ne paraisse avoir songé à mettre en rapport cette doctrine avec la doctrine essentielle à la théologie de Varron qui distingue Ja religion des poétes, celle des philosophes et celle des cités. En étudiant cette théologie qui est d’origine stoîcienne, j'ai souligné que Varron, à la différence, semble-t-il, de bien des stoïciens, voit la théologie qui a le plus de valeur non dans celle des philosophes, qui a pouriant le plus d’allinite avec la réalité des choses, mais bien dans celle des cités, parce que ceux qui Pont instituée ont eu égard aux possibilités et aux besoins des peuples®. Je pense que c'est là, pour cette théorie d'origine stoieienne, une inno» vation qui fait Poriginalité de Varron et on voit que vette originalité est étroitement liée à son patriotisme romain, C'est, je crois, d'une manière très comparable que, si on étudie le De natura deorum, on y verra à la conclusion du dialogue, le dernier mot dit non par Pépicurien Torquatus vu par le stoicien Balbus, mais par Cicéron lui-même qui, en dépit de son appartenance, comme Cotta lui-même qui les a combattus, à la Nouvelle Academie, se prononcera pour le respect de la tradition religieuse de Rome? La différence cst toutefois que Varron, étant en philosophie un disciple d’Antiochus et un fidèle de PAncienne autre mot forgé longtemps auparavant par le roi Latinus, pour Académie dogmatique, aura moins de peine encore à concilier la seule raison que je tire des mots poétiques plus de plaisir que philosophie et civisme (ou patriotisme). de profit et des mots anciens plus de profit que de plaisir. Car, C’est ce qui nous permet de comprendre que, dans l'échelle de en fait, ces mots qui m’arrivent par héritage depuis le roi Romulus Varron, en ce qui concerne Jes mots, le degré le plus haut de leur ne sont-ils pas miens au même titre que les mots légués par le poète Livius? » Varron distingue pour les mots quatre « degrés d'explication ». La métaphore des gradus, des degrés est celle d’une échelle ou d’un escalier, comme on voudra, dont le sens est que chaque explication a plus de valeur que la précédente*, Au plus bas degré relève que gradus est un mot favori de Varron, Au propre, c'est le degré d'un escalier, 1 est le plus souvent usité par lui au figuré. C'est ce qui explique dans lo texte cité du De lingua latina « quo grammatica escendit », « quo philosophia aseendens peruenit », « quad si SUTIN non attigero », 1. Voir par exemple H.-L, Marrou, Histoire de l'éducation dans L'Antiquité, Paris, 1948, . 224, di 2. Sur la théologie de Varron, p, 62-63 ; lo théolagie e des poëtes péche par an manque + ait... ra quae scribunt portae minus esse quam ut ea populi sequi debrant. La seconde au contraire souffre d'un excès : quae autem philosophi (sil, seribunt) plus quam ea uulgum 1. Robert Schröter, Studien zur varroninchen Etymologie, Abk. Ak. Mainz, n° 12, pi 775, spectare erpediat »,

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PIERRE ÉTYMOLOGIE ET THÉOLOGIE CHEZ VARRON BOYANCÉ 107 point, comme on s'y attendrait au premier permettrai seulement d'ajouter ici une remarque à ce qu'a cru abord, celui du philosophe qu'il déclare ne pas lui être étranger, pouvoir dire un des interlocuteurs de Vandeuvres, M. Schröter. à lui qui, non content d’avoir veillé à Ja lumière d’Aristophane Celui-ci a renvoyé à ce sujet à Posidonius! et a ce qu'a dit à ce propos Karl Reinhardt dans Particle Poseidonios de la RealEncyclopádie?. L'histoire de la comparaison déborde largement le cadre de er rapprochement. J'en ai donné une esquisse dans un article de la Revue des études grecques, paru en 1962, Sur les institution n'est (il s'agit d’Aristophane de Byzance, le grammairien de ce nom) Pa fait aussi à celle de Cléanthe, choisi comme un philosophe qui a médité sur le langage et peut-être aussi sur son rôle duns la théologie. Et nous voici arrivés à ce qui dans la discussion de Vandeuvres a suscité sans doute le plus d’embarras, le point le plus controversé parce qu'il a semblé le plus obscur, le quatrième degré, celui qui concerne le roi : Quartus ubi est adytum et initia regis. Adytum est le texte adopté par M. Collart. C’est une correction généralement adoptée de la leçon des manuscrits qui ont aditus, lequel n'offre pas grand sens. Mais, dans le plus important d'entre mystères d' Éleusis3. A l'origine, il y a Platon et Aristote, le Phèdre et le De philosophia*, Mais il se trouve que celui qui fournirail le plus de textes pour l’histoire de cette comparaison, c'est quelqu'un que J'ai déjà nommé, c'est Philon d'Alexandrie. Il en fouruit même tellement qu'un de ses principaux exégétes, M. Goodenough, a cru pouvoir bâtir là-dessus l'existence de mystères alexandrins contemporains de Philon qui s’en serait inspiré, et il a écrit à ce sujet tout un livre 5, Mais en réalité, comme le prouve l'insertion eux!, on lit une correction aditum; cette correction n'offre en même des textes philoniens dans la longue histoire de la compaelle-même pas grand sens non plus, puisque telle quelle elle ne raison, il s'agit des mystères en soi ou bien plutôt des mystères s'insére pas dans la phrase. Mais il suffit d’y voir une légère Scioppius *, le mot qui désigne la partie la plus sainte du sanctuaire, par excellence qui ont toujours été pour les penseurs grees depuis Platon et Aristote, ceux d’Eleusis. Vous voyez que l'usage mème dans le De lingua latina de cette métaphore se rattache à Patmospour qu'on ait un texte satisfaisant. Et ce texte est confirmé et phere de culture que Varron et Philon ont l'un et l'autre tour à comme imposé par initia, où la métaphore se poursuit. /nitia, tour respirée. ce n’est pas tout à fait ici ¢ Jes principes » (ainsi M. Jean Collart), Mais le mot le plus énigmatique de cette ligne de Varron, ce n'est pas adytum et initia. C'est le mot de regis. Quel est donc èe roi qui, plus qu’un autre, sait user des vocables et leur donner le sens le plus véritable? Sens à propos duquel Varron parle de déformation d’adytum (en grec &3v7w) pour y retrouver, avec mais bien l’initiation, le mot qui traduit en latin le grec roerals, Que le degré suprême dans Paccés à une vérité soit comparé à une initiation est application d’une métaphore bien connue, ainsi que l'ont compris les interlocuteurs de Vandeuvres4. Le degré suprême est une révélation comparable à l’époptie éleusinienne. Les stoïciens considéraient ainsi que la physique débouchait sur l'initiation, les mystères de la théologic®. Je me scientia opposée à opinio, ce qui traduit évidemment lantithése 1, Loc. laud., p. 90, n. 1. 2, S. v., col. 806 et 808 et suiv. 3. LXXV, 1962, p. 460-473, 4. Pour Platon, Phödre, 250 be ( selon Herinias dans son commentaire q. 178, L 25-26 Couvreur, + Sì unobpevor «al Éromrebovres we dmb rüv rererav mov ’EAsuotvt 1, C'est le manuscrit F (Laurentiunus LI 10, x1° siècle, ef. J. Collart, Varron, De lingua latina. Livre Y, p. xxvmi : e Le signe -y y est employé très capricicusement daus la tran eription des mote grecs, + 2, Cf, J, Collart, op. laud,, Introduction, p, Li. 3, Dans ce même livre, il est ainsi question pour les mystères de Samothrace de Samothracum initia (§ 58), , 4. Op. laud., p. 89, où M. Schröter se réfère A bon droit au fameux Aglaophamus de Lobeck, Könisberg, 1829, I, p. 123 et suiv. 5. Célunthe (St. vet. fragm., I, 538) suivi de Chrysippe (bid, 1, 1008). Meyer |. Cf. aussi Gorgias, 497 ©. Pour Aristote, ef, surtout le fragment publié par J. Bidez (Catalogue des monuments alchimiques grecs, 1. VI, 1928, p. 171) et provenant d'un texte inédit de Jean Psellus, On joindra à cela que, selon Plutarque, De Is. ef Os., 77, 382 d, « Platon et Aristote appellent époptique vette partie de la philosophie par laquelle ceux qui, grâce au raisonnement, ant dépassé tout ee qui est d'opinion, mélangé, diversifié, se portent d'un bond à eet élément premier, simple, immatériel lid est Vintelligible)... »,.. 5. E.R. Goodenough, By light light, The mystic gospel of Hellenic Judaism, New-Haven, 1935. Cf. mon artivle Sur les mrystérex d' Elewsis, p. 468,

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