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DE L'ACADEMIE ROYALE
ET
E
4(12 N‚AuMze. aa
INSCRIPTIONS
BELLES
LETTRES,
|
SUR
DISSERTATION
PYTHACORE.,
Où l'on fixe le tems auquel ce Philfiphe a vécu.
Par
M DE
La NAUZE.
T: ne faut point cfpérer qu'un puifit jamais concilier en- 12. Aoû
femble les diflúrentes opinions des Syavans fur l'âge du 173*-
Philofophe Pythagore fils de Mnéfarque, La multiplicité des *Gor. 7%.
fentimens ell trop grande, & leur oppofition eft trop mar- 775.°
quée. 11 floriffoit du tems du Roy Numa, 4 fuivre une an- ¡1
4901
cienne tradition adoptée par quelques Ecrivains* poflérieurs, u 242 %”
& rejettée par la plüpart des autres: Tradition qui fembloit 2% 1:15
pourtant avoir pour elle, & des témoignages d'Auteurs de la Orit.
|
|
|
| PREMIERE
'
CES
premiére pito ts & des Monumens découverts fous le ‘Lari.
Janicule, dans le tombeau mème de Numa. Pythagore, au Artig. Kor. :.
contraire, ne vint en Italie que fous le regne de Servius Ani}.
Tullius, felon Tite- Live *, ou fous le regne de Tarquin le p.74. rdir.f:r.
be, au rapport de Cicéron ©, ou même après l'expulfion , Celia i
des Rois & fous les premiers Confuls, fi l'on en croyoit So- +, 16.
din d. Plinee a placé le tems de ce Philofophe vers la xLın.e nz
Olympiade, Denys d’Halicarnafle f après la 1. la Chronique Fire
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MEMOIRES
uy
AA
SECONDE
SUR
DISSERTATION
PYTHAGORE,
Où l'os prowre la rialiti d'un Difcours attribué à ce Philofophe.
Par M DE LA NAUZE.
1738.
N recherchant les opinions des Auteurs de la premiére
Antiquité, qui peuvent avoir indiqué l'époque de la
paroiffent tous l'avoir rapportée
guerre de Troye, & qui me
à l'an environ goo. avant l'Ere Chrétienne, j'ai avancé que
Pythagore avoit eu auflı la mème idée, & qu'étant né vers
Tan 640. avant FEre Chrétienne, il n'avoit fuppofé qu'environ deux cens foixante & dix ans depuis la prife de Troye
jufqu'à lui. Voici la preuve que j'en ai donnée, d'après le
i
Ecrivains.
des anciens
° 1émoignage
ore, difois-je, avoit
accoütume de raconter, fuivant fon fyftème chimérique de
32 Mcempfychof, qu'il avoit autrefois été fucceffivement
E thalide un des Argonautes, & Euphorbe tué devant Troye;
& qu'enfuite & même ame, après avoir informé deux autres
corps humains feulement, avoit fait un féjour de deux cens
ans dans les Enfers, d'où elle étoit fortie pour paffer dans
Je corps de lui Pythagore. J'ai dit, & je dis encore, qu'un tel
‘difcours de ce Philofophe, tout extravagant & tout fabuleux
qu'il eft en lui-même, annonce un calcul réel & véritable des
tems, fuivant lequel Pythagore comptoit de la guerre de
Troye à & naiflance, d'une part, la durée de la vie ordinaire
de deux hommes, chacune d'environ trente années, & de
Tautre, un efpace de deux cens fept années, c'eft-à-dire, qu'il
compo un intervalle total d'environ deux cens foixante &
ans.
Le fondement de cette preuve chronologique, eft la réalité
d'un tel difcours de Pythagore fur les prétenduës tranfmigra- tions de fon ame, & Cell cette réalité que je me fuis propofé
de prouver par des témoignages inconteflables, Quoique la
queftion
PE
DE LITTERATURE
ion ne mérite guéres par elle-même qu'on fe mette fi:
ort en frais pour l'apprôfondir, elle ne faiffe pas de tenir à
des points importans d’Hiftoire & de Chronologie. Et il vous
fera aifé, Meflieurs, de fentir que fi l'on étoit reçû A nier,
contre Je témoignage unanime des Anciens, la réalité du difcours dont il s’agit, on feroit en droit d'en ufer de même pour
la plüpart des faits de l'ancienne Hiftoire, qui ne font certainement pas mieux atteftez. Alors l'étude de l'Antiquité, qui
fait le principal objet de la Compagnie, feroit réduite à rien,
ou à peu de chofe, & il ne nous feroit plus poffible de faire
un pas dans les détails hiftoriques des fiécles reculez.
Heft vrai qu'il ne nous refte plus aujourd'hui d'ouvrages
d'Auteurs contemporains de Pythagore, qui nous témoignent
qu'il ait dit que fon ame avoit autrefois informé tels & tels
corps; mais outre que les témoignages contemporains ne font
— toújours abfolument neceflaires pour faire autorité dans
'Hiftoire, il y a, par rapport à Pythagore, une raifon particuliére de ne les point exiger à la rigueur. On fçait que les
ouvrages, foit de ce Philofophe, foit de fes difciples, furent Laim. à ty.
fi myflérieufement confervez dans leur Ecole, qu'il n'en %s & ee |
tranfpira guéres rien au dehors jufqu'au tems de Philolaiis & “lesi. sus
de Platon. Il n'efl donc pas furprenant que nous manquions Pre...
r
d’Ecrivains contemporains qui nous ayent rapporté le dif Me 3
cours de Pythagore fur les tranímigrations de fon ame; mais
“He:
à commencer au fiécle qui fuivit immédiatement celui de
Pythagore, le fait en queftion fe trouve généralement établi
par le concert unanime de prefque tous ceux qui ont eu queloccafion de parler de la vie & de la do¢trine de ce Philoophe. Voici par ordre chronologique, les garans de cette
ancienne tradition.
Sophocle & Archytas, antérieurs à Platon & à Philolaüs,
devroient peut-être tenir place entre les Ecrivains connus qui
ont parlé du difcours de Pythagore fur les tranfmigrations de
fon ame. Sophocle avoit dit qu'on connoiffoit des Sages qui Sepkecl, Le.
s'étoient fait pafferpour morts: & à l'occafion de ces paroles, *2le Scholiafte de ce Potte ajoúte, que Pyrhagore s'était attribué Schel. Sorta
Men. Tome XIV.
unita
Pagina 3
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DISSERTATION
SUR PYTHAGORE,
Où Fon prouve la réalité d'un Difcours attribué à ce Philofophe.
‘ Par M DE LA NAUZE
33. Août
1738.
ES recherchant les opinions des Auteurs de Ja premiére
Antiquité, qui peuvent avoir indiqué l'époque de la
guerre de Troye, & qui meperoiftent tous l'avoir rapportée
à l'an environ 900. avant Ere Chrétienne, j'ai avancé que
Pythagore avoit eu auffi la même idée, & qu'étant né vers
Tan 640. avant l'Ere Chrétienne, il n'avoit fuppofé qu'environ deux cens foixante & dix ans depuis fa prife de Troye
jufqu'à lui. Voici la preuve que jen ai donnée, d'après le
témoignage des anciens Ecrivains. Pythagore, difois-je, avoit
accoûtumé de raconter, fuivant fon fy{téme chimérique de
Ja Métempfychofe, qu'il avoit autrefois été fucceffivement
Ethalide un des Argonautes, & Euphorbe tué devant Troye;
& qu’enfuite fa même ame, après avoir informé deux autres
corps humains feulement, avoit fait un féjour de deux cens
fept ans dans les Enfers, d’où elle étoit fortie pour paffer dans
le corps de lui Pythagore. J'ai dit, & je dis encore, qu'un gel
difcours de ce Philofophe, tout extravagant & tout fabul tex
qu'il eft en lui-même, annonce un calcul réel & véritable des
tems, fuivant lequel Pythagore comptoit de la guerre de
roye à fa naiffance, d'une part, la durée de fa vie ordinaire
de deux hommes , chacune d'environ trente années, & de
Yautre, un efpace de deux cens fept années, c'eft-à-dire, qui
comptoit un intervalle total d'environ deux cens foixante &
ix ans.
.
Le fondement de cette preuve chronologique, eft Ia réalité
d'un tel difcours de Pythagore fur les prétendués tranfmigrations de fon ame, & c'eft cette réalité que je me fuis propof
de prouver par des témoignages inconteflables. Quoique la
queftion
Pagina 4
Bekijk in PDF(opent in een nieuw venster)geeftion ne mérite gucres par elle- même qu’on fe mette fi
ort en frais pour l’approfondir, elle ne laifle pas de tenir à
des points importans d’Hiftoire & de Chronologie. Et il vous
fera aifé, Meffieurs, de fentir que fi l'on étoit regü à nier,
contre le témoignage unanime des Anciens, {a réalité du difcours dont il s'agit, on feroit en droit d'en ufer de même pour
da plüpart des faits de l’ancienne Hiftoire, qui ne font certainement pas mieux atteftez. Alors l'étude de l'Antiquité, qui
fait le principal objet de la Compagnie ‚ feroit réduite à rien,
ou à peu de chofe, & if ne nous ferait plus poflible de faire
un pas dans les détails hiftoriques des fiécles reculez.
_ Heft vrai qu'il ne nous refte plus aujourd’hui d'ouvrages
-d’ Auteurs contemporains de Pythagore, qui nous témoignent:
‚qu'il ait dit que fon ame avoit autrefois informé tels & tels ©
.corps; mais outre que les témoignages contemporains ne font
as toûjours abfolument neceflaires pour faire autorité dans
YHiftoire, il y a, par rapport à Pythagore, une raifon parti- .
culiére de ne {es point exiger à la rigueur. On fçait que les
ouvrages, foit de ce Philofophe, foit de fes difciples, furent Lair. in Bfi myftérieufement confervez dans leur Ecole, qu'il n'en “es: 8. pas.»
tranfpira guéres rien au dehors jufqu’au tems de Philolaüs & “Janblic. vid
de Platon. Il n’eft donc pas furprenänt que nous manquions Pie fg
d’Ecrivains contemporains qui nous ayent rapporté le dif- > sap 03.
‘eours de Pythagore fur les tranfmigrations de fon ame; mais “#7 X4fer. À commencer au fiécle qui fuivit immédiatement celui de
Pythagore, le fait en queftion fe trouve généralement établi
- par le concert unanime de prefque tous ceux qui ont eu quel-que occafion de parler de la vie & de la doctrine de ce Philofphe. Voici par ordre chronologique, les garans de cette
ancienne tradition.
Sophocle & Archytas, antérieurs à Platon & à Philolaüs,
devroient peut-être tenir place entre les Ecrivains connus qui
ont parlé du difcours de Pythagore fur les tranfmigrations de
fon ame. Sophocle avoit dit qu'on connoiffoit des Sages qui Sophocl, Eler.
s’etoient fait pafferpour morts: & à l'occafion de ces paroles, 2.
‚le Scholiafte de ce Poëte ajoüte, que Pythagore s'étoit attribué Schol. Sophock
Mem. Tome X1V,
loco citate,
Pagina 5
Bekijk in PDF(opent in een nieuw venster)ta gloire d'avoir été avant la guerre de Troye Ethahde fis de
Mercure, enfuite Enphorbe, enfuise Hermotime
, enfuite Pythins
de
Delos, & en dernier heu Pythagore. Pour Toni
ce 2 dA
. „Heat. 10d. Horace a feint un fontein
entre ce Phil
déja mort
&
28.70.f4 m Matelot vivant; & il y fait dire par Arches,Die
gore étoit mort, or avoit été
de nouveau précipité dans
quoique par le bouclier qu'il avoit arraché, il eitarr suid
il weit
oe
vécu au tems dela guerre
de Troe. Si ces paroles ne font pas
une pure fiction poétique , & fi elles ont quelque fonde„ment hiftorique dans leouvrages d’Archytas, comme il ya.
plus d'apparence, il faudra reconnoitre en la perfonne d’Archytas un tGnoin bien ancien de % tradition du difcours
attribué à Pythagore. Cependant, comme ni te Scholinibe
ni Horace n'attribuent pas affez pofitivement fa réalité d'un
pareil récit aux propres perfonnes de Sophocle & d’Archyızs,
_paffons à des preuves plus décifives.
Ge Tia.5.
Héraclide de Pont, fçavant homme, dit Cicéron, sl en
3
9D pn jamais, & diféplede Platon, fat aufli difciple des Pythaiain ir He goriciens, & écrivit un fivre für cetre Sete, wes Hv
whitLend.
>?’ prov, & deux.livres de vies, ai Blur. ‘A: tous-ces tires, on
témoignage doit être d'un grandpoids dans l'expofnrion des
[ Script, traditions Pythagoriciennes. C’eft ta temarque d'un Scavant
se, >». moderne. Or nous avons dans Diogéne-Latree-an fragment
Len # B- confrdérable d'Héractide far le difcours de Pythagore. fi eft _
"ig tf. conçû en ces termes: Herachde de Pont ditqu'd (Pythagore)
274.
Lond,fo
racontoi en parlarit de:li-même, qu'il avoit ari ven en la
perfonne dE’rhalide, & awoit;paffepour
fils de Mercure; que Mercure lui avoit propoféde faire unfoukais el qu'ilvom, almà
mortalitéprès; qu'il avoit donc demande de sonferver pendant la vie
Caaprès la mort, le fouvenir desévénemens. joe arrivez;
qu'en effet il s'étois refforvens de tonpendant
fe ie; vpt'étant mort
depuis, il avoit confervé la même ‘réiinifeence;“pif il eset
devenu Euphorbe, & avoit été bleffé par Afénélas; qu’
racontoit auffi comment il avoit autrefois paru fousla forme d'Ethalide, comment il avoit reçû de Mercure le don qui-regardoit la
sranfmigration defon ame ,.coniment. Havo erréde corps en corps,
Pagina 6
Bekijk in PDF(opent in een nieuw venster)par combien de plantes € d'animaux il avoit paffé, combien foe ame
avoit enduré dans les Enfers, & ce que les autres ames y fouffrent;
qu'après la mort d'Exphorbe, fon ame avoit paffé dans le cops
d’ Hermotime, qui voulant auf faire preuve de ce qu'il etoit, s'en
éoit resourudaux Branchides, où étant entré dans le temple d’Apollon, ilavoit maatre le bouclier que Ménéhas y avait mis en offrande.
Car il difoit
que ce Prince reneuant de Troye par mer, avoit confacré
à Apollon le boucler déja fort gate, Cr qu'il n'y reflois plus rien
que la furface de Tyvoire; qu'Fkrmotime étant mort, étoir devegy
Berrhus pêcheur de Delos, & fe fouveuoit encore de tout, comment
il avoit été d'abord E thalide, puis Eupharbe, enfuite Hermotisne ,
enfin Pyrrhus; que Pysrhus ans mort, il étoit devenu Pythagore,
& qu'ilfa reffauvenoir
de tous ce qui vient d'être dit. Tel eft le
fragment d'Héraclide.
.
Ciéarque & Dicéarque convenoient fans doute du difcours
attribué à Pythagore fur fes tranfmigrations, puifqu’en derifion apparemment de ce Philofophe, ils continuoient le détail
de fes tranfmigrations après fa mort même, difant
que l'ame
de Pythagore, au fortir de fon corps, pafla fucceflivement
dans les corps de Pyrander, de Callicléas & de la courtifane
Alcé, C’eft ce que nous apprenons d’Aulu-Gelle: Comme c'efl Gets, Noa.
an point célébre, dit-il, que Pythagore avait coûtume de dire qu'il Arie 4.01. avoit été précédemment Eaphorbe à ilfaut avouer auffi que c'eft- là
ane chofe de bien plus ancienne date que ce que Cléarque & Dicéarque ont écrit, qu'après fe Pyrander, puis Callidéas, & enfuite une belle courtifane qui fe nommoit Ake.
Horace,la nous havons déja va,fint dire à Ar- Ha. 7,04
chytas
que
oit mart, Cr avoit été de nouveau précipité 2°41¢ fit .
das es Enférs, quoique par le bouclier qu'il avoit arraché, Dede
fait voir qu'il avoit vécu au tems de la guerre
de Troye, fuppole
évidemment
la réalité du difcaurs de Pythagore. Il y fait encore allufion dans un autre endroit, où il donne à Pythagore i 5.045.
l'épithéte, Ne de nouveau,
°
ar.
Ovide fait tenir à Pythagore le difcours fuivant: Les ames Ovid. Mean,
font immortelles ; & toljours, apres avoir quitté leur premiére de- 15-158.
meure, elles vivent dans de nouvelles habitations, où aTfont rechés,
Pagina 7
Bekijk in PDF(opent in een nieuw venster)& qu'elles occupent. Ouy, moi-même je m'en fouviens, j'étois Fur
phorbe fils de Panthoüs, au tems de la guerre de Troye, à Atinelas
avec fa lance me perça le flanc. J'ai reconnu depuis le bouclier que
je portois alors à ma main gauche.
Hygis. Fabel.
ara
Plibfrar. vita
-
Hygin dit que Ménélas tua Euphorbe, qui dans lafuite devine
Pythagore, &fe reffouvint que fon ame avoit paffé en divers corps.
Apollonius de Tyane tenoit à l'Indien Jarchas le difcours
* “7 fuivant rapporté par Philoftrate: Æff-ce qu'à l'exemple de Py3:19
thegore, qui fit voir qu'il avoit été Euphorbe, vous voulez dire auffs
que vous avez été quelqu'un des Troyens ou des Grecs, avant que
d'être venu dans le corps que vous animez!
*
Cdi, Not.
Aulu-Gelle déclare que ce que Pythagore avoit accottumé de.
Ani 4.12 Dre, qu'il avoit étéprécédemment Euphorbe, éroit un point célébre.
Ania. Gal.
Lucien faifant parler un Coq, qu'il feignoit animé par
‘ame de Pythagore, lui fait dire ce qui fuit: Lorfque j'ésois
Euphorbe, je combattis devant Troye; & ayant été tuépar MEnélas, je devins dans la fuite Pythagore.
Elien, fans rapporter expreffément la prétention de Pythagore fur le fouvenir de ce qu'il avoit été, la donne affez à
„Elia. Var. entendre, quand il cite comme un fait véritable & réel, une
Hil. 4. 17.
prétention à peu-prés femblable de Myllias de Crotone, qui
croyoit avoir autrefois été Midas fils de Gordius, fe Fétant
Jaifié perfuader par Pythagore, & qui, dans cette idée, fit le
voyage d’Afıe pour vifiter le tombeau de Midas.
Philoftrate, outre l'entretien cité d’ Apollonius de Tyane
avec larchas, parle encore ailleurs des tranfmigrations de
Pillofrar. vi l'ame de Pythagore. Itdit dans un endroit, que ks Panégyrifles
ge De de Pythagore de Samos rapportent de lui, qu'avant de naître en
Jonie, il avoit déja éé Euphorbe à Troye, qu'il avoit recöuvr? la vie
après y être mort, & qu'il y avoit péri
de la maniére dont Homére
itTerie. is le raconte. Dans l'autre endroit, Philoftrate ajoûte que Pytha725. dd Epf gore difoit qu'il avoit &é Euphorbe, que de Froyen il etoit devenu
© donien, de Guerrier Philofophe, de voluptueux homme temperant,
© que la même chevelure dont ilvouloit, étant devenu fage, que la
craffefit tout l'ornement, il l'avoit entretenué à Troye dans un édat
pareil à celui
de l'or, quand il &oit Euphorbe..
Pagina 8
Bekijk in PDF(opent in een nieuw venster)Tertullien déclame fort contre la prétention de Pythagore, Tertullian, de
dont nous parlons: Comment croirai-je, dit-il, que Pythagore ne “ira. 28.
ment point, lui qui ment pour que je le croye ! Comment me perfuadera-t-il qu'il a été Ethalide, Euphorbe, lepécheur Pyrrhus, Hermotime, & enfuite Pythagore ! Le même T'eriullien fait encore side.
mention du bouclier d’Euphorbe que Pythagore fe vantoit
d'avoir reconnu. Gi
,
1
|
Origéne dit aufli
que Pythagore prétendoit avoir reconnu le
Origen. contrà
Bouclier qu'il avoitportemies il étoit Euphorbe.
PE. L
.. L'Auteur d’un fragment de Leçons phitofophiques fous le
nom d'Origéne, ouvrage où l'on s'étoit propofé de récueillir
les points principaux de la doctrine de chaque Philofophe,
.
parle ainfi de Pythagore : // enfeignoit l'immortalité de l'ame, & Philofophic.
‚fa tranfmigration en divers corps. En confequence, il difoit qu'avant Jin. de De
la: guerre de Troye il avoit éé Thallide, pendant la guerre de Troye en
Ephorbe, après cela Hermotime de Samos, après lui Pyrrhus de
Delos, en cinquieme lieu Pythagore. _
|
… Diogéne- Laërce rapporte & adopte le fragment déja cité Zaire. in Be
d'Héraclide de Pont fur la prétention où étoit Pythagore, pole tan
d'avoir été fucceflivement Ethalide, Euphorbe, Hermotime, Lo TE
Pyrrhus de Délos, & enfin Pythagore, Et il ajoûte un peu zi RB 2r7.
plusbas, que ce Philofophe difoit encore lui-même dansfes Ecrits,
qu'il etoit revenu parmi les hommes fous la forme de Pythagore,
apres un féjour de deux cens fept ans dans les Enfers. Laërce dit iid, p. 21m
de plus fur la foy d'un ancien auteur nommé Hiéronymus,
que Pythagore étant dans les Enfers, y avoit vi les ames
d'Homére & d'Héfiode tourmentées, à caufe de fa maniëre
dont l'un & l'autre de ces Poëtes avoient parlé des Dieux; ce
qui fait voir de plus en plus combien toute l'Antiquité étoit
imbué des récits de Pythagore fur les aventures de fes tranfmigrations.
|
Lo
vie dont leur ame avoit autrefois joui avant d'être attachée au corps
préfent, & il donnoit des preuves invincibles qu'il avoit été Eu-
— *
Porphyre s'exprime ainfi dans la vie de Pythagore:-/rap- Parpkyr. vir
pella à plufieurs de ceux qui venoient à lui, lefouvenir de la premiére FAR RE
phorbe fils de Panthoüs. Auff entre les vers d Home, il celebroit
Pagina 9
Bekijk in PDF(opent in een nieuw venster)principalement les vers fuivans, & les chantoit avec goût fur la bre,
Porphyre rapparte en cet endroit onze vers d’ Homére fur
Euphorbe, qui fe lifent au dix-feptiéme livre de l'Hiade, après
gi il contimue ainfı: Pour ce qni regarde l'hifloire du boucher
Euphorbe de Phrygie, confacré a Junon d’Argas dans Adyecnes
avec les autres dépouilles de Troye, nous la paflons fous filence,
comme une chofe trop vulgairement connué. Porphyre dit un pea
Porph. vist
By. plus bas, parlant toûjours de Pythagore : 47faifoit remouterfon
thog: P-44-
exiflence à des perfonnes qui avoient vécu antérieurement, allé
qu'il avoit étépremiérement Euphorbe, fecondement Ethalide, troifiémement Hermotime, quatriémement Pyrrhus, enfin Pythagore.
lanël va Py
lamblique rapporte prefque mot pour mot ee que nous
th.ff venons de voir, que Porphyre avoit écrit fur le fouvenir que
iz.“
Pythagorerappelloit aux autres de leur premiére vie, fur les démonftrations prétendués qu’il donnoit d’avoir été Euphorbe,,
fur tes vers d'Homére qu'il affeétionnoit, & fur la notoriété
de l'hifloire du bouclier d'Euphorbe. Jamblique témoigne
Idem, 28. p. encore ailleurs, que Pythagore connoiffoitfor ame, ce qu'elle etoit,
tiefie
d d'où elle étoit venuë dans fon corps; qu'il en connoiffoit les vies
précédentes, & qu'ilproduifoitfur cela des preuves évidentes de ce
Bid p.119. qu'il avangoit.
Enfin, le même lamblique, fans nommer Elien,
cite dans les mêmes termes que lui ce que nous avons déja dit
de Myllias de Crotone: Pythagore, difent-ils, fir rfomenir
Myliias de Crotone, qu'il avoit été Midas fils de Gordius; &
Mylkaspie dans le Continent d’ Afıe, poury faire à un tombeau
ce que D gore lui avoit prefcrit,
Lat. 3.18.
Laétance réfute fort au long les idées de
ore en
général, & particuliérement fa prétenduë réminifcence: Nous
en rapporterons-nous, s écrie-t-il, ace Vieillard extravagant, qui a
Bid. 7.23.
.
Hiern. Apl,
fauffement affûré qu'ilavoir été Euphorbe dans une vie prexedente!
Pythagore, dit ailleurs Laftance, enfeigna que les ames paffoieut
dans
de nouveaux corps, qu'elles. paffoient des hommes dans les
bêtes, & des bêtes dans les hommes, & que lui-même, après avoir
été Euphorbe, avoit depuis recû une nouvelle vie,
Saint Jérôme attefte pareillement que Pythagore difoit qu
abel: Rein} ayoit
étépremiérement Euphorbe, fecondement Callide, troifiémement
Pagina 10
Bekijk in PDF(opent in een nieuw venster)Hermotime ; quatriémement Pyrrhus, & en dernier lieu-Pythagore.
Saint Cyrille rapporte en citant Porphyre, fendroit de cet Gril. cor
Ecrivain, que nous avons déja allégué fur le bouclier d’Eu- Jalan 7.
phorbe; ainfi il reconnoit, comme tous les autres, la notoriété du difcours de Pythagore fur les différentes tranfmigrations de foname.
-
.
|
Aufone indique la réalité de la même tradition, dans le ifr, pin
début d’une de {es Epigrammes: Pythagora Euphorbi, dit-il, 69: ad Brhag.
pour fignifier que Pythagore prétendoit avoir été Euphorbe..
Le Scholiafte de Sophocle déclare que Prhagere s'attribuoit Schel, Sophocly
da gloire d'avoir été avant la guerre de Troye Ethalide fils de Etch. 62.
Mercure, enfuite Euphorbe, enfuite Hermotime, enfuite Pythius de
Delos, & en dernier lieu Pythagore..
Le Scholiafte d'A pollonius de Rhodes parte ainfıà Pocoa- Schal, Apolions
fion de l'Argonaute Ethalide: Phérécyde dit qu'Ethalide regut Argon.ı. 645»
de Mercure le don, quefon ameferoit tantôt dans les Enfers, tantée
en divers lieux fur la-terre- Des Pythagoriciens affürent que l'ame
étant immortelle, Bthalide fut Euphorbe fils de Panthus au tems.
.de la guerre de Troye, enfuite Pyrrhus de Grete, puis un Elen:
dont le nom eff ignoré, après cela Pythagore ; & Pukagore,
dausan ouvragefur ce que les ames chaugent CF entreut en d'autres corps.
dit qu'il avoit été d'abord Ethalide, eufuite Euphorbe Frayan, puis:
de fils de Mercure & d'une Gourtifane de Samos, enfin Pythagore,
& qu'il'en confervoit lefouvenir par fa:faveur de. Mercure, qui en:
avoit gratifiéfon fils E thahde..
Porphyrion terminera da lifte des Auteurs de l'Antiquité rad
‘qui ont parlé du difcours
de Pjrliagore fur les tranfmigrations Ha. 1. 04
fon ame. Cet ancien Commentateur d'Horace dit que Py- °°°“
thagore annonça qu'à Troye il avoir été Euphorbefils de Panthoïs;:
, qu'après avoir été.iné.par Ménélas, il avoit egcore.regi: une nouvelle’
we, & qu'étant devenu Pythagore, il s'était seconuu
, après avoir
reconnat le bouclier ga'avoit
eu Enphorbe. |
Le detail que nous venons
de faire, prouve clairement que
le difcours de Pythagore, dont il s'agit ici, étoit devenu chez
tes Grecs & chez les Eatins, un point d’Antiquité prefqu’aufli
cékébre que fon dogme même dela Métempfychofe. On ne:
Pagina 11
Bekijk in PDF(opent in een nieuw venster)difoit point que ce fût un fimple propos des Pythagoriciens,
on convenoit que c'étoit la prétention de Pythagore luimême. Poëtes, Hiftoriens, Philofophes, Peres de l'Eglife,
‘Critiques, Grammairiens, Partifans & Adverfaires de Pytha-
“gore, tous dui font tenir le même langage. II faut donc que
Pythagore ait été véritablement l'auteur d'un pareil difcours,
tout fabuleux qu’il eft par lui- même. Et j'ofe dire qu'à fa
:referve des grands événemens de l'ancienne Hiftoire , dont
l'importance augmente Ja certitude, on trouvera dans la clafle
des petits faits hiftoriques, très- peu de points mieux établis
ue celui-ci. Selon Î'ufage fuivi dans cette Compagnie, &
Aion Jes loix de fa faine Critique, les Ecrivains les plus modernes & les moins autorifez par eux-mêmes, les Suidas, les
Tzetzès, ne laiffent pas de faire preuve lorfqu'ils citent leurs
garans, & qu'ils déclarent qu'un Ancien a dit telle & telle
chofe. A plus forte raifon cent fois, plufieurs anciens Auteurs
Grecs & Latins formant une tradition unanime dans le fond,
& non conteftée, dont fa chaîne remonte prefque jufqu’au
fiécle de Pythagore, doivent-ils faire autorité, lorfqu’ils aflü-
‘rent que Pythagore avoit dit que fon ame avoit informé tels
& tels corps. Examinons ce qu'on peut oppofer à la vérité
d'un fait fi conftamment & fi généralement avoué.
- Premiere diffrculté. Les Ecrivains citez, dira-t-on, ne s'accordent point entr’eux fur l'énoncé du difcours qu'ils attribuent
„A Pythagore. Ils varient fur le nombre, fur 'arrangement, fur
Ja qualité des perfonnes qu'ils placent entre Euphorbe & Py-
© thagore, & leur contrariété fuffit pour anéantir leur autorité,
Mais quoi? rien de plus commun que de voir différens
* Auteurs varier dans le récit du même fait hiftorique. Doit-on
deffors rejeiter‘en entier les témoignages des uris & des autres,
“fous prétexte de leur contrariété? Non certainement. Ilya
des cas où ces fortes de témoignages ne laiffent pas d'être des
‘preuves inconteftables. Par exemple, fi les Hiftoriens ne font
divifez entr'eux que fur le détail de quelques circonftances,
“& qu'ils s'accordent fur un point fondamental, les feules cir-
* couftances pourront alors être révoquées en doute, mais fe
point
Pagina 12
Bekijk in PDF(opent in een nieuw venster)point fondamental demeurera prouvé par fes témoignages
mêmes qui le rapportent diverfement. Hérodote écrit que les Hood 6. 74
Rois de Sparte avoient droit de mettre chacun.deux marques
au fcrutin. Thucydide affire qu'ils n'en mettoient qu'une ; Tiuyd. 1.205
& fans nommer Hérodote, on voit qu'il le défigne, & qu'il
affecte
de le contredire. Ce font deux témoignages oppolez,
qui fe réuniffent pourtant
à prouver que les Rois de Sparte
Æonnoient, comme des particuliers, leur fuffrage
par voye de
fcrutin. Hérodote & Thucydide ne fant contraires.que far
ane legére circonftance, & celui des deux qui fe trompe, ne
daiffe pas de confirmer en même tems la vérité générale que |
'autre établit. Telle eft la nature de la plüpart des faits hiftoziques fur lefquels divers Auteurs font partagez.
Il yaprefque
toûjours un point fondamental dont ils conviennent, en fe
contredifant fur le refte. On ne peut point alors rejetter Ig
fubftance des faits, fous prétexte de la diverfité des circonftances; ce feroit vouloir trouver de la contrariété
où l’unanimité eft toute entiére, & il ne refteroit prefque plus rien
d’autorifé dans l'Hifloire, parce qu'il y a bien peu de faits dont
le détail foit énoncé d'une maniére toûjours uniforme .par
divers Ecrivains. Faifons l'application de ce principe à la
queftion préfente.
L'article fondamental dont
il s'agit,
eft de fçavoir fi Pythagore a dit que fon ame avoit précédemment informé. d’autres
corps humains. Or il n'y a fur «ela.nulle contrariété parmi les
Auteurs, ils s'accordent unanimement à reconnoître la réalité
de cette prétention de Pythagore. Quoi, parce qu'il s'en
trouve quelques-uns parmi eux, qui varient fur le nombre, oy
fur J'arrangement, ou fur
le nom des perfonnes:intermédiaires
entre Euphorbe & Pythagore, on rejetteroit le total
de beurs
témoignages dans le fait effentiel für lequel ils fe réuniflent,
& l'on nieroit, par cette raifon la fubftance du difcours qu'ils
attribuent de concert à Pythagore? Ce feroit njer l'exiftence
des faits les plus certains & les plus avérez, fous prétexte que
les circonftances en font diverfement racontées.: méthode
inoüie, fuivant laquelle il faudroit auffi nier d'ufage du fcrutigg
Mem. Tome XIV.
Pagina 13
Bekijk in PDF(opent in een nieuw venster)pour les Rois de Sparte, parce qu’Herodote & hucydide
T
en
atteftant cet ufage, varient fur la maniére dont les Rois donnoient leur voix.
Héraclide de Pont met, d'après Pythagore, Ja fuite des
tranfmigrations en cet ordre: Ethalide, Euphorbe , Hermotime, Pyrrhus & Pythagore. Les uns placent Euphorbe avant
Ethalide, ou Pyrrhus avant Hermotime ; les autres au lien
d'Ethalide écrivent Thallide ou Callide, ou bien ils mettent
Pythius au lieu de Pyrrhus, en reconnoiffant toüjours le
nombre de cinq tranfmigrations. Qui eft-ce qui ne verra pas
que c'eft- là une même & unique opinion: exprimée avec
quelque legére tranfpoñition, ou avec quelque méprife d'or
thographe? Plufieurs de ces Ecrivains ne
font mention, ni.
d'Ethalide, ni d'Hermotime, ni de Pyrrhus, & ne parlent
ue du feul Euphorbe. Mais il eft vifible que ceux-là ne fe
font point propofé de faire le détail exact & circonftancié de
toutes les tranfmigrations. Ils conviennent avec les premiers
‘Auteurs, pour fe fond du difcours de Pythagore, & Fon ne
peut point aflürér qu'ils n'ayent pas même penfé tout-à-fait
comme eux pour le refte, & pour fe nombre précis des cing
tranfmigrations. Enfin, 4 fe trouve quelques-uns de ces Ecrivains poftérieurs, qui, entre Euphorbe & Pythagore, nomwent des perfonnes inconnues au lieu d’Hermotime & de
Pyrrhus; mais ils‘conviénnent tôGjours du fait effentiel, à:
fçavoir; que Pythagore difoit que fon ame avoit autrefois:
animé tels & tels corps. Hs font partagez , ‘direz-vous, fur fe
nombre, fur la qualité, fur le nom des perfonnes Hé bien!
en leur fuppofant une autorité égale à celle des autres, je puis.
tout au plus récüfer fe témoignage'de tots enfémble, fur cequit y ade contraire; mais je fuis obligé de Fadmettre fur feait principal, qui eft que Pythagore difoit que fon ame avoit
précédemment informé d'autres corps. J’y fois obligé, parce:
que leur témoignage en ce point eft uniforme.
- Je dis plus, unediverfité
de cette efpece dans les récits des-
Auteurs, quand elle tombe far les feules circonftances , bien:
Join d’être une objection valable contre le fait principat, en.
oe das al
Pagina 14
Bekijk in PDF(opent in een nieuw venster)devient une nouvelle preuve, par la raifon que plufieurs témoignages entiérement uniformes de divers Ecrivains qui
rapporteroient un fait avec les mêmes circonftances & dans les
mêrpes termes, pourroient quelquefois être regardez comme
un témoignage unique avancé par l'un & copié par les autres;
au lieu que plufieurs Hiftoriens qui atteftent un fait avec quelques legéres variations, font deflors à couvert du foupgon de
s'être copiez les uns les autres, & font par conféquent une
multiplication d'autorités. Et c’eft ici le lieu d'appliquer une
régle de Critique autrefois propofée dans cette Compagnie,
fçavoir, que lorfqu’il y a parmi les anciens Ecrivains des opinions différentes fur des points peu importans d'Hiftoire & de
Chronologie, cette diverfité même prouve non feulement Ia
multiplicité des Mémoires & des titres qu'ils avoient confultez, mais encore que chacun fe croyoit en droit d'examiner,
& que l'on ne fuivoit pas aveuglément l'autorité d'autrui. II
ne faut donc pas conclurre de la diverfité des récits attribuez
à Pythagore fir les tranfmigrations de fon ame, que Pythagore n’avoit jamais rien dit de femblable ou d’approchant. II
aut plütöt juger que la réalité d'un récit de cette efpece étoit
un point communément rec, & conféquemment un point
véritable dans le fond , quoique diverfement rapporté dans
fes circonftances. Et l'on ne fera point admis aujourd'hui à
citer une prétendué oppofition d’Ecrivains pour détruire la
fubftance d'un fait, dont il eft manifefte au contraire qu'ils
font tous convenus.
Seconde difficulté. Héraclide de Pont eft le plus ancien Au-
„teur connu, le plus circonftancié & le plus généralement
faivi, qui nous ait donné le détail du récit de Pythagore. Or
ceftun Ecrivain, dira-t-on, qui ne niérite point de croyance;
ainfı, puifqu'il eft à la tête de cette tradition, on peut regarder
la tradition comme fauffe.
L'accufation qu'on forme contre la fidélité d'Héraclide de
Pont, eft fondée fur deux paflages, l'un de Cicéron, l'autre.
de Plutarque, que nous examinerons plus bas, & que nous
verrons ne pouvoir être légitimement alléguez contre Ja
M min ij
Pagina 15
Bekijk in PDF(opent in een nieuw venster)bonne foy de cet ancien Ecrivain. Mais je veux, pour ur
moment, que Cicéron & Plutarque lui ayent imputé, em
général, d'avoir avancé des fables & des menfonges, & qu'ils
ayent eu raifon de lui faire ce reproche; peut-on, en conféquence, récufer fon témoignage fur le difcours qu'il attribué
à Pythagore? On ne le peut point, parce qu'il ne fut jamais:
permis dans les régles de la bonne Critique, d'appliquer arbitrairement une accufation vague à un point particulier. If
faudroit que Cicéron & Plutarque euffent dit, ou qu'Héra- _
clide avoit rapporté fauflement ce point particulier, ou quit
n’avoit jamais rien dit qui ne fût faux. L’objeétion auroit
peut-être alors quelque fondement; hors de-{a, if n'y a pas
même l'ombre de difficulté. Car enfin, les Critiques ne s'élevérent jamais tant contre les prétendus récits fabuleux d'Héraclide de Pont, qu’ils Pont fait contre ceux d'Hérodote & des
autres Ecrivains les plus refpeétables. Oftrne feroit pourtane
point regü préfentement à récufer fous ce prétexte, l'autorité
d'un paffage quelconque de ces Auteurs, à moins qu'il n’y eût
d’ailleurs dans le paflage des raifons particuliéres-de fufpicien.
Hi en faut dire autant d'Héraclide. Cet Ecrivain, cité avec
(loge par un nombre infini d’Ecrivains poftérieurs, par
Cicéron même & par Plutarque, doit faire autorité, comme
tant d'autres, quand il n'y aura pas d'autre motif
de rejetter
fon fuffrage, qu'un reproche vague d'infidélité. Ainfi, quand:
même une accufation
de cette efpece auroit été faite en général à Héraclide de Pont, & qu'elle lui auroit été faite avec
raifon, on ne peut point aujourd'hui en: faire l'application à
ce quil rapporte du difcours de Pythagore.
€ raifonnement peut avoir lieu principalement dans ht
matiére prefente, où Yon voit que la réalité du difeours attribué par Héraclide à Pythagore, a paffé pour ume chofe con-ftante dans tous les fiécles huivans Si ce qu'Héraclide avance
fur ce point, avoit été pofitivement contredit par les autresEcrivains, à la bonne heure qu'on le traitat de fable inventée
à pläifir; mais tout fe monde a penfé, tout le monde a parlé:
comme Héraclide fur
{a fubftance du récit
de Pythagore, &
Pagina 16
Bekijk in PDF(opent in een nieuw venster)fa plûpart
ont cité les mêmes circonftances, la même zventure
du bouclier d’Euphorbe, le même nombre de tranfmigrations.
Voila donc une raifon de plus, & une raifon trés-preflante,
de ne point envelopper
le fragment d’Héraclide far Pythagore, dans l'accufation qu’on veut que Cicéron & Plutarque
¥t intentée en général contre la fidélité d'Héraclide.
Allons plus loin encore, & voyons quelle atteinte Cicéron
& Plutarque ont donnée à l'autorité d'Héraclide, & à quoi
fe réduifent les reproches qu'ils lui font.
Que lit-on dans Cicéron? Qu'Heraclide de Pont, forti de la Cicer, dé Nan
même Ecole de Platon, a rempli fes livres de contes pueriles. Mais Der 1:13.
ce n'eft pas Cicéron qui. parle ainfi en fon propre nom. H fait
tenir ce difcours par un Interlocuteur qu'il defavoué & qu'il
réfute, par Velléiusl’Epicurien, auquel il reproche de prendre sia &:
mal-à-propos le ton de confiance fi ordinaire à ceux de ce
i, & de ne rien craindre tant que de paroître douter de
quelque chofe. Après ce début, fuivent les opinions des plus
eélébréS: Philofophes en faveur de fa Divinité & de ta Providence. Velléius les pafle tous, pour ainfi dire, en revûë, &
des flétrit Fun après l’autre de quelque qualification odieufe.
Héraclide a la fienne, comme tous les‘autres, & il lui eft
glorieux d'être maltraité en fi bonne compagnie. Après ce
difcours plein d'inveâtives, Cicéron prend la parole fous-le
perfonnage de Cotta, il réfute Velléius, il le blame en particulier d'avoir taxé de folie, de délire & d’extravagance, tout
ee qu'il y a jamais eu de grands hommes: Summos viros defpere, id. 34:-
delirare, dementes effe, dicebas. D'où il fuit que Fimputation
faite à Héraclide, d'avoir rempli fes livres de fables puériles,
ne doit être mife fur le compte, ni de Cicéron, ni d'aucun
Ecrivain réel; & que de la façon dont cette aceufation eft
propofee & réfutée, elle tourne véritablementà la gloire deFaccufé.. On ne peut l’entendre autrement, fur-tout après tes
louanges
que Cicéron donne ailleurs au mérite d’Héraclide,.
en citant par-tout fon témoignage comme une autorité grave, .
& difant quelquefois que c'étoit un fçavant homme: Ponticus then, deDiving
Heraclides, dollus vir, dit-il dans fon premier livre‘de la ">
Pagina 17
Bekijk in PDF(opent in een nieuw venster)Divination. Obfervez qu'il enchérit encore fur cet éloge dans
fes Tufculanes, & qu'il le nomme un Sçavant du premier
ordre, en adoptant un Difcours philofophique de Pythagore
Cicer. Tifel. cité par Héraclide : Ur feribit auditor Platonis, Ponticus Heras.3.
clides, vir dolus imprimis. Si Yon veut donc juger du poids de
l'autorité d'Héraclide quand il rapporte le récit de Pythagoæ
fur les différentes tranfmigrations de fon ame, fi l'on veut,
dis-je, en juger par l’idée que Cicéron a pu avoir du mérite
de cet Ecrivain, il faut confulter ce que le même Cicéron en
a dit dans l'endroit que nous venons de citer. Il faut imiter
l'exemple qu'il y donne, d'adopter fur la foy d’Heraclide, la
réalité d’un difcours de Pythagore. N'eft-il pas naturel d'en
ufer ainfi en une circonftance toute pareille, & n'eft-ce point
prendre le change vifiblement, que de juger du vrai fentiment de Cicéron par le langage d'un Interlocuteur, que Cicéron lui-même defavouë avant qu'il parle, & qu'il réfute
enfuite lorfqu'il a parlé!
Venons préfentement à faccufation qu'on empMnte de
Plu inCamill. Plutarque contre l'autorité d'Héraclide. Hérachde de Pont, ditil, voifin du tems de la prife de Rome par les Gaulois, rapporte
dans fon livre del’ Ame, qu'il étoit arrivé des nouvelles d'Hefpérie,
qu'une armée dEtrangers venus des régions Hyperboréennes, avoit
pris Rome, ville Grecque fituée vers la grande Mer: & je ne
m'étogne pas, ajoûte Plutarque, qu’Herachde, qui étoit conteur
de fables & de fiéfions, ait ajoûté, par affedlation, à la vérité de la
- nouvelle de la prife, les circonflances des Hyperboréens © de Is
grande Mer.V oilà contre Héradide une accufation dans toutes
les formes, la premiére peut-être & la feule qui ait jamais &é
faite contre la fidélité de cet Ecrivain, en matiére d'Hiftoire.
Mais foit que Plutarque ait traité Héradide de conteur de
fables, fur le texte mal entendu de Cicéron, foit qu'il ait
woulu lancer contre le même Héraclide un de ces traits qu'il
a prodiguez contre Hérodote & contre tant d'autres, ce quill
y a de certain, ceft que fa critique du récit géographique
Cher. Gem. d’Heraclide tombe à faux, comme Cluvier Fa remarqué, fur
foy des autorités de Pofidonius, de Mnaféas & de quelques
Pagina 18
Bekijk in PDF(opent in een nieuw venster)autres Ecrivains des plus anciens, qui appellent Hyperboréens
Tes peuples Gaulois & Celtiques. Auflı M. l'Abbé Banier, Académie
des
dans fes Réflexions fur les Hyperboréens, prouve-t-il que Bells-Lems,
le mot Hyperboréen étoit un-terme générique & rélatif, qui p. 127. fag,
fignifioit Septentrional. Les Gaulois qui prirent Rome étoient
donc un peuple
Hyperboréen par rapport à l'Hefpérie; &
Héraclide n'a rien
affeété, n’a rien ajoûté à la vérité, lorfqu'il
a dit que fuivant les nouvelles venués d'Hefpérie, un peuple
Hy perboréen. avoit pris la ville de Rome. Quand même,
après tout, il feroit arrivé qu'Héraclide fe fit mal expliqué
fur un point de Géographie qui regardoit Ja pofition
des pays
occidentaux, peu connus alors dans la Grece, feroit-on en:
droit de regarder pour cela comme une faufle fuppofition, lerécit qu'il attribué à Pythagore fur les tranfmigrations de fon:
ame! Quelle conféquence, & quel rapport de l’unà l'autre?
Ti n'y a donc rien de la part d'Héraclide, qui puiffe nousempêcher de reconnoître la réalité du difcours de Pythagore:
qu'il nous a tranfmis. Tout nous oblige, au contraire, d'ad-mettre l'authenticité
de fon témoignage. D'abord, c'eft un desplus anciens Auteurs qui ayent pu nous inftruire des traditions
Pythagoriciennes, puifqu'il fut difciple des Pythagoriciens 8
de Platon, & que ce fut du tems de Platon que les livres des:
Pÿthagoriciens commencérent à tranfpirer hors de leur Ecole.
ailleurs, il eft conftant qu'il écrivit lui-même un livre fur
Jes Pythagoriciens, qu'il étoit mieux en état que perfonne:
d'expofer fidellement leur doétrine & leur hiftoire, que Ci-:
céron fait de lui les plus grands éloges, en citant, fur fon té-moignage, un Difcours philofophique de Pythagore, & queles Ecrivains modernes, comme les anciens, ont paru, ainft:
qe je l'ai déja montré, faire un cas particulier de fon autorité.
ans les matiéres Pythagoriciennes. Enfin, le récit d'Héraclide:
fur la prétention qu’avoit Pythagore, d'avoir été Ethalide,.
Euphorbe, Hermotime & Pyrrhus, eft un récit détaillé. Ceux:
qui ont depuis écrit fur le difcours de Pythagore, ont tous.
parlé comme Héraclide, pour la fubftance du fait, & la plüpart ont marqué les mêmes circonftances. Convenons donc
Pagina 19
Bekijk in PDF(opent in een nieuw venster)que le récit d’Heraclide eft revêtu de tous les caraétéres d’autorité qu’on peut exiger pour le faire recevoir, & que Pythagore avoit réellement dit & enfeigné qu'avant d'être Pythagore il fut fucceffivement Ethalide, Euphorbe, Hermotime
& Pyrrhus,
Troifieme difficulté. W n'eft pas vraifemblable, dit-on, qu'un
homme auffi fage & auflı éclairé que l'étoit Pythagore, ait
jamais avancé une impofture fi groffiérement imaginée, que
de dire qu’il fe reflouvenoit que fon ame avoit autrefois informé tels & tels corps.
Mais depuis quand un prétendu défaut de vraifemblance
fera-t-il écouté, au préjudice des preuves les plus réelles, les
plus nombreufes, les plus décifives? Si des faits authentiquement prouvez pouvoient fe nier fur de fimples foupçons &
fur des apparences contraires, une telle maxime fapperoit par
les fondemens tout ce qui s'appelle Hiftoire, qui n’eft jamais
appuyé que fur Ja foy des témoignages, & qui roule fur des
vérités quelquefois peu vraifemblables en elles-mêmes. Qu'on
ne vienne donc point contefter {fa réalité d’un difcours de Pyr
thagore atteft par toute l'Antiquité, & dire que ce Philole.
phe avoit trop de bon fens pour avoir tenu un pareil langage,
Les Philofophes de la Grece, & Pythagore en particulier,
£toient des gens de mérite. Ouy fans doute, mais croira-t-on
qu'ils n’avoient pas chacun leurs travers? Cicéron, qui les
connoifloit beaucoup mieux que nous ne pouvons les connoître, les comble ordinairement de louanges, il eft vrai,
Cie. de Divin. mais il convient en même tems qu’il n’y avoit pas d'abfurdité
#8.
que quelqu'un d’entr'eux n’eüt avancée, Sages de nom, &
même véritablement fages fur plufieurs articles, ils étoient fous
fur certains points, & la folie de Pythagore étoit la Métempfychole,
.
Cela pofé, if ne paroitra plus fi étrange que ce Philofophe
ait marqué nommément les perfonnes après lefquelles il prétendoit revivre, Ethalide, Euphorbe, Hermotime, Pyrrhus,
N’eft-il pas naturel que voulant établir fon dogme de la
tran{migration des ames, il ait cherché à le prouver par des
exemples
Pagina 20
Bekijk in PDF(opent in een nieuw venster)exemples tirez de fa propre perfonne? Ainfi la vraifemblance
du fait fe joint encore ici à la force de l'autorité. 2...)
7
Aujourd’hui que nous avons des mœurs & desi fentimens
tout oppofez à ceux d'autrefois, Vinduction de Pythagore
nous peut paroitre tout-à-fait indigne de lui. Dans l'ancien
tems, où Ton fçavoit beaucoup mieux qu'à préfent ce qu’il
falloit penfer fur le compte de ce Philofophe, on difoit, on
écrivoit, on penfoit qu'il avoit enfeigné que fon ame avoit
informé.tels & tels corps. Les uns prétendaient;qu'en cela il
avoit dit faux, les autres foûtenoient qu'il avait dit vrai ; mais
tous convenoient qu'il Favoit dit, & Fon ne trouvoit à fa
réalité de fon difcours, ni impoffibilité, ni même défaut de
vraifemblance. If nous fieroit mal aujourd’hui de décider qu’il
. y ena, & qu'il yen a au point qu'il ne fe peut pas fire
que Pythagore ait palé de la forte. quoi qu'en.dife toute
l'Antiquité.
a
_
Au refte, Pythagore n’eft pas le feul qui
ait prétendu fe
reffouvenir du féjour que fon ame avoit précédemment fait
en divers corps. De tout tems il s’eft vü des gens qui ont eu .
la même prétention, & qui ont parlé de leurs vies précédentes
dans le même goût. Myllias de Crotone difoit que fon ame “£ian. va.
étoit la même que celle qui avoit autrefois animié le corps de F4 17:,
Midas fils de Gordius; & à cette occafion, il fit le voyage Pychagor. 28.
d'Afie pour vifiter le tombeau de Midas. Le Poëte Ennius, 4,7"? edit.
qui vivoit dans un pays où les dogmes Pythagoriciens avoient Ean fragm.
pris naiffance & avoient le plus de cours, & qui chanta lui Fos fof.
même fa tranfmigration des ames, felon Lucrece, fe reflouvenoit, difoit-il , d'avoir été Paon, & d’avoir auffi été le Poëte fog. - Epif.
Homére. Dans Philoftrate, FIndien larchas raconte fort au 2.7. 50. &
Jong le fouvenir qu'il confervoit d'avoir vécu plufieurs fiécles 77%: 4
auparavant fous une forme différente. L'Empereur Julien, Pa/-6.1 0.6
fuivant les mémes idées de la Métempfychofe, fe perfuadoit , "des ma
ou vouloit perfuader aux autres, que l'ame qu'il avoit étoit Apollon. Tyan.
celle qu’avoit eu Alexandre le Grand. Enfin, les Bonzes ® siers. Hip.
d'Orient, qui font dans leur pays les Oracles des Sciences & Eechf. 3.244
Mem. Tome XIV.
Pagina 21
Bekijk in PDF(opent in een nieuw venster)de la Religion, alléguoient encore dans ces derniers tems,
pour preuve du dogme de la Métempfychofe, qu’ils fe reffouvenoient d'avoir été telle & telle perfonne dans les fiécles
précédens. Tant il eft vrai que lorfqu'on foütient
une fois fa
tranfmigration des ames, ceff une méthode fimple & naturelle que de vouloir en donner des exemples, & en faire
l'application à foi-même. On auroit donc tort de nier fur un
prétendu défaut de vraifemblance , la réalité du difcours de
Pythagore, puifque la vraifemblance même feconde ici parfaitement la vérité des témoignages, pour rendre le fait indubitable. Ainfi, concluons toûjours que Pythagore a enfeigné
qu'il avoit été fucceflivement Ethalide, Euphorbe, Hermotime & Pyrrhus, comme Héraclide de Pont & tant d'autres
‘ont pofitivement affüré.
:
Quatrieme difficulté. Les expiations des ames, dans Ja doétrine des Pythagoriciens, qu'on doit préfumer avoir aufli été
la doctrine de Pythagore, comprenoient des milliers d'années
dans leur durée. Pythagore, dit-on, a donc fuppofé des
milliers d'années, par rapport à fon-ame, depuis (a forte d'un
corps humain jufqu’a fa rentrée dans un autre corps humain;
& par conféquent il n'a jamais dit que fon ame eût informé les
corps d'Ethalide Argonaute, d'Euphorbe tué devant Troye,
d’Hermotime & de Pyrrhus, à fi peu de diftance les uns des
autres.
|
Mais non, la durée des expiations Pythagoriciennes , que
les Anciens ont fait monter à des milliers d’années, n’étoit
point le tems que lame féjournoit hors d'un corps humain
dans l'intervalle de deux tranfmigrations; c'étoit le tems que
_ Fame habitoit fucoeflivement différens corps, foit humains,
foit autres, jufqu’à ce qu'elle remontät au lieu de fon origine.
| Had. 2.
C'étoit un retour périodique de trois mille ans, fuivant ce
dit Hérodote des Egyptiens, chez lefquels il affüre que les
Grecs avoient pris leur dogme de la Métempfychofe. C’étoit,
Plat. in Pad. felon Platon, une circulation des ames, qui duroit tantôt dix
123.
mille ans, tantôt trois mille, quelquefois mille feulement
Pagina 22
Bekijk in PDF(opent in een nieuw venster)Porphyre, & Proclus qui le cite, y compiaignt dix millegns, pur ix Tim,
& Macrobe de même, If n'y a qu'à ouvrir Jas livres
de ces, pas:
+7.
Ecrivains & des dutres qui ont traité ces matiéres, pour voir scpim. 2.9.
que ia durge des expiations P ythagoriciennes regarde le féjour
total des ames, dans l'Air, fur Ja Terre ou dans les Enfers, &
non pas l'intervalle particulier d'une trarifmigration humaine
à une'dutre tranfnigration. humaine, Et fi Virgile femble Axia 6.
donner mille ans ensiers
au Kéjaur
de quelques ames dans Les 777:
Enfers, avant qu’elles viennent animer de nouveaux corps
fur 13Terre, il ne s'enfuit nullement que Pythagore & iles
Pythagoriciens ayent jamais établi une expiation
sde. cctte
durée, par où il fallût néceffainement que toutes lexamés fans
diftinction , euffent à pafler. Quel qu'ait 4éle fentiment de
Pythagore fur les expiations, f pourthntiillaifia jamais fixt La
durée, il eft certain qu'il ne miettoit pas des milliers d'années
entré chaque tranfmigration humaine, & que toute d'Antirite a cpu le contraire, puifque cette même Antiquitéattefle
prétention d'avoir été Ethalide Argonautei & Euphorhe
tué deyant Troye, à très-pep da diftange
tian de d'autrt, lexpéditign des Argonautes ayant été fuivie d'affez près
de Ih
guerre de Troyes:
sy ot
“rey
+
on
„La doétrine des expiations Pythagariciennes n’a done rien
de contrairg au difcours
de Pyshaghre {ur tes stan finigrations
de fon ame, & nous ne ferropHobliger.d’stimetine
des. milliers
d'anméés, ni entre Ethalide. & Euphorbe, ni entre Fuphérbe
& Hermotime, ni entré Hermotime:&Pyrrhus, ni entre
Pyrrhus & Pythagore. Le premier intervalle entre Ethalide
& Euphorbe a été:fort cou. pulfque la:vérité de l'Hiftoire
nadmettant qu vnc ‚generation.
entre l'expédition des, Anger
nautes & la guerte de‘Troye „il-fant que Ia mort d'Ethalide
ait précédé de bien peu de teras.la naiflange d'Euphorhes Le
fecond intervalle entre Euphorbe & Hermotimé, &.le troï. fiéme intervalle entre. Hermotime & Pyrrhus, ont été pareil:
lement courts, & il n'y a que le dernier intervalle entre
Pyrrhus & Pythagore, qui ait été long, puifqne cell Je ful
Nnnjj
Pagina 23
Bekijk in PDF(opent in een nieuw venster)Nits vt dontPythagore marque {à longueur, en: y comptant deux
A
Y gensfept’uns d’an- (jour intermédiaire de fon ame dans les
Enfers, conime’ nous avons ‘remarqué plus haut. Difons
donc ce-que nous difions au commencement de cette Differtation, qu'il n'y a entre la guerre
de Troye & la‘naiffance de
Pythagore, que la:durée de la vie
de deux:hommes, d'une
vst paf
&c deux cens fept ans de fautte , ceft-a-dire, qu'il
n’y a
“TS padres qu'un intervalle total d'environ deux cens‘{dixante &
dix ans.
of
Ze
7
: Cinquième diffrulté. En admettant peut-être
la réalité du
difcours-de Pythagore
‘far les tranfmigrations de fon ame, on
nierada'conkéquende que: jen-tire pout l'intervalle denviton
deuxeens Rohan Gig ans ehtre la guerre de Troye
& la
nalffahtieds ce Philo &phevCe calcul eft fondé fur la proximite
de fa mort d'Euphiorbe & de la naiflance d’Hermotime, &
für fa proximité de la.mort d'Herniotime & de la naiflance
de Pyrrhus; deux intervaties, dira-t+ on, que je fuppofe
turend apoirVué extréfnoinent courts. Een
* a
~. Jes fappole
en premitt hieu; -paroe: qué l'intervalle
entre
Ethalide'& Euphorbe dyarit été tertaïtsement fort court, on
doit en juger de même de l'intervalle entre Euphorbe &
Hermotime, & de intervalle entre Hermotime & Pyrrhus,
ces deus dersiery intel valles étant éhonees'de la même façon
que de‘preinitt-par'lesanciens Ecrivains = =
. .
> die fuppofe én fecond lieu ‘parce qué Diegéne- Laérce,
après avoir rapporté le:fragment' d'Héraelide {ur les quatre
tranfmigrations de l'ame
de Pythagore, äjoüte un peu plus
bas, d'après dei même Pythégore, qu'avant fa naiffance fon
wht avon defrieuré deux-censifept ans dans les Enfers. Or
tette derniére remarque étant arme l'explication & fe fuppikmene dufraghient df Héradide, von eft en droit de conchurte! dés deux cens fept ans étioncez pour le quatriéme
ilitervalle ‚da briéveté
des intervalles précédens paflez fous
Je
ke firppofe Gr troffdihe lieu, parce que les générations de
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Bekijk in PDF(opent in een nieuw venster)Ja famille de Pythagore ne permettent en effet de reconnoitre
entre la guerre de Troye & la naiflance de ce Philofophe,
qu'un intervalle d'environ deux cens-foixante & dix ans, &
voici comment. Un des ancêtres de Pythagore ayant été
chaflé de Phlionte, alla s'établir dans l'Ifle de Samos avec fa
famille. Ce fut fon trifayeul, difent quelques Anciens dans
Laërce, ¢’étoit fon bifayeul, au rapport de Paufanias; & les en in Be
8.
pag.
deux opinions fe concilient aifément, en difant quele trifayeul thagor.
air ed. Los,
a. 13,
pouvoit avoir des’enfans qu’il tranfporta avec lui dans l'Ifle Pauf.
de Samos, & que Fun d'eux fut le trifayeul de Pythagore. If
refte toûjours que ce tranfport fut antérieur à Pythagore de
* trois ou quatre générations, ou tout au plus d'environ cent
vingt ans. Celui de fes ancêtres qui s'établit à Samos, avoit
été chaflé de Phlionte par Rhegnidas fils de Phalcès, & petitfils de T éménus Chef Héraclide au tems du Retour, Paufanias
le marque expreflément. Le tranfport de la famille de Pythagore à Samos , fe fit par conféquent deux générations, ou tout
au plus environ foixante & dix ans aprés le Retour des Héraclides. Les deux nombres cent vingt & foixante & dix, font
" cent ‚quatre-vingt-dix pour l'intervalle du Retour des Héraclides & de Ja naiflance de Pythagore. Ainfi le Retour des
Héraclides ayant été poftérieur de quatre-vingts ans à Ja prife
de Troye, l'on ne peut guéres compter‚qienviron deux cens
foixante & dix ans depuis la guerre de Troye jufqu’a la naif
fance de Pythagore. On voit par-là comment Pythagore dans
le détail de fes tranfmigrations, & Paufanias dans l'énumération des générations de Pythagore, s'accordent parfaitement
enfemble pour n’admettre qu'environ deux cens foixante &
dix ans d'intervalle entre la prife de Troye & la naiffance du
même Pythagore.
:
|
Pour faire fentir de plus en plus combien l'on eft fondé à
tirer du récit de Pythagore fur fes tranfmigrations, la preuve
chronologique qui vient d'être rapportée, entrons dans les
idées & dans l'efprit de ce Philofophe, quand il cherchoit à
établir fon dogme de la Métempfychofe. Il vouloit confirmer
nn ij
Pagina 25
Bekijk in PDF(opent in een nieuw venster)fsoârine par des exemples tirez de fa propre perfonne; ainft
le choix des perfonnages qu'il employa, comme Ethalide,
Euphorbe & les autres, fut un choix fait avec difcernement
& avec exactitude, par rapport à l'Hiftoire & à la Chrono‚logie; fans quoi il auroit lui-même renverfé fon fyftéme au
lieu de l’établir. Il commença !’éaumération de fes exemples
par Ethalide, qui, fuivant un article de l'ancienne Mythologie, rapparté par Phésécyde, avoit obtenu de fon pere Mercure le don pour fon ame d'être tantôt dans les Enfers, tantôt
en divers lieux fur Ja terre. Sur ce fondement, Pythagore
difciple de Phérécyde, prafitant des idées de fon maître, mit
Ethalide à la tête de fes tranfmigrations, comme ayant regü
de Mercure le don de la réminifcence pour tout ce qui hui
arriveroit, foit dans fa vie préfente, foit dans fa vie future, à
mefure qu'il reparoîtroit fous de nouvelles formes. Pythagore
partoit donc de-Ja, & d’abord après Ethalide il plaçoit Euphorbe, fans parler d'aucune autre chofe intermédiaire, parce
qucvigemment l'Hiftoire n’admettoit point d'intervalle conidérable entre la mort d'un Argonaute & Ja naiflance d'un
Prince Troyen, & que le féjour qu'une ame auroit pu faire
dans quelque plante ou dans quelqu’animal entre fa mort
d'Ethalide & la naiffance d’Euphorbe, devoit être neceflairement très-court. Ii nommoit enfuite fucceflivement Hermotime, qui avoit, difoit-on, reconr le fameux bouclier, &
Pyrrhus pêcheur de Délos, qui avait
eu aufli desconnoiflances
fur l’état des ames féparées; & il les nommoit, fans parler aufli
d'aucun intervalle entr'eux, parce que 'Hiftoire ne permettoit
pas non plus de mettre un long intervalle entre Euphorbe &
Hermotime, ni entre Hermotime & Pyrrhus. Enfin, il
affüroit qu'après avoir été Pyrrhus il étoit devenu Fyıhagore,
mais après un intervalle de deux:cens fept ans, fans doute
parce qu'il y avoit, felon l'Hifloire, ce nombre précis d'années entre la mort de Pyrrhus & fa najffance
de lui Pythagore;
& c'eft ainfi qu'il procédoit a la preuve de fa Metempfychofe,
conformément à l'Hifoire & dla Chronologie, D'où ä faut
Pagina 26
Bekijk in PDF(opent in een nieuw venster)conëlurre qu'il ne fuppofoit prefque point d'intervalle, ni
entre la mort d’Ethalide & la naiflance d'Euphorbe, ni entre
la mort d'Euphorbe & la naiflance d’Hermotime, ni entre la
mort d'Hermotime & la naiffance de Pyrrhus; qu'il fuppofoit
au contraire un efpace de deux cens fept ans entre la mort de
Pyrrhus & la naiflance de lui Pythagore, & qu'ainfi il fuppofoit environ deux cens foixante & dix ans depuis la guerre de
Troye jufque vers le tems où il étoit né. Or il étoit né vers
‘an 640. avant l’Ere Chrétienne, comme je l’ai montré dans
une premiére Differtation fur Pythagore, & les nombres deux
cens foixante & dix & fix cens quarante font neuf cens dix,
On peut donc citer fon témoignage pour preuve que la prife
de Troye tombe environ neuf cens ans avant J'Ere Chrétienne.