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Bekijk in PDF(opent in een nieuw venster)Melanges de l'Ecole francaise de Rome 1999 111 525-539 C8 Cumont
GRRN AYVMER CH Æ :
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http://www.persee.fr
Gran-Aymerich Ève
Mélanges de l'Ecole française de Rome. Italie et Méditerranée, Année 1999, Volume 111, Numéro 2
p. 525 - 539
Voir l'article en ligne
Eve Gran-Aymerich, Franz Cumont (1868-1947) et l'archéologie française, p. 525-539. Historien des religions,
fondateur d'une méthode qui met en œuvre toutes les disciplines historiques «spéciales», en particulier l'archéologie
et l'épigraphie, F. Cumont entretient avec l'archéologie française des liens très étroits : en témoignent sa formation de
savant, sa fréquentation assidue des institutions archéologiques en France et à l'étranger, sa contribution aux travaux
de Doura-Europos et l'influence qu'il a exercée sur de nombreux savants français.
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Bekijk in PDF(opent in een nieuw venster)FRANZ CUMONT (1868-1947)
Si l'on considère les œuvres qui encadrent la carrière de Franz
Cumont, les fameux Textes et monuments figurés relatifs aux mystères de
Mithra, publiés en 1896 et 1899, et les Recherches sur le symbolisme funéraire des Romains (Paris, 1942), qui annoncent l'ultime synthèse!, l’on
ne peut manquer d'être frappé de la permanence d'une méthode d’exégèse que F. Cumont met au point et qui, très vite, deviendra «commonplace»?, tant est grand le succès qu'elle rencontre dès le début de notre
siècle. Toute l’entreprise de F. Cumont repose sur l'association des textes et des monuments, qu'il met en situation de s'éclairer mutuellement,
la philologie, l'épigraphie et l'archéologie étant ensemble sollicitées pour
tenter de résoudre les questions que pose l’histoire des idées religieuses
dans l’Empire romain. «A la fois philologue, épigraphiste, archéologue,
numismate, paléographe»?, il recourt à tous les domaines de compétence et concilie travaux de cabinet et de terrain. De l'Asie Mineure et
de la Syrie jusqu'à Rome, F. Cumont se met en quête de documents
matériels qui nourriront les recherches de l'historien : il est archéologue
à Doura-Europos ou quand il se penche sur la destination de la basilique de la Porte Majeure à Rome ou encore lorsque, devant les sarcophages romains, il cherche à déceler la valeur symbolique de leur décor
funéraire.
À Rome, où il avait établi sa résidence, il était en contact étroit
avec les représentants de l'archéologie européenne, mais il entretint des
relations privilégiées avec les archéologues et historiens de l'École fran-
1 Lux perpetua, œuvre posthume publiée en 1947.
? Voir R. L. Gordon, Franz Cumont and the doctrines of mithraism, dans
I. R. Hinnells (éd.), Mithraic Studies. Proceedings of the first International Congress of
Mithraic Studies, 1, Manchester, 1971, p. 215.
3 F. Mayence, Hommage à la mémoire de Franz Cumont, dans Bulletin de l’Académie royale de Belgique, 1956, p. 364.
MEFRIM - 111 ~ 1999 - 2, p. 525-539.
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Bekijk in PDF(opent in een nieuw venster)çaise de Rome; dès un premier séjour en 1891, puis au moment de la
parution de ses Textes et monuments qui «lui faisaient comme une auréole»* et le métamorphosaient en «un jeune dieu de l'érudition, un
jeune dieu nordique aux yeux bleus et à la barbe légère»5. Il acquiert
alors un róle d'initiateur et la liste est longue de ceux que Charles Samaran considère comme ses disciples‘, le père Festugière, Albert Grenier, Alfred Ernout, Jean Bayet, Pierre Boyancé, André Dupont-Sommer, Jean Hubert, Charles Puech et surtout Jérôme Carcopino qui reprit l'hypothèse émise par son aîné sur la basilique de la Porte Majeure’
et dont la correspondance® atteste l'estime et la confiance que se témoignaient les deux hommes. Jusqu'à sa mort en 1947, les liens de Franz
Cumont avec l'archéologie française sont constants: par les membres
de l’Académie des inscriptions et belles-lettres, dont il est correspondant
dès 1904 et associé étranger en 1913; la prestigieuse institution, par sa
Commission de Syrie-Palestine, lui confiera la mission de mener les
fouilles de Doura-Europos en 1922-1923, et on lui demandera en 1945
d'établir le bilan des recherches archéologiques conduites en Italie depuis le début de la guerre’.
Ses liens avec la France sont ancestraux puisque, comme il le rappelle,
dans une lettre adressée à Gaston Schlumberger le 21 avril 1886, il est «descendant d'une famille française venue en Belgique»". Ce document porte
aussi témoignage du désir, chez ce très jeune homme, de voir s'établir «une
plus grande confraternité entre les numismates belges et frangais»". Les
4C. Samaran, Le souvenir français de Cumont, dans Bulletin de l'Académie
royale de Belgique, 1967, p. 565.
5 Ibid.
‘Ibid., p. 367.
? F. Cumont, Sur la basilique pythagoricienne de la Porte Majeure, dans Revue
archéologique, 1918-2, p. 52-73, et J. Carcopino, La basilique pythagoricienne de la
Porte Majeure, Paris, 1926.
8 La bibliothèque de l’Institut de France conserve, parmi le fonds de manuscrits
de J. Carcopino, 84 lettres de la main de F. Cumont, écrites entre 1922 et 1945. Leur
consultation nous a été rendue possible grâce à l'extrême obligeance de MTM Sabine
Bricard, fille de J. Carcopino. Qu'elle trouve ici l'expression de notre profonde gratitude.
°F. Cumont, Rapport sur une mission à Rome, dans Académie des inscriptions
et belles-lettres. Comptes rendu des séances, 1945, p. 383-403.
Cette lettre porte le n° 93 du manuscrit 4292, conservé à la bibliothèque de
l’Institut de France.
" Ibid. Lettre de F. Cumont à G. Schlumberger du 21 avril 1886.
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Bekijk in PDF(opent in een nieuw venster)relations épistolaires et scientifiques se poursuivront entre les deux
hommes dans les années suivantes, ainsi en 1893” ou en 1902", à propos
d'inscriptions sur lesquelles ils échangent des renseignements.
Après de brillantes études à Bruxelles et à Gand, F. Cumont complète
sa formation de philologue et d’archéologue à l'étranger et c'est tout naturellement en Allemagne et à Paris qu'il se rend. À l'époque où il fréquente
les cours et séminaires d’Usener, de Mommsen et de Wilamowitz-Moellendorf, à Bonn, Berlin et Vienne”, l'archéologie, associée à la philologie dans
l'enseignement universitaire allemand, est devenue une science, définie par
E. Gerhard comme une «monumentale Philologie»', qui contribue pour
une moitié à la reconstitution historique de l'Antiquité en recourant,
comme la philologie qui garantit l’autre moitié de la connaissance, à la critique et à l'exégèse. F. Cumont, par son œuvre entière, illustrera brillamment ces principes et réalisera l'union parfaite de la philologie et de l’archéologie. Cependant, pour être complète, sa formation exige qu'il fréquente les grandes institutions qui, en France, dispensent un enseignement
novateur et concourent à maintenir la science française au niveau de l’alllemande. C’est ainsi, qu’en 1891-1892, il s'inscrit à l’École pratique des hautes
études" : il y suit les cours d'épigraphie grecque de Bernard Haussoulier,
auquel il succèdera dans l'étude des textes grecs de Suse", ceux de Psichari
pour le grec moderne et de Carrière pour les langues hébraïque, chaldaïque
et syriaque. Il fréquente également les cours publics du Collège de France.
Il a d'autre part séjourné à Athènes en 1890 et à Rome en 1891 et y a découvert les deux écoles françaises d'archéologie. Il obéit à la double tradition
française et allemande des explorations de l’École d'Athènes et des «Rei-
12 Ibid., n° 96. Lettre de F. Cumont à G. Schlumberger, datée du 14 septembre
1893, à propos d'une inscription byzantine.
13 Ms. 4592, n° 98. Lettre de F. Cumont à G. Schlumberger, datée du 12 février
1902, à propos de l'inscription d’Eyme (Flandre orientale), à laquelle l’académicien
français consacrera une communication.
Voir la biographie de F. Cumont par E. Faral, Discours à l'occasion de la mort
de M. F. Cumont [séance du 19 septembre 1947], dans Académie des inscriptions et
belles lettres. Compte rendu des séances, 1947; C. Bonnet, La correspondance scientifique de Franz Cumont conservée à l'Academia Belgica de Rome, Bruxelles-Rome,
1997.
15 E. Gerhard, Sechszehn Thesen über Archäologie als monumentale Philologie,
Berlin, 1850. Voir aussi la définition qu'E. Gerhard donne de l'archéologie dans
Grundriss der Archäologie, Berlin, 1853 : «die auf monumentales Wissen begründete
Hälfte allgemeiner Wissenschaft des klassischen Altertums».
16 C. Samaran, Le souvenir français de Cumont cit. n. 4, p. 565.
7 F, Cumont, Epigraphie grecque, dans Mission archéologique de Perse, Paris,
MEFRIM 1999, 2
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Bekijk in PDF(opent in een nieuw venster)sen» de l'Institut archéologique allemand, quand, accompagné de son
frère, il accomplit en 1900 sa mission épigraphique et archéologique en
Asie Mineure", puis, en 1907, parcourt la Syrie du Nord”. Ces deux voyages
qui contribuent à enrichir l'épigraphie grecque et latine, manifestent le
souci qu'avait F. Cumont de tenir le plus grand compte des sources archéologiques et qui l'anime depuis ses premières recherches sur le culte de Mithra jusqu'à celles qui fondent son dernier ouvrage, Lux perpetua. Les
études syriennes, dédiées à Charles Clermont-Ganneau, le grand orientaliste «inventeur» de la stèle de Mesha, «interprète pénétrant et commentateur érudit des antiquités syriennnes»”, apportent un témoignage éclairant
de la «méthode Cumont», qui conjugue philologie et archéologie ou ici topographie: dans sa reconstitution de «la marche de l'empereur Julien
d’Antioche à l'Euphrate», F. Cumont se fonde sur une lettre écrite d’Hierapolis par l'empereur à son ami Libanius, et lui associe, dans son commentaire, le repérage de l'itinéraire sur le terrain. En 1922, F. Cumont, en
collaboration avec son ami Joseph Bidez, établira l'édition des textes de
l'empereur Julien?!. L'exploration de la Syrie du Nord, région peu explorée
jusqu'alors, lui offre la première occasion de parcourir ce pays qui occupera une place centrale dans ses travaux «Sur la propagation des mystères de
Mithra», sujet qui fait l’objet d'un premier mémoire dès 1889.
Quand, en 1896 puis en 1899, F. Cumont fait paraître les deux tomes
de «l'enquête aux proportions grandioses»? que constituent ses Textes et
monuments figurés relatifs aux mystères de Mithra, il crée un événement
majeur dans le monde scientifique et, alors même qu'il définit un domaine
de recherche et fonde la méthode de son exploration, il se révèle d'emblée
un maître et exercera jusqu'à sa mort une suprématie indiscutable. Si le
monde savant lui a reconnu et conservé cette position, c'est que, tout au
long de sa carrière, F. Cumont a enrichi, complété, corrigé cette «monographie», qui, selon lui, «n'est pas une conclusion mais un prologue»,
D'entrée de jeu, F. Cumont détrompe le lecteur qui croirait trouver dans
8 F. Cumont et E. Cumont, Voyage d'exploration archéologique dans le Pont et la
Petite Arménie, dans Studia Pontica, II et IN, Bruxelles, 1906 et 1910.
19 F, Cumont, Études syriennes, Paris, 1917.
29 Jbid., dédicace.
2! Imperatoris Caesaris Flavii Claudii Juliani epistolae, leges, poemata, fragmenta
varia, éd. F. Cumont et J. Bidez, Paris, 1922.
22 W. Lameere, Sur la tombe de Franz Cumont (1868-1947), dans Alumni, 17,
1948, p. 110.
23 F. Cumont, Textes et monuments figures relatifs aux mystères de Mithra, 1,
Bruxelles, 1899, préface, p. 1.
4 Ibid., p. XII. Les citations suivantes apppartiennent à cette même préface.
Pagina 7
Bekijk in PDF(opent in een nieuw venster)son livre «un tableau de la chute du paganisme»
et «des considérations générales sur les causes profondes qui amenérent le succés des cultes orientaux en Italie». Il se contentera de «montrer, avec toute la précision possible, comment et pourquoi une secte du mazdéisme faillit, sous les Césars,
devenir la religion prédominante de l'Empire». Il sait, de plus, que, malgré
l'étendue de sa recherche, «la collection de matériaux réunis dans le tome
II est déjà incomplète au moment où [il] écrit cette préface», tant les progrès de l'archéologie sont rapides. Jusqu'en 1942 et ses Recherches sur le
symbolisme funéraire des Romains, il s'appliquera sans relâche à réunir les
textes et les documents archéologiques qui sont autant d'éléments pour
soutenir la démonstration de celui qui tente de mettre en évidence que «la
transformation du paganisme romain dans un sens favorable au triomphe
définitif du christianisme était due en majeure partie à l’action décisive des
cultes orientaux»?. Les Textes et monuments figures, qu'il réunit en ce prologue à l'étude de la diffusion des mystères de Mithra en Occident, sont
analysés selon la méthode critique, appliquée en philologie et en archéologie, et fournissent à l’histoire des religions des éléments scientifiquement
fondés; «cette discipline historique qui s'occupe du moins matériel des sujets» voyait sa valeur affirmée par le recours à l'étude scientifique, «objective et complète des sources»?”, vestiges textuels et matériels. Et en effet,
à l'époque où F. Cumont entre ainsi avec éclat dans la communauté savante, l’histoire des religions vient de recevoir ses premières institutions en
France et en Belgique : en 1879, on a créé, au Collège de France, une chaire
pour Albert Réville, alors qu'Émile Guimet, la même année, a ouvert à
Lyon le Musée des religions et, l'année suivante, a permis la parution du
premier numéro de la Revue d'histoire des religions. En 1886, l'École pratique des hautes études s’est dotée d'une section d'histoire des religions. En
Belgique, le comte Goblet d’Alviella# assure, depuis 1884, un cours public à
l'Université libre de Bruxelles.
Franz Cumont se situe sur la même ligne scientifique que les promoteurs de l’histoire des religions qui, par exemple dans l'introduction au premier numéro de la revue d'É. Guimet, rattachent leur entreprise à celle
25 W. Lameere, Sur la tombe de F. Cumont (1868-1947) cit. n. 22, p. 111.
2° F. Cumont, discours cité par F. Mayence, Hommage à la mémoire de Franz
Cumont, dans Bulletin de l'Académie royale de Belgique, Bruxelles, 1956, p. 366.
77 F. Cumont, Les mystères de Mithra, Bruxelles, 1913, préface.
28 Comte Goblet d'Alviella, De l'emploi de la méthode comparative dans l'étude des
phénomènes religieux, dans Premier congrès international d'histoire des religions, Paris, 1902, p. 1-15.
Pagina 8
Bekijk in PDF(opent in een nieuw venster)d'un Gabriel Monod, directeur de la Revue historique, et affirment la primauté de la philologie, ou encore Albert Réville qui, lors du premier
Congrès international, tenu à Paris en 1900, déclare :
Nous représentons une tranche de l’histoire générale de l'humanité. La
légitimité et l'intérêt de nos travaux dépendent entièrement de l’idée qu'il
convient de se faire de l’histoire”.
La perspective résolument interdisciplinaire de F. Cumont est aussi
celle de C. Jullian quand il entreprend l'Histoire de la Gaule” et fait appel
pour la reconstituer à toutes les catégories de documents, textes littéraires,
inscriptions et objets archéologiques; les travaux de F. Cumont répondent
au vœu de voir, grace aux progrès accomplis par la philologie et l'épigraphie, «l'hiérographie classique [fournir] la contribution qu'on était en
droit d'attendre d'elle».
De plus, en retraçant l'itinéraire du dieu Mithra, des plateaux de l'Iran
à Babylone, puis, par l’Euphrate et l'Asie Mineure, jusqu'aux rives occidentales de la Méditerranée, F. Cumont mettait en évidence les relations entre
l'Orient et l'Occident, entre la Grèce et le Proche-Orient et l'héritage qu'en
reçut la Rome impériale. Il participait de ce grand mouvement qui avait
porté les hellénistes comme Léon Heuzey”, Edmond Pottier?? ou Salomon
ReinachTM, vers les rivages orientaux de la Méditerranée, jusqu'en Mésopotamie et 4 Suse, pour y trouver des explications au «miracle grec». Quant
aux orientalistes contemporains de F. Cumont, Alfred Foucher‘ et Paul
2 A. Réville, discours d'ouverture, ibid., p. 37-49.
30 C. Jullian, Histoire de la Gaule, Paris, 1908-1926.
3 Introduction au premier numéro de la Revue d'histoire des religions, 1880.
3 Léon Heuzey (1831-1922), premier conservateur du Departement des antiquités orientales au Musée du Louvre, publie les résultats des fouilles engagées par
le consul Ernest de Sarzec à Tello : Catalogue des antiquités chaldéennes, Paris, 1902;
et avec G. de Sarzec, Découvertes en Chaldée, Paris, 1906. Voir É. Gran-Aymerich et
J. Gran-Aymerich, Léon Heuzey, dans Archeologia, 213, mai 1986, p. 71-75.
3 Edmond Pottier (1855-1934), conservateur du Département des antiquités
grecques, étrusques et romaines au Musée du Louvre, étudie la céramique trouvée à
Suse lors des travaux de la Délégation française en Perse, dirigée par J. de Morgan :
E. Pottier, L'écriture primitive sur les vases peints de Suse et les origines du style géométrique, dans Mélanges Gustave Glotz, Vendôme-Paris, 1932, p. 739-750. Voir É.
Gran-Aymerich et J. Gran-Aymerich, Edmond Pottier, dans Archeologia, 217, oct.
1986, p. 55-59.
34 Salomon Reinach (1858-1932) tient, à partir de 1883, des Chroniques d'Orient
pour la Revue archéologique. Voir É. Gran-Aymerich et J. Gran-Aymerich, Salomon
Reinach, dans Archeologia, 186, janv. 1984, p. 77-80.
35 Alfred Foucher (1865-1952) consacre sa thèse de doctorat à L'art gréco-boud-
Pagina 9
Bekijk in PDF(opent in een nieuw venster)Pelliot#, ils vont chercher en Asie les traces de la civilisation grecque : le
premier les trouve dans le Gandhara en Inde, et le second dans le Turkestan russe. La méthode qu’ont employée F. Cumont et A. Foucher est la
méme : tous deux associent étroitement philogie, archéologie, histoire de
l’art et interprétation du symbolisme des monuments; d’ailleurs, le titre
qu’A. Foucher donne à sa synthèse sur La vie du Bouddha d'après les textes
et monuments de l'Inde fait écho aux Textes et monuments figures relatifs
aux mystères de Mithra de F. Cumont, par la mention explicite des deux catégories de sources qui ont nourri leur enquête.
À partir de ce «prologue» que constitue pour lui le recueil des Textes et
monuments figurés, qui attestent la progression des mystères de Mithra à
travers le monde antique, F. Cumont poursuivra, jusqu’à la synthèse finale,
sa quête de nouveaux documents pour nourrir sa réflexion sur la place et le
rôle des cultes orientaux dans l'Empire romain. Dès 1907 et son exploration
de la Syrie du Nord, il avait vu confirmer sa certitude que «ce pays exerça
une influence considérable sur l'évolution artistique et religieuse de l’'Empire romain». En 1922, l'occasion se renouvelle pour lui de gagner la Syrie
et d'y renouer avec une activité archéologique de terrain. En effet, au printemps 1920, alors que les troupes anglaises n'avaient pas encore quitter la
région du Moyen-Euphrate, où elles se heurtaient aux partisans arabes, les
soldats, en installant un poste de mitrailleuse à Salihiyé, mettent au jour
d'importants fragments de peintures murales. Des croquis sont exécutés et
envoyés au Service des antiquités d'Irak dirigé par Gertrude Bell qui les
communique à James Henry Breasted, directeur de la mission américaine
dans ce pays. Ce dernier se rend sur place, procède au relevé et à la couverture photographique des peintures.
Telles sont les circonstances dans lesquelles fut découverte DouraEuropos, la ville fondée par les Macédoniens de Séleucus I‘ Nicator et détruite par les Perses en 256 avant J.-C. L'organisation des travaux de dégagement ne sera possible que lorsque la paix sera revenue. Dès ce modhique du Gandhara (1905-1951) et, à la fin de sa vie, publie La vie du Bouddha d’après les textes et les monuments de l'Inde, Paris, 1949.
36 Paul Pelliot (1878-1945) accomplit en 1905 une mission de l’Académie des inscriptions et belles-lettres en Asie Centrale : dans le Turkestan russe, entre Kachgan
et Koutcha, il découvre les ruines d'un temple bouddhique et de nombreuses
sculptures de style gréco-bouddhique antérieures au IX* siècle. En 1908, il visite à
Toueng-houang la cachette souterraine de la grotte aux mille Bouddhas et fait la découverte de milliers de manuscrits et d'objets. Mission Pelliot en Asie Centrale, Paris,
1914; Les grottes de Toueng-houang, 6 vol., Paris, 1920-1924.
37 F, Cumont, Études syriennes, Paris, 1917, préface.
Pagina 10
Bekijk in PDF(opent in een nieuw venster)ment, Charles Virolleaud®, directeur du Service des antiquités de Syrie, s’y
emploie : il prévient F. Cumont de la découverte et celui-ci fait un rapport
a C. Clermont-Ganneau qui, dés le 16 juin 1922, fait parvenir au hautcommissaire, «un projet d'exploration du site de Salihiyé sur l'Euphrate»”,
alors que F. Cumont transmet à l’Académie des inscriptions et belleslettres, le 23 juin, l'information sur «Un édifice décoré de fresques romaines découvert sur l'Euphrate»* : à la fin de sa vie, C. Clermont-Ganneau qui, au Proche-Orient, s'était fait l'héritier d’E. Renan et l’initiateur de
l'archéologie moderne, et, dès 1882, avait proposé la création en Syrie d'un
centre d'études orientales conçu sur le modèle des écoles françaises d’Athènes, de Rome et du Caire, continue à déployer toute son énergie pour favoriser l'essor de l'archéologie française en Syrie et au Liban“. Lui qui avait
eu la joie de participer à la fondation en 1920 du Service des antiquités de
Syrie et de l'École biblique et archéologique de Jérusalem”, joue un rôle de
tout premier plan. dans l’organisation de la mission de F. Cumont à DouraEuropos. C'est lui assurément qui guide le choix de l’Académie des inscrip-
38 Charles Virolleaud (1879-1968), premier directeur du Service des antiquités
de Syrie. Voir É. Gran-Aymerich et J. Gran-Aymerich, Charles Virolleaud, dans Archeologia, 206, juil.-août 1987, p. 71-75.
3° Archives de l'Institut de France. Dossier Syrie-Palestine 1920-1927. Copie du
projet rédigé par C. Clermont-Ganneau, daté 16 juin 1922 / 21 juin 1922.
4 Archives de l'Institut de France, archives de l'Académie des inscriptions et
belles-lettres E446, séances 1922, ordre du jour du 23 juin 1922. Je suis infiniment
reconnaissante à Monsieur Leclant, secrétaire perpétuel de l’Académie des inscriptions et belles-lettres, de m'avoir signalé que, dans le compte rendu de la séance de
l'Académie du 23 juin 1922, il n'existe aucune trace de cette information donnée par
F. Cumont, alors que, dans Académie des inscriptions et belles-lettres. Compte rendu
des séances, 1922, p. 240-241, figure un bref résumé de la communication de
J. H. Breasted sur les peintures murales de Salihiyé et qu’à partir du 1 novembre
1923 (ibid., 1922, p. 420-421, 425-428) et jusqu'à la fin de l’année 1923 (ibid., 1923,
p. 12-41, 326-327, 388, 410, 427), les lettres envoyées par F. Cumont au secrétaire
perpétuel depuis la Syrie et ses rapports sur les travaux sont bien sûr publiés. Il
semble donc que l'information donnée à F. Cumont par Charles Virolleaud et transmise à l'Académie le 23 juin 1922 ait été consignée dans le procès-verbal manuscrit
versé aux archives sans être reprise dans le compte rendu publié.
4 Sur Charles Clermont-Ganneau (1846-1923), voir E. Gran-Aymerich et
J. Gran-Aymerich, Charles Clermont-Ganneau, dans Archeologia, 222, mars 1987,
p. 71-79.
#2 Voir E. Pottier, Les travaux archéologiques du Service des antiquités de Syrie
(1920-1921) et la fondation de l'École française de Jerusalem, dans Syria, 3, 1922, et
J. Leclant, La création de l'École bliblique de Jérusalem, dans Naissance de la méthode
critique. Colloque du centenaire de l'École biblique et archéologique française de Jérusalem, Paris, 1992, p. 325-329.
Pagina 11
Bekijk in PDF(opent in een nieuw venster)tions et belles-lettres et lui fait désigner F. Cumont pour diriger les travaux.
Les documents conservés aux archives de l’Institut de France attestent en
effet que l'intervention de C. Clermont-Ganneau fut tout à fait déterminante : une lettre de F. Cumont, datée du 2 septembre 1922 et adressée a
un membre inconnu de l’Académie“, précise que Clermont-Ganneau,
constatant que J. H. Breasted n’envisageait pas de retourner à Salihiyé
pour y compléter les relevés et procéder à l'étude des peintures, «[I’] a alors
engagé à [s’] y rendre [lui]-méme». Dans la même lettre, F. Cumont
ajoute : «C'est à ce propos que je me permets de vous écrire sur le conseil
de Clermont-Ganneau, qui voudrait saisir la Commission de Syrie», C. Virolleaud étant disposé à engager son service avec le soutien de l'Armée,
dont le concours ne pourra être obtenu qu'avec le patronage de l’Académie.
En sa séance du 13 octobre 1922, l’Académie informe de la décision de sa
Commission de Syrie-Palestine d'accorder une mission à F. Cumont qui
partira le 25 octobre. Sur place, en Syrie, les autorités françaises ont d'ores
et déjà organisé les travaux qui ont commencé au mois d'août 1922, grâce à
un détachement des troupes de ’Euphrate, placé sous l'autorité du colonel
Bigault de Granrut. En 1922-1923, F. Cumont, secondé par Léon Brossé,
architecte du Service des antiquités de Syrie, et à la tête d'un contingent
militaire de deux cents hommes, dirige le dégagement du «temple des
dieux palmyréniens», du «temple d’Artémis» et d'une maison. Quand il publiera ses Fouilles de Doura-Europos en 1926, F. Cumont n’oubliera pas de
rendre hommage à C. Clermont-Ganneau qui,
après avoir favorisé les débuts de []]'entreprise avec cette ardeur juvénile qu'il
conserva jusqu'à ses dermiers jours, put encore montrer l'intérêt qu'il portait à
nos découvertes*.
Cependant, dès 1924, le nombre des soldats affectés aux fouilles est
considérablement réduit, et, en 1925, les recherches sont interrompues. Le
haut-commissariat et le Service des antiquités connaissent en effet des difficultés budgétaires telles que, la même année, ils suspendent le financement des fouilles de P. Montet à Byblos. F. Cumont faisait preuve d'un optimisme excessif, quand, dans une lettre à J. Carcopino de mai 1923, il remarquait que «la Syrie, fort maltraitée à Paris - on a supprimé les cours de
Clermont-Ganneau au Collège de France comme à l'École pratique des
# Archives de l'Institut de France, Académie des inscriptions et belles-lettres,
Syrie-Palestine, 13-3.
*F. Cumont, Fouilles de Doura-Europos (1922-1923), Paris, 1926, préface,
p. VII
Pagina 12
Bekijk in PDF(opent in een nieuw venster)hautes études — veut se rattraper sur place»*, en multipliant les chantiers
de fouilles.
A Doura-Europos pourtant, il est indispensable de poursuivre les travaux engagés par F. Cumont et c’est Michaël Rostovtzeff, professeur d’histoire ancienne et d'archéologie classique à la Yale University aux ÉtatsUnis et ami de Cumont, qui suggère d’unir, dans l'exploration de la ville,
l’Académie des inscriptions et belles-lettres et son université, soutenue par
la Fondation Rockefeller. En 1927, Maurice Pillet#, qui deviendra directeur
des fouilles, accomplit une inspection et une mission franco-américaine est
organisée sous la direction conjointe de F. Cumont et M. Rostovtzeff. Les
fouilles, qui commencent au printemps 1928, se poursuivront jusqu'en
1937, et c' est en 1934 que sera découvert le premier temple de Mithra déblayé en Orient : M. Rostovtzeff en réserve bien évidemment l'étude à
F. Cumont”. En Syrie encore, F. Cumont joue un grand rôle dans l’ouverture, en 1929, d'un chantier belge sur le site d'Apamée. Son intérêt pour la
Syrie et ses liens avec les archéologues français se maintiendront et se manifestent encore en 1934, quand il rédige la préface à l'ouvrage du père
Adrien Poidebard, consacré à La trace de Rome dans le désert de la Syrie et
fruit des relevés aériens accomplis entre 1925 et 19324.
En même temps qu'il conserve toute son attention au Proche-Orient,
creuset où se sont fondus les cultes à mystères, Cumont poursuit son entreprise de mesurer leur place dans le paganisme romain: c'est le thème des
conférences qu'il prononce en 1905 au Collège de France, puis, l'année suivante, à Oxford“. Le mysticisme astral, qui réalise la pénétration pacifique
de l'Occident par l'Orient, s'est transporté de Mésopotamie jusqu'en Mé-
# Archives de la bibliothèque de l’Institut de France, manuscrit 7141, fol. 258 :
lettre de F. Cumont à J. Carcopino du 24 mai 1923.
4 Maurice Pillet (1881-1964), architecte-archéologue. D'abord rattaché à VIFAO,
il avait été intégré à la Délégation française en Perse en 1912-1913. Après avoir dirigé
en 1916-1917, le Service des antiquités et des beaux-arts à Marrakech et être devenu
en 1920 directeur des travaux de Karnak, il entre au Service des antiquités de Syrie.
Il retournera en Égypte en 1948. Sur M. Rostovtzeff, voir en dernier lieu
G. M. Bongard-Levina (éd.), Skifskii roman [Le roman scythe, en russe], Moscou,
1997 : cette importante biographie a été présentée à l'Académie des inscriptions et
belles-lettres (cf. Académie des inscriptions et belles-lettres. Compte rendu des séances,
1997, p. 863-880).
#F. Cumont, The Mithraeum, dans Excavations at Dura-Europos, 7-8, New
Haven-Londres, 1939.
# Adrien Poidebard, La trace de Rome dans le désert de Syrie : le limes, de Trajan
à la conquête arabe; recherches aériennes (1925-1932), Paris, 1934.
#F. Cumont, Les religions orientales dans le paganisme romain, Paris, 1906.
50 Ibid., reed. 1929, préface.
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Bekijk in PDF(opent in een nieuw venster)diterranée occidentale par Les mages hellénisés*', qui conjuguent l'influence
des cultes orientaux et celle des philosophies stoicienne et pythagoricienne.
F. Cumont aborde désormais la seconde phase de sa carrière, consacrée à
l'étude des «idées du paganisme romain sur la vie future» et il acquiert
progressivement la certitude que, sur cette question,
la part d'influence qu'il faut attribuer aux religions orientales [...] n'est appréciable qu'en raison de la part qu’on aura reconnue aussi [...] à la philosophie
grecque et en particulier aux sectes pythagoriciennes®.
Dès 1909 et 1910, F. Cumont examine La théologie solaire du paganisme
romain, ‘définit Le mysticisme astral dans l'Antiquité et s'attache à reconnaître, dans Les idées du paganisme romain sur la vie future, les doctrines que les Romains ont héritée des penseurs grecs, épicuriens, stoïciens
et pythagoriciens, et celles qui leur venaient des cultes orientaux. Ces
courts mémoires sont des essais, des étapes intermédiaires qui s’enrichiront et s’affirmeront par le recours aux éléments fournis par l’archéologie : ainsi, «la basilique de la Porte Majeure» découverte à Rome, en
1917, est-elle interprétée comme le lieu de réunion d'une secte pythagoricienne; de plus, il se livre à l'examen des monuments funéraires romains
qui nourrit Les recherches de 1942. La religion des pythagoriciens* est désormais au cœur de la problématique de la transmission en Occident des
cultes orientaux, et les conférences, prononcées à la Yale University et publiées en 19225, lui accordent une place considérable.
Dès la découverte à Rome au printemps 1917, d’«un monumento soterraneo presso la Porta Maggiore»*, F. Cumont fait paraître dans la Revue
archéologique un article où il émet l'hypothèse d’«une basilique pythagoricienne», «un temple souterrain, analogue aux spelaca mithriaques et où devaient se célébrer parallèlement des rites mystiques». Son hypothèse repose sur l'interprétation du tableau placé au fond du sanctuaire, qu'il rapproche des «dissertations subtiles des néo-platoniciens» et où il discerne
l'expression d'un symbolisme que manifesteraient aussi «de nombreux motifs reproduits par la sculpture funéraire, qui offre, avec la décoration de la
51 J. Bidez et F. Cumont, Les mages hellénisés, Zoroastre, Ostanes, Hystaspe, d'après la tradition grecque, 2 vol., Paris, 1938.
5 W. Lameere, Sur la tombe de Franz Cumont (1868-1947) cit. n. 22, p. 116.
S Ibid., p. 118.
# Mémoire posthume.
55 F. Cumont, After Life in Roman Paganism, New Haven, 1922.
5 Notizie degli scavi, 1918-1.
57 F. Cumont, Sur la basilique pythagoricienne de la Porte Majeure cit. n. 7, p. 52-73.
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Bekijk in PDF(opent in een nieuw venster)basilique, des analogies frappantes»*. L'amorce des Recherches sur le symbolisme funéraire des Romains de 1942 se trouve dans cet article de 1918 où
Cumont s'exprime encore au conditionnel et en appelle à des études plus
précises et approfondies. C’est la lecture de cet essai qui oriente les recherches de J. Carcopino®, et lui fait reprendre l’analyse du monument découvert à Rome pour aboutir à la même conclusion : il s’agit bien d’une basilique pythagoricienne®. La démonstration fait appel à l'examen archéologique et aux textes, selon la méthode de Cumont.
La parenté intellectuelle des deux exégètes du pythagorisme se manifeste dans leur œuvre, mais aussi dans la correspondance qu'ils échangèrent entre 1922 et 194561, F. Cumont et celui dont il ne veut être que le
confrère et l'ami et non pas le maître‘, se réclament tous deux du même
initiateur, T. Mommsen, qui avait reconnu les liens entre le pythagorisme
et la piété romaine. Dans une lettre datée du 6 avril 1924, F. Cumont se fait
l'écho d'un aveu de J. Carcopino :
Si mes Religions orientales. ont pu vous engager à vous occuper des recherches sur l’histoire du paganisme, c'est certainement ce qu'elles ont produit de meilleur‘.
Avant de s'attacher à l'étude de la basilique souterraine de Rome,
J. Carcopino s'était engagé en 1922 dans la voie des recherches sur les religions à mystères. En effet, le tombeau trouvé à Lambiridi, en Algérie, et
en particulier la mosaïque qui l'accompagne, lui était apparu comme une
manifestation de l’«hermetisme africain» : dans le médecin qui tate le
pouls de la jeune défunte, il reconnaît lEsculape mystique, qui assure le
salut éternel, et il identifie une secte, adepte des doctrines d'Hermeés trismégiste. Même si F. Cumont est en désaccord avec cette interprétation®,
58 Jbid., p. 73.
5 Sur Jérôme Carcopino (1881-1970), voir É. Gran-Aymerich et J. Gran-Aymerich, Jérôme Carcopino, dans Archeologia, 230, déc. 1987, p. 71-79.
© J. Carcopino, La basilique pythagoricienne de la Porte Majeure cit. n. 7.
‘ Correspondance de J. Carcopino. Archives de l'Institut de France, manuscrit
7141, fol. 190 à 271.
# Ibid., manuscrit 7141, fol. 254, de F. Cumont à J. Carcopino, de Rome, 20 janvier 1923 : «Si je vous avais eu pour élève, j'en serais très fier, mais nous sommes des
confrères et des amis et ne me donnez jamais d'autre titre».
$3 Manuscrit 7141, fol. 271, de F. Cumont à J. Carcopino, de Rome, le 6 avril
1924.
e J. Carcopino, Le tombeau de Lambiridi et l'hermétisme africain, dans Revue archéologique, 1922.
Manuscrit 7141, fol. 256, de F. Cumont à J. Carcopino, Paris, le 19 janvier
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Bekijk in PDF(opent in een nieuw venster)il reconnait la méthode dont il est le fondateur pour ces études: le recours à analyse scientifique, précise et objective, du document archéologique, alliée à
l’épigraphie et à la philologie, qui permet d'émettre des
conclusions sur l’histoire des idées religieuses. Comme Les recherches de
Cumont sur les monuments funéraires romains le conduisent à Lux perpetua, Yétude de la mosaïque de Lambiridi et celle de la basilique romaine fournissent à J. Carcopino des éléments déterminants pour la définition des Aspects mystiques de la Rome paienne® et la reconstitution de
«la conversion du monde romain» par le passage De Pythagore aux
apötres®”.
Dans l'œuvre de l’un et de l’autre, la découverte et l'analyse de la basilique de la Porte Majeure est infiniment féconde, l’un inspirant l’autre, qui
répond au vœu exprimé par son aîné et fournit «la clef des mythes adoptés
et figures dans les conventicules pythagoriciens»® et représentés sur les
monuments funéraires romains. F. Cumont procède encore de la même façon, quand, pour ses Recherches de 1942, il choisit «un point de vue purement archéologique» mais interprète aussi les œuvres d'art «à l’aide des
idées du milieu où elles sont nées»”, à partir de «ce que les Anciens euxmêmes ont pu dire des emblêmes religieux et des scènes mythologiques
qu'ils figuraient sur les tombeaux»""; il retrouve ainsi «la théologie de l’art,
la science philosophique des images sacrées», élaborées à l'époque romaine, qui expliquent «le sens profond de ce grand cycle de représentations dont les restes parsèment les nécropoles du monde romain»??.
Rome est le lieu où s'alimente l'amitié entre F. Cumont et J. Carcopino, non seulement parce que l’un et l’autre s'emploient à en faire l’histoire, mais aussi parce qu'ils se retrouvent très souvent au Palais Farnèse, où l'historien belge, établi dans la capitale italienne, rencontre son
ami devenu membre de l’École française puis son directeur à deux reprises en 1922-1923 et entre 1937 et 1940. Dans les lettres que F. Cumont
envoie de Rome à J. Carcopino, il lui fait part des sentiments qu’éveille
en lui l'inauguration par Mussolini du forum de César, dégagé par ses
soins :
$e J. Carcopino, Aspects mystiques de la Rome paienne, Paris, 1941.
© Id., De Pythagore aux Apôtres. Etudes sur la conversion du monde romain,
Paris, 1956.
8 F. Cumont, Sur la basilique pythagoricienne de la Porte Majeure cit. n. 7, p. 73.
$ F. Cumont, Recherches sur le symbolisme funéraire des Romains, Paris, 1942,
préface, p. I.
79 Ibid., introduction, p. 2.
1 Ibid., introduction, p. 16.
7 Ibid., p. 16.
Pagina 16
Bekijk in PDF(opent in een nieuw venster)Il est arrivé en général des chemises noires, suivi d'un brillant cortège
[...] Jai eu envie de troubler sa meditation en lui criant : «Prends garde aux
ides de mars!». Mais je pense qu'on prend suffisamment de soin de le lui
dire!”.
Une féte organisée au Palais Farnése en juillet 1945 a rendu a
F. Cumont «plus sensibles les regrets que [lui] inspire» l'absence de son
ami, mais a permis aussi la manifestation de «sympathies que le temps n'a
pas refroidies», de la part «d'amis d'autrefois [qui] se sont informés du
sort»TM de J. Carcopino, qui subit alors les conséquences des responsabilités assumées sous le régime de Vichy. Il a été en particulier directeur de
l'École normale supérieure à partir de 1940 et a invité son ami Cumont à
faire des conférences devant les éleves”,
F. Cumont et J. Carcopino, tous deux disciples de Theodor Mommsen,
se sont forgé des outils méthodologiques semblables :
Ills] réconcile[nt] dans l’histoire synthétique d'une période ou d'une institution sévèrement déterminée toutes les sciences auxiliaires de l’histoire’.
Ils s'efforcent tous deux de construire une «histoire totale» politique,
religieuse, littéraire, fondée sur tous les types de documents et mettent en
œuvre archéologie, topographie, épigraphie et philologie. Ils rejoignent les
efforts des animateurs de La revue de synthèse historique”? et leur méthode
n'est pas étrangère à celle que préconisent les fondateurs de la Revue des
Annales d'histoire économique et sociale, héritiers d’H. Berr, de N. Fustel de
Coulanges et de C. Jullian”. Par sa collaboration à la Revue des Annales,
A. Grenier”, l’un des historiens de la religion romaine inspiré par l'œuvre
de F. Cumont, traduit cette proximité des points de vue des historiens-
73 Archives de la bibliothèque de l’Institut de France, manuscrit 7141, fol. 303, de
F. Cumont à J. Carcopino, Rome, 24 mai 1932.
7 Ibid., fol. 334, de F. Cumont à J. Carcopino, Rome, 16 juillet 1945.
75 Monsieur Jean Leclant se souvient d’avoir assisté à ces conférences données
par le grand savant belge qui jouissait d’un très grand prestige parmi les élèves.
% J. Carcopino analysant la méthode de son maître Gustave Bloch, professeur
d'histoire ancienne à la Sorbonne.
7 La revue de synthèse est créée par Henri Berr en 1900.
# M. Bloch et L. Febvre consacrent chacun un article à C. Jullian : M. Bloch,
Un enseignement : Monsieur Camille Jullian au Collège de France, dans Annales d'histoire économique et sociale, 1930, p. 5-62; L. Febvre, Un tempérament d'historien : Camille Jullian, dans Revue de synthèse, 1931, p. 39-43.
? Albert Grenier (1878-1960), Aux origines de l'économie rurale : la conquête du
sol français, dans Annales d'histoire économique et sociale, 2, 1930, p. 26. Sur A. Grenier, voir É. Gran-Aymerich et J. Gran-Aymerich, Albert Grenier, dans Archeologia,
228, oct. 1987.
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Bekijk in PDF(opent in een nieuw venster)archéologues formés aux disciplines classiques et orientales et des historiens du Moyen Age et des Temps modernes. D’autres membres de l’École
française de Rome, à l'exemple de F. Cumont, s’engagent dans l'étude de la
religion romaine : ainsi P. Boyancé qui, dans un article de 1943, souligne
l'importance de ce qu'apportent Les recherches sur le symbolisme funéraire
des Romains à l’histoire de l’art et des religions et à celle de la philosophie
et de la science®, ou J. Bayet qui confie aux Mélanges d'archéologie et d'histoire de l’École française de Rome une étude sur «L'Hercule funéraire»#! et
proposera une «histoire politique et psychologique» de la religion romaine*; ou encore H. I. Marrou qui consacre sa thèse au Mousikos aner®.
F. Cumont s’attache la collaboration du pere Festugiere avec qui il publie
le Corpus hermeticum et dont les travaux portent sur les mysteres de Dionysos, les «rencontres entre la Grèce et l'Inde» et sur les sciences mystiques et l’occultisme**.
Tout au long de sa carrière, Franz Cumont a participé à l’essor de l’archéologie française, contribuant à affermir sa place au sein des disciplines
historiques, par le choix d'une méthode qui assure à l’histoire des religions
un fondement scientifique. Son ceuvre, qui jette des ponts entre Orient et
Occident, s'inscrit dans le mouvement qui portait les hellénistes français
vers l'Orient et les orientalistes à restituer les relations de l’Asie avec le
monde hellénique et concourt à ce que «les orientalistes et les philologues
classiques [parviennent à] se tendre la main par-dessus la Méditerranée »*’.
Êve GRAN-AYMERICH
# P. Boyancé, La symbolique funéraire des Romains, à propos des Recherches
sur le symbolisme funéraire des Romains de Franz Cumont, dans Revue des études
anciennes, 45, 1943, p. 291-298. Sur ce thème voir R. Turcan, Le symbolisme funéraire à l'Académie des inscriptions et belles-lettres, dans Colloque l'Académie des inscritions et belles-lettres et l'Académie des beaux-arts face au message de la Grèce ancienne
[Beaulieu-sur-Mer, 6-7 octobre 1995], Paris, 1996 (Cahiers de la villa «Kérylos», 6).
8 J. Bayet, L'Hercule funéraire, dans MEFR, 39, 1921, p. 220-226 et 40, 1923,
p. 19-192.
# J, Bayet, La religion romaine, histoire politique et psychologique, Paris, 1956.
83 Grenoble, 1937.
# A. J. Festugière, Les mystères de Dionysos, dans Revue biblique, 1935.
85 Id., Trois rencontres entre la Grèce et l'Inde, dans Revue d'histoire des religions,
1942-1943, p. 32 s.
8 Id., La révélation d'Hermès Trismégiste, 4 vol., Paris, 1944-1954.
37 F, Cumont, Les religions orientales dans le paganisme romain, 1906, p. 23. La
correspondance de Franz Cumont, conservée à Academia Belgica de Rome, est en
cours d’étude et de publication par Madame Corinne Bonnet; un premier volume est
paru, La correspondance scientifique de Franz Cumont cit. note 14; il contient en particulier une biographie détaillée.