Franz Cumont (1868-1947) et l’archeologie francaise

Author
Gran-Aymerich, E.
Published in
Melanges de l’Ecole francaise de Rome
Year
1999
Subject
CUMONT
Language
Français
Category
C8 History & archaeology
Archive number
6261

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Melanges de l'Ecole francaise de Rome 1999 111 525-539 C8 Cumont GRRN AYVMER CH Æ :

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Persée http://www.persee.fr Gran-Aymerich Ève Mélanges de l'Ecole française de Rome. Italie et Méditerranée, Année 1999, Volume 111, Numéro 2 p. 525 - 539 Voir l'article en ligne Eve Gran-Aymerich, Franz Cumont (1868-1947) et l'archéologie française, p. 525-539. Historien des religions, fondateur d'une méthode qui met en œuvre toutes les disciplines historiques «spéciales», en particulier l'archéologie et l'épigraphie, F. Cumont entretient avec l'archéologie française des liens très étroits : en témoignent sa formation de savant, sa fréquentation assidue des institutions archéologiques en France et à l'étranger, sa contribution aux travaux de Doura-Europos et l'influence qu'il a exercée sur de nombreux savants français. Avertissement L'éditeur du site « PERSEE » – le Ministère de la jeunesse, de l'éducation nationale et de la recherche, Direction de l'enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation – détient la propriété intellectuelle et les droits d’exploitation. A ce titre il est titulaire des droits d'auteur et du droit sui generis du producteur de bases de données sur ce site conformément à la loi n°98-536 du 1er juillet 1998 relative aux bases de données. Les oeuvres reproduites sur le site « PERSEE » sont protégées par les dispositions générales du Code de la propriété intellectuelle. Droits et devoirs des utilisateurs Pour un usage strictement privé, la simple reproduction du contenu de ce site est libre. Pour un usage scientifique ou pédagogique, à des fins de recherches, d'enseignement ou de communication excluant toute exploitation commerciale, la reproduction et la communication au public du contenu de ce site sont autorisées, sous réserve que celles-ci servent d'illustration, ne soient pas substantielles et ne soient pas expressément limitées (plans ou photographies). La mention Le Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation sur chaque reproduction tirée du site est obligatoire ainsi que le nom de la revue et- lorsqu'ils sont indiqués - le nom de l'auteur et la référence du document reproduit. Toute autre reproduction ou communication au public, intégrale ou substantielle du contenu de ce site, par quelque procédé que ce soit, de l'éditeur original de l'oeuvre, de l'auteur et de ses ayants droit. La reproduction et l'exploitation des photographies et des plans, y compris à des fins commerciales, doivent être autorisés par l'éditeur du site, Le Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation (voir http://www.sup.adc.education.fr/bib/ ). La source et les crédits devront toujours être mentionnés.

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FRANZ CUMONT (1868-1947) Si l'on considère les œuvres qui encadrent la carrière de Franz Cumont, les fameux Textes et monuments figurés relatifs aux mystères de Mithra, publiés en 1896 et 1899, et les Recherches sur le symbolisme funéraire des Romains (Paris, 1942), qui annoncent l'ultime synthèse!, l’on ne peut manquer d'être frappé de la permanence d'une méthode d’exégèse que F. Cumont met au point et qui, très vite, deviendra «commonplace»?, tant est grand le succès qu'elle rencontre dès le début de notre siècle. Toute l’entreprise de F. Cumont repose sur l'association des textes et des monuments, qu'il met en situation de s'éclairer mutuellement, la philologie, l'épigraphie et l'archéologie étant ensemble sollicitées pour tenter de résoudre les questions que pose l’histoire des idées religieuses dans l’Empire romain. «A la fois philologue, épigraphiste, archéologue, numismate, paléographe»?, il recourt à tous les domaines de compétence et concilie travaux de cabinet et de terrain. De l'Asie Mineure et de la Syrie jusqu'à Rome, F. Cumont se met en quête de documents matériels qui nourriront les recherches de l'historien : il est archéologue à Doura-Europos ou quand il se penche sur la destination de la basilique de la Porte Majeure à Rome ou encore lorsque, devant les sarcophages romains, il cherche à déceler la valeur symbolique de leur décor funéraire. À Rome, où il avait établi sa résidence, il était en contact étroit avec les représentants de l'archéologie européenne, mais il entretint des relations privilégiées avec les archéologues et historiens de l'École fran- 1 Lux perpetua, œuvre posthume publiée en 1947. ? Voir R. L. Gordon, Franz Cumont and the doctrines of mithraism, dans I. R. Hinnells (éd.), Mithraic Studies. Proceedings of the first International Congress of Mithraic Studies, 1, Manchester, 1971, p. 215. 3 F. Mayence, Hommage à la mémoire de Franz Cumont, dans Bulletin de l’Académie royale de Belgique, 1956, p. 364. MEFRIM - 111 ~ 1999 - 2, p. 525-539.

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çaise de Rome; dès un premier séjour en 1891, puis au moment de la parution de ses Textes et monuments qui «lui faisaient comme une auréole»* et le métamorphosaient en «un jeune dieu de l'érudition, un jeune dieu nordique aux yeux bleus et à la barbe légère»5. Il acquiert alors un róle d'initiateur et la liste est longue de ceux que Charles Samaran considère comme ses disciples‘, le père Festugière, Albert Grenier, Alfred Ernout, Jean Bayet, Pierre Boyancé, André Dupont-Sommer, Jean Hubert, Charles Puech et surtout Jérôme Carcopino qui reprit l'hypothèse émise par son aîné sur la basilique de la Porte Majeure’ et dont la correspondance® atteste l'estime et la confiance que se témoignaient les deux hommes. Jusqu'à sa mort en 1947, les liens de Franz Cumont avec l'archéologie française sont constants: par les membres de l’Académie des inscriptions et belles-lettres, dont il est correspondant dès 1904 et associé étranger en 1913; la prestigieuse institution, par sa Commission de Syrie-Palestine, lui confiera la mission de mener les fouilles de Doura-Europos en 1922-1923, et on lui demandera en 1945 d'établir le bilan des recherches archéologiques conduites en Italie depuis le début de la guerre’. Ses liens avec la France sont ancestraux puisque, comme il le rappelle, dans une lettre adressée à Gaston Schlumberger le 21 avril 1886, il est «descendant d'une famille française venue en Belgique»". Ce document porte aussi témoignage du désir, chez ce très jeune homme, de voir s'établir «une plus grande confraternité entre les numismates belges et frangais»". Les 4C. Samaran, Le souvenir français de Cumont, dans Bulletin de l'Académie royale de Belgique, 1967, p. 565. 5 Ibid. ‘Ibid., p. 367. ? F. Cumont, Sur la basilique pythagoricienne de la Porte Majeure, dans Revue archéologique, 1918-2, p. 52-73, et J. Carcopino, La basilique pythagoricienne de la Porte Majeure, Paris, 1926. 8 La bibliothèque de l’Institut de France conserve, parmi le fonds de manuscrits de J. Carcopino, 84 lettres de la main de F. Cumont, écrites entre 1922 et 1945. Leur consultation nous a été rendue possible grâce à l'extrême obligeance de MTM Sabine Bricard, fille de J. Carcopino. Qu'elle trouve ici l'expression de notre profonde gratitude. °F. Cumont, Rapport sur une mission à Rome, dans Académie des inscriptions et belles-lettres. Comptes rendu des séances, 1945, p. 383-403. Cette lettre porte le n° 93 du manuscrit 4292, conservé à la bibliothèque de l’Institut de France. " Ibid. Lettre de F. Cumont à G. Schlumberger du 21 avril 1886.

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relations épistolaires et scientifiques se poursuivront entre les deux hommes dans les années suivantes, ainsi en 1893” ou en 1902", à propos d'inscriptions sur lesquelles ils échangent des renseignements. Après de brillantes études à Bruxelles et à Gand, F. Cumont complète sa formation de philologue et d’archéologue à l'étranger et c'est tout naturellement en Allemagne et à Paris qu'il se rend. À l'époque où il fréquente les cours et séminaires d’Usener, de Mommsen et de Wilamowitz-Moellendorf, à Bonn, Berlin et Vienne”, l'archéologie, associée à la philologie dans l'enseignement universitaire allemand, est devenue une science, définie par E. Gerhard comme une «monumentale Philologie»', qui contribue pour une moitié à la reconstitution historique de l'Antiquité en recourant, comme la philologie qui garantit l’autre moitié de la connaissance, à la critique et à l'exégèse. F. Cumont, par son œuvre entière, illustrera brillamment ces principes et réalisera l'union parfaite de la philologie et de l’archéologie. Cependant, pour être complète, sa formation exige qu'il fréquente les grandes institutions qui, en France, dispensent un enseignement novateur et concourent à maintenir la science française au niveau de l’alllemande. C’est ainsi, qu’en 1891-1892, il s'inscrit à l’École pratique des hautes études" : il y suit les cours d'épigraphie grecque de Bernard Haussoulier, auquel il succèdera dans l'étude des textes grecs de Suse", ceux de Psichari pour le grec moderne et de Carrière pour les langues hébraïque, chaldaïque et syriaque. Il fréquente également les cours publics du Collège de France. Il a d'autre part séjourné à Athènes en 1890 et à Rome en 1891 et y a découvert les deux écoles françaises d'archéologie. Il obéit à la double tradition française et allemande des explorations de l’École d'Athènes et des «Rei- 12 Ibid., n° 96. Lettre de F. Cumont à G. Schlumberger, datée du 14 septembre 1893, à propos d'une inscription byzantine. 13 Ms. 4592, n° 98. Lettre de F. Cumont à G. Schlumberger, datée du 12 février 1902, à propos de l'inscription d’Eyme (Flandre orientale), à laquelle l’académicien français consacrera une communication. Voir la biographie de F. Cumont par E. Faral, Discours à l'occasion de la mort de M. F. Cumont [séance du 19 septembre 1947], dans Académie des inscriptions et belles lettres. Compte rendu des séances, 1947; C. Bonnet, La correspondance scientifique de Franz Cumont conservée à l'Academia Belgica de Rome, Bruxelles-Rome, 1997. 15 E. Gerhard, Sechszehn Thesen über Archäologie als monumentale Philologie, Berlin, 1850. Voir aussi la définition qu'E. Gerhard donne de l'archéologie dans Grundriss der Archäologie, Berlin, 1853 : «die auf monumentales Wissen begründete Hälfte allgemeiner Wissenschaft des klassischen Altertums». 16 C. Samaran, Le souvenir français de Cumont cit. n. 4, p. 565. 7 F, Cumont, Epigraphie grecque, dans Mission archéologique de Perse, Paris, MEFRIM 1999, 2

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sen» de l'Institut archéologique allemand, quand, accompagné de son frère, il accomplit en 1900 sa mission épigraphique et archéologique en Asie Mineure", puis, en 1907, parcourt la Syrie du Nord”. Ces deux voyages qui contribuent à enrichir l'épigraphie grecque et latine, manifestent le souci qu'avait F. Cumont de tenir le plus grand compte des sources archéologiques et qui l'anime depuis ses premières recherches sur le culte de Mithra jusqu'à celles qui fondent son dernier ouvrage, Lux perpetua. Les études syriennes, dédiées à Charles Clermont-Ganneau, le grand orientaliste «inventeur» de la stèle de Mesha, «interprète pénétrant et commentateur érudit des antiquités syriennnes»”, apportent un témoignage éclairant de la «méthode Cumont», qui conjugue philologie et archéologie ou ici topographie: dans sa reconstitution de «la marche de l'empereur Julien d’Antioche à l'Euphrate», F. Cumont se fonde sur une lettre écrite d’Hierapolis par l'empereur à son ami Libanius, et lui associe, dans son commentaire, le repérage de l'itinéraire sur le terrain. En 1922, F. Cumont, en collaboration avec son ami Joseph Bidez, établira l'édition des textes de l'empereur Julien?!. L'exploration de la Syrie du Nord, région peu explorée jusqu'alors, lui offre la première occasion de parcourir ce pays qui occupera une place centrale dans ses travaux «Sur la propagation des mystères de Mithra», sujet qui fait l’objet d'un premier mémoire dès 1889. Quand, en 1896 puis en 1899, F. Cumont fait paraître les deux tomes de «l'enquête aux proportions grandioses»? que constituent ses Textes et monuments figurés relatifs aux mystères de Mithra, il crée un événement majeur dans le monde scientifique et, alors même qu'il définit un domaine de recherche et fonde la méthode de son exploration, il se révèle d'emblée un maître et exercera jusqu'à sa mort une suprématie indiscutable. Si le monde savant lui a reconnu et conservé cette position, c'est que, tout au long de sa carrière, F. Cumont a enrichi, complété, corrigé cette «monographie», qui, selon lui, «n'est pas une conclusion mais un prologue», D'entrée de jeu, F. Cumont détrompe le lecteur qui croirait trouver dans 8 F. Cumont et E. Cumont, Voyage d'exploration archéologique dans le Pont et la Petite Arménie, dans Studia Pontica, II et IN, Bruxelles, 1906 et 1910. 19 F, Cumont, Études syriennes, Paris, 1917. 29 Jbid., dédicace. 2! Imperatoris Caesaris Flavii Claudii Juliani epistolae, leges, poemata, fragmenta varia, éd. F. Cumont et J. Bidez, Paris, 1922. 22 W. Lameere, Sur la tombe de Franz Cumont (1868-1947), dans Alumni, 17, 1948, p. 110. 23 F. Cumont, Textes et monuments figures relatifs aux mystères de Mithra, 1, Bruxelles, 1899, préface, p. 1. 4 Ibid., p. XII. Les citations suivantes apppartiennent à cette même préface.

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son livre «un tableau de la chute du paganisme» et «des considérations générales sur les causes profondes qui amenérent le succés des cultes orientaux en Italie». Il se contentera de «montrer, avec toute la précision possible, comment et pourquoi une secte du mazdéisme faillit, sous les Césars, devenir la religion prédominante de l'Empire». Il sait, de plus, que, malgré l'étendue de sa recherche, «la collection de matériaux réunis dans le tome II est déjà incomplète au moment où [il] écrit cette préface», tant les progrès de l'archéologie sont rapides. Jusqu'en 1942 et ses Recherches sur le symbolisme funéraire des Romains, il s'appliquera sans relâche à réunir les textes et les documents archéologiques qui sont autant d'éléments pour soutenir la démonstration de celui qui tente de mettre en évidence que «la transformation du paganisme romain dans un sens favorable au triomphe définitif du christianisme était due en majeure partie à l’action décisive des cultes orientaux»?. Les Textes et monuments figures, qu'il réunit en ce prologue à l'étude de la diffusion des mystères de Mithra en Occident, sont analysés selon la méthode critique, appliquée en philologie et en archéologie, et fournissent à l’histoire des religions des éléments scientifiquement fondés; «cette discipline historique qui s'occupe du moins matériel des sujets» voyait sa valeur affirmée par le recours à l'étude scientifique, «objective et complète des sources»?”, vestiges textuels et matériels. Et en effet, à l'époque où F. Cumont entre ainsi avec éclat dans la communauté savante, l’histoire des religions vient de recevoir ses premières institutions en France et en Belgique : en 1879, on a créé, au Collège de France, une chaire pour Albert Réville, alors qu'Émile Guimet, la même année, a ouvert à Lyon le Musée des religions et, l'année suivante, a permis la parution du premier numéro de la Revue d'histoire des religions. En 1886, l'École pratique des hautes études s’est dotée d'une section d'histoire des religions. En Belgique, le comte Goblet d’Alviella# assure, depuis 1884, un cours public à l'Université libre de Bruxelles. Franz Cumont se situe sur la même ligne scientifique que les promoteurs de l’histoire des religions qui, par exemple dans l'introduction au premier numéro de la revue d'É. Guimet, rattachent leur entreprise à celle 25 W. Lameere, Sur la tombe de F. Cumont (1868-1947) cit. n. 22, p. 111. 2° F. Cumont, discours cité par F. Mayence, Hommage à la mémoire de Franz Cumont, dans Bulletin de l'Académie royale de Belgique, Bruxelles, 1956, p. 366. 77 F. Cumont, Les mystères de Mithra, Bruxelles, 1913, préface. 28 Comte Goblet d'Alviella, De l'emploi de la méthode comparative dans l'étude des phénomènes religieux, dans Premier congrès international d'histoire des religions, Paris, 1902, p. 1-15.

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d'un Gabriel Monod, directeur de la Revue historique, et affirment la primauté de la philologie, ou encore Albert Réville qui, lors du premier Congrès international, tenu à Paris en 1900, déclare : Nous représentons une tranche de l’histoire générale de l'humanité. La légitimité et l'intérêt de nos travaux dépendent entièrement de l’idée qu'il convient de se faire de l’histoire”. La perspective résolument interdisciplinaire de F. Cumont est aussi celle de C. Jullian quand il entreprend l'Histoire de la Gaule” et fait appel pour la reconstituer à toutes les catégories de documents, textes littéraires, inscriptions et objets archéologiques; les travaux de F. Cumont répondent au vœu de voir, grace aux progrès accomplis par la philologie et l'épigraphie, «l'hiérographie classique [fournir] la contribution qu'on était en droit d'attendre d'elle». De plus, en retraçant l'itinéraire du dieu Mithra, des plateaux de l'Iran à Babylone, puis, par l’Euphrate et l'Asie Mineure, jusqu'aux rives occidentales de la Méditerranée, F. Cumont mettait en évidence les relations entre l'Orient et l'Occident, entre la Grèce et le Proche-Orient et l'héritage qu'en reçut la Rome impériale. Il participait de ce grand mouvement qui avait porté les hellénistes comme Léon Heuzey”, Edmond Pottier?? ou Salomon ReinachTM, vers les rivages orientaux de la Méditerranée, jusqu'en Mésopotamie et 4 Suse, pour y trouver des explications au «miracle grec». Quant aux orientalistes contemporains de F. Cumont, Alfred Foucher‘ et Paul 2 A. Réville, discours d'ouverture, ibid., p. 37-49. 30 C. Jullian, Histoire de la Gaule, Paris, 1908-1926. 3 Introduction au premier numéro de la Revue d'histoire des religions, 1880. 3 Léon Heuzey (1831-1922), premier conservateur du Departement des antiquités orientales au Musée du Louvre, publie les résultats des fouilles engagées par le consul Ernest de Sarzec à Tello : Catalogue des antiquités chaldéennes, Paris, 1902; et avec G. de Sarzec, Découvertes en Chaldée, Paris, 1906. Voir É. Gran-Aymerich et J. Gran-Aymerich, Léon Heuzey, dans Archeologia, 213, mai 1986, p. 71-75. 3 Edmond Pottier (1855-1934), conservateur du Département des antiquités grecques, étrusques et romaines au Musée du Louvre, étudie la céramique trouvée à Suse lors des travaux de la Délégation française en Perse, dirigée par J. de Morgan : E. Pottier, L'écriture primitive sur les vases peints de Suse et les origines du style géométrique, dans Mélanges Gustave Glotz, Vendôme-Paris, 1932, p. 739-750. Voir É. Gran-Aymerich et J. Gran-Aymerich, Edmond Pottier, dans Archeologia, 217, oct. 1986, p. 55-59. 34 Salomon Reinach (1858-1932) tient, à partir de 1883, des Chroniques d'Orient pour la Revue archéologique. Voir É. Gran-Aymerich et J. Gran-Aymerich, Salomon Reinach, dans Archeologia, 186, janv. 1984, p. 77-80. 35 Alfred Foucher (1865-1952) consacre sa thèse de doctorat à L'art gréco-boud-

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Pelliot#, ils vont chercher en Asie les traces de la civilisation grecque : le premier les trouve dans le Gandhara en Inde, et le second dans le Turkestan russe. La méthode qu’ont employée F. Cumont et A. Foucher est la méme : tous deux associent étroitement philogie, archéologie, histoire de l’art et interprétation du symbolisme des monuments; d’ailleurs, le titre qu’A. Foucher donne à sa synthèse sur La vie du Bouddha d'après les textes et monuments de l'Inde fait écho aux Textes et monuments figures relatifs aux mystères de Mithra de F. Cumont, par la mention explicite des deux catégories de sources qui ont nourri leur enquête. À partir de ce «prologue» que constitue pour lui le recueil des Textes et monuments figurés, qui attestent la progression des mystères de Mithra à travers le monde antique, F. Cumont poursuivra, jusqu’à la synthèse finale, sa quête de nouveaux documents pour nourrir sa réflexion sur la place et le rôle des cultes orientaux dans l'Empire romain. Dès 1907 et son exploration de la Syrie du Nord, il avait vu confirmer sa certitude que «ce pays exerça une influence considérable sur l'évolution artistique et religieuse de l’'Empire romain». En 1922, l'occasion se renouvelle pour lui de gagner la Syrie et d'y renouer avec une activité archéologique de terrain. En effet, au printemps 1920, alors que les troupes anglaises n'avaient pas encore quitter la région du Moyen-Euphrate, où elles se heurtaient aux partisans arabes, les soldats, en installant un poste de mitrailleuse à Salihiyé, mettent au jour d'importants fragments de peintures murales. Des croquis sont exécutés et envoyés au Service des antiquités d'Irak dirigé par Gertrude Bell qui les communique à James Henry Breasted, directeur de la mission américaine dans ce pays. Ce dernier se rend sur place, procède au relevé et à la couverture photographique des peintures. Telles sont les circonstances dans lesquelles fut découverte DouraEuropos, la ville fondée par les Macédoniens de Séleucus I‘ Nicator et détruite par les Perses en 256 avant J.-C. L'organisation des travaux de dégagement ne sera possible que lorsque la paix sera revenue. Dès ce modhique du Gandhara (1905-1951) et, à la fin de sa vie, publie La vie du Bouddha d’après les textes et les monuments de l'Inde, Paris, 1949. 36 Paul Pelliot (1878-1945) accomplit en 1905 une mission de l’Académie des inscriptions et belles-lettres en Asie Centrale : dans le Turkestan russe, entre Kachgan et Koutcha, il découvre les ruines d'un temple bouddhique et de nombreuses sculptures de style gréco-bouddhique antérieures au IX* siècle. En 1908, il visite à Toueng-houang la cachette souterraine de la grotte aux mille Bouddhas et fait la découverte de milliers de manuscrits et d'objets. Mission Pelliot en Asie Centrale, Paris, 1914; Les grottes de Toueng-houang, 6 vol., Paris, 1920-1924. 37 F, Cumont, Études syriennes, Paris, 1917, préface.

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ment, Charles Virolleaud®, directeur du Service des antiquités de Syrie, s’y emploie : il prévient F. Cumont de la découverte et celui-ci fait un rapport a C. Clermont-Ganneau qui, dés le 16 juin 1922, fait parvenir au hautcommissaire, «un projet d'exploration du site de Salihiyé sur l'Euphrate»”, alors que F. Cumont transmet à l’Académie des inscriptions et belleslettres, le 23 juin, l'information sur «Un édifice décoré de fresques romaines découvert sur l'Euphrate»* : à la fin de sa vie, C. Clermont-Ganneau qui, au Proche-Orient, s'était fait l'héritier d’E. Renan et l’initiateur de l'archéologie moderne, et, dès 1882, avait proposé la création en Syrie d'un centre d'études orientales conçu sur le modèle des écoles françaises d’Athènes, de Rome et du Caire, continue à déployer toute son énergie pour favoriser l'essor de l'archéologie française en Syrie et au Liban“. Lui qui avait eu la joie de participer à la fondation en 1920 du Service des antiquités de Syrie et de l'École biblique et archéologique de Jérusalem”, joue un rôle de tout premier plan. dans l’organisation de la mission de F. Cumont à DouraEuropos. C'est lui assurément qui guide le choix de l’Académie des inscrip- 38 Charles Virolleaud (1879-1968), premier directeur du Service des antiquités de Syrie. Voir É. Gran-Aymerich et J. Gran-Aymerich, Charles Virolleaud, dans Archeologia, 206, juil.-août 1987, p. 71-75. 3° Archives de l'Institut de France. Dossier Syrie-Palestine 1920-1927. Copie du projet rédigé par C. Clermont-Ganneau, daté 16 juin 1922 / 21 juin 1922. 4 Archives de l'Institut de France, archives de l'Académie des inscriptions et belles-lettres E446, séances 1922, ordre du jour du 23 juin 1922. Je suis infiniment reconnaissante à Monsieur Leclant, secrétaire perpétuel de l’Académie des inscriptions et belles-lettres, de m'avoir signalé que, dans le compte rendu de la séance de l'Académie du 23 juin 1922, il n'existe aucune trace de cette information donnée par F. Cumont, alors que, dans Académie des inscriptions et belles-lettres. Compte rendu des séances, 1922, p. 240-241, figure un bref résumé de la communication de J. H. Breasted sur les peintures murales de Salihiyé et qu’à partir du 1 novembre 1923 (ibid., 1922, p. 420-421, 425-428) et jusqu'à la fin de l’année 1923 (ibid., 1923, p. 12-41, 326-327, 388, 410, 427), les lettres envoyées par F. Cumont au secrétaire perpétuel depuis la Syrie et ses rapports sur les travaux sont bien sûr publiés. Il semble donc que l'information donnée à F. Cumont par Charles Virolleaud et transmise à l'Académie le 23 juin 1922 ait été consignée dans le procès-verbal manuscrit versé aux archives sans être reprise dans le compte rendu publié. 4 Sur Charles Clermont-Ganneau (1846-1923), voir E. Gran-Aymerich et J. Gran-Aymerich, Charles Clermont-Ganneau, dans Archeologia, 222, mars 1987, p. 71-79. #2 Voir E. Pottier, Les travaux archéologiques du Service des antiquités de Syrie (1920-1921) et la fondation de l'École française de Jerusalem, dans Syria, 3, 1922, et J. Leclant, La création de l'École bliblique de Jérusalem, dans Naissance de la méthode critique. Colloque du centenaire de l'École biblique et archéologique française de Jérusalem, Paris, 1992, p. 325-329.

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tions et belles-lettres et lui fait désigner F. Cumont pour diriger les travaux. Les documents conservés aux archives de l’Institut de France attestent en effet que l'intervention de C. Clermont-Ganneau fut tout à fait déterminante : une lettre de F. Cumont, datée du 2 septembre 1922 et adressée a un membre inconnu de l’Académie“, précise que Clermont-Ganneau, constatant que J. H. Breasted n’envisageait pas de retourner à Salihiyé pour y compléter les relevés et procéder à l'étude des peintures, «[I’] a alors engagé à [s’] y rendre [lui]-méme». Dans la même lettre, F. Cumont ajoute : «C'est à ce propos que je me permets de vous écrire sur le conseil de Clermont-Ganneau, qui voudrait saisir la Commission de Syrie», C. Virolleaud étant disposé à engager son service avec le soutien de l'Armée, dont le concours ne pourra être obtenu qu'avec le patronage de l’Académie. En sa séance du 13 octobre 1922, l’Académie informe de la décision de sa Commission de Syrie-Palestine d'accorder une mission à F. Cumont qui partira le 25 octobre. Sur place, en Syrie, les autorités françaises ont d'ores et déjà organisé les travaux qui ont commencé au mois d'août 1922, grâce à un détachement des troupes de ’Euphrate, placé sous l'autorité du colonel Bigault de Granrut. En 1922-1923, F. Cumont, secondé par Léon Brossé, architecte du Service des antiquités de Syrie, et à la tête d'un contingent militaire de deux cents hommes, dirige le dégagement du «temple des dieux palmyréniens», du «temple d’Artémis» et d'une maison. Quand il publiera ses Fouilles de Doura-Europos en 1926, F. Cumont n’oubliera pas de rendre hommage à C. Clermont-Ganneau qui, après avoir favorisé les débuts de []]'entreprise avec cette ardeur juvénile qu'il conserva jusqu'à ses dermiers jours, put encore montrer l'intérêt qu'il portait à nos découvertes*. Cependant, dès 1924, le nombre des soldats affectés aux fouilles est considérablement réduit, et, en 1925, les recherches sont interrompues. Le haut-commissariat et le Service des antiquités connaissent en effet des difficultés budgétaires telles que, la même année, ils suspendent le financement des fouilles de P. Montet à Byblos. F. Cumont faisait preuve d'un optimisme excessif, quand, dans une lettre à J. Carcopino de mai 1923, il remarquait que «la Syrie, fort maltraitée à Paris - on a supprimé les cours de Clermont-Ganneau au Collège de France comme à l'École pratique des # Archives de l'Institut de France, Académie des inscriptions et belles-lettres, Syrie-Palestine, 13-3. *F. Cumont, Fouilles de Doura-Europos (1922-1923), Paris, 1926, préface, p. VII

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hautes études — veut se rattraper sur place»*, en multipliant les chantiers de fouilles. A Doura-Europos pourtant, il est indispensable de poursuivre les travaux engagés par F. Cumont et c’est Michaël Rostovtzeff, professeur d’histoire ancienne et d'archéologie classique à la Yale University aux ÉtatsUnis et ami de Cumont, qui suggère d’unir, dans l'exploration de la ville, l’Académie des inscriptions et belles-lettres et son université, soutenue par la Fondation Rockefeller. En 1927, Maurice Pillet#, qui deviendra directeur des fouilles, accomplit une inspection et une mission franco-américaine est organisée sous la direction conjointe de F. Cumont et M. Rostovtzeff. Les fouilles, qui commencent au printemps 1928, se poursuivront jusqu'en 1937, et c' est en 1934 que sera découvert le premier temple de Mithra déblayé en Orient : M. Rostovtzeff en réserve bien évidemment l'étude à F. Cumont”. En Syrie encore, F. Cumont joue un grand rôle dans l’ouverture, en 1929, d'un chantier belge sur le site d'Apamée. Son intérêt pour la Syrie et ses liens avec les archéologues français se maintiendront et se manifestent encore en 1934, quand il rédige la préface à l'ouvrage du père Adrien Poidebard, consacré à La trace de Rome dans le désert de la Syrie et fruit des relevés aériens accomplis entre 1925 et 19324. En même temps qu'il conserve toute son attention au Proche-Orient, creuset où se sont fondus les cultes à mystères, Cumont poursuit son entreprise de mesurer leur place dans le paganisme romain: c'est le thème des conférences qu'il prononce en 1905 au Collège de France, puis, l'année suivante, à Oxford“. Le mysticisme astral, qui réalise la pénétration pacifique de l'Occident par l'Orient, s'est transporté de Mésopotamie jusqu'en Mé- # Archives de la bibliothèque de l’Institut de France, manuscrit 7141, fol. 258 : lettre de F. Cumont à J. Carcopino du 24 mai 1923. 4 Maurice Pillet (1881-1964), architecte-archéologue. D'abord rattaché à VIFAO, il avait été intégré à la Délégation française en Perse en 1912-1913. Après avoir dirigé en 1916-1917, le Service des antiquités et des beaux-arts à Marrakech et être devenu en 1920 directeur des travaux de Karnak, il entre au Service des antiquités de Syrie. Il retournera en Égypte en 1948. Sur M. Rostovtzeff, voir en dernier lieu G. M. Bongard-Levina (éd.), Skifskii roman [Le roman scythe, en russe], Moscou, 1997 : cette importante biographie a été présentée à l'Académie des inscriptions et belles-lettres (cf. Académie des inscriptions et belles-lettres. Compte rendu des séances, 1997, p. 863-880). #F. Cumont, The Mithraeum, dans Excavations at Dura-Europos, 7-8, New Haven-Londres, 1939. # Adrien Poidebard, La trace de Rome dans le désert de Syrie : le limes, de Trajan à la conquête arabe; recherches aériennes (1925-1932), Paris, 1934. #F. Cumont, Les religions orientales dans le paganisme romain, Paris, 1906. 50 Ibid., reed. 1929, préface.

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diterranée occidentale par Les mages hellénisés*', qui conjuguent l'influence des cultes orientaux et celle des philosophies stoicienne et pythagoricienne. F. Cumont aborde désormais la seconde phase de sa carrière, consacrée à l'étude des «idées du paganisme romain sur la vie future» et il acquiert progressivement la certitude que, sur cette question, la part d'influence qu'il faut attribuer aux religions orientales [...] n'est appréciable qu'en raison de la part qu’on aura reconnue aussi [...] à la philosophie grecque et en particulier aux sectes pythagoriciennes®. Dès 1909 et 1910, F. Cumont examine La théologie solaire du paganisme romain, ‘définit Le mysticisme astral dans l'Antiquité et s'attache à reconnaître, dans Les idées du paganisme romain sur la vie future, les doctrines que les Romains ont héritée des penseurs grecs, épicuriens, stoïciens et pythagoriciens, et celles qui leur venaient des cultes orientaux. Ces courts mémoires sont des essais, des étapes intermédiaires qui s’enrichiront et s’affirmeront par le recours aux éléments fournis par l’archéologie : ainsi, «la basilique de la Porte Majeure» découverte à Rome, en 1917, est-elle interprétée comme le lieu de réunion d'une secte pythagoricienne; de plus, il se livre à l'examen des monuments funéraires romains qui nourrit Les recherches de 1942. La religion des pythagoriciens* est désormais au cœur de la problématique de la transmission en Occident des cultes orientaux, et les conférences, prononcées à la Yale University et publiées en 19225, lui accordent une place considérable. Dès la découverte à Rome au printemps 1917, d’«un monumento soterraneo presso la Porta Maggiore»*, F. Cumont fait paraître dans la Revue archéologique un article où il émet l'hypothèse d’«une basilique pythagoricienne», «un temple souterrain, analogue aux spelaca mithriaques et où devaient se célébrer parallèlement des rites mystiques». Son hypothèse repose sur l'interprétation du tableau placé au fond du sanctuaire, qu'il rapproche des «dissertations subtiles des néo-platoniciens» et où il discerne l'expression d'un symbolisme que manifesteraient aussi «de nombreux motifs reproduits par la sculpture funéraire, qui offre, avec la décoration de la 51 J. Bidez et F. Cumont, Les mages hellénisés, Zoroastre, Ostanes, Hystaspe, d'après la tradition grecque, 2 vol., Paris, 1938. 5 W. Lameere, Sur la tombe de Franz Cumont (1868-1947) cit. n. 22, p. 116. S Ibid., p. 118. # Mémoire posthume. 55 F. Cumont, After Life in Roman Paganism, New Haven, 1922. 5 Notizie degli scavi, 1918-1. 57 F. Cumont, Sur la basilique pythagoricienne de la Porte Majeure cit. n. 7, p. 52-73.

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basilique, des analogies frappantes»*. L'amorce des Recherches sur le symbolisme funéraire des Romains de 1942 se trouve dans cet article de 1918 où Cumont s'exprime encore au conditionnel et en appelle à des études plus précises et approfondies. C’est la lecture de cet essai qui oriente les recherches de J. Carcopino®, et lui fait reprendre l’analyse du monument découvert à Rome pour aboutir à la même conclusion : il s’agit bien d’une basilique pythagoricienne®. La démonstration fait appel à l'examen archéologique et aux textes, selon la méthode de Cumont. La parenté intellectuelle des deux exégètes du pythagorisme se manifeste dans leur œuvre, mais aussi dans la correspondance qu'ils échangèrent entre 1922 et 194561, F. Cumont et celui dont il ne veut être que le confrère et l'ami et non pas le maître‘, se réclament tous deux du même initiateur, T. Mommsen, qui avait reconnu les liens entre le pythagorisme et la piété romaine. Dans une lettre datée du 6 avril 1924, F. Cumont se fait l'écho d'un aveu de J. Carcopino : Si mes Religions orientales. ont pu vous engager à vous occuper des recherches sur l’histoire du paganisme, c'est certainement ce qu'elles ont produit de meilleur‘. Avant de s'attacher à l'étude de la basilique souterraine de Rome, J. Carcopino s'était engagé en 1922 dans la voie des recherches sur les religions à mystères. En effet, le tombeau trouvé à Lambiridi, en Algérie, et en particulier la mosaïque qui l'accompagne, lui était apparu comme une manifestation de l’«hermetisme africain» : dans le médecin qui tate le pouls de la jeune défunte, il reconnaît lEsculape mystique, qui assure le salut éternel, et il identifie une secte, adepte des doctrines d'Hermeés trismégiste. Même si F. Cumont est en désaccord avec cette interprétation®, 58 Jbid., p. 73. 5 Sur Jérôme Carcopino (1881-1970), voir É. Gran-Aymerich et J. Gran-Aymerich, Jérôme Carcopino, dans Archeologia, 230, déc. 1987, p. 71-79. © J. Carcopino, La basilique pythagoricienne de la Porte Majeure cit. n. 7. ‘ Correspondance de J. Carcopino. Archives de l'Institut de France, manuscrit 7141, fol. 190 à 271. # Ibid., manuscrit 7141, fol. 254, de F. Cumont à J. Carcopino, de Rome, 20 janvier 1923 : «Si je vous avais eu pour élève, j'en serais très fier, mais nous sommes des confrères et des amis et ne me donnez jamais d'autre titre». $3 Manuscrit 7141, fol. 271, de F. Cumont à J. Carcopino, de Rome, le 6 avril 1924. e J. Carcopino, Le tombeau de Lambiridi et l'hermétisme africain, dans Revue archéologique, 1922. Manuscrit 7141, fol. 256, de F. Cumont à J. Carcopino, Paris, le 19 janvier

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il reconnait la méthode dont il est le fondateur pour ces études: le recours à analyse scientifique, précise et objective, du document archéologique, alliée à l’épigraphie et à la philologie, qui permet d'émettre des conclusions sur l’histoire des idées religieuses. Comme Les recherches de Cumont sur les monuments funéraires romains le conduisent à Lux perpetua, Yétude de la mosaïque de Lambiridi et celle de la basilique romaine fournissent à J. Carcopino des éléments déterminants pour la définition des Aspects mystiques de la Rome paienne® et la reconstitution de «la conversion du monde romain» par le passage De Pythagore aux apötres®”. Dans l'œuvre de l’un et de l’autre, la découverte et l'analyse de la basilique de la Porte Majeure est infiniment féconde, l’un inspirant l’autre, qui répond au vœu exprimé par son aîné et fournit «la clef des mythes adoptés et figures dans les conventicules pythagoriciens»® et représentés sur les monuments funéraires romains. F. Cumont procède encore de la même façon, quand, pour ses Recherches de 1942, il choisit «un point de vue purement archéologique» mais interprète aussi les œuvres d'art «à l’aide des idées du milieu où elles sont nées»”, à partir de «ce que les Anciens euxmêmes ont pu dire des emblêmes religieux et des scènes mythologiques qu'ils figuraient sur les tombeaux»""; il retrouve ainsi «la théologie de l’art, la science philosophique des images sacrées», élaborées à l'époque romaine, qui expliquent «le sens profond de ce grand cycle de représentations dont les restes parsèment les nécropoles du monde romain»??. Rome est le lieu où s'alimente l'amitié entre F. Cumont et J. Carcopino, non seulement parce que l’un et l’autre s'emploient à en faire l’histoire, mais aussi parce qu'ils se retrouvent très souvent au Palais Farnèse, où l'historien belge, établi dans la capitale italienne, rencontre son ami devenu membre de l’École française puis son directeur à deux reprises en 1922-1923 et entre 1937 et 1940. Dans les lettres que F. Cumont envoie de Rome à J. Carcopino, il lui fait part des sentiments qu’éveille en lui l'inauguration par Mussolini du forum de César, dégagé par ses soins : $e J. Carcopino, Aspects mystiques de la Rome paienne, Paris, 1941. © Id., De Pythagore aux Apôtres. Etudes sur la conversion du monde romain, Paris, 1956. 8 F. Cumont, Sur la basilique pythagoricienne de la Porte Majeure cit. n. 7, p. 73. $ F. Cumont, Recherches sur le symbolisme funéraire des Romains, Paris, 1942, préface, p. I. 79 Ibid., introduction, p. 2. 1 Ibid., introduction, p. 16. 7 Ibid., p. 16.

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Il est arrivé en général des chemises noires, suivi d'un brillant cortège [...] Jai eu envie de troubler sa meditation en lui criant : «Prends garde aux ides de mars!». Mais je pense qu'on prend suffisamment de soin de le lui dire!”. Une féte organisée au Palais Farnése en juillet 1945 a rendu a F. Cumont «plus sensibles les regrets que [lui] inspire» l'absence de son ami, mais a permis aussi la manifestation de «sympathies que le temps n'a pas refroidies», de la part «d'amis d'autrefois [qui] se sont informés du sort»TM de J. Carcopino, qui subit alors les conséquences des responsabilités assumées sous le régime de Vichy. Il a été en particulier directeur de l'École normale supérieure à partir de 1940 et a invité son ami Cumont à faire des conférences devant les éleves”, F. Cumont et J. Carcopino, tous deux disciples de Theodor Mommsen, se sont forgé des outils méthodologiques semblables : Ills] réconcile[nt] dans l’histoire synthétique d'une période ou d'une institution sévèrement déterminée toutes les sciences auxiliaires de l’histoire’. Ils s'efforcent tous deux de construire une «histoire totale» politique, religieuse, littéraire, fondée sur tous les types de documents et mettent en œuvre archéologie, topographie, épigraphie et philologie. Ils rejoignent les efforts des animateurs de La revue de synthèse historique”? et leur méthode n'est pas étrangère à celle que préconisent les fondateurs de la Revue des Annales d'histoire économique et sociale, héritiers d’H. Berr, de N. Fustel de Coulanges et de C. Jullian”. Par sa collaboration à la Revue des Annales, A. Grenier”, l’un des historiens de la religion romaine inspiré par l'œuvre de F. Cumont, traduit cette proximité des points de vue des historiens- 73 Archives de la bibliothèque de l’Institut de France, manuscrit 7141, fol. 303, de F. Cumont à J. Carcopino, Rome, 24 mai 1932. 7 Ibid., fol. 334, de F. Cumont à J. Carcopino, Rome, 16 juillet 1945. 75 Monsieur Jean Leclant se souvient d’avoir assisté à ces conférences données par le grand savant belge qui jouissait d’un très grand prestige parmi les élèves. % J. Carcopino analysant la méthode de son maître Gustave Bloch, professeur d'histoire ancienne à la Sorbonne. 7 La revue de synthèse est créée par Henri Berr en 1900. # M. Bloch et L. Febvre consacrent chacun un article à C. Jullian : M. Bloch, Un enseignement : Monsieur Camille Jullian au Collège de France, dans Annales d'histoire économique et sociale, 1930, p. 5-62; L. Febvre, Un tempérament d'historien : Camille Jullian, dans Revue de synthèse, 1931, p. 39-43. ? Albert Grenier (1878-1960), Aux origines de l'économie rurale : la conquête du sol français, dans Annales d'histoire économique et sociale, 2, 1930, p. 26. Sur A. Grenier, voir É. Gran-Aymerich et J. Gran-Aymerich, Albert Grenier, dans Archeologia, 228, oct. 1987.

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archéologues formés aux disciplines classiques et orientales et des historiens du Moyen Age et des Temps modernes. D’autres membres de l’École française de Rome, à l'exemple de F. Cumont, s’engagent dans l'étude de la religion romaine : ainsi P. Boyancé qui, dans un article de 1943, souligne l'importance de ce qu'apportent Les recherches sur le symbolisme funéraire des Romains à l’histoire de l’art et des religions et à celle de la philosophie et de la science®, ou J. Bayet qui confie aux Mélanges d'archéologie et d'histoire de l’École française de Rome une étude sur «L'Hercule funéraire»#! et proposera une «histoire politique et psychologique» de la religion romaine*; ou encore H. I. Marrou qui consacre sa thèse au Mousikos aner®. F. Cumont s’attache la collaboration du pere Festugiere avec qui il publie le Corpus hermeticum et dont les travaux portent sur les mysteres de Dionysos, les «rencontres entre la Grèce et l'Inde» et sur les sciences mystiques et l’occultisme**. Tout au long de sa carrière, Franz Cumont a participé à l’essor de l’archéologie française, contribuant à affermir sa place au sein des disciplines historiques, par le choix d'une méthode qui assure à l’histoire des religions un fondement scientifique. Son ceuvre, qui jette des ponts entre Orient et Occident, s'inscrit dans le mouvement qui portait les hellénistes français vers l'Orient et les orientalistes à restituer les relations de l’Asie avec le monde hellénique et concourt à ce que «les orientalistes et les philologues classiques [parviennent à] se tendre la main par-dessus la Méditerranée »*’. Êve GRAN-AYMERICH # P. Boyancé, La symbolique funéraire des Romains, à propos des Recherches sur le symbolisme funéraire des Romains de Franz Cumont, dans Revue des études anciennes, 45, 1943, p. 291-298. Sur ce thème voir R. Turcan, Le symbolisme funéraire à l'Académie des inscriptions et belles-lettres, dans Colloque l'Académie des inscritions et belles-lettres et l'Académie des beaux-arts face au message de la Grèce ancienne [Beaulieu-sur-Mer, 6-7 octobre 1995], Paris, 1996 (Cahiers de la villa «Kérylos», 6). 8 J. Bayet, L'Hercule funéraire, dans MEFR, 39, 1921, p. 220-226 et 40, 1923, p. 19-192. # J, Bayet, La religion romaine, histoire politique et psychologique, Paris, 1956. 83 Grenoble, 1937. # A. J. Festugière, Les mystères de Dionysos, dans Revue biblique, 1935. 85 Id., Trois rencontres entre la Grèce et l'Inde, dans Revue d'histoire des religions, 1942-1943, p. 32 s. 8 Id., La révélation d'Hermès Trismégiste, 4 vol., Paris, 1944-1954. 37 F, Cumont, Les religions orientales dans le paganisme romain, 1906, p. 23. La correspondance de Franz Cumont, conservée à Academia Belgica de Rome, est en cours d’étude et de publication par Madame Corinne Bonnet; un premier volume est paru, La correspondance scientifique de Franz Cumont cit. note 14; il contient en particulier une biographie détaillée.