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Jean-Claude CHABRIER
Eléments
d’une approche comparative
des échelles théoriques
arabo-irano-turques
I. REFERENCE A LA TOUCHE DU LUTH-'UD
ET AU COMMA HOLDERIEN
Une expérience personnelle de plus de vingt-cinq ans dans la
perception et l’enregistrement des musiques du Moyen-Orient aurait
pu aussi bien déboucher sur des descriptions compartimentées éludant
le « comparatisme ». Mais la préoccupation comparative a découlé
spontanément de l’ordre dans lequel j'ai découvert ces musiques et
leurs formes: Turquie (1956), Iran (1957), Pays arabes (1960) avec
une évolution inexorablement «ascendante », de la découverte des
genres triviaux aux expressions les plus raffinées du luth oriental à
manche court (’üd), en passant par l'étude des trois langues orientales
incriminées et par l'initiation au jeu du ‘äd sous la direction de
mon regretté maître et ami Jamil Bachir. En revanche, l’idée plus
tardive d'étudier les structures modales de ces musiques a connu
une progression « descendante ». La soutenance d’une thèse sur
l'École de luth de Bagdad (1976) m'a incité tout d’abord à vérifier
que les improvisations des luthistes iraqiens Jamil Bachîr et Munir
Bachîr correspondaient bien à un langage de luth oriental classique
«arabe », d'où une confrontation inéluctable avec le style académique
damascene du luthiste syrien “Omar Nagichbendi m’imposant une
étude des traités médiévaux et contemporains sur la musique arabe
et sur le “dd, des transpositions et une réduction des analyses modales
sur la touche d’un "üd selon un système «arabe» à quarts de ton !.
1. Cf. Jean-Claude Chabrier, Un mouvement de réhabilitation de la musique
arabe et du luth oriental. L'Ecole de Bagdad de Cherif Muhieddin à Munir
Bachir. Etude sociologique et musicologique. Evolution de 1971 à 1975, thèse
de 3° cycle, Univ. de Paris IV, 1976 (à paraître avec le concours du CNRS);
livre II, étude musicologique, p. 301-626, où l’on trouvera une cinquantaine
de touches analytiques de “id.
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Im PDF ansehen(öffnet in einem neuen Fenster)Société Française de Musicologie
Elements d'une approche comparative des echelles theoriques arabo-irano-turques
Author(s): Jean-Claude Chabrier
Source: Revue de Musicologie, T. 71e, No. 1er/2e, Échelles Musicales: Modes Et Tempéraments
(1985), pp. 39-78
Published by: Société Française de Musicologie
Stable URL: http://www.jstor.org/stable/928593
Accessed: 11/11/2009 08:18
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Im PDF ansehen(öffnet in einem neuen Fenster)Jean-Claude CHABRIER
Elements
d'une
comparative
echelles
des
theoriques
arabo-irano-turqu
approche
I. REFERENCE A LA TOUCHE DU LUTH-°UD
ET AU COMMA HOLDERIEN
Une experience personnelle de plus de vingt-cinq ans dans la
perception et l'enregistrement des musiques du Moyen-Orient aurait
pu aussi bien deboucher sur des descriptions compartimentees eludant
le <<comparatisme>>.Mais la preoccupation comparative a decoule
spontanement de l'ordre dans lequel j'ai decouvert ces musiques et
leurs formes: Turquie (1956), Iran (1957), Pays arabes (1960) avec
une evolution inexorablement <<ascendante >>,de la decouverte des
genres triviaux aux expressions les plus raffinees du luth oriental a
manche court (t°d), en passant par 1'etude des trois langues orientales
incriminees et par l'initiation au jeu du °ud sous la direction de
mon regrette maitre et ami Jamil Bachir. En revanche, l'idee plus
tardive d'etudier les structures modales de ces musiques a connu
une progression «descendante>>. La soutenance d'une these sur
l'Ecole de luth de Bagdad (1976) m'a incite tout d'abord a verifier
que les improvisations des luthistes iraqiens Jamil Bachir et Munir
Bachir correspondaient bien a un langage de luth oriental classique
<<arabe >>,d'ou une confrontation ineluctable avec le style academique
damascene du luthiste syrien °Omar Naqichbendi m'imposant une
etude des traites medievaux et contemporains sur la musique arabe
et sur le °id, des transpositions et une reduction des analyses modales
sur la touche d'un 0°d selon un systeme <<arabe >>a quarts de ton .
1. Cf. Jean-ClaudeChabrier,Un mouvementde rehabilitationde la musique
arabe et du luth oriental. L'Ecole de Bagdad de Cherif Muhieddin a Munir
Bachir. Etude sociologique et musicologique. Evolution de 1971 a 1975, these
de 3ecycle, Univ. de ParisIV, 1976 (a paraitreavec le concoursdu CNRS);
livreII, etude musicologique,p. 301-626, oUil'on trouveraune cinquantaine
de touches analytiquesde °ud.
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Im PDF ansehen(öffnet in einem neuen Fenster)Puis d'autres imperatifs de recherche m'ont conduit a etudier les
rapports entre le style ( arabe > de cette Ecole de luth de Bagdad
et les theories de son fondateur: Cherif Muhieddin Haydar Targan
al-Hachimi, prince ottoman ne et forme a Istanbul selon le style
«turc >, d'ou mon elaboration d'une touche analytique de luth
oriental °ud selon un systeme arabo-turc commatique 2.
I1 m'a fallu ensuite comparer des modes <<iraqiens>>(nagham-s)
improvises au °uid par Jamil Bachir avec des modes «<iraniens>>
(dastgdh-s) homologues et quasi homonymes improvises au santur
par Faramarz Payvar. Ici, ma methode arabo-turque a diu se muer
en methode comparative arabo-irano-turque rapportee au °fid avec
elaboration d'un code commatique d'alterations (<<code arabesques >>),
d'un code designant les vingt-quatre doigtes-degres virtuels a l'octave
par les lettres A a Y (<<code JCC >>),d'un tableau de transposition
et d'une touche analytique de °uid arabo-irano-turcs independants
des hauteurs, des systemes ou des temperaments .
Afin d'eviter que cet affrontement des systemes, arabe a quarts
de ton, iranien empirique et turc commatique ne devint un creuset
d'artefacts, j'ai diu chercher si les analogies constatees sur les tableaux
de transposition ou sur la touche du luth-°ud avaient un sens
reductible a des interf6rences historiques. Et, partant des systemes
actuellement utilises par les Arabes, les Iraniens, les Turcs et certaines
minorites assimilables, je les ai confrontes avec les systemes d'intervalles
et les echelles decrits dans les traites de l'Islam medieval sur le °id4.
La presentation sur des touches ou des pseudo-touches de °uiddes
systemes successifs de l'Islam medieval avec discussion et evaluation
des intervalles en rapports numeriques ou en unites de mesure est
2. Cf. J.-Cl. Chabrier,<<Un r6formateurdu °fd, $erif Muhiddin», Quand
le crible etait dans la paille, hommagea Pertev Naili Boratav (Paris: G.P.
Maisonneuveet Larose, 1978), 133-150.
3. Le code commatique d'alterations (code «<arabesques>), le code
code JCC>), le
alphabetiquedes vingt-quatredoigtes-degresa l'octave (<<
tableau de transpositionet la touche commatiqueanalytiquede °ud, ainsi
qu'un tableau des genres et modes, ont ete edites en 1979 avec mes
du recital oriental, 5 vol.
anthologiephonographique
Arabesques-recitalbum,
(reedition 1984), et dans une brochureLangage musical du monde arabomusicalLanguage(Paris: Arabesques,
irano-turc.The Arab-Iranian-Turkish
1984).
4. Cf. mes deux communicationsde congres exposant ces recherches:
«Evolution du luth-°ud et p6riodisationdes structuresmusicales araboislamiques>, Neuvieme Congres de l'Union europeennedes Arabisantset
Islamisants.Proceedingsof the Ninth Congressof the UnionEuropeennedes
Arabisantset Islamisants,6d. Rudolph Peters (Leiden: Brill, 1981), 31-47,
7 tableaux, 44 notes. <Correlation6volutive entre le luth oriental (°uid)et
les structuresmusicalesarabo-irano-turques
(tessiture,technique,intervalles)>,
2nd BagdadInternationalMusic Conference& °id Festival,Bagdad,d6cembre
1978 (a paraitre).
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Im PDF ansehen(öffnet in einem neuen Fenster)devenue une methode classique en Occident 5. En revanche, l'elaboration d'un tableau recapitulatif des systemes medievaux ou contemporains est un document plus rare 6. Ici, la complexite des appreciations
comparees m'a incitea elaborer un schema recapitulatif de la plupart
des systemes qui a ete etabli a l'echelle 1/1 d'une touche de °ud
entre le sillet et la caisse (parcours de quinte, 195-200 mm). Chaque
corde est representative d'un systeme pourvu de ses doigtes-degres
a leur emplacement precis; ce qui permet des comparaisons aisees
d'un systeme a l'autre en lisant la succession dans l'histoire de haut
en bas et l'echelonnement des doigtes-degres de gauche a droite.
Seul le systeme preislamique concu sur le tunbur, luth a manche
long, et reduit ici aux dimensions du °uid, luth a manche court, est
l'objet d'un rapprochement artificiel des doigtes. Les autres systemes
sont presentes <<a l'echelle du jeu reel >>7 (cf. tableau comparatif des
divisions de la quinte sur corde, hors-texte A, B, C).
II restait a choisir une unite de mesure des intervalles qui ffit
compatible avec des analyses comparatives arabo-irano-turques des
echelles et des modes rapportes a la touche du luth-°ud. Les traites
de l'Islam medieval, s'ils partent tous ou presque de mesures
longitudinales sur la corde du luth, se referent a des rapports ou a
des unites qui ont evolue au cours des siecles ou avec les systemes.
On passe ainsi de 1'empirisme des frettes anteislamiques du tunbfir
de Bagdad, qui peut deja donner une idee de ce que seront le quart
de ton et le limma, aux systemes pythagoriciens et aux rapports
numeriques puis a l'echelle pythagoro-commatique du systeme de
Safiy al-Din au XIIIe siecle. De nos jours, les systemes arabes sont
definis en quarts de ton, les systemes iraniens en quarts de ton
temperes par l'empirisme ou contestes par les mesures, et les systemes
turcs en commas. De plus, les traducteurs, commentateurs et
musicologues ont desormais tendance a apprecier les systemes et les
intervalles en savarts, en cents, ou en notes porteuses d'alterations
adaptees 8.
5. Il s'agit de schemas de pseudo-touchesde °ud r6duites a des traits
longitudinauxrepr6sentantles cordes et des traits transversauxrepresentant
les frettes ou les doigtes-degres.Cf. Rodolphed'Erlanger,La musiquearabe
(Paris: Geuthner, 1930-1949, 6vol.), t. I a IV; Henry George Farmer,
<<ArabianMusic», Grove, 5 e6d.; Id., <<Misiki »>,Encyclopediede l'Islam,
6dition francaise(Paris: Klincksieck,1934), t. I; nombreusestheses recentes
dont la mienne.
6. Pour la recapitulationdes systemesmedievaux,cf. J.-C. Chabrier,these,
p. 398; pour celle des systemes contemporains,ibid., p. 399. Erlanger,op.
cit., V, p. 47. J.-C1.Chabrier,Langagemusical(...), op. cit., p. 2.
7. Voir <<tableau comparatifdes divisions> (ill. n° A, hors-texte)extrait
de la brochureLangagemusical(...), op. cit.
8. Erlanger utilise des notes latines alt&eres.Farmer (art. cit.) et les
ethnomusicologuesont tendance ia valuer en cents. Mehdi Barkechli,<<La
Musique iranienne>, Histoire de la musique,6d. Roland-Manuel(Paris:
Gallimard, 1960), t. I, p. 453-525, et Jean During utilisent les savarts.
Seite 6
Im PDF ansehen(öffnet in einem neuen Fenster)Mes mesures etant tributaires des precisions respectives des doigts
des luthistes et de l'oreille du musicologue, il s'est avere que les
appreciations en savarts ou en cents depassaient les precisions
precitees et conduisaient i l'invention de modes ou de systemes
chimeriques 9. Au contraire, le comma holderien ou <holder>> de
22,60 cents (53 i l'octave) etant deja le plus petit denominateur
commun des intervalles arabes, iraniens ou turcs, etait assez precis
pour dissocier les tierces majeures pythagoricienne de 18 holders,
harmonique de 17 holders, neutre zalzalienne de 15,7 holders, et
neutre basse de 15 holders, tout en etant assez laxiste pour respecter
la justesse expressive et l'enharmonisme de pente sur les instruments
sans frette dont le °ud et le violon. J'ai donc opte pour le comma
holderien, unite sinon ideale, du moins <<physiologique», qui sera
appele <<holder > 10.
Pourquoi faut-il donc accorder des decimales a une unite definie
comme physiologique et plus petit commun denominateur ? Parce
qu'il s'agit, ici comme ailleurs, de s'imposer tout d'abord une
approche theorique rigoureuse des systemes acoustiques, d'admettre
ensuite que la situation pratique des degres ne correspond a la
theorie que moyennant des correctifs relatifs a la densite des cordes
et a la perception des sons, d'accepter enfin la justesse expressive et
la marge de tolerance des musiciens. Et c'est au bout de ce trajet
plein d'embuches qu'il faudra evaluer les intervalles et les systemes
en vue d'identifier les genres et les modes.
L'actuelle proliferation des musiques dites traditionnelles en Occident
doit nous inciter a une grande rigueur acoustique, car, s'il est vrai
que cette mode nous conduit parfois a decouvrir des systemes qui
ne sont ni temperes, ni meme pythagoriciens, elle incite aussi certains
protagonistes a emettre des theories boiteuses sur les systemes qu'ils
utilisent alors qu'ils viennent de s'accorder en catimini sur le piano
qui trainait en coulisse. En theorie, il ne s'agit plus, comme le
faisait Gariel, de parler de <commas >>.Mais, comme le recommandent
Dussault et Chailley, il importe de definir les commas et les autres
intervalles par rapport a un systeme. Et ce n'est que par le
9. Une analyse modale du maqcm mukhalif d'Iraq faite, non plus a
l'oreille, mais a l'accordeurelectronique <Sabrus» a depasse la precision
du doigt du luthiste(MunirBachir)et a donn6 des r6sultatsininterpr6tables
du fait de la creation d'intervallesirreductiblesa la culture de l'artiste
(J.-Cl. Chabrier,these cit6e, p. 570).
10. Cette option pour le comma hold6rien(22,60cents, 53 par octave,
53/2) reste a peu pres compatibleavec les appr6ciationsdonn6esen commas
pythagoriciens(23,50cents, 51,15par octave, 531441/524288)ou en commas
syntoniques(21,50cents, 55,80 par octave, 81/80) et avec la precision de
l'oreille. Mon <<code arabesques> commatique tend ainsi a situer des
alt6rations touchant les neuf commas du ton majeur pour les analyses
comparees.
Seite 7
Im PDF ansehen(öffnet in einem neuen Fenster)truchement d'une connaissance aguerrie des principaux systemes
acoustiques universels que l'on peut apprehender l'etude des systemes
acoustiques d'une culture musicale donnee en confrontant les uns et
les autres sur un monocorde ou sur la touche d'un instrument. En
ne retenant que les plus grands systemes acoustiques nes durant
l'Antiquite, prenons une corde de 600 millimetres et examinons la
zone situee aux alentours du premier demi-ton.
A une valeur approximative de quatre commas holderiens, nous
la seconde position du systeme
pouvons situer successivement:
de division de la corde en quarante segments aliquotes (2.C,
le limma de Pythagore
40/38= 20/19, 89 cents, a 30 mm du sillet);
mm
90
a
du
le chromate de
cents,
30,5
sillet);
(.B, 256/243,
Delezenne que l'on peut assimiler aux systemes harmoniques et
derives (1.B, 135/128, 92 cents, a 31 mm du sillet).
A une valeur de 4,5 commas holderiens, on trouve le demi-ton
tempere (100 cents).
A une valeur approximative de cinq commas holderiens, nous
pouvons situer: - le diaton de Delezenne (2.C, 16/15, 112 cents, a
37,5mm du sillet);
l'apotome de Pythagore (2.C, 2187/2048,
114 cents, a 38 mm du sillet).
Confondre ces rapports, meme lorsqu'ils sont tres voisins,
constituerait une faute de la part du musicologue. En revanche, on
admettra que le musicien desireux de depasser le temperament egal
et d'appliquer l'enharmonisme diese-bemol confonde les trois rapports
assimilables au limma en un seul degre et les deux rapports
assimilables a l'apotome en un seul degre. Parce que la pulpe du
doigt d'un violoniste ou d'un <<fdiste>>, son oreille ou la notre
doit identifier les sons avant de leur attribuer une etymologie.
Les intervalles cites pour la premiere fois dans le deroulement de
cet article sont definis par leur rapport numerique, leur valeur en
cents (a raison de 1200 cents par octave, avec l'abreviation°), leur
position dans le systeme d'octave en reference a mon <<code J.C.C. >>
soit de O.A a 14.0 sur un parcours de quinte, et leur mesure en
commas holderiens (a raison de 53 par octave, avec l'abreviation
<h >). En ce qui concerne le reperage <<spatial>> des doigtes-degres
par rapport au sillet de la corde, il a ete suppose que toutes les
cordes de °ud mesuraient 600 millimetres, soit 300 millimetres pour
la premiere octave avec 66,66 mm pour le premier ton majeur,
150 mm pour la premiere quarte, et 200 millimetres pour la premiere
quinte. II m'a semble essentiel d'indiquer les mensurations de tous
les intervalles antiques ou classiques rapportes a une corde de
600mm, parce qu'il serait trop facile de disserter sur des doigtes
ou des intervalles sans s'imposer la representation de ces intervalles
sur la corde et leur confrontation virtuelle sous les doigts du
musicien. Cette discipline nous a deja permis de verifier que les
differences entre les premiers demi-tons des systemes pythagoricien
et harmoniques ne sont que de l'ordre du demi-millimetre. Le
Seite 8
Im PDF ansehen(öffnet in einem neuen Fenster)<tableau comparatif des divisions de la quinte sur corde >>a d'ailleurs
ete concu a l'occasion de cet article comparatif; et il a pour objet
de dissiper de nombreuses ambiguites.
Cet article peut montrer que j'ai eprouve une vive solidarite
technique et artistique avec les protagonistes d'une belle musique
tout en conservant une independance culturelle et spirituelle. J'ai
donc voulu exposer le plus objectivement possible les elements de
cette approche comparative en laissant au lecteur la possibilite de
decouvrir les insuffisances des systemes, des theories ou des
protagonistes. II se peut qu'une pointe d'ironie ait accompagne
certaines affimations. Etudier une culture etrangere a son heredite,
ou plutot trois cultures etrangeres a son heredite, implique a la
longue un choix entre la beatitude et le recul. De ces trois roles:
l'expatrie avocat de son patrimoine, le proselyte plaidant sa revelation,
ou l'orientaliste en quete de savoir, le troisieme est finalement le
plus creatif a tenir. Et si cette symbiose technique et artistique peut
en fin de compte servir a rehabiliter le langage du °id aux yeux de
ceux qui le revendiquent dans leur patrimoine hereditaire, elle aura
permis la restauration d'une langue dont les structures et les formes
ont encore le pouvoir de seduire.
II. REFERENCES ISLAMIQUES MEDIEVALES
ET REFERENCES NATIONALES
Depuis des decennies paraissent dans les pays arabes, en Iran, en
Turquie ou en Occident des livres et des articles consacres a la
musique arabe, a la musique iranienne ou a la musique turque.
L'accession de ces nations a l'independance ou a de nouveaux
regimes de plus en plus nationalistes incite leurs institutions ou leurs
chercheurs a codifier un certain nombre de donnees historiques et
techniques selon un procede qui emprunte a des traditions anciennes
les elements de nature a definir ou a annoblir une musique nationale
au sein d'un pays dont les frontieres ont ete delimitees par des
traites tres recents et qui est souvent dote d'une grande polymorphie
humaine et musicale en interference avec les pays voisins.
En matiere de references historiques, l'Islam medieval propose a
ces musiques nationales une valeureuse heredite. Apres l'interference
helleno-islamique et les premiers phenomenes musicaux lies a l'essor
de l'Islam, les <<ages d'or >>sont marques au Moyen-Orient par les
califats abbassides de l'Iraq (du VIIIe au XIIIe siecle) illustrant la
confluence progressive helleno-arabo-irano-touranienne generatrice de
nombreux traites fondamentaux concernant la theorie musicale concue
essentiellement sur le luth, et en Occident par les califats andalous
illustrant la confluence ibero-maghrebine dont les documents sont
moins nombreux et moins precis. L'existence de ce tronc commun
medieval islamique multinational scientifique et artistique justifie les
Seite 9
Im PDF ansehen(öffnet in einem neuen Fenster)references a un passe musical riche et glorieux. Et les auteurs y
puisent des elements renforcant l'authenticite de leur patrimoine
national actuel et la noblesse de leur heredite musicale locale.
Cependant, la reference a l'Islam medieval multinational s'oriente
de plus en plus vers les seuls elements renforcant une notion de
superiorite nationale. Des auteurs arabes actuels glorifient Mawsili
et Kindi (IXe siecle), savants plus arabises, et soulignent l'importance
du systeme musical preislamique «(arabe >> . A l'interieur meme du
monde arabe, on valorise les eventuelles antiquites musicales locales,
pharaoniques pour les Egyptiens, mesopotamiennes pour les Iraqiens,
pheniciennes pour certains Libanais, berberes pour certains Maghrebins 12. Des auteurs iraniens louent la culture des Achemenides,
pronent la superiorite des Sassanides, uniques donateurs de l'art
musical a l'Islam, et considerent comme persans les plus grands
savants de la periode abbasside : Mawsili (IXe siecle), Farabi (Xe siecle),
Ibn-Sina-Avicenne (XI siecle), Safiy al-Din (XIII siecle)13. Enfin des
auteurs turcs, qui au temps de la theocratie ottomane glorifiaient la
superiorite de leur art porte-flambeau des heritages byzantin et
abbasside, ont remarque les origines touraniennes de Farabi, Avicenne,
Safiy al-Din et cultivent desormais leurs liens nationaux avec les
cultures ouralo-altaique et anatolo-hittite 14.
Quittant les references historiques pour en venir aux references
techniques, on observe les memes tendances valorisantes induites par
les nationalismes institutionnels ou personnels.
Les references aux musiques grecque, byzantine ou aux liturgies
orientales deviennent plus rares; comme s'il etait genant d'inscrire
sa musique dans un grand courant universel. Les references a la
multitude des traites musicologiques de l'Islam medieval dont les
plus notoires ont ete traduits en langues occidentales, parfois
empruntees aux traductions, tiennent plus volontiers de la <<citation11. Cf. Mahmoud Guettat, La Musique classique du Maghreb (Paris:
Sindbad, 1980), p. 11-90; Habib HfassanTouma, La MusiqueArabe(Paris:
Buchet-Chastel,1977), p. 15-22.
12. Cf. Subhi Anwar Rachid, Tirikh al-ialt al-musiqiyafi al-°Ircq alqadim/Histoiredes instrumentsde musique dans l'Iraq ancien (Beyrouth,
1970); Marc-HenriMainguy, La musiqueau Liban (Beyrouth,1969) p. 1316.
13. Cf. Mehdi Barkechli,<<La Musiqueiranienne>>,art. cite [note8], 453460 et 524; Nelly Caron et DarioucheSafvate,Iran. Les traditionsmusicales
The New
(Paris: Buchet-Chastel,1966), p. 11-12; Hormoz Farhat, «<Iran>>,
Grove,IX, 292-300; JeanDuring,La Musiqueiranienne.Traditionet evolution
(Paris: Recherchesur les civilisations,1984).
14. Rauf Yekta Bey, <La Musiqueturque>>,Encyclopediede la musique
et Dictionnairedu Conservatoire,ed. A. Lavignacet L. de la Laurencie,I/
5 (Paris: Delagrave, 1922), 2948-2984 (Ottoman); Adnan Saygun, <<La
Musique turque>>,Histoire de la musique, ed. Roland-Manuel (Paris:
Gallimard, 1960), t. I, 573-577 (Turc); Kurt et Ursula Reinhard, Turquie,
les traditionsmusicales(Paris: Buchet-Chastel,1969), p. 19-32 (ne sont pas
Turcs).
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Im PDF ansehen(öffnet in einem neuen Fenster)71/1-2 (1985)
martingale>> 5 que d'une reconstitution pourtant indispensable du
raisonnement scientifique de l'auteur savant m6dieval.
Or il est pourtant passionnant et indispensable de dissequer ces
traites, m6me traduits. Si l'auteur part de la musique qu'il perqoit
pour aboutir a des theories qui sont souvent influencees par les
theories grecques, son manuscrit procede en sens inverse de la theorie
au jeu. Apres un frequent eloge conventionnel de la voix humaine
(qui veut peut-etre amadouer ou flatter les religieux ou les mecenes) 16,
l'auteur, plut6t discret sur ses origines ethniques, aspire a l'elaboration
d'une theorie ideale de la musique considere comme une science.
Debouchant sur le luth (le plus souvent a manche court, °ud), il
expose sa methode en suivant longitudinalement les cordes, precise
l'emplacement a donner aux < doigtes-degres > 17 et se libere
eventuellement de ces mensurations longitudinales par des rapports
ou des indices 18
On peut s'etonner que ce considerable patrimoine scientifique de
l'Islam medieval arabo-irano-touranien soit si souvent reduit a des
enumerations de chiffres sans recours a l'indispensable reference au
luth qui a ete le concepteur ou l'etalon des echelles et des modes,
donc d'un langage musical caracteristique. Dans les traites contemporains, l'Fchelle des sons se reduit a un tableau et les modes sont
transcrits sur des portees europeennes dotees d'alterations paraeuropeennes donnant un pseudo-langage modal traduit par un
alignement de notes enoncees avec leurs noms latins 19.Les hauteurs
des finales de modes sont etonnamment alignees sur le Do, le Re,
etc. 20 dont on connait pourtant les variations de frequence en Europe
>. J'entends celle qui permet de gagner trop
15. <Citation-martingale
facilementau jeu de l'eruditionet de l'authenticite.
16. Farabi, Kitab al masiqi al-kabir/GrandLivre de la musique, trad.
Erlanger,op. cit., t. I, p. 5-23; on remarqueraque cet eloge de la voix
disparaitdans la technicitedu reste.
17. J'utilisea dessein le mot <<doigte-degr6eparce que dans ces systemes
concus sur les luths, le degr6 est li6 au doigte.
18. Il est fort interessant de suivre, meme dans la traduction, le
raisonnementdu savant sur la corde, et de le restituersur un sch6ma.On
peut ainsi suivre dans Erlanger,op. cit.: Farabi (t. I, p. 44 sq., p. 163-215),
Ibn-Sina-Avicenne(t. II, p. 234-237), Safiy Al-Din (t. III, p. 111sq.). J'ai
retranscritces raisonnementssous forme de schemasdans ma these, p. 368,
371, 378, 380, 382, 384.
19. Pour 1'6chellemise en tableau et les modes mis en portees apres
transpositionarbitraireou irr6versible,on pourraitciter la quasi-totalit6des
ouvragesdu XXesiecle.
20. C'est sans doute au nom de l'universalit6que l'on adopte les notes
latines. Du moins faudrait-ilmentionnerle doigt6-degr6orientalde reference.
Erlangeret son principalconseiller,Cheikh °Ali Darwich, flfitiste, perdent
malencontreusementla r6efrenceau °ud (La musiquearabe, t. V) tout en
conservantheureusementle nom oriental de l'insertiondes modes: yegdh,
°iraq,rdst,etc. Parlerde modesen sol, en do releveplut6tde l'europ6ocentrisme.
Seite 11
Im PDF ansehen(öffnet in einem neuen Fenster)en fonction du diapason legal ou usuel 21. Tant d'ecrits sur les
musiques issues de cet Islam perpetuent desormais une translitteration
irreversible qui ne definit la musique que par rapport a l'Occident
et en opposition avec les pays rivaux, accentuant les specificites
nationales en eludant les etudes comparatives entre les musiques
<<arabe>, <<iranienne>>et <<turque > ou en ignorant les musiques
des regions de transition ou les mouvements artistiques dont l'ideal
echappe aux classifications primaires ou nationales
Trois musiques nationales issues d'une codification commune au
sein d'un meme mouvement culturel sur un meme instrument meritent
que l'on s'interesse a leurs analogies structurelles. Et si elles ont
diverge au point de n'etre plus comparables, du moins faudrait-il
savoir pourquoi, comment et depuis quand.
III. APPROCHE COMPARATIVE
DES SYSTEMES SUCCESSIFS
DE L'ISLAM MEDIEVAL
A. SYSTEMEPREISLAMIQUE.DIVISIONDE LA CORDE EN QUARANTESEGMENTS
ALIQUOTES
En quoi consiste le systeme preislamique de division de la corde
en quarante segments aliquotes et a quoi mene-t-il ?
Dans son kitab al-musiqi al-kabir/Grand livre de la musique
(Livre II, discours II), Farabi fait au Xe siecle une etude precise sur
le tunbur de Bagdad dont La musique arabe d'Erlanger nous donne
une traduction avec schemas et sans ambiguite 23. Farabi decrit tout
d'abord le systeme utilise par les musiciens depuis l'Anteislam en
pla9ant, a partir du sillet, cinq frettes equidistantes separees par des
segments equivalents a un quarantieme du diapason de la corde. II
les appelle <<frettes paiennes» vouees a des <<airs paiens > et ce
<<paganisme> concerne la jachiliya, ere anteislamique. Destinees a
21. Sur les variations du diapason, cf. Jacques Chailley, Formationet
du langagemusical(Paris: C.D.U., 1955), p. 1.
transformations
22. C'est le cas de l'6blouissanteecole de luth de Bagdad creee en 1937
par Cherif Muhieddin. Elle ne figure ni dans Grove (5 1954) a l'article
<<Iraqian and MesopotamianMusic>>,ni dans The New Grove (1980) a
l'article<<Iraq>. On hesiteraita penserqu'uneapprochede typeentomologique
pfit devenirvecteur de lacunes recurrentessusceptiblesd'occulterl'existence
d'instrumentsbrillants(°ud-sa six rangs et a multiplesc6tes) sign6spar des
luthiers reputes (°Ali, Razak, Fadhil) et rendus illustres par des virtuoses
enseignantsconsacresdans leur pays et en Occident(SalmanChukur,Jamil
Bachir, Munir Bachir).
23. Cf. Erlanger,op. cit., t. I, p. 218-242 (tunburBagdad).
Seite 12
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Seite 14
Im PDF ansehen(öffnet in einem neuen Fenster)quatre doigtes, ces cinq frettes ne s'appliquent qu'en de9a d'un
huitieme (8/7) du diapason de la corde et ont donc des debouches
melodiques limites. Comme un tel systeme d'equidistance ne saurait
produire des intervalles consecutifs egaux entre eux, Farabi deplore
la negligence des musiciens et declare qu'il faudrait espacer les frettes
de fa9on decroissante pour obtenir des sons meilleurs. Plus loin,
Farabi decrit la presence de trois nouvelles frettes reparties entre le
huitieme et le cinquieme (5/4) du diapason. En espa9ant ces nouvelles
frettes de fa9on decroissante, on obtient un «<systeme f6minin ».
Enfin Farabi etudie toutes les possibilites d'accordature des deux ou
trois cordes du tunbur de Bagdad (luth a manche long) qui peuvent
adopter l'unisson, le limma, etc. et semble apprecier la quarte.
Farmer fait egalement allusion a ce passage du livre de Farabi et
a la «<gamme preislamique >>acceptee par Kosegarten, precisant que
la division de la corde en quarante segments aliquotes se retrouve
chez Eratosthene et meme bien avant. Enfin il 6num&ie quelques
intervalles pouvant relever d'un tel systeme, soit en cents: 89, 182,
281, 386, 498 (quarte juste); mais il a dans ce calcul largement
depasse le huitieme du diapason de la corde et outrepasse le systeme
<paien >>du tunbur de Bagdad 24
Somme toute, l'affirmation de l'existence de ce systeme dit
<pr6islamique arabe > repose sur la description de «<ligatures (frettes)
paiennes>> encore en usage au Xe siecle sur le tunbir de Bagdad.
On n'a donc pas a en contester l'existence mais on peut se demander
en quoi ce systeme serait specifique des Arabes de l'Anteislam. Pour
SYSTEMEANTIQUE . DIVISION DE LA CORDEEN QUARANTESEGMENTSALIQUOTES.
cents Holder,code,
ou commentaire
rapport
equivalence
JCC (cf.tableau
/1200 53/oct
"D")
comparatif,registre
,mm/600
corde
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1.B
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3.D
4.E
5.F
90
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40/34=20/17
40/33
40/32= 5/4
281 12,4
15386 17
6.G entre
7.H entre
8.I tierce
135
150
40/31
40/30=
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10.K
165
180
195
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40/29
40/28=10/7
40/27
40/26=20/13
24,5
617 27+
30
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13.N
14.0
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270
285
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40/258/5
5/3
40/2440/23
40/22=20/11
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40/20= 2/1
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1200 53
15.P
16.Q
17.R
18.5
19.T
20.U
d'Eratosthbne
infra-quart-de-ton,diesis
de Pythagore,infra-chrom.Del.
infra-limma
2an.5tna
13/12
supra-diat.Zarl(27/25),inf
ton mineur harmonique exact
cf
ton maxime,grand ton.
Iran XX°s.
et 3a min.Pyth.
2a aug.harm.
2a aug.Pyt. & 3a neutre basse(39/32)
majeure harmonique exacte
quarte diminu6e
quarte juste
infra 4a aug Zarl.(25/18,570c,168mm,25h)
triton
aug.harm.)
harmonique exact(4a
courte quinte du temperament inegal
europ
du
(192/125)temp.inegal
Loup
supra-quinte
mineure harmonique exacte
sixte
sixte
majeure harmonique exacte
supra-sixte
augmentee de Zarlino(125/72)
supra 7a min.Zarl.
supra 6a aug.Pyth.
de Pythagore(243/128)
supra 7a majeure
octave
24. Cf. Farmer,<<Mfsiki >>,art. cit., 801.
Seite 15
Im PDF ansehen(öffnet in einem neuen Fenster)Barkechli, <cette gamme differe totalement de la gamme iranienne
que les Arabes ont adoptee apres l'islamisme 25. Mais la aussi, on
pourrait se demander en quoi l'autre systeme, que nous decrirons
plus loin, serait specifique des Iraniens. Quoi qu'il en soit, ce systeme
de division de la corde en quarante segments aliquotes contient en
germe, pour des raisons fortuites ou logiques, la plupart des intervalles
consideres generalement comme caracteristiques des musiques araboirano-turques et marque des interf6rences avec de nombreux intervalles
des systemes harmoniques. Nous devons donc en rappeler les doigtesdegres sur une octave.
B.
SYSTEMES UTILISES A PARTIR DE L'ESSOR DE L'ISLAM
1. Systeme pythagoricien des premiers siecles de l'Islan (Mawsili,
Kindi). < Ecole hellenisante > (Erlanger). < Vieux systeme arabe >
(Farmer).
Le premier systeme atteste apres la naissance de l'Islam au
VII siecle est celui que preconise aux VIIIe-IX siecles le luthiste
bagdadien en vogue a la cour abbasside Ishaq al-Mawsili et dont
la description est faite par Munajjim au Xe siecle. La ref6rence au
systeme de Mawsili-Munajjim est une constante de l'orientalisme
musicologique et on en trouve la description dans Rouanet, Erlanger
et Farmer, dans les encyclopedies, dans de nombreux articles et
theses 26.
Toute la theorie musicale repose sur les doigtes-degres de la touche
du °ud accorde par quartes et dont l'octave d'une corde a vide
s'obtient en pratiquant le demanche sur la suivante. On peut lui
assimiler un systeme de Kindi (IX"s.; cf. infra). Cette theorie dite
des «<doigtes >>(asiab) definit huit modes musicaux dont la description,
indissociable du °id, par Isfahani au X siecle semble avoir ete
commentee en Occident a partir du XX" siecle 27
La vogue de ce systeme pythagoricien lors des premiers siecles de
l'Islam semble liee au prestige des theories grecques et a l'influence
de cultures meta- ou para-helleniques comme la byzantine ou la
25. Cf. Barkechli,art. cit., 464.
26. Sur le systemepythagoricien(Mawsili, Munajjim,Kindi, Isfahani)cf.
Jules Rouanet, «<La musiquearabe>>,EncyclopedieLavignac,op. cit., 27012704; Erlanger,op. cit., t. III, p. 592; Farmer, < Mfsiki >>,art. cit., 801803; Id., <<TheLute Scale of Avicenna>>,Journal of the Royal Asiatic
Society (avril 1937); Guettat, op. cit., p. 60-81; J.-C1.Chabrier,these cit6e,
p. 368-370.
27. Sur la th6orie des <doigtes> et les modes du VIII-IXesiecles, cf.
Jules Rouanet, art. cit., 2701-2704; Farmer, «<Arabianmusic art. cit.,
181-182; Guettat, op. cit., p. 74-79.
Seite 16
Im PDF ansehen(öffnet in einem neuen Fenster)5Y5TEME PYTHAGORICIEN
un4600 rapport
corde
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DES PREMIERS SIECLES
commas
4
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18
22
27
31
doigt6-degrd
(voisine-index)
(voisine-index)
index
m6dius"ancien"
annulaire
auriculaire
d6manch6
(corde
suivants)
DE L'ISLAM.(MAWSILI,KINDI).
Commentaire,6quivalence
(cf.tabl.comp.registre"l")
limma(paa
SUr index)
sur index)
apotom6(pas
ton majeur
tierce
mineura
tierce
inajeure
quarte
juste
triton
4a augment6s
quinte
juste.
syriaque28. 11 ne contient 'videmment aucun des intervalles caracteristiques de 1'exotisme arabo-irano-turc. On y trouve un limma et
un apotom6e (qui ne seraient pas utilises en position voisine de
l'index 'a c6te du sillet) 29 un ton majeur, une tierce mineure, une
tierce majeure, une quarte juste, un triton quarte augment&e (decrit
par Firabi sur harpe au X' s.), et une quinte juste sur la corde
suivante.
2. Systeme parapythagoricien des premiers si'cles de l'Islam (Zaizal).
Divisions longitudinales empiriques de la corde.
Si le systeme preislamique de division de la corde en quarante
segments aliquotes se perp6etuedans les musiques populaires, si le
systeme pythagoricien est repr6esente?' la cour par Ishdq al-Mawsi1i,
un troisieme systeme, qui me semble &tre un compromis des deux
prece'dents, est introduit dans la musique classique par le luthiste
bagdadien Mansfir Zaizal 'a la fin du VIII siecle. On peut supposer
que Zaizal annoblit des pratiques populaires autochtones en tenant
compte de sa culture musicale, d'oP le recours a' des divisions
longitudinales sur la corde du 0zid'a partir de doigt6s pythagoriciens.
Comment procede donc Zaizal? Dejja, selon Farmer, le «<m6edius
ancien >>(32/27, 2940, 13 h, 93,75 mm, 3' mineure de Pythagore) est
concurrence par un «mnedius persan >>(81/68, 3030, 13,4 h, 96,3 mm),
dont 1'emplacement est calcule en plaCant le doigt a' mi-distance
entre le ton et le diton de Pythagore. Et, en pla9ant le doigt a midistance entre ce «<m6ediuspersan>> et le diton de Pythagore, on
28. Certains auteurs orientaux semblent pein6s que ces syst&messoient
pythagoriciens.Mawsili dMc1arait
ignorer les th6oriesgrecques.Cf. Isfahani,
Kitcibal-aghcini/Livredes chants (Xe si&cle),Ud.Le Caire 1932, V, 270 ou
6d. Buldq, 1285h, V, 53, cit&dans Erlanger,op. cit. t. V, p. 377 (Ishgq alMawsili).
29. Farmer,se r6f6rantt trois manuscritsde Kindi espac6sdans le temps,
&voqueles influencesd'Euclideet Ptol6m6esur le derniermanuscrit.Dans
« MOisiki>>
(art. cit.), ii donne une explication fort diff6rentede celle qu'il
donne dans o Arabianmusic> (art. cit.). Sur le syst6mede Kindi, cf. encore
Farmer,« The lute Scale of Avicenna>>,art. cit., et « The Originof Arabian
Lute and Rebec»>,Journalof the Royal Asiatic Society (1930), partIV, 769.
Seite 17
Im PDF ansehen(öffnet in einem neuen Fenster)obtient le <<mdius
de Zalzal>> (27/22, 355°, 15,7 h, 111,11 mm, tierce
neutre caracteristique). Cela fait deux nouveaux medius donnant la
tierce mineure persane et la tierce neutre zalzalienne.
Deux nouvelles secondes, ulterieures a ces tierces puisqu'elles ne
seront attestees qu'au dixieme siecle avec Farabi, seront calculees
selon un procede analogue. En pla;ant le doigt a mi-distance entre
le sillet et le medius persan, on obtient la <<voisine persane de
l'index>> (162/149, 145°, 6,4 h, 48,15 mm, infra-trois quarts de ton).
Et en pla;ant le doigt a mi-distance entre le sillet et le <<mdius de
Zalzal >>,on obtient la <<voisine zalzalienne de l'index >>(54/49, 168°,
7,4 h, 55,55 mm, supra-trois quarts de ton ou infra-ton mineur). Ici,
a nouveau, les doigtes-degres sont caracteristiques de l'exotisme
arabo-irano-turc
mn600
cords
30,5
48,15
55,55
66,66
93,75
96,30
111,11
125,92
150
30.
SYSTEME DE ZALZAL.
cents
rapport
Cv.
Farmer
256/243
90
145
162/149
168
54/49
204
9/8
32/27
294
81/68
303
27/22
355
408
81/64
498
4/3
DIVISIONS
commas
dv.JCC
4
6,4
7,4
9
13
13,4
15,7
18
22
LONGITUDINALES EMPIRIQUES DE LA CORDE.VIII°s.
°O0d
doigte-degr
commentaire,equivalence
(cf.tabl.comp.registre"2")
ancienne
voisine
limma(persistant)
voisine
de ton
persane
infra-trois-quarts
infra-ton
voisine
mineur
Zalzal
index
ton majeur
Pythagore
ancien
medius
3a mineure
Pythagore
mineure
medius
persan
supra-3a
3a neutre
Zalzal
mddius
3a majeure
annulaire
Pythagore
4a juste
auriculaire
Al-Kindi, natif de Bassora, penseur evolutif et original du IXe siecle
a laisse plusieurs traites et systemes. Un des systemes qu'il expose
sur le °ud rejoint pratiquement celui de Mawsili-Munajjim, decompose
le ton en limma et apotome et introduit une notation alphabetique
dans un systeme, en definitive pythagoricien, couvrant deux octaves
avec cinq cordes 31.
3. Systeme para-pythagoricien de Fardbi sur le °uid.
Al-Farabi, natif de Farab en Asie centrale, conduit au Xe siecle
la science musicale de l'Islam medieval a son apogee. Sur le tunbur
de Bagdad, luth a manche long, il etudie un systeme preislamique
de division de la corde en quarante segments qui a ete analyse plus
haut 32.
Sur le °uid, Farabi observe et per9oit tous les systemes utilises a
son epoque et decrit donc une touche qui illustre la confluence de
plusieurs systemes acoustiques, encore que certains auteurs l'inter30. Sur le systeme de Zalzal, cf. ibid.; Farabi: Erlanger,op. cit., t.I,
p. 44-49 et 164-204; J.-C1.Chabrier,these cit6e, p. 371-376.
31. Voir note 29.
32. Sur le tunburde Bagdad, Erlanger,op. cit., t. I, p. 218-242.
Seite 18
Im PDF ansehen(öffnet in einem neuen Fenster)pretent comme le fondement arabe de la division de l'octave en
vingt-quatre intervalles 33.
Flrabb.°UD.mm 0
cents 0.
rapport
(cf.t.c.reg"3")
30,5
90.
256
243
33,33 48,15 55,55 66,66
98.
145. 168.
204.(2a).
54
18
162
9
8
17
49
149
93,75 96,30
294. 303.
32
81
68
27
111,11 125,92 150
355.408.(3a).498.(4a)
4
27 81
3
22 64
Avec l'introduction d'un doigte de 98 cents obtenu en pla;ant le
doigt a mi-distance entre le sillet et le ton majeur selon la methode
de Zalzal, on obtient une succession serree de dix doigtes-degres sur
le parcours d'une quarte 34.
4. Systeme para-pythagoricien d'Avicenne.
Avicenne, ne en Asie centrale, explique au XIe siecle ses calculs
sur la corde dans le kitab al-chifa' 35. Sa fa9on de calculer donne
quelques abaissements de doigtes-degres. Le medius de Zalzal est a
mi-distance entre l'auriculaire (quarte) et l'index (ton), soit 39/32,
343°, 15,2h,
107,7mm,
infra-tierce neutre. L'index de Zalzal, a un
ton au grave du precedent, s'abaisse a 13/12, 139°, 6,2 h, 46,15 mm,
plus bas que l'ancien index persan. En outre, le medius persan doit
etre joue un limma au-dessus de l'index et un ton au-dessous de
l'auriculaire; il redevient un medius ancien (32/27, 294°, 13 h,
93,75 mm). On remarquera que les deux doigtes zalzaliens du systeme
d'Avicenne correspondent a peu pres aux frettes 3.D. et 7.H. du
systeme preislamique. Mais on ne les retrouvera plus. En revanche,
Avicenne aurait propose pour le °ud un accord equivalant a <LaRe-Sol-Si-Mi >>et cette initiative semble avoir eu plus de succes dans
l'evolution europeenne du luth et de la guitare que l'abaissement
des degres n'en a eu en Orient islamique.
5. Systeme para-harmonique de Farabi sur le rabab.
Sur le rabdb, viele a archet, Farabi decrit un systeme complexe
apparente aux systemes harmoniques ou ulterieurement zarliniens,
s'etendant sur l'espace d'un triton de Zarlino (45/32, 590°, 26 h,
173 mm) sans toucher ni la quarte ni la quinte, que Farabi va
33. Sur le fuid,Erlanger,op. cit., t. I, p. 44 sq. et 163-215.Farmer,<<The
Lute scale of Avicenna>, art. cit.; Id., Mfisiki>, art. cit.; Owen Wright,
<<Arabmusic>, The New Grove,I, 517; J.-C1.Chabrier,these cit6e, p. 380381.
34. Touma, La MusiqueArabe (Paris: Buchet/Chastel,1977), p. 34, voit
en Farabi le pionnier d'une th6orie proprementarabe de la musique, et
proclame l'analogie entre les dix doigt6s-degr6sa la quarte et les vingtquatre intervallesa l'octave dans l'6chellemoderne.Cela semble optimiste.
35. Trad. Erlanger,op. cit., t. II, p. 234-237; Farmer,<The Lute Scale
of Avicenna>, art. cit.; J.-C1.Chabrier,these cit6e, p. 382-383,avec sch6ma
du calcul d'Avicennesur corde.
Seite 19
Im PDF ansehen(öffnet in einem neuen Fenster)inclure au syst&me. On notera 'egalement la presence en ce syst6me
d'une tierce mineure harmonique (6/5, 3160, 14 h, 100 mm) i partir
du sillet, d'une tierce majeure harmonique (5/4, 3860, 17 h, 120 mm)
entre le premier ton majeur et le triton de Zarlino, et d'un ton
mineur (10/9, 1820, 8 h, 60 mm) entre le medius et la quarte 36.
FARABI.XOs.
mm/600
cords
66,66
100
125,9
150
173,3
200
rapport
9/8
+ (16/15)
=
6/5
+(135/128)
=
81/64
+(256/243)
4/3
=
.(2430/2304)
=
45/32
+ (16/15)
=
3/2
SYSTEME PARAHARMONIQUE SUR LE RABABA (VILLE)
cents.commas.doigt6-degr6.commentaire
Holder
/1200
(cf.tableau
204
+(112)
= 316
+( 92)
= 408
+( 90)
= 498
+( 92)
= 590
+(112)
= 702
9
+(5)
=14
+(4)
=18
+(4)
=22
+(4)
=26
+(5)
=31
indax
m6dius
annulaire
additif
auriculaire
additif
ou
6quivalence.
compar.registre
"5'
ton majeur
de Delezenne
diaton
mineure
tierce
harmonique
de Delezenne
chromate
de Pythagore
tierce
majeure
limma de Pythagore
incluse
quarte
juste
par Fgrabt
entre
limma et ton mineur
surplus
4a augment6e
de Zarlino
triton
de Delezenne
diaton
quinte
incluse
par Farabt
juste
6. Systeme pythagoro-commatique de Fdirdbi sur le tunbcir du
Khorassan.
Sur le tunbz2rdu Khorassan, luth a' manche long, Fairahi d6crit
un systeme commatique couvrant une octave et un ton avec
des intervalles de limmas (L = 256/243) et de commas
(C = 531441/524288).
cfr6lTunbOr
FrTu b K
K./.L.L.C.(2a..L.L.C.3a.L.4a).L.C.L.I5a).L+C.L.(6)L.C+L.(7a).L.
On doit remarquer que la division du ton en deux limmas et un
comma n'est pas st'er'eotypee 'a tous les tons. Et si ce systeme
commatique prefigure le systeme commatique du XIIIesi'ecle, son
echelonnement en dix-sept doigt's-degr'es par octave est diff6rent.
On peut parfois retrouver un reflet de ce systeme dans le frettage
des luths 'a manche long au XX' siecle '.
7. Systeme pythagoro-commatique a' partir du XIIT siecle. Echelle des
(( systematistes )o instaur~e par Safiy al-Din.
'
N'
Urmiya et form'ea Bagdad, $afiy al-Din al-Urmawi alBaghdadi, th'eoricien et musicien talentueux prot'ege par le dernier
36. Sur le rdba'ba,Erlanger,op. cit. t. I, p. 277-286. Noter sur le sch&ma
p. 279 une inversionentre limma et apotom&par erreur.Les auteursarabes
1
d I'Europe (qui les
pensent que les rapports 6/5 et 5/4 ont &t Igu&s
ignorait) par Firrbi.
37. Sur le tunbz2r
du Khorassan,Erlanger,op. cit, t. I, p. 242-262; album
Arabesques,Luth au Liban traditionnel(no8).
Seite 20
Im PDF ansehen(öffnet in einem neuen Fenster)calife abbasside, puis apres la chute de Bagdad en 1258 par les
conquerants mongols, est l'auteur du kitib al-Adwir et de la Risala
al-Charafiya dans lesquels il propose une solution pythagorocommatique <<systematiste >>pour l'insertion des doigtes autochtones
et empiriques. I reprend la division du ton majeur en deux limmas
et un comma, celle de la quarte en deux tons et un limma, et celle
de l'octave en deux quartes et un ton majeur 38.
Partant du niveau d'une quinte diminuee de Pythagore (1024/729,
588°, 26 h, 172,85 mm), il descend d'un ton majeur et definit ainsi
une tierce neutre presqu'aussi haute qu'une tierce majeure harmonique
et qui est, d'un point de vue acoustique, une quarte diminuee de
Pythagore (8192/6561, 384°, 17 h, 119,46mm, tierce neutre de Safiy
al-Din). En descendant encore d'un ton majeur au grave de cette
tierce neutre, il definit une seconde neutre, <<ton mineur pythagoricien >>
qui est, d'un point de vue acoustique, une tierce diminuee de
Pythagore ou encore un <<dilimma >>(65536/59049, 180°, 8 h, 59,4 mm).
Ces deux degres neutres, sont donc inseres a un dilimma du ton
inferieur et a un comma du degre majeur homonyme.
On remarquera que, par un raisonnement esthetique et scientifique
de haut niveau, on arrive a ranimer des zones sonores restees
muettes depuis qu'est tombe en desuetude le systeme de division de
la corde en quarante segments. A deux cents pres, ces deux nouveaux
degres neutres se substituent au ton mineur et a la tierce majeure
harmoniques et confirment la division de l'octave en tons, dilimmas,
limmas et commas.
Le systeme de Safiy al-Din est donc indissociable du calcul
pythagoricien qui le determine et lui donne une valeur universelle.
coda.
JCC
1.B
3.D
4.E
5.F
7.H
8.I
10.K
11.L
13.N
14.0
A PARTIR DU XIII' SIECLE. SAFIY AL-DIN
SYSTEMEPYTHA6GRO-COMMATIQUE
cents ev. comm.nmr600 doigte-degr
commentaire,equivalence
°OGd
rapport
(cf.tabl.comp.registre"7")
Hold corde
Farmer
4 30,5 surplus
limma (preislam)
(index)
90
256/243
ton mineur Pyth."dilimma"
de l'index
8 59,4 voisine
180
65536/59049
9 66,66 index
204
ton majeur(Pythagore)
9/B
3a mineure(Pythagore)
294
13 93,75 m6dius"persan"
32/27
maj.harm
4a dim.Pyt.ps.3a
17 119,46 m6dius"Zalzal"
384
8192/6561
3a majeure(Pythagore)
18 1259
annulaire
408
81/64
150
22
auriculaire
4/3
quarte juste
498
26 172,85
5a diminuee de Pythagore
588
1024/729
30 194,5
678
quinte -1 comma(preislam)
31 200
702
quinte juste
3/2
DES SYSTEMESDU TUNBURDU KHORASSANET DU °UD.XIII°s
COMPARAISON
COMMATIQUE
tunbQr Kh:L.L.L .(2a).L.L.C.(3a).L.(4a).L.C.L.
(5a).L+
.L.(6a).L.C+L.
(7a).L.
OGd XIII°:L.L.C.(2a).L.L.C.(3a).L.(4a).L.L.C.(5a).L.L.C.(6a).L.L.C.(7a).L
38. Sur I'echelle commatique de Safiy al-Din au XIIe siecle: Safiy AlDin, Risala al-charafiya, tr. Erlanger, op. cit., t. III, p. 111 sq.; Farmer,
<<Mfisiki >, art. cit.; <<Arabian music >>,art. cit.; Wright, The modal system
of Arab and Persian Music A.D. 1250-1300 (London, 1978); J.-C1. Chabrier,
these citee, p. 384-388 avec schema du calcul sur corde.
Seite 21
Im PDF ansehen(öffnet in einem neuen Fenster)II a ete fort apprecie par les savants de l'Occident et perpetue en
Orient par Chirazi (XIII s.), °Amfili (XIVe s.), °Abdal-Qadir IbnGhaybi al-Maraghi, Chukrullah et Ladhiqi (XV° s.) 39. II a enfin ete
adopte par les Ottomans et repense en Turquie contemporaine.
C. SUCCESSIONET JUXTAPOSITIONDES SYSTEMESDE L'ISLAMMEDIEVAL
Somme toute, l'incompatibilite apparente entre les intervalles
probablement autochtones et les theories pythagoriciennes auxquelles
les savants de l'Islam veulent se referer engendre des conflits, des
affluences et des confluences sur la touche du luth-°d. Et le
deferlement des systemes acoustiques du VIIIe au XIIIe siecle traduit
un desir de conciliation entre les intervalles neutres, h6erditairement
vrais, et les intervalles pythagoriciens, scientifiquement nobles.
L'histoire musicale de l'Islam medieval illustre ainsi les fluctuations
de la seconde et de la tierce neutre. Compatibles avec la division
en quarante segments, ces doigtes sont places a mi-chemin des
reperes pythagoriciens par Zalzal au VIIIe siecle, abaisses en deca; de
trois et sept quarts de ton par Ibn-Sina-Avicenne au XIe siecle, puis
remontes et annoblis de < titres > pythagoriciens par Safiy al-Din
au XIIIe siecle... juste avant la chute de Bagdad sous la poussee
mongole.
Telle pourrait du moins etre une vision historique schematique
imaginant que les stades scientifiques se succedent et s'eliminent
comme autant de codes musicologiques ayant force de loi. En fait,
il vaut mieux admettre l'eventualite d'interf6rences entre les systemes
acoustiques, a la fois dans le temps et dans l'espace.
Dans le temps, on ne voit pas comment un nouveau systeme
consigne dans un manuscrit eliminerait le systeme precedent. Au
VIIIe-IX siecle, a la cour abbasside, Zalzal reintroduit les doigtes
empiriques, Ishaq al-Mawsili defend les theories pythagoriciennes et
Ibrahim Ibn al-Mahdi critique ces usages vieillots40. Au Xe siecle,
Farabi remarque qu'on utilise encore des systemes anteislamiques et
cherche a <<recycler >>les musiciens.
Dans l'espace se pose la question de l'litisme delibere de la cour
abbasside ou d'autres cours princieres face a ce monde immense
qu'est alors l'Islam arabo-irano-touranien et ses marches. Quel peut
39. Sur les traiteset systemesapres le XIIIPsiecle: Jurjani?, Commentaires
sur le kitab al-adwar (XIV siecle); Erlanger, op. cit., t. III, p. 220 sq.;
Anonyme, Traitededieau SultanosmanliMehmedII (XV¢siecle), ibid. t. IV,
p. 27 sq.; Ladhiqi, Risala al-fathiya (XVIC siecle), ibid., t. IV, p. 291 sq.;
Amnon Shiloah, <The Arabic Concept of Mode >, Journal of the American
Musicological Society, XXXIV (1981), 19 sq.
40. Sur l'histoirede la musiquea la Cour abbassideet les musiciens,cf.
Farmer, A History of Arabian Music to the XIIIth Century (London, 1929),
p. 118 sq., citant Iqd al-farid, III, 190 et Kitab al-aghani, V, 57-8, V, 22-
Seite 22
Im PDF ansehen(öffnet in einem neuen Fenster)etre l'impact populaire d'une soiree au <divan > ou d'un manuscrit
emanant de quelques virtuoses ou erudits a la recherche d'une
theorie ideale de la musique en dehors du temps et de 1'espace?
L'evolution ulterieure de cet Islam va disposer a la fois du temps
et de l'espace. Divers systemes con9us a des epoques diff6rentes au
sein de l'Islam medieval vont se repartir selon des criteres
geographiques et suivre le destin des trois nations principales qui
vont les perpetuer et les transformer en systemes nationaux que l'on
retrouve done juxtaposes au XXe siecle et qui sont pieusement decrits
sous les appellations de <musique arabe »>, <musique iranienne > et
<musique turque ».
III. APPRECIATION COMPARATIVE DES SYSTEMES
ARABE, IRANIEN ET TURC AU XXe SIECLE
A. SYSTEMEARABE A 24 QUARTSDE TON ET 24 DOIGTES-DEGRES
A L'OCTAVE
Il est admis que les Arabes entrent en recession apres la chute
de Bagdad en 1258, mais Farmer et Wright font etat de la persistance
d'une creativite arabo-iranienne jusqu'au XVe siecle, et Shiloah precise
que quatre-vingt pour cent des manuscrits qu'il a recenses ont ete
ecrits entre le XIIIe et le XIXe siecles. A ce jour, on ne connait bien
que les traites notoires cites plus haut (cf. note 39) et qui ont ete
rediges en adoptant le systeme de Safiy al-Din sans grande
modification. La recession arabe ne peut qu'etre aggravee par
l'hegemonie progressive des Ottomans qui conduit les peuples arabes
a la vassalisation et a des activites artistiques de provinciaux ou de
colonises, avec repli sur le chant, plus specifique que la musique
instrumentale41. Les observations des voyageurs europeens de la fin
du XVIIIe siecle comme Volney ou Villoteau decrivent un art cloisonne
en lethargie et signalent l'incapacite des musiciens a interpreter les
manuscrits de l'Islam medieval 42.
Repliee sur elle-meme a l'ombre de l'art ottoman, la musique
arabe voudra paradoxalement se laisser impressionner par la science
europeenne, par la notation et l'criture. Au XIII siecle, Safiy alDin a mis au point quelques notations et au XVe siecle, Ibn-Ghaybi
a ecrit des morceaux. Au XV° siecle, Chams al-Din al-Dhahabi alSaydawi se sert d'une portee de huit lignes pour ecrire la musique.
41. Idee personnelleinduite par les observationsde Volney et Villoteau
(cf. infra).
42. Volney, Voyage en Egypte et en Syrie (Paris, 1787; reed. Paris:
Mouton, 1959), p. 391; Villoteau, « De l'tat actuel de l'art musical en
Egypte», (2e ed., Paris: Panckoucke,1826), t. XIV, Descriptionde l'Egypte
p. 6-7, 10, 235.
Seite 23
Im PDF ansehen(öffnet in einem neuen Fenster)Se referant a La Borde, Farmer estime que la division de l'octave
en vingt-quatre quarts de ton egaux est pratiquee au XVIIIe siecle 43.
Il semble que l'adoption du quart de ton, sous-jacente depuis
longtemps, ait ete declenchee par le recours a la portee europeenne
armee d'alterations de demi-tons. D'oui une sensation de progres
universel auquel on a adjoint des alterations specifiques de quarts
de ton afin que ce progres universel ffit bien assimile par les talents
locaux. Face aux dieses et aux bemols, en creant les semi-dieses et
les semi-bemols, on donnait force de loi aux quarts de ton a venir 44.
Au debut du XIXe siecle, un syro-libanais, Michel Muchaqa, ecrit
une RisdlalEpitre sur l'art musical qui sera traduite en anglais par
Smith en 1848 et en fran9ais par Ronzevalle en 1913 45. Tandis que
l'aura locale de l'auteur reste mince, ses theories sur un °ud a sept
rangs et une division de l'octave en vingt-quatre quarts de ton
atteignent l'Occident par les traductions et interessent Land, Parisot,
Collangettes et bien d'autres. Desormais, cette Riscla, utilisee comme
un document fondamental, peut etre rattachee soit a une ecole et a
des traditions levantines recentes, soit a des traditions plus anciennes
et meme au systeme preislamique ou au °ud de Farabi en application
des hypotheses du lecteur46.
La fin du XIXe et le debut du XXe siecle marquent, probablement
en fonction de la rencontre technique avec l'Occident, l'eclosion
d'innombrables theories dont le systeme commatique de °Ali Darwich
d'Alep qui propose une subtile synthese 47 utilisable a la fois par les
Arabes, les Iraniens et les Turcs. Mais le Congres de musique arabe
du Caire, qui se reunit en 1932, opte pour le quart de ton et
institutionnalise le semi-diese et le semi-bemol, definit une echelle
fondamentale de vingt-quatre doigtes-degres par octave, normalise la
terminologie des doigtes-degres, decrit les genres, les modes et leurs
insertions preferentielles sur l'echelle fondamentale 48.
On pourrait qualifier ce systeme de <<temperamentegal a vingtquatre quarts de ton >>puisqu'il definit une sorte de <<trame modale >>
de vingt-quatre doigtes-degres theoriques (ni chromatiques, ni
43. Sur l'apparition de la notation, cf. Farmer, <<«Msiki>>,
art. cit.;
Amnon Shiloah, art. cit., p. 38.
44. Opinion personnelle.
45. Mikhail Muchaqa, Epitre sur I'art musical dediee ai l'Emir Bachir;
traduction: Rd E. Smith, in Journal of the American Oriental Society (1849);
analyses: Dom J. Parisot, in Tribune de Saint-Gervais (1898), R.P. Michel
Collangettes, in Journal asiatique (1904), t. IV, p. 416 sq.; traduction de
P.L. Ronzevalle, S.J., in Melanges de la Faculte orientale (1913), t. VI, p. 1120.
46. Touma, op. cit., p. 33, fait le lien entre Farabi et Muchaqa.
47. Cf. Erlanger, op. cit., t. V, p. 29-30, le systeme syrien de °Ali Darwich.
48. Erlanger, op. cit., t. V, correspond aux conclusions du Congres du
Caire.
Seite 24
Im PDF ansehen(öffnet in einem neuen Fenster)consecutifs) a' laquelle sont emprunt'es les degres de'finissant les
modes, heptatoniques en ge'neral. Mais en fait, l'echelle a ete fix'e
par un comite d'experts qui a modul'e ce temperament egal et
une hauteur aux anciens doigt&s-degres empiriques en
d&etermin&e
fonction des traditions locales e'gyptiennes, de'finissant ainsi des
secondes et des tierces neutres tr'es basses ".
De plus, le Congres semble avoir e'lude' toute reffrence au 'z4d
lors de 1'elaboration de son &chelleet de la normalisation des modes,
phenomene qui a fossilis'e les manuscrits de l'Islam medieval et cree
une translitteration irreversible du langage du 0i2d en direction de
criteres occidentaux; d'o't la repre'sentation des modes sur portees
sans ref'frences aux cordes du Wi2d50
La question des tiers de ton et de la division de l'octave en dixsept tiers delimitant dix-sept doigtes-degres, qui a beaucoup remue
les musicologues du XIXe siecle, semble n'&tre qu'une interpre'tation
erron&e de l'existence d'instruments munis de dix-sept frettes 'a
l'octave, comme les buzuq-s et tanbfira-s du Proche-Orient. Ii faut
ici faire la comparaison entre le systeme de Safiy al-Din et le
systeme du XXesiecle. Si nous examinons (voir plus haut) les
systemes du tunbi2r du Khorassan et du "i2d du XIIl siecle, qui
reposent sur des calculs pythagoro-commatiques, nous constatons
que l'octave est divisible en dix-sept intervalles de limmas et commas
delimit&s par dix-sept doigtes-degres. En I'absence de modulations
ou de transpositions importantes en cours de jeu, 1'execution de la
plupart des modes heptatoniques est possible avec dix-sept frettes. Si
XXOsijcIe.5Y5TEME
code
JCC
O.A
1.B
2.C
3.D
4.E
5.F
6.5
7)H
8.I
9.J
10.K
11.L
12.M
13.N?
14.0
N.B.
nb
quarts
0
1
2
3
4
5
6
7
ARABEA 24
val.cents
th6or.Congrbs
0
0
51
50
100
92,6
150
148,9
200
199,7
250
241,8
300
292
350
348,7
400
390
441
450
500
498
550
540
600
590
650
647
702
700
QUART5-DE-TON
commas
dv.JCC
0
2,2
4,4
6,6
8,8
11
13,3
15,5
17,7
20
22
24,3
26,5
28,8
31
ET 24
DOIGTE5-DEGRES
A L'0CTAVE
intervalle
commatique
transposition
vers
turc
(JCC)
syst&me
"corde
vide"
identique
suppos6
&
&lever
h
quart-ton(rare)
limma(4
)
& apotomg(5
dlever
demi-ton
h )
temper
6lever
b dilimma(8
h )
trois-quarts
ton temper.dgal
ton majeur
h)
Pythagore(9
3a mineure
ton'¶rare)
"grand
Pythagore(13h)
3a min,(persane)
2a augment6e
Pythagore(14h)
4a diminu6e
3a nutie (m1zal)
Pythagore(1Th
3a
3a majeure
8
temp
majeure
Pythagore(lBh)
9 quarts(rare)
4a diminu6e
1 comma(21 h)
9
4a tempdr6e,Pyt,4a
10
h)
juste(22
11
11 quarts(rare)
5a diminu6e
Pythagore(26hj
h )
12
triton
triton
temp6r6
Pythagore(27
13
5a diminude
13 quarts(rare)
1 comma(30hm
14
5a temp6r6e,Pyt
5a juste(31
h )
A i'octave
munis
de seulement
17 frettes
utilisent
Les instruments
dont la lettre
de code est
seuls
lea
g6n6ralement
doigt6s-degrds
ci-dessus:
sur la quinte
A.C.D.E.G.H.I.K.M.N.O.
soit
soulignde,
49. Cf. ibid., p. 41-44.
50. Cf. ibid, p. 1-373; voir aussi note 19. Je pense que la transcription
d'un mode sur port6e au d6but du XXesi&clesans indiquer son insertion
par rapport aux cordes 4 vide en d&nature1'acoustiqueet en &galise
abusivementles degr6s.
Seite 25
Im PDF ansehen(öffnet in einem neuen Fenster)le systeme du XX siecle enumere vingt-quatre doigtes-degres a
l'octave, c'est a la fois parce qu'il veut normaliser une <<trame
modale >>dont seulement sept degres sont utilises a l'octave dans un
mode unique, et parce que l'institution du quart de ton comme
unite d'intervalle l'incite a etablir une trame modale sans hiatus et
dont les applications soient parfaitement transposables. En consequence, les instruments munis de dix-sept frettes a l'octave les placent
sur des doigtes-degres fort frequents, qui, en utilisant mon code,
sont definis par le systeme A.C.D.E.G.H.I.K.M.N.O. sur une quinte 5.
B. SYSTEME IRANIEN IDEAL, THEORIQUEET PRATIQUE
La prise de Bagdad par les Mongols marque le debut d'une ere
de dissociation de la symbiose artistique arabo-irano-touranienne qui
avait stimule l'eclat de la periode abbasside. Si jusqu'au XVe siecle,
des auteurs mentionnes plus haut perpetuent les theories de $afiy
al-Din a peine modifiees, la periode sefevide qui s'installe au
XVIPsiecle ne stimule pas la musique. Le luth a manche court, °uid,
irrempla;able instrument a l'usage des musiciens et des theoriciens
est supplante par des luths a manche long, comme le setar, dont
les frettes sont plus difficilement ajustables, d'ou une certaine
imprecision dans la transmission des systemes par le canal traditionnel
de maitre a eleve en l'absence de theories bien diffusees 52.
Farhat estime que le systeme des douze dastgah-s cree par Mirza
°Abdollah (1845-1918) ne saurait se recommander de l'Islam medieval
et n'est qu'un heritage de la tradition du XIX' siecle. Pourtant la
normalisation revient au XX' siecle avec °Ali Naqi Vazirl, musicien
theoricien nomme en 1928 directeur de l'Ecole de musique nationale,
qui, peut-etre sous les memes influences normatives europeennes et
turques que ses collegues arabes qui animeront le Congres du Caire
en 1932, etablit un systeme a vingt-quatre quarts de ton, une echelle
fondamentale, un semi-diese (sori) et un semi-bemol (koron)53.
Les descriptions actuelles de l'echelle fondamentale ne mentionnent
que dix-sept doigtes-degres ai l'octave. La reduction de vingt-quatre
a dix-sept s'opere, comme dans le systeme arabe decrit plus haut,
en eliminant les doigtes-degres situes a un quart de ton au-dessus
51. Les musicologuesdu XIXesiecle ont cru en les tiers de ton. A propos
des instrumentsa dix-sept frettes a l'octave, cf. mon schema d'apres la
realite d'un buzuqtsigane de Homs (Syrie)dans Luth au Liban traditionnel.
Buzuq Nasser Makhoul,disque recitalbumn° 8, (Paris: Arabesques,1979,
reedition 1984). Le <code JCC>>attribueaux vingt-quatredoigtes-degresde
l'octave des lettres de A a Y (moins W), Z etant l'octave de A (Cf. supra
note 3 et infra IVepartie).
52. Interpretationpersonnellede faits connus et admis.
53. Hormoz Farhat, <<Iran
>>,art. cit., 292-300.
Seite 26
Im PDF ansehen(öffnet in einem neuen Fenster)des degres de la gamme majeure (sauf au niveau de la septi&me)
d'apres Khaleqf, Huart et Caron-Safvate i",
soit : .A...C. D. E... G. H. I... K... M.N.O...Q.
R.S... U... X. Y. Z.
Mais Caron-Safvate et During de&riventainsi l'e&helle du setdr ",
soit :
.A.....D.E...
G. H. I... K.L...N.0O... Q. R. S...U.V.X...Z.
En raison de la complexite de ces syst6mes, ii est utile de les
comparer sur un tableau au systeme arabe reduit i dix-sept:
XX(' iicle.5Y5TEME5
Arabe
Iran(l)
Iran(2)
(majeur)
REDUI5ANT
LIECHELLE DIOCTAVE DE 24
A 17 DOIGTE5-DEGRE5
..Z
A...C.D.E...G.H.I
...K...M.N.O...Q.R.5...U.V.X
A... C.D.E ... G.H.I ...K...
M.N.0
... Q.R.5 ...U..XYA.....D.E...
G.H.I...
K.L... N.O.. Q.R..S.. .U.V.X...Z
0
?a
6a
3a
5a
2a
4a
8a
Barkechli refuse la division en quarts de ton egaux et veut
demontrer que le ton majeur doit se de&omposer diff6remment avec
les reperes de limma, d'apotome et de ton mineur, ce qui transforme
les quatre quarts de ton en quatre intervalles de: un limma, un
comma, trois commas et un comma. Barkechli aboutit ainsi, en
de&rivant la gamme iranienne», par opposition a' la «<gamme
arabe >, au systeme de $afiy al-Din adapte ?' vingt-quatre intervalles
par octave tel qu'il est utilise en Turquie 56:
Barkechli
Intervalle
Degrd
-(1
0
-(1
limma)Limma 4h.
commas)comma)-(3
Dilimma
5h.
Apotomd
-(1
B h.
comma)0
Farhat veut etudier la musique de l'Iran telle qu'elle est et sans
obsession du passe. Son experience le conduit a' de&rireles intervalles
et degres suivants:
Farhat
cents
Degrds
0
----160-180
24---2--------90 -----120-140
whole
tones(8h)
(5h)neutral
semitone(4h)
tone(9h)
tone
plus
(11-12 h)
54. Claude Huart, «(La musique persane >, Encyclopedie Lavignac, op.
cit., p. 3069; Caron-Safvate,op. cit., p. 195-196citant Khaleqi.
55. Ibid., p. 31-32; Jean During, ((Iran>>, Dictionnaire de la musique.
Science de la musique (2 vol.), &d. Marc Honegger (Paris: Bordas, 1976).
56. Barkechli, art. cit., 484-485. Il s'agirait de commas holderiens.
Seite 27
Im PDF ansehen(öffnet in einem neuen Fenster)soit un demi-ton flexible de 4 commas, des tons neutres allant de
5 a 8 commas (et generalement consecutifs par deux, l'un etant plus
grand que l'autre, pour former une tierce mineure), un ton majeur
de 9 commas et un grand ton <<plus tone>> de 11 a 12 commas. II
n'y aurait pas de seconde augmentee autochtone 57. On remarquera
qu'il n'y a pas opposition entre les evaluations de Barkechli et celles
de Farhat, puisque la <<zone de silence >>est toujours situee entre
le ton et le limma, ce qui decoule du frettage des instruments a
dix-sept frettes.
On pourrait deduire que l'Iran, delaissant les theories a partir du
XVIe siecle, a perpetue, de maitre a eleve et dans l'empirisme, une
musique traditionnelle qui se retrouve au XXe siecle avec d'innombrables formes a partir desquelles il faut reconstituer des structures.
D'ou l'absence de consensus sur l'chelle modale et les modes et
l'importance fondamentale du modele melodique stereotype, appele
guche, qui n'est jamais decrit de faqon aussi methodique qu'on le
fait pour les genres arabes et turcs. Pour toutes ces raisons, la
musique iranienne du XXe siecle semble etre moins un systeme qu'un
repertoire. Et, fort a propos, un radif/repertoire consignant sur
portees la faqon dont on doit executer les modes traditionnels a ete
recueilli par le musicologue Musa Ma°rufTi,preface par le physicien
Barkechli, et officiellement edite 58.
C. SYSTIME TURC A 53 COMMASET 24 DOIGTES-DEGRES
A L'OCTAVE
A partir du XVIe siecle, la cour des empereurs ottomans reprend
a son compte et a son avantage le mecenat et l'elitisme des anciens
califes abbassides de l'Iraq. Istanbul, capitale imperiale et metropole
de l'Islam, attire les savants, les musiciens, et perpetue le systeme
pythagoro-commatique conqu par Safiy al-Din au XIII siecle en
l'adaptant a une echelle fondamentale de vingt-quatre doigtes-degres
a l'octave a une epoque non precisee. En raison de l'aptitude
normative des Turcs, les theories musicales sont florissantes en
Turquie et le XXe siecle y a vu l'eclosion des traites et des methodes
les plus perfectionnes de l'Islam arabo-irano-turc contemporain 59.
Au debut du siecle Rauf Yekta defend encore l'esprit ottoman
57. Hormoz Farhat, art. cit., 295.
58. Musa Ma°Rufiet Mehdi Barkechli,Radif-e musiqi-yeIrtan(T&ehran,
1963).
59. Parmi les m&thodesturquesdu XXesiecle r&digeesen turc: dr Suphi
Ezgi, Nazarive ameli turkmusikisi(Istanbul,1933); HiiseyinSadeddinArel,
Turkmusikisinazariyetidersleri(Istanbul, 1968). Parmi les petits intervalles
decrits par Hiiseyin SadeddinArel: limma: 256/243 (bakiyye); apotome:
2187/2048(kiifiik mucennep);dilimma: 65536/59049(biiyiikmiicennep);ton
majeur: 9/8 (tanin); comma: 531441/524288(koma) intervallespythagoriciens , comma (syntonique): 81/80; chromate: 25/24 -intervalles
harmoniques . L'amalgamede ces deux familiesd'intervallesest etonnant.
Seite 28
Im PDF ansehen(öffnet in einem neuen Fenster)qui se recommande des heritages byzantin et islamique. Mais avec
la Republique, les theories musicales utilisent leur precision au service
d'une theorie nationale insistant sur la specificite raciale, ininterrompue
depuis les origines ouralo-altaiques, ou geographique, constante
depuis les vestiges anatolo-hittites 60.
Les ouvrages nous apprennent que l'usage du °uid aurait connu
en Turquie une eclipse au XVIIe et au XVIIIe siecles. Cette discontinuite
dans l'usage de l'instrument etalon des structures, qui ne semble pas
avoir affecte le niveau des etudes musicologiques en Turquie, fait
qu'on y utilise desormais comme etalon le tanbur, luth a manche
long considere comme plus <(turc>> que le °uid, dont les frettes
servent eventuellement de references longitudinales61. Ici, la rarete
des references au °uid et l'alea du recours aux frettes d'un long
manche sont compenses par la precision dans les approches
mathematiques et musicales theoriques et dans la pratique instrumentale. Ainsi les ouvrages turcs et leur systeme commatique sontils fiables. Les traites actuels decrivent une echelle fondamentale de
vingt-quatre doigtes-degres a l'octave dont les noms derives du
persan, pratiquement identiques a ceux de la nomenclature arabe,
sont indiques sur quatre octaves. L'echelle est fixe en hauteur absolue
(sans doute toujours relative au diapason) et indique la correspondance
avec les notes latines en lisant et ecrivant Sol ce qui correspond en
realite a un Re 62. II s'agit la d'une convention automatique. Enfin
les traites ont mesure les intervalles, defini les genres, les modes et
leurs insertions.
Le systeme commatique turc du XXe siecle transforme le systeme
pythagoro-commatique de Safiy al-Din a dix-sept doigtes-degres par
octave en un systeme a vingt-quatre doigtes-degres par addition de
sept doigtes-degres nouveaux sans deplacer les anciens. Le ton
majeur, jadis divise selon le principe «<limma-limma-comma >>,va
peut-etre en faisant un compromis avec le systeme commatique du
tunbur dans le second tetracorde (cf. supra) qui donne sur le ton
majeur «(limma-comma-limma>> - diviser le ton majeur en la
succession suivante d'intervalles: <limma
1 comma
3 commas
1 comma ». Mais cette interpretation implique que l'on se refere
a des commas holderiens. Le ton majeur est ainsi compose de deux
demi-tons separes par un comma, soit le limma de 4 commas et
l'apotome de 5commas. En outre les deux demi-tons de l'octave
situes entre la tierce et la quarte et entre la septieme et l'octave
sont subdivises en (<3 commas
1 comma >>.On a donc sur un
parcours de quinte la succession commatique suivante:
A.4.B. 1.C.3.D. 1.E.4.F. 1.G.3.H. 1.I.3.J.1.K.4.L. 1.M.3.N. 1.0.
60. Parmi les articlesr6dig6sen francaispar des Turcs: Rauf Yekta Bey,
art. cit.; A. Adnan Saygun, art. cit., voir p. 575.
61. Rauf Yekta Bey, art. cit., 3016-3017: echelle du tanbur.
62. Le ((ton-clef» (rast) ( turc>>,appele Sol corresponda un Re2, sauf
transposition.Voir 1'6chelledans Arel, op. cit., p. 3.
Seite 29
Im PDF ansehen(öffnet in einem neuen Fenster)On remarquera 1'e&lectismede ce systeme qui pourrait presqu'etre
harmonique et qui, au nom de Pythagore, reussit 'a introduire dans
une octave cinquante-trois commas holderiens, illustrant ainsi
magnifiquement 1'e&hellede Holder-Mercator.
Les transpositions sont limite's par I'asymetrie interne du ton et
le fait que les alt'eations prevues sur les porte's turques ne couvrent
pas tous les niveaux commatiques.
XX0sibc1e.SYSTEME
TURC A 53
COMMAS ET 24
code
JCC
no
val.cents
thdor.
commas
Holder
A
8
C
D
E
F
G
H
I
J
K
L
M
N
0
0
1
2
3
4
5
6
7
8
9
10
11
12
13
14
0
90
114
180
204
294
318
384
408
474
498
588
612
678
702
a
4
5
8
9
13
14
17
18
21
22
26
27
30
31
N.B.
Les doigt6s-degrds
correspondant
b dix-sept
doigt6s-degr6s
par
intervalle
DOIGTES-DEGRES
A L'OCTAVE
transposition
vers
systbme
temp6r6e
arabe
(JCC)
& vide
"corde
identique
suppose
Limma
A quart-de-ton
abaisser
A demi-ton
abaisser
Apotomd
temp.
Dilimma
abaisser
A trois-quarts
Ton majeur
ton temp6r6
Pythagoxe
4gal
A 5 quarts,t.max
3a mineure
Pythagareabaisser
A 6 quarts,3a
2a augment,Pythagoreabaisser
m.
A 7 quarts,3a
n.
4adiminu6e
Pythagoxeabaisser
3a majeure
3a majeure
temp6r6e
Pythagore
4a diminu6e
1 comma abaisser
h 9 quarts
4a juste
4a tempdr6e
5a diminu6ePythagoreabaisser
h 11 quarts
Triton
abaisser
h triton
Pythagore
tempdr6
5a diminu6e
h 13 quarts
1 comma abaisser
5a juste
5a
au
octave
initial
syst&me
ont une lettre
de
de
Safiy
code
al-D!n
soulign6e
COMPAREE DES SYSTEMES COMMATIQUES ET PROCHES
XXOsibcle.REPRESENTATION
sur
ce
(majeur)
0........2a.......3a..4a.......5a.......a..a
53 commas 012345678901234567890123456789012345678901234567890123
tableau
arabe
A-B- C -D-E-FG -H-I-J-K-LQ -R-S-TM -N-0-PU -V-X-Y-Z
chaque
turc
A.. .BC..DE...
point
FG..HI..JK...LM..NO..
.PQ..R5
.. TU..VX..YZ
XIIPes.
P
RS
...
.
.Z
.L..
..T.
vaut
VX...
un
A.. .8..
DE...F....HI
NO...
..
T...
iTanien
Q R.S...
comma
A. . . E D.E. .. G H. I ... K.1.%a .0.U...
LLU.v.X.y.Z
D. ARGUMENTS
POUR UNE ANALYSE COMPARATIVE SUR LA TOUCHE DU
0id.
On a vu que les theories musicales contemporaines des pays
arabes, de l'Iran et de la Turquie, se refrrant aux manuscrits et aux
savants de l'Islam medieval, utilisent ces sources communes pour
definir des musiques nationales specifiques dont la diff6renciation est
soulignee, dans les ouvrages actuels, selon un proc'dee qui remonte
1'histoire et emprunte les arguments culturels et techniques de nature
a valoriser et authentifier le systeme actuel, a' de rares exceptions
faut retrouver les quarts de ton arabes dans le systeme
pres631
rb.
Ii faut rattacher
pr'islamique et leur conf6rer l'investiture de F rabi
1'empirisme imprecis de 1'Iran a' la logique pythagoro-commatique
de Safiy al-Din et affirmer que cette gamme iranienne n'a aucun
63. On prend le meilleurde l'Islam m&di&val
et on I'annexe.
64. Touma, op. cit., p. 30-35.
Seite 30
Im PDF ansehen(öffnet in einem neuen Fenster)rapport avec le systeme preislamique ou les quarts de ton 65. II faut
que le monument commatique turc trouve ses fondations encore
plus profondement, dans la musique <<anatolico-grecque > et dans le
pentatonisme de l'Asie centrale 66.
On a vu aussi sur le plan technique que l'Islam medieval, quand
bien meme il aurait ete impregne de musiques ou de theories
preexistantes, s'est dote d'une succession de systemes edifies a partir
de luths comme les tunbur-s de Bagdad et du Khorassan ou le °uid,
reference par excellence des genres tetracordes et de ces systemes
con,us sur sa touche, qui ne sont desormais apprehendes que comme
des systemes abstraits, tandis qu'ils sont encore joues sur des luths
contemporains comme le °utd,le setar ou le tanbur dans une realite
concrete moins edifiante.
De la mon idee de deplorer l'abandon de cette reference et la
translitteration irreversible d'un langage musical (qui animait des
cordes a vide et des doigtes) sur les portees musicales, leurs alterations
et leurs hauteurs, parce qu'il appert que les divergences nationales
du XXe sicle ont ete renforcees par l'affadissement de ce langage
de luth.
En consequence, il semble indispensable de revenir a la touche du
°ud et de lui confier la confrontation des systemes qu'elle avait
etalonnes avec l'espoir qu'elle puisse servir a attenuer les segregations
dogmatiques et a renforcer les analogies structurelles.
65. Barkechli,art. cit., 464 et 466-503. A mon avis, les musiciens et
musicologuesiraniens ou irano-centristese trouvent scientifiquementdans
une situation inconfortable dont ils decident deliberement de grossir
l'inconfort.II me semble qu'il y a au XXesiecle une grosse differencede
phase entre les qualites esthetiquesdes formes musicales de l'Iran et les
deficiencesaffligeantesdes theoriessur les structures.En tant que coheritiers
privilegiesde la sciencemusicalede l'Islammedieval,les Iranienss'evertuent
en vain a rattacherleurs pratiques actuelles a des systemes acoustiques
medievauxnobles sans pouvoir nous convaincredu fait qu'ils aient bien
assimile le systeme acoustiqueauquel ils veulent se rattacher.Un systeme
acoustiquedecoule d'un raisonnementet d'une methode; il ne se limite pas
a une successiond'intervallesdont il faudraitretenir les valeurs par coeur.
Faire allusiona Safiy al-Din sans partirde la quinte diminueede Pythagore,
et de la soustractionsuccessivede deux tons majeurs,c'est utiliserSafiy alDin a des fins polemiques.Pour ces raisons,HormozParhat,en se contentant
d'analyserla musiqueiraniennetelle qu'elleest, 6vite sagementl'ecueild'une
hereditemal assimileeou usurpee.
66. Saygun, art. cit., 574-575.
Seite 31
Im PDF ansehen(öffnet in einem neuen Fenster)IV. ELEMENTS D'UNE ANALYSE COMPARATIVE
ARABO-IRANO-TURQUE
A. CONFRONTATIONDES ICHELLES
ET DES SYSTtMES ARABO-IRANO-TURCS
La succession islamique et la juxtaposition nationale ayant ete
abordees, on se trouve en presence d'echelles fondamentales anciennes
dont les intervalles sont definis par des systemes acoustiques en
fonction de theories actuelles.
1. L'echelle fondamentale
a. Coherence de son echelonnement.
L'echelle fondamentale constitue l'Ielment essentiel a partir duquel
doivent etre associes les elements du processus comparatif en raison
de la coherence de son echelonnement et de la supranationalite de
sa nomenclature. La coherence de son echelonnement assure que le
passage de dix-sept a vingt-quatre degres a l'octave (soit du XIII siecle
au systeme turc) se fasse par addition de degres sans dislocation du
systeme preexistant, ou que le passage de vingt-quatre a dix-sept
degres a l'octave se fasse par soustraction de degres sans dislocation
du systeme prealable (reduction du systeme arabe a dix-sept frettes,
eventuellement redution au systeme du setar) (cf. tableau B). En
consequence, il est preferable d'opter pour une echelle de vingtquatre degres a l'octave (qui correspond aux systemes les plus
denses) puisque, de toute fa9on, cette echelle fondamentale n'a
d'existence que theorique et constitue une trame modale a partir de
laquelle seront preleves les doigtes-degres constitutifs des modes et
des genres dans un systeme donne, et le plus souvent dans
l'heptatonisme diatonique.
Cette coherence de l'echelonnement m'incite a appliquer a cette
echelle le <code JCC > alphabetique de vingt-cinq lettres empruntees
a l'alphabet latin de A a Z (en eliminant le W) et qui designeront
les vingt-quatre/vingt-cinq doigtes-degres theoriques de chaque octave
du grave a l'aigu en prenant pour repere sur le °ud classique la
premiere corde a vide, yegah, qui sera un << >>et le <<ton-clef>>
definissant la hauteur du systeme, rast, qui sera un <<A >>.On devine
aisement que A et Z sont homophones a l'unisson et que tous les
A (ou tous les X par exemple) sont homophones d'une octave a
l'autre (cf. tableau C, 2' colonne) 67.
67. Voir supra notes 3 et 51.
Seite 32
Im PDF ansehen(öffnet in einem neuen Fenster)b. Supranationalite de sa nomenclature.
La supranationalite des noms des doigtes-degres, generalement
empruntes au persan a la fin de la periode de l'Islam medieval, doit
etre rapprochee du destin supranational des termes latins ou italiens
dans la musique europeenne, a ce detail pres que ces noms sont
tombes en desuetude en Iran depuis longtemps et qu'ils sont
concurrences ailleurs par les notes latines monosyllabiques qui
facilitent le chant et l'enseignement 68.
Les nomenclatures de l'Islam medieval initial se referent uniquement
aux doigtes, soit mutlaq (corde a vide), mujannab, zaid et sabbaba
(adjointes et index), wustd (medius), binsir (annulaire) et khinsir
(auriculaire). Puis, lorsque systemes et modes s'individualisent plus
loin de la touche apparaissent les notions de degre et d'ordre qui,
en utilisant les noms de nombre irano-sanscrits, designent les doigtes
de un a sept, soit yekgdh, duigah,segdh, tchahargdh,panjgah, chechgdh
et haftgah (gah signifiant degre ou position). Au XVIIIe si6cle apparait
(sous l'influence du do ?) la notion de <<ton-clef»>69 pla9ant le
rcst > (<<droit >>)en debut de <<gamme > (rast, diugah, segah, etc.),
le yekgah (1er degre) sur la premiere corde a vide du °ud, et le nawa
(supplantant panjgdh, le 5' degre) sur la quatrieme corde a vide 70.
Desormais la nomenclature couvre vingt-quatre noms par octave et
quatre par ton majeur, par exemple rast, nim zengale, zengule, tik
zengule, dfigdh (cf. tableau C, 3' col.).
La supranationalite actuelle de la nomenclature de l'echelle
fondamentale est attestee par la quasi-homonymie des noms de
doigtes-degres consignes par le Congres du Caire de 1932, les vieux
manuels iraniens et les manuels turcs contemporains 71. Le caractere
tr6s limite des variantes locales d'ecriture ou de prononciation de
ces noms de doigtes-degres (par exemple <<segah> en Iran et en
Turquie, < sik6h > au Maghreb) permet donc au chercheur comparatiste
d'etablir une nomenclature unique pour les trois musiques nationales
arabe, iranienne et turque, a condition de respecter une translitteration
des caracteres arabes compatible avec les prononciations actuelles et
de noter le cas echeant les formes deroutantes d'une meme graphie
originale (ex. <<awj, auj, evc >, a prononcer <<a-oj ou < evj ) 72.
68. On solfie plus aisementmi-fa-sol que busalik-tchahargdh-nawa.
69. Le terme <<ton-clef>est une initiativepersonnellepour rdst.
70. Le nawajoue sur le °ud en quatriemecorde a vide est de ce fait un
importantpivot de modulationentre les genres des modes.
71. On peut comparer dans trois ouvrages bien diffuses en Occident:
Touma, op. cit., p. 30-35; Caron-Safvate,op. cit., p. 195-196; Reinhard,op.
cit., p. 64-67.
72. L'analogie est plus frappantea la lecture de la graphie arabe qui
regissait les trois langues. Ma translitterationlatine s'est inspiree du
Dictionnairepersan de Demaisons (Rome, 1908-1914)en vue de rendre la
normalisationplus comprehensible.
Seite 33
Im PDF ansehen(öffnet in einem neuen Fenster)c. Rapports de l'echelle fondamentale avec le °id.
Les rapports de l'echelle fondamentale avec le °ud concernent
d'une part la structure meme du langage musical modal et d'autre
part la hauteur de ce langage.
Lors des debuts de l'Islam, l'&chelle s'identifie totalement au luth
qui l'engendre et plus particulierement au °id qui definit l'echelle a
partir de la premiere corde a vide et sur la corde suivante au-dela
de la quarte 73. Durant la periode de recession qui suit le XVe siecle,
les theories s'estompent, les melodies se perpetuent par elles-memes
et la reference au °ud pourrait s'affadir. On ne peut donc retablir
les rapports de l'echelle fondamentale qu'a partir de Muchaqa a la
fin du XVIIIe siecle 74 et d'une nouvelle accordature du °ud devenue
desormais usuelle pour les a°d-s a cinq rangs et classico-elitaire
lorsqu'elle est appliquee a un °id a six rangs.
Desormais, les a°d-s sont accordes du grave a l'aigu selon le
schema suivant: seconde-quarte-quarte-quarte, ce qui pourrait donner
en equivalences occidentales: Sol-La-Re-Sol-Do, La-Si-Mi-La-Re,
Do-Re-Sol-Do-Fa, Re-Mi-La-Re-Sol, Mi-FaT-Si-Mi-La, etc. Cependant certaines ecoles remplacent la seconde majeure entre les deux
premiers rangs par une tierce majeure ou une quarte, ce qui donne
alors Mi-La-Re-Sol-Do, FaT-Si-Mi-La-Re, etc. De plus, les °ud-s a
six rangs ont grand prestige a Istanbul et a Bagdad et ils introduisent
une corde grave a la quinte au grave du premier rang usuel (ou
parfois a la quarte), sans modifier les doigtes des cinq rangs usuels,
soit par exemple: Fa-Do-Re-Sol-Do-Fa, Sol-Re-Mi-La-Re-Sol, ou
Mi-La-Si-Mi-La-Re 75.
L'echelle fondamentale n'est donc pas une succession de sons
banalises. Elle a ses <<cordes a vide>, ses <<articulations , ses
<<doigtes >. Elle est jalonnee par un certain nombre de reperes qui
correspondent a des cordes a vide soit du grave a l'aigu: qarar-rast
(ou qarar dugah), 6erangs; yegah, re corde; °achiran, 2e corde;
dugch, 3e corde; nawc, 4e corde; gardan, 5ecorde et qui determineront
l'insertion des genres et des modes 76 (cf. tableau C, 1recol.).
2. Systemes arabo-irano-turcs et transpositions de l'echelle
Les elements invariables de l'echelle fondamentale sont donc la
coherence de son echelonnement, la supranationalite de sa nomen73. Cf. supra note 5.
74. Cf. supra note 45.
75. Sur les diff6rentestranspositionsglobales de l'accordaturedu °ud,
consulter les annexes de ma touche analytique de °ud ou les disques
recitalbum-arabesques.
76. Ici, plus que jamais, les noms orientauxdes degr6scorrespondantaux
cordes a vide sont indispensables,puisquela totalite de l'accordature,donc
de l'echelle,va etre globalementtransposeesans que changentles noms de
ces degres.
Seite 34
Im PDF ansehen(öffnet in einem neuen Fenster)clature, et, a un degre moindre, son fractionnement en registres lies
au langage du °id (sauf dans la conception iranienne actuelle). Les
elements mobiles sont constitues par la hauteur conferee a 1'echelle
et la definition du <<temperament>>qui va affiner la valeur des
intervalles entre doigtes-degres, ces elements mobiles etant precises
par le systeme qui va s'appliquer a l'echelle. En raison de la
composante de ces deux elements mobiles, la hauteur et le
temperament, il importe de disposer en vue d'une representation
comparative, d'un code d'alterations commatiques capables de situer
les neuf divisions commatiques du ton majeur 77.
On peut retenir au moins cinq systemes caracteristiques:
- Systeme a rdst en Do et a quarts de ton dit arabe dominant.
C'est le systeme mediterraneen classique avec yegdh en Sol et segdh
en Mi d. I1 est evidemment transposable en Si, Sib, Sol, ou pour la
pure difficulte en Sol c ou Re $, etc. (colonne 4).
-Systeme a rdst en Re, commatique, adopte en Turquie, avec
yegch en La et segdh en Fa diese de 4 commas. Les Turcs ecrivent
neanmoins ce rist Re en Sol et l'appellent Sol par convention. Ainsi
leur <<Sol-La-Sid>> signifie <<Re-Mi-FaH »>(colonne 5).
- Systeme a raisten Fa, commatique, de preference, ou empirique,
utilise en Iraq et Iran entre autres avec yegah en Do et segah en
Lad. Illustre par les luthistes Munir Bachir et Jamil Ghanim
(colonne 6).
- Systeme a rast en Sol, commatique de preference, ou empirique,
avec yegah en Re et segch en Sid, utilise en Iraq et en Iran etc.
Illustre par les luthistes Salman Chukur et Jamil Bachir (colonne 7).
Systeme a rcst en La, commatique de preference, avec yegah
en Mi et segch en Do diese de 4 commas (colonne 8).
Cette liste n'est evidemment pas exhaustive, la description de ces
cinq systemes ayant ete a l'origine imposee par la necessite d'analyser
les improvisations de musiciens cultives. On peut neanmoins considerer
comme essentiels le systeme <<arabe>>a rast en Do et quarts de
ton, et le systeme <<turc >>a rdst en Re qui sont tous deux enseignes
dans les institutions (cf. tableau C, col. 4 a 8).
B. TOUCHE DE °UD ORIENTALCLASSIQUE
POUR SITUATIONDES DOIGTES-DEGRES
INDiPENDAMMENTDE LA HAUTEUR
ET DU TEMPERAMENT
Apres confrontation sur tableau entre 'ele'ment invariable (l'echelle
fondamentale), et l'element variable (le systeme definissant la hauteur
77. D'oui l'l6aborationindispensablede mon <<code arabesques> commatique.
78. Dans les manuels arabes, le rdst corresponda un Do2 en th6orie.
Seite 35
Im PDF ansehen(öffnet in einem neuen Fenster)et le temperament), on peut avoir une idee precise de la trame
modale engendree par ces combinaisons. II importe alors de completer
ce tableau par la representation reelle d'une touche de °ud oriental
classique pourvue de fa9on invariable et lisible d'une echelle
fondamentale repartie sur les cordes apres une accordature orthodoxe
(afin que cette echelle corresponde aux possibilites du jeu), et capable
de recevoir et d'interpreter les differents syst6mes (voir tableau B).
Le schema de la touche est realise d'apres un °uidde haute lutherie
(Manol, Constantinople, 1896), a six rangs, avec un diapason de
corde de 585 mm, soit 195 mm pour la quinte et la jonction du
manche avec la table. Afin de faciliter la lecture de l'echelle
fondamentale de bas en haut et de gauche a droite, on conserve le
plan d'accord <<a la turque >>avec une corde grave situee en de9ai
de la premiere corde. Les intervalles entre cordes a vide sont
orthodoxes, soit le schema suivant:
qarar-rast (5te) yegah (2nde) °achiran (4te) dugah (4te) nawa (4te) gardan
donnant la possibilite de jouer et lire sur trois octaves 79.
En vue de permettre l'analyse de divers temperaments, le point
d'intersection representant habituellement dans les methodes instrumentales l'emplacement du doigt en vue de jouer un doigte-degre
donne a ete remplace par un segment dont la longueur est fonction
de la demarcation avec les doigtes-degres adjacents, ce qui permet
de deduire que la longueur de chaque segment correspond generalement
a deux commas. En examinant le premier ton majeur de chaque
corde, on a:
segment de la corde a vide (0 a 2 commas holderiens),
segment du premier quart de ton et du limma (2-4 commas),
segment du demi-ton tempere et de l'apotome (4-6 commas),
segment du trois quarts et du ton mineur (6-8 commas),
segment <<aphone >>entre ton mineur et ton majeur (89 commas),
-E) segment du ton majeur a jouer <<en bas >>(9-11 commas).
-A)
-B)
-C)
-D)
- --
Le fait de remplacer l'intersection par un segment, outre qu'il
permet d'inscrire le nom du doigte-degre sur le segment, permet
encore de couvrir un intervalle de deux commas susceptible de
concilier le temperament a quarts de ton et le temperament
commatique dont les differences ne depassent jamais deux commas.
Pour une meilleure comprehension de la repartition par segments,
deux echelles figurent de part et d'autre de la touche. Du cote de
79. Les luthistes de l'Ecole de Bagdad placent leur corde grave au-dela
de la corde aigue, a l'inverse des luthistes d'Istanbul.J'ai choisi le plan
d'Istanbulpour rendrela lecture aisee.
Seite 36
Im PDF ansehen(öffnet in einem neuen Fenster)TABLEAU B
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Seite 38
Im PDF ansehen(öffnet in einem neuen Fenster)la corde grave, une echelle composee de 24 segments denommes A.1.,
B.2., C.3., D.4., E.5., represente en grandeur reelle les vingt-quatre
quarts de ton successifs du sillet a l'octave (292,5 a 300mm). Et
du cote de la corde aigue, une echelle composee de 53 segments
numerotes de 1 a 53 represente en grandeur reelle les cinquantetroiscommas holderiens successifs du sillet a l'octave (292,5 a
300 mm). Ainsi est-il possible de se fier aux echelles representees et
de constater que tous les segments sont aptes a traduire les deux
temperaments.
Prenons maintenant, pour faciliter la demonstration, le cas du
segment segah sur la corde grave qui, a vide, sonne en rast. Ce
segment segah couvre un intervalle compris entre 15 et 17commas
sur l'echelle commatique, et est situe de part et d'autre de l'intersection
marquee 7.H. sur l'echelle a quarts de ton et qui correspond a
7 quarts de ton du sillet. D'autres reperes indiquent en outre qu'il
s'etend de la tierce neutre a la tierce <<naturelle >>harmonique. Nous
savons en outre que le segah est le troisieme degre diatonique de
la <<gamme>> dite rast-dtugah-segah, etc. Ce degre doit etre joue a
17 commas du rast dans les systemes harmonico-zarliniens ou
pythagoro-commatique de Safiy al-Din et a 7 quarts de ton, soit
15,5 commas du rast dans le systeme a quarts de ton (tierce neutre
du Caire), ou meme a 15,7 commas du rast dans certains systemes
empiriques (tierce neutre de Zalzal par division longitudinale). On
voit que dans ces trois cas differents, le segment segah peut guider
le jeu ou recueillir l'analyse selon trois systemes diff6rents.
Si le jeu ou l'analyse tombent en deai de l'extremite grave du
segment segah, et atteignent le segment adjacent grave <<tik kurdi >>,
il peut s'agir d'une seconde augmentee de Pythagore ou d'une tierce
mineure harmonique (14 commas) ou dans le systeme a quarts de
ton d'une tierce mineure de 13,3 commas ou 6 quarts de ton. Ces
trois rapports sont couverts par ce segment qui va de 13 a
15 commas.
Et si le jeu ou l'analyse tombent au-dela de l'extremite aigue du
nim busalik >,
segment segah, et atteignent le segment adjacent aigu <<
il doit s'agir, dans les deux cas, d'une tierce majeure tempere ou
pythagoricienne de 18 commas.
Tel est donc le pouvoir discriminateur de cette touche, assez
precise pour identifier le doigte-degre requis et assez souple pour
tolerer les changements de temperament a deux commas pres, les
enharmonismes de pente que l'on trouve particulierement au niveau
du doigte-degre segah dans le systeme commatique, soit 17 commas
du rast en pente ascendante et 16 seulement en pente descendante,
et les phenomenes de justesse expressive, que l'on trouve chez des
luthistes particulierement talentueux comme Jamil Bachir 80.
80. La touche et les analyses commatiques du luthiste Jamil Bachir,
devraient reparaitrea la fin de 1986 dans arabesques-recitalbum,
Luth en Iraq traditionnel,Reveries.°Ud. Jamil Bachir.
Seite 39
Im PDF ansehen(öffnet in einem neuen Fenster)Comme on peut le pressentir, 'a l'occasion de chaque analyse, la
partie laissee libre 'a l'ecriture de la representation des cordes peut
recevoir, en equivalence des notes europeennes, des reperes facilitant
le travail analytique. Elle peut egalement etre glissee sous les cordes
et sur la touche d'un °ud de meme diapason ou du °ud qui lui a
servi de modele. Dans les deux cas, l'analyse ou le jeu, il faut la
doter d'une accordature orthodoxe conforme a son echelle fondamentale, soit par exemple du grave a l'aigu La-Mi-Fa$-Si-Mi-La,
Sib-Fa-Sol-Do-Fa-Sib, Do-Sol-La-Re-Sol-Do, Re-La-Si-Mi-La-Re,
Fa-Do-Re-Sol-Do-Fa, Sol-Re-Mi-La-Re-Sol, etc. 81
En l'absence de criteres de hauteur de jeu, cette touche 81 peut
recevoir une representation transposable du systeme a quarts de ton
ou commatique qu'elle doit illustrer. En utilisant mon code, il
importe d'inserer le A en qarar-rast et le 0 en yegah. Ainsi illustree,
la touche est transpositrice et peut s'adapter a n'importe quelle
etude analytique. La touche jointe ai cet article a re9u mon code
JCC dans sa version commatique a la turque.
CONCLUSIONS
Cette approche, fruit d'une experience de pres de trente ans, a
essaye de depasser l'enthousiasme des neophytes, le chauvinisme des
<<ayants-droits >>,ou le manicheisme des <<engages >>.Si elle s'est a
ce point interessee 'a l'acoustique theorique, 'a des donnees chiffrees,
et au langage du °uid,c'est parce que la vogue actuelle des musiques
traditionnelles tend plutot a developper des engouements impressionnistes ou spirituels eludant prudemment, parce qu'il s'agit la du
phenomene le plus difficile a apprehender, le mecanisme infiniment
81. I1 faut, avant l'analyse, aligner la touche sur la hauteur de jeu du
musicien. C'est pourquoi on trouve dans arabesques,2e serie, 1 e d. des
touches a rast en Do, en Re, en Fa, en Sol, et en La. Mais pour la
reedition 1984 et la brochureLangage musical du mondearabo-irano-turc,
j'ai dufr6aliserun modele unique transposablecomportantle A en rdst et
le 0 en yegdh. Cette touche se trouve dans les disquesarabesques-recitalbum
du recital oriental,2e serie, reedition 1984:
anthologiephonographique
333106 Luth au YemenReveries.°Ud. Jamil Ghdnim.
333107 Cithareen Egypte.Le Caire. Qanun.M. °Atiya °Omar.
333108 Luth au Liban traditionnel.Buzuq.Nasser Makhoul.
333109 Flute en Turquiemystique.Ney. Sufi Hayri Turmer.
333110 Cithareen Iran classique.Santzur.FardmarzPdyvar.
C'est apparemmentsur le critere de l'interetde cette m6thode d'analyse
modale comparativeque ces cinq albums ont ete primes par l'Academie
CharlesCros en 1980. La reedition 1984 a pu etre men6e 'a bien avec la
participationde l'Institut du Monde Arabe, du Ministere de la Culture
(Direction de la Musique),et sous le patronagedu Centre National de la
RechercheScientifique.
Seite 40
Im PDF ansehen(öffnet in einem neuen Fenster)complexe et logique des echelles theoriques et des structures modales,
comme si toutes les musiques traditionnelles etaient depourvues de
traites anciens ou de manuels modernes.
En ce qui concerne les musiques arabes, iraniennes, turques, et
assimilees, l'abondance et la precision des traites medievaux orientaux
sur la musique, et le niveau des etudes menees depuis un siecle en
Occident ou dans ces pays, ne laissent au chercheur que l'embarras
du choix s'il s'agit d'etudier les echelles. I1 suffit de confronter
patiemment d'innombrables documents.
Au plan technique, cette etude, qui se voulait precise et rigoureuse,
devrait avoir montre que l'evolution des musiques arabes, iraniennes,
turques et assimilees se dessine entre des pratiques autochtones
empiriques et des ideaux scientifiques universels. Somme toute, il
s'agirait de situer des secondes neutres et des tierces neutres entre
des secondes et des tierces mineures et majeures. Et comme le °id
con9oit les echelles par tetracordes successifs, il s'agirait aussi de
situer des sixtes neutres et des septiemes neutres si l'on raisonne
avec la notion d'octave. Au Moyen-Age islamique, ce dilemne semble
se resoudre dans l'aura des systemes pythagoriciens, donnant ainsi
naissance a des systemes para-pythagoriciens ou pythagoro-commatiques dont nous avons vu qu'ils avaient pour effet global de faire
evoluer les hauteurs de ces degres neutres selon une courbes oscillante.
Secondes et tierces neutres connaissent des hauts et des bas, dans
les theories, dans l'histoire et dans la geographie.
A la fin du XXe siecle, les theories de ces musiques ne sont plus
abordees comme autrefois. L'erudition pythagoricienne et l'encyclopedisme acoustique, pour fondes qu'ils soient, doivent affronter la
montee des ethnocentrismes et la mode des specificites nationales.
Des institutions etatiques ont le pouvoir de definir la nature des
traditions et d'imposer leurs directives a leurs ressortissants, a leurs
savants ou a leur servants. Faut-il se soumettre ou se demettre ?
En se maintenant a l'ecart des adhesions nationalistes ou ethniques,
on reste impresionne par les destins supranationaux des systemes
pythagoriciens qui semblent servir de reperes aux autres systemes,
et du luth-°ud, concepteur ou etalon des systemes, des echelles et
des modes, qui semble servir de reference aux autres instruments de
cette aire culturelle.
En se maintenant a l'ecart des engouements confessionnels ou
mystiques, on doit remarquer que l'Islam medieval, sans doute moins
en tant que religion qu'en tant que civilisation, a, dans son essor
et dans son expansion, favorise la proliferation et la diffusion des
nombreuses theories musicales qui viennent d'etre evoquees et
confrontees sur la touche du i°d.
Cette approche, qui concerne les musiques arabes, iraniennes,
turques et assimilees, se refere, comme elles l'ont fait en d'autres
circonstances, a l'Islam, au °uid,et aux systemes pythagoriciens. Elle
essaie de remplir honorablement une mission d'information musicologique. Mais sa conception meme la prive de la possibilite de
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temps de l'adhesion de ceux qu'elle aurait flattes ou encourages.
deliberement une nation ou une ethnie, et la prive en meme temps
de l'adhesion de ceux qu'elle aurait flattes ou encourages.
Inevitablement, il apparait qu'au XXe siecle, l'organisation de la
planete et la repartition du pouvoir et du savoir reposent sur une
multitude de parametres en rapport avec les ideologies, les confessions,
les nations, les ethnies, les patrimoines ou les biens dont on a
accepte de prendre l'existence en consideration. Et precisement, ici
est la difficult6 diplomatique.
Si l'Islam medieval a developpe chez les peuples arabe, iranien et
turc, entre autres, une notion d'esthetique universelle proposant des
canons communs, son role catalytique en faveur du d6veloppement
supranational ou multinational d'une musique n'a pas de rapport
immediat avec l'expansion de la foi ou de la communaute. Quant
aux pays arabes, iraniens ou turcs, ils semblent etre a la recherche
de plaidoiries nationalisant la musique et le °ud des < ages d'or > en
conformite avec leurs convictions sinceres et irrefutables.
Outre les obstacles diplomatiques qui guettent ce type de mise au
point, il est sans doute utile de pressentir les reticences scientifiques
ou intellectuelles. Si le langage du °uid semble clair a ceux qui ont
accepte d'en etudier les caracteristiques, il n'est pas enseigne de
facon systematique et autonome. Sous l'influence de l'Occident, les
enseignements arabes, turcs et iraniens de la musique ont adopte
d'autres ref6rences; et les musicologues arabes, iraniens ou turcs ne
sont pas necessairement aptes a saisir ce langage modal du °ud. On
a dissocie la theorie musicale qui s'enseigne sur tableaux et sur
portees, de la pratique du °ud qui n'est pas envisagee dans une telle
aura intellectuelle et scientifique.
Apres tout, quand bien meme il s'agirait d'Islam et de °id, le
chercheur n'est astreint ni au proselytisme, ni a la seduction. Mais
il aurait peut-etre aime orchestrer... une reconciliation sur la
touche... 82.
82. A la lecture de cette coda, on pourraitimaginerque cette approche
comparative s'est limitee a des considerationstheoriques. En realite, la
methodea ete appliqueea mes analysesmodalessur des musiquesenregistrees
et ces applications ont ete consignees sur les disques-albumsarabesques
mentionnesplus haut (cf. note 81); d'autresfiguraientdans ma these pour
le doctorat de 3ecycle en musicologie; et de nouvelles applicationsseront
diffuseesdans des publicationsa venir.La parutiond'un ouvragerassemblant
a la fois les elements de l'approche theorique et toutes les applications
realiseesfait evidemmentpartie de mes projetsde chercheurC.N.R.S. et de
<<doctorant>.
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Im PDF ansehen(öffnet in einem neuen Fenster)SUMMARY
Present Arab, Iranian, or Turkisk studies wish to describe these musics
as specific to the nation whilst they refer to common musical treatises of
their shared mediaeval Islamic past. In this paper, the main acoustic systems
and temperaments, mostly defined on lutes and successively used in MiddleEastern musics from the pre-Islamic era to the XXth Century, are discribed
in comparison with those of Antiquity and Europe. The author elucidates
his original methodes of musical modal analysis. How should one now
transpose in between the quarter-toned arab system, the empirical Iranian
one, and the Pythagoro-commatic Turkish one, their different pitches and
intervals on their common scales? These three musics refer to the same
theoretical <tonal system > (or basic scale) of twenty four -or occasionally
seventeen- potential degrees per octave. Heptatonic modes are determined
by selecting seven degrees, thus ordering a specific series of seven intervals
per octave. As these scales, intervals and modes were mostly defined on
the fingerboard of the °ud-lute, on should use that fingerboard in order to
analyse comparatively Arab, Iranian or Turkish scales and modes.