Le pythagorisme et la musique

Author
Vassiliadou, M.
Published in
Musique et Philosophie
Year
1985
Subject
PYTHAGORAS
Language
Français
Category
C2 Music
Archive number
1627

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Le pythagorisme et la musique Maria VASSILIADOU © de l’Université d’Athénes’ La Musique est le plus abstrait de tous les arts comme les Mathématiques dans le domaine de la science. Dans les Mathématiques à côté de la logique il y a une magie qui produit l’harmonie de l’Unité, la cohérence des parties dans leurs relations mutuelles qui les soumet à la domination du total, dira Tagora'. Pythagore est le premier qui ait constaté cette relation sur laquelle il a fondé toute sa doctrine au point que ses sectateurs ont placé la musique au premier rang de leurs spéculations? ; chose tout à fait normale et convenable à ce mouvement intellectuel qui oscille toujours entre raison et mythe, philosophie et poésie ou pour parler plus justement entre philosophie et théologie car « où nous voyons les poètes les philosophes grecs reconnaissaient des théologiens »”. Le pythagorisme ayant sa source dans l’orphisme* a des nombreuses M. VYVASILIADOU 627\ BSAQ relations avec une pensée magique pénétrée de croyances relatives à la musique”. Cependant la musique pythagoricienne est surtout une arithmétique. La vraie harmonie doit être constituée par la simplicité des rapports numériques. La raison devait être seule juge des principes rationnels de la musique d’après les lois générales de l’ordre, sans 1. Le Sens de l'art, Paris, 1928. 2. Isidore LEVY, Recherches sur les sources de la légende de Pythagore, 1926. 3. E. DETIENNE, Homère, Hésiode et Pythagore, Latomus LVII, Bruxelles, 1962, p. 39. 4. Déjà du temps d'Hérodote (Hérod. 11, 81) il était difficile de faire le départ entre l’orphisme et le pythagorisme ; cf. P. BOYANCE, Le culte des Muses, Paris, Boccard, 1937, pp. 100 et suiv. ; P.-M. SCHUHL, Essai sur la formation de la pensée grecque, Paris, P.U.F., 1933, pp. 228 et suiv. 5. E. MOUTSOPOULOS, La musique dans l'œuvre de Platon, Paris, P.U.F. 1959, p. 171.

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vibrations des corps sonores qui ne sont musicales qu’a certaines conditions définies par des lois numériques”. En effet, le système musical des Pythagoriciens est un système fondé sur des lois strictes d’harmonie. Cette harmonie. est représentée par les principaux intervalles, c’est-à-dire, la quarte, la quinte et l’octave!*. Celles-ci à leur tour sont engendrées par quatre notes de la gamme (ut, fa, soi, ut) qui correspondent à quatre nombres (6-8-9-12, ou dans un rapport différent 1-2-3-4). L’harmonie, dira Philolaus, c’est l’octave même, c’est-à-dire, une quarte (syllabé) surmontée d’une quinte (diapenté). Les principales harmonies musicales se trouvent dans les quatre premiers nombres : le rapport de 4 à 2 ou de 2 à 1 représente Poctave, de 3 à 2 la quinte, de 4 à 3 la quarte. Les quatre premiers nombres peuvent donc expliquer les accords harmoniques principaux". 13. A.-E. CHAIGNET, op. cit., II, p. 138 ; Arist., Polit., VII, 5 ; Plat., Tim., p. 80. 14. Philolaus. fgm. 5 : L’&tendue de l’harmonie est une quarte plus unc quinte. La quinte est plus forte que la quarte de 918 ; car il y a de l’hypate (corde grave du tetrachorde inférieur) à la mèse (corde aigue de ce même tetrachorde) une quarte, et de la mése à la nète (corde aigue du tetratrachorde supérieur) une quinte; mais de la nète à la trite (paramèse dans le système de l’octachorde) il y a une quarte, de la trite à l’hypate une quinte. L’intervaile placé entre la mèse et la trite est de 918; l'intervalle de la quarte est de 413; celui de la quinte de 312; celui de l’octave dans le rapport double (112 ou 214). Ainsi l'harmonie comprend cing 918 plus deux dieses (ici un demi ton mineur 248:256, ailleurs (leimma) la dièse est 1’1/3 ton dans le genre chromatique, 1”1/4 ton dans le genre enharmonique) ; la quinte trois 9/8 plus un dièse ; la quarte deux 9/8 plus un dièse. Nous avons donc dans le système de l'octachorde le diagramme suivant : Nète Tetrachorde des aigues Paranète demi ton Trite Paramèse Mèse Tetrachorde des graves Lichanos Parhypate derni ton Hypate Dans l'heptachorde la trite prenait la place de la paramése : Nète Paramèse 3 demi tons Trite Mèse Lichanos Parhypate Hypate 15. A. DELATTE, Etudes sur la littérature pythagoricienne, Paris, 1915, p. 258. ; P. GORMAN, Pythagores : A Life, Routledge & Kegan Paul, 1979, p. 144.

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témoignages sur les rapports entre les Sirénes et Apollon”, dieu de la musique et de la divination, et, selon la légende, père de Pythagore”’. Les Sirénes sont considérées par Homère”? comme connaissant tous les secrets. D’après Plutarque” elles passent pour annoncer les choses divines et leur caractère prophétique est reconnu par PorphyreTM. Sur certains vases elles apparaissent comme les compagnes de Dieu, ou bien elles ornent le trépied prophétique. Enfin le temple à Delphes était orné de statues dorées de kélédones, identifiées aux Sir&nes”. Les Sirènes, divinités musicales de la mer deviennent les divinités musicales de l’espace quand le catéchisme des acousmatiques, identifie le soleil et la lune aux îles des bienheureux, l’exégèse théologique des mythes affirmant que « la mer de l’Odyssée et des errances d’Ulysse est en réalité l’espace »”°. Plus tard elles seront remplacées dans leurs fonctions par les Muses, filles de Zeus. Les Sirènes avaient paru aux Pythagoriciens « les plaisirs du ventre et de la chair » et Pythagore luimême les avait forcément opposées aux Muses dont l’harmonie est comparable aux joies d’une vie vertueuse”. D’après la tradition, Pythagore aurait donné à chacune des neuf cordes de la lyre céleste, le nom d’une des neuf Muses”. On retrouve l’idée dans une exégèse des fameux vers de la Theogonie” d’Hésiode qui décrivent les chœurs des Muses de l’Hélicon: «Si nous nous fions à Pythagore, le ciel aussi, a son pythagoreanism. University of Toronto Press, 1966, pp. 126-127 ; GORMAN, op. cit. p. 169; DETIENNE, op. cit. pp. 58-59 ; MOUSTSOPOULOS, op. cit., p. 376. 20. D’aprés DELATTE, op. cit., p. 276 21. Cf. J.-Cl. FRERE, Pythagore l'initié de Samos, Paris, Retz, 1974 ; Aristote dans Elius. VII. II, 26 (cf. IV 17); Diogène Laérce, VIII, IE (Timee) ; Porphyre, V, p. 28 ; Jamblique, V., p. 30, 91, 133, 135, 140, 177 etc., Lucien, Somnium, 15 et 18 ; mort. dial., 20, 3. 22. pp. 184-189. 23. De au procr. in Tim., 32. 24. Ou. hom. Odyss., p. 184. 25. Pindare, frg. 53. 26. E. MOUTSOPOULOS, op. cit., p. 378. Voir aussi P. BOYANCE, « Les Muses et I"harmonie de sphères » dans Mélanges dédiés à la mémoire de F. Grat, Paris, Mme Pecqueur-Grat, 1946, t. I, p. 4, 5 et aussi du même, Le culte des Muses..., p. 140. 27. Porphyre, V., p. 39 ; Clem. Alex., Strom., 1, 48, éd. Stahlin. 28. Cf. Porphyre, V, p. 31 ; Arist. Quintil., I, p. 21. 29. Hés. Théog. V, 1 sqq.. éd. Majon (vers 965 sqq.).

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Ainsi, la musique est le lien entre l’homme et le cosmos. Le monde est un instrument harmonieux, c’est la lyre dont Dieu joue, dont il tire la céleste harmonie des sphéres, entendue par Pythagore de son vivant et par tous les élus, ravis en esprit”. Le monde dans son unité est un nombre?” le cosmos est une harmonie et par conséquent un nombre. Il existe donc une harmonie universelle dont le Nombre est l’expression sensible”. L'homme n'est qu’un petit monde dans le grand, un microcosme dans le macrocosme”. Tout être est composé de fini et d’infini ; car il procède de l’Unité et est composé de pair et d'impair ; de limité et d’illimité; il est donc une harmonie de contraires et cela explique l’imperfection humaine”. L’étre est une harmonie car il est un nombre de nombres. C’est l’harmonie entre notre âme et les choses qui nous entourent qui nous permet d’en prendre connaissance, car le nombre de l’âme et le nombre des choses sont semblables et le semblable perceptible par les sens”. La Musique harmonieuse vitalise l’homme. Sans harmonie, elle le contrarie, le blesse, l’excite. Toute maladie modifie les activités du corps et en altère l’harmonie. Troubiée par le commerce du corps, l’harmonie de l’âme ne trouve remède à ce trouble que dans les mélodies pythagoriciennes. La santé est une harmonie psychique et physique, un équilibre à maintenir. L’âme elle-même n’est qu’une harmonie qu’altérent les passions et que la musique rétablit par la douceur de ses sons et la proportion de ses rythmes”. Mais l’action de la musique ne se borne pas à apaiser les passions ; elle incite à pénétrer leur nature, à définir une perfection, qui est l’harmonie, et à étendre jusqu’à la politique les principes d’ordre ainsi découverts”. Alors, la musique est une purification. Appliquée aux maladies de l’âme comme à celles du corps, la vertu des nombres cachés dans ces harmonies, 36. J. MALLINGER, Pythagore et les Mystères, Paris, Niclaus, 1944, p. 148 ; CHAIGNET, op. cit, II, p. 156 ; Jambi. VP 65. 37. Jambl., VP 146, 147. 38. Plutarque, De la musique, 44, 30. 39. Anonymas Photii, V.P. 15. 40. Nicomaque de Gérase, Ar. II B. 41. MALLINGER, op. cit., pp. 147-148. 42. Cf., J. CROISSANT,Aristote et les mystères, Paris-Liège, 1932, p. 5. 43. BOYANCE, Le culte..., p. 146 ; Aristoxéne (op. Anecd. Paris, t. I, p. 172, 3, frg 24).

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importuns. Mais cette musique produisait aussi ces phantasmes nocturnes, qui dans la légende hellénique viennent toujours des dieux. Pour les pythagoriciens toute musique est bonne ; il est cependant des instruments préférables 4 d’autres. Ainsi, ils préféraient la lyre, instrument d’Apollon et dont le caractére est calme, mesuré, grave, solennel à la flûte, instrument passionné, bachique, voluptueux, bonne pour les foules mais n’ayant rien de noble, de digne ni de libre”. Ainsi, les disciples se rassemblaient autour d’un joueur de lyre qui accompagnait des cantiques à Apollon et ils trouvaient plaisir à accorder leurs voix au son de l’instrument et purification à glorifier les dieux et les héros sur des vers d’Homére et d'Hésiode”. Le pythagoricien cherchait à devenir harmonieux et eurythmique dans son corps comme dans son esprit” ; il touchait de la lyre plusieurs fois par jour pour mettre son être en accord avec la Nature ; dans les sessions religieuses le chant prenait une importance particulière. Divers Acousmata le confirment : « Accompagne ton chant de la lyre » (Ac. 39) « Fais aux Dieux des libations par l’oreille »”* (Ac. 59) « Ne touche pas à la lyre, sans t’être lavé les mains ». La musique devient ainsi la discipline principale du sage, conjointement à l’astronomie. Le but de la vie pythagoricienne se trouve essentiellement dans la contemplation de l’harmonie. « Cette harmonie devient une méthode conduisant à sa propre révélation. Plus l’harmonie devient un domaine d’investigation, plus elle se découvre au chercheur, plus celui-ci trouve en elle la raison même de sa spéculation »*. Ainsi, l’étude de la musique est une entéléchie?” avant la lettre. Arithmétique, elle est un art intellectuel® ; cosmique, elle régit 50. Jambl,, 111. SL. Jambl. V.P., IN, éd. Deubner, p. 64, 14 sqq., cf. ID. V.P.. 164 éd. Deubner, p. 92, 20 sqg. 52. Jambl., V.P. II. 53. Dacier t. I, pp. 253-254. 54. Idem, pp. 279-280. D'après Porphyre, V.P., 43. 55. CHAIGNET, op. eit., I, p. 154. 56. MOUTSOPOULOS, op. cit., p. 172. 57. MOUTSOPOULOS, idem. 58. Aristox. Harmon 1, 2 ; Procl., in Tim., p. 196, 14 n.