Philon et le pythagorisme: un usage problematique

Author
Petit, A.
Published in
Philon d'Alexandrie et le langage de la philosophie
Year
1998
Subject
PHILO
Language
Français
Category
C12 Religion
Archive number
2306

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PETIT)A 148 : UN USAGE PROBLÉMATIQUE Selon Eusèbe de Césarée, Philon était particulièrement attaché a | agóge kata Platöna kai Puthagoran'. Le « pythagorisme » de Philon, qui est passé en vérité d’évidence, n’en laisse pas moins de susciter la perplexité : passe encore, comme le remarquait Holger Thesleff dans son /ntroduction to the Pythagorean Writings ofthe Hellenistic Period, qu'il ne manifeste pas une connaissance très étendue, ni même peut-être de première main, de textes pythagoriciens. Mais ce qui rend plus dubitatif encore est le discernement de la nature exacte de son pythagorisme présumé: Or, en la matière, les pistes ne font pas défaut. On hésite entre un « pythagorisme » dualiste, où deux principes sont constitués en couple de contraires — ce qui, outre dans le pythagorisme ancien (ainsi en Philolaos 44 B 1-6 D.-K.), s’observe dans le pythagorisme revendiqué par l’Ancienne Académie, dont on trouve l’écho jusque dans la Métaphysique de Théophraste, qui attribue à Platon et aux Pythagoriciens Petit, Alain; — Philon etle et le prisme: un usage problématique. Philon x | e est nt del de | ghlosophiey (— 4303841) 471-482.2: + Si e pythagorism pour les nécessités ce dequ'ilsa : Philen, Sone peut être que aupPoArxdc, dans l'œuvre ne va pas sans perturber langage théologie. Or le choix de ce mode d'expression ent emprunte, aucune variante du pythagorisme contemporain n'étant rigoureusem moyen d'une accordée à son propos. De fait, il s'agit pour lui de formuler au agorico-académique ce qui relève d'une volonté doctrine des principes (&pyal) en soi insondable, d'un mode d'action dont il n'est pas sûr qu'il se laisse réduire {69-03540 . à l’idée démiurgique. Philon d'Alexandrie et le langage de la philosophie : actes du colloque hellénistique international organisé par le Centre d'études sur la philosophie E ay, Fonten , (Créteil Marne de et romaine de l'Université de Paris XII-Val |. Bernard de collab. la avec ; Lévy Paris, 26-28 octobre 1995) / éd. par Carlos Besnier une certaine opposition entre l'Un et la Dyade indéfinie, de laquelle essentiellement dépend ce qui est indéfini, désordonné, et pour ainsi dire tout ce qui est absence de forme... Il leur est absolument impossible de se passer de la Dyade indéfinie pour constituer la nature de l'Univers pris comme un tout, mais ils disent qu'elle a, en quelque sorte, une part égale, ou même supérieure, à l’autre principe 3. (1) AE, Il, 4, 2, C.J. de Vogel, Greek Philosophy, III, 1289 a. (2) 1961, p. 50. (3) Théophraste, Metaph., IX, 11 b 1 sgq., trad. J. Tricot, Paris, 1948. Actes du colloque Philon d'Alexandrie, p. 471-482.

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yme d'Alexandre%, “_ et un pythagorisme moniste, à la manière de "Anonduada hós an hylen \ On risquera ici la conjecture selon laquelle si pythagorisme il y a chez arch? tón apantón monada, ek de tés monados aoristonqui montre ici une tei monadi aitiói onti hypostènai (D.L., VIII, 25) conception non platonicienne?, a la différence du Pseudo-Archytas, Tepl Philon, ce ne peut être que sumbolikés, pour les nécessités de sa théologie!!, et que le choix de ce mode d’expression ne va pas sans perturber quelque peu ce qu’il emprunte, aucune variante du pythagorisme alors disponible n'étant rigoureusement adéquate au propos. De fait, il s’agit pour lui de formuler à l’aide d’une doctrine pythagorico-académique des », qui ance dpxay 6, qui distingue nopdes et OT, « forme » et « substmanié re de comme un substrat, regoit (paradechomenon) la forme, ou A la la doctrine que rapporte Sextus en M., X, 2617: principes (archai) ce qui relève d’une volonté par soi insondable, d'un mode d’action dont il n’est pas sûr qu’il se laisse réduire à l’idée démiur- Pythagoras, moved by these consideracions, declared that archèn einai ton ontón ttn monada: and this when conceived in its self-identity (autotes) is conceived as one (monas), but when, in its otherness (hetegique. Dans ce qu'elle peut avoir d’apophatique, la théologie philonienne semble récuser 12 l’applicabilité des termes « pythagoriciens » ; mais, outre rotds), it is added to itself, it creates (apotelein) the « Indefinite Dyad » le soupçon d’hyperbole que relève J. Dillon, il n’est pas niable que, compte tenu des limites qui frappent chez Philon le recours au langage, les termes dont il s’agit ne se révèlent particulièrement pertinents pour dire ce qui doit être, selon R. Arnaldez (1969) suivant Franz Cumont (1891), le sentiment de Philon dans le De aeternitate mundi13 : l’idée d'un monde qui est effectivement créé, mais de toute éternité. Certes, si la nature éternitaire de la création était refusée, le Peri arché « pythagoricien » manquerait rigoureusement de pertinence ; mais, précisément, une telle nature se prête A l’usage de la dérivation A partir de la monade, comme dans Anonyme d'Alexandre (D.L.). On remarquera qu’il ne sert pas à grandchose en la matière de parler de néopythagorisme, puisque l’on a affaire à une tradition vétéro-académique, même amendée, et que le pythagorisme (aoriston duada) 3. e-t-il plutôt vers Philon, dans son « pythagorisme » hypothétique, inclinmonis me qu inate le le dualisme des agrapha dogmata de Platon ou vers| Anony me d'Alexandre! gure peut-étre dans les traités pseudépigraphiques ble être un Répondre à cette question ne va pas de soi : il faudrait au préala onque de quelc forme une à on Phil tant soit peu assuré de l’adhésion de pour tient on l que Ce pythagorisme, par-delà sa réputation patristique. usitée ent tivem effec tel9 se laisse inférer de l’usage philonien de notions , comme la mo-s dans le « pythagorisme » issu de l’Ancienne Académie!°une réserve liminade et la dyade. Cependant, on se doit de formuler naire : A supposer que ce soit un indice irréfragable de pythagorisme, estnne, ou ce de la part de Philon une manifestation d obédience pythagoricierait déjà n'est-ce pas, ce qu’un examen même cursif du corpus laisse endre la relation, présumer, un mode d'expression à même de faire compr ou mieux, la connexion, entre des objets au demeurant soustralts 4 route saisic ? (4) Alexandre Polyhistor, dans D.L., VIII, 24 sqq. citant les Pythagorica hypomnèmata : 58 B la D.-K (5) De Vogel, Greek Philosophy, III, p. 342, sub 1279. p. 19. (6) Thesleff, The Pythagorean Texts ofthe Hellenistic Period, 1968, | | (7) = Contre les Physiciens, 11, Bury Loeb (ed.), III, p. 338. rth, 1977. “O) Ainsi J. Dillon, The Middle Platonists, d,Duskwo 1972, 1, 3, p. 53-83. duas. (10) W. Burkert, Lore and Science, Harvar en elle a une teneur sujette à caution. Mais il fait figure de via analogiae venant se conjoindre à une via negationis: si la monade n'est pas exactement to ontós on, elle est du moins l’image la plus proche 14. Mais, dira-ton, le système de dérivation ek fès monados que vous alléguez n'est-il pas plus une entrave qu’une aide pour l’expression d’une théologie qui, après tout, est assez fortement dépendante d'un commentaire — für-il allégorique — de la Genèse ? Or, précisément, on n’aura garde de se méprendre sur le point de pertinence de l’analogie : elle ne saurait servir à concevoir une genèse effective, mais plutôt un déploiement à partir d’une origine in aeternitate, Ce qu'il pouvait y avoir de cosmogenèse dans le pythagorisme | passive ». Cf. aussi (8) Cf. X, 277 : « la monade est cause active, la dyade matière monados ginomenè aoristos Hypotyposes pyrrhoniennes, VI, 153 : he kata episunthesin tés 473 (11) C£. Abr., 120ss, (12) Cf. Contempl, 2. (13) Intr., p. 28. (14) Spec., II, 176.

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académique, dés Speus'est effacé par le fait de la transformationan'3, pipes; a à une genèse kat'epinoi done, poll Inliner plac Dieu ga = ae Philon de formuler un autodeploiement unde cert ain ‘garebe ° je = il à l’incompréhensible divin deviendreaitlogoumènes de PArithmétiq pression symbolique, sur le mod « Théo P philonien. à avant la lettre, et compte tenu du monothéisme Do = sym u e dans | ordr Cependant, et même si Pon est expressément o risque de souffrir du e le l'idée d'un déploiement de la divinité sippéen », en effet, an ns Philon fait usage ; le pythagorisme « speu agorism festum!S, tout comme siduPyeag bien ce qui était obtenu post e ny au grand dam ancien, au témoignage d’Aristote; le bienne, saur ait être le cas pour Phi A était donc pas tenu pour originel. Tel originelle , et ne peut pasicons té “ancien l’uni qui fait résider tout le bien dans tout le moins, la dérivation Py agorià e, form cette uent adopter sous bo isant est , à quoi bon en user, si le symna lego ek tès monados. Mais alorsolis n iTe é? La via negationis ne 2 ce point inadéquat au symb l'être, pope ; aussi ‘= contrebalancée, pour autant qu'elle puissel'usa ge qu il y - cette i Philon n'est-il pas à notre sens lié, dans ns et peusippe- > re aux Pythagoricie vation, par la téléologic prop le cadémiques qui avancentsae es us par ro-a vété retient des spéculations cn d'une cosmogenèse issue va couvert du pythagorisme l’idée ux, qui font figure ra le truchement d'intermédiaires éternels et idéa importante, aux termes e e réserve paradigmes. Mais c'est au prix d’un tai a s'achever dans la décade, cet pn laquelle Dieu — la monade — n’a pas ms % étan à r ni méme à sy prolonge le cas pour le bien speusippéen, le moindre enr. ss ce qu'il doit être, il ne peut se voir assignermêm de son action | er son être n'est pas en cause, en va-t-il deinstant e; mais n’est pas la ques Philon déclare qu’elle s'accomplit en un lo temps, ellelan’en constitue p tion, méme si elle ne se déroule re | Ce portate d’abord en ce sens qu'il convient d'entendre | usagin eaephi er uelque manière, une expéicatio der. t justement d articuler lonicn de la série décadique, qui permee,ttrai même si Dieu, à rigoureusemen nitate l'achèvement de l'action divin kat’ (15) Aëtius, II, 4, 1. Diels, Doxogon.raphi graeci, p. 330 : Pythagoras phasi genèton ‘avian ton kosmon, ou kata chron aa) Roane Empiricus, M., VII, 1072 b 30 = 58 B MD.-K. 475 parler, ne commence ni ne cesse jamais d’agir à l'égard du monde. Cependant, la série même n'est pas aisée à interpréter car, si la version speusippéenne avait la vertu d’un accomplissement progressif, la version philonienne, quant à elle, n’offre pas cette clarté dans l’architecture. En premier lieu, par le commentaire allégorique du repos de Dieu le septième jour, Philon veut voir dans l’hebdomade le prolongement direct de la monade, sine matre: « la septième journée, née seulement du Père de Punivers »17, ie. sans l'intervention du « principe féminin ». Ce que Dieu a médité de créer, il le contemple le septième jour, qui ne fait qu’un avec le premier, selon le De posteritate Caini, 64. Si Dieu s'exprime dans la série décadique, c'est de façon hétérogène, ce que les Pythagoriciens appelaient le « terminant » se situant électivement dans la monade et l’hebdomade. L’agir divin se voit subordonner symbolikös à la constance divine, l’extériorité à l’unité, et Phebdomade, à n’en pas douter, hérite dans l’œuvre de Philon de son association pythagoricienne avec le kairos, connue par les restes du traité perdu d’Aristote sur les Doctrines pythagoriciennes. Le katros hebdomade était déjà, dans le pythagorisme dont témoigne Aristote, ce qui présidait à l’achèvement (teleidsis) et à la génération heureuse, ainsi qu’à la justice cosmique. Cette ressaisie philonienne d'un kairos pythagoricien utilise avec brio le sens quasi éternitaire qu'il pouvait avoir, constituant comme il le faisait une dispensation divine. Dans le discours philonien, c'est au sein de Pagir divin que la pertinence du moment, si l’on peut dire, doit se discerner. Même dans l’éternité, l’idée de moment révélateur a sa place, celui où la pronoia revoit in uno intuitu ce qu'elle a mené à bien (apotelein). On comprend que l’hebdomade, attachée qu'elle est à l’agir de Dieu plus qu’à son être, soit (électivement) associée au Logos. « Premier-né » de Dieu, il en représente justement l’activiré, ou du moins le médiateur nécessaire à cette activité, le « Père » étant par là-même libre pour la contemplation 1%. Le septième jour, son activité se retrouve comme reprise, réassumée dans l’origine, elle y fait retour, montrant ainsi son identité avec la monade. Ainsi peut-on parler à juste titre et au sens fort d’un prolongement de la monade dans l’hebdomade. Cependant, l’idée même d’une hebdomade (17) Spec., IL, 56, trad. Suzanne Daniel. (18) Her., 216.

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la question du de 1 engendrée sine matre!? ne laisse pas de souleverQu'el le y soit présente es dyade, dans l’économie nico ae ipe, à côté de la non>.ae ; PT ndique-t-elle existence dun second princ doctrine des principes is il faudrait savoir à quel titre. plutór face à elle? C'était le cas dans la le locus théophrastéen. cienne Académie, on l’a vu, et c'était sensible dans De Iside een ee ce On sait que le Plutarque « pythagorisant » dufondé à hésiter devant me dualisme, avec sa dyade isiaque. Mais on est Philon. En nr ans sa tation de cette variante du « pythagorisme » arait « indepen ante n doctrine, la presence d’une dyade qu'on pour tancdire e Théop segavec è subs coexistant de plein droit, comme disait ensemb lance; ce serait en effet un monade, manque quere pe de vrai | n par Philon era lation instaurée ane, si Pon a égardsi àPonla corté fi je me com ges tient compte de passa imi uveraineté du dieu unique. dyade et la matière2, et opificio mundi, 7-9, où l'auteur évoque « une cause PR onan parle a m immobile par soi »21, ou le Ques rerum...; 160, oùn àil croir e qui pene | encli mise en ceuvre (ouvrée) par Dieu, on est l’Anc émie. Faut-i Acad ienne plutôt vers le pythagorisme « dualiste » dedans le corpus de quoi autoriser s’en tenir à cette apparence ? N'y a-t-il pas qui en une autre interprétation du rôle de la dyade-matière, cosi ¡R de, comme dans - nonyme ferait, cette fois, une dérivation de la mona Allegoriae affirme-t- que « d'Alexandre (D.L.) ? Ainsi le traité Legumquel chose avec nn ni, le avant la naissance du monde il n’y avait chosque de lui » ” i quant monde une fois né, il ne se trouve quelquefond esurà côté cet ouvrage, | er au De providentia2, si l’on consent à faire e à l’état a que la matière ne s'est jamais trouvée dans le mond n'a Pon pas la un ms Cela semble au moins ébranler — même si qui avec le dieu isteralt concordant — la notion d'une dyade-matière lecoex monade. Ce pythagorisme-là, qui est en fait pyrhagorisme Lu ondement comme Patresterait Philolaos, 44 B 6 D.-K., ct qui, prot (19) Spec., II, 56. (20) CÉ. Somn., 11,70; Spec., III, 180. (21) Opif, 9, trad, Arnaldez. (22) II, 2, trad. Mondésert. (23) Trad. Mireille Hadas-Lebel. 477 modifié, fait le fond du pythagorisme de l’Ancienne Académie, ne pouvait être un héritage non problématique pour Philon. Aussi n'est-il pas illégitime de se tourner vers un pythagorisme moniste, ou du moins monarchique, s’il sen trouve, afin de prêter à Philon la cohérence qu'il revendique. Philon ayant eu principalement le souci de lire le Tide en filigrane de la Genèse, il est tentant de se demander en quoi l'hypothèse ici proposée à propos de son « pythagorisme » affecte son Timée Si « monarchie » il y a, cela ne suppose-t-il pas que la représentation cosmologique du Timée soit quelque peu réaménagée ? De fait, dans cette dernière, on note une coexistence du démiurge et de la nécessité avec laquelle il est aux prises er, sans nul doute, il arrive à Philon, on l’a vu, d’acquiescer à certe présentation des choses. Cependant, par-delà le dispositif démiurgique, les exigences de sa pensée théologique l’entraîneraient plutôt à faire dépendre de manière ultime de Dieu ce qui dans le Timée semblait posséder une certaine forme d’existence par soi. Selon la remarque de J. Dillon 24, cela semble mieux convenir à l’omnipotence que Philon attribue à Dicu. Partant, on peut observer qu’en fait Philon ne parle pas de l’action divine sur un mode rigoureusement univoque, et que son « platonisme » n’est pas ratifiable sans réserve ni limite. D. Runia25 a soutenu avec force arguments l’idée selon laquelle la dyade serait bien l’image d’une matière préexistante, dans le dessein d'extirper jusqu’au moindre vestige d'une création ex nibilo; si tel est sculement le point, on concédera que, en de nombreux lieux, Philon présente la création sous le jour d’un passage du chaos à l’ordre, monade et dyade affectant alors des rôles rappelant fortement le pythagorisme platonisé vétéro-académique. Mais Runia lui-même, conscient du péril théologique, donne à cette manière conçue comme préexistante le moins d’être qu'il se peut. Voyant la dynamis d’Aristote se profiler derrière la dyade de Speusippe, il entend surtout parer au néant. Cependant, l'exégèse de Runia ne s'accorde pas sans quelque difficulté avec le volontarisme théologique philonien, qu’a discerné J. Dillon, dans la mesure où les contraintes que ne manquerait pas d'imposer une dyade platonico-pythagoricienne ancienne époque conduiraient la puissance divine A composer avec elle, Il y a une sorte d’illusion démiurgique dont il (24) Middle Platonists, p. 128, (25) Philo ofAlexandria and The Timaeus ofPlato, Leiden, 1986.

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convient de mesurer les prestiges, et qui risque, si elle n’est pas maîtrisée, de fausser subtilement la conception que l’on doit se faire de la création ; miurgie, que Philon prête tout de même à Dieu, est assez peu concevabl e 478 la démiurgie est certes privilégiée par Philon pour la représentation de Popéracion divine, mais c'est une autre chose de savoir si elle épuise vraiment l’effectivité de cette opération ; d’ailleurs, à supposer que le platonisme soit l’alpha et l’oméga du discours philosophique que Philon a le dessein de mettre en œuvre pour l'intelligence du fait scripturaire, il faut se rappeler le statut après tout subordonné du démiurge de Platon. Surtout, alors même qu'il parle effectivement un langage démiurgique 25, Philon manifeste l’hyperbole divine, et l’on ne doit pas négliger en la matière le correctif que peut comporter l’éminence même. La création est-elle foncièrement une mise en ordre de l'existant ? On ne peut se déprendre absolument du soupçon que la démiurgie, aux yeux de Philon, ne constitue qu’un moment susceptible d’être dépassé, et que usage d’unc cosmologie « artificialiste » ne condamne pas son auteur à admettre sans autre examen \a préexistence de la matière. Mireille Hadas-Lebel a du reste fait observer que le passage du Providentia déjà cité (II, 50), où Philon dit que « pour la création du monde [ten tou kosmou genesin, Eusèbe, PE, VII, p. 403] Dieu a évalué la quantité de matière de manière exactement suffisante afin qu'il n’y eût ni manque ni excès »?7, laisse au moins supposer que la matière préexistante A l’univers procède de Dieu. La dyade-matière, si tel est le cas, n’est pas à même de constituer, comme dans le platonisme des agrapha dogmata, un principe irréductible. On conjoindra à cet argument dont le fondement cextuel est disputé un argument de vraisemblance : Philon, on le sait, accomplit, aprés d’autres (Antiochus d’Ascalon), une modification de taille dans l’économie de l'hypothèse des idées, qui deviennent les pensées de Dieu, au lieu d’être des objets subsistant par soi. Si le paradeigma du Timée est ainsi intériorisé à l'esprit divin, quel crédit accorder à la préexistence présumée de la dyade-matière ? N’en était-elle pas — même si ce n'est pas sous ce nom — le strict corrélatif dans le Timée? Si les idées sont dépendantes de l'esprit de Dieu, en ce sens qu’elles y sont immanentes, comment penser que la matière subsiste, A quelque moment que ce soit, séparément de lui ? (26) Ainsi, Prov., 11, 50. (27) Trad. Hadas-Lebel, p. 279. (28) Introduction au De providentia, p. 69. 479 On objectera, non sans quelque apparence de fondement, que la dési tel n’est pas le cas. Dieu aurait-il à œuvrer sur ce qui est sous sa dépendance ? Les deux choses ne sont pas pourtant strictement antinomiques, et une démiurgie limitée demeure possible dans l'hypothèse ici défendue. Après tout, le monisme de l'Anonyme d'Alexandre ne l’excluait pas davantage. Il serait plus intéressant de se demander si la démiurgie doit être l'œuvre du Père (ou « premier dieu ») pris en tant que tel, plutôt que de son Logos. La théologie philonienne ne subit-elle pas au moins la tentation de se dédoubler pour assumer à la fois P’eloignement de Dieu è l'égard du monde et l’œuvre de Dieu en tant qu opifex mundi29 ? . On objectera surtout que Philon éprouve la plus grande réticence à I idée d'une création intégrale, Dieu n'étant réputé responsable que du bien. On peut dire en d'autres termes qu'il n'est principe d'existence que sous la considération de l’ordre. Or cette discussion détermine le parti à prendre quant au statut de la dyade. Les discussions de Marguerite Harl 30 et de Mireille Hadas-Lebel3! ne concluent pas positivement, et pour cause, pourrait-on dire, à la présence de la thèse de la création de la matière chez Philon, aucun texte (pas même Somn., I, 76 : ou demiourgôs —, alla kai ktistès autos én) ne pouvant être utilisé réellement dans ce Pourtant, l'attribution à Philon de la conception pythagorico-académique de la monade et de la dyade ne va pas non plus sans difficulté, Car il est malaisé de ne pas retomber de ce fait dans la dyarchie que la théologie philonienne repousse. La position stoïcienne étant au demeurant impossible à reprendre dans sa lettre puisque, si elle est moniste, elle est aussi immanentiste, il resterait à imaginer une sorte de Timée stoicisé qui ferait coexister une cause active à quelque égard transcendante et une matière pouvant se montrer réfractaire. Nul ne disconviendra de ce que Philon, par son paradigme démiurgique, présuppose la matière dans l'opération de création du kosmos, mais ce n'est pas à dire qu'il la présuppose sans archè. Cette crux fameuse vient de la nécessité où se trouve (29) Cf. Spec., 1, 329. (30) Quis rerum..., Intr., p. 64. (31) De providentia, Intr., p. 68-69. (32) Voir la très solide contre-argumentation de David Runia.

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EEATOB*RT,erNA=Pcasdr=ep ALAIN PETIT Philon d’expliciter la manière dont la bonté de Dieu s'exerce à l'égard du monde, et de rendre raison de l’organisation de ce dernier en tant qu il est conduit à un état optimal. S'il n'introduisait pas la dyade, i.e. | inachevé, principe indépendant ; ce pourrait au titre de réceptacle que Dieu se serait tranio donné?3 et dont il ne dépendrait pas. L'objection de Pinanité d’une telle génération de la matière par Dieu ne paraît pas dirimante, car, ce faisant, il ne se limite pas soi-même, et l'imparfait, requis par la création, permet à ne saurait en fait imaginer chez Philon une matière-dyade coéternclle au Dieu unique ni une matière dérivant de Dieu comme la dyade procède de la monade dans certaines versions du pythagorisme hellénistique. On a, à vrai dire, le sentiment d'une dyade instrumentale, Philon ne prenant pas toute la mesure de l'omnipotence, soulignant plutôt l’action providentielle de Dieu (ou de son Logos) compte tenu de ce qui est requis pour la création. Il veut sauvegarder la distinction de l'intelligible et du sensible, aussi lui faut-il recourir à un réceptacle des noéta, sans conférer à ce réceptacle la moindre existence substantielle. Sa théologie ne saurait intégrer un | interdit pas de donner naissance a la dyade pour recevoir son ann DA comme on peut l’inférer de Somn., I, 76, il n'est pas soumis aux r gles pythagorisme quelconque, même fortement revu par l’Ancienne Académie, sans le modifier très sensiblement, pour y introduire la volonté. Cependant, l'ombre de la dyade coéternelle n'est pas vraiment dissipée, elle continue à jouer le rôle, même secret, de I’ apeiron du Philèbe, même si elle n'est pas l’autre radical. Peut-on dire qu’elle soit comme l’autre que Dieu se donne (au sens de l’altérité du « pythagorisme » évoqué par Sextus en M., X, 261) pour donner naissance au sensible, et le rendre par là corruptible ? Ce serait chéologiquement plus convaincant que si l’on disait que la dyade est un autre que Dieu trouve pour lui résister. Mais il se du fait que la dyade soit pena mais oe devez rendre compte par Dieu. Est-ce en ene que nes de la démiurgic. source d’imperfection, tout en étant voulue elle qu’elle serait voulue ? La chose est fort peu probable. Ne ni pas alors conjecturer que pour Philon l’imperfection ou l’inachèvement de la dyade serait, en usant d’un concept du Portique, une conséquence er kolouthèsis) du choix divin, qui use de la matière pour créer le monde? ? Après tout, cela est plus facile à concevoir pour un dieu transcendant que pour un dieu immanent à la stoïcienne, qui se limite en quelque sorte luipourrait que Philon ne veuille pas donner cette satisfaction à la pensée. À dire vrai, son travail d’exégète philosophe déjoue bon nombre d'anticipaur calcul divin peut inclure l’imperfection de la dyade, on pourrait | tions philosophiques. S'il est, comme le veulent les Pères, un « pythagoricien », c'est un curieux pythagoricien : n’admettant pas que l’on trouve le bien au terme d’une genèse, comme l’ancien pythagorisme, ni le bonum diffusivum sui qui sera un principe du néo-platonisme, il fait du bien le même dire qu’en un sens il doit Pinclure, On est donc enclin à favoriser . | ES) S. VE, I 1170 : Aulu-Gelle. Noctes atticae, VII, 1, 7, Chrysippe, Peri pronoias, IV. providentia. une conception préalable, comme ce serait le cas si le dicu de Philon créait À vrai dire, qu'il soit réputé « moniste » ou « dualiste », le pythagorisme vention de la dyade, si ce monde doit pouvoir étre pensé comme le ne, leur autant qu’il est possible. Pour Philon, il n’y a cependant qu une are è et cette archè est un Nous. Son autosuffisance proclamée par Philon ne lui 4) Cf. le De >= la création, car de la monade à la dyade « pythagoricienne », c'est A unc dérivation, comme le dit Burkert, que l’on a affaire, et non à un desscin, à a du mal à s'adapter à tous les articles de la théologie philonienne : car on ae nl soit, l’idée de monde créé ou créable appelle di (33) M. CARLp. 69. culté que ce « monisme » rencontre pour s’accorder rigoureusement avec la matière nécessaire à la création du monde. Dieu d’éprouver sa puissance. À tout le moins, ce qu il peut y avoir dans la matière d'existence résiduelle s’accorde-t-il mal avec un passage comme Leg., II, 2, où il nous est dit : oute pro geneseos en tt sun tó theò (« car ni avant la naissance du monde il n’y avait quelque chose avec Dieu », trad. & au même rang la monade et la dyade. Mais on ne dissimulera pas la diffi- = dire, la dyade est donc requise ; mais, certes, ce ne saurait être en tant que 481 l'hypothèse de l’usage philonien d'un pythagorisme moniste, à la manière de l'Anonyme d'Alexandre, plutôt que d'un « pythagorisme » qui mettrait cia son opération deviendrait inintelligible. Fonctionnellement, si l’on peut ert). PHILON ET LE PYTHAGORISME but d’une volonté éternelle qui n’est pas sans rencontrer un obstacle ou une résistance qui seule permet de penser la création sub ratione optima... Ce qu'il légue ainsi à la pensée théologique et à la métaphysique rationnelle, c’est le primat de la bonté sur la puissance. Mais alors, le pythagorisme n'est plus qu’un lointain souvenir.