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View in PDF(opens in a new window)7 notes dans une gamme… toujours ? Pourquoi ?
Nicolas Minet
Mais bien sûr ! Le système de Pythagore reliait l’arithmétique à la musique, et, au-delà, à toutes les parties de
l’Univers, dans un vaste système philosophique. Cette vision du monde héritée des Grecs a dominé la culture scientifique de toute l’Europe médiévale : le Quadrivium (arithmétique, géométrie, musique et astronomie) constituait la
base des sciences.
Nicolas Minet dévoile pour PLOT les fondements de cette si ancienne liaison. Ce texte est le compte rendu d’un atelier qu’il a animé aux Journées Nationales de l’APMEP à Clermont-Ferrand en 2006.
On trouvera à plusieurs reprises dans le texte un renvoi noté [ @ ], qui propose au lecteur de
consulter la « Feuille à problèmes » de l’IREM de Lyon à l'adresse suivante :
http://irem-fpb.univ-lyon1.fr/feuillesprobleme/feuille7/7notes/7notes.html
On y retrouve les grandes lignes de ce texte, quelques compléments, photos, et surtout des
fichiers audios qui illustrent les propos en musique, plus parlants (chantants ?) qu'un texte.
Nicolas Minet
enseigne les mathématiques au lycée
Marcelin Berthelot à
Châtellerault (86).
Do, ré, mi, fa, sol, la, si...
Si l’on dit aujourd’hui de ces 7 notes
qu’elles forment, dans cet ordre, la
« gamme diatonique de do majeur », cette
succession de noms de notes dissimule un
implicite, à savoir les « différences
sonores » entre deux notes consécutives.
Mais comment ces différences, qu’on
appelle intervalles en musique, sont-elles
déterminées ? Nous allons examiner
deux choix de tels intervalles faits dans
notre civilisation occidentale, l’un attribué à Pythagore, datant en tout cas de
l’Antiquité grecque, l’autre présidant à la
construction, du moins théoriquement, de
la majorité des instruments actuels. Les
mathématiques nécessaires sont à peu de
choses près du niveau du collège, où la
présence de professeurs de musique permet d’envisager ce sujet comme relevant
de l’interdisciplinarité.
Prélude …
L’Histoire de la musique a été le théâtre
de divers compromis, que ce soit par
exemple au niveau de la forme des instruments (ce qui ne sera pas notre sujet) ou
20
du choix des notes. Pour faire de la
musique, il faut en particulier déterminer
« différentes hauteurs de sons », donc
déterminer un système de notes avec lesquelles la musique sera exécutée.
Intéressons-nous à deux attitudes qui s’offrent au facteur d’instruments :
- il peut tâtonner, fabriquer différents
modèles, les tester, et les modifier
jusqu’à obtenir satisfaction…
- …ou opter pour une méthode un peu
moins empirique, qui consisterait à se
fixer des principes a priori, avant la
conception de l’objet désiré, ce qui
n’exclut cependant ni les essais insatisfaisants ni, par conséquent, la nécessité de modifier les principes et de
construire successivement plusieurs
instruments !
Nous nous contenterons ici d’expliquer
comment a été conçue l’échelle de sons
appelée « gamme de Pythagore », de
signaler en quoi elle peut paraître insuffisante, et nous terminerons par un aperçu
de la « gamme également tempérée » qui
domine depuis plusieurs siècles notre
musique occidentale.
Page 2
View in PDF(opens in a new window)Brefissimo point historique…
Pythagore.
Il serait erroné de croire que seul le mysticisme du nombre 7 explique le choix de
7 notes pour l’exécution musicale. La tradition accorde à la « gamme de Pythagore » une place récurrente dans des
textes de la Grèce Antique, relayés au
Moyen Âge par des personnages tel
Boèce (VIème siècle) ; cette gamme, ancêtre de nos gammes « diatoniques » aurait
été élaborée à l’École Pythagoricienne
dans le cadre d’un culte voué aux nombres entiers et à la faculté qu’on leur prêtait de permettre la compréhension de
l’Univers. C’est à sa rencontre que nous
irons dans quelques lignes.
Toujours dans la Grèce Antique, des systèmes englobant la gamme de Pythagore
ont été proposés par des théoriciens tel
Aristoxène (IIème siècle avant J.C.), avec
Des nuances entre les gammes sont apparues (genres, modes,...), qui ont été
conservées peu ou prou jusqu’au XVIème
siècle, quand des exigences liées à la
transposition d’une mélodie sont devenues prioritaires. Pour autant, des
gammes heptatoniques ont subsisté,
même si d’autres nombres que 7 ont été
utilisés : ainsi, les pianistes nous étonnent
sur un clavier organisé selon un schéma
répétitif de 7 notes sur les touches
blanches, touches blanches elles-mêmes
interrompues par 5 touches noires selon
une périodicité visible à l’œil nu. On parle
alors de gamme chromatique lorsqu’on
évoque cette gamme à 12 notes.
Do, ré, mi, fa, sol, la, si, do… y a-t-il
plusieurs « do » ?
une « division du canon » ; ce canon tout
Qu’on chante ou qu’on joue d’un instruà fait pacifique est un instrument rudiment, on dispose d’un nombre variable de
mentaire également appelé «
mononotes : si les pianistes n’ont pas d’autre
corde » : le son est produit par une simple
issue que d’utiliser les 80 à 90 touches de
corde tendue au dessus d’une caisse de
leur clavier, c’est une infinité de notes
résonance en bois. On peut comparer ce
qu’offrent la voix, un trombone, un vioson « de base » avec un second son, joué
lon... car si l’étendue des sons potentiels
ensuite en pinçant une corde plus courte,
est limitée par la note « la plus grave »
grâce à un chevalet, objet mobile figuré
qu’on puisse produire et « la plus aiguë »,
par un triangle :
aucune autre contrainte ne subsiste entre
Longueur de corde pincée
ces deux bornes. On parle parfois de « 8
notes » en disant : do, ré, mi, fa, sol, la,
si, do. Peut-on considérer que les deux
« do » sont deux notes différentes alors
Des choix (cf [1]) de systèmes à 4 notes,
qu’elles portent le même nom ? Bien sûr,
appelés tétracordes, ont été faits, et l’asle 2ème do est plus aigu que le 1er, et voici
semblage de deux tétracordes ayant une
comment percevoir le lien entre deux « do
note commune a fourni des gammes à... 7
» consécutifs : par exemple, on obtient le
notes ! Malgré les raisons différentes des
premier en pinçant une corde d’une lonchoix, on retrouve en particulier dans ces
gueur donnée, et l’autre en pinçant la
systèmes les intervalles de la gamme de
même corde, mais deux fois plus courte.
Page 3
View in PDF(opens in a new window)On dit que le 2ème do est à l’octave supérieure du 1er, et que l’intervalle entre les
deux notes est une octave.
En faisant l’expérience, indispensable à
quiconque ne se trouvant pas convaincue
par le texte – à défaut d’expérience, voir
[@] – on a, si son oreille a été un minimum exercée, une impression particulière
de « ressemblance » en entendant ces
deux notes… On s’autorise alors à leur
donner le même nom !
L’intervalle d’octave est probablement le
seul intervalle qu’on rencontre dans
toutes les civilisations. Le choix de notes
intermédiaires relève entre autres de la
tradition, de la culture, de la science.
Qu’entendrons-nous par « gamme » ?
Prenons une corde dont nous notons 1 la
longueur (l’unité). Nous produisons une
note à l’octave (supérieure) de ce son si la
corde est de longueur moitié. Petite parenthèse : fabriquer un monocorde nécessite
une caisse de résonance en bois, des trépieds pour ne pas la poser à même le sol,
vis et mécanique de guitare (à acquérir ou
à se faire offrir gracieusement dans un
magasin de musique…) pour tendre la
corde. On peut voir ci-dessous un objet
qui serait en l’occurrence un bicorde
(photo complète dans [@]) avec deux
cordes aux caractéristiques identiques :
même diamètre, même longueur et même
tension, produisant ainsi le même son.
L’intérêt d’avoir deux cordes identiques
est de pouvoir faire une comparaison
entre le son de référence, produit par la
corde de longueur 1, et un autre son,
obtenu en réduisant la longueur de la
corde vibrante (sans la couper !) en utilisant un chevalet mobile (à droite sur les
photos).
Nous dirons qu’une gamme se définit par
une échelle de sons entre deux notes à
l’octave l’une de l’autre, ce qui revient
donc, en pensant « longueur de cordes »,
à choisir un ensemble de nombres compris entre 1/2 et 1…
1
2
L’infini des possibilités peut laisser perplexe. Il faut donc se donner des critères
de choix. L’idéal serait de posséder un tel
instrument – et il y en a dans les laboratoires de physique de nombreux lycées,
peut-être de certains collèges – de prendre
le temps de déplacer le chevalet et de relever les positions donnant une note
« agréable » lorsqu’il est joué à la suite
de la note « fondamentale », cet « agrément » devenant un critère subjectif pour
choisir des notes intermédiaires, sans
fixer a priori de limite au nombre de
notes.
7 notes : un idéal certain ?
7 est un nombre de notes retenu par
l’Histoire... En pensant à une « régularité » des intervalles entre deux notes,
on peut avoir au moins deux idées : une
division arithmétique entre les cordes de
Page 4
View in PDF(opens in a new window)Deux notes, ce n’est pas assez pour faire
Pour tout nombre k (ici
de la musique... Voici le principe pour
rationnel) compris entre
poursuivre : puisque la corde de longueur
0 et 1, il existe une seule
2/3 « sonne bien » avec la corde de
puissance de 2 telle que
longueur 1 et 1/2 (la raison de la suite est
1/14) ou une division géométrique : entre
les deux longueurs de cordes, un rapport
1
constant : 7
([@] pour une écoute).
2
départ, une corde de longueur « les 2/3
On peut voir dans cette recherche de divides 2/3 » donnera la même impression
sion en « parties égales » d’un intervalle
avec la corde de longueur 2/3... On
musical l’une des origines possibles de la
obtient ainsi une corde de longueur 4/9.
rencontre des « savants » grecs avec le
Mais comme 4/9 n’est pas compris entre
problème de l’irrationalité (cf [1]). On
1/2 et 1, on prend le même son… à l’ocresse pour la gamme de
sera conscient ici d’avoir une méthode de
tave inférieure en multipliant par 2 la lon-
Pythagore.
détermination des intervalles a priori, en
gueur. On obtient donc une corde de lonse fixant un nombre de notes et en calcugueur 8/9 :
lant les longueurs avant de concevoir
1
2
l’instrument ; une fois celui-ci terminé, il
2
3
2n x k soit entre 1/2 et 1
(en effet, soit c’est k luimême, soit 0 < k < 1/2 et
donc 0 < 2k < 1, et on
recommence). C’est ce
2n x k là qui nous inté-
8
9
1
faudra ensuite juger « à l’oreille » de la
validité du choix ainsi fait.
Et on n’a qu’à itérer le processus… Voici
À la rencontre de la gamme de
Pythagore
Nous allons maintenant examiner le choix
attribué à Pythagore, donnant au passage
une explication de la prééminence du
nombre 7 dans les gammes ; après la moitié (pour l’intervalle d’octave), quoi de
plus simple que le tiers de la corde ? Mais
1/3 ∉ [1/2 ; 1], ce qui impose — c’est un
les douze premières fractions obtenues
selon ce principe :
2
8
16
64
123
→ →
→
→
→
3
9
27
81
243
4 096 16 384
512
2 048
→
→
→
→
6 561 19 683
729
2 187
524 288
32 768 131 072
→
→
531 441
59 049 177 047
1→
des nœuds de l’affaire — de prendre plutôt la note à l’octave inférieure, qui nous
donne, on l’a dit, une impression similaire, d’où le choix du nombre 2/3. Pour
les Pythagoriciens, considérer que des
fractions formées avec les premiers nombres entiers 1/3 et 2/3 donnent des sons
consonants avec le son émis par la corde
de référence était un acte de foi, car ce
sont des lois numériques — autour des
nombres rationnels — qui étaient censées
permettre de comprendre l’Univers.
1
2
2
3
Page 5
View in PDF(opens in a new window)7 notes : un certain idéal…
de choisir une fraction plus grande ; la
fraction la plus simple qui respecte ce
Le fait que 7 astres — hormis les
contrat est 3/4 ; notons d’ailleurs que les
étoiles — étaient connus à l’époque aurait
2/3 de 3/4 redonnent 1/2. Cette correction
été
des
faite — et elle a pu l’être — nous avons
Pythagoriciens de s’en tenir à 7 notes, et
(peut-être…) l’impression d’entendre une
en annonçant que ces astres émettent des
gamme « convenable »… Remarquons
sons en se déplaçant, naissait une théorie,
en tout cas que c’est la fraction la plus
« l’Harmonie des Sphères », futur carre-
« compliquée » qui est en cause, et penfour de la religion, de l’astronomie, de la
sons à l’artisan qui aurait en charge la
musique et des mathématiques en
division en 729 d’une corde afin d’en
Occident, et ce au moins jusqu’à la
prendre 512 parties ; voilà un autre argu-
Renaissance.
ment pour lui substituer un autre nombre.
fortement
lié
au
choix
Nous laisserons de côté cette approche
(cf [2]), et constaterons plutôt que la 7ème
Question légitime : peut-on, au bout d’un
fraction obtenue est plus proche de 1 que
nombre fini d’itérations, obtenir une note
toutes les précédentes ! On peut considédéjà rencontrée ? Cela reviendrait à dire
rer — en étant conscient que ce n’est pas
que deux notes seraient obtenues l’une
tout à fait vrai — qu’on a quasiment bouaprès n multiplications par 2/3 et n’ corclé la boucle ! Et la prochaine « bonne
rections (tel le 4/9 devenu 8/9) et l’autre
approximation » intervient à la 12ème
avec p multiplications par 2/3 et p’ cornote ! La précédente intervenait à la 5ème
rections, amenant à :
note, car 128/243 est « suffisamment
(2/3)n x 2n’ = (2/3)p x 2p’.
proche » de 1/2.
Cela revient à l’égalité entre une puis-
On peut voir ici une raison de la place prisance de 2 et une puissance de 3, d’où
vilégiée des nombres 5, 7 et 12 dans les
l’impossibilité théorique du problème ;
gammes (penser aux touches noires &
mais la perception de l’oreille a ses
blanches du piano par exemple).
limites, ce qui permet, comme on l’a vu,
Réordonnons les sept premières fractions
2048
obtenues en remplaçant
par 1 ;
2187
nous obtenons :
de considérer par « approximations »
clée ». La jolie formulation : « le cycle
des quintes ne se referme pas » provient,
1 128 16 2 512 64 8
<
<
< <
<
< <1
2 243 27 3 729 81 9
elle, du fait que la 5ème note de la gamme,
À l’écoute des notes correspondantes,
nue par la fraction 2/3, qui permet la
jouées de la plus grave à la plus aiguë, la
construction de toute la gamme.
Et voici donc les rapports de la gamme de
Pythagore (avec la notation « américaine » : C = do, D = ré, …)
4ème note peut heurter… en tout cas, peutêtre par rapport à nos habitudes occidentales – écouter dans [@] — qui amènent à
24
que, parfois, « la boucle est presque boula « quinte » (le sol : « G ») est obteconsidérer qu’il faut qu’elle soit rempla-
C B
A
G
F
E
D
C
cée par une note plus grave, ce qui impose
1 128
2 243
16
27
2
3
3
4
64
81
8
Page 6
View in PDF(opens in a new window)une intensité et une fréquence propre,
dépendant des propriétés du corps mis en
vibration. Dans cette multitude, on peut
mettre en évidence expérimentalement
des sons appelés harmoniques du son
de fréquence N, qui ont théoriquement pour fréquence les multiples de
1
N. L'inverse proportionnalité entre
longueur de corde et fréquence étant
approximativement acceptable, avec
des hypothèses sur la nature d'une corde
(longue, fine,..) on donne dans le tableau
ci-dessous des fréquences et non des longueurs ; on reconnaîtra dans la première
colonne les inverses de fractions dont certaines nous ont accompagnés depuis
l'évocation de la gamme de Pythagore.
Voici donc un instrument possible –
esthétique mise à part — à huit cordes,
chacune de longueur l’une des fractions
ci-dessus.
C
B
A
G
F
E
D
C
1/2
Des notes « justes »… Une raison
physique…
Cette gamme de Pythagore a des avantages : elle utilise un principe naturel,
celui de la voix humaine, dit des «
quintes justes ». On l’a dit, la fraction
2/3 , base de la construction de la gamme,
est la cinquième note de la liste, une fois
réordonnées les notes dans l’ordre croissant des fréquences. Quant au mot « juste
», en voici deux interprétations : premièrement, il a été constaté que, lorsqu’un
son est émis, des personnes à qui on
demandait de le chanter émettaient spontanément, non pas ce son, mais… sa
quinte ! Mais que le rapport de quinte ait
été dans de nombreuses cultures considéré comme consonant a aussi une explication « scientifique » : alors qu’on pourrait penser produire avec un instrument un
son à la fois, disons de fréquence N, par
exemple en appuyant sur une touche d’un
piano, c'est en fait une multitude de sons
superposés qui sont émis et que notre
oreille perçoit globalement, chacun ayant
Harmoniques d’une note
(disons : do)
Ce tableau (dont on peut imaginer le prolongement vers la droite) permet par
exemple de constater que la note de fréquence kN avec k rationnel, ayant le maximum d’harmoniques en commun avec
une note, est celle de fréquence 3N/2 — la
quinte de cette note (rappelons que si k est
une puissance de 2, alors la note de fréquence kN porte le même nom que celle
de fréquence N, cas que nous exclurons
donc). Du coup, lorsqu’une note et sa
quinte sont jouées ensemble, quoi de plus
naturel qu’elles semblent consonantes,
étant donné que les sons qu’elles génèrent
sont, théoriquement, pour moitié, les
mêmes !
4N
5N
6N
7N
8N
9N
10 N
Harmoniques de la tierce majeure
Zarlino (XVIème s.) (mi)
5/4 N 5/2 N 15/4 N 5 N
…
…
…
10 N
…
…
Harmoniques de la quarte de
Pythagore (fa)
4/3 N 8/3 N
4N
…
…
8N
…
…
12 N
…
Harmoniques de la quinte de
Pythagore (sol)
3/2 N
…
6N
…
9N
…
12 N
…
15 N
APMEP - PLOT n° 21
N
2N
Page 7
View in PDF(opens in a new window)La gamme de Pythagore : vraies
notes, fausse route ?
La gamme de Pythagore est restée une
référence tout au long du Moyen-Âge et
jusqu’au XVIème siècle, de même que le
monocorde est resté l’instrument de base
du théoricien de la musique, le « musicus » qui était finalement seul véritable
musicien, par opposition au « cantor »,
simple exécutant. Deux inconvénients
sont apparus à cette gamme : il y eut le
développement — notamment pour la
liturgie — de la polyphonie, c’est-à-dire
le fait de jouer plusieurs notes simultanément et non plus l’une après l’autre,
comme lors
du choix des
notes sur le
monocorde.
On a considéré que les
notes de la
gamme de
Pythagore ne
répondaient
pas à cette
première exigence, et on
a pris d’autres fractions, plus simples pour former
des accords « parfaits » (cf [2]).
Par ailleurs, lors de l’avènement des instruments à clavier, s’est posé le problème
de la transposition ; on peut le rencontrer
dans la situation courante que voici : que
fait une personne qui commence à chanter
et réalise finalement qu’elle est partie « de
trop haut » et qu’elle doit s’interrompre
car la suite de la mélodie est trop aiguë ?
Il lui faut reprendre le chant en partant
d’une note plus grave, décalant d’autant
les autres notes vers le grave — de
manière instinctive ? — et elle reconsti-
26
tue un air donnant l’impression d’entendre la même mélodie.
Mais peut-on, sur un instrument fabriqué
avec une échelle de notes fixées (comme
par exemple celui à 8 cordes de la page
précédente), changer la note de départ et
décaler toutes les notes en donnant l’impression de conserver la mélodie ? Ou
bien cela impose-t-il des règles pour
l’échelle en question ?
Les réponses sont « non » à la 1ère question et « oui » à la 2nde.
Autrement dit, si on joue les trois premières cordes, puis les trois dernières, sur
un instrument accordé selon la gamme de
Pythagore, on n’a pas nécessairement
l’impression de jouer le « même air »,
transposé.
Précisons : on peut à partir d’une mélodie, imaginer la rejouer transposée
(« décalée ») :
- par exemple en gardant le même rapport de longueurs de cordes, d’une note
à l’autre, que dans la mélodie de
départ : la mélodie étant jouée sur des
cordes de longueur a, b, c , sa transposée est : d, db/a, dc/a,
- ou encore en gardant la même différence de longueurs de cordes, d’une
note à l’autre, que dans la mélodie de
départ : si la mélodie est a, b, c alors la
transposée est : d, d + (b – a),
d + (c – a).
Si l’on accepte ainsi que ce qui compte
pour reconnaître une mélodie transposée,
c’est d’avoir une échelle géométrique (car
la seconde version, transposition « arithmétique », heurte l’oreille en général ;
écouter [@] pour se faire une opinion), on
constate que la gamme de Pythagore ne
convient pas car les fractions ne sont pas
les termes d’une suite géométrique…
Page 8
View in PDF(opens in a new window)La gamme également tempérée
Les cases des guitares…
On appelle gamme également tempérée
On lit souvent dans un manuel de 1ère S
une gamme dont les n notes ont pour fréque la suite longueurs des cases des guiquence les termes d’une suite géométares est géométrique…
trique : l’intervalle entre deux notes
En voici l’explicaconsécutives est solution de l’équation xn
tion sur une guitare
= 1/2. Le nombre a = 12 1 est l’intervalle
2
appelé demi-ton pour la gamme égaleclassique : cet insment tempérée qui préside à la conception
de telle sorte que la
« théorique » de la plupart des instrulongueur de chaque
ments à notes fixes actuels (piano, guicorde
tare, instruments à vent munis de clés...).
posant son doigt sur
Mais pourquoi 12 et plus 7, alors ?
la douzième case (située à la « jonction »
On peut se rappeler qu’on a proposé dans
un paragraphe précédent une échelle à 7
notes dont les fréquences forment une
trument est conçu
pincée
en
entre le corps de la guitare et le manche)
est égale à la moitié de la corde complète ;
suite géométrique ; si le résultat n’a pas
on obtient ainsi l’octave de la corde jouée
été considéré comme satisfaisant (voir [@]
« à vide » ; de plus, la division en 12 cases
pour se faire une opinion), c’est peut-être
parce que trop peu de notes se rapprochent des quintes « justes » dont on a raprespecte le principe de la transposition, ce
qui fait que les douze longueurs de
pelé l’importance avec la théorie des harcordes, obtenues en posant le doigt sur la
moniques ! En fait, ce défaut est assez
1ère case, puis la 2ème… et qui sont figubien atténué en passant à 12 notes ; en
rées par les flèches sur le schéma ci-deseffet, le nombre a7 est une valeur approproche de 1 que toutes les précédentes !
sus, forment une suite géométrique de raison 12 1 . Il reste à vérifier que cette rai2
son est aussi celle la suite des longueurs
Ainsi, 12 est un nombre « médiateur »,
de cases…
chée de 2/3 à 0,001 près. Constatons de
plus que la 12ème fraction obtenue est plus
offrant à la fois un nombre de notes relativement important, la possibilité de
transposer, et une approximation satisfaisante des quintes naturelles.
C’est l’avènement des instruments à clavier qui, au début du XVIIème siècle a
imposé ce choix de 12 notes en Europe ;
On peut se demander si la différence entre
sa paternité est attribuée à différents
le système pythagoricien et le système
noms : Werckmeister, Stévin…
tempéré est perceptible. La réponse est
En conclusion, une gamme est une affaire
oui, pour certains intervalles… et pour
de compromis, le nombre de notes n’étant
une oreille (un peu) exercée.
qu’un paramètre parmi d’autres.
APMEP - PLOT n° 21
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