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View in PDF(opens in a new window)L'ANTIQUITÉ
CLASSIQUE
BAAS Tey
Le Res EN
Lace
Revue semestrielle, publiée avec le concours du Gouvernement, de la Fondation
Universitaire et des Universités de Bruxelles. de Gand. de Liège et de Louvain.
Zesmaandelijks tijdschrift, uitgegeven
met
de
steun
van
de
Regering,
van
de
Universitaire Stichting en van de Universiteiten van Brussel, Gent, Leuven en Luik.
LABARBE J,, Un décalage de 40 ans dans la chronologie de Polycrate : AC
XXXI 1962 153-188. | Divers témoignages concernant Anacréon, Anaximandre et surtout Pythagore font apparaître que l’acmé du tyran Polycrate
de Samos était parfois située fautivement à l'OI. 52 (572/1-569 /8), au lieu
de l'être à 1’Ol. 62 (532/1-529/8). Ce décalage de 40 ans, observable depuis
le zer siècle av. J.C., est probablement dû, en dernière analyse, à la corruption
d'une table chronologique.
BRUXELLES — BRUSSEL
Page 2
View in PDF(opens in a new window)L’Antiquité Classique
Author(s): Jules Labarbe
Source: L’Antiquité Classique, T. 31, Fasc. 1/2 (1962), pp. 153-188
Published by: L’Antiquité Classique
Stable URL: http://www.jstor.org/stable/41646818 .
Accessed: 18/09/2013 10:27
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Page 3
View in PDF(opens in a new window)UN DECALAGE
DE 40 ANS
était
que
Polycrate
avait régné a la 62° olympiade (532/1-529/8).
L'opinion
ordinaire,
dans
l’antiquité,
On
peut s’en
persuader en confrontant deux types de textes: ceux qui placent Pythagore a cette date et ceux qui font de lui un contemporain du tyran !.
Les deux indications, d’ailleurs,
apparaissent combinées chez Clément d'Alexandrie ?:
IIv0ayópas dé xata Ilo}vxodtn tov TÜoavvov TEQL TNV
EEnnootny devtéoav GAvunidda edoloxetau.
La tradition en faveur de la 62° olympiade est conforme à ce
que nous savons des activités de Polycrate, des guerres qu’il
a menées, de ses rapports avec de fameux dynastes comme Amasis et Cambyse.
Elle s’inscrit sans difficulté dans la chronologie obtenue par d’autres moyens et elle a de bonnes chances
d’être à peu près correcte.
fondait-elle?
Dans la
Sur quel événement particulier se
Chronique d’Eusebe (versions latine
et
arménienne), tandis que Pythagore figure à l’ol. 62, Polycrate
cest cité à Pol. 61, mais point seul.
Pour reprendre les termes
de s. Jérôme
:
Aput Samum tyrannidem exercent tres fratres Polycrates Sylus
(sic) et Pantagnostus.
1 Pythagore à la 62° olympiade : Cıc., Derep., II, 15, 28; TATIEN, Or. ad Graecos,
41 (p. 160 Otto); CLÉM. D'ALEX., Strom., I, 129, 3 (p. 80, 11-12 Stählin); CyRILLE,
C. Jul., I, 13 (p. 521 B Migne).
DIODORE DE SiciLkE (X, 3, 1)
situe l’acmé
de Pythagore (éyyweileto) à l’ol.61, mais avec cette précision : x’ doyovtos ’Abi
vnoı
OngixAéovs
[= ol. 61, 4 (533/2): Denys D’Hatic., Ant. rom., IV, 41, 1].
Or la méthode suivie par Diodore denne à penser que, chez lui, ol. 61, 4 équivaut
pratiquement à ol. 62, 1: voir F. Jacosy, Apollodors Chronik, Berlin,
1902 (Philol.
Unters., 16), p. 220. — Pythagore à l’époque de Polycrate : Arıstox., fr. 16 Wehrli ;
AËTIOS, Plac., I, 3, 9 (Doxogr. gr., p. 283 a.14-15 Diels) ; Hippot., Ref. haer., I, 2,
1; TzETzZEs, Chil., XI, 70; 77 ..., etc.
2 CLÉM. D’ALEX,, o.l., I, 65, 2 (p. 41, 15-16 St.).
Page 4
View in PDF(opens in a new window)Il est bien connu que le tyran partagea d’abord le gouvernement de Samos avec ses deux frères 3,
Le mode de présentation et de datation attesté dans la Chronique suggère que, si
sa carrière, ailleurs, était communément rattachée à l’ol. 62,
c'est parce que celle-ci passait pour avoir vu le couronnement
de ses ambitions, le début du pouvoir personnel qu’il s’assura
en tuant Pantagnotos et en exilant Syloson ‘.
Un personnage différent de Pythagore était lié à Polycrate
:
un poéte qui avait vécu a sa cour et de qui les ceuvres reflésí
talent ces étroites relations.
Il s’agit d'Anacréon‘.
Lequel,
dans une partie de la notice que lui consacre la Souda, est daté
tout à la fois de façon relative et de façon absolue (comme Pythagore l’est chez Clément) °:
véyove xatà [lolvxodrnr tov Zduov tioavvov élvuridôt
Dans l’usage de la Souda, le parfait yéyove possède deux valeurs
bien distinctes, qu’Erwin Rohde a jadis reconnues 7.
Le plus
souvent, il s’entend de l’accession à la maturité (ou à la célé-
8 Hpr., III, 39.
Cf. PoLYen, I, 23, 2.
* Hpr., LI. — R.
Heım (Die
Chronik
des Hieronymos ?, Berlin,
1956, p.
104 b)
assigne la notice sur Polycrate et ses frères à l’année 533 avant J.-C., celle qui concerne Pythagore à l’année 530.
Il se conforme ainsi, non seulement à M (s. vin),
mais aussi au plus ancien et au meilleur des manuscrits, O (s. v).
Dans le reste des
exemplaires utilisés, la notice sur les tres fratres précède toujours de 4 années au
moins la notice Pythagoras physicus philosophus clarus habetur.
Si l’on suit le calendrier
julien, la première n’est accolée à aucune année plus récente que celle où l’ol. 61
a pris fin [ad 535 A (s.vır), ad 533 P (s.ıx), ad 532 N
(s. 1x)j, la seconde à aucune
année plus récente que celle où s’est terminée l’ol. 62 [ad 529 P, ad 528 AN].
dans B (s. vir), où les dates correspondent respectivement à 530 et 526.
Sauf
Mais B
a transcrit les listes de rois avec beaucoup de négligence : für die chronologische Fixierung der Notizen hat er deshalb keinen Wert (HELM, o.l., p. x11). — Dans la version
arménienne traduite par J. Karst (Leipzig,
loi. 61, 2, Pythagore a Pol. 62, 1.
1911, p.
189), les frères figurent à
|
$ Hpr., III, 121; Ps.-ARISTOTE, Chriae, 2, p. 613 Rose; STRABON, XIV, 1, 16
(638 C.); Paus., I, 2, 3; Max. DE Tyr, 90 b; 120 b; 129 b; ÉLIEN, His. var.,
IX, 4; XII, 25; Sros., Anth., IV, p. 759, 12 Hense ..., etc.
6 Souda,
A 1916 Adler.
” E, Rompe, l'éyove’ in den Biographica des Suidas, dans Rhein. Mus., 33 (1878),
pp. 161-220; 638; 34 (1879), pp. 620-622
[= Kl. Schr., Tubingue-Leipzig, 1901,
Page 5
View in PDF(opens in a new window)brité) et il équivaut à l’imparfait Yxuade (Eyvwoitero).
Mais,
par occasion, il peut avoir le sens de yey&rnraı ou de Eyevındn, —
et concerner la date de naissance. Le cas d’Anacréon pose un
probléme:
quelque
traduction
que
Pon
choisisse
pour
le
verbe de la Souda, les deux données circonstancielles semblent
inconciliables.
Divers modernes ont estimé que l’acmé était en
cause et qu'il y avait lieu de remplacer ȧ' (52) par &B (62),
afin de retomber sur la donnée traditionnelle 8.
Leur correction, cependant, est difficile à justifier au point de vue paléographique.
Rohde, quant à lui, n’a pas voulu de solution violente et il
se garde de modifier le chiffre de la Souda, attesté sans variante ?.
A son avis, on est parti d’un texte où
yéyove signifiait est né
et où l’olympiade mentionnée était la 52e.
Les chronographes
plaçant habituellement l’acmé à 40 ans, soit 10 olympiades après
la naissance, le renseignement n'aurait pas été autre chose, en
somme, qu’une fixation indirecte de la maturité d’Anacréon
à l’olympiade attendue: la 62°.
Seulement, outre la formule
supposée où yéyove était synonyme de yeyérnrau
(éyevvgOn),
c’est-à-dire
"Avarpéwv yéyovev 6Avunıddı vf,
il y aurait eu dans les sources
un synchronisme où
yéyove
valait Axuale:
"Avaxpéwv yéyove xata [lolvxoatnr.
Hésychios de Milet, source de la Souda, aurait joint les deux indications sans égard pour l’acception variable du parfait. La
notice serait donc issue d’une contamination.
L’explication de Rohde est ingénieuse.
Mais pas plus que
les érudits qui changent »ß’ en £P’, il ne paraît avoir envisagé
la possibilité d’une tradition fixant réellement la tyrannie de Polycrate à Pol. 52 et avancant, du même coup, la maturité d’Anacréon.
Je voudrais montrer qu’une telle tradition a existé et
qu’elle a laissé des traces en plusieurs endroits.
8 Fr. G. WELCKER, Kl. Schr. zur griech. Litteraturgesch., 1 (Bonn, 1844), p. 265;
Ad. Daus, Die Chronol. des Anaximander u. des Anakr., dans Neue Jahrb. für Philol.
u. Pädag.,
121 (1880), p. 25; Th. Bercx - G. HinricHs, Griech. Literaturgesch.,
II
(Berlin, 1883), p. 337, n. 19; J. M. Epmonps, Lyra Graeca, II (Londres - New York,
1924), p. 120.
® ROHDE, dans Rhein. Mus., 33 (1878),
p.
[= Kl. Schr., I, pp.
Page 6
View in PDF(opens in a new window)Considérons le fragment d’Apollodore, transmis par Diogène
Laërce, qui a trait à la vie dAnaximandre!:
ôç (sc. Apollodorus) xaé pnow aörov (sc. Anaximandrum)
Ev toic Xoovixoic TO devtéow eter tig NEVTNKOOTNS 0YÔON
6Avuriddos (547/6)
éTt@v eivar ÉENxovta
tecodewr| xai
pet” GAlyor tedevtijcai, Axudoavrd nn uäliota xatà IToAvxodtnv tov Zduov téeavvor.
Adoptant une opinion de Hermann Diels, Felix Jacoby a
regardé les huit derniers mots comme étrangers à la citation
dans laquelle ils figurent ! : une source de Diogène, trompée
sans doute par
l’exposé méme
d’Apollodore, aurait pris ce
synchronisme a la biographie de Pythagore et, par erreur,
l'aurait interpolé dans l’autre.
Le
motif
invoqué pour justifier l’audacieux déplacement est que Polycrate exerçait sa
tyrannie à lol. 62, une quinzaine d’années après la mort
d’Anaximandre, et que celui-ci ne saurait donc avoir passé
pour son contemporain. Georg Fr. Unger, que Jacoby désapprouve, avait expliqué les choses autrement. Il avait tenté de
démontrer que Polycrate et ses frères étaient au pouvoir dès
la 58e olympiade: Anaximandre y. aurait eu son acmé, fixée
exceptionnellement à un âge très différent de 40 ans,
Pline Ancien confirme que Pol. 58 fut importante dans la
vie du physicien, qui aurait découvert alors l’obliquité de l’écliptique 13, Quant aux 64 ans atteints durant la 2° année de cette
olympiade (547/6), ils correspondent à une donnée d’Hippolyte: la naissance à Pol. 42, 3 (610/9) 4, Ne traitons pas la
proposition participiale comme une intruse: demandons-nous
plutôt ce qu’elle implique si dxudoavra, au lieu d’exprimer
une simultanéité par rapport à teldevrícas (... et qu'il mourut
peu après, en pleine vigueur, vers l’époque de Polycrate), concerne un
moment nettement antérieur, celui d’une acmé calculée selon
10 APOLLOD., Chron., fr. 17 Jacoby (244 F 29) = ap.
11 Jacosy, Apollodors Chronik,
(Berlin,
1930),
pp.
726-727.
1902, pp.
Cf.
Dioc. L., II, 2.
191-192; 215-216; Fr. Gr. Hist., II
H. Diets,
Chronol.
Unters.
über
D
Apollodors
Chronika, dans Rhein. Mus., 31 (1876), pp. 25-26.
12 G. Fr. UNGER, Zur Gesch. der Pythagoreier,
dans Sitzungsb. der philos.-philol. u.
hist. Cl. der k. bayer. Akad. der Wiss., 1883, p. 152.
13 PLINE, Hist. nat., II, 31.
14 HıppoL., Ref. haer., I, 6, 7 (calcul inclusif).
Cf. infra, n. 100.
Page 7
View in PDF(opens in a new window)la méthode usuelle.
En choisissant cette interprétation, non
moins légitime grammaticalement (... ef qu’il mourut peu après,
ayant <jadis> vécu l’âge de sa pleine maturité vers l’époque de Polycrate), nous trouvons qu’Anaximandre, né en 610/09, devait
avoir atteint la quarantaine en 571/0, à la 2e année de Pol. 52.
Dans sa Chronique, c’est sinon à cette année même, du moins
à une année proche, qu'Eusébe rapportait la notice °Avaé{uardo00¢ MidAnjotoc quoixos gtAdcogos éyvmoileto 19.
Certes, Apollodore ne peut guére avoir pensé pour Polycrate à une date aussi haute: c’était un spécialiste des questions chronologiques et de sérieux indices donnent 4 croire
qu'il cautionnait Pol. 62 16,
Mais est-il interdit de conjecturer
que Diogène Laërce — ou un auteur par l’intermédiaire de
qui il connaissait Apollodore — mettait le règne du tyran 40
ans trop tôt, c’est-à-dire à Pol. 52, et a, de sa propre initiative,
indûment ajouté la précision xara [lolvxodrnr à la mention
de Pacmé d’Anaximandre 17?
Le point de comparaison fourni
par la Souda, s.v. “Avaxgéwy montre que l'hypothèse n'est pas
invraisemblable.
Elle va s'imposer quand, revenant à Pythagore, nous aurons isolé certaines données dans le fatras que
constituent les témoignages antiques sur la vie de ce personnage.
Une tradition ancienne — Aristoxéne de Tarente s’en était
déjà fait l’écho au ıv® siècle
18 — voulait que Pythagore,
citoyen de Samos, eût quitté sa patrie parce qu'il la jugeait
peu propice à l’exercice d’une pensée sans entraves. Elle se
présente chez Strabon avec une variante bien digne d'intérét !9 :
15 Dans les manuscrits de la Chronique de s. JÉRÔME (p. 191b Helm?), Anaximandre
apparaît à Pol. 51 (ad 576 OPLM,
ad 575 N, ad 574 A).
mais voir supra, n. 4.
Sauf dans B
(ad 571),
Helm a retenu la date de 576 (ol. 51,1).
— Dans la version
arménienne (p. 187 Karst), la notice sur le Milésien est accolée à l’ol. 51, 4 (573/2).
16 Notamment l'accord des auteurs cités supra, n. 1 (début).
Cicéron, dont la source,
Parmi eux figure
Cornélius Népos, n’a cessé, en matière chronologique,
d'utiliser Apollodore: cf. JAcoBY, Apollodors Chronik, 1902, p. 34 et n. 42.
17 Sur les intermédiaires imaginables entre Apollodore et Diogène : ibid., pp. 34-35.
Mais Diogène lui-même a retouché ou complété, à l’occasion,
provenant d’Apollodore:
1922, p. 56.
18 Arıstox., fr.
des renseignements
voir A. DELATTE, La Vie de Pyth. de Diog. L., Bruxelles,
16 Wehrli = ap. PorpuH., Vie de Pyth., 9.
19 STRABON, XIV, 1, 16 (638 C.).
Page 8
View in PDF(opens in a new window)c'est à deux reprises que le philosophe aurait eu des appréhensions d’ordre politique, c’est
exilé. Entre
à
deux reprises
qu'il
se
serait
ses deux périodes de séjour dans l’île, il aurait
fait des voyages d’étude en Égypte et à Babylone
:
éni todvtov dé (sc.
2
/
4
Polycratis) xai /Ivdayooav iotopodou
iddvta quouévnv thy
TÀ
Tvoavvida
>
~
Exdineiv
thy
,
now,
\
xai
ameideiv eis Aiyvnrov xat Bafvióva qulouabelas ydouw
:
Enavıovra O éxeldey, do@rta ÈTI ovuuérovoay thy
TVOAVvida, nAevoavta eis °ItaMiav Exei diateAécar tov flo».
Le récit de Strabon ne laisse place à aucune équivoque
: il se
>
termine par les mots neoi Ilolvxoädrovs pév tadra et exclut,
par conséquent, que le
pouvoir
tyrannique
dont
Pythagore
regrettait la persistance
(cf.
ovuuévovoav)
ait
été exercé,
¿ru
à son retour, par un personnage different de celui qui l’avait
inauguré (cf. œuouéyny).
Porphyre et Diogéne Laérce nous ont laissé chacun une Vie
de Pythagore. Le premier reprend à un obscur biographe appelé
Antiphon un renseignement d’après lequel le philosophe, avant
d'aller profiter sur place de l’enseignement des prêtres égyptiens, aurait obtenu du tyran Polycrate une recommandation
auprès d’Amasis 2 ; plus loin, il souligne que, si Pythagore partit de Samos pour l’Italie, c’est parce que la tyrannie de Polycrate opprimait les Samiens (tic
IoAvxodtovs tvoavvidbos
Lapiovs xatahaBovonç) Y. Quant à Diogéne, il situe expressément
dans la jeunesse de Pythagore (véoc ... dv) le voyage en Egypte,
favorisé par un message de Polycrate à Amasis 2;
«au dire
d’Antiphon», le philosophe aurait appris la langue égyptienne 23;
après être allé « chez les Chaldéens et les Mages», ainsi qu’en
Crète, il serait revenu a Samos et, trouvant sa patrie soumise à
la
tyrannie
de
Polycrate
(edowv
vro IToAvxodtovc), il aurait
thy
xatoida
trvearvovpéerny
résolu de se rendre à Crotone.
Ni Diogène, ni Porphyre, ni Strabon n’indiquent pendant
combien de temps Pythagore aurait voyagé avant de regagner
Samos.
Mais cette lacune est comblée par un exposé qui res-
20 PoRPH., 0.l., 7.
21 Ibid.,
16.
22 Dioc. L., VIII, 2-3.
23 Le passage correspondant de Porphyre témoigne que Diogéne
Antiphon la mention du message: cf. DELATTE, o.l., p. 151.
doit
aussi à
Page 9
View in PDF(opens in a new window)semble fort aux leurs: celui que fait Jamblique, dans sa Vie
de Pythagore.
1. A son départ de Samos, motivé par un récent début de croissance
de
la
tyrannie
polycratéenne
IloRvxodtovs tuvpavvídoc),
(dnogvuouévns
Pythagore
n’en
...
est
doti
guère
TÍÑC
qu’à la
18° année de son âge (neo! óxtwxadéxatov udAıora Eros yeyovos) Y.
2. Il se rend à Milet, où il bénéficie de l’enseignement de
Phérécyde, d’Anaximandre, de Thalès.
à visiter l'Égypte.
Ce dernier le pousse
Il y arrive, après une escale à Sidon %#.
3. Il séjourne 22 ans en Égypte;
4. fait prisonnier par l’armée de Cambyse, il est conduit a
Babylone et y demeure 12 ans;
5. il revient à Samos, vers la 56° année de son âge (neoi
Extov
nov xal TEVTNAOOTOV Eros Non yeyovos) ?.
6. Il rayonne vers plusieurs endroits (Délos, la Créte, Sparte),
puis, ne trouvant pas à Samos toute la compréhension souhaitable, il s'éloigne définitivement de cette île et gagne l’Italie 2”.
7. Il arrive a
>
Crotone et y commence
ses
prédications *,
8. Ayant fondé son Ecole, il la dirige pendant 39 ans (évòg
dgovros ¿ty Teooaoäxorta), jusqu’à
âge de près de
100 ans
sa mort, survenue à un
(tà ndvra Bidoarta
¿rn éyyds TV
éxatov) ®.
Ce schéma biographique s’inspire de celui que le professeur
Armand Delatte a établi dans un de ses articles sur Pythagore *°.
Pris à rebours, en remontant dans le temps, il fait apparaître
un détail de grande importance. Si Pythagore a vécu 99 ans
— car, à la lumière des passages parallèles, on ne saurait donner
un autre sens à
l'expression
¿rn
éyyòùs
av ¿xardv Y! — il
avait quelque 60 ans quand il se mit à la tête de son École
philosophique.
Or, selon le 5° des points
24 JamBL., Vie de Pyth., 11.
ci-dessus, c’est dans
25 Ibid., 11-17.
26 Ibid., 19.
27 Ibid., 20-28.
28 Ibid., 29.
29 Ibid., 265.
39 A, DELATTE, La chronologie pythagoricienne de Timee, dans
Le Musée belge, 19
(1920), p. 7.
31 Cf. GEORGES LE SYNCELLE, 247 C (469, 19); Tzerzès, Chil., XI, 92,
Page 10
View in PDF(opens in a new window)sa 56° année environ qu'il était revenu à Samos.
De quoi
Jacoby a voulu déduire qu'il avait attendu 4 ans avant de quitter l’île pour de bon (cf. n° 6) 32,
Mais, comme le remarque
Delatte, «il faut tenir compte du temps des prédications» (n° 7) ;
ainsi, « la période intermédiaire entre le retour à Samos ... et
le départ pour l'Italie ne doit guère comporter plus de
deux
ans» 3,
C’est dans sa
18%
année que Pythagore
adolescent était
parti de Samos (n° 1). Une quarantaine d’années et même, si.
l’on admet le calcul de Delatte, 40 ans exactement séparent donc
le premier exil du second.
coincidence.
Il est difficile de voir la une pure
D'autant que les faits qui doivent avoir eu lieu
dans l’intervalle sont loin d’appartenir à toutes les traditions
sur Pythagore.
Ils donnent ici l'impression d’une blocaille
destinée à combler un vide de 40 ans entre deux événements
analogues.
Reconnaissons cependant que Jamblique, pour qui
les pérégrinations de Pythagore adolescent trouvent leur origine
dans la tyrannie naissante de Polycrate, ne mentionne plus celuici quand il raconte le second séjour à Samos et n’attribue expressément le second départ qu’à la maladresse des « Samiens »,
trop prompts à accabler Pythagore de fonctions publiques ou,
selon une autre version, trop peu ouverts à la culture intellectuelle.
C’est seulement plus
loin qu'il
reproduira,
touchant
l’arrivée en Italie, cette observation qu’il prête aux Pythagoriciens de la secte « mathématique » **:
agixéobar tov [vôaydoay ¿E "Imvias
ral Zauov
tv Î[lolvxodrovs Tvoavvida, axualotons tho
xata
’Itadias, ...
Aristoxéne de Tarente incriminait Polycrate quand il montrait Pythagore partant pour l'Italie, à l’âge de quarante ans * :
veyovoTa O ETHY TECOAQÁAOVTA ... xai doGvta tHY TOD
ITolvxodtovs tvearvida
ovrrovwtéoar oûoay
...
Tv
eis
"Itahiay dnagow noımoaodaı.
Les quatre auteurs que l’on a passés en revue mettent Polycrate à l’origine d’un voyage antérieur qui, directement ou via
Milet, aurait conduit Pythagore en Egypte.
Ils ne s’accordent
82 F, Jacosy, Apollodors Chronik, 1902, p. 224.
* DELATTE, L.l.
34 JAMBL., 0.l., 88.
35 Arıstox., fr. 16 W.
Page 11
View in PDF(opens in a new window)pas sur le rôle que l’homme de gouvernement aurait joué en
l'occurrence.
Selon Strabon et Jamblique, il aurait eu une
politique déjà suspecte à Pythagore; selon Porphyre et Diogène, il aurait aimablement favorisé son désir d’apprendre.
De même, dans la deuxième circonstance, — l’exil vers
lie, — tandis
que
Strabon,
Porphyre
clairement la tyrannie, Jamblique a
reste assez confuses 38,
et
Diogène
’Itaallèguent
d’autres explications, du
Mais de telles divergences ne changent
rien à l’essentiel: il paraît y avoir eu dédoublement des rapports
qui, selon la meilleure tradition,
s'étaient institués
entre le
tyran et le philosophe, et furent déterminants pour la carrière
de ce dernier.
Les 40 ans
d'intervalle révélés par l’exposé
de Jamblique et le fait qu’ils sont meublés par d’interminables
voyages d'instruction suggèrent qu’un biographe ancien, ayant
trouvé Polycrate à deux dates différentes
que
séparaient 10
olympiades, avait essayé de les maintenir toutes deux et avait
aligné dessus, tant bien que mal, le cursu
vitae de Pythagore.
Notre tâche est maintenant de déterminer les deux dates.
En d’autres termes, comment le système détaillé que Jamblique
présente
pouvait-il
s'inscrire
dans
la
chronologie
absolue
?
Le professeur Delatte répond à cette question en considérant
successivement deux repères: la conquête de l'Égypte par
Cambyse (vers 525), l’accession de Polycrate au pouvoir monarchique (vers 532) 3’. Et il raisonne de la façon suivante.
Les calculs que l’on peut fonder sur le premier repère conduisent à placer la naissance de Pythagore vers 569, puisqu'il
aurait été âgé de 44 ans environ (= 56 — 12) au moment où
il fut conduit à Babylone. Ses départs de Samos auraient eu
8 Dans la notice que la Souda consacre à Pythagore (II 3120 Adler), de même que
dans une scholie (Schol. A à PLAT., Rép., X, 600 B, p. 272 Greene), HÉsycHios DE
MILET offre encore une autre variante. Sa présentation des faits est au rebours de
celle que l’on trouve chez Jamblique: car s’il connaît deux séjours à Samos, séparés par des voyages d’étude, notamment zag’
Aiyvntiois xai Xaddaiots
(Souda), il ne donne pas de motif pour le premier départ et ne le met nullement en
rapport avec Polycrate. (Aussi n’ai-je pas voulu le mentionner dans le texte à l’égal
des quatre auteurs étudiés). C’est seulement à son retour que Pythagore aurait
trouvé l’île Ttvoavvovuevnv 626 IToAvxodtovs (Souda), raison qui l’aurait determine
à la quitter de nouveau et à partir pour l'Italie.
87 DELATTE, l.l., pp. 7-9.
Page 12
View in PDF(opens in a new window)lieu, l’un vers 551 (= 569 — 18), l’autre vers 512/1 (= 569 —
56 — 2).
En choisissant le second repère pour l’exil de l’adolescence,
on situerait la naissance vers 550 (= 532 + 18) et la conquéte
de l’Egypte vers 506 (= 550 — 44); on retarderait la mort
jusqu’au milieu du ve siècle.
A juste
titre,
Delatte tient la dernière combinaison pour
impossible. Mais en acceptant l’autre, qui lui semble appropriée,
il reconnaît qu’elle a le désavantage de situer la tyrannie de
Polycrate une vingtaine d’années plus tôt que ne le veut [opinion
commune (532).
selon toute
En fait, la date de 551 environ ne correspond,
apparence,
l’histoire de Samos.
à aucune circonstance notable
dans
Pas plus que celle de 511 environ.
Un passage de Jamblique lui-même va nous permettre de
poser le problème autrement * :
óntéov wo napeyévero uév Eis
¢
/
e
/
4
2
>
“Itahiay xata Tv ÖAvu-
/
A
>
midda nv devtéoav Eni tais ¿Enxovra, xa0’ Hy ’Eovéidac
6 XaAxideds OTÁDLOV evixnoer.
La 62e olympiade aurait vu le départ pour l’Italie: voilà un
synchronisme à essayer de préférence à tout autre.
En effet,
c’est la seule date absolue que Jamblique produise dans toute
sa
Vie de Pythagore — le seul repère, peut-on croire dès lors,
auquel il désirait ou admettait que fût accroché son système
chronologique.
Or si l’on place à la 62€ olympiade, non plus
le terme du premier séjour à Samos, mais celui du deuxième,
on aboutit à une reconstruction dont voici les éléments initiaux :
entre
17
an
589/8 et 586/5
naissance
(4 ans 572/1 et 569/8
premier départ de Samos
29 ans
68/7 et 565/4
début du séjour en Égypte
19 ans
46/5 et 543/2
début du séjour à Babylone
(2 ans)
34/3 et 531/0
début d’un nouveau séjour à Samos
532]1
deuxième départ de Samos et instalet 529/8
lation à Crotone.
Jamblique note que Pythagore finit par quitter Crotone %,
Or Justin, qui est en rapport de source avec lui, prend soin
88 JAMBL., 0./., 35.
89 Ibid., 255.
Page 13
View in PDF(opens in a new window)d’indiquer que le séjour dans cette ville avait duré 20 ans, et
il nomme le nouveau lieu de destination, Métaponte 4.
On
complétera donc ainsi le tableau
:
entre
532/1
et
529/8
deuxième départ de Samos
529/8
et 526/5
début du scholarchat de 39
512/1
et 509/8
départ de Crotone pour Métaponte
(3 ans)
et installation à Crotone
490/89 et 487/6
ans
mort (à 99 ans accomplis).
Cette présentation laisse le choix entre 4 séries de dates, à intervalles invariables, dont les extrêmes sont, respectivement: 589/8
et 490/89, 588/7 et 489/8, 587/6 et 488/7, 586/5 et 487/6 —
selon que l’on prend comme repère de base la Ire, la 2e, la 5e
ou la 4° année de Pol. 62. On écartera cependant la première
série, car la phrase de Jamblique sur le départ de Crotone exclut
qu'il ait été antérieur à la destruction de Sybaris par les Crotoniates, c’est-à-dire à l’année 511/04.
Les précisions chronologiques de sa Vie de Pythagore, Jamblique
les a trouvées, au moins pour l'essentiel, chez Apollonios de
Tyane.
Apollonios lui-même, ainsi que l’ont démontré diverses
études modernes, devait une bonne partie de son information
biographique à l’historien Timée de Tauroménion #.
Voyons
s’il est possible d’attribuer à ce dernier l’ensemble du système
que nous venons de schématiser.
40 Justin, XX, 4, 17.
11 “Enel
Cf. DELATTE, l.l., p. 7 et n. 3.
dé LbBaow Exeıpwoavro, xaxeivog ánñdbe...
# La référence de base est JAMBL., o.l., 254.
On consultera: E. RoHDE, Die
Quellen des Jamblichus in seiner Biographie des Pythagoras, dans Rhein. Mus., 26 (1871),
pp. 563-564; 567-568; 572-574; 27 (1872), pp. 23-25 ..., etc. [= Kl. Schr., 1901,
II, pp. 111-112; 116-117; 123-125; 127-130 ..., etc.] ; G. Fr. UNGER, dans Sitzungsb.
... der k. bayer. Akad. der Wiss., 1883, pp. 154-157 ; F. Jacosy, Apollodors Chronik, 1902,
p. 224; A. DELATTE, Un nouveau fragment de Timée, dans Revue de l’instr. publ. en Belgique, 52 (1909), p. 94 et n. 1 ; La chronol. pyth. de Timée, dans Le Musée belge,
1920,
pp. 6-7; Essai sur la polit. pyth., Liège-Paris, 1922, p. 226; A. Rostacnı, La vita e
l’opera di Pitagora secondo Timeo, dans Atti della R. Accademia delle Scienze di Torino,
49 (1913-1914), p. 384;
K. von Fritz, Pythagorean Politics in Southern Italy,
New
York, 1940, pp. 34-35 ; E. L. Minar, Early Pythagorean Politics in Practice and Theory,
Baltimore, 1942, p. 134 ; J. S. Morrison, Pythagoras of Samos, dans The Class.
nouv. s., 6 (1956), pp.
Quart.,
Page 14
View in PDF(opens in a new window)Selon Jamblique, si Pythagore
eut l’occasion d’aller vivre
à Babylone, c’est parce que, durant son séjour en Égypte,
il serait tombé au pouvoir de Cambyse #.
citent pareillement le roi perse:
Quatre documents
1° une Chronique romaine de
15/16 après J.-C., gravée sur pierre
# ; 20 les Florides d’Apulee 45 ; 30 les Theologumena arithmeticae d’un pseudo-Jamblique * ;
4° une notice du chronographe byzantin Georges le Syncelle #7.
Ces documents s’accordent sur le fait de la capture.
croît,
les
Babylone»,
Theologumena soulignent que
le
Pythagore
Syncelle qu’il arriva « chez
les
Par surpassa «a
Chaldéens».
Tandis que les Florides ne présentent aucune indication numérique, les trois autres textes, directement ou indirectement,
datent la conquête de l’Egypte conformément à l’attente, c’està-dire de 525 environ *8.
Que Pythagore, avant de prendre le
chemin de l’Asie, ait pu assister à cette conquête est un renseignement mal conciliable avec le système d’Aristoxène ou avec la
chronologie ératosthénienne.
Suivant le premier, le philosophe
aurait gagné l'Italie du temps que Polycrate
accentuait son
pouvoir à Samos : donc avant 522, date de la mort du tyran, et
probablement dès l’olympiade
62 (532/1-529/8) #.
Quant à
Ératosthène, qui situait la naissance de Pythagore vers 606, on
admettra difficilement qu'il lait
43 JAMBL., Vie de Pyih., 19: Ews tnd
présenté comme un aiyud-
Tv
tod
Kaußvoov
aiyualwtioëeis
eis Bafvióva àvny0n ...
44 Chron. rom., dans 1.G., XIV, 1297, 11, 20-21 (252 Fb 7 J.).
45 APULÉE, Flor., 15, 14.
46 Ps.-JAMBL., Theolog. arithm., 40 (p. 53, 1-5 De Falco).
47 G. LE Sync., 210 D (397,
11).
48 Dans la Chronique romaine de 15/16 (l.l.):
540 ans plus tôt,
c’est-à-dire en
525/4. — Dans les Theologumena (l.l.), la mention de Cambyse et de l'Égypte n’a
été introduite, selon toute apparence, que parce que le
pseudo-Jamblique (ou sa
source), contraint de donner une signification à l’âge de 82 ans qu’il trouvait pour
Pythagore, avait eu l’idée d'utiliser la date de naissance fournie par Ératosthène
(c. 606 — 82 = c. 525) : voir mon article La datation de Pythagore dans les « Theologumena arithmeticae» du pseudo-Jamblique, dans Revue belge de philol. et d’hist., 40 (1962),
p. 48. — GEORGES LE SYNCELLE (l.l.) place l’action de Cambyse en l’an du monde
4986 (516/5), mais ce n’est la qu’un résultat de l’erreur qui lui a fait mettre l’avènement de Cyrus en 550/49, soit une dizaine d’années trop tard: la chronologie
qu’il a, en l’adoptant, malencontreusement déformée rapportait la conquête de
l'Égypte à l’année 525 environ. Cf. R. VAN COMPERNOLLE, Étude de chronol. et d’historiogr. siciliotes, Bruxelles-Rome,
49 ARISTOX., fr.
1960, pp. 202-206.
Page 15
View in PDF(opens in a new window)Awrog de 80 ans et plus, profitant d’une captivité sur une terre
lointaine pour s'initier — combien tardivement ! — à certains
aspects de la sagesse orientale 5°.
En définitive, c’est bien à la
doctrine biographique de Timée que remonte, selon toute vraisemblance, le détail des prétendues relations entre Pythagore
et Cambyse, attesté par Jamblique (Apollonios). Mais la Chronique romaine, les Theologumena, la notice du Syncelle donnent a
croire que, chez Timée, il n’était pas rapporté à la date aberrante de 545/4-543/2, qui nous a paru inscrite en filigrane dans
le texte de Jamblique.
Supposons que Timée, sans
commettre d’anachronisme en
ce qui regardait la prise de l'Égypte par Cambyse, ait fourni
sur la carrière ultérieure de Pythagore les mêmes indications numériques que l’on trouve chez Jamblique, soit : a) 12 ans de séjour
à Babylone ; b) un âge de 55 ans révolus au terme de ce séjour ;
c) 39 ans de scholarchat; d) la mort à près de 100 ans (= 99
ans accomplis). Il y aurait lieu de résumer comme ceci le cursus
vitae qu'il imaginait:
circa 569/8 (= c. 526/5 +55 — 12)
c. 926/95
|
naissance
début du séjour à Babylone °1
c. 514/3 (=c. 526/5 — 12)
c. 509/8 (= c. 470/69 + 39)
c. 470/69 (= c. 569/8 — 99)
fin du séjour a Babylone
début du scholarchat
mort.
Il existe, , en faveur d’une telle reconstruction, , des concordances
remarquables 52 :
1. La mort vers 470/69 se concilie avec un fragment de Timée
lui-même, affirmant, au livre IX de ses Histoires, qu’ Empédocle
avait été disciple de Pythagore. En effet, pour l’érudition
antique, la naissance d'Empédocle se plaçait peu après le début
du ve siècle 5,
50 Sur la date de naissance choisie par Ératosthène, voir infra, p. 169.
51 La conquête de l’Egypte doit avoir eu lieu au printemps de l’année 525: cf.
LEHMANN-HaupT, art. Kambyses (3), dans RE, X, 2 (1919), 1815.
La date d’ol.
63, 3 (526/5), apparemment conforme 4 la tradition la plus exacte, est celle que
donne DIoDORE (I, 68, 6).
52 Ses dates extrêmes (naissance et mort) sont les mêmes que celles du système
retenu par le professeur Delatte: supra, pp. 161-162. Cf. déjà UNGER, /.l., p. 155.
53 Timée, 566 F 14 J. = ap. Dioc.
L., VIII, 54: dxodcaı è’ avrov (sc. Empedo-
Page 16
View in PDF(opens in a new window)2. On lit chez Solin que Pythagore aborda en Italie Bruto
consule, qui reges urbe exegit %.
L’indication correspond à l’année
509. Elle est en contradiction avec le système aristoxénien et
quasiment inconcevable chez Eratosthéne, qui n’aurait pas eu
la singulière idée de retarder jusqu’à près de 100 ans l’âge auquel
Pythagore entama la principale phase de son activité philosophique.
Mais si une tradition dérivée de Timée plaçait alors
le commencement du scholarchat, on comprend que la source
de Solin, l’interprétant comme le début de l'installation en
Italie, ait fait coincider ce dernier avec le consulat de L. Iunius
Brutus.
3. Pour Aulu-Gelle, l’arrivée aurait eu lieu plus tôt: sous
le règne de Tarquin le Superbe et à l’époque où fut assassiné
à Athènes, par Harmodios et Aristogiton, Hipparque fils de Pisistrate,
le frère du tyran Hippias $8.
Ce synchronisme recouvre, au moins
approximativement, la date de 514/3 58.
Il ne provient pas
d’Aristoxéne et, pour la même raison que ci-dessus, il doit aussi
avoir été étranger aux calculs ératosthéniens.
En revanche,
rien ne s'oppose à ce que Timée, s’il situait vers 514/3 la fin
du séjour à Babylone, ait considéré la même date comme celle
où Pythagore atteignit l'Italie.
clem) Ilvôayôpgov
Le Musée belge,
Tipatog dia Ts Evarng iotogei ... Voir A. DELATTE, dans
1920, pp. 5-6.
Apollodore plaçait l’acmé d’Empédocle en 444/3
(F. Jacosy, Apollodors Chronik,
1902, p. 273). Mais la Chronique d’EusÈBE atteste
deux autres dates, dont l’une est antérieure : l’acmé apparaît en 457 dans la version
latine de s. JÉRÔME (p.
Karst).
111 Helm?), en 456 dans la version arménienne (p.
192
Ces indications impliquent que la naissance aurait remonté à 496/5 environ. La plupart des modernes la fixent vers 492 : cf. JacobY, o.l., p. 277 ; DELATTE,
LL, p. 6 et n. 1. K. von Fritz (Pythagorean Politics in Southern Italy, 1940, p. 51, n.
30) émet, avec hésitation, l’hypothèse que Diogéne Laërce
a mal compris Timée
et que celui-ci ne représentait peut-être pas Empédocle comme
lement suivi les leçons de Pythagore.
ayant personnel-
Mais Fritz paraît oublier le témoignage parallèle d’ALcıpamas, ap. Dioc. L., VIII, 56: cv dé (sc. Empedoclem)’Ava&aydoov
duaxodoa xai IIvOayôpgov ...
54 SOLIN,
11, 31.
L'éditeur des Collectanea rerum memorabilium,
Th.
MomMSEN
(2e éd. 1895, réimpr. 1958, p. 76), indique en marge que la source de Solin, dans
ce passage, n’a pu être identifiée.
55 Autu-GELLE, XVII, 21, 6-7.
(Cf. en XI, 1, 1, la référence Timasus in historis,
par l'intermédiaire de Varron à vrai dire).
58 Voir notamment T. J. Capoux, The Athenian Archons from Kreon to Hypsichides,
dans JHS, 68 (1948), p. 112 et n. 232.
Page 17
View in PDF(opens in a new window)L’hypothèse émise en dernier lieu trouve une confirmation
chez deux auteurs au moins, qui ignorent
tout d’un retour a
Samos entre les voyages hors d’Europe et le départ pour POccident.
Justin, abréviateur de Trogue-Pompée, se rattache notoirement,
dans sa biographie pythagoricienne,
de Tauroménion.
à l’historien
Or voici sa présentation des faits $ :
... Aegyptum primo, mox Babyloniam ... profectus ... Inde
regressus Cretam et Lacedaemona ... contenderat.
Quibus omnibus instructus Crotonam uenit ...
Et dans un paragraphe des Florides, déjà invoqué plus haut,
où la mention de Cambyse rappelle vraisemblablement le systeme de Timée, on peut lire * :
Sunt qui Pythagoran aiant eo temporis (= après son départ de Samos) inter captiuos Cambysae regis, Aegyptum cum
adueheretur, doctores habuisse Persarum Magos ac praecipue Zoroastren ... posteaque eum a quodam Gillo Crotoniensium principe
reciperatum.
L’absence du nom de Babylone, chez Apulée, n’implique pas
une véritable divergence par rapport à Justin.
L’allusion aux
Mages en tient lieu, puisque, selon Jamblique, l’intérét de la
captivité à Babylone aurait justement été de mettre Pythagore
en contact avec ces éducateurs de choix
:
. 620 av tod KauBdoov aiyualwrtiodels eis BaBvidva
avynyOn,
xäxet
totic Mayoıs dacuévois
douevos
avvdiatolvas xai éxmaidevdets... ®.
57 Justın, XX, 4, 3-5. — Sur Timee source ultime de la biographie insérée par
Trogue-Pompée dans ses Histoires philippiques:
E. RoHDE, dans Rhein.
Mus., 26
(1871), p. 571 ; 27 (1872), pp. 27-28 [= Kl. Schr., 1901, II, pp. 122;
132-133] ;
A. DELATTE, Essai sur la polit. pyth., 1922, pp. 225-226; v. Fritz, o.l., pp. 33-38
;
J. S. Morrison, dans The Class. Quart., nouv. s., 6 (1956), p. 141.
58 ApuLEE, Flor., 15, 14.
59 JAMBL., Vie de Pyth., 19. — Aux narrations de Justin et d'Apulée on peut joindre,
semble-t-il, celle de VALÈRE-MAXxIME (VIII, 7, ext. 2): Pythagoras petita Aegypto
litteris gentis eius adsuefactus, inde ad Persas profectus Magorum prudentia formatus (comme
dans Apulée !), Cretam et Lacedaemona nauigauit ... ad Olympicum certamen descendit ...
Italiam petit.
Un autre témoignage parallèle est fourni par GEORGES LE SYNCELLE,
dans le passage où il relate la capture de Pythagore par Cambyse [210 D (397,
11-17) : cf. supra, p. 164]: KauBvons... IIvdayögav edowv éniEevwbévta dia pudocopiav adv rois aiyualwroıg eis ITéoous teAei (à rapprocher d’Apulee !), fvixa
Page 18
View in PDF(opens in a new window)Timée lui-même liait-il le passage en Italie à l’intervention d’une
haute
personnalité
crotoniate
qui
aurait racheté
Pythagore
prisonnier? En tout cas, ıl ne semble pas avoir parlé d'un second
séjour à Samos.
Il n’admettait sans doute, entre Babylone et
Crotone, que des étapes assez brèves pour n’avoir pas pris
toutes ensemble plus d’une année (vers 514/3) : Délos, la Crète,
Lacédémone.
Car ces trois noms de lieux qui figurent chez
Jamblique (Apollonios) — sans indication du temps que Pythagore y serait demeuré % — ont bien lair d’avoir été cités
par Timée.
A preuve, d’une part, un de ses fragments, qui
concerne l’autel d’Apollon Génétôr à Délos $, A preuve, d’autre
paciv adrov sic XaÂdaiovc éM0eiv xai tiv nag’ Exeivoıs oopiav uereideiv
nal nddw Ex eid ev dvalevkavra eis Itadiay ywofjoat, puydvta thy ratoiôa
Zduov dia IToAvxodrnv tov tópavvo», xai diatijoar nv "Iralımnv OuatouBnv
ovornoduevov. Le Syncelle dit clairement que Pythagore passa de Chaldée en Italie.
Non sans ajouter, il est vrai : après avoir fui sa patrie, Samos, à cause de Polycrate le tyran.
Mais cette remarque n’implique nullement un séjour ni un simple débarquement à
Samos, ni même que Polycrate ait encore régné sur l’île : on doit y voir une parenthèse destinée à expliquer rétrospectivement la série des tribulations de Pythagore, dont
le Syncelle n’a retracé la biographie que depuis la capture en Égypte, parce qu’il
avait à exposer quand et comment ce pays tomba sous la coupe de Cambyse. Comparons le paragraphe de Sorın (11, 31), qui contient l'indication chronologique
sur l’arrivée en Italie et qui, sous sa forme complète, est ainsi libellé: Nam in Samo
nihil nobilius quam Pythagoras ciuis, qui mox offensus fastu tyrannico, relicta domo patria,
Bruto consule, qui reges urbe exegit, Italiam aduectus est. C’est pour illustrer le bon renom
de Samos que Solin a cité Pythagore, rendu célèbre par ses activités en Italie. Il
entendait seulement rappeler, en deux mots, pourquoi le personnage s’était expatrié. On ne peut inférer de son témoignage que sa source ultime — Timée à mon
sens (supra, p. 166) — ait présenté Samos comme le lieu que Pythagore venait de
quitter quand il arriva en Occident.
60 JAMBL., 0.l., 25: Agyetar dé neoi tov avrov yodvov (= l’époque du « second »
séjour à Samos) 0avuao0ivar aùtòv neoi tiv AnAov, 1000e%06vta mods Tov ávaluaxtov Âeyduevoy xai tod Tevéropos ’Andllwvoc Bœuôv xai tovtov Oepanedcavra. “O0ev eic änavra ta uavreia nagéBade. Kai Ev Konzn dì xa! év
Zndotn THY vouwv Evexa duétoipe.
61 TIMÉE, 566 F 147 J. (= ap. Censor., De die nat., 2), à rapprocher de MACROBE,
Sat., III, 6; JAMBL., LL. ; JUSTIN, XX, 4, 4. Cf. A. DELATTE, La Vie de Pyth. de Diog.
L., 1922, p. 153; K. v. Frrrz, Pyth. Politics in South. Italy, 1940, p. 38. — Au $ 35
de sa Vie de Pythagore, JAMBLIQUE compare l’admiration que Pythagore suscita dès
son arrivée en Italie à celle qu'il avait éveillée xai mgdtegov ôte eis Afjhov xaténâevoer.
Suit un rappel de la vénération, digne d’éloge, qu'il avait témoignée
à l’autel non sanglant d’Apollon Génétôr (cf. $ 25).
Page 19
View in PDF(opens in a new window)part, la phrase de Justin sur ce qui suivit le départ de Babylonie
(Inde regressus Cretam et Lacedaemona ... contenderat) $2,
Peut-on attribuer à Timée le renseignement de Jamblique
sur la série de voyages que Pythagore aurait commencée, à
partir de Samos, wei dutwuaidéxatov udAıora Eros yeyoros 8 ?
Cette indication d’äge rappelle une anecdote qui figure ailleurs, et qui concerne sa participation aux jeux Olympiques.
Une tradition, en effet, voulait qu’il eût triomphé comme pugiliste, dans la catégorie des « hommes», après avoir indûment
essayé de concourir parmi les « enfants» 64
La limite d’äge
supérieure, pour les zaidec, était à Olympie de 17 ans révolus $5 :
seul un concurrent qui l’avait à peine dépassée pouvait caresser
l'espoir, en s'inscrivant comme zraíc, d'éviter une dénonciation
auprès des arbitres, ne fût-ce que de la part de concitoyens
présents.
On relève chez Pausanias le cas d’un lutteur rhodien
appelé Nicasylos,
qui vainquit un jour év dvöodow, et non
dans la catégorie « enfantine» où il avait prétendu se faire
admettre d’abord, dydoov ... émi
vois déxa Ereoı yeyovas 66,
Il y a de bonnes chances que l’athlète Pythagore, lui aussi, se
soit trouvé à peu près dans sa dix-huitième année quand les arbitres
Pobligérent à changer de groupe.
Mais ce Pythagore de Samos
— les modernes s’accordent là-dessus — n’était qu’un homonyme du nôtre.
C’est Ératosthène qui les a confondus et qui,
d’après la liste agonistique où le nom figurait à la 48° olympiade
(autrement dit: en 588), a cru pouvoir placer la naissance du
philosophe peu avant la fin du vire siècle ; c’est Ératosthène qui
s’est plu à montrer le jeune sage sous les traits du pugiliste
xountng, portant encore la longue chevelure des xaïôes, dont
la petite histoire avait gardé
le souvenir $,
Or Jamblique,
62 L’intention même qui, selon Justin (/./.), aurait déterminé Pythagore à passer
par la Crète et par Lacédémone (ad cognoscendas Minois et Lycurgi inclitas ea tempestate
leges) se retrouve indiquée dans le texte de JAMBLIQUE (Vie de Pyth., 25 : tv vouwv
évexa). Cf. aussi VaL.-Max., 1.1. : Cretam et Lacedaemona nauigauit, quarum moribus et
legibus inspectis ...
Mais il ne saurait être question de rétablir dans le récit de ‘l'imée
le détour par l’Olympicum certamen ou la visite eis änavra (!) ta uavreia, qui constituent des traditions particulières l’une à Valère-Maxime, l’autre à Jamblique.
63 JAMBL., 0./., 11.
64 Droc. L., VIII, 47-49.
65 Cf. À. SEVERYNS, Bacchylide. Essai biographique, Liège-Paris, 1933, p. 154.
66 Paus., VI,
14, 2.
67 ÉRATOSTH., 241 F 11 J.
Cf. E. Roupe, dans Rhein. Mus., 26 (1871), pp. 569-
570 [= Kl. Schr., 1901, II, pp. 118-119] ; F. Jacoby, Apollodors Chronik, 1902, pp.
Page 20
View in PDF(opens in a new window)sans l’accompagner d’aucune allusion à une prouesse sportive,
mentionne l’expression 6 év Záuw xountns et l’applique à Pythagore juste avant de noter qu’au moment de quitter Samos,
il n’en était guère qu’à la dix-huitième année de son äge ®. La chronologie de Jamblique, à mon sens, porte donc la marque d’une
influence ératosthénienne.
Mais limitée à cette seule observation que Pythagore adolescent, à dix-sept ans passés, avait eu
l’occasion de sortir de son île.
Dans l’œuvre de Timée, qui
écrivit près d’un demi-siècle avant Ératosthène, on ne trouvait
pas l’étape initiale du cursus vitae attesté par Jamblique. C’est
pourquoi, chez ce dernier, le système biographique de l’auteur
sicilien apparaît sous une forme arrangée, avec des dates extrémes décalées vers le haut.
Les choses se présentent comme si
quelque érudit, afin de justifier un premier départ de Samos,
antérieur de 40 ans à l’autre, avait voulu déterminer un âge
acceptable pour l’expatriation de Pythagore — voire pour la
conscience qu'il devait avoir des dangers inhérents à la « tyrannie naissante» de Polycrate — et avait jugé bon de faire à
Ératosthène un emprunt isolé, sans égard pour le reste de la
chronologie propre à cet auteur.
Timée ne liait pas la carrière de Pythagore à deux dates de
Polycrate, séparées par 40 ans.
Il pensait à une seule, que rien
n'empêche d’avoir été conforme à Popinion habituelle: autrement dit, d’avoir correspondu à l’ol. 62, où le philosophe aurait
eu son acmé (c. 569/8 — 40 =c. 529/8).
Mais il greffait sur le
synchronisme avec Polycrate une donnée originale : à son avis,
c’est pour se rendre en Égypte que Pythagore aurait quitté
Samos,
et non point,
comme dans la théorie d’Aristoxène,
pour gagner déjà l'Italie 99.
Avoir un cadre chronologique précis est une chose, employer
des dates absolues à l’expression des repères en est une autre.
Même pour le repère central, c’est-à-dire pour le départ de
Samos, Timée pouvait s’être contenté d’une indication relative :
222-223; Fr. Gr. Hist., II D (Berlin, 1930), p. 712; A. DELATTE, La Vie de Pyth.
de Dwg. L.,
1922, pp. 252-253.
68 JAMBL., Ll,
9% Cf. ps. - JAMBL.,
Theolog.
arithm., 40 (p. 53, 3-5 De Falco)
[seule mention
d'un départ de Pythagore!: 6 te KauBôonc tí IToAvxodrovs udAıora tuoavviô
ovvexodver, iv pevyowv eis Alyuntov uerijA0e IIvdaydoas.
Page 21
View in PDF(opens in a new window)«sous Polycrate».
Or une telle indication devenait équivoque
et propre à entraîner de sérieuses retouches du moment que
s’offraient, a qui voulait la convertir, deux époques différentes,
distantes de 40 ans: Pol. 52 aussi bien que Pol. 62.
tradition
courante
(d’origine
aristoxénienne)
Comme la
mentionnait la
seconde pour le voyage en Italie, la première aura été retenue
comme celle où Pythagore avait inauguré la série des voyages
d'instruction qui allaient le conduire en Egypte, puis à Babylone.
Après avoir imaginé que le personnage, quand il se mit
à voyager, était vers sa 18° année — un emprunt à la théorie
d’Eratosthene
-- on n’avait qu’à étendre la durée de ses tribulations à l’étranger pour que, dans sa 56° année, après 12
ans passés à Babylone, il pût être revenu à son point de départ,
prêt à s’embarquer vers l'Italie à la date la plus communément
admise.
Nous avons vu que la combinaison attestée par Jamblique
fixait la naissance de Pythagore à une des trois années 588/7,
587/6, 586/5.
Préciser davantage paraît impossible.
Dans le
tableau ci-dessous, montrant la refonte dont le système de Timée
a été l’objet, je n’ai choisi la troisième date que pour des raisons de commodité.
(Les indications de la colonne de droite
pourraient y être remontées d’un an ou deux).
circa
Timée
Version
5986/5
569/8
arrangée
naissance
naissance
premier départ de Samos
(pour l’Égypte, via Milet ®)
début du séjour en Égypte
565/4
543/2
début du séjour à Babylone
531/0
début d’un nouveau séjour à
Samos
|
529/8
départ de Samos
deuxième départ de Samos
(pour I’ Egypte)
et installation 4 Crotone
70 Il est improbable que Timée ait mentionné l'étape de Milet.
Elle apparaît
plutôt comme un remaniement, destiné à expliquer commodément les relations de
Pythagore avec les maîtres milésiens qu’on lui accordait parfois : Thalès (JAMBL.,
Vie de Pyth., 11; 13-14) et Anaximandre (APuLÉE, Flor., 15, 20; JAMBL., o.l., 11;
Porpu., Vie de Pyth.,
2; 11).
Ne perdons pas de vue que Pol. 52, date à laquelle
Pythagore serait parti de Samos la première fois, passait justement pour marquer
l’acmé d’Anaximandre.
Le renseignement selon lequel Pythagore aurait été élève
de ce dernier, PORPHYRE (0./., 2) l’attribue nommément à Apollonios.
Page 22
View in PDF(opens in a new window)début du séjour à
début du scholarchat
Babylone
514/3
installation à Crotone
509/8
début du scholarchat
494/3
départ de Crotone
[départ de Crotone pour
Métaponte]
pour Métaponte
487/6
mort
470/69 mort
Né quelque 17 ans plus tôt que Timée ne l’avait admis, Pythagore, selon le système retouché, mourait aussi quelque 17
ans plus tôt.
Par là s’explique peut-être que, dans son long
récit des persécutions dirigées contre les Pythagoriciens, — un
récit dont les éléments principaux, en derniére analyse, remontent indiscutablement à
LI
Timée 7, — Jamblique
(Apollonios)
soit si discret sur les derniéres activités du Maitre et les enveloppe d’une sorte de brume d’où émerge brusquement la nouvelle du décès 72.
71 JamBL., o.l., 254-264. Voir A. DELATTE, dans Revue de l’instr. publ. en Belgique,
52 (1909), pp. 90-97. Mais aussi K. v. Fritz (Pyth. Politics in South. Italy, 1940,
pp. 55-65), qui relève dans la narration de Jamblique (Apollonios) plusieurs détails manifestement étrangers à la doctrine de Timée et prouvant que celle-ci a été
l’objet d’altérations et d’additions maladroites,
7 JAMBL., o.l., 255.
Sur le caractère confus de ce passage, voir A. DELATTE,
dans Le Musée belge, 1920, pp. 9-10. — Timée situait vers 494/3, bien aprés la destruction de Sybaris (511/0), le moment où Pythagore quitta Crotone pour Métaponte. Dans le système retouché, le second événement apparaît tout proche du
premier (cf. d’ailleurs supra, p. 163). Ceci nous permet de laisser son sens le plus
naturel à la phrase qu’on lit chez Jamblique: &nei dé Zvbaotv éyeigwoavto,
xaxetvos ane [Contra: DELATTE (l.t., p. 9, n.2), pour qui la proposition temporelle enregistrerait un départ postérieur de quelque quinze ou vingt ans à la prise
de Sybaris]. — La divergence entre Timée et Jamblique (Apollonios) quant à la
date du départ pour Métaponte me parait rendre compte d’une variante possible
sur laquelle K. v. Fritz a attiré l’attention (0./., pp. 45-47). Cette variante concernerait la lutte entreprise par Pythagore contre la vie d > luxe et de mollesse à laquelle
les Crotoniates s’abandonnaient. Tandis qu’un fragment de T'IMÉE (566 F 44 J.)
mentionne une tour de Crotone uera ro E£eleiv ZvBaoitas et peut concorder,
par conséquent, avec l’idée d’un séjour que Pythagore aurait prolongé dans la ville
jusque vers 494/3, Justin (TROGUE-PoMPEE) expose un long programme d’austérité
du philosophe en le rapportant à l’époque où les Crotoniates venaient d’être écrasés
par les Locriens et, découragés, risquaient de sombrer dans la mollesse (XX, 4,
1-16). Ses principales notes biographiques sur Pythagore (XX, 4, 2-5), où nous
Page 23
View in PDF(opens in a new window)Un détail encore exige un mot de commentaire: si, chez
Jamblique, le départ d’Egypte et l’arrivée à Babylone sont
datables de 543/2 environ, comment ce biographe a-t-il pu
retenir
Vindication
tao
Tor
tod Kaußdoov
alyualwrıodeis,
puisque Cambyse ne monta sur le trône qu’en 529 73?
L’anachronisme est flagrant, mais ne nous posera pas de problème
:
à partir du moment où l’on commettait l’erreur de croire que
Polycrate était déjà tyran vers 569, on pouvait facilement se
laisser entraîner à méconnaître la date réelle du roi perse,
qu’une tradition ancienne et solide désignait comme son contemporain “.
Cependant, la mention de Cambyse, bien que très
apte à faire comprendre pourquoi Pythagore passa d’Egypte
à Babylone, ne figure n1 chez Strabon, ni chez Porphyre, ni
chez Diogène Laërce, dont les données, quant aux voyages,
sont apparentées à celles de Jamblique. Nous pouvons supposer
que le nom de Cambyse a été, après coup, réintroduit dans la
version arrangée.
De même, je verrais volontiers une variante secondaire dans
la façon particulière dont Diogène et Porphyre (d’après Antiphon) justifient le premier éloignement de Samos.
Si Pythagore,
chez ces auteurs, ne fuit pas la tyrannie de Polycrate, mais est
en assez bons termes avec lui pour avoir droit à une lettre de
recommandation auprès d’Amasis, c’est parce qu’une telle présentation des faits rendait plus vraisemblable le retour ultérieur
a Samos : après ses voyages d'instruction, le philosophe regagnait
avons reconnu un reflet assez exact du système de Timée, Justin les intercale dans son
commentaire de la défaite subie par Crotone et des conséquences, finalement heureuses, qui en découlèrent. Rien ne nous interdit d’attribuer à ce commentaire une
source différente.
La luxuria des Crotoniates vaincus s’y comprend beaucoup
moins bien que, dans le fragment de Timée, la tovg7) des Crotoniates vainqueurs,
contaminés en quelque sorte par le mode de vie des Sybarites.
La bataille que
Justin raconte est celle de la rivière Sagra, qui eut lieu à une date proche de 530 :
cf. J. S. Morrison, dans The Class. Quart., nouv. s., 6 (1956), p. 143.
Trogue-
Pompee n’a-t-il pas suivi ici le système retouché? Timée pouvait mentionner un
«réarmement moral» de
Pythagore après 511/0.
Crotone (l'expression est de
Morrison)
entrepris par
Mais, dans le système retouché, qui, vers cette date, le
transférait à Métaponte, il fallait que le philosophe eût agi plus tôt, grosso modo
entre 530 et 510.
78 JAMBL., Vie de Pyth.,
9 Hor., III, 44; Thuc., I, 13, 6. Cf. Ps.-JamBL., Theolog. arithm., 40 (p. 53, 3-4
De Falco).
Page 24
View in PDF(opens in a new window)un Etat où il avait lieu de croire que le gouvernement lui serait
encore favorable.
Chez Jamblique, on trouve une autre sorte
d’accommodation:
la premiére fois,
Pythagore se soustrait a
la tyrannie de Polycrate, la seconde fois 4 un régime politique
qui n’est plus la tyrannie (sans que, pour autant, le lecteur ait
été instruit de la chute de cette derniére).
indique-t-il, en les
Encore Jamblique
entremélant trés curieusement,
deux versions différentes de la maniére dont Pythagore se serait occupé,
dans l’île, avant de partir pour l'Italie #5.
D’après l’une, il
aurait ouvert une école, mais sans succès réel; d’après l’autre,
ses
concitoyens
et d’honneurs.
enthousiastes
l’auraient
surchargé
de
tâches
Il y a, dans cette divergence même et dans les
contaminations auxquelles elle donne lieu, la trace de remaniements accessoires — d’autant plus évidents quand Jamblique
explique le départ pour l'Italie, entre autres raisons un peu
moins niaises, par le fait que Pythagore entendait imiter les
philosophes ses prédécesseurs en allant, comme eux, mourir à
l'étranger 7°,
Dans l’adaptation que nous venons d’examiner, l’ol. 52 est
celle où Pythagore s’embarqua pour Milet et l'Égypte.
Mais
il semble que certains anciens, poussant plus loin la méprise,
aient daté d’alors le passage en Italie même. En effet, Jamblique,
Himérios, un anonyme, Tzetzès décrivent des relations que le
philosophe
aurait
eues
avec
Phalaris,
le tyran
d’Agrigente.
Selon Jamblique, c’est comme prisonnier de celui-ci qu’il serait
devenu l’ami d’Abaris et qu'il aurait eu l’occasion, tout en
définissant sa propre
mission,
de condamner hautement les
excès de la tyrannie: un conte filandreux, qui sert à illustrer
l’avöosia
pythagoricienne
et
s’achève sur la mort du cruel
monarque, égorgé par des conspirateurs le jour même où il
aurait été prêt à faire exécuter ses deux hôtes 77.
Himérios,
lui, raconte en bref que Pythagore, mandé par Phalaris, entreprit de redresser son caractère, n’aboutit à rien et se résigna
finalement à quitter la Sicile 78. Dans
x
.
les Lettres
qu’un faus-
75 JAMBL., o.l., 20-28. Voir l’analyse de K. v. Fritz (Pyth. Politics in South. Italy,
1940, pp. 51-53).
76 JAMBL., o.l., 28.
78 HimÉrIOS, 48, ll. 215-223 Colonna.
77 Ibid., 215-222,
Page 25
View in PDF(opens in a new window)saire lui a attribuées vers la fin du ıv® siècle de notre ère, Phalaris apparaît pétri de bonnes intentions, loue l’enseignement de
Pythagore, s'adresse
à lui pour l’inviter,
à sa cour depuis quatre mois ®.
se félicite de l’avoir
Quant à Tzetzès, qui s’est
inspiré de ces apocryphes, il souligne ce que le commerce en
question avait de remarquable si l’on songe à la réputation de
Phalaris 8°.
Deux traditions chronologiques ont été conservées
à propos du tyran.
L’une le met au pouvoir durant tout le
troisième quart du vire siècle 81 : dépourvue de valeur historique,
puisque
Agrigente
fut
seulement
fondée
quelques
dizaines
d’années plus tard ®, elle se présente aussi comme incompatible
avec les biographies pythagoriciennes d’Aristoxène, de Timée,
d’Eratosthene, ou même des auteurs qui ont vu dans le philosophe un contemporain de Numa (714-672) 88.
L’autre tradition accorde à Phalaris un règne de seize ans qui aurait
débuté à Vol. 52.
sèbe 84.
Ce dernier chiffre doit avoir été celui d’Eu-
Et il est expressément attesté dans la Souda, s.v. Dá-
Aagis ©:
"Axpayavrivos,
tvoarrmoas dé Zixellas ÖAns
nara Tv
vB" oAvunıdöa.
A mon sens, c’est parce que Pythagore, lié à une fausse datation de Polycrate, semblait avoir quitté Samos à Pol. 52 que
79 Ps.-PHALARIS, 23, pp. 413-414 Hercher (invitation à Pythagore) ; 56, p. 422
H. (invitation à Abaris, suivie d’une réponse méprisante de ce dernier: 57, p. 422
H.); 74, p. 428 H. (à Orsilochos,
pour lui faire savoir que Pythagore, jadis récalcitrant, a fini par céder aux pressantes sollicitations dont il était l’objet et que son
séjour en est au n&untov Nön ijva). — Sur les 148 lettres que comprend l’œuvre
du faussaire, cf. Th. LENSCHAU, art. Phalaris, dans RE, XIX, 2 (1938),
1652.
80 TzerzÈs, Chil., V, 952-954; XII, 459-463.
81 Dans la version latine de la Chronique d'EuskBE, due à s. JEROME, la tyrannie
de Phalaris est assignée à l’année 652 (p. 95 b Helm?), sa chute à l’année 625 (p.
97 b H.?).
Dates correspondantes dans la version arménienne: 650/49
(p. 185
Karst) et 623/2 (p. 186 K.).
8 Cf. R. Van ComPERNOLLE, Étude de chronol. et d’historiogr. siciliotes, 1960, p.
399, n.
1.
8 Sur le synchronisme avec Numa:
226.
Cf. infra, p.
F. Jacosy, Apollodcrs Chronik, 1902, pp. 225-
177 et n. 91.
84 Dans la version latine de s. JÉRÔME (p. 101 b H.?), Phalaris réapparaît à l’ol
52,2 (571/0) [ita ad 571 OP, ad 572 L, ad 570 MN, infra 569 A, ad 567 B] et la notic.
est ainsi libellée:
Falaris tyrannidem exercuit annis XVI.
l.l. (qui accepte les dates extrêmes de c. 571 et c. 555).
85 Souda, D 43 Adler.
Cf. VAN COMPERNOLLEE
Page 26
View in PDF(opens in a new window)certains auteurs lui ont imaginé des accointances avec Phalaris.
Il leur suffisait de placer alors une visite aux Grecs occidentaux pour pouvoir broder sur le vieux théme de la confrontation entre philosophe et monarque *.
Une
nouvelle étape de l’exposé va nous permettre d’étayer
l'interprétation
ci-dessus
en
produisant
d’autres témoignages
où le voyage en Italie a été avancé de 10 olympiades par rapport à une tradition connue.
Dans un des derniers paragraphes de sa
Wie de Pythagore,
Diogene Laérce situe ainsi le personnage 5’ :
Nnuale de
nai xatà tHy
C’est une date (540/39-537/6)
ÉEnxootTyv
oAvunıdöda.
que nous n'avons pas encore
rencontrée pour l’acme.
Non sans quelque hésitation, Jacoby
suggérait d'écrire:
<ôevtéoar xai> éEnuoothy 8.
79
Cette
addition ne se justifie pas, car s. Augustin confirme la leçon
des manuscrits de Diogène en faisant coïncider la maturité de
Pythagore
(coepit excellere atque cognosci) avec l’époque où
termina la captivité juive (538) 9%.
se
Comme on Pa vu au début
de la présente étude, l’ol. 62 est probablement celle où Polycrate inaugura son pouvoir personnel. Auparavant, il gouvernait associé à ses deux frères, Pantagnotos et Syloson. Quoique
le pouvoir commun apparaisse à l’ol. 61 dans les versions latine
et arménienne de la Chronique d’Eusébe, on a des raisons de
croire que la tradition en assignait plutôt le début à Pol. 60 *o,
De quoi nous déduirons que les témoignages de Diogéne Laérce
et de s. Augustin reflètent une variante du système habituel:
Pacmé de Pythagore, au lieu d’être rapportée à l'instauration
de la monarchie, correspondait parfois au coup d’État, au commencement du règne tripartite (cf. chez Diogène: fxuaêe de
x ai ..).
On s’attend à trouver des textes d’après lesquels le
86 Sur le récit de Jamblique, qui remonterait à Apollonios, voir E. ROHDE,
dans Rhein. Mus., 27 (1872), pp. 54-55 [= Kl. Schr., 1901, II, pp. 164-166].
87 Dioc. L., VIII, 45.
88 JacoBy, 0.l., p. 220.
Mais cf. p. 225 (en haut).
89 Auc., De civit. Dei, XVIII, 37. Cf. A. DELATTE, La Vie de Pyth. de Diog. L.,
1922, p. 250.
9 Pour être précis, à l’année 538:
voir la démonstration de Th. LEnscHAU
[art. Polykrates (1), dans RE, XXI, 2 (1952), 1727-1728].
Page 27
View in PDF(opens in a new window)philosophe aurait gagné l’étranger pour échapper, non à Polycrate seul, mais aux trois frères. Il en existe effectivement, et
ils concernent son séjour sur le sol italien. Ovide évoque en
ces termes la présence de Pythagore à Crotone 9:
Vir fuit hic ortu Samius, sed fugerat una
Et Samon et dominos odioque tyrannidis exsul
Sponte erat ...
D’autre part, dans une lettre apocryphe que reproduit Diogéne
Laërce, Anaximène loue Pythagore de l’heureuse inspiration
qui l’a déterminé à passer de Samos à Crotone, où il vit en
paix.
Cependant que Milet connaît une situation troublée et
que, sur mer, les fils d’Atakès commettent d’intolérables méfaits
(oi dé Aláxeos naldes Ghacta
xaxa ¿od0vo:) ”.
Les indications d’Ovide et du pseudo-Anaximène suggèrent que l’arrivée
de Pythagore en Italie, comme son acmé, pouvait être datée de
lol. 60.
Or cette variante chronologique, à l’égal de la tradition qui
situait les deux événements sous la tyrannie personnelle de
Polycrate (ol. 62), a subi l’altération remarquable d’un décalage de 40 années vers le haut. On lit chez Denys d’Halicarnasse % :
ITvOaydgac de peta THY
nevınzoortNnv
ökvunıdda
diétorpev Ev ‘Italia.
Ce chiffre ne provient pas d’une corruption : il est garanti par
le contexte. Denys entend prouver que Pythagore ne saurait
avoir vécu du temps de Numa:
plaçant l’avènement de ce
dernier Eni Tic éxxadexdtno 6Avuniddos pecodons,
au milieu
de la 16° olympiade (716/5-713/2), soit en 714, il affirme que
91 OviDE, Métam., XV, 60-62.— Le détail retenu au v. 61 a d’autant plus de
valeur qu'il ne cadre pas du tout avec la chronologie d’Ovide. Celui-ci, en effet,
a centré tout son récitsur la tradition légendaire qui présentait Pythagore comme un
contemporain de Numa. Touchant les raisons qui l’y ont poussé, voir R. CRAHAY-
J. Hupaux, Sous le masque de Pythagore, dans Ovidiana, Paris, Les Belles Lettres,
1958, pp. 290-291.
22 Dioc. L., II, 5 (= Epistologr. gr., p. 106 Hercher).
Diogéne a emprunté ce
document a une collection, 4 un corpus épistolaire d’origine tardive, qu’il utilise
en nombre d’autres endroits: voir DELATTE, 0./., pp. 61 ; 253.
93 Denys D’HALIC., Ant. rom., 11, 59, 2.
Page 28
View in PDF(opens in a new window)4 générations pleines séparent les deux hommes.
Selon l’usage
le plus répandu, il a estimé la durée d’une génération à 33 1/3
années et, dès lors, son calcul est correct: 133 ou 134 années
après Numa (714/3) nous mènent vers la date de 580, c’est-àdire au commencement de lol. 50.
Si Pythagore devait avoir
séjourné en Italie après cette date, c’est apparemment parce
qu’elle était censée avoir vu son arrivée.
Clément d’Alexandrie attribue à un certain Antilochos la
mention d’un intervalle de 312 années (#77... Ta ndvra totaxdola Ow@dexa) entre 1 Ava de Pythagore — autrement dit
son acmé — et la mort d’Epicure *,
Comme celle-ci eut lieu
la 2° année de Pol. 127 (271/0), l’auteur cité prenait comme
origine la 2° année de Vol. 49 (583/2) ou, plus probablement
(ci. ra ndvra) la 3° (582/1). Nous tenons peut-être ici une donnée partiellement comparable à celle de Denys. Il est permis de
supposer que la source d’Antilochos fixait implicitement l’acmé
de Pythagore à l’ol. 50 et donnait Pythagore comme postérieur
de 4 générations à Numa. Sur la foi de ce dernier renseignement,
Antilochos aurait compté inclusivement 134 années depuis 715/4
(ol. 16, 2) ; ou bien, n’arrondissant pas le produit 33 1/3
x
4 à Punité supérieure, il aurait fait son calcul soit depuis 715/4
(inclusivement ou exclusivement),
soit,
inclusivement,
depuis
714/3 (ol. 16, 3).
Une derniere concordance interessante nous est fournie par
une information sur
Anaximandre.
Ona
vu que l’acm?
théoriquement exacte de ce philosophe, Pol. 52, se trouvait,
par occasion, regardée à tort comme époque de Polycrate
:
il est remarquable que Cyrille, pour sa part, ait mis la maturité
d’Anaximandre à l’ol. 50, comme s'il substituait la fausse date
du règne tripartite à la fausse date du pouvoir personnel *.
Faisons maintenant le point.
à
trois
Diverses
personnages — Anacréon,
traditions
Anaximandre
et,
relative,
surtouts
94 ANTILOCHOS, dans F.H.G., IV, p. 306 Müller = ap. CLÉM. D'ALEX., Strom.,
I,
80,
2 (p.
52,
7-10
St.). — Sur
l’équivalence
ñátxia = aetas = dxun, voir
E. ROHDE, Studien zur Chronol. der griech. Litteraturgesch., dans Rhein. Mus., 36 (1881),
p. 533, n. 1 [= Kl. Schr., 1901, I, p. 68, n. 1]; Jacosy, o.l., p. 223, n. 10.
9 CYRILLE, C. Jul., 1,13 (p. 521 A Migne):JZevtnxooti öAvunıdöı Eyvwoiodncav oi Enta oopoi, xai
PUOLAGS.
6 Milmoios
Avagé tuarvdgoos
qguôcopoc
Page 29
View in PDF(opens in a new window)Pythagore — ont été corrompues par la liaison même que l’on
établissait, selon un procédé ordinaire dans la chronographie
des anciens, entre chacun d’eux et une célébrité de l’histoire
politique: en l’occurrence, le tyran Polycrate de Samos.
Les
deux dates-repères qui servaient pour celui-ci, et qui correspondaient à ses deux coups de force (l’un contre les Samiens,
l’autre contre sa propre famille), nous les avons trouvées décalées de 40 ans vers le haut.
Le moyen d’expliquer cette erreur
grossière ? Je n’en vois pas d’autre que l’ambiguité d’une forme
verbale yéyove
et présumerai
donc
que, rapportée tantôt à
Pol. 52, tantôt à Pol. 50, la naissance de Polycrate (yéyove ILoAvxodtns) a été interprétée comme son acmé, conformément à la
valeur la plus habituelle du parfait second.
Mais un historien
ou un biographe ne saurait avoir assuré à une telle bévue la
diffusion qu’implique la diversité de nos témoignages.
Dans
le cas de Pythagore, la déformation qu’a subie le système de
Timée ne se conçoit que si Polycrate apparaissait simultanément
à Pol. 52 et à Pol. 62.
Cette particularité nous oriente vers un
type d'ouvrage bien défini: la table
chronologique,
susceptible d’interpolations et ouverte à des datations contradictoires (comme celles que l’on relève, çà et là, dans la Chronique de s. Jérôme ®). Des tables de Pespéce existaient en tout
cas, suivant Jacoby, vers le début du 1° siècle avant J.-C. °7.
Or rien ne nous oblige à remonter plus haut dans le temps
:
parmi les auteurs chez qui nous avons découvert des traces d’une
fausse datation de Polycrate, aucun, semble-t-il, n’est antérieur
a Denys d’Halicarnasse et Strabon.
En ce qui concerne le
témoignage de Diogéne Laérce sur Anaximandre, nous avons
cru pouvoir dégager la responsabilité d’Apollodore.
Quant au
biographe Antiphon, dont Porphyre et Diogéne citent l’ouvrage
ITegi (tod Biov)
T@v
En’ (ou év)
Goetÿ nowtevodrtwyr, C'est
pour le reste un parfait inconnu ®: pas plus que le mystérieux
% Par exemple pour Phalaris: supra, nn. 81 et 84.
97 JacoBY, o.l.,p. 49.
98 Cf. Wissowa, art. Antiphon (16), dans RE, I, 2 (1894), 2529; Ed. ZELLER,
Die Philos. der Griechen, I, 1° (Leipzig, 1923), p. 393, n.3. Dans une addition à la
note de Zeller, W. NEsTLE prétend qu’une identification avec Antiphon le Sophiste
n'est pas ganz unmöglich.
Mais si ce dernier peut avoir fait allusion (dans le fr.
19 Gernet) à la doctrine orphico-pythagoricienne de la métempsycose [cf. NESTLE,
Page 30
View in PDF(opens in a new window)Antilochos,
derrière l’autorité de
qui se retranche Clément
d’Alexandrie, il n’a des titres 4 étre placé avant la période romaine impériale %. Soulignons que Strabon connaissait déjà
le cursus vitae de Pythagore dans sa version arrangée: celle-ci,
pour l’essentiel, n’est donc pas l’œuvre d’Apollonios de Tyane,
mais d’un auteur qui avait retravaillé le témoignage de Timée
d’après une table chronologique fautive et qui, au plus tard,
écrivait sous le règne d’Auguste.
Une curieuse conséquence de l’erreur chronologique
à étudier.
quité
Il était inévitable que certains biographes de l’antieussent
une
extrêmement
haute
Polycrate.
reste
réaction
à
A
Cependant,
d’étonnement
laquelle
leur
devant
apparaissait
la
date
quelquefois
si elle avait de quoi surprendre, la
tradition en faveur de la 52€ olympiade était trop bien implantée, —
dès le début de notre ère, pour ne pas avoir l’air d’une tradition sérieuse.
Comment l’accueillir, malgré les difficultés qu’elle
entrainait? comment la mettre d’accord avec tel ou tel détail
historique qui obligeait à situer l’activité du tyran beaucoup
plus bas dans le temps 12%?
Une solution rudimentaire du problème a laissé des vestiges chez Strabon et chez Jamblique
:
ils notent que Polycrate, quand Pythagore adolescent s’éloigna
de lui, était seulement à l’aube de son pouvoir (quouérny tv
Bemerkungen zu den Vorsokratikern und Sophisten, dans Philologus, 67 (1908), pp. 571-
572], il reste à cent lieues des préoccupations strictement biographiques qu’avait,
selon toute apparence, l’auteur utilisé par PORPHYRE (Vie de Pyth., 7-9 ; cf. JAMBL.,
Vie de Pyth., 27) et par DiocÈNE LAËRCE (VIII, 3).
% On a voulu corriger le nom ”Avridoxoc soit en "Avrioxog soit en ’Avtiyovoc.
Ni l’une ni l’autre de ces corrections n’est de nature à s’imposer. Cf. SCHWARTZ,
art. Antigonos (18), dans RE, LI., 2421, ainsi que la note d’O. STAHLIN à CLÉM.
D’ALrx., Strom., I, 80, 2.
.
100 LUCIEN ne s’en est guère soucié dans son Charon, où il imagine une conversation entre Hermès et le nocher des enfers. Ala veille de la bataille de Sardes (§ 9),
les deux personnages promènent leurs regards sur le monde terrestre.
vent diverses célébrités, parmi lesquelles ZloAvxoarnv ..
Ils y aperçoitov Zduov tópavvov
navevôaiuova nyovpevoy elvaı ($ 14). La date fictive du dialogue, révélée entre
autres détails par la proximité de la défaite lydienne, est la 58€ olympiade.
Aussi
G. Fr. UNGER en a-t-il déduit que le règne de Polycrate avait commencé dès 547/6
(dans Sitzungsb. ... der k. bayer. Akad. der Wiss., 1883, p. 152). En réalité, Lucien
doit simplement avoir utilisé, sans esprit critique, une table chronologique où le
tyran figurait à Pol, 52 (ou 50), ainsi qu’à Pol. 62 (ou 60).
Page 31
View in PDF(opens in a new window)tvoarvida, dnopvouévyns dé doti Ts ... Tvoarvidoc) 1.
Et Apulee, sur ce point, est avec eux en rapport de source (ferme id
aeui, quo Polycrates Samum potiebatur ... quippe eo commodum dominari orso ... 1%), Mais une interpretation plus ingénieuse devait voir le jour: pour n’avoir pas à admettre un règne d’un
demi-siècle qui ne cadrait guère avec les idées reçues, il arriva
qu'un érudit imagina un autre Polycrate, prédécesseur et père
du fameux souverain.
Par là s'expliquent, à mon sens, deux
témoignages tardifs qui concernent l’un Ib ycos, l’autre A n acréon.
Dans la notice que la Souda consacre au premier de ces lyriques figurent, entre autres, des renseignements sur son lieu
de naissance et sur l’époque de son passage à l’étranger 19:
... Né à Rhégion.
De la il se rendit à Samos, quand le gouvernement y était entre les mains de Polycrate, pere du tyran.
C'était l’époque
de Crésus, Polympiade 54 ...
Teveı
“Pnyivos.
°Evdévde
eis
Zauov
Ader,
ote
abtic ñoyev 6 Ilodvxpárnc, tod tvpdvvov ratio. Xodvos
de oôtoc 6 Ext Kocioov, GAvuniac v0’...
Selon une indication formelle d’Hérodote, le tyran Polycrate
était fils d’Aiakés, non d’un homonyme, et il avait obtenu le
pouvoir par la force, sans que son père, semble-t-il, eût régné
avant lui 14, Aussi les historiens de la littérature ont-ils proposé
plusieurs corrections, visant à faire rentrer la Souda dans l’orthodoxie 1%,
On ne peut rien retenir de leurs tentatives.
C’est
précisément à l’ol. 54 (564/3-561/0) que Crésus passait pour
101 STRABON, XIV, 1, 16 (638 C.) ; JamBL., Vie de Pyth., 11.
102 ApuLEE, Flor., 15, 3. De ces indications l’auteur lui-même distingue nettement
celles du $ 14 (Sunt qui Pythagoran aiant ...), où se reflète la doctrine professée par
Timée.
103 Souda, I 80 Adler.
104 Hpr., III, 39.
105 Ainsi : TOÚ Tvodvvov N O LN TÍ
6, rapporté à Ibycos, sujet de 7740ev [Th. Pa-
NOFKA, Res Samiorum, Berlin, 1822, p. 30]. — IloAvxodrnc,
x0% (ou Ty
tvodvvw»)
no&roc
carminum reliquiae, Goettingue, 1833, pp. 17-18].
6 TOD
tvoavvi-
[Fr. G. SCHNEIDEWIN, /byci Rhegini
— dote
Aidxns hoyer, I 04 vxo dTtovg TOO tuodvov mato [A. v. GurscHMID, ap. H. FLacH,
griech.
Lyrik, Tubingue,
Gesch. der
1884, p. 524, n. 4; cf. J. M. Epmonps, Lyra Graeca, 11
(1924), p. 78, n. 2]. — dre aùriis joyeyv 6 Ho Avxodtovsg tov tvedrvov
mato [W. Scumip, Gesch. der griech. Liter.,
I (Munich, 1929), p. 490, n. 2].
Page 32
View in PDF(opens in a new window)être monté sur le trône 198: modifier le chiffre transmis serait
donc peu raisonnable. Ce que l’on sait de la méthode des anciens en matière de chronologie littéraire donne à croire qu’Ibycos a été daté de Vol. 54 parce qu'il faisait allusion au règne,
voire à l’avènement du Lydien 197.
Seulement, ses poèmes le
désignaient aussi comme un contemporain
de
Polycrate —
mieux: comme un familier de la cour samienne 19,
La Souda
(Hésychios de Milet) nous offre une conciliation des deux synchronismes.
Et cette conciliation implique, si je ne me trompe :
1° l’utilisation d’une table assignant le règne de Polycrate à
Pol. 52, puis a Pol. 62; 2° un effort critique, maladroit mais
réel, inspiré par la conviction que le personnage de Pol. 52,
capable d’avoir encore gouverné Samos à l’ol. 54, était trop
ancien pour pouvoir être identifié avec
Passons au cas dd Anacréon.
le célèbre tyran.
L’usage était de le situer
dans le temps en fonction de Polycrate, dont il
chantre
attitré 1%.
Toutefois,
une
avait été le
tradition divergente,
vrai-
106 Dans la version latine (s. JÉRÔME) de la Chronique d'Eusèse (p. 102 b Helm?),
l'avènement de Crésus apparaît au milieu de l’ol. 54.
Cependant que, dans la version arménienne (p. 188 Karst), c’est l’ol. 55, 1 qui est donnée comme première
année du règne. Mais R. VAN COMPERNOLLE l’a bien montré (Étude de chronol. et
d’historiogr. siciliotes, 1960, pp. 104-119) : les sources classiques se ramènent toutes
à quatre systèmes considérant 547/6 (l’année d’avant la chute de Sardes) comme
la 15° année du règne de Crésus. Ce qui correspond à ol. 54, 4 (561/0) comme
date de l’avènement: cf. WEISSBACH, art. Kroisos,
dans RE,
Suppl., V (1931),
457.
107 Aucun fragment d’Ibycos ne renferme d’allusion certaine à Crésus ni à son
empire.
Peut-être était-il question d’eux dans le poème d’où provient le vers oÿ0ë
Kväças 6 Mnöeiwv oroarayós (fr. 18 Diehl?), lequel semble témoigner, à tout le
moins,
d’un intérêt pour l’«actualité
asiatique».
C.
M.
Bowra (Greek Lyric
Poetry?, 1961, p. 247) attire également l’attention sur la citation non textuelle du fr.
48 Bergk*,
concernant l’Asopos de Corinthie, rivière qui, selon Ibycos, prendrait
sa source en Phrygie et coulerait donc sous la mer avant de baigner Sicyone
; il
soupçonne dans cette interprétation géographique (cf. Paus., II, 5, 3) comme une
volonté de symboliser l’alliance conclue entre Crésus et les Spartiates, maîtres du
Péloponnèse (Hpr., I, 68-69).
108 Touchant son séjour en Zonie et son adhésion aux mœurs de la région,
cf.
ARISTOPH., Thesm., 160-163 ; Proverbia e cod. Bodl., 203, p. 20 Gaisford. — Un long
fragment d’IBycos, retrouvé sur papyrus, contient en toutes lettres le nom de Polycrate, 4 qui le poète a dédié son ode (fr. 3, 47 Diehl?).
109 Supra, p.
Page 33
View in PDF(opens in a new window)semblablement
fondée elle aussi sur le contenu de certains
vers, le présentait comme un contemporain de Cyrus 1°.
Elle
est attestée par Zénobe HI:
"Avaxoéortt,
ds
ixuace
puadiota
xata HKopov tov
ITéoonv.
La Souda la rapporte également, en l’opposant à celle qui a
fourni le point de départ de toute notre étude H?:
’Avaxo&wv
Trios:
...
yéyove
xata JloAvxodrnv
tov
Zduov téoavror GAvunidds vB : oi de Ext Kioov xai KappÜoov tattovow aùtov xata nv ve OAvunıdöa.
Le verbe rárro appartient au langage technique des chronographes: il est employé pour la fixation de Pacmé 38,
Ainsi,
à côté du synchronisme avec Polycrate, qu’elle a ici recueilli
sous sa forme décalée et fautive (ol. 52), la Souda note que certains auteurs plaçaient l’acmé d’Anacréon à Pol. 55, sous Cyrus
et Cambyse.
Cette derniére expression n’aurait de sens que si
elle concernait le moment où le pouvoir passa d’un roi à l’autre
(530/29 = ol. 62,3) : plusieurs modernes ont donc corrigé ve’
en &§’ 4, Mais on ne les suivra pas dans cette voie : le chiffre
doit être correct, car c’est celui de l’olympiade à laquelle on
110 Réfugié participant à la colonisation d’Abd£re, il avait vécu le siège de Téos
que conduisait le Méde Harpage, lieutenant de Cyrus (Hpr., I, 168) : cf. STRABON,
XIV, 1, 30 (644 C.) ; Anacr., fr. 100 Gentili (= 67 Diehl?). D’autre part, le trimètre proverbial zdla xot’ foav ähximor Milmouor (Anacr., fr. 53 G. = 86
D.?) est probablement à mettre en rapport avec la lutte qui opposa Polycrate à
Milet, la seule cité qui eût pactisé avec les Perses (Hpr., III, 39; cf. Ps.-ANAXIMÈNE, ap. Dioc. L., II, 5).
Bref, les occasions de mentionner Cyrus ne paraissent
pas avoir manqué au lyrique Anacréon.
111 ZÉNOBE, V, 80 (I, p. 152 Leutsch-Schneidewin) [précisément à propos du
fr. 53 G. mentionné dans la note précédente].
112 Souda, A
1916 Adler.
113 E, RomDE, dans Rhein. Mus., 33 (1878), p. 185 [= Kl. Schr., 1901, I, po. 140141].
114 T. LEFEBVRE (FABER), ap. W. BAXTER - J. Fr. FiscHER, Anacreontis Teti carmina’, Leipzig, 1793, p. 280; Ronpe, /.l., p. 190, n. 1 [= Kl. Schr., I, p. 146, n.
1]; H. Fracu, Gesch. der griech. Lyrik, 1884, p. 523, n. 1. — Plus exactement: ils
ont corrigé en Ef” les leçons corrompues ne’ ou xe' qu'offraient autrefois les éditions
de la Souda.
Page 34
View in PDF(opens in a new window)rapportait ordinairement
l’avenement
de Cyrus 15.
Faut-il
pour autant, avec Adam Daub, considérer les mots xai Kaußdoov
comme une addition négligente, sans rapport avec la donnée
numérique 46? Vu que le témoignage de Zénobe ignore Cambyse, on mhésitera pas à écrire dans la Souda ou, tout au moins,
a restituer dans sa source (Hésychios de Milet) :
... Où dé Ett Kvoov
tot
Kaußvoov,
une façon de désigner Cyrus qui n'est pas sans parallèles 17:
Les anciens combinaient parfois leurs deux repères, comme
le révèle une indication d’Athénée 18
:
... Avaxoéovta, tov uév xata Kigov xai
Ilolvxodtny
VEVOMEVOY.
Cyrus n’étant pas mort avant 530/29, l’olympiade 62 aurait
convenu à l’expression absolue des deux dates relatives. Mais
l’ol. 55 ne faisait pas moins bien l’affaire si l’on raisonnait pour
Anacréon de la même façon que pour Ibycos. Je crois retrouver
la trace d’une telle opération dans le discours d’Himérios Eis
tov IlouBätoy “PwpyatovTM®, Il s’agit d'une œuvre conservée
seulement en partie. Himérios s’y adresse à Privatus, un Romain qui éduquait le fils du proconsul P. Ampelius. Ce qui
est parvenu jusqu’à nous consiste en un rappel de l’heureuse
influence exercée par trois maîtres sur leurs élèves respectits:
par Solon sur le Scythe Anacharsis, par Anacréon sur Polycrate, par Pélée sur Achille. Voici le texte que la tradition
manuscrite fournit pour la fin du premier exemple et pour l’ensemble du deuxième :
xai éxddAet -- circa 35 -- [r]eo xodo0er nolldxic ¿xl tHY
7
4
A
moinow, wa xai
Pad
là
“Avdyagotc - - c. 35 -- uv, xal Tag
>
y
diliovs Adyous einelv, ofc pällov dv tig TO TODOE mua... NV
115 Selon la version latine (s. JÉRÔME) de la Chronique d’EuskBe, la 1** année du
regne de Cyrus aurait été ol. 55, 1 (p. 102 a Helm?) ; selon la version armenienne,
ol. 55, 2 (p. 188 Karst). En fait, il n’y a jamais eu qu’une seule tradition classique:
celle qui rattache la prise de Sardes (546/5) aux années XIV-XV du régne de Cyrus
(R. VAN CoMPERNOLLE, Etude de chronol. ei d'historiogr. siciliotes, 1960, p. 119).
116 Ad. Daus, dans Neue Jahrb. für Philol. u. Pädag., 121 (1880), p. 26.
17 Hpr., I, 46 (üxo Köoov tot Kaufúceow) ; 207 (Kiodv ye tov KauBÜoew) ;
Lucien, Charon, 9 (Köoog .. 6 KauBdoov) ; ÉLIEN, Hist. anim., VII, 11 (6 Kaußöcov
Köoos 6 Ereoog).
118 ATH., XIII, 599 C.
119 Hım£rıos, 29 Colonna.
Page 35
View in PDF(opens in a new window)[olvxoätns &pnßos: 6 de IHoAvxoatns obros où Baotheds
Zduov udvor, Ga
xual tics EAAnvixic andons
Ep’ Ns yaia detterat.
Halacons
“O dy yoöv tic “Pódov IoXvxodtns
Hoa movoixns xai pelóv, xal tov matéoa Eneide ovuroûËa
AUTO Weds TOY Tic uovoınns Eomta * 6 de “Avaxoéovta TOY
ueñono:dv uetareuyduevos
didbwor
TO
TALÓL
TOÖTOV Ts
enıdvulas diddoxadov, by Y tiv Pacidixnv dpernv 6 maïs
dia Ts Adoas novor
thy
“Ounoranv
euchhe
nÂnowoer
edynr tH naroi IloAvxoareı, TÁVTA xoeioowy ÉCDUEVOS.
Quoiqu’il y ait une lacune malencontreuse 4 l’endroit précis
x
où se termine le développement sur Anacharsis et où débute
illustration tirée de l’histoire samienne 12, la conception d’Himérios apparaît clairement.
Ce sont deux Polycrate, père et
fils, qu’Anacréon aurait connus à Samos:
... Or Polycrate de Rhodes (?) aimait la musique et les mélodies,
et il persuadait son père de l’aider à satisfaire son amour de la musique.
Le père mande le poète Anacréon et l’accorde à son fils pour que lui
soit donné un enseignement conforme à son désir. Avec ce maître, l’enfant,
travaillant sur la lyre à l’apprentissage de la vertu royale, s’apprétait
à remplir, pour Polycrate son père, le vœu dont il est question dans
Homère : «il lui serait en tout supérieur» Y,
Bowra a plaidé pour l’historicité du renseignement 12,
lui, le fameux tyran est Polycrate l’Ancien.
Selon
Vivant à la cour
de ce personnage, Anacréon aurait servi de précepteur à un
12 On pourrait restituer, exempli gratia: iva xai "Avdyapoıs [ddor.
Oùtw
IloAvxodtei
goti 0’ eis xAéogs Za]uimv xai tivas àAlovc Adyove einer,
ols pdddov dv tic tO tovde [ud0or — naïs] fv Ilolvxodrnc Epnßos xt.
Traduction : ... pour qu’ Anacharsis, lui aussi, chantát.
De même Polycrate — à la gloire
des Samiens on peut faire encore d'autres récits, grâce auxquels on abprendrait à mieux connaître
la gloire de ce personnage — avait un fils pubère, Polycrate ...
La parenthèse, en tout
cas, est bien dans la manière d’Himerios : cf. 2, 1. 40 Colonna ; 3, 62 ; 133; 7, 22;
10, 23; 12, 85; 14, 9; 24, 66; 31, 43; 38, 23; 47, 10 ..., etc. Pour xAéoc: cf. 6,
349 ; 9, 164; 12, 3; 24, 22 ; 31, 65. Pour todde, puis plus loin odtoc, désignant tous
deux la même personne (Polycrate le père), cf. R. KÜHNER - B. GERTH, Ausf. Gramm.
der griech. Sprache. Satzlehre?, I (1898), pp. 644-645.
121 Cf, Hom., Z 479 (vers dans lequel Hector souhaite que l’on dise un jour
d’Astyanax: ITatods y” öde noAAöv dpelvov).
122 C. M. Bowra, Polycrates of Rhodes, dans The Class. Journal, 29 (1933-34),
pp. 375-380 ; Greek Lyric Poetry’, 1961, pp. 248-257.
Page 36
View in PDF(opens in a new window)Polycrate le Jeune, ultérieurement gouverneur de Rhodes et,
dans son adolescence quasi princiére, destinataire du poéme
d’Ibycos où apparaît le vocatif [oléxoates 1%,
L’audacieuse
exégèse de Bowra appelle diverses objections.
La plus grave
est qu’Hérodote ignore tout du prétendu fils.
Un argument ex
silentio, certes, mais qui, en l’occurrence, ne manque pas de force :
car l'historien nous parle d'une fille du tyran et, par surcroît,
s’arrête longuement au problème que posa la succession de ce
dernier 1%,
D’autre part, dans la tradition manuscrite d’Himerios, la mention de Rhodes comporte des anomalies grammaticales qui sont le signe d’une corruption textuelle, et qui Otent
toute probabilité à l'hypothèse du commandement spécial dont
Polycrate le Jeune eût été pourvu 125.
Enfin, outre que l’ode
d’Ibycos n’a pas nécessairement été écrite pour un adolescent F6,
123 IBycos, fr. 3 D.?.
124 Hpr., III, 124; 140-149.
125 Dans 6 dn) yoöv tig “Pddov ITodvxeatne, la leçon 67 yodv paraît injustifiable.
Même dé ye est rarissime, et sauf dans your, ou dans les liaisons exceptionnelles
alia... yoûv, pév poor, la particule yody est toujours employée seule: voir J. D. DEN-
NISTON, The Greek Particles ?, Oxford, 1954, pp. 247 ; 458-459. Le génitif tij¢ “Pddov
est également très suspect comme complément du nom propre IloAvxparng : on attendrait 11.6 *Pódtoc, ou 6 ... év tH “Pdédq@ IT. ,ou mieux encore 6... tis “P. doxwv
II. A mon sens, les deux anomalies doivent être mises en relation avec une autre, que
l’on trouve à la fin de la phrase précédente.
La tradition manuscrite, réduite en
cet endroit à un seul exemplaire, présente &p’ fc yaia ópiterat. Il ne suffit pas
de corriger &p’, p.ex. en vg’ (avec H. Schenkl), pour obtenir un sens satisfaisant
:
yaía sans article ne saurait designer Samos et, surtout, c'est une forme poétique
étrangère à l’usage d’Himérios, qui emploie régulièrement y% : cf. 2, 1. 40 Colonna;
3, 133
; 5, 254; 6, 30 ; 47 ; 61 ; 244; 254;
263 ; 270 ; 276
; 277 ; 308; 348; 10, 109;
11, 1; 13, 19; 17, 6; 31, 17..., etc. C'est sur la thalassocratie samienne qu’Himerios a voulu mettre l’accent.
Je conjecturerai:
dg’ 75
"Ao ¿a doilerat. (Cf. les
fautes yv pour ’Attixy en 9, 95 ; odciay pour "Acíav en 2, 11; ddixiay pour AiGiav en 2, 122). Les mentions de l’Asie abondent dans l’œuvre du rhéteur (2, 11;
5, 226; 229; 6, 164; 228; 294; 10, 28; 12, 5; 102; 118; 14, 11; 40, 51; 41,46;
54, 56 ; 61, 28), qui pensait tantôt au continent, et tantôt, conformément à l’usage
de son époque, à la seule Anatolie (12, 118-119: ’Aoia ndoa, ody %v viv ottw
noocayopevouer, nv Tic GAns Enwvvuiav nreipov TH wéger uovo Tibéuevou, ...).
Ici, c’est la côte anatolienne qui aurait été en cause. Je croirais volontiers — entre
6 6[é] et IToAvxodrns oa... — a une glose fourvoyée et altérée fyovr tc <dvw
ou dnö tíc> “Pódov, relative à 1%c “EAA. an. Oaddoons et destinée à expliquer
comment il fallait entendre cette mer grecque par laquelle l'Asie est bornée.
(Cf.
SoLin, 40, 1: non eam Asiam loquor ..., uerum eam quae a Telmesso Lyciae incipit ...).
126 Tpycos (l.l.) promet à Polycrate une gloire impérissable (v. 47: xai 0%, IIoAvxoatec, xÀéos àäpüitov é€eic). Mais cela ne signifie nullement qu’elle doive être
assurée par une éodecca poppd, analogue à celle que possédaient Troile et le fils
Page 37
View in PDF(opens in a new window)Bowra justifie de manière peu convaincante les indications que
la Souda nous fournit sur le lyrique de Rhégion : car il faudrait
admettre,
suivant son interprétation, que,
confondant Polycrate le Jeune avec Polycrate l’Ancien, elle n’en a pas moins
donné a celui-ci un pére homonyme, déja maitre de Samos.
En réalité, Himérios doit avoir suivi une source biographique
identique
ou
analogue
à
celle dont la Souda, s.v.
nous a paru dépendre lointainement.
“IBuxos,
Le travestissement d’Anacréon en poéte-précepteur rappelle le rôle joué par le comique
Phormos à la cour du Sicilien Gélon, où il aurait été rooweds
tov nalöwv adtod !?.
Mais nous ne risquons guère de nous
abuser en y voyant, avant tout, une variante d’un des thèmes
banals de la littérature gréco-latine : celui du poète bon conseiller,
dont un souverain, roi ou tyran, s’honore toujours à écouter
les avis.
Ce qui aura fait naître l’idée d’une relation de maître
à disciple entre Anacréon et Polycrate, c’est la fixation de leur
synchronisme a Pol. 55, telle qu’elle a été expliquée plus haut.
Tout en présumant qu’à cette date — comme à l’ol. 54 dans
le cas d’Ibycos — un Polycrate l’Ancien régnait sur Samos, on
a pu s'interroger sur l’âge qu'avait alors le futur tyran, rávra
xoeioowv éoduevoc.
Qu'il dût atteindre son acmé à Pol. 62
permettait de lui accorder jusqu’à 16 ans: aussi le trouvonsnous, chez Himérios, caractérisé comme Zgnßos et tout prêt
à commencer son éducation musicale.
d’Hyllis, dont il a été question juste auparavant. En effet, aux vv. 48-48a, le poète
ajoute : (impérissable) comme, dans le domaine du chant, le sera ma propre gloire (wc xat’
[a]oıdav xai éuòv xÂéoc).
notion d’immortel renom.
A la base du rapprochement établi, il n’y a que la
Les beaux adolescents ont reçu ce privilège grâce à leur
perfection physique. Ibycos l’obtiendra à cause de son génie lyrique.
Pourquoi
le #Aéos de Polycrate, mentionné dans l’entre-deux, aurait-il nécessairement une
autre source que les qualités politiques ou militaires du personnage?
Certes, la
fin de l’ode paraît ainsi un peu abrupte, mais, n’en possédant pas le début, nous ne
sommes guère fondés à en discuter l’équilibre.
De toute manière, s’il s’etait adressé
à un Polycrate le Jeuns, comme le veut Bowra, Ibycos eût été bien mal inspiré en
l’assimilant étroitement à Troile: car celui-ci. fameux pour sa beauté, ne l'était
pas moins pour le destin tragique qu'il avait connu en pleine jeunesse.
(La mort
de Troile, tué sauvagement par Achille, était un célèbre épisode des Chants Cypriens :
voir A. Szveryns, Le Cycle épique dans l’École d’Aristarque, Liège-Paris, 1928, pp.
127 Souda, D 609 Adler.
Page 38
View in PDF(opens in a new window)Bref, il y a ici une anecdote comparable à maints traits que
nous avons vus s’introduire dans la vie de Pythagore : le double
départ de Samos, le séjour prolongé en Egypte et, surtout, les
rapports avec Phalaris.
Un des résultats de notre enquête est
ainsi d’avoir montré qu’une confusion chronologique, si elle
se
traduisait
essentiellement par des
altérations
de chiffres,
pouvait aussi étre créatrice — susciter de nouveaux détails biographiques, plus ou moins romanesques.
Avec cet ingenium uelox
que Juvénal lui a reconnu !#, le Grec jamais démuni savait
adapter les faits a ses erreurs de calcul.
>
79, rue Fraichamps, Grivegnée (Liege).
128 JUVÉNAL, 3, 73.
Jules LABARBE.