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View in PDF(opens in a new window)Mugler, Charles
Sur l'Histoire de quälques definitions de la
géométrie Greque et les rapports entre la
géométrie et l'optique
In: L'Antiquité Classique, 26 - 1957 -p.331-345
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Dore Mugler Ch.
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ILA,
MUGLER CH, Sur l'histoire de quelques définitions de la géométrie grecque
{chez les Pythagoriciens] ; cf. Sciences : Malhématigugs.
MucLER Cu., Sur l'histoire de quelques définitions de la géométrie grecque et
les rapports entre la géométrie el optique, 1: La ligne droite, &oıs, nurpóoGros, EXtytotov : AC XXVI 1957 331-345. | La définition de la ligne droite
donnée par Euclide a été précédée d’une définition par la représentation statique de la täats et d’une autre, chez Platon, qui fait appel à la représentation
optique de l'érirpéo@ros. Elle a été suivie, chez Archimède, par la définition de la droite comme chemin Je plus court entre deux points. La science
optique des Grecs a dû retourner souvent à la définition par la vdaug.
KAUM 457 51-45
Fau2g
Page 2
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ENTRE LA GÉOMÉTRIE ET L'OPTIQUE
Author(s): Charles Mugler
Source: L’Antiquité Classique, T. 26, Fasc. 2 (1957), pp. 331-345
Published by: L’Antiquité Classique
Stable URL: http://www.jstor.org/stable/41644824 .
Accessed: 07/09/2013 13:41
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View in PDF(opens in a new window)SUR L'HISTOIRE DE QUELQUES DÉFINITIONS
DE LA GÉOMÉTRIE GRECQUE
ET LES RAPPORTS ENTRE LA GÉOMÉTRIE ET L’OPTIQUE
par Charles MuGLER
I
La ligne droite: tactic, Enınpoochnaug, EAdXıoTov
La littérature scientifique des Grecs a conservé plusieurs définitions de la ligne droite; une définition qu’on pourrait qualifier
d’economique et dont la forme la plus ancienne est l’assimilation
de la droite à un fil tendu ; une définition optique, où la ligne droite
est assimilée à un rayon de lumière ; et, enfin, une définition cinématique ou phoronomique, où la ligne droite apparaît comme le
lieu des points qui restent immobiles dans le mouvement d’un corps
solide suspendu par deux de ces points.
Ces trois représentations
de la droite se trouvent réunies dans la description de l'édifice
céleste du mythe d’Er, au 10€ livre de la République de Platon.
Le fuseau de la Nécessité est « tendu » à travers le ciel et la terre (1)
et affecte donc la figure d'un fil soumis à la tdovg par laquelle
se définissait, à cette époque, comme nous le verrons, la droite
;
mais il apparaît aussi comme une «lumière directe » (2), c'est à
dire comme un faisceau délié de lumière n’ayant subi ni réflexion
ni réfraction, et satisfait par conséquent aux conditions de rectitude
que Platon lui-même formulera un peu plus tard dans le Parménide ;
faisant, enfin, fonction d’axe du monde (3), le fuseau de la Nécessité
(1) did ravrós tod ovpavod xal yc rerauevov 616 B.
(2) pòs ed0v ibid.
(3) é dé TGV dxowv tetauévov ’Avdyxns droaxtov, dv’ od mdoas Entotoépeobar Tas repupopds, 616 C.
Page 4
View in PDF(opens in a new window)répond aussi à la définition cinématique de la droite formulée par
Platon au livre IV de la République (*).
Deux de ces trois représentations sont réunies, entre autres, dans une notation du Timee,
où l’axe du monde est caractérisé comme étant « tendu » à travers
l'univers ().
L'examen du rapport mutuel de ces trois définitions au point
de vue de l'existence mathématique est un problème du plus haut
intérêt philosophique.
Mais nous ne pouvons nous y arrêter ici.
Notre tâche doit se borner à une enquête historique sur la présence
de ces trois représentations géométriques dans la pensée des savants
grecs.
L'histoire de la troisième définition, comme axe d'un corps
solide animé d’un mouvement de révolution, se réduit à très peu
de choses.
Elle n’a pas été retenue telle quelle par les géomètres.
Elle est implicitement contenue dans le premier postulat d’Euclide
qui, en demandant qu’on puisse mener une droite de tout point
à tout point, emploie le singulier eödeiav yoauunv, dans l’axiome
apocryphe [9], d’après lequel deux droites ne peuvent enfermer
entre elles aucune aire finie, et dans une définition citée par Proclus (3), d’après laquelle la droite est la ligne qui « reste quand les
extrémités restent».
Les deux premières, au contraire, occupent
une place très importante parmi les premiers principes sur lesquels
les géomètres, de Thalès à Ptolémée, ont fondé leur science, et leurs
destinées, souvent étroitement liées, peuvent se poursuivre à travers
plusieurs siècles dans les travaux des mathématiciens, des astronomes et des opticiens.
L’idee de définir la droite comme la figure prise par un fil tendu
a été suggérée aux géomètres grecs par les procédés de certains
artisans et des ingénieurs topographes. Maçons, charpentiers, architectes travaillaient éxi otabunv, ou xara oraßunv (*),
dire en se servant d’un cordeau tendu.
c’est à
Les Egyptiens auraient
désigné (5) leurs constructeurs par un nom que les Grecs rendaient
(1) xai xata pév to ed00 Eotdvat. xtA. 436 E ; sur ce passage, cf. mon
Platon et la recherche etc., p. 27.
(2) megi tov did mavtòs nôÂoy tetapuévov, 40 B.
(3)
p.
Ty negdtwy uevövrwv xai avr pévovoa. In Eucl., ed. FRIEDLEIN,
110.
(4) La ota0un, le cordeau, figure déjà dans les comparaisons homériques,
cf. Iliade, XV, 410; Ulysse travaille le bois ¿xi otdOuny, cf. Odyssée, V,
245 et XVII, 341.
(5) Cf. Clem. Strom., I, 15, 69; D.V.? 68 B 299.
Page 5
View in PDF(opens in a new window)par dorredovartai, ce qui veut dire « ceux qui attachent et tendent
des cordes » (1).
Cette habitude de réaliser dans la pratique la
ligne droite au moyen du cordeau se traduit dans la langue par
de nombreuses expressions formées avec la racine ten-, du verbe
simple te/very à des composés comme idvrerns (2),
ou eößörovog (4).
idvrevera
(3)
Nous ne savons pas à quel moment de l’histoire
de la géométrie pré-euclidienne, ni par qui, la définition de la
droite par la tension d’un fil a été formulée pour l’usage des géomètres.
Tout ce que nous pouvons affirmer c’est que cette définition a existé.
Proclus, dans son commentaire à Euclide, cite
parmi d’autres définitions de la droite, une définition présentant
la droite comme «la ligne tendue vers une extrémité » (6), sans
indication ni de date, ni d’auteur, et il se réfère plusieurs fois dans
ce livre à la tdoic, à la tension, comme propriété fondamentale
de la droite (6).
Cette représentation est visiblement à la base d’une partie de la
terminologie géométrique de Platon.
Dans l'interrogation de l’esclave du Ménon, Socrate désigne ainsi la diagonale du carré comme
le segment « qui est tendu d’un sommet au sommet » (7) opposé,
avec un emploi de reiveıv que nous retrouverons dans certains cas
dans la construction de l’expression verbale par laquelle les géomètres remplaceront plus tard l’ancien reivew, de Enılevyvüvaı,
érubvyyver. L'opération consistant à inscrire une aire donnée dans
un cercle donné est désignée par lui par êyteiveuv (8), et le nom
(1) Cf. Th. HEATH, A history of greek mathematics I, pp. 121, 122. L’auIl ne suffit pas de nouer
teur a raison de traduire par « rope-stretchers ».
et d’attacher les cordes, il faut les tendre.
Sur la valeur de ce texte comme
source historique, en particulier sur l’authenticité douteuse de la partie
attribuée à Démocrite, cf. W. Kranz, D.V.’, II, p. 209.
(2) Cf., entre autres, Ptolémée, Géogr., 9, 23.
(3) Cf. entre autres, Ptolémée, Géogr., 9, 29; le fragment attribué à Géminus dans Damianos Schrift über Optik, éd. R. ScHONE, Berlin 1897, p. 24.
(4) Cf. Athénée Méc., éd. WESCHER, p. 5.
(5) En’ dxoov ¿ori tetauévn yoauun, éd. FRIEDLEIN, p. 110; adry ydo
éotuw... nv xai Erepol... Er’ dxoov tetauévnv eipmxaouv, p. 117; cf. aussi
pp. 198, 215, 316.
(6) Tor ed0eidy ... TH En’ äxoov tdoei, p. 301; Eni de Tv evberov 7
én’ dxpov tdoic, ibid. ; dua thy En’ dxpov tdow Tc edbeiac, p. 316.
(7) tic éx ywvías eis ywviay Teıvovong tod rergdnoöog, 85 B.
(8) ei oldv te és tévde TOY xixAov Tode TO xwolov Tolywvoy Evradıjvaı, 86 E.
Page 6
View in PDF(opens in a new window)abstrait de cette opération, l'inscription, est 7 éytacic (1).
De
même l'opération consistant à appliquer une aire le long d'un
segment de droite est désignée par Platon par napareiveıv (?), sans
doute parce que cette opération se réduit à une série de constructions, de tdcec, de segments de droite. Une partie des expressions
formées avec la racine rev- disparaîtra du vocabulaire géométrique
au moment où les géomètres remplaceront l’ancienne définition de
la droite, par la raoıs, par des définitions nouvelles. Les deux
opérations de l’Evreivew et du napareivew s’appelleront ainsi éyvodper et rapaBdAAew.
L'image du fil tendu reste cependant
encore directement présente dans les termes Önoreivew, 7 drnoteivovoa qui se maintiennent après Platon (*) chez Aristote (*), Eudème (5) et dans toute la littérature géométrique à partir d’Euclide.
Elle est indirectement présente dans l'expression verbale ému evyvévai, énibevyvderv, qui se substitue à l’ancien reiveıw à partir
d’Aristote.
Désignant à l’origine la construction d’un pont ou
d’une route rectiligne entre deux points au moyen du cordeau, ce
terme passe dans la terminologie géométrique, où il est réservé
à la ligne droite à l’exclusion de toute autre ligne. En général, les
géomètres emploient émubevyvdvar, EniCevyvdery d’après le schéma
énilevyvivat edbetay and tivos omuelov ni ti onpetor (6) mais,
à partir d’Archimede surtout,
la droite peut elle-même être le
sujet de cette expression verbale, et on dira 7 edbeta 7 Enılevyvvovoa tá onueta (7), comme Platon avait dit 7 yoauun 17 telvovoa &% ywviag eis ywriar (8).
Dans les traités de géométrie, le
verbe émbevyvdvar, émblevyvverv désigne donc tantôt l'opération
consistant à joindre deux points par une droite, tantôt la propriété de la droite de relier d’une façon unique deux points.
(1) neol tig évrécewc aúro (sc. Tod ywelov) sic tov xUxAor, 87 B.
(2) rerpaywvlleı te xal nagatelvery, Rep. VII, 527 A; naga nv doGeicay attod yoauuy nagatelvayta EAkelneıw tovovtm xwelw olov dy
aúto tO napatetauévoy 7, Ménon, 87 A.
(3) Cf. Timée, 54 D.
(4) Cf. Meteor., 376 a 12.
(5) Cf. Simplicius Phys., 62, 32.
(6) Cf. Aristt. Meteor., 375 b 21; 376 a 17 et p.; Eudéme dans Simpl.
Phys., 64, 20; 67, 22 et p.; Autolycus, De Sphaera prop., 2, 6 et p.; Eucl.
Elem., I, prop. 1, 2, etc.
(7) Cf.
tas Enılevyvvodoag tà xégata adräv, Archim., De lineis spir.
prop., 28, et p.
(8) Cf. plus haut.
Page 7
View in PDF(opens in a new window)Mais en dépit de ces survivances, la définition de la droite par
la tdois avait été remplacée entre temps par d’autres définitions.
A la représentation de la droite comme figure d’équilibre d’un fil
tendu s’etait d’abord substituée celle de la droite comme forme du
rayon lumineux ou, dynamiquement parlant, comme trajectoire
de la lumière dans sa propagation d'un point de l’espace à un autre.
Le premier énoncé scientifique de cette définition se trouve chez
Platon.
Dans le Parménide (!), à une date, par conséquent, sensiblement postérieure à celle du Ménon, où la terminologie relative
à la droite est encore entièrement déterminée, comme nous venons
de le voir, par la représentation de la rdoıs,
effet la droite en ces termes:
Platon définit en
xai unv 6000 ye, où dv TO uéoov
ápqolv tolv écydtow (äxoouw) éximpocdéor (?) 7), qui présentent
la droite comme une ligne telle que si on y choisit deux points au
hasard, tout point intermédiaire entre ces deux éclipse chacun des
deux. Aristote (*) cite cette définition platonicienne sans en nommer
l’auteur, Proclus (*) Pattribue formellement à Platon, et les deux
citations contiennent une forme du verbe Enınooodelv.
Ce texte
est de la plus grande importance pour l’histoire non seulement de
la géométrie, mais aussi de l’optique.
Nous avons dit plus haut
que la réalité physique à laquelle la ligne droite se trouve assimilée
dans cette nouvelle définition est le rayon lumineux, c’est a dire
un faisceau trés délié d’une lumiére émise par un corps incandescent.
Ceci résulte de l’emploi de la métaphore astronomique de
l’enınodoßnoıs, c'est à dire de l’éclipse ou de l’occultation. Dire
qu'un point J’ d'un segment de droite AB éclipse,
Enınoooßei,
chacune des deux extrémités A et B revenait à affirmer, d'après
le sens des termes Enıngoodeiv, Enınoooßnoıs dans les textes astronomiques (5), que J'intercepte pour B la lumière qui serait émise
par A et, réciproquement, pour A la lumière qui serait rayonnée
par B.
Or l’enınoooßnoıs
des astronomes est indépendante de
toute hypothèse sur le mécanisme de la perception visuelle.
Dans
(1) 137 E.
(2) Sur la restitution, au point de vue philologique, de la forme éxuxo000éov
au texte de Platon, cf. mon article Sur deux passages de Platon,
R.E.G.,
t. LXIX, 1956, fasc. 1, pp. 20 sq.
(3) Top., 148 b 26.
(4) In Eucl., p.
(5) Pour une analyse plus détaillée du sens de ces termes, cf. Sur deux passages de Platon.
Page 8
View in PDF(opens in a new window)une éclipse de lune, par exemple, la lune cesse d’être éclairée parce
que la terre s'interpose, émimgoo0ei, entre elle et le soleil, et non
pas parce qu’un obstacle empéche le flux visuel, qui conditionne
la perception visuelle dans certaines théories optiques de l’antiquité,
d'aller de notre œil jusqu’à la lune.
La définition platonicienne de
la droite est donc fondée exclusivement: sur la loi physique de la
forme rectiligne du rayon lumineux et ne présume rien sur la forme
d'un éventuel (!) rayon visuel (%).
Cette constatation est indispensable pour la compréhension des traités d'optique.
A moins de
faire cette distinction entre le rayon lumineux et le rayon visuel
et de borner la représentation physique, sur laquelle est fondée la
définition de Platon, au rayon de lumière, la proposition fondamentale de certains de ces traités, à savoir la rectitude du rayon
visuel, se réduit, comme nous le verrons, à une tautologie.
Mais avant que Platon ait pu songer à identifier ainsi la droite,
qu'il avait d’abord lui-même conçue,
avec
ses contemporains,
comme la figure d'équilibre d'un fil tendu, à la trajectoire de la
lumière, il avait fallu vérifier par l'expérience si le rayon lumineux
était effectivement orienté dans la direction d’un fil tendu entre la
source lumineuse et l’objet ponctuel atteint par la lumière.
Cette
expérience a certainement été faite avant Platon ou du temps de
Platon.
Elle a été reprise plusieurs fois au cours de l'histoire de
la science optique.
La préface à la réédition du traité d'optique
d’Euclide par Théon d'Alexandrie nous décrit une pareille expérience (3).
Il est vrai que l’auteur omet d'indiquer le point crucial
pour nous, à savoir la manière dont l’experimentateur vérifiait
si le centre de la source lumineuse, le trou percé dans le premier
écran et la tache de lumière sur le second écran étaient en ligne
droite.
Mais nous savons par d’autres textes que la vérification
se faisait xatà otadun», par un fil tendu entre la source lumineuse
et la tache éclairée sur le second écran.
L'auteur d'un fragment
traitant d'optique, qu’on a quelquefois attribué à Geminus et que
(1) Sur l’histoire de la représentation des rayons visuels cf. entre autres,
A. E. Haas, Antike Lichttheorien, dans Archiv für Gesch. der Philos., 1907,
pp. 345-386; A. LEJEUNE, Euclide et Ptolémée, Louvain 1948, pp. 18 sq. et
passim; Ch. MUGLER, Sur quelques fragments d’Empedocle, dans Revue de
Philol., t. XXV, 1951, fasc. 1, pp. 54 sq.
(2) Sur la nature du rayon visuel, cf. A. LEJEUNE, op. laud., pp. 33 sq.
(3) Cf. Euclidis Opera omnia, éd. HE1IBERG, VII, p. 146.
Page 9
View in PDF(opens in a new window)R. Schöne a édité à la suite des pages de Damien sur des questions
d’optique, se sert, à propos de la propagation rectiligne de la lumière qui est selon lui la loi commune à toutes les théories optiques,
des trois expressions xata otadunv, Y ¡Dutévera et y Tacız (1), ce
qui prouve bien que la ligne droite, 4 laquelle les théoriciens assimilaient la trajectoire de la lumiére, était définie par eux comme
la figure d’équilibre d’un fil tendu et que, conséquemment, leur
moyen de vérification était le cordeau.
De même Proclus, en parlant de la réalisation matérielle d’une droite, nomme côte à côte
le moyen « plus gros » des cordes et des fils et celui, « plus fin »,
des rayons de soleil 2).
Ce n’est qu'une fois qu'on eut reconnu
l'identité, démontrée par ces expériences, entre la figure d'équilibre
d'un fil tendu et la trajectoire de la lumière, qu’on put substituer
à l’ancienne definition de la droite par la tdovc la nouvelle définition par l’Erınoooßnoig-
La découverte de cette identité eut des conséquences considérables
pour la langue scientifique des Grecs.
Nous avons déjà vu qu'un
certain nombre d’expressions, formées au moyen de la racine ten,
disparaissent de la terminologie géométrique après Platon, à la
suite de l’abandon de l’ancienne définition de la droite par la tdous.
Les opticiens, au contraire, accusent la tendance à fixer la loi
physique de la forme rectiligne du rayon lumineux dans leur terminologie en appliquant au rayon lumineux et, par extension,
au rayon visuel, la métaphore de la tension.
Aristote dit ainsi,
dans une page de polémique contre les partisans de l'émission de
rayons visuels par l’œil, qu’il est absurde de prétendre que la perception visuelle s’opère par une substance matérielle sortant de
l'œil et « tendue jusqu'aux astres » (3).
Plutarque, cherchant a
(1) elite anopoeovra eidwia ... low td» dyewy eiodveraı
Hara
ota Ounv
£Evexdevra ... wovoy de oxonei (sc. 7 óntixn) ei owberar nad’ Exdornv
vndbeow
YN
idutéveta
Schrift über Optik,
éd.
tho
woods
Y
tadoews,
Damianos
R. Schöne, Berlin 1897, p. 24.
(2) du’ evGerdy ... alodnTöV, TÓTE uEv dxoıßeoteowv, dc dià THY daxtivwv TOY
Titax@y,
In Eucl.,
p.
39,
tote ÖE naxvreowv, olov did ondetwy xai orábunc,
40.
(3) dAoyov dé ÖAws TO ÉÉLOvTI Tuvi Ty Gyw body, xai
aGnotEivecoda
uéyor T@v dotowr, De sensu 438 a 25 ; cf. aussi 7) Gwic
uévn
dobeveotéoa ylveraı xai EAdrrwv, Meteor. 374 b 11; uaxootéoav
yao
dnoteLrvopuévn
ÉXTELVO-
N òvyic, ibid., 375 a 32; dnd yao pixgod Evon-
Tgov nöggw GNMOTELYOMEVN
Hope dodevns ylveraı, ibid., 377 b 33;
Page 10
View in PDF(opens in a new window)expliquer l'inaptitude des vieillards à voir de près dans l’hypothèse des rayons visuels, dit qu’un cône (!) formé de tels rayons est
« tendu de chacun de nos yeux » (?) vers les objets.
Dans l’aperçu
de la perception visuelle que Galien donne dans son traité de physiologie, il compare constamment les rayons visuels à des cheveux
ou à des fils d’araignee tendus entre l'organe de la vue et les objets
sensibles, et il parle de la « tension » de ces rayons (9).
La métaphore de la tdo: des rayons, tant lumineux que visuels, est particulièrement fréquente chez les commentateurs d’Aristote.
Dans
son commentaire au De sensu d’Aristote, Alexandre caractérise
ainsi la théorie de l’émission de rayons visuels en disant que « des
rayons... sont tendus entre notre ceil et les objets visibles » (4),
et dans son traité De l’âme, il est question de la raoıs et du róvoc
A
.
des rayons et de la tovix7 xlymois du flux visuel (5).
gage chez Olympiodore (8).
Dans son petit livre
Même lansur l'optique,
cf. aussi, dans le corpus artistotélicien, vió yap utxpod évontoov TÓPQOw
dnotervouévn
dodevng yiveta (sc. N dyic), Probl. phys. 912 b 33 ; et
passim.
(1) Sur le cóne visuel cf. LEJEUNE pp. 33 sq.
(2) dxtivwy ... uéyor TOY dowpuévav GNOTELVOMEVwWY.
In de sensu,
éd. P. WENDLAND, Berlin 1901, p. 28, 3; cf. aussi: to did t&v ó¿p0alduwv
ÉXTINTOY pic
...
Alex.
Scripta minora,
Aphrod.,
xal uÉYOL TOY
àOTOWY
éd.
J.
adnoteivecbat
Bruns,
Berlin
1887,
nepvxer.
p.
127,
37;
et passim.
(3) ênei yào
dnotelvetat
thy 6pbadudy éxatégov xdvoc, Quaest.
Conv., I, 8, 625 F.
(4) dao Tic xdons ... GAdac evbelas yoauuas rauróldac
vas tivas Aentac épeëñc
dido
éxtetauévas,
libri, XVII, éd. G. HELMREICH, Leipzig 1909, X, 815;
apayınv dáxpifós
dlatetauévnv
ano
tic
tolya
xdons Eni
tov xvxAov ibid. ; 6006 evbela ... und’ Extpenouevn Ts
aoewc,
donep
dody-
De usu partium
xar’
Jentiw
TO
N
xEvroov
edbeiac
Ta -
vyevouévns,
ATA.
ibid. ; et passim.
(5) dte pr)
ovveyodc Eni
Scripta min. 130, 29; tov
ta
négata
TuS
TÁCEWC
td vO” TOY drrò T6 GpEews lovra, ibid., 132, 4;
Y tovixn xivmoic, ibid., 130, 27 ; 131, 6 ; et passim.
(6) tov ovpavòv xvavobr yoœua doxoDuev Eye ... did TO Emi ndéov È x -
Tervouévny (sc. Troy) didotnua E£aodeveiv, In Arist. Meteora, éd. G.
STUVE, p. 234, 18; éneuôn Eni ndéov
Exteivetat... Y Öyıs noıxlda
yowpata 004 xtA., ibid. 234, 24 ; adtau (sc. ai dxtives)
EvTOVÓTEPAL
odcaı diaAvovor ta nepi tov dpitovta véqn xtA, ibid. 259, 23; Eneiön oùx
eioıw Exeivaı
Evtovot Ota tO Exi nAéov duiotaobar xtÀ, ibid. 259, 26;
et passim ; pour l’affaiblissement du rayon visuel, Olympiodore se sert des expressions dtovoc, drovla, dtoveiv; cf. pp. 219, 21; 237, 31; 239, 10; 250,
et p. et passim.
Page 11
View in PDF(opens in a new window)Damien désigne la propagation rectiligne de la lumière solaire par
le verbe anoreiveodaı et par le nom 7 énéxraouc (1). Ces quelques
exemples, dont la liste pourrait encore étre augmentée, nous donnent
une idée de la fréquence que la métaphore de la raoız des rayons
atteint dans la littérature optique.
Le grec avait, certes, forme,
indépendamment de toute optique théorique, un certain nombre
d’expressions fondées sur la représentation de rayons tendus entre
l’œil et l’objet.
Euripide fait ainsi adresser à Iphigéniè la prière
à son père de « tendre » vers elle un regard affectueux (©).
On peut
citer dans le même ordre d'idées l’adjectif drevyjc, attesté depuis
Hésiode et employé plus tard dans la locution drevéc Bléneuv,
et
les
expressions
verbales
dtevifew
et Evarevilew (?).
Mais
dans les textes optiques, la métaphore de la tdoucg est fondée sur
une analyse théorique des phénomènes de la lumière et de la vue,
et l'intuition populaire reçoit une sanction scientifique.
Mais la géométrie grecque ne s’est pas arrétée a la définition
de la droite donnée par Platon.
Euclide adopte une nouvelle
définition de la droite, d’aprés laquelle cette ligne « est située de
la même manière par rapport à tous ses points » (*).
Cette définition euclidienne ne semble plus rien contenir de l’ancienne représentation de la droite comme figure d’équilibre d’un fil tendu
entre deux points, et elle cache aussi soigneusement la seconde
propriété de la droite, celle de coïncider entre deux de ses points
avec le rayon lumineux.
Peut-être l'expression 2& icov xelodaı
désignait-elle, dans la pensée
d’Euclide, la constance de cette
deuxième propriété sur toute l’étendue de la ligne et son indépendance du couple de points particuliers choisi.
pas claire.
Mais elle n'était
Elle pouvait aussi désigner la propriété, bien plus
générale, de l’homéomérie, c’est à dire la possibilité d'amener
(1) 6009 uév yao didotnua td nAaxòv
anoreiveraı pac, Damianos, éd. R. ScHóNE, 16, 5; 7) tod mlaxod pwrös
¿éxéxtacic, 16, 11.
(2) MéOec viv dgovy Gupa T’ Exteıvov qpiloy, I.A., 648.
(3) dia Ti Oatégov xatadngbévtoc dpy0aduod 6 Erepos
Aov; Corpus Aristt. probl. phys.. 957 b 18;
atevilovtec,
dteviler pad
tH öyeı noös pev ta
GAda
ibid. 959 a 24; cf. aussi les expressions dtovoc, atovia,
atoveiy servant à caractériser la fatigue de la perception visuelle, en particulier dans les pages optiques d’Olympiodore, par exemple In Aristt.
Meteora, éd. STUVE, pp. 219, 22 ; 230, 19; 237, 32; et passim.
(4) eùbeia yoauun éotiv, ris EE icov toig Ep éavtie onuelois AEÍTAL,
I def., 4.
Page 12
View in PDF(opens in a new window)en coincidence n’importe quelle partie d’une droite avec n’importe
quelle autre partie.
Mais cette propriété là, la droite la partage,
comme certains geometres après Euclide
le reconnaitront, avec
la circonference et avec la spirale cylindrique (*). Le soin qu’Euclide
avait pris, en renchérissant sur les principes de Platon, pour affranchir la définition de la droite 4 la fois de la représentation tactile
du fil tendu et de la représentation visuelle du rayon lumineux,
l'avait ainsi conduit à une formule obscure et inutilisable. La page
embarrassée que Proclus lui a consacrée (7) nous donne une idée
de la gêne qu'elle causait dès l’antiquité aux esprits réfléchissant
sur les fondements de la géométrie.
L’insuffisance de la définition euclidienne fut surtout ressentie
par les savants qui, à la suite d’Euclide lui-même, cherchaient
à faire profiter la science optique de la rigueur et de l'ordonnance
que la géométrie avait reçues dans les Éléments.
Euclide se contente, il est vrai, de postuler dans la première définition de son
traité d'optique, comme s’il avait à traiter un problème de géométrie
pure, que «les droites menées à partir de l’œil » s’étendent à de
grandes distances (*).
Il assimile ainsi implicitement la forme du
rayon visuel sortant de l'œil à une droite, c'est à dire à la ligne
définie par lui dans les Éléments comme nous l’avons vu.
Étant
donné le caractère neutre de cette définition, l'hypothèse fondamentale de l’Optique d’Euclide n'implique aucune affirmation de
caractère physique ou physiologique sur le rayon visuel, ni l’identité de sa structure avec celle du rayon lumineux, théoréme physique qui n’allait pas de soi et qu’il fallait au moins énoncer, sinon
prouver, ni la propriété de la taouc qui avait été le fondement
de la première définition de la droite.
Le rayon visuel chez Euclide
est simplement une ligne qui ¿£ îoov xeitat pour tous ses points,
et dès lors toute l’optique se réduit à une géométrie de droites
soumises 4 certaines conditions.
Les successeurs d’Euclide, en optique, ont vu que, pour parer
a cette neutralité physique, 4 ce refus de se prononcer sur la nature
de ces rayons visuels avec lesquels ils avaient à opérer, il fallait
abandonner la définition euclidienne de la droite et revenir, en
(1) Cf. Proclus in Eucl., pp. 105, 112 et passim.
(2) Ibid., pp. 109 sq.
(3) únoxelo0w tac anò Tod dupuaros éÉayouévac eddelas yoauuacs géoeodaı didotnua peyedóv peyddAwy, Optica, def. 1.
Page 13
View in PDF(opens in a new window)les modifiant au besoin, à l’une ou à l’autre des définitions anciennes
de la droite.
Il y avait a priori plusieurs possibilités.
Si on revenait
à la définition de Platon, l'identification du rayon visuel, au commencement d'un traité d'optique, avec une droite revenait à affirmer directement l'identité de structure du rayon visuel avec le
rayon lumineux que représentait la droite du Parménide de Platon,
de l’öyıs avec l’axtis (1), et à étendre, indirectement, la propriété
de la raoıs du rayon de lumière, pour lequel elle avait été vérifiée
xata otaßunv comme nous l’avons vu, au rayon visuel.
Si on
définissait, au contraire, la droite, à l’ancienne manière, comme la
figure d’équilibre d'un fil tendu, c'est la racız qui se trouvait affirmée d’emblee pour le rayon visuel, dès la première phrase du traité
d'optique, et l'identité de structure avec le rayon lumineux s’en
suivait.
Le premier de ces deux chemins fut suivi par Théon d'Alexandrie
dans sa réédition de l’Optique d’Euclide et par l’auteur de la Catoptrique dite d’Euclide (?).
Théon, obligé de respecter dans la mesure
du possible le texte d’Euclide, se borne à substituer — pour nous
limiter strictement au problème qui nous préoccupe ici — au passage d'Euclide tas azo tod duuatos éfayouévas edbeias yoauuas
pEoeodaı rédigé dans un style purement géométrique, les mots
TAS darò TOD Gupatos Ópers wat’
edbelas yoauuas pépecdal,
où
l'assimilation des rayons visuels à des droites est au moins posée
sous forme d’équation.
Mais dans la préface à sa recension, que
Heiberg considère comme une rédaction de notes prises par un des
disciples de Théon (*), il précise qu'il entend concevoir la ligne
droite, dans le sens de la définition de Platon, comme la forme que
prend dans l’espace le rayon lumineux et que, dès lors, le premier
Gooc de l’Optique d’Euclide a pour lui la valeur d’une proposition
de physique, puisqu'il consiste à étendre la loi qui régit les rayons
lumineux aux rayons visuels (4).
plus énergique.
L’auteur de la Catoptrique est
Il pose dans la première phrase de son traité l’iden-
(1) Sur l'emploi de ces deux termes, cf. LEJEUNE, pp. 19 sq.
(2) Sur l'attribution de cet ouvrage à Théon, cf. J. L. HEIBERG, dans les
Prolégomènes à son édition des traités optiques, Euclidis Opera, Leipzig 1895,
VII, pp. XLIII sq.
(3) Cf. ibid., p. 145, note.
(4) uetafaivewv Eni thy Gyw ... xaì tac ax’ abtijc éxyeouévas dxtivas
xal ópodoyelv xat’ evbelas péoeodai ypauuas xai tavtac, ibid., p. 146.
Page 14
View in PDF(opens in a new window)tité de structure entre le rayon visuel et le rayon lumineux en
assimilant lys à une droite, mais en précisant de suite qu'il
entend la droite, à la manière de Platon, comme la ligne dont tous
les points intérieurs éclipsent les points extrêmes (7).
loin.
Il va plus
Au cours de la démonstration de la proposition 16, il se réfère
à la définition de la droite donnée par Platon en ayant soin, pour
qu'il ne reste pas le moindre doute sur sa source, de désigner la
droite par l'expression archaïque to ev60 employée par Platon (?).
On ne saurait exprimer plus clairement que la définition euclidienne
de la droit: est inutilisable pour les fins poursuivies par la science
optique, en rendant en même temps hommage au génie de Platon.
La deuxième solution pour faire rentrer la théorie des rayons
visuels dans la physique générale de la lumière eût consisté à retourner à la définition de la droite antérieure à celle de Platon,
telle qu’elle a été conservée en partie par Proclus.
Personne, cependant, ne semble avoir emprunté directement ce chemin.
Mais
la représentation de la rdouc était implicitement liée à un principe
qu'il suffisait de dégager pour aboutir à une nouvelle définition de
la droite, d'une généralité telle que les définitions antérieures en
apparaîtront comme des applications particulières.
Ce principe
est celui de l’économie, et le penseur qui en reconnut pour la première
fois la portée pour la géométrie de la droite fut Archiméde.
Sa
conception de la droite servira chez certains théoriciens de l’optique
de pont entre les concepts de rayon lumineux et de rayon visuel.
La propriété économique de la ligne droite était depuis longtemps un fait d'expérience (3).
Architectes, marins, constructeurs
de toute espèce avaient observé dès l’origine de leurs arts que la
réalisation de la ligne tendue entre deux points était chaque fois
accompagnée d'une économie sur la longueur de la corde, et bientôt
ce fut en vue de cette économie, dans la fin de réduire au minimum
le chemin, le temps, le matériel à employer,
que les constructeurs
traçaient des droites sur les plans de leurs routes, de leurs ponts
et de leurs édifices.
L’adjectif edè05c = direct, immédiat, attesté
(1) öyır elvaı edbeiav, ic ta udoa ndvra toic dxçoic Enınoooßet, ibid., p.285.
(2) Unéxeto yàp juiv td £600, 0d To uEoov toíc dxpors Enınpoodei, ibid.
(3) Il est probable, comme l’a fait observer A. Rome, que sa découverte
remonte trés loin dans la préhistoire.
Page 15
View in PDF(opens in a new window)comme qualificatif de la droite depuis Platon (*), exprime cette
idée d’économie. Mais personne, avant Archimède, n’avait songé
a fonder la représentation de la droite sur l’économie comme propriété essentielle.
Chez Euclide, la propriété économique de la
droite, ou la propriété géodésique, comme on l'appelle souvent
aujourd'hui, est l’objet d'une proposition démontrable dont la
démonstration est commencée (7) effectivement dans le théorème
I 20 des Éléments. Archiméde, au contraire, admet d'emblée que
la droite est « la plus courte de toutes les lignes ayant mêmes extrémités » (3) dans un postulat qu'il place, avec d’autres premiers
principes, dont un postulat analogue pour le plan, au commencement de son traité De la sphère et du cylindre.
Il serait intéressant de savoir par quelles considérations le géomètre syracusain a été amené à cette réforme de la conception
de la droite.
On sait que parmi d’autres branches des mathématiques appliquées, il s’est occupé aussi d’optique et qu'il a écrit
une Catoptrique, perdue à quelques fragments près, dans laquelle
il avait déjà anticipé certains résultats de Ptolémée (*). A. Lejeune
a réussi à reconstituer les procédés techniques d’Archiméde dans
la construction de son appareil optique et aussi, en partie, la critique à l’égard des représentations optiques antérieures que ses
recherches personnelles avaient dû lui suggérer.
Il est probable
que cette critique s’etait étendue jusqu'aux propositions fondamentales de l’optique, concernant la forme rectiligne (*) du rayon
(1) Sur historique de ev0%c, cf. mon Platon, pp. 25 sq. (à la p. 28 il convient de rétablir les références des notes 1 et 2, qui ont été interverties par
une faute d'impression).
(2) Elle n’est pas achevée. Pour la parfaire, il faut étendre la proposition
I, 20 à des contours polygonaux et passer à la limite. Cf., entre autres, J.
HADAMARD, Leçons de géométrie élémentaire, I, p. 28.
(3) Aaußavw dé taùta * a. tÓvV ta atta népata Exovo®v yoauuwy
élaylotnr elvaı tv edbetar.
(4) Cf. A. LEJEUNE, ibid., pp. 52, 53 et passim, et du même auteur La dioptre
d’Archiméde, dans Annales de la Société scientifique de Bruxelles, série I,
tome LXI, 1947, pp. 27-47.
(5) D’après un passage de la Catoptrique, conservée par Théon d’Alexandrie, Archiméde admet que le rayon visuel se propage en ligne droite et est
susceptible de xAdoeuc, de réfractions; Théon d’Alexandrie, Commentaire sur
les livres 1 et 2 de l’Almageste, éd. A. Rome, dans Studi e Testi, 72, Rome 1936,
p. 347. Cf. A. Rome, Notes sur les passages des Catoptriques d’ Archiméde conservés par Théon d’Alexandrie, dans Annales de la Soc. scient. de Bruxelles,
52, 1932, pp. 3-41.
Page 16
View in PDF(opens in a new window)visuel ou du rayon lumineux et que, par conséquent, la conception
nouvelle de la droite a été inspirée à Archimede en partie par des
réflexions sur les fondements de l’optique.
Ce qui est certain,
c'est que la représentation géodésique de la droite s’applique à
l'optique avant toutes les autres branches de la physique mathématique.
Aussi voyons-nous certains théoriciens de cette science
se référer à Archiméde pour énoncer les propriétés physiques des
rayons visuels ou lumineux. Nous avons vu, en effet, qu’en partant
des définitions de la droite d’aprés Platon ou d’aprés Euclide,
affirmation de la forme rectiligne du rayon lumineux risquait
de se réduire soit à une tautologie, soit à une proposition géométrique dépourvue de signification physique.
La seule utilité physique de la droite ainsi définie avait été de servir de terme de comparaison entre le rayon de lumière et le rayon visuel.
Avec la
nouvelle conception d’Archiméde, au contraire, l'affirmation de
la forme rectiligne du rayon de lumiére devenait une proposition
de physique, puisqu’elle revenait à dire que la lumière réalise la
plus grande économie possible, soit de dépense en matière ignée,
si on se plaçait au point de vue statique, soit de temps pour ceux
qui se plaçaient à un point de vue dynamique.
Par extension,
le rayon visuel se trouvait soumis au même principe d'économie.
Dans son opuscule sur les fondements de l’optique, Damien souligne
ainsi le caractère « brachistochrone » du rayon visuel en disant
que la propagation rectiligne du flux visuel est non seulement un
fait prouvé expérimentalement, de dgydvwy, par Ptolémée, mais
une exigence de la raison, puisque, si le rayon visuel doit arriver
le plus rapidement possible à l’objet de la vue, il suivra comme
trajectoire la ligne droite (*) qui est, — et l’auteur cite ici presque
textuellement Archimède — la plus courte de toutes les lignes
ayant mêmes extrémités.
(1) ei yao uéllor taytota Nöyıs noûs TO dbpatoòv agixveiobat, én’
Oeias éveyOjoetat,
Damianos, éd. R.
SCHÔNE, p.
4.
eü-
Malheureusement, le
raisonnement de Damien souffre beaucoup du fait que dans la suite il prétend que la propagation de notre rayon visuel, comme celle de la lumière dans
le rayon de soleil, semble se faire instantanément et en quelque sorte en dehors
du temps, 7 tH¢ muetéoac Gpews nodoödos à y 0 Ô v w ç énttedciobar doxet,
ibid., p. 16.
Damien aurait évité cette faute, s’il avait appliqué le principe
d'économie à la dépense de matière ignée dans la réalisation physique des
rayons au lieu de l’appliquer au temps de propagation.
Page 17
View in PDF(opens in a new window)Mais la nouvelle conception de la droite comme ligne géodésique
de l'espace transformait maintenant aussi la définition la plus
ancienne de la droite, par la raoıs, en une proposition de physique.
On ne dira plus désormais, confondant l’objet géométrique et le
moyen pour le réaliser, que la droite est un fil tendu, mais l’image
du fil tendu deviendra l'illustration de ce théorème de physique
qu'un corps flexible et inextensible, soumis à une tension, réagit
contre cette tension en occupant le moins de place possible entre
deux de ces points.
L'initiative d’Archimede, qui fait ainsi apparaître désormais la
técis à son tour comme un phénomène soumis au principe d’économie et apparenté, de ce fait, aux phénomènes de la lumière et de
la vue, a sans doute contribué à répandre l’image de la tension
dans la littérature optique avec la fréquence que nous avons vue
plus haut.
Elle présentait pour les théoriciens de l’optique géométrique l'avantage de ne rien présumer sur les représentations précises, à l'échelle de l’imperceptible, sur lesquelles les partisans des
différentes écoles entendaient fonder les phénomènes optiques observables.
Elle
s’appliquait tout aussi bien aux flux matériels
qui sont le substratum de ces phénomènes chez Empédocle, chez
les atomistes et chez Platon, qu’à la perturbation du milieu par
laquelle Aristote explique la lumière et la vue.
Elle pouvait impliquer aussi bien la notion d’une daxdyy minima en matière ignée
que celle de la brachistochrone.
La représentation de la droite inventée par Archimède est donc
la plus parfaite de celles que l'antiquité nous a léguées.
Le Syracusain a eu le génie de voir que le principe d'économie, lié chez
ses prédécesseurs à la réalisation matérielle d’une figure géométrique, était applicable à l’espace lui-même, et que la notion de
ligne droite était parfaitement claire par cette représentation du
chemin le plus court ou de la distance minima entre deux points.
C'est un fait remarquable de l’histoire de la pensée scientifique
que la définition la plus abstraite, la plus immatérielle de la droite
a été trouvée non pas par Platon ni par les partisans de l’idéalisme
géométrique, Euclide et ses disciples, maïs par l’homme qui fut
chez les Grecs le défenseur le plus résolu de l’application de la
science à la réalité matérielle et le créateur de la mécanique rationnellle.
(à suivre)