La Basilique Souterain de la Porte Maggiore

Author
Cumont, F.
Published in
Revue Archeologique
Year
1918
Subject
BASILICA
Language
Français
Category
C8 History & archaeology
Archive number
5412

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La Basilique Souteraing de la Porta Maggiore „emme In: Revue Archéologique, 5 serie VIII - 1918 pe 52 - 73 Sa a Va ve bel del fie 30) Mig TT ur _ La de Le siligue sliderraine découverte près di la Parra Mag bang «è Rome: CRA % ST) x : Sali 275. | Aspect caracieristique des besiizres chrétiennes. L'édifice del: err du commencemen t du 14 er sieve de notre ère, aftecti à une secte nto-pyibiepori. SO -— La La | pasdique souterraine ae la Porta Magaïnrs : RA 1918, or 62-73.) ny Dee.Ve dop ose Yr le préenteni ; lee peintures represenistient des allégories propr-- à „ete des néo-vvti: sgarieiens. “oe Ar % frchecdigue gateGOT $2-373 D — Cymonl hotes fr. Maggiore à Rome : CRAI — La dasilique suuterraine découverte près de la Porta ehretiennes. L'édifice à ci . | ae 272.275. | Aspect caracténstiqae dea basiliques une secte néo-pytbagsnie dire du commencement du 1° siècle de notre ère, affecté à {y cieuns. 1913, 1e 52.73 | Divelap— La basilique souterraine: > la Porta Maggiore: RA des allégories propres à représentaient peiniures are dent; prée Particle de perent la secte des néo-prthagoriciens. 272. | Présentation de plosa— Les bas-relieis de la basilique : CRAI 1918 181, aruphies des bas-relieis en stuc. Onhe Binders der Spence oe Clk. Aeg Inserahens sf Beleg Lu

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REVUE E, POTTIER ET S. REINACH . MEMBHES DE L'INSTITUT Droits de traduction et de reproduction réservés, CINQUIEME SERIE. — TOME VIII JUILLET-DECEMBRE 1918 ANUERS. -— IMPRIMRIIN Y, GAULTINA KT A. TIIKURHT, 4, RUE GARNIKH.

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BASILIQUE SOUTERRAINE DE LA PORTA MAGGIORE 03 MM. Gatti et Fornari assureront la publication. Mais, d'autre LA BASILIQUE SOUTERRAINE part, ces documents resteront en partie lettre close, si l'on ne sait quelles idées ils ont servi à exprimer et à quelles fins ils étaient autrefois adaptés. L'hypothèse doit toujours accom- DE LA PORTA MAGGIORE —- pagner La Revue archéologique ' a déjà signalé l'étonnante découverte, faite au printemps de 1917 près de la Porta Muggiore à Rome, d'une grande basilique souterraine conservée comme par miracle sous la voie du chemin de fer. déblaiement de la crypte achevé, Tandis «que, cate el qui ont seruté avec une attention pénétrante tous les MM. E. Gatti et K. Fornari, viennent de donner au public les premières indications précises sur le étudier remarquuble l'architecture, dont l’un l’autre s’est attaché la décoration’. surtout à Cette notice, substantielle dans sa brièveté, aboutit à des conclusions d’un haut intérêt sur la destination et la date de l'hypogée. Je voudrais ici, après avoir exposé les résultats acquis par les deux exploraleurs, essayer de déterminer à quelle société cette busilique servait de lieu de réunion. Sans doute il est hasardeux de formuler un jugemont d'après les éléments d’appréciation encore imparfaits dont nous disposons, et la visite même du souterrain, dans les conditions où il se trouve, ne peut remplacer l'étude et la conjecture que nous prodigieuse trouvaille qu’un heureux hasard a favorisée, une portée si considérable qu'on nous excusera de ne point tarder à la proposer. # le travail de consolidation logues qui président depuis plus d'un an à cette opération délimonument historique, le et de nelloyage des stucs se poursuil peu à peu, les archéodétails de l'édifice, Vinduction espérons rendre vraisemblable donnera, si elle se vérifie, à la —-_ des photogruphies et dessins dont 1. Rev. archeol,, VII, 1918, p. 185, d’après un article de MTM* Strong.dans le Times. 2. E, Gassi et F, Fornari, Brevi notizie relative aka scoperta di un monumento soterraneo presso Porta Maggiore (Exir. des Notizie degli Scavi, 1918, fasc, 1), — M. Corrado Ricci avait déjà annoncé en quelques mots la découverte dans l'illustrazione Italiana, 1918, p. 213 ss. La Direction générale des Beaux-Arts a assuré avec une louable activité la préservation du monument, el, malgré la guerre, elle n’a reculé devant aucun sacrifice pour le mettre en etal el le rendre promptement accessible, x 2 Cet hypogée était situé, rappelons-le, à côté de la voie Prénestine et à la sortie-méme de la ville de Rome. Un couloir coudé, incliné en pente douce, y conduisait; long de plus de 30 mètres, il n’a pu être dégagé qu’en partie, ses murs s'étant effondrés au dela. On pénétrait d’abord dans un vestibule ou pronuos presque carré (3°,62 X 3",50), dont la voûte, partugée en caissons à reliefs, est percée d'un lucernaire, seule ouverture — notons ce point — par laquelle la lumière du jour pénétrat dans la pièce voisine, grâce à une baio ménagée à la partie supérieure du mur de séparation. Au-dessous, ce mur de refend est percé d'une porte cintrée; celle-ci donne accès dans une vaste et haule salle (12 mètres X9 mètres), qui a la forme caractéristique des basiliques : deux rangées de gros piliers la partagent en trois nefs cintrées, dont celle du milieu se termine au fond par une abside semi-circuluire. Au milieu de celle-ci, on a relevé les traces, restées bien visibles, d'un trône ou cathedra, Au-dessous, dans une excavation, contenant deux petites fosses et qui s'étend jusque sous le mur de l'abside, on trouva les squelettes d’un chien et d’un porcelet. Ce sont manifestement les restes d'un sacrifice propitiatoire de fondation. Des ossements de pore, exhumés aussi du fond de l'impluvinm dans le pronaos, prouvent que d'autres cérémonies cathurtiques furent pratiquées dans cette crypte. Nous acque”

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rons ainsi la certitude que l'édifice, LA dont l'axe est orienté BASILIQUE SOUTERRAINE DE LA PORTA MAGGIORE 50 des murs et des voûtes est ornée de peintures et surtout de exactement de l'est à l’ouest, était un temple souterrain, Stues. Blanes comme ceux de la Farnésine dans la basilique, analogue aux spelara mithriaques et où devaient se célébrer ces slues se détachent dans le pronaos sur fond polyehrome, pareillement des rites mystiques. Cette destination religieuse comme ceux d'un des deux tombeaux bien connus de la Voie ressort d’ailleurs de la décoration de tout l’hypogée. Latine. Leur vuriété est surprenante : à côté de motifs purement Le monument n’a pas été enseveli sous les décombres au ornementaux comme des palmettes ou des candélabres stylisés cours des siècles, mais construit intentionnellement dans le (fig. 1), on y trouve des têtes de Méduse, des oscilla qui semblent sein de la terre : la hauteur de l’extrados des voûtes n’atteint pus le niveau de la voie Prénesline. M. Gatti a constaté que, pi pour le bâtir, le sol fut creusé d’excavations, où l'on coula un cy7 A rn Ci à LA AUTRES pe ea ua eS de le béton homogène, très résistant; après avoir ainsi édifié les oe Er <a du terrain comme u se i a » LI , = j f 4 n.d support pour y poser les voûtes, puis on vida l'intérieur. Ainsi s'explique une certaine irrégularité dans le plan rectangulaire de la salle et dans la disposition des piliers. i Fr || FE Ri—en AR ar Fo E al Ce plan n'est pas inconnu pour les édifices des cultes mystiques. C'est à peu près celui du télestérion, construit vers 260 avant J -C., du temple des Cabires à Samothrace; on le retrouve adopté au ue siècle de notre ère pour le ia; Sud ba eee Baccheion d'Athènes, et ailleurs encore, plus ou moins modifié. récemment l'opinion que l'orichrétienne devait être basilique la de gine, si controversée, ee m ATER murs et les piliers, on se servit encore fici pe [ee —. — eee L Zk—Arue ¡$_->—_— Gabriel Leroux a défendu 1 cherchée dans« les salles toutes pareilles auxquelles on donnait aussi le nom de basilica et qui servaient aux réunions reli- Fig. 4. — Victoire et candélabre. gieuses de confréries paiennes'. » Comme l'a noté M. Fornari» avoir une signification apotropaique, des vasos sacrés el autrose notre temple romain apporte un argument très puissant et probablement décisif en faveur de cetto thèse”. objets du culte posés sur des tables d'offrande, Contre les piligrs sont appliqués des bustes, malheureusement détériorés, qui Si, par son type architectonique co monument souterrain sont peut-être des portraits de sages de la Grèce, et les parois de la nef centrale portent de grandes figures en haut relief, sons doute des copies d'originanx célèbres. Quelques tableaux, offre ainsi un vif intérêt, cependant sa valeur principale réside dans la richesse de aa décoration. La surface presque entière comme des jongleurs faisant leurs tours (fig. 6), un pédagogue 1. Gabriel Leroux, Les origines de l'édifice hypostyle, Paris, 1913, p. 308 ss. 2. On remarquera que, comme dans les églises, le fond de l'abside était occupé ‘par une cathedra; parmi les figures de grande dimension qui ornent les parois, on est surpris de trouver à plusieurs reprises celle de |’ « Orante » {probablement un symbole de l'âme), bien connue par les peintures des catacombes et qui passait jusqu'ici pour appartenir en propre à l'art chrétien, avec ses ¿leves (fig. 2), ou des athlètes se livrant à leurs exercices, semblent purement profanes, bien qu'une intention morale les uit probablement fait reproduire ici, la vie élant comparte souvent à un théâtre, à une école, à une palestre.

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Mais la plupart des personnages ou des motifs représentés ont s'explique, suivant la remarque, de M. Fornari, par l’interpréta- $7 un caractère neltement religieux ou, pour préciser, eschatolotion que les théologiens donnaient de telles légendes : ils les gique : ce sont des Victoires tenant une couronne, allusion regardaient comme des allégories de l'âme dégagée des liens de au triomphe obtenu par l’initié sur le mal et sur la mort’, de la matière et emportée vers les cieux. C'est par une allusion sempetits Attis funéraires, qui sont un emblème très usité d'immorblable qu'on expliquera aussi le gracieux motif d’Amours pourtalité, puis des cérémonies de cultes mystiques, comme une suivant des papillons‘. Le symbolisme devient tout à fait transparent dans un des tableaux du pronaos, où l'on voit l’eidolon AERP MARAE GAY ARR RASE MPAA EM ARE LA RANADILRELR 7 > 4 | . È % (if: | RAR AAA WALDO A Fig. 2. — Pédagogue avec ses élèves. Fig. 3. — Médée et Jason enlevant la Toieon d'Or. initiation éleusinienne ou un sacrifice champétre á Dionysos, enfin et surtout une multiplicité d'épisodes mythologiques : enlévement d'lléléne, délivrance d'Hésione, chátiment des „Danaides, Jason s'emparant de la Toison d'or (fig. 3), Hercule recevant les pommes des Hespérides, Dioscure ravissant une fille du mort transporté dans les airs par un génie, comme le sont les emporeurs dans les images de l’apothéose. Enfla la conque de do Leucippe (fig. 4), Ganyméde élevé au ciel par un génie ailé' l’abside est occupée par une grande composition qui, nous le verrons, est inspirée par des croyances du mème ordre. (fig. 5), ete. La fréquence des sebnes de rapt ou de libération La solution des multiples problèmes que pose cetle vaste 1. Cf. mes Etudes Syriennes, 1917, p. 64 as. y 2. Celte composition s'écarle, comme beaucoup d'autres, du type qui est 1. Le papillon est un emblème bien connu de "Ame. Pour les jeux d'Éros et de l'âme ailée, cf, Plutarque, Amatorius, 20, p. 766 B : Le vrai amoureux, c'est-à-dire celui qui s'est épris du vonriv xaköv, après sa mort éntépwra «al habituel sous l'Empire, « Le plus beau des mortels » n'est pas enlevé par l'aigle de Zeus, munis, comme le veut Homère (y, 230), il est emporté par un dieu — xatwpylactar nat Gsateke nepi tov auroü Beov (Eros) Evo yopevwy «al avpepinakiv, ou par un génie — pour servir d'échanson á Zeus, Comme tel, il vide d'une main une aiguiäre; de l'autre, il tient catastérismes l’avaient identifié avec Catust., 26: cf, une torche, parce que les auteurs do le signe du Verseau (Preudo-Eratosth , Bouché-Leclereg, Astroloyie grecque, p. 146 n, 3; Thiele, Antike Himmelsbilder, 1898, p. 115 et pl. I). — g} äypıc où madıv ete tous Neiyyns xal 'Aqpodlenc hepüvas ¿Mv xal xatadagluv brépas dpyntat yevécews. — Les Nedyvng... hesu@ves sont les Champs Elysées que les l’ythagoriciens plagaient dans la lune (Plut., We fac. in orbe lunue, 28, p. 913 C; 29, p- 944 C; Porphyre dans Stobée, I, 49, p, 448, Wachsm.), celle-ci étant pour eux l'aetheria terra,

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décoration n'offre pas seulement intér3t considérable pour Vhistoire du paganisme, l'importance n'en sera pas moindre passent au-dessus des voûtes, n'a pas réussi à les ébranler, et pour la connaissance de l'art antique. M. Fornari le fait observer, les originaux qu’imitent, avec plus au moins de fidélité et de bonheur, les stucateurs du 1°" siècle, sont d'époque très différente. Ainsi, la scène des faiseurs de tours (fig. 6) se ra ptrépidation des express de Naples et de Pise, qui chaque jour surtout la présence, à Vorifice du lucernaire, d'un rebord en appareil réticulé de la meilleure facture, permettent d'attribuer la bâtisse, suivant M. Gatti, « aux premières décades d'années du 1° siècle de notre ère ». proche des reliefs qui ornent un vaso de bronze du Louvre! | (AA o el remonte à un modèle alexandrin. D'autres, au Fig. 4. — Dioscure ravissant une fille de Leucippe. Cette constatation a permis à l'érudition sagace de M. Fornari de déterminer quel fut, selon toute appurence, le propriétaire et constructeur de notre cello luxueuso basilique. À envid'Hercule recevant de la ron deux cents môtres de main d'une Hespéride les celle-ci s'élevait uu 1°" siècle pommes d’or, sont manile grand tombeau où étaient contraire, comme festement imitées de la inhumés les esclaves et les sculpture affranchis de la puissante grecque du v‘siècle. La technique de gens . Statilia, ces stucs est aussi inégale semblable que leur style : ils sont appartenant à cette famille - tantét largement traités opulente s'étendait jusqu’au aves. MN remarquable 59 que 11 est vraile terrain temple voisin.La probabilité sûreté de touche, tantôt d'une connexion à élablir minutieusement fignolés, entre la sépulture et le sanc- Fig. 5. — Eulèvement de Ganyméde. un ciseleur de métaux, parfois sommairement et tuaire est corroborée par la découverte, faite dans le columbanégligemment exécutés. Il est certain que l'œuvre est due à rium, d’une urne de marbre portant ung scène d'initiation aux plusieurs mystères d’Eleusis', qui est analogue à un des stues signalés comme par mains; l'architecte qui construisit ce temple, fit manifestemept appel, pour décorer la large surface de ses parois et de ses voûtes, aux meilleurs ornemanistes de son temps, mais tous n'étaient pas d'une égale habileté. consul d'Afrique, lo fit accuser en 52 après J.-C. par Tarquitius Un ensemble aussi disparate serait bien difficile à dater exac- Priscus, qui avait élé son légat, « de quelques concussions, et tement d'après ses caractères artistiques: mais nous disposon s heureusement d'indices chronologiques; plus sûrs pour fixer pour le reste de superstitions magiques. » Outré de l’indignité d'un pareil procès, le vieux consulaire se donna la mort avant la sentence du Sénat. On peut croire que Tacite désigne avec l'époque de la construction. Les murs en béton homogène, sans aucun débri de tuile ou de marbre, si résistants que la 1. S, Reinach, Rép, des reli-fs, 1}, p. 201, plus haut. Or, Tacite' raconte précisément qu'Agrippine, convoitant les jardins magnifiques de Statilius Taurus, ancien pro- 4. Helbig-Amelung, Führer, Il n° 1325; cf. Rizzo, Rom, Mitt,, 1910, p. 106, pi. VII. 2. Tacite, Annales, XII, DU.

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mépris par magicce superstitiones les rites occultes qui s’accomplissaient dans l'ombre de l’hypogée où pénètre aujourd'hui notre curiosité profane. On en concluera donc que ce temple d’un culte pérégrin fut construit in solo privato et en dehors du pomoerium par un des Statilii, pour y réunir les membres d'une secte dont il était évidemment l’un des principaux adeptes. ÉTAPE Eye ENT LA BASILIQUE SOUTERRAINE DE LA PORTA MAGGIORE 61 trahisse l’influence del’astrologie.Fait capital, le sujet des représentations figurées est, comme leur style, dans la pure tradition yrecque. Or, ceci serait à peine possible au milieu du synerétisme du 11° siècle et encore moins au I°, Dès lors, les possibilités qu’on peut imaginer pour la destination du temple se réduisent à un petit nombre. Car la plupart des mystères de la Grèce ne pouvaient être célébrés qu'en leur SELINry A |* — Fig. 6. — Jongleurs. ¥ Y & de cette secte, M. Fornari, avec une prudente Sur la nature réserve, s'abstient de proposer des conjectures prématurées. ll est, en effet scabreux de se hasarder sur un terrain semé d’embûches et encore imparfaitement exploré; toutefois, certaines indications bien déterminées diminuent beaucoup le risque de s'y égarer. La plus importante est celle que fournit la date assignée à la basilique. La confirmation la plus sûre de son antiquité résulte de l'absence de tout élément oriental dans une décoration à la fois si ample et si variée. Sauf de petites figures d’ « Attis funéraires », dont l'adoption très ancienne du culte de Cybèle à Rome suffirait à expliquer la présence, on ne trouve, parmi les nombreux stucs du souterrain, nulle trace des mystères asialiques, aucune des images caractéristiques de ceux d'Isis, de Mithra ou des Baals syriens, rien non plus qui lieu d'origine, tels ceux d’Eleusis, et l’on n’en connaît guère qui aient été pratiqués dans la Rome des premiers Césars. On pourrait songer, il est vrai, à ceux de Dionysos ou Liber Pater, dont les confréries subsistèrent en Italie jusqu'à la fin du paganismo. Mais si quelques sujets bachiques apparaissent sur les murs de la basilique (fig. 7), ils n’y occupent qu'une place accessoirée parmi tant d'images rituelles et d'épisodes fabuleux. On a l'impression de se trouver en présence d'une religion qui puisait de toutes parts dans les croyances helléniques, sans se soumettre exclusivement à aucune; sa doctrine éclectique se servait, en les interprétant à sa guise, de tous les éléments légués par le passé, comme son art reproduisait, à côté de motifs

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alvxandrins, des représentations d’un type quasi-archuïque, où revivent des formes presque oubliées de mythes anciens, perpétués sans doute par une tradition hiératique remontant à une époque reculée. ° Si l'on se demande quelle secte, présentant de tels caractères, fit, au début de notre ère, des prosélytes dans l'aristocratie romaine, le premier nom qui viendra à l'esprit sera celui du néo-pythagorisme, et d'autres que moi certainement y ont songé. A la fin de la République, le pythagorisme, dont le foyer principal était alors à Alexandrie, fut introduit à Rome, on le sait, par le sénateur Nigidius Figulus, érüdit épris de sciences et de pratiques occultes. Ce ne fut pas une simple école philosophique, comme l'épicurisme, qui se propageait à côlé de lui, mais une église, qui célébrait à huis clos des rites mystérieux. Elle était fidèle en ceci à la règle de l’ancien pythagorisme, qui, du moins dans la Grande Grèce, avait formé une sociélé liée par la discipline du secret, enseignant une doctrine ésotérique et où le néophyte n'était affilié qu’à la suite d'une initiation. Cette antique observance avait dû se perpétuer ou être rénovée en Italie. Cicéron apostrophant Vatinius s'écrie' : « Tu affectes de te dire Pythagoricien, et tu couvres du nom d'un grand savant tes pratiques atroces et barbares. Par quelle perversité d'esprit es-tu possédé ou par quelle démence, pour adopter un culte monstrueux et scélérat, toi qui évoques les âmes des enfers et apaises les dieux mines à l'aide d'entrailles d'enfants, en méprisant les auspices par lesquels notre villea été fondée? » Bien que Cicéron se soit plus tard rétracié et réconcilió avec Vatinius’, ses invectives montrent quelles calomnies la malignité publique faisait courir sur les assemblées clandestines des prétendus philosophes. Plus tard encore, sous le règne d’Auguste, le Pythagoricien Anaxilaos de Larissa fut expulsé de Rome et d'Italie comme suspect de magie”. I. In Vatinium, VI, 14, 2. Zeiler, Philus, der Griechen, V* p. 410 el 113, n, 2. 3. Hieron., Chron., Olymp. 188, 1 : « Anazilaus Larisseus F'ythagoricus et LA BASILIQUE SOUTERRAINE DE LA PORTA MAGGIORE — 63 D'autre part, un indice caractéristique de l'intérêt que les doctrines de Pythagore, prélendu maître du roi Numa, éveillait dans les cercles aristocratiques de Rome, se trouve dans le long exposé qu'un poèle mondain, Ovide, en fait dans ses Métamurphoses*, où l'on n’attendail guère une pareille digression. Ces considérations générales ne suffisent évidemment pas à rendre plausible l'idée que nous suggérons. Il faut montrer comment les croyances que professaient les disciples lointains du sage de Samos, se manifestent dans le temple où ils se seraient sanctifiés. Tout d'abord, leur philosophie religieuse explique pourquoi ce temple était souterrain. Dans son opuseule Sur l'Antre des Nymphes, Vorphyre* rappelle que les fidèles de Mithra, à l'exemple de Zoroustre, célèbrent leurs mystères dans des grottes ou spelaea, qui figurent pour eux le monde et ses éléments, puis il attribue la même interprétation aux Pythagoricions el à Plalon après oux (xat ol Hubxyipuco val era TOBTOUS [nr Xitgov nal ont hate tov aispov ATEPÉVAYTO *), et il cite le mythe célèbre de la République qui compare la vie humaine au sort de captifs enchatnés dans une caverne, où ils n’apergoivent que les ombres projetées par la lumière céleste. De même, dans son commentaire des Vers Dorés, qui sont donnés comme de Pythagore, Hiéroclès rappelle que la mort délivre les hommes des labeurs d’ici-bas « comme s'ils sortaient d'un antre soulerrain’. » Ces passages semblent bien indiquer qu'avant Îles Healenc, 8. v. magus ab Augusto Urbe et Italia pellitur, » Cf. Pauly- Wissuwa, que Tacite , iliones superst magica de ssion l'expre n combie voit On 5, ne aux céréquer s'appli t aisémen t pourrai 9), (p. emploie pour Statilius Taurus re que, suivant l'historien, l'accusé monies pytbagoriciennes. Un objectera peut-èl es de Pythagore; mais linprécepl aux re contrai est se donna la mort, ce qui le suicide, a pu le faire il manda fluence du stoicisme, qui autorisaitel méme recom lui-même, infidèle en Plotin . iciens thagor néo-py s certain par e tenir pour légitim ceci à Venseignement de Platon, le regardait comme justifié en certains cas. 1, Ovide, Met., XV, 61-478, 2. De antro nymph,, 6. t plus de valeur que Porphyre 3. did, e. 8. — Le renseignement a d'autan us, sourse principale du Numäni ricien Pythago au «emprunte probablement | De antro nympharun. : 483) p. I, Gr., Phil, Fr, h, (Müllac fine 8, Carm,, Aur. Comm. 4. Hierociès,

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mithriastes', les communautés néo-pythagoriciennes pratiquaient leurs rites secrets dans des hypogées, et que, s'inspirant de Platon (qui pour eux n’était qu’un disciple de leur Maître), ils y voyaient un symbole de notre monde terrestre. Les mortels ignorants peinent dans les ténèbres de ce souterrain, jusqu'à ce qu’un trépas libérateur en tire leurs âmes qu’illumine alors la clarté radieuse d’en haut. Un détail curieux de la construction de notre hasilique 65 Pour se rendre acceptable, toute hypothèse sur le culle célébré dans la nouvelle basilique devra fournir une interprétation satisfaisante de la représentation qui décore la conque de l'abside. La place d'honneur qu'occupe ce tableau, ses dimensions considérables, son caraclére inusité, tout soncourt à marquer son importance, et il exprime certainement une des doctrines capitales de la religion pratiquée dans ce sanctuaire. Or, ou je me trompe fort, ou les croyances pythagoriciennes du sa caverne cosmique. Cette caverne, dont les prisonniers ne siècle d' Auguste permettent de donner une explication très vraisemblable de cette grande composition, restée jusqu'ici énigmavoient que le fond, est à demi-éclairée par « un foyer allumé à tique. paraît avoir été déterminé par la description que fait Platon de . grande distance en haut et derrière eux »*, que le philosophe interpréte ensuite comme étant le soleil. N'est-on pas frappé de constater que par une disposition singulière, la basilique romaine ne recevait le jour du lucernaire qu'indirectement, par Commençons par la décrire, car nous n’en possédons pas pas encore de bonne reproduction '. Nous avons devant nous au premier plan une mer houleuse, où se dressent des rochers. Sur les récifs qui à droite bordent le rivage, une femme entièmur du rement voilée, tenant à la main une lyre, descend vers les (lots; pronaos (p. 53), c'est-à-dire le plus loin possible « en’ haut et par derrière elle, un Amour ailé semble la pousser doucement par une ouverture pratiquée à la partie supérieure du derrière’? ». Un jet de lumière solaire descendait ainsi obliquement sur les fidèles, probablement agenouillés sur la mosaïque de la erypte’, comme sur les captifs du mythe platonicien, le reste du souterrain restant noyé dans la pénombre où des lampes jetaient leur faible lueur. "Anoküaae SÈ tv tr de nove, we Ex Tivos xatayelou amndaiov, — M, Delatte (Etudes sur la litter, pythagor., 1915, p. 70) parait avoir mal interprété le vers : Wuynv & révuv and ravds cawas, L'expression névwy and thvée signifie « les peines d'ici bas, » Même expression dans la liturgie des myatéreg d'Altis : fora: yap bpiv ex névwv cwmpla, Cf, Hepding, Attis, 1903, p. 167; Graillot, Culte de Cybèle, 1912, p. 131, — Le symbolisme de la caverne est développé dans les commentaires néo-platoniciens : Proclus, In Remp., |, p. 287 ss., Kroll; In Tim., 1, 19 10 ss.; 333, 26 ss. Diehl, etc. 1. Je ne puis qu'indiquer brièvement ici l'intérêt qu'offre la découverte de la Porla Maggiore pour la question de l'origine des mystères mithriaques, Gabriel Leroux (l. c.) a déjà exprimé l'opinion que le plan singulier des mithréums était dérivé de celui des basiliques où se célébraient les initiations, Il semble bien maintenant que le culte romain du dieu perse ait emprunté aux néo-pythagoriciens le nom méme de spelueu pour ses temples et l'interprétation symbolique qui les regardait comme une image du monde. 2, Piat., Rep., VII, 514 A : 1lupdz ävmber xal möppwdev xadpevov driolev adrüv. 3. J'ai tenté de démontrer que les fidèles de Mithra s'agenouillaient sur les podia latéraux de leurs temples (Mon. myst, Mithra, t. I, p. 62). Il est curieux de les épaules; devant elle, enfoncée dans l'eau jusqu'à mi-corps, une figure, que je crois féminine, tient à deux mains, pour In vers le milieu. dessine une recevoir, une étoffe, qui, en s’abaissant sorte de nacelle, où la figure voilée s'apprête à poser un pied. Sur les rochers de gauche, un autre personnage lui correspond : c'est un homme assis sur la pierre, la tôte appuyée tristement sur la main ou se cachant le visage dans les mains; devant lui, au milieu des vagues soulevées, se dresse un Triton tenant ses attributs habituels, une rame et une conque “ marine. Enfin, au fond, sur un écueil isolé ou sur un flot, Apollon est debout; il porte son arc de la main gauche et étend la droite vers la femme voilée. Un autre rocher sort de la mer entre lui myste de Bacchus représenté trouver dans un des stucs de notre basilique unreligion grecque, - Cf. infra, dans la méme altitude, inconnue à l'ancienne p. 74, ce qui est dit de l'Engonasin. = ages 1. La photographie reproduite par M. Fornari (fig. 10), où les personn de la scèun apparaissent déformés par la courbure de l'abside, ne peut donner qu'une idée d’ensemble, Vo si ENT Vii

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REVUE ARCHEOLOGIQUE 67 et elle, mais il n’est plus possible de déterminer si un person- Cette femme est certainement une personnification de l'âme ; nage s'y trouvait représenté' : on songerait à Diane à côté celle-ci est souvent représentée ainsi, tout enveloppée comme d’Apollon. dans un linceul, par la sculpture funéraire '. Mais que signifie M. Fornari exprime l'opinion que cette composition faisait la lyre qu'ici, particularité curieuse, elle tient à la main ? allusion au voyage des âmes vers les îles des Bienlieureux, La lyre à sept cordes (&rtayopdo;), construite à limitation sujet qui, on le sait, est souvent représenté sur les sarcophuges des cercles planétaires, est, selon les Pythagoriciens, la reine romains par des cortöges d’hippocampes, de dauphins, de des instruments, car elle rappelle par ses accords celle suave Néréides et de Triton. Cette interpretation paraît, en effet, s'imharmonie des cieux, produite par la rotation des sphères, que poser; seulement, au début de notre ère, on ne croyait plus les oreilles des mortels sont incapables d'entendre, comme besucoup à la réalité des îles Fortunées, situées quelque part leurs yeux de supporter l'éclut du soleil’. La faible imitation dans l'Océan ou dans la région des Hyperboréens, où les héros que donne la lyre de la symphonie cosmique suffit cependant élaient transportés pour y jouir d'une félicité perpétuelle. A à la question: « Qu'est-ce que les îles des Bienheureux? » le qu'elles ont entendu avant de descendre ici-bas. La musique cutéchisme des acousmastiques, disciples fidèles à la parole du purifie l’homme en le détachant des soucis matériels et pro- Maitre, répondait déjà : « Le soleil et la lune’ », et nous avons voque en lui un tel ravissement que l’amour divin dont il est des preuves que, jusqu'à la fin de l'antiquité, les Pythagoriciens saisi lo transporte dans les sphères éthérées, et cette extase lui conservèrent celle interprétation, les astres étant conçus par apporte un eux comme des îles mouvantes, éveiller dans nos âmes .le souvenir du concert enivrant avant-goût de la félicité qu'il éprouvera lorsque baigndes dans l'éther qui son Ame, affranchie du poids de la matière, s'envolera vers les bruissait autour d'elles *. La mer qu'il fallait traverser était, astres. Puur caractériser co désir mystique, cette nostalgie du expliquaient-ils, la matière (9%), dont ils opposaient l'agitation ciel, éveillés en nous par l’écho de l'harmonie des sphères, les tumultueuse à l'harmonie constante des cieux*. On comprend anciens usent d'expressions qui marquent la passion la plus maintenant pourquoi sur un ilot lointain se tient Apollon, le dieu solaire, qui étend la main droite, geste de protection ou d'encouragement, vers la femme voiléo qui descend du rivage. I. [ya au moins un autre «tue qui offre une représentation semblabia, celui qui occupe le centre de la voúte d'un tombeau de la voie Latine; cf, mes Etudes syriennes, p. 94, n. 1 el le texte d'Eusébe cité, p. 103, n. 5, 4, M. Fornari veut bien m'écrire à ce propos : « La figura sullo scoglio ha lasciato tracce così deboli chè quasi si pud dubitare se sia mai esistita, » 2, Jamblique, Vit. Pyth., XVII, 82 = Diels, Vorsokratiker', I, p. 518, 18 : Ti karıv at wxxapiey vhaoı * flioc, osAñvn. : 3, Hierocies, Comm, in Aur, carm., 8, line (Múltach, Fragm, Phil, Gruec., 1, p. 483) : 'Avayayeiv poe Tae aiBeploug aura; xal vaig paxdpwv évidpldoa viaor:. Cf. Plut., De genio Socratis, 22, p. 590 È, : Nioov: Zapropévac pañaxó nupi x. s. À et p. 591 F, où il est dit des âmes montant vers le ciel : Wuga; ix tiv cwyätuv inavamıdovaac pera tov bavarov, 4. Numeuius interprétait même les voyages d'Ulysse comme étant le passage, à travers la génération, de l'âme, qui entin est reconduite vers « ceux qui sont Tè nai Oddacos hors de la houle et ignorent la mer v (Cf, Od, à, 122) ; var móvros xal nAlday xa) napa IMarwvı y Úlixy alaranız (Porphyre, De Antr, Nymph , 34). Cf. infra, p. 69, l'oracle sur l'âme de Plotin, 2, Le plus ancien des textes conserves relatifs aux ellets de la lyre est, je crois, de Cicéron, Soram. Seip,, V, 3 : « Quod docti homines nervis imitati alque cantibus aperuerunt sibi reditum in hune locum {le ciel étoilé], sicut alu qui praestantibus ingeniis in vila humana divina coluerunt. » Cf. Alexandre d'Ifphese [Pauly-Wissowa, Reulenc. 8, v., n° 86) dans Héracl., Alley. Hom., e. 12; Philon, De opif. mundi, 42, $ 126 (I. p. 43, Colin) : Aúpa piv yap n intayopdo; avahoyodez Th Tüv mhavizwy yopsia rag ÉMoyipoug dppovias anurerer céder th tis Kara povornv bpyavomoiac &ndonz iyepovis odoa, Cf, Ley. Alleg., I, 5, $ 14 (p. 64 Cohn), — Plus tard les témoignages se multiplient : Quintil., Inst. Or,, I, 10, 12 (postea lyra imitatus Pythagoras); Lucien, Astrol. 10; Censorin, 13; Nicomaque de Gér,, Enchirid,, e. 3, dans Jahn, Music., script., p. 241, cf. ibid,, p. 271; Oracle dans Porphyre, De phil. ex orac, haur., p. 138, Wolff = Eusebe, Pruep. Ev,, V, 14 (ou l'invention est attribuée i Hostanes); Theon de Sinyrae, p. 499 H.; Macrobe, Sıturn , 1, 19, 15. — Cf. infra, p. 71.

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69 luttent les éléments. Le drap, où elle s’appröle A recevoir la violente'. Onsaisira maintenant l’idée que devait suggérer, dans femme voilée, prend Vaspect d'une nacelle recourbée en le tableau de la basilique, l’Eros ailé, poussant l’âme qui porte forme de croissant, et peut-être faut-il chercher aussi dans cet une lyre vers l’abime qu'elle va franchir pour gagner l'ile du esquif lunaire une intention allégorique *. Soleil. | i Certainement, il y a une opposition entre le groupe de Mais quelle est la figure qui, émergeant de l'onde, étend sous l’âme qui, encouragée par Eros, se prépare à traverser la mer, ses pieds une étoffe pour la soutenir? Je l'interpréterais comme une Sirène, dont le buste de femme serait seul visible, Platon et le personnage assis en face d’elle sur un rocher de l’autre côté de la composition. Cet homme appuie la tóte sur la main placait les Sirénes dans les cercles des planétes* et, pour leg dans une attitude qui. depuis la « Pénélope » du Vatican, a tou- Pythagoriciens, elles personniflaieut l'harmonie des sphères. jours exprimé dans l’art antique l'abattement d'une profonde Le vieux conte de l'Odyssée, racontunt lu séduction des navigatristesse, C'est, pensons-nous, lo péchour accablé de honte ot de teurs que les Sirènes attiraient sur des écueils, était expliqué entraînées par les accents des chanteuses célestes, s'éprenaient remords, auquel il est interdit d'atteindre le séjour des élus. Car, devant lui, les vagues sont agitées, et, au milieu d'elles, se dresse un Triton tenant sa conque, dont autrefois le meudes choses divines et suivaient avec joie ces charmeresses dans glement a mis en fuite les géants? et qui répand la terreur sur les espaces éthérés *. L'artiste uurait donc confié à une Sirène les flots en furie. par eux comme une allégorie de la destinée des âmes, qui, la mission de transporter l'áme, saisie de l'amour sacré, vers da les îles des Bienheureux*, en lui faisant franchir les abimes où 4. Cf. Philon, De Somniis, I, 6, 36 (III, p. 212, Wendland) : "Epwte; àvax6sxror ual Aedvenxdrtes (pepo: xal Anaugroı xai paviwhets olarposı, On cesse de prendre de la nourriture pour s'emplir lés oreilles de ces accords diving wot péddovres anadavarifectar, Un passage parallèle se Lrouve dans les Quaestiones in Genesim, 111, 3 (11, 273, Aucher), — Sur l'amour des choses célestes (épws mpd; tà ovpdvia) éveillé par la musique, cf. Plut., Quaest. conviv., IX, 14, 6, p. 745 E, et sur la musique el les âmes en général, Delatte, op. cit., p, 262 ss. — Comparer Hieroclès, Comm. in Aur, Carm., XX (p. 463, Mullach) et mon Mysticisme astral (Bull. Acad. Belgique, 1909), p. 282 [29] ss, 2, Rep., X, 617 b, 3. Plut., Quaest. Conv., IX, 14 2, 6, 2 : Tat, évredtiv amiovanıc puyate na mhavuxpdvarc pera thy redeurhv Epwra mpdg tx ovadvia mal Geta, Anlnv SE tiv Ovytay, duxoi00cay (povarnyy Nerpiivwy) xarézerv xal xatayev Uedyopbvas * al d'inò Yap; inowras xa) auprepirodobar, — Sur Pinterprelation pythagoricienne de la fable des Sirènes, cf. Delatle, op, cit., p. 133; p. 259, 262 ss, — Elle est déjà rapportée, mais dilféremment, par Philon, Quaest. in Genesim, |, c. : a Quod si Sirenum cantatio, ut Homerus ail, ila violenter invitat auditores ut oblivioni tradant patriam, domum, amicos et cibos necessarios, quanto magis perfectissima illa et summa harmonia praedita atque vere caelestis musica attingens instrumentum auris, cogat insanire ac divinare, » — Cf, aussi Proclus, In Remp., II, p. 236, Kroll. 4. La croyance que les Sirénes habiteut les Iles des Bienheureux se perpétue confusément jusqu'au moyen âge. Un texte byzantin raconte qu'Eusèbe Indicopleuste, qui s’en approcha, fut séduit par la douceur des chants qu'il y entendit (Paris. gr, 2219 f. 24; sera publié dans le Cat. codd. astr. VIII, 4). Sur les Tout ce tableau, offert à la méditation des fidèles au centre de la basilique, est probablement l'illustration de quelque chant sacré où l’on décrivait le sort des dmes sous la forme d'un voyage vers les îles lointaines de l'Océan céleste. Ce morceau liturgique a péri, comme tout le rituel des mystères païens, mais nous pouvons nous en faire quelque idée par des compositions similaires, tels l’hymne gnostique de la Perle cachée au fond des mers, qui fut inséré dans les actes apoeryphes de Thomas, ou mieux encore l'orucle qu’Apollon rendit à Amélius, qui lui demandait où s’en était allée l'âme de Plotin *. Nous en traduirons littéralement quelques vers caractraditions relatives aux Iles Fortunées chez les Arabes, cf, Blochet, Les sources orientales de lu Divine Comédie, 1901, p. 38 sa. 1, Pour les manichéens, la lune est un vaisseau qui se charge d'imes el les transporte au soleil (Hésémonius, Acta Archel., 8; cf, Flügel, Mani, p. 233, et les Égyptiens croyaient que les morts montaient sur la barque de Ra, qui glisse dans le ciel. Peut-être quelque tradition analogue se transmeltait-elle chez les néo-pythagoriciens, mais je n'en trouve point de traces. 2. Hygin, Astr., 11, 23. 3. Virgile, En., X, 200: « Caerula concha exterrens freta » : Cf. Lucain, IX, 4. Porphyre, Vita Plotini, 22 ef, Bidez, Vie de Porphyre 1913, p. 122 ss.

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71 téristiques: « Génie — car homme. hier, te voici parvenu au dire ceux que l'amour divin a conduits au ciel, où ils sont sort plus divin de génie — lorsque tu brisas la chaîne de la réunis’. Ce dernier vers suffirait à prouver, si les autres ne nécessité humaine, échappant au trouble houleux de tes membaignée de lumière’, t'éloignant à la hâte de la foule des l'indiquaient déjà, que les prêtres qui composèrent ce cenlon versilió s’inspirörent de vieilles croyances pylhagoriciennes sur la félicité réservée au sage et attribuèrent à Plotin le sort pécheurs, pour fixer la voie circulaire de ton áme pure lá oú que celles-ci réservaient au Maitre divin. rayonne la splendeur de Dieu, oú les lois divines régnent dans Les disciples tardifs de Pythagore ne se contentérent pas de composer à leur usage des tableaux allégoriques : ils prétendaient aussi expliquer par leurs doctrines les images traditionbres', tu nageas d'un cœur vaillant vers la plage d'une rive l’éther serein, loin de la criminelle injustice. Autrefois, quand tu bandissais pour te dérober aux flots amers d’une vie nourric de sang? et éviter les vertiges nuuséeux, au milieu d'une houle et d'une agitation inouies, souvent les bienheureux firent apparaltre le but‘ comme tout proche de toi’... » Puis l'oracle décrit, après les extases accordées au philosopheici-bas, l'entrée de son âme dans l'assemblée des élus « rafraichie par de douces brises », empruntant ses expressions aux anciens poètes qui parlaient des îles Fortunées *. Là se trouvent, avec les juges des enfers, « Platon, force sacrée, et le pieux Pythagore et tous ceux qui constituent le chœur d'Eros immortel », c'est-á- 1. C'est-à-dire d'un corps formé de la matière, qui est comparée à la mer; cf. supra, p. 66. | 2..Nnyvrou n'a pas le sens négatif (Creuzer) : les astres baignent dans l’éther; cf. Plutarqne, |. e, supra, p. 66. - 3. Allusion, comme l'a vu Bidez, au régime carnivore, que condamne la philosophie, 4. C'est ainsi que Porphyre a compris le vers; on pourrait interpréter aussi eu donnant un autre sens a axoxós : « Un gardien, envoyé par les bienheureux apparut à tes côlés », 5. iù Aatpov, dvip td mapoibev, atap viv Saipovos alan yA | nolles qu'avaient dessinées au ciel les astronomes à l'aide de groupes d'étoiles. Saint Hippolyte de Rome nous a conservó un fragment curieux d'une exégèse de ces constellations proposée par les Pérates. Si Von fait abstraction de certaines addi tions bibliques, Adam, le Christ, le diable, qui se détuchent à un aisément du reste, on en dégagera un fond païen emprunté commentaire de la sphère d’Aratus dd certainement à quelque néo-pythagoricien. On en jugera par ce qui suit. Sur les globes *, l’astérisme de l’Engonasin était représenté par un célestes personnage agenouillé, étendant les deux bras; l’un atteignait presque la Lyre, l'autre dépassait la Couronne boréale; sous ses pieds se recourbait le Dragon du pôle. Or, l'Engonusin à genoux, les bras ouverts, était expliqué comme un pécheur confessant ses fautes ‘; la Lyre, (izrázop3cs), où résonne l'harmonie du monde, était l'instrument d’Hermes, c'est-à-dire du Logos’. Si l'Engouasin « imite la Lyre c'est-à-dire se soumet Gerotipy neidwv, br’ tivozo Becpov avayune | avBpopénc, fediwv El rolupioicsoro xvBorpod, pwodpevos xpaxibcoaw ic nova vayitov aut; vis” Exuryópevos Enpou And véapev &Attpiav amplia: xadaphe Yuyhs svxapnés olunv, ng dolo aldac nepidaumerar, nyt Olprorec ev nabapin dnatepôev aditpoatvas ddepistou tal tote pèv oxaipovr mixpov xu’ Ekumarukaı alunBérou fibroso xal aarpüv eldyyuwy tv pegatorat xAŸBwvog Avwigtos te xudsoipod abla Ex paxdpwv pavôn oxondç yy ub: vaiwv. 6, Cf. Bidez, p. 125, n 4, 7, "Urza TDatwv,tepa Ec, nl re xadd; | Mlutayópn:, dano: te gophv arnpıkav "Epwtoc | dbavaroy. 1, Cf. supra, p. 67. 2. Philosophoum., IV, 6, 4 (p. 123 Cruice). 4, Cf. Thiele, Mimmelabilier, 1898, pl, VI. 4, L'interprétation parait dire ancienne, ou dumoins elle se rattache à une tradition ancienne : l’Engonasin était miserabile sidus (cf, Boll, Sphaera, 1903, p. 278). Peut-être les Pythagoriciens y voyaient-ila seulement l'homme accablé par les labeura de la vie (p. 12, n, 4). — Sur son altitude, of. supra, p. 64. n. 3, 5. {lermes = le Logos; cf, Porphyre dans Proclus, In Tim., 1, p. 165, 22 Diehl et Hepi ayad, p. 17, 19, Bidez, I. c. Une explication analogue faisuit d'Apollon, jouant de la lyre à sept cordes, le soleil, raison du monde, conduisant le chœur des planètes: cf. Macrobe, Sat., I. 19, 15 ; Somn. Setp., 13,3: Ausone, Id. 20 (p. 412 Riper); Proclus, In Tim., II, 208, 9 Diehl.

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REVUE ARCHEOLOGIQUE 73 à la raison » (Aéycç), il obtiendra la couronne d'immortalité D'autre part, s’il était établi que l'hypogée de la Porta Magplacée à côté de lui; s’il la néglige, il s’abaissera -- selon la giore fut construit par des Pythagoriciens, nous aurions une voie métempsychose — jusqu’à l’animal placé sous ses pieds et partoute tracée pour l'interprétation religieuse des tagera son sort. Une interprétation aussi tions qui la décorent. On sait que, dans la secte, un système saugrenue de ces figures astronomiques n’aurait jamais paru acceptable, si elle ne s'était inspirée d'un système de symboles familier aux a-— . représentad’allégories psychologiques et: morales, dont la Table de Cébès est pour nous le type le plus achevé, donnait une signification adeptes de la secte. Ce système se rapproche singulièrement nouvelle aux œuvres d'art du passé et aux légendes de la mythode celui qui est appliqué, croyons-nous, dans notre basilique logie. Il n’est pas aisé de retrouver les débris de ce symbolisme, romaine, où, pour accentuer l’analogie, une figure de Niké épars dans les dissertations subtiles des néo-platoniciens et dans tenant la couronne, emblème de la victoire morale des élus, est les gloses de scholiastes tardifs'. Mais la recherche en vaudrait dessinée précisément sous la grande composition de l'abside'. la peine, car non seulement elle nous donnerait la clef de mythes adoptés et figurés dans les conventicules pythagoriciens, mais * .% aussi l'explication de nombreux motifs reproduits par la sculpture funéraire, qui offre avec la décoration de la basilique des L’hypothése que nous avons proposee sous réserves, au sujet du tableau placé au fond du sanctuaire, analogies frappantes. Comme pour restera coutestable tant qu'on n'aura pas prouvé que les croyances pythagoriciennes se manifestent aussi dans la décoration du reste de la basilique. Mais si notre conjecture se vérifie, le temple de la Porta Maggiore acquerra, pour notre connaissance de la religion romaine vers le début de notre ère. une valeur qu’il serait difficile d'exagérer : à cet égard, aucune découverte ne serait comparable à celle-ci depuis l'exploration des Catacombes par de Rossi. Nous pénétrerions pour la première fois dans la vie intime d’une société puissante, qui exerça dans le monde antique une influence dont on ne peut encore mesurer l'étendue ; nous obtiendrions la révélation de mystères qui précédèrent dans la capitale du monde ceux de l'Orient et qui vraisemblablement exercèrent quelque action sur le développement de les peintures des catacombes, c’est par cette signification cachée, plus que par leur -- mérite artistique, que ces images sacrées acquéraient une valeur r aux yeux des fidèles. Pour nous encore, la descente dans la pénombre de la vaste crypte, dont les blanches parois sont toutes tapissées d'un gracieux décor, fait une impression qui est égalée par celle de peu de ruines. Combien devait-elle être plus vive quand chacun des sujets qui y sont reproduits rappelait de vieilles traditions sacrées, auxquelles on prétait une signification profonde, quand chacune parlait à l'imagination et éveillait des sentiments mystiques, et qu'au lieu d’ötre une une chose morte tout cet ensemble merveilleux était une réalité vivante | Franz CUMONT. leurs doctrines *; nous serions introduits enfin dans les secrets d'une communauté à laquelle l’Église naissante, si l’on en juge par les signes extérieurs’, fit plus d'un emprunt. 1. M. Delatte a recueilli récemment (op. cit., p. 109 s. 1) les restes de Vexégése pythagoricienne des poámes homériques. On ferait une moisson plus abondante encore dans les scholies d'Hésiode, qui, par l'intermédiaire de Proclus. remontent pour une bonne part à Plutarque. ,. 1. Cf, supra, p. 56. 2. Cf. supra, p. 64, n. 1. Cf. supra, p. 54, a, 2..