Mostrar texto completo60 páginas
Página 1
Ver en el PDF(se abre en una ventana nueva)\eua Po
WA y HORDA.
LANA
S tante cue nada tapa
p yLe vas
Página 2
Ver en el PDF(se abre en una ventana nueva)CHAPITRE Il
SCIENCE
RELIGION
XXXII. — MIGRATIONS VERS L'OUEST.
Jusqu'ici,
nous
n'avons
rencontré aucune
trace d'un
antagonisme direct entre la science et les croyances popu‘laires, quoique
les opinions
des cosmologues
milésiens
fussent en réalité aussi incompatibles avec les religions
du
peuple qu'avec la mythologie des poètes anthropomorphiques '. Deux choses hâtèrent le conflit : le déplacement
de la scène vers l’ouest, et le réveil religieux qui se produisit en Grèce au cours du VIe siècle avant Jésus-Christ.
Les principales figures qu'enregistre l’histoire de la philosophie pendant cette période furent Pythagore de Samos
et Xénophane de Colophon. Tous deux étaient Ioniens de
naissance, et cependant tous deux passèrent la plus grande
partie de leur vie dans l'Occident. Hérodote nous apprend
comment l'avance des Perses en Asie Mineure occasionna
une série de migrations vers la Sicile et l'Italie méridionale ?, et cela changea naturellement en une grande mesure
les conditions de la philosophie, aussi bien que celles dela
religion. Les nouvelles idées s’étaient probablement développées d'une manière si naturelle et si graduelle en Ionie
que le conflit et la réaction avaient été évités ; mais il n’en
pouvait être de même quand elles furent transplantées dans
1 Sur les idées théologiques d'Anaximandre et d’Anaximéne, voir
2 Cf. Herod. I, 170 (conseil de Bias); VI, 22 sq. (Kalé Akte).
Página 3
Ver en el PDF(se abre en una ventana nueva)une région où les hommes n’étaient pas le moins du monde
préparés a les recevoir.
Un autre effet — un peu postérieur, il est vrai — de ces
migrations, fut de mettre la science en contact avec la rhé‘ torique, un des produits les plus caractérisques de la Grèce
occidentale. Dans Parménide déjà, nous pouvons noter la*
présence de cet esprit dialectique et critique qui devait
avoir une si grande influence sur la pensée grecque, et ce
fut justement cette fusion de l’art d’argumenter en vue de
la victoire avec la recherche de la vérité, qui donna naissance à la logique.
XXXIII. — LE RÉVEIL RELIGIEUX.
Le réveil religieux, qui atteignit son point culminant vers
cette époque, exerça sur la philosophie une influence dont
on ne saurait exagérer la portée. La religion de la Grèce
continentale s'était développée d'une tout autre manière
que celle de I'lonie. Le culte de Dionysos, en particulier,
qui venait de Thrace, et qui n'est mentionné qu’en passant
dans Homère, renfermait en germe une façon entièrement
nouvelle d'envisager les rapports de
monde.
On
aurait
certainement
tort
l’homme
avec le
d'attribuer
aux
Thraces eux-mêmes des opinions par trop élevées, mais il
est hors de doute que le phénomène de l’extase suggéra
aux Grecs
l’idée que l’äme était quelque chose de plus
qu’un faible double du moi, et que ce n’était qu’«en dehors
du corps» qu’elle pouvait montrer sa vraie nature‘. En
une moindre mesure, des idées analogues furent suggérées
par le culte de Déméter, dont les mystères étaient célébrés
à Eleusis; mais, à une date postérieure, elles n’en vinrent
pas moins à jouer un rôle très important dans les esprits des
1 Sur tout cela, voir Rohde, Psyche, pp. 377 sq. (2° éd. II, 1). Il est
probable que Rohde exagérait le degré auquel ces idées étaient déjà
développées parmi les Thraces, mais la connexion essentielle de la
nouvelle vue sur l’äme avec des cultes du Nord est sans cesse confirmée par la tradition.
Página 4
Ver en el PDF(se abre en una ventana nueva)hommes. La cause de ce fait fut leur incorporation à la
religion officielle d'Athènes.
Avant l’époque dont nous nous occupons, la tradition
nous permet d'entrevoir un àge de prophètes inspirés
—
Bakides
et Sibylles
—
suivi
d'un
autre
âge
d'étranges
guérisseurs ou sorciers, comme Abaris et Aristéas de Proconnèse. Avec Epiménide de Crète, nous touchons aux confins de l’histoire, tandis que Phérécyde de Syros est le
contemporain des premiers cosmologues : nous possédons
encore quelques fragments de son écrit. Il semblait que la
religion grecque fût sur le point d’arriver au même stade
de développement qu’avaient déjà atteint les religions de
l'Orient ; et il est difficile de voir ce qui, à part l'essor de
la science, aurait pu s'opposer à celte tendance. On a l’habitude de dire que les Grecs furent préservés d’une religion
de type oriental par le fait qu’ils n’avaient pas de caste
sacerdotale, mais c'est là prendre l'effet pour la cause. Ce
ne sont pas les prêtres qui font les dogmes, quoiqu’ils les
conservent une fois constitués, et dans les premiers stades
de leur développement, les peuples de l'Orient n'avaient
pas non plus de clergé au sens dont nous en parlons ici‘.
Ce fut moins l'absence d'un corps de prêtres que l’existence d'écoles scientifiques qui sauva la Grèce.
XXXIV. — La RELIGION ORPHIQUE.
La nouvelle religion — car elle était nouvelle en un sens,
quoique, en un autre, elle fût aussi vieille que l'humanité
— atteignit son apogée par la fondation des communautés
orphiques. Pour autant que nous pouvons
le savoir, la
patrie originelle de ces communautés fut l’Attique, mais
elles se répandirent avec une extraordinaire rapidité, spécialement dans le sud de l'Italie et en Sicile *. C'étaient, en
1 Voir E. Méyer, Gesch. des Alterth. II, $ 46). C’est par une survivance
de la pensée française au XVIII: siècle qu'on attribue souvent au clergé
un rôle exagéré.
3 Voir E. Meyer, Gesch. des Alterth. II $ 453-460, qui insiste avec rai-
Página 5
Ver en el PDF(se abre en una ventana nueva)première ligne, des associations pour le culte de Dionysos,
mais elles se distinguaient par deux traits, nouveaux chez
les Hellènes. Elles placaient dans une révélation la source
de l’autorité religieuse, et elles étaient organisées en communautés artificielles. Les poèmes qui contenaient leur
théologie étaient attribués au Thrace Orphée, qui était luimême descendu dans le Hadès, et était par conséquent un
guide sûr à travers les périls qui assiégeaient l’âme séparée
du corps dans le monde de l'au-delà. Nous possédons des
restes considérables de cette littérature, mais ils sont pour
la plupart de date récente, et ne peuvent être tenus pour
des témoignages certains des croyances du VI° siècle. Nous
savons cependant que les idées directrices de l’orphisme
étaient d’origine très
tablettes d’or,
sur
ancienne.
lesquelles
Un certain
étaient
nombre de
inscrits
des
vers
orphiques, ont été découvertes dans l'Italie méridionale : ;
et quoiqu’elles soient un peu postérieures à la période dont
nous
nous occupons, elles remontent à une époque où
YOrphisme était une foi vivante et non une renaissance fantastique. Ce que l’on peut en tirer relativement à la doctrine offre une ressemblance étonnante avec les croyances
qui prévalaient en Inde vers le même temps, quoiqu'il semble
impossible qu’il y ait eu alors un contact effectif entre
l'Inde et la Grèce.
Le but
essentiel des Orgia* était de
«purifier » l’âme du croyant et de la rendre ainsi capable
d'échapper à la « roue des naissances », et c'était pour mieux
atteindre ce but que les Orphiques étaient organisés
en
son sur le fait que la théogonie orphique est la continuation de l’œuvre
d’Hesiode. Comme nous l’avons vu, une partie de cette théogonie est
même plus ancienne qu’Hésiode.
1 Sur les tablettes d'or de Thurium et de Pétélia,
voir l’appendice
aux Prolegomena to the Study of Greek Religion de Miss Harrison, où
leur texte a été discuté par le professeur Gilbert Murray, qui en a aussi
donné la traduction.
2 C'était le plus ancien nom de ces « mystères », et il signifie simplement « sacrements » (cf. ¿opya).
Les orgies ne sont pas nécessairement
orgiastiques. Cette association d’idees vient uniquement du fait que les
orgies appartenaient au culte de Dionysos.
Página 6
Ver en el PDF(se abre en una ventana nueva)communautés. Les associations religieuses doivent avoir
été
connues aux
Grecs depuis une date assez reculée!,
mais les plus anciennes d’entre elles étaient fondées, en
théorie du moins, sur les liens que constituait la parenté du
sang. Ce qui était nouveau, c'était l'institution de communautés auxquelles n'importe qui pouvait être admis par
l'initiation ?. C'était, en fait, l'établissement d’églises, quoique rien ne nous prouve qu'elles fussent reliées entre elles
de telle sorte que l’on soit fondé à en parler comme d'une
seule église. Les Pythagoriciens se rapprochèrent davantage de la réalisation de cette pensée.
XXXV. — LA PHILOSOPHIE, CHEMIN DE VIE.
Nous avons à nous occuper ici de la renaissance religieuse essentiellement parce qu’elle fit naître la pensée que
la philosophie est par dessus tout un «chemin
de vie ». La
science, aussi, était une « purification », un moyen d’échapper à la «roue ». C'est là l'opinion si fortement exprimée
dans le Phédon, de Platon, qui fut écrit sous l'influence
des idées pythagoriciennes *. Socrate était devenu pour ses
partisans le «Sage» idéal, et ce fut à ce côté de sa person1 Hérodote raconte qu’Isagoras et ceux de son yévos adoraient le Zeus
Carien (V, 66), ct il est probable que les Orgeones attachés par Clisthène
aux phratries attiques étaient des associations de cette nature. Voir
Foucart, Les associations religieuses chez les Grecs.
2 Un surprenant paralléle a tout cela nous est fourni par ce que nous
lisons dans Robertson Smith, Religion of the Semites, p. 339. « Le trait
essentiel qui les distinguait (les mystères sémitiques du VII¢ siècle avant
J.-C.) des vieux cultes publics avec lesquels ils vinrent en compétition,
. e’est qu'ils n'étaient pas fondés sur le principe de la nationalité, mais
qu'ils cherchaient des recrues parmi les hommes de toute race disposes à accepter l'initiation par les sacrements mystiques. »
3 Le Phédon est dédié, pour ainsi dire, à Echécrate et à la société
pythagoricienne de Phlionte, et il est évident que le côté religieux du
Pythagorisme fit impression sur Platon dans sa jeunesse, quoique l’influence de la science
pythagoricienne ne se marque clairement que
dans une période postérieure. Notez spécialement le
mot arparos de
Phédon 66 b 4. Dans la République, X, 600 b 1, Platon parle de Pythagore comme du fondateur d'une 6è6ç cis Biov privée.
Página 7
Ver en el PDF(se abre en una ventana nueva)nalité que s’attacherent surtout les Cyniques. C'est d'eux
que procédérent le Sage stoicien et le Saint chrétien, ainsi
que toute Vengeance d'imposteurs que
Lucien a mis
au
pilori pour notre édification *. Saints et Sages sont gens á
se montrer sous des formes inquiétantes, et Apollonius de
Tyane a fait voir finalement oú cette mentalité pouvait conduire. Elle n’était entièrement absente d'aucune philosophie grecque après les jours de Pythagore. Aristote en est
aussi imprégné que n'importe qui, comme nous pouvons le
voir par le livre X de P'Ethique, et comme nous le verrions
encore plus distinctement si nous possédions dans leur intégrité des œuvres telles que le Protreptikos*. Platon essaya,
il est vrai, de rendre le Sage idéal utile à l'Etat et à l'humanité par sa doctrine du roi-philosophe. Il est le seul, à notre
connaissance, qui ait fait un devoir aux philosophes de
descendre tour à tour dans la caverne d’où ils ont été delivrés, afin de venir au secours de leurs anciens compagnons
de captivité*. Ce ne fut pas, cependant, la manière de voir
qui prévalut, et le « Sage» se détacha de plus en plus du
monde. Apollonius de Tyane était pleinement justifié à se
regarder comme l'héritier spirituel de Pythagore; car la
théurgie et la
thaumaturgie
des
écoles grecques postérieures n'étaient que le fruit de la semence jetée en terre
dans la génération qui précéda les guerres persiques.
1 Cf. spécialement le point de vue de la Biwy pacs.
2 Sur le Mporpsmrixós d’Aristote, voir Bywater dans le J. of Phil. II,
p. 55; Diels dans l’Archiv, I, p. 477,
et les notes sur l’Ethique I, 5, de
mon édition
3 Plato, Rep. 520 c 1: xaradariov oöv Ev pipet. L'allégorie de la caverne
paraît être d’origine orphique, et je tiens pour tout à fait justifiée la
suggestion du prof.
Stewart (Myths of Plato, p. 252, n.2) que Platon
avait dans l'esprit la xaradasıs cis “Ardo. L'idée de délivrer les « esprits
en prison » est de point en point orphique.
Página 8
Ver en el PDF(se abre en una ventana nueva)XXXVI. — PAS DE DOCTRINE DANS LES « MYSTERES )).
On aurait tort, d’autre part, de supposer que l’Orphisme
ou les mystères suggérèrent aux philosophes des doctrines
définies quelconques, du moins durant
la période que nous
allons considérer. Nous avons admis qu'ils impliquaient
en fait une nouvelle opinion sur Páme, et nous aurions pu,
en conséquence, nous attendre à constater qu'ils modifièrent profondément l’idée que les hommes se faisaient du
monde et de leurs rapports avec lui. Ce qu’il y a d’etonnant,
c'est que cela n'arriva pas. Même ceux des philosophes qui étaient dans les relations les plus étroites avec
le mouvement religieux, tels qu’Empédocle et les Pythagoriciens, professèrent sur l’âme des opinions qui contredisaient en fait la théorie impliquée dans leurs pratiques
religieuses *. Il n’y a de place pour une âme immortelle
dans aucune des philosophies de cette période. Jusqu’aux
temps de Platon, l’immortalité ne fut jamais étudiée d'une
manière scientifique,
mais seulement supposée dans les
rites orphiques, auxquels Platon recourt à moitié sérieusement pour confirmer sa propre doctrine *.
Il est facile de rendre compte de tout cela. Pour nous, un
réveil religieux est généralement la vivante mise en œuvre
d’une doctrine nouvelle ou oubliée, tandis que la religion
de l'antiquité n’avait, à proprement parler, pas de doctrine
du tout. «On n’atiendait pas des initiés, nous dit Aristote,
qu'ils apprissent quoi que ce soit, mais seulement qu’ils
fussent aflectés d’une certaine manière, et mis dans une
certaine disposition d'esprit*.» Tout
ce que l'on demandait,
1 Sur Empédoclc, voir $ 119; sur les Pythagoriciens, $ 149.
? Cf. Phed. 69 c2: vat xvduvesovat xat ot tas tedetàs Muiv oûtot xataoth=
cavtes où pablo ties eivat, dda veo Ovee makaı alvirresda x. 7. À. Pourraiton se méprendre sur la gentille ironie de ce passage et d’autres semblables?
3 Arist. frg. 45, 1483 a 19: tods redovpévous où paeïv te detv, ¿Aka nadery
xat dtaredvar.
Página 9
Ver en el PDF(se abre en una ventana nueva)c'est que le rituel fût correctement accompli; Padorateur
était libre d'en donner l'explication qui lui plaisait. Elle
pouvait être aussi exaltée que celle de
Pindare
et de.
Sophocle, ou aussi matérielle que celle des marchands de
mystères décrits par Platon dans la République. L'essentiel
était qu’il sacrifiàt irréprochablement son cochon.
I.
PYTHAGORE DE SAMOS
XXXVII. — CARACTÈRE DE LA TRADITION.
Ce n’est pas chose facile de faire de la vie de Pythagore
et de sa doctrine un exposé qui puisse prétendre à être
tenu pour historique. Nos principales sources d’information ! sont les Vies composées par Jamblique, Porphyre et
Diogène Laérce. Celle de Jamblique est une misérable compilation, basée surtout sur l'ouvrage du mathématicien
Nicomaque de Gerasa, en Judée, et sur le roman d’Apollonius de Tyane,
qui
se considérait lui-même comme un
second Pythagore, et prenait, en conséquence, de grandes
libertés avec ses matériaux*. Porphyre est, comme écrivain, à un niveau beaucoup plus élevé que Jamblique,
mais ses autorités ne nous inspirent pas plus de confiance.
Lui aussi fit usage de Nicomaque et d’un certain romancier nommé Antonius Diogène, auteur d’un livre intitulé
Merveilles d'au dela de Thulé*. Diogène cite, comme d’ha1 Voir l’admirable étude de E. Rohde: Die Quellen des Iamblichus in
seiner Biographie des Pythagoras (Rh. Mus. XXVI, XXVII).
2 Jamblique était disciple de Porphyre et contemporain de Constantin. La Vie de
Pythagore
a été
éditée par Nauck (1884). Nicomaque
appartient au commencement du 2% siècle après J.-C. Il n’y a aucune
preuve qu'il ait rien ajouté aux autorités qu'il suivait, mais elles étaient
déjà viciées par les fables néo-pythagoriciennes. Néanmoins, c'est à
lui que nous devons surtout la conservation des précieux témoignages
d’Aristoxène.
3 L'importance
de
la
Vie
qui
se
trouve
dans Diogene Laërce
dans le fait qu’elle nous donne l’histoire courante à Alexandrie avant
Página 10
Ver en el PDF(se abre en una ventana nueva)bitude, un nombre considérable d’autorités, et les indications qu’il donne doivent être estimées suivant la nature
des sources d’où elles ont été tirées. Jusqu'ici, il faut
l'avouer, nos matériaux ne semblent pas promettre beaucoup. Un examen plus approfondi montre, cependant, que
de nombreux fragments de deux autorités beaucoup plus
anciennes, Aristoxène et Dicéarque, sont enchâssés dans
la masse. Ces écrivains étaient tous deux disciples d’Aristote ; ils étaient natifs de l'Italie méridionale, et contemporains de la dernière génération des Pythagoriciens. Tous
deux composèrent des Vies de Pythagore, et Aristoxène,
qui était personnellement intime avec les derniers représentants du pythagorisme scientifique, fit encore une collection des sentences de ses amis. L'histoire néo-pythagoricienne, telle que nous l'avons dans Jamblique, est un
tissu de fables incroyables et fantastiques; mais, si nous y
trions les indications qui remontent à Aristoxène et à
Dicéarque, nous pouvons facilement construire un récit
raisonnable, dans lequel Pythagore apparaît non comme
un faiseur de miracles et un innovateur religieux, mais
simplement comme un moraliste et un homme d'Etat.
Nous pourrions alors être tentés de supposer que c'est là la
tradition authentique; mais ce serait encore une erreur. Il
ya, en fait, une troisième couche, encore plus ancienne,
dans les Vies, et celle-ci s'accorde avec les dernières indications pour faire de Pythagore un artisan de prodiges et
un réformateur des croyances.
Quelques-uns des miracles les plus frappants de Pytha- —
gore sont racontés sur l'autorité du Trépied d’Andron et
de l'ouvrage d’Aristote sur les Pythagoriciens!. Ces traités
l'apparition du néo-pythagorisme et la promulgation de l’évangile selon
Apollonius de Tyane.
le Tré- I
1 Andron d’Ephése écrivit sur les Sept sages un livre appelé
s à Pythapied, par allusion à l'histoire bien connue. Les faits attribué
religore dans le traité aristotélicien nous font penser à une légende
gieuse. Il tue, par exemple, un serpent venimeux en le mordant; il fut
Página 11
Ver en el PDF(se abre en una ventana nueva)appartiennent tous deux au IV: siècle avant J.-C., et n’ont
par conséquent pas été influencés par les fantaisies néopythagoriciennes. De plus, ce n’est qu’en supposant l’existence encore plus ancienne de cette opinion que nous pouvons expliquer les
allusions
d’Herodote.
Les
Grecs
de
l’Hellespont lui disaient que Salmoxis ou Zamolxis avait
été l’esclave de Pythagore!, et Salmoxis est une figure de
la même catégorie qu'Abaris et Aristée.
>
Il semble donc que les plus anciennes et les plus récentes
indications s’accordent à représenter Pythagore comme un
homme de la classe à laquelle appartenaient Epiménide et
Onomacrite — en fait comme une sorte de « guérisseur
» ;
mais, pour une raison ou pour une autre, une tentative fut
faite pour sauver sa mémoire de cette imputation, et cette
tentative eut lieu au IV? siècle avant J.-C. La signification
en apparaitra dans la suite de notre exposé.
XXXVII. — Vie DE PYTHAGORE.
Nous savons de source certaine,
on peut le dire, que
Pythagore passa les premières années de sa vie à Samos,
et qu'il était fils de Mnésarque’; il «florissait», nous ditvu en même temps à Crotone et à Métaponte; il exhiba sa cuisse d’or
a Olympie, et une voix venant du Ciel lui parla comme il traversait
la
rivière Kasas. Le même auteur nous dit que Pythagore fut identifié par
les Crotoniates avec Apollon Hyperboréen (arist. frg. 186).
1 Herod. IV, 95.
2 Cf. Herod. IV, 95, et Héraclite, frg. 17 (R. P. 31 a; DV 12 B 129). Hérodote le représente comme vivant à Samos. Aristoxéne dit, d'autre
part, qu'il vint d'une des îles que les Athéniens occupéreut après en
avoir chassé lex Tyrrhéniens (Diog. VIII, 1). Cela fait songer 4 Lemnos,
d'où les Pélasges tyrrhéniens furent chassés par Miltiade (Herod. VI,
140),
ou peut-être à quelque autre île occupée dans le même temps Il y
avait aussi des Tyrrhéniens à Imbros. Cela explique qu’on ait fait de
ui un Eirusque ou un Tyrien. D’autres récits le mettent en rapport
avec Phlionte, mais c'est peut-être là une pieuse invention de l’association pythagoricienne qui y florissait au commencement du IVe siccle
avant J.-C. Pausanias (Il, 13, 1) rapporte une tradition des Phliasiens
suivant laquelle Hippasos, arriére-grand-pére de Pythagore, avait émigré de Phlionte à Samos.
Página 12
Ver en el PDF(se abre en una ventana nueva)on, sous le règne de Polycrate*. Cette date ne peut s’eloigner
beaucoup de la vérité, car Héraclite parle déjà de Pythagore au passé’.
Les grands voyages attribués à Pythagore par des écrivains
postérieurs
sont naturellement apocryphes. Même
Vindication suivant laquelle il visita l'Egypte, quoique loin
d’être improbable, si nous considérons les relations étroites
entre Polycrate de Samos ei Amasis, repose sur une autorité insuffisante’. Hérodote observe, il est vrai, que les
Egyptiens s’accordaient, en certaines pratiques, avec les
règles appelées orphiques et bakchiques, qui sont en réalité
égyptiennes,
et avec les pythagoriciennes *; mais cela n’implique pas que les Pythagoriciens les tinssent directement
de l'Egypte. Il dit aussi, dans un autre passage, que la
croyance à la transmigration venait d'Egypte, quoique certains Grecs, les uns à une date antérieure, les autres à une
date postérieure, la fissent passer pour la leur propre. Il
refuse, toutefois, de donner leurs noms, de sorte qu’il ne
peut guère faire allusion à Pythagore‘. Et cela n’importe
1 Eratosthène identifiait Pythagore avec le vainqueur olympique de
Ol. XLVII, 1 (588/7 av. J.-C.), mais Apollodore plagait son akmé en
532/1 de l’ere de Polycrate. Il se basait sans doute sur l'indication
d’Aristoxene citée par Porphyre (V. Pyth. 9), que Pythagore quitta Samos par haine pour la tyrannie de Polycrate (R. P. 53 a; DV 4, 8). Pour
une discussion complète, voir Jacoby, pp. 215 sq.
2 Héracl. frg. 16, 17 (R. P. 31, 31 a; DV 12 B 40, 129).
3 Elle se rencontre pour la première fois dans le Busiris d’Isocrate,
$ 28 (R. P. 52; DV 4, 4).
4 Herod. II, 81 (R. P. 52 a; DV 4,1). La virgule après Aiporiorae est
évidemment correcte. Hérodote croyait que le culte de Dionysos avait
été introduit d'Egypte par Mélampous (II, 49), et il veut faire entendre
que
les
Orphiques
empruntèrent
ces pratiques
aux
adorateurs
de
Bakchos, tandis que les Pythagoriciens les recurent des Orphiques.
5 Herod. II, 123 (R. P. ib.; DV 4,1). Les mots: «dont je connais, mais
dont je? n’écris pas les noms» ne peuvent se rapporter à Pythagore;
car ce n'est que de ses contemporains qu'Hérodote parle de la sorte
(ef. I, 51; IV, 48). Stein suggère qu'il veut parler d'Empédocle, et cela
me paraît convaincant. Hérodote peut l'avoir rencontré à Thurium. Il
n'y a non plus aucune raison de supposer que ot piv mpôrepoy se rape
porte spécialement aux Pythagoriciens. Si Hérodote avait jamais entendu
Página 13
Ver en el PDF(se abre en una ventana nueva)guére, car les Egyptiens ne croyaient pas a la transmigration du tout, et Hérodote fut tout simplement induit en
erreur par les prétres ou par le symbolisme des monuments.
Aristoxéne dit que Pythagore quitta Samos pour échapper
à la tyrannie de Polycrate*. Ce fut à Crotone, cité déjà
fameuse par son école médicale *, qu’il fonda sa société.
Combien de temps il y resta, nous l’ignorons ; il mourut à
Métaponte, où il s'était retiré au premier signe de révolte
contre son influence *.
i
=
XXXIX. — L'ORDRE.
Il n'y a pas de raison de croire que les renseignements
détaillés qui nous ont été transmis relativement à l’organisation de l’ordre pythagoricien reposent sur une base historique, et nous pouvons encore nous rendre compte de
l’origine d’un grand nombre d’entre eux. La distinction, au
sein de l’ordre, de degrés que l’on appelait de noms divers :
Mathématiciens et
Acousmatiques,
Esoteriques et
Exotériques, Pythagoriciens et Pythagoristes *, est une invention
destinée à expliquer comment on en vint
à avoir deux
groupes de gens très différents, qui tous deux prétendaient
au titre de disciples de Pythagore au IV* siècle avant J.-C.
Ainsi, encore, l'indication d’après laquelle les Pythagoridire que Pythagore avait visité l'Egypte, il l’aurait sûrement dit dans
Yun ou l’autre de ces passages. ll n’y avait aucune raison de garder la
réserve, puisque Pythagore devait être mort quand Hérodote naquit.
1 Porph. V. Pyth. 9 (R. P. 53 a; DV 4, 8).
2 D’après ce qu'Hérodote nous dit de Démocède (III, 131), nous pouvons voir que l’école médicale de Crotone fut fondée avant l’époque de
Pythagore. Cf. Wachtler, De Alemzone Crotoniata, p. 91.
3 On peut tenir pour certain que Pythagore passa ses derniers jours à
Métaponte; Aristoxène le dit (ap. Jambl. V. Pyth. 249), et Cicéron (De
Fin. V, 4) parle des honneurs qui continuèrent à être rendus à sa
mémoire dans cette cité (R. P. 57 c). Cf. aussi Andron, frg. 6 (F. H. G.
HI, 347).
4Sur ces distinctions, voir Porphyre (V. Pyth. 37) et Jamblique (V.
Pyth. 80), cités R. P. 56 et 56 b (DV, 8, 2). Le nom d’axousparixoi est évidemment en relation avec les azv3suara dont nous aurons à nous occu|
per sous peu.
PHILOSOPHIE
GRECQUE
Página 14
Ver en el PDF(se abre en una ventana nueva)ciens étaient tenus à un inviolable secret, indication qui
remonte à Aristoxène!, avait pour but d’expliquer pourquoi
l'on ne trouve aucune trace de la philosophie pythagoricienne proprement dite avant Philolaos.
L'Ordre pythagoricien était simplement, à son origine,
une fraternité religieuse du type décrit plus haut, et non
pas, comme
on l’a soutenu quelquefois, une ligue politique *. Il n'avait rien à faire non plus avec « l'idéal aristocratique dorien». Pythagore était Ionien, et l'Ordre était
limité, à ses débuts, aux Etats achéens*. Il n'y a aucune
preuve quelconque que les Pythagoriciens favorisassent le
parti
aristocratique
plutôt
que
le parti démocratique’*.
1 Sur le «silence mystique », voir Aristoxène, ap. Diog. VIII, 15 (R.
P. 55 a; DV 4, 12). Tannery, Sur te secret dans l'école de Pythagore
(Arch. I, p. 28 sq.}, pense que les doctrines mathématiques étaient les
secrets de l’école, et qu'ils furent divulgués par Hippasos; mais l’opinion la plus raisonnable est qu’il n’y avait pas de secrets du tout, excepté ceux qui se rapportaient au rituel.
2 Platon, Rep. X, 600 a, implique que Pythagore ne revêtit aucune
charge publique. L'opinion que la secte pythagoricienne était une ligue
politique, opinion soutenue?dans les temps modernes par Krische (De
socielalis a Pythagora conditæ scopo politico, 1830) remonte,
comme
l’a montré Rohde (loc. cit.), à Dicéarque, le champion de la « Vie Pratique », tout comme l'opinion que c'était à l’origine une société scientifique remonte au mathématicien et musicien Aristoxéne. Le premier
antidata Archytas, et lè dernier antidata Philolaos (voir chap. VII,
§ 138). C’est ce que Grote a vu clairement (vol. IV, p. 329 sq.).
3 Meyer, Gesch. des Alterth. 11, $ 502, note. Il est toujours nécessaire
d’insister là-dessus,
car l’idée que les
T «ideal dorien» a la vie
Pythagoriciens représentaient
dure. Dans ses Kulturhistorische Beiträge
(fasc. 1, p. 59) Max C. P. Schmidt imagine que les écrivains postérieurs
appelérent le fondateur de la secte Pythagoras au lieu de Pythagorés,
comme le nomment Héraclite et Démocrite, parce qu'il était devenu
«un Dorien des Doriens ». Le fait est tout simplement que Mudayopas
est la forme attique de Mudayopns, et que les écrivains en question
écrivaient en dialecte attique. Pareillement, Platon appelle Archytas,
qui appartenait à un Etat dorien, Archytès, quoique Aristoxene et”
d’autres gardassent la forme dorienne de son nom.
4 Cylon, le principal adversaire des Pythagoriciens, est décrit par
Aristoxène (Jambl. V. Pyth., 248) comme yéver xat mhovtw npwrziwv tov
moà:ràv. Tarente, qui devait devenir le principal siège des Pythagoriciens, était une démocratie. La vérité est que, dans ce temps-là, la
nouvelle religion s'adressait au peuple plutôt qu'aux aristocraties, qui
Página 15
Ver en el PDF(se abre en una ventana nueva)SCIENCE
RELIGION
99
Le but essentiel de l'Ordre était d'assurer à ses membre
s
une satisfaction plus complete de l'instin
ct religieux que
celle que leur fournissait la religion d'Etat. C'était,
en fait,
une institution à l’effet de cultiver la sainteté. Sous
ce rapport, elle ressemblait à une sociétéorphi
que, bien que, semble-t-il, le dieu principal des Pythagoriciens
fût Apollon
plutôt que Dionysos. C'est là, sans doute,
la raison pour
laquelle les Crotoniates identifièrent Pythag
ore avec Apollon Hyperboréen !. De par la nature des choses,
cependant,
une société indépendante à l’intérieur
d'un Etat grec devait
facilement entrer en conflit avec l’ensemble des
citoyens.
Le seul moyen qu'il y eût pour elle d'affirmer
son droit à
l'existence était d'identifier l'Etat avec elle-m
ême, c’est-Adire de s'assurer le contrôle du pouvoir souver
ain. L’histoire de l'Ordre pythagoricien, pour autant
qu'on peut la
reconstituer, est celle d'une tentative faite
pour évincer
l'Etat, et son action politique doit être envisa
gée comme
un simple incident de cette tentative.
-
XL.
— CHUTE
DE
L'ORDRE.
Pendant un certain temps, le nouvel Ordre
parait avoir
réussi, effectivement, á s'assurer le pouvoi
r supréme, mais
la réaction finit par se produire. Sous
la conduite dun
noble riche, Cylon, Crotone réussit à lutter
victorieusement
contre la domination pythagoricienne,
qui, l'on peut bien
penchaient vers la «libre pensée ». (Meyer, Gesch. des Alterth.
III, § 252).
L'homme de ces derniers n’est pas Pythagor
e, mais Xénophane,
1 Pour l'identification de Pythagore avec
Apollon Hyperboréen, nous
avons l'autorité d’Aristote,
frg.
186, 1510 b 20,
Les noms d’Abaris et
d'Aristéas attestent un mouvement mystiq
ue parallèle à l’Orphisme,
mais basé sur le culte
d’Apollon. La tradition postérieure
en fait des
prédécesseurs de Pythagore, et non sans
quelque fondement historique,
comme le prouve Herod. IV, 13 sq. et
surtout l'indication qu’Aristéas
avait une statue à Métaponte, où mourut
Pythagore. La mise en rapport de Pythagore avec Zalmoxis apparti
ent au méme ordre d’idées.
Comme la légende des Hyperboréens
est délienne, nous voyons que la
religion enseignée par Pythagore
était d’origine authentiquement
ionienne.
Página 16
Ver en el PDF(se abre en una ventana nueva)le croire, avait été assez irritante. La «régle des Saints
»
n'aurait rien été en comparaison, et nous pouvons encore
nous représenter — en la partageant — la colère que devait
ressentir le simple homme du peuple en ces jours-là. Car
il se voyait dicter la loi par une coterie d'incompréhensibles
pédants, aux yeux desquels c'était un devoir de s'abstenir
des fèves, et qui ne lui permettaient pas de corriger son
propre chien parce qu'ils reconnaissaient dans ses aboiements la voix d’un ami défunt (Xénophane, fragm. 7). Ce
sentiment fut encore exaspéré par le culte privé de l’association. Les Etats grecs ne pouvaient pardonner l’introduction de nouveaux dieux. Non pas, sans doute, que pour
eux les dieux en question fussent des faux dieux. Qu'ils l’eussentété, cela même n’eüt pas été de si grande conséquence.
Ce que ces Etats ne pouvaienttolérer, c'était que n'importe
qui prétendit établir des moyens privés de communication
entre lui et les puissances invisibles. Cela introduisait dans
les institutions publiques un élément inconnu et incalculable, qui, selon toute probabilité, pouvait être hostile aux
citoyens qui n’avaient pas les moyens de se rendre propice
la divinité intruse.
|
La version d’Aristoxène sur les événements qui amenèrent la chute de l'Ordre pythagoricien a été reproduite
tout au long par Jamblique. A l’en croire, Pythagore avait
refusé de recevoir Cylon dans sa société, ce qui avait fait de
ce dernier un ennemi acharné de l'Ordre. A cause de cela,
Pythagore quitta Crotone et alla s’établir à Métaponte, où il
mourut. Les Pythagoriciens,cependant, restèrent maîtres du
pouvoir
à Crotone, jusqu’à ce qu’à la fin les partisans de Cylon «
mirent le feu à la maison de Milon, où ils étaient assemblés. Deux seulement de ceux qui y étaient, Archippos et
Lysis, échappèrent à la mort. Archippos se retira à Tarente,
et Lysis d'abord en Achaïe, puis à Thèbes, où il fut plus
tard le maitre d’Epaminondas. Les Pythagoriciens qui survécurent se
concentrérent à Rhegium, mais
comme les;
Página 17
Ver en el PDF(se abre en una ventana nueva)choses allaient de mal en pis, ils abandonnèrent tous
l'Italie, excepté Archippos *.
Ce récit a tout l’air d'être historique. La mention de Lysis
prouve cependant que ces événements s’étendirent sur plus
d’une génération. Le coup d’Etat de Crotone ne peut guère
s'être passé avant 450 avant J.-C., si le maitre d’Epaminondas y échappa, et il se peut même très bien qu'il ait eu
lieu encore plus tard. Mais ce fut nécessairement avant 410
que les Pythagoriciens quitterent Rhegium pour la Grèce;
Philolaos était certainement à Thèbes vers cette époque.
La
puissance
politique
des
Pythagoriciens,
en tant
qu’Ordre, était ruinée pour toujours, quoique, comme nous
le verrons, quelques-uns d’entre euxjsoient retournés plus
tard en Italie. En exil, ils paraissent
n’avoir renoncé qu'aux
parties purement magiques et superstitieuses de leur système, ce qui leur permit de prendre la place qui leur revenait parmi les écoles philosophiques de la Grèce.
XLI. — INSUFFISANCE DE NOS RENSEIGNEMENTS
SUR
LA
DOCTRINE
PYTHAGORICIENNE.
Sur les opinions de Pythagore, nous en savons encore
moins, si c’est possible, que sur sa vie, Aristote, évidemment, ne savait rien de certain relativement aux doctrines
morales
ou physiques qui remontaient au fondateur
de
1 Voir Rohde, Rh. Mus. XXVI, p.565, n. 1. Le récit donné dans notre
texte (Jambl. V. Pyth. 250; R. P. 59 b; DV 4, 16) remonte 4 Aristoxène
et à Dicéarque (R. P. 59 a). 11 n’y a aucune raison de supposer que leur
opinion sur Pythagore ait vicié leur relation d’un fait historique qui
doit avoir été parfaitement bien connu. Suivant une version postérieure, Pythagore lui-même aurait péri dans les flammes avec ses disciples dans la maison de Milon. C’est là simplement un raccourci dramatique de toute la série des événements ; nous avons vu que Pythagore
mourut à Métaponte avant la catastrophe finale. L’allusion de Polybe,
Il, 39 (R. P. 59; DV 4, 16) à la destruction, par
le feu, de cuviépra pythagoriciens implique certainement que les troubles se prolongérent pendant un temps considérable.
2 Platon, Phd. 61 d 7, e 7.
Página 18
Ver en el PDF(se abre en una ventana nueva)l'association lui-même’. Aristoxène se contenta de donner
un chapelet de préceptes moraux ?. Selon un passage cité
par Porphyre, Dicéarque affirmait qu’on ne connaissait
presque rien de ce que Pythagore enseignait à ses disciples,
excepté la doctrine de la transmigration, celle du cycle
périodique, et celle de la parenté de toutes les créatures
vivantes®. Le fait est que, comme tous les maîtres qui
introduisent une nouvelle manière de vivre plutôt qu’une
nouvelle vue du monde, Pythagore aimait mieux instruire
oralement que de répandre ses opinions ‚par l'écriture, et
ce ne fut qu'à l'époque alexandrine que l’on se risqua à
forger des livres sous son nom. Les écrits attribués aux
plus anciens Pythagoriciens étaient aussi des élucubrations
de la même période‘. L'histoire du Pythagorisme primitif
est donc entièrement conjecturale; mais nous pouvons
encore essayer de nous rendre compte, d’une manière tout
à fait générale, de la position que dut occuper Pythagore
dans l’histoire de la pensée grecque.
1 Quand il discute le système pythagoricien, Aristote parle toujours
des «Pythagoriciens», et non de Pythagore lui-même, et non sans
intention, comme semble le prouver l'expression oi xakoüuevot IModayopeus qui se rencontre plus d’une fois dans ses œuvres (p- ex. Met. A,
5.985 b 23; de Cælo, B, 13.293 a 20). Pythagore lui-même n'est mentionne que trois fois dans tout le corps aristotélicien, et dans un seul
de ces passages (M. Mor. 1182 a 11) une doctrine philosophique lui est
attribuée. Nous y lisons qu'il fut le premier à discuter la question du
Bien et qu'il commit l'erreur d'en identifier les diverses formes avec
des nombres. Mais c’est là justement une des choses qui prouvent la
date récente des Magna Moralia. Aristote lui-même sait parfaitement
bien que ce qu'il connaît sous le nom de système pythagoricien appartient pour l'essentiel à l’époque d'Empédocle, d'Anaxagore et de Leucippe, car, aprés avoir mentionné ceux-ci, il désigne les Pythagoriciens
comme leurs «contemporains» et leurs« aînés » (év dè toútors xat mpd roi
muy, Met. A, 5, 985 b 23).
2 Les fragments des IIdayopızat dropdssıs d’Aristoxéne sont donnés
par Diels, Vors. p. 282 sq. (45 D).
2 V. Pyth. 19 (R. P. 55).
Ein gefälschtes Pythagorasbuch (Arch. UL,
4 Voir Diels, Dox. p. 150 et
p- 451 sq.). Cf. aussi Bernays, Die Eeraklitischen Briefe, n. 1.
Página 19
Ver en el PDF(se abre en una ventana nueva)XLIT. — La TRANSMIGRATION.
En premier lieu, donc, il enseigna, on ne peut en douter,
la doctrine de la transmigration’. L’histoire racontée par
les Grecs de l’Hellespont et du Pont au sujet de ses relations avec Salmoxis n’aurait jamais pu
se répandre du
temps d’Herodote s’il n’avait été connu pour un homme
qui enseignait d’étranges choses sur la vie après la mort
?.
Or, la manière la plus simple d’expliquer la doctrine de la
transmigration,
c'est
d'y voir un développement de la
croyance primitive en la parenté des hommes et des animaux, en tant qu’enfants de la Terre les uns comme les
autres®, et cette croyance, Pythagore,
au dire de Dicéarque,
la professait certainement. En outre, elle est communément associée, chez les sauvages, à un système de tabous
relativement à certaines sortes de nourriture, et le détail le
mieux connu de la règle de Pythagore est sa prescription
de formes analogues d’abstinence. Ce fait, en lui-même,
tend à montrer que cette règle tira son origine des mêmes
idées,
dont la renaissance,
ainsi
que nous l'avons vu,
semble chose toute naturelle lors de la fondation d’une
nouvelle société religieuse. Une autre considération encore
parle fortement dans le même sens. En Inde, nous trouvons une doctrine tout à fait analogue, et cependant il n’est
pas possible de supposer, à cette date, un emprunt réel des
idées hindoues. La seule explication qui rende compte des
faits est que les deux systèmes sortirent indépendamment
l’un de l’autre des mêmes idées primitives. On les retrouve
1 Le terme propre par lequel le grec désigne la transmigration est
rakıyyevscia, et Pinexact psreudiywa ne se rencontre que dans les écrivains postérieurs. Hippolyte et Clément d'Alexandrie disent pezevawpatwsts, ce qui est exact, mais lourd. Voir Rohde, Psyche, p. 428, n. 2
(12 135, n. 3).
2 Sur la signification de ce récit, voir plus haut, p. 95.
® Dieterich, Mutter Erde (Archiv für Religionswissenschaft, VIII, p. 29
Página 20
Ver en el PDF(se abre en una ventana nueva)en bien des contrées, mais il semble qu'ils n’arrivèrent
qu'en Inde et en Grèce à se développer en un vrai corps de
doctrine.
XLII. — L’ABSTINENCE.
On s’est demandé, il faut le dire, |si nous avons le droit
d’accepter ce que nous disent, au sujet de l’abstinence
pythagoricienne, des écrivains aussi récents que Porphyre.
Aristoxène, en qui nous avons reconnu l’une de nos plus
anciennes autorités, peut étre cité pour prouver que les
Pythagoriciens primitifs ne savaient rien des restrictions
concernant l’usage de la viande et des fèves. Il dit d’une
manière non équivoque que Pythagore ne s’abstenait pas
de la viande en général, mais seulement du boeuf de labour
et du bélier *. Il dit aussi que Pythagore préférait les fèves
à tout autre légume, à cause de leur action laxative, et
qu'il avait un faible particulier pour les cochons de lait et
les jeunes chevreaux *. Mais Aristoxène est un témoin qui
perd souvent contenance quand on le soumet à un interrogatoire serré, et l’exagération manifeste de ces affirmations
fait voir qu’il s’efforçait de combattre une croyance existante à sa propre époque. Nous sommes par conséquent en
mesure de conclure, de ses propres déclarations, que la
tradition suivant laquelle les Pythagoriciens s’abstenaient
de viande et de léves remonte à une date bien antérieure à *
celle où apparurent les Néopythagoriciens, intéressés à la
1 Aristoxéne, ap. Diog. VIII, 20: mavra piv ta adda cuyywpety auzoy
¿odicw Epbuya, pôvov Sdnéyecdar Boos dporipos xat «prod.
2 Aristoxéne, ap. Gell. IV, 11, 5: Modayópas dì tav donpiwy padtota tov
2iapov ¿Boxipacev” Acavıızöv te yap elvar zai dtaywpnrixöv' dio xal padrora
zéyonrat avza; ib. 6: « porculis quoque minusculis et hædis tenerioribus victitasse, idem Aristoxenus refert. » ll est naturellement possible
qu’Aristoxéne ait eu raison relativement au tabou des fèves. Nous savons que c'était une règle orphique, et elle peut avoir été transférée par
erreur aux Pythagoriciens. Mais cela n’affecterait pas la conclusion
générale que certains Pythagoriciens, tout au moins, pratiquaient l’abstinence de diverses sortes de nourriture, et c'est tout ce qui nous
importe ici.
Página 21
Ver en el PDF(se abre en una ventana nueva)défendre. On peut se demander, toutefois, quel motif Aristoxène peut avoir eu de s'inscrire en faux contre la croyance
commune. La réponse est simple et instructive. Il avait été
l'ami des derniers Pythagoriciens et, de leur temps,
la
partie purement superstitieuse du Pythagorisme avait été
abandonnée, excepté par quelques zélotes, que les chefs de
Yassociation refusaient de reconnaître. C'est pourquoi il
représente Pythagore sous unjour si différent à la fois des
traditions les plus anciennes et les plus récentes : il nous
transmet les vues de la secte la plus éclairée de l'Ordre.
Ceux qui restaient fidèlement attachés aux vieilles pratiques
étaient maintenant regardés comme des hérétiques, et
toutes sortes de théories étaient mises sur pied pour rendre
compte de leur existence. On racontait, par exemple, qu’ils
descendaient de l’un des «Acousmatiques», qui n'avait
jamais été initié aux mystères plus profonds des « Mathématiciens! ». Mais tout cela est pure invention. La satire
des poètes de la comédie moyenne prouve assez clairement
que, même si les amis d’Aristoxène ne pratiquaient pas
l’abstinence, il y avait au IVe siècle une foule de gens qui
la pratiquaient, et qui s’appelaient eux-mêmes sectateurs
de Pythagore’. L'histoire n’a pas été clémente pour les
1 La secte des « Acousmatiques » procédait, disait-on, d’Hippasos
(Jambl. V. Pyth. 81; R. P. 56; DV 8. 2). Or Hippasos était l’auteur d’un
pustixos hoyos (Diog. VIII, 7; R.P. 56c; DV 8, 3), c’est-à-dire d'un manuel superstitieux traitant du cérémonial ou du rite, et contenant probablement des akousmata du genre de ceux que nous avons à considérer
ici, car on nous dit qu'il était écrit ¿ni drago) Ilsdayöpov.
.
2 Diels a
réuni
ces
fragments
d'une
maniére
commode
(Vors.
p. 291 sq.; 45 E). Ceux qui nous intéressent le plus sont les suivants:
Antiphane, fg. 135, Kock : &onep Mbayopicwy ¿odis: | Euduyov oddév;
Alexis, frg. 220: ol
037 GAN où
MuBayopiCovres
yap, ws dxodoper | oe üov ¿odiovary
1 Eubuyov; frg. 196 (de la
Ilodayopilousa): % d'éctiacts
loydies «al aréupuha | xat topds¿ctas tadra yap Diet vópos | sois Modayopatos; Aristophon, frg. 9 (du Mabayoprerys) : mpös, roy Dev olöneda tods
Tahar Tord, | tods Ivdayopısras yevopev
IMOLA ipios:
e
¿dojo oudiy éodiovees
xal modv TK
nuev.
úvtws punay | éxovrac 7 gopetv
Undayopıazi Yousv to fa I
«ag. Voir aussi Théocrite, XIV, 8: totodros
eco Dira | wypes xavorodnrós" ABnvaïos Vivar
Página 22
Ver en el PDF(se abre en una ventana nueva)Acousinatiques, mais ils ne sont jamais tombés tout à fait
dans Poubli. Les noms de Diodore d’Aspendos et de Nigidius Figulus aident à jeter un pont entre eux et Apollonius
de Tyane.
:
Pythagore donc, nous le savons, enseignait la parenté
des bêtes et des hommes, et nous en inférons que cette
règle d’abstinence de la viande était basée non pas sur des
motifs humanitaires ou ascétiques, mais sur un tabou.
Cela nous est confirmé d’une manière frappante par un fait
que nous apprend la Défense de l’Abstinence, de Porphyre.
Le renseignement en question ne remonte pas, en vérité,
jusqu’à Théophraste, comme c’est le cas d’une grande partie du traité de Porphyre’, mais il est, selon toute probabilité, dû à Héraclide de Pont, et nous montre que, quoique
les Pythagoriciens s’abstinssent de viande dans la règle,
ils en mangeaient néanmoins quand ils sacrifiaient aux
dieux *. Or, chez les peuples sauvages, nous voyons que
l'animal sacré est souvent tué et mangé selon
les
rites,
dans certaines occasions solennelles, quand bien même,
dans des circonstances ordinaires, ce serait la plus grande
des impiétés. Ici, de nouveau, nous avons affaire à une
croyance tout à fait primitive ; et nous ne devons par con-
1 Voir Bernays, Theophrastos’ Schrift über Frömmigkeit. Le traité de
Porphyre Mept aroyijs éudiywv fut sans doute sauvé de la destruction
générale de ses écrits grâce à sa conformité avec les tendances ascétiques de l’époque. Saint Jérôme lui-même en faisait constamment
usage dans sa polémique contre Jovien,
quoiqu'il ait bien soin de ne
pas mentionner le nom de Porphyre. (Theophr. Schr. n. 2). Le traité
est adressé à Castricius Firmus, disciple et ami de Plotin, qui s'était
départi du végétarisme strict des Pythagoriciens.
2 Ce passage se trouve dans le De Abst. p. 58, 25 Nauck: isropodor di
tives zat adtods Anteoder roy éuddywv tod Mudayopetovs. ote Hiorey deois.
La partie de l’œuvre d’où est tirée cette phrase provient d'un certain
Clodius, sur lequel voir Bernays, Theophr. Schr. p. 11. C'était probablement le rhéteur Sextus Clodius, contemporain de Cicéron. Bernays a montré qu'il utilisait l'ouvrage d’Héraclide de Pont (ib. n. 19).
Sur le «sacrifice mystique» en général, voir Robertson
Sem. I, p. 276.
Smith, Rel.
Página 23
Ver en el PDF(se abre en una ventana nueva)séquent pas attacher la moindre importance aux dénégations d’Aristoxène!.
XLIV. — 'Axoócpara.
Nous allons savoir maintenant que penser des diverses
régles et des divers préceptes des Pythagoriciens qui nous
sont parvenus. Il y en a de deux sortes, et ils proviennent
de sources
très
différentes. Quelques-uns d’entre eux,
dérivés de la collection d’Aristoxène, et pour la plupart
conservés par Jamblique, sont des préceptes purement
moraux. Ils ne prétendent pas remonter jusqu’à Pythagore
lui-même; ce sont simplement les sentences que la dernière génération
des
«Mathématiciens» recueillit de la
bouche de ses prédécesseurs *. La seconde classe est de
nature très différente, et les sentences qui en font partie
sont appelées akousmata°, ce qui indique qu’elles étaient
la propriété de cette secte de Pythagoriciens qui garda
fidèlement les vieilles coutumes. Des écrivains postérieurs
y voient des « symboles » de vérité morale; mais leurs
interprétations sont cherchées très loin,
et il n'est pas
nécessaire d’avoir un œil très exercé pour voir que ce sont
de vrais tabous, et d’un type tout à fait primitif. J'en donne
ici quelques exemples pour que le lecteur puisse se faire
1 Porphyre (V. Pyth. c. 15) a conservé une tradition suivant laquelle
l’usage de la viande était recommandé aux athlètes (Milon?). Cette histoire doit avoir pris naissance à la même époque que celles que raconte
Aristoxéne, et d'une manière analogue. En fait, Bernays a montré
qu’elle vient d'Héraclide de Pont (Theophr. Schr. n. 8). Jamblique
(V. Pyth. 5, 25) et d'autres (Diog. VIII, 13, 47) se tirent d'embarras en
supposant qu'elle se rapportait à un gymnaste du même nom. Nous
voyons distinctement ici comment les Néoplatoniciens s’efforcaient, en
vue de leurs propres fins, de remonter à la forme primitive de la légende
pythagoricienne, et d'écarter la reconstruction du IVe siècle.
2 Voir à ce sujet Diels, Vors. p. 282 sq.
3 11 y a une excellente collection d'dxouspaza zat söußora dans Diels,
Vors. p. 279 sq., où les autorités sont indiquées. I] est impossible de
les discuter en détail ici, mais ceux qui s'occupent de folklore verront
tout de suite à quel ordre d'idées ils appartiennent.
Página 24
Ver en el PDF(se abre en una ventana nueva)une idée de ce qu'étaient réellement les fameuses régles de
vie des Pythagoriciens.
vo
ODLAIO
. S'abstenir de fèves.
. Ne pas ramasser ce qui est tombé.
Ne pas toucher un coq-blanc.
Ne pas rompre le pain.
. Ne pas marcher sur une traverse de bois.
- Ne pas attiser le feu avec du fer.
. Ne pas manger d’un pain entier.
. Ne pas déchirer une couronne.
. Ne pas s’asseoir sur un quart de mesure.
10. Ne pas manger le cœur.
11. Ne pas se promener sur les grandes routes.
12. Ne pas tolérer des hirondelles sous son toit.
13. Ne pas laisser la*trace du
pot sur la cendre, quand on
l’enlève, mais remuer,la cendre.
14. Ne pas regarder dans un miroir à côté d’une lumière.
15. Quand tu sors de ton lit, roule-le et efface les traces de ton
corps.
Il serait aisé de multiplier les preuves de l’étroite connexion qui existait entre le Pythagorisme et les modes primitifs de pensée,
mais ce que nous en avons dit suffit
amplement à notre dessein. Parenté des hommes et des
animaux, abstinence de viande et doctrine
‘de la transmigration, tout cela se tient et forme un tout parfaitement
intelligible du point de vue que nous avons indiqué.
XLV. — PyTHAGORE COMME HOMME DE SCIENCE.
Cela étant, nous serions
tentés de rayer tout à fait
le
nom de Pythagore de l’histoire de la philosophie et de reléguer ce personnage dans la classe des charlatans (yonces)
avec Epiménide et Onomacrite. Mais ce serait bien à tort.
Ainsi que nous le verrons, l'association pythagoricienne
devint
une
des
principales
Grèce,
et
est
certain
il
écoles
Pythagore,
de la
que la science pythagoricienne
remonte au maître lui-même, aussi
pythagoricienne.
scientifiques
Héraclite,
qui
bien que la religion
n’est
pas
partial
pour
dit qu’il avait poussé l’investigation scienti-
Página 25
Ver en el PDF(se abre en una ventana nueva)fique plus loin que les autres hommes
; il est vrai qu'il
l’accusait d'avoir tourné sa grande science en une sorte de
malice‘. Hérodote rendait à Pythagore le témoignage de
n'être «en aucune manière le plus mauvais sophiste des
Hellènes»,
titre qui,
à cette époque,
n'implique
pas
la
moindre désapprobation *. Aristote dit même que Pythagore s’occupa d’abord de mathématiques et de nombres,
et que ce ne fut que plus tard qu'il se mit, comme Phérécyde, à faire
des miracles.
d'établir une connexion
Est-il possible, pour nous,
entre
ces
deux
faces
de son
activité?
Nous avons vu que le but de l’Orphisme et des autres
Orgia était de se délivrer de la «roue des naissances » au
moyen de
«purifications», généralement d’un type très
primitif. Ce qu'il y eut de neuf dans l’association fondée
par Pythagore semble
avoir été que, tout en admettant
ces coutumes à demi
sauvages, elle
suggérait en même
temps une idée plus élevée de ce qu'était réellement une
« purification ». Aristoxène nous raconte que les Pythagoriciens usaient de la musique pour
purger l’äme, comme
ils usaient de la médecine pour purger le corps, et il est
clair comme le jour qüe la fameuse théorie aristotélicienne
de la x%0xp5:5 est dérivée de sources pythagoriciennes ‘.
Pareilles méthodes de purification de l'âme étaient familières aux Orgía des Corybantes, et cela contribue à expli1 Héracl. frg. 17 (R. P. 31 a; DV 12 B 129). Le mo
opty est en luimême tout à fait général. Ce qu'il signifie essentiellement ici, nous le
voyons par une précieuse remarque que nous a conservée Jamblique,
V. Pyth. 89 : éxaheïro 62 9 yewperpta mpos Mudayópo» iscopta. L’interprétation que donne Tannery de cette remarque repose sur une méprise,
et il n’y a pas lieu de la discuter ici.
y, frg. 186, 1510 a 39: Modayópas Mvnsapyos
4 pamuara zat rods dprdposs, Us;
ov di
paromortas ovx diem.
4 La source immédiate de cette théorie se trouve dans Platon,
Lois,
790
d 2 sq., où les rites des Corybantes sont donnés comme exemple.
Pour un exposé complet de la question, voir Rohde, Psyche, p. 336, n. 2
(112 48, n. 1).
Página 26
Ver en el PDF(se abre en una ventana nueva)quer l’intérét des Pythagoriciens pour l’harmonique. Mais
il y a plus que cela. Si nous pouvons nous fier à Héraclide,
ce fut Pythagore qui, le premier, distingua les «trois vies »
dont Aristote fait usage dans son Ethique, la théorétique,
la pratique et l’apolaustique.
La théorie générale de ces
vies est claire, et il est impossible de douter qu’elle ne
remonte, en substance, aux débuts mêmes de l’école. En
voici l'analyse. Nous sommes
corps
est
le tombeau
étrangers en ce monde ; le
de l’âme, et
cependant nous ne
devons pas chercher à nous délivrer par le suicide, car
nous sommes le troupeau de Dieu, qui est notre berger, et
nous n’avons pas le droit de nous échapper sans son ordre.
Dans cette vie, il y a trois sortes d'hommes, exactement
comme il y a trois sortes de gens qui se rendent aux jeux
olympiques. La classe la plus basse est faite de ceux qui
viennent pour acheter et pour vendre ; celle du milieu, de
ceux qui viennent pour prendre part aux concours. Mais
les meilleurs de tous sont ceux qui viennent simplement
pour regarder (Oempety). La plus grande de toutes les purifications est donc la science désintéressée, et c'est l’homme
qui s'y voue, le vrai philosophe, qui s'est le plus efficace. ment délivré de la «roue des naissances
». Il serait téméraire d'affirmer que Pythagore s’exprimait exactement de
cette maniére, mais toutes ces idées sont authentiquement
pythagoriciennes, et ce n’est que de cette maniére ou d’une
maniére analogue que nous pouvons jeter un pont sur
l’abime qui sépare Pythagore, homme de science, de Pythagore, fondateur de religion *. Nous devons maintenant nous
1 Platon donne cela comme opinion pythagoricienne, Phd. 62 b, passage sur l'interprétation duquel voir Espinas, Arch. VIN, p. 449 sq.
Platon donne clairement à entendre que ce n'était pas seulement la
théorie de Philolaos, mais quelque chose de plus ancien.
2 Voir Döring dans l’Arch. V, p. 505 sq. 11 semble qu'il y ait une
allusion à la théorie des «trois vies » dans Héraclite, frg. 111 (104, 29 D).
Cette théorie était apparemment enseignée au sein de l'association
pythagoricienne de Phlionte, car Héraclite la faisait exposer par Pythagore dans une conversation avec le tyran de cette ville (Cic. Tusc. V,3;
Diog. pr. 12, VIII, 8) et elle est développée par Platon dans un dialogue
Página 27
Ver en el PDF(se abre en una ventana nueva)efforcer de découvrir en quelle mesure la science pythagoricienne postérieure peut raisonnablement être attribuée à
Pythagore lui-même.
XLVI. — ARITHMÉTIQUE.
Dans son traité sur l’arithmétique, Aristoxène dit que
Pythagore fut le premier à étendre cette étude au delà des
besoins du commerce’, et ce renseignement est confirmé
par tout ce que nous savons d’autre part. Vers la fin du
Ve siècle avant J.-C., nous voyons que les questions de
mathématiques suscitent un intérêt très général, et qu’elles
sont étudiées pour elles-mêmes. Or, ce nouvel intérêt ne
peut avoir été entièrement créé par une école; il faut en
rapporter l'origine à quelque grand homme, et Pythagore
est le seul à qui nous puissions en attribuer le mérite. Mais
comme il n’écrivit rien, nous n'avons aucun moyen sûr de
distinguer son propre enseignement de celui de ses successeurs d’une des deux générations suivantes. Tout ce que
nous pouvons dire avec certitude, c’est que plus une doctrine pythagoricienne paraît primitive, plus il est probable
qu’elle est de Pythagore lui-même, et cela surtout si l'on
peut montrer qu'elle offre des points de contact avec des
théories que nous savons avoir été soutenues de son temps
ou peu avant lui. En particulier, quand nous voyons les
Pythagoriciens postérieurs
enseigner des choses qui, de
leur temps déjà, étaient en quelque mesure des anachroqui est pour ainsi dire dédié à Echécrate. Si l’on estimait que c’est là
interpréter par trop Pythagore à la lumière de Schopenhauer, on peut
répondre que même les Orphiques se rapprochèrent beaucoup d'une
pareille théorie. L’äme ne doit pas boire de l’eau du Léthé, mais passer à côté, et boire celle du Souvenir, avant d’élever la prétention d’être
accueillie parmi les Héros. Ceci a des points de contact évidents avec
Vavauvysts de Platon, et la seule question est de savoir quelle proportion du Phédon nous devons attribuer à des sources pythagoriciennes.
Une forte proportion, à ce que je soupçonne. Voir les Myths of Plato
du professeur Stewart, p. 152 sq.
1 Stob. I, p. 20, 1: &x tiv "Aptoroßvon mept aprdpytixyc, Thy di mept cod;
apiuods rpaypareiav pddista navtwy rue doxet IModayópas xal rpoayaqelv ent cò mpogdev dnayaydy dnd The TOY ¿própwv ypetac.
Página 28
Ver en el PDF(se abre en una ventana nueva)nismes, nous pouvons être raisonnablement sûrs que nous
avons affaire à des survivances que,
maitre
seule, Pautorité du
pouvait avoir préservées. Quelques-unes d’entre
elles doivent être mentionnées tout de suite, quoique nous
réservions à une partie postérieure de notre histoire l'exposé
du système pleinement développé. Ce n’est qu’en séparant
sa forme la plus ancienne de la plus récente que l’on peut
se faire une idée claire de la vraie place du Pythagorisme
dans la pensée grecque ; mais nous devons toujours nous
souvenir que personne ne peut prétendre, actuellement,
tirer avec quelque certitude la ligne de démarcation entre
ses phases successives.
XLVII. — Les FIGURES.
Un des renseignements les plus remarquables que nous
ayons sur le Pythagorisme, c'est celui qui nous est fourni
sur
Eurytos
Eurytos
était
par
l’incontestable
disciple
de
autorité
Philolaos,
et
d’Archytas.
Aristoxène
le
mentionnait expressément — en mème temps que Philolaos — parmi ceux qui avaient
instruit les derniers
Pythagoriciens, hommes avec lesquels il entretenait luimême des relations personnelles. Il appartenait donc au
commencement du
IVe
siècle
avant J.-C.,
époque
vers
laquelle le système pythagoricien était complètement développé, et ce n’était pas un enthousiaste excentrique, mais
l’un des philosophes les plus éminents de l’école *. Donc,
- on nous dit de lui qu’il avait l’habitude d'indiquer les
nombres de toutes sortes de choses, par exemple du cheval
et de l’homme, et qu’il représentait ces nombres en arrangeant des cailloux d'une certaine manière. Il faut noter, en
outre, qu’Aristote compare ce procédé à celui qui consiste
1 A part l’histoire racontée par Jamblique (V. Pyth. 148) qu’Eurytos
entendit sortir du tombeau la voix de Philolaos bien des années après
la mort de celui-ci, il faut noter qu’il est mentionné après Philolaos
dans Vindication que nous avons citée d’Aristoxène (Diog. VIII, 46;
R. P. 62; DV 32 A 4).
Página 29
Ver en el PDF(se abre en una ventana nueva)à traduire les nombres en figures telles que le triangle et le
carré !.
Or ces indications, et spécialement la remarque d’Aristote que nous venons de citer, semblent impliquer l’existence, à cette date,
et
déjà plus
tôt,
d’un
symbolisme
numérique, distinct, d'une part, de la notation par lettres,
et, de l’autre, de la représentation euclidienne des nombres
au moyen de lignes. La première se prêtait mal aux buts
arithmétiques, précisément parce que le zéro fut une des
rares choses que les Grecs n’inventerent pas,
et qu’ils
étaient par conséquent dans l'impossibilité de développer,
en le basant sur la position des lettres, un symbolisme
numérique réellement avantageux. La représentation euclidienne, on va le voir, est étroitement liée à cette absorption
de l’arithmétique par la géométrie, qui est pour le moins
aussi vieille que Platon, mais ne peut être primitive *. Il
semble plutôt que les nombres étaient représentés par des
points arrangés ‘en dessins symétriques et facilement
reconnaissables, dont la marque des dés à jouer ou des
dominos nous donne la meilleure idée.
Et ces dessins
sont, en fait, la meilleure preuve que nous avons là une
méthode vraiment primitive de représenter les nombres,
car ils sont d’une antiquité dont nous ne pouvons nous
faire une idée, et remontent au temps où les hommes ne
pouvaient compter qu’en arrangeant les nombres d’après
de tels modèles, dont chacun devenait, pour ainsi dire, une
1 Arist. Met. N,5.1092 b 8 (R.P. 76 a; DV33,3). Aristote n’invoque pas
ici Pautorité d’Archytas, mais la source de son indication ressort très
clairement de Théophr. Met. p. VI a 19 (Usener): todto ap (se. 70 5)
péypr to» nposddovra masesda:) tedio) xal povoïvros, or:
"Apysras not’ dm
motely Espuzoy brand va Twas digors’ Reyew yap ws ade piv dybpémos6
apidyós, ode
dì Inron, 608 d' Giov tıvög ruyyavsı.
2 L'arithmétique est plus ancienne que la géométrie, et elle était
beaucoup plus avancée en Egypte, quoiqu' elle fùt encore plutòt ce
que les Grecs appelaient hoyissxn qu'une dpıdunzt«n proprement dite.
Platon lui-même, dans la République, place l’arithmétique avant la
géométrie par respect pour la tradition. Toutefois sa propre théorie
des nombres suppose le renversement de cet ordre, que nous trouvons
réalisé chez Euclide.
Página 30
Ver en el PDF(se abre en una ventana nueva)nouvelle unité.
Cette
manière
de compter est peut-être
aussi ancienne, si ce n’est même plus ancienne que l'emploi
des doigts à cet effet.
Il est donc très significatif
que nous ne trouvions aucune
explication adéquate de ce qu’Aristote peut avoir entendu
par «ceux qui traduisent les nombres en figures telles que
le triangle et le carré » jusqu’à ce que nous en arrivions à
certains écrivains postérieurs, qui se nommaient eux-mémes pythagoriciens, et qui firent revivre l’étude de l’arithmétique comme science indépendante de la géométrie. Ces
hommes, non seulement abandonnèrent le symbolisme linéaire d’Euclide, mais ils regardaient la notation alphabétique, dont ils usaient, comme une chose conventionnelle
et inadéquate à
la représentation
de la vraie nature du
nombre. Nicomaque de Gérasa dit expressément que les
lettres employées pour représenter les nombres n’ont de
signification que par l’usage et la convention des hommes.
Le moyen le plus naturel serait de représenter les nombres
linéaires ou premiers par une série d'unités, les nombres
polygonaux par des unités arrangées de manière à représenter les ‚diverses figures planes, et les nombres solides
ou cubiques par des unités disposées en pyramides, etc. *.
Il nous donne donc des figures comme celles-ci :
a
a
aa
aa
aa
a
aa
aa
a
aaa
aaa
aaa
Or il est éviaent que ceci n’est pas une innovation mais,
comme tant de choses dans le Néopythagorisme, un retour
à Pusage primitif. Naturellement, l'emploi de la lettre alpha
pour représenter les unités est dérivé de la notation con1 Nicomaque de Gerasa,
Introd. Arithm. p. 83, 12, Hoche: IIporepov
de enryvwaréoy ón Exactov ypaupa W ompetospeta apıdyöv, ofov cd 4 4 o
dea, co x, W ta eixoc, TO w, ui tà óxcaxócta, vipw xal cuvdnpari dvipurivu
GAN où gucer onuavrıxöv tori tod aprOyod x.t. A. Le même symbolisme est
employé par Théon, Expositio, p. 31 sq. Cf. aussi Jambl. Introd. p. 56,
27, Pistelli: ioréov yap ws to naAarov qucrxwtepov ot mpoatey Eonpalvovro
tag tod dpdpod nosdtntac, GAA’ ody domep ol voy cupBodtxddc.
Página 31
Ver en el PDF(se abre en una ventana nueva)ventionnelle; mais, à part cela, nous sommes évidemment
en présence d'un système qui appartient à la plus ancienne
phase de la science — et qui, en fait, donne la seule clef
possible pour l'intelligence de la remarque d’Aristote et de
ce que l’on nous dit de la méthode d’Eurytos.
XLVIII. — NOMBRES TRIANGULAIRES, CARRÉS ET OBLONGS.
Ceci nous est en outre confirmé par la tradition qui représente la grande révélation faite par Pythagore à 'humanité comme
ayant
été
précisément une
figure de
cette
espèce, à savoir la tetraktys, par laquelle les Pythagoriciens avaient coutume de jurer*, et nous n’avons rien de
moins que l’autorité de Speusippe pour nous affirmer que
toute la théorie impliquée dans cette figure était authentiquement pythagoricienne *. A l’époque récente, il y avait
plusieurs sortes de tetraktys*, mais la tetraktys originelle,
celle par qui juraient les Pythagoriciens, était la « tetraktys
de la décade». C’était une figure du genre de celle-ci :
et elle représentait le nombre dix comme le triangle de
3 Cf. la formule 03 pà tov auscipa yeved mapadovia tetpaxtiv, qui est
d’autant plus probablement ancienne qu’elle est mise dans la bouche
de Pythagore par celui qui forgea les Xpusa ny, et qui le fait ainsi jurer
par lui-même! Voir Diels, Arch. II], p. 457. Le dialecte dorien montre
cependant qu’elle appartient aux générations récentes de l’école.
2 Speusippe écrivit sur les nombres pythagoriciens un ouvrage base
essentiellement sur Philolaos, et un fragment considérable nous en a
été conservé dans les Theologoumena Arithmetica. On le trouvera dans
Diels, Vorsokratiker, p. 235, 15 (32 A 13), et il est discuté par Tannery,
Science hellène, p. 374 sq.
® Voir à ce sujet Théon, Expositio, p. 93 sq. Hiller. La =stpaxris
employée par Platon dans le Timée est la seconde de celles que décrit
Théon (Exp. p. 94, 10 sq.). Elle est sans aucun doute pythagoricienne,
mais il n’est guère probable qu’elle soit aussi ancienne que Pythagore.
Página 32
Ver en el PDF(se abre en una ventana nueva)quatre de côté. En d’autres termes, elle faisait voir d'un
coup d'œil que 1+4+2+3+4=10. Speusippe nous parle de
plusieurs propriétés que les Pythagoriciens découvrirent
dans la décade. C'est, par exemple, le premier nombre qui
renferme en lui un nombre égal de nombres premiers et de
nombres composés. Quelle part de tout cela remonte à Pythagore lui-même, nous ne pouvons le dire;
mais nous
avons probablement le droit de lui attribuer la conclusion
que c’est en «se conformant à la nature » que Grecs et barbares comptent d’abord jusqu’à dix et ensuite recommencent.
Il est évident que la tetraktys peut être indéfiniment étendue, de manière à représenter sous une forme graphique
les sommes des séries de nombres successifs ; ces sommes
sont en conséquence appelées «nombres triangulaires ».
Pour des raisons analogues, les sommes des séries de
nombres impairs successifs sont appelées « nombres carrés»,
et celles des
nombres
pairs successifs
«nombres
oblongs ». Si des nombres impairs sont ajoutés à l'unité
sous forme de gnomons, le résultat est toujours une figure
semblable, à savoir un carré, tandis que, si l’on ajoute des
nombres pairs, on obtient une série de rectangles’, comme
le montre la figure suivante :
ombres carrés
Nombres oblongs
1 Cf. Milhaud, Philosophes géométres, p. 115 sq. Aristote expose la
question comme suit (Phys. T, 4. 203 a 13): nepierdepivoy yap Tay pu
póvoy mepl to Ey xal ywpis Ott wey dido del yiyveathar zo cidos, drt DE Ev.
Cela est plus clairement exprimé par Ps. Plut. (Stob. I, P. 22, 16: En
de Ti povade tv toes Tepiso@y Tepttridepivwy 6 yivópevos del terpáywvós
¿ote TOY de dpriwy Spots repızdeuivuv Erepounxeis «al avısor mavres anoBaivovaw,tows dìtodas avdets. Je ne suis satisfait d'aucune des explications qu'on a données des mots xat ywpis du passage d'Aristote (voir
Zeller, p. 351, n. 2) et je proposerais de lire tatc ywpatc, en comparant
Página 33
Ver en el PDF(se abre en una ventana nueva)Il est donc clair que nous sommes en droit de rapporter
à Pythagore lui-même l’étude des sommes de series,
mais
nous ne pouvons dire s’il alla au delà de l’oblong et étudia
les nombres pyramidaux ou cubiques'.
XLIX. — GÉOMÉTRIE ET HARMONIQUE.
Il est aisé de voir comment cette manière de représenter
les nombres devait suggérer des problèmes de nature géométrique. Les points qui tenaient la place des cailloux sont
régulièrement nommés «termes » (60, termini), et la surface
qu ils occupent, ou plutôt qu'ils limitent, est le «champ»,
(x65a)?. C'est là évidemment une très ancienne manière de
parler, et nous pouvons par conséquent l’attribuer à Pythagore lui-même. Il est impossible qu’il n’ait pas remarqué
ensuite que les «champs» peuvent être comparés entre
eux aussi bien que les nombres‘; il est même probable
qu’il connaissait les méthodes grossières qui étaient traditionnelles en Egypte à cet effet, quoique certainement il ne
put s’en déclarer satisfait. Une fois de plus, la tradition est
singulièrement utile en suggérant la direction que ses pensées doivent avoir prise. Il connaissait naturellement l’emBoutheros (Stob. I, p. 19, » lequel dit, suivant le texte du manuscrit
:
Ka 6 yey (6 meptocós), Ororav yewovrat ava heyov zat „mpös povádas,, tats
adrod yópas zarahapBaver vols taîs
1 Dans le fragment
ypaupats mepisyopivous (sc. dpBuoÿc).
mentionné plus haut (p.
115,
n. 2), Speusippe
parle de quatre comme du premier nombre pyramidal; mais cette indication est empruntée à Philolaos, de sorte que nous ne pouvons pas
l’attribuer avec certitude à Pythagore.
ES
2 Nous trouvons öpo: employé dans le sens de série (¿xdeat5),
puis de
proportion, et, à une époque plus récente, de syllogisme. Les signes:
:: et .*.
sont une survivance de l'usage originel.
Le terme ywpa est
souvent employé par les Pythagoriciens postérieurs, quoique l'usage
attique réclamat ywploy pour un rectangle. Les espaces entre les Ypaupaí de Vabaque et de l'échiquier étaient également appelés y@pæ.
3 Dans son commentaire à Euclide I, 44, Proclus nous dit, sur l’autorité d'Eudéme,
que
la
rapagody,
Védheubts et VirspßoAn
de
ywpia
étaient des inventions pythagoriciennes. Sur l’application de ces termes,
et sur celle qui en fut faite plus tard aux
Milhaud, Philosophes géométres, p. 81 sq.
sections coniques,
voir
Página 34
Ver en el PDF(se abre en una ventana nueva)ploi du triangle 3, 4, 5 pour la construction d’angles droits.
Nous avons vu (p. 24) que ce triangle était familier à POrient à partir d’une date très ancienne, et que Thalès l’introduisit chez les Hellènes, s’ils ne le connaissaient déjà.
Chez les écrivains postérieurs, il est effectivement appelé
le «triangle pythagoricien ». Or la proposition pythagoricienne par excellence est justement que dans un triangle
rectangle, le carré de l’hypoténuse est égal à la somme des
carrés faits sur les autres côtés, et ce qu'on appelle le triangle pythagoricien est l’application de sa réciproque à un
cas particulier. Le nom même d’«hypotenuse» confirme
d'une manière très nette l’étroite connexion qui existe entre
les deux choses. Il signifie littéralement «la corde qui est
tendue à Popposé », et ce n’est sûrement autre chose que la
corde de I’« harpedonapt *». Une ancienne tradition dit que
Pythagore sacrifia un bœuf quand il découvrit la preuve de
cette proposition, et en vérité, elle fut le vrai fondement
des sciences mathématiques *.
L. — INCOMMENSURABILITÉ.
Un grand désappointement, cependant, était réservé à
Pythagore. Il résulte directement de sa proposition que le
carré de la diagonale d'un carré est le double du carré de
son côté, et cela devait à coup sûr pouvoir s'exprimer numériquement. Mais, en fait, il n’y a pas de nombre carré
qui puisse se diviser en deux nombres carrés égaux, et le
problème est insoluble. En ce sens,
il est certainement vrai
que Pythagore découvrit l’incommensurabilité de la diago1 Le verbe ùroretve est naturellement employé au sens intransitif.
L’explication suggérée dans le texte me paraît beaucoup plus simple
que celle de Max C. P. Schmidt (Kulturhistorische Beiträge, Heft 1,
p. 64 sq). 11 voit dans l’hypoténuse la corde la plus longue d'une harpe
ri angulaire; mais ma manière de voir semble mieux s’accorder avec les
cas analogues. C'est ainsi que 7 xáderos est littéralement un fil à plomb.
2 Ce renseignement vient d’Eudéme, car il se trouve dans le commentaire de Proclus à Euclide I, 47. Qu'il soit historique ou non, ce
n’est pas une invention néopythagoricienne.
Página 35
Ver en el PDF(se abre en una ventana nueva)nale et du côté du carré, et la preuve mentionnée par Aristote — à savoir que si elles étaient commensurables, nous
devrions dire qu’un nombre pair est égal à un nombre impair — a un cachet pythagoricien très net!.
Quoi qu'il
en puisse être, il est certain que Pythagore ne prit pas la
peine de poursuivre plus loin l'étude de cette question. Il
s'était, pour ainsi dire, achoppé au fait que la racine carrée de 2 est irrationnelle, mais nous savons qu'il était réservé à des amis de Platon, Théodore de Cyrène et Théétète,
de donner une théorie complète de ce problème *. Le fait
est que la découverte de la proposition pythagoricienne,
en donnant naissance à la géométrie, avait réellement
écarté la vieille conception de la quantité somme d'unités;
mais ce ne fut qu’à l'époque de Platon que les pleines conséquences de ce fait furent apercues*. Pour
le moment, l’incommensurabilité de la diagonale et du côté du carré resta,
comme on l’a dit, une «scandaleuse exception». Notre tradition dit qu’Hippasos de Métaponte fut noyé pendant un
voyage en mer pour avoir révélé ce fait fâcheux à ses contemporains *.
LI. — PROPORTION ET HARMONIE.
Ces dernières considérations montrent que, s’il est tout
à fait légitime d'attribuer à Pythagore la substance du livreI d’Euclide, l’arithmetique des livres VII à IX, n’est cer1 Arist. An. Pr. A, 23.41 a 26: Oc dsspperpos 7 dedperpos dra cò yiyveoar ta meperc toa tots dpriots aupuérpos redstans. Les preuves données
à la fin du livre X d’Euclide (vol. III, p.
408 sq. Heiberg) tournent sur
le même point. Elles ne sont pas euclidiennes, et peuvent être en substance pythagoriciennes. Cf. Milhaud, Philosophes géométres, p. 94.
2 Platon, Théététe, 147 d 3 sq.
® Combien nouvelles ces conséquences étaient, cela ressort du fait
que, dans les Lois, 819 d 5, l'étranger athénien déclare ne s'en
être
réellement rendu compte qu’à un âge avancé.
+ Cette version de la tradition est mentionnée dans Jamblique, V. Pyth.
247, et paraît plus ancienne que l’autre, sur laquelle nous aurons l’occasion de nous arrêter plus loin ($ 148). Hippasos est l’enfant terrible
du Pythagorisme, et les traditions qui le concernent sont très instructives.
Página 36
Ver en el PDF(se abre en una ventana nueva)tainement pas de lui. Elle opére avec des lignes ou des surfaces au lieu d’unités, et les rapports qu’elle établit tiennent
par conséquent bon, qu’ils soient,
ou non, susceptibles
d’expression numérique. C'est sans doute pourquoi l’arithmétique n'est traitée dans Euclide qu'après la géométrie
plane, interversion complete de l’ordre originel. Pour la
même raison, la théorie des proportions que nous trouvons
dans Euclide ne peut être pythagoricienne, et est en réalité
l'œuvre d’Eudoxe. Cependant, il est clair que les premiers
Pythagoriciens, et probablement Pythagore lui-même, étudièrent les proportions à leur manière, et que
les trois
«moyennes» en particulier, remontent au fondateur, étant
donné
l
surtout
que
la plus
compliquée
d’entres
elles,
«harmonique » est en relation étroite avec sa découverte
de l’octave. Si nous prenons la proportion
harmonique
12:8: 6*, nous trouvons'que 12 : Best l’octave, 12 : 8 la quinte
et 8:6 la quarte, et Pon ne peut guère mettre en doute que
ce fut Pythagore lui-même qui découvrit ces intervalles.
Les histoires qui nous sont parvenues à ce sujet, et d'après
lesquelles
il aurait observé les
intervalles harmoniques
dans une forge, et qu’ensuite il aurait pesé les marteaux
qui les produisaient ou suspendu á' des cordes d'égale longueur des poids correspondants à ceux des marteaux, sont
en réalité impossibles et absurdes, et c’est pure perte de
temps que d'essayer d'en tirer une indication raisonnable ®.
Pour notre dessein, leur absurdité est leur principal mérite. Ce ne sont pas histoires qu’un mathématicien ou un
1 Platon (Tim. 36 a 3) définit la moyenne harmonique comme ra»...
tavrw péper tov dxpwy auróy Unepéyoucay xal úmspexopivny. La moyenne
6
harmonique de 12 et de 6 est donc 8, car 8 = 12 — EJ 6+ 3
.? Sur ces histoires, et pour leur examen
critique,
voir Max C. P. Schmidt,
Kulturhistorische Beitráge, I. p. 78 sq. Les marteaux de forge sont du
domaine des fables, et il n'est vrai ni que les notes seraient déterminées par le poids des marteaux ni que, si cela était, elles seraient produites par des cordes égales auxquelles on aurait suspendu des poids
respectivement égaux
á ceux des
marteaux.
Ces
inexactitudes ont
relevées par Montucla (Martin, Etudes sur le Timée, I, p. 391).
Página 37
Ver en el PDF(se abre en una ventana nueva)musicien grec aurait pu inventer, mais de vrais contes populaires qui témoignent de l’existence d’une tradition réelle,
suivant laquelle Pythagore était l’auteur de cette importante découverte.
LIT. — LES CHOSES SONT DES NOMBRES.
Ce fut aussi, sans aucun doute, cela qui amena Pythagore à dire que toutes choses étaient des nombres. Nous
verrons que, à une date postérieure,
les
Pythagoriciens
identifiaient ces nombres avec des figures géométriques ;
mais le simple fait qu’ils les appelaient «nombres», est
suffisant
— si nous le mettons en rapport avec ce que nous
savons de la méthode d’Eurytos —
pour montrer que ce
n’était pas là le sens originel de la doctrine.
Il suffit de
supposer que Pythagore raisonnait à peu près comme suit.
Si les sons musicaux peuvent être ramenés à des nombres,
pourquoi n’en serait-il pas de même de toutes les autres
choses? Il y a dans les choses beaucoup d’analogie avec les
nombres,
et il se peut fort bien qu’une heureuse expérience, pareille à celle qui amena la découverte de l’octave,
révèle leur véritable nature numérique. Les écrivains néopythagoriciens, remontant sur ce point comme sur les autres à‘la plus ancienne tradition de l’école, s'abandonnent
à leur imagination et énumèrent une infinie variété d’analogies entre les choses et les nombres; mais nous sommes
heureusement dispensés de les suivre dans ces réveries.
Aristote
nous
dit expressément
que
les Pythagoriciens
n’expliquaient que quelques choses au moyen des nombres*, ce qui veut dire que Pythagore lui-même ne laissa
pas de doctrine développée sur le sujet, tandis que les Pythagoriciens du Ve siècle ne se faisaient pas faute d’ajouter n'importe quoi de ce
genre à
la tradition de l'école.
1 Arist. Met. M, 4. 1078 b 21 (R. P. 78; DV 45 B 4); Zeller, p. 390, n. 2.
Les Theologoumena Arithmetica, faussement attribués 4 Nicomaque de
Gérasa, sont pleins de théories fantastiques sur ce sujet (R. P. 78 a;
DV A 12). Alexandre, in Met. p.38, 8, donne quelques définitions qui
peuvent être anciennes (R. P. 78 c).
Página 38
Ver en el PDF(se abre en una ventana nueva)Aristote implique, cependant, que,
suivant eux, le « bon
moment» (xapd¢) était sept, la justice quatre, et lemariage
trois. Ces identifications, et quelques autres, nous pouvons
les rapporter en toute sécurité à Pythagore ou à ses successeurs
immédiats, mais nous ne devons
pas y
attacher
grande importance. Ce sont de simples jeux de l’imagination analogique. Si nous voulons comprendre la cosmologie de Pythagore, ce n’est pas de là que nous devons partir, mais
de toutes
les indications à nous connues, qui
présentent des points de contact avec l’enseignement de
l'école
milésienne.
Celles-là,
nous
pouvons
le
conclure
en toute sécurité, appartiennent au système dans sa forme
la plus primitive.
LIII. — CosMOLOoGiE.
Or l’indication la plus frappante de cette espèce est une
de celles que nous devons à Aristote. Les Pythagoriciens
soutenaient, nous dit-il, qu’il y avait un «souffle illimité
en dehors des cieux, et que ce souffle était inhalé» par le
monde‘. En substance, c'est la doctrine d'Anaximéne, et il
devient pratiquement certain que c'était celle de Pythagore,
si nous constatons que Xénophane la niait?. Nous pouvons
en inférer, donc; que le développement ultérieur de l’idée
est aussi dû à Pythagore lui-même.
Une fois la première
unité formée — de quelque façon que ce phénoméneait pu
se produire — la partie la plus voisine de l’Illimité fut,
nous dit-on, d’abord entraînée et limitée’, et c'est justement
limité ainsi inhalé qui maintient les unités séparées les
unes
des autres‘. Elle représente l'intervalle qui s'étend
3 Arist. Phys. A, 6, 213 b 22 (R. P. 75; DV 45 B 30).
2 Diog. IX, 19 (R. P. 103 c; DV 11 A 1, 46). Il est vrai qu'ici Diogene
puise plutôt à une source biographique qu'à une source doxographique
(Dox. p. 168), mais ce trait ne peut guère être une invention.
2 Arist. Met. M, 3. 1091 a 13 (R. P. 74; DV 45 B 26).
4 Arist. Phys. A, 6. 213 b 23 (R. P. 75 a; DV 45 B 30). Dans les
mots
diopiler tas púseis, on a vu une difficulté qui ne s’y trouve pas, parce
qu'on a supposé qu'ils attribuent à l’äreıpoy la fonction de la limita-
Página 39
Ver en el PDF(se abre en una ventana nueva)entre elles. C’est là une manière très primitive de décrire
la nature de la masse discontinue.
Dans les passages d’Aristote que nous venons de citer, il
est aussi parlé de l’Illimité comme du vide. Cette identification de l’air et du vide est une confusion que nous avons
déjà rencontrée chez Anaximéne, et nous ne devons pas
être surpris de la trouver aussi ici‘.
Nous y trouvons également, comme nous pouvions nous y attendre, des traces
distinctes de l’autre confusion, celle de l’air et de la vapeur. Il semble certain, en fait, que Pythagore identifiait la
Limite avec le Feu, et l’Illimité avec l'Obscurité.
Aristote
nous apprend qu’Hippasos faisait du Feu le principe premier?,
et nous verrons que Parménide, en discutant les
opinions de ses contemporains, leur attribue cette opinion
qu'il ya deux «formes » primordiales, le Feu et la Nuit*.
Nous trouvons aussi que la Lumière etl’Obscurite figurent
dans la table pythagoricienne des oppositions sous les titres respectifs de
Limite et d’Illimité ‘.
L'identification
ici impliquée de la respiration avec l’Obscurite est une
forte preuve du caractère primitif de la doctrine; car, au
VI° siècle, on tenait l'obscurité pour une espèce de vapeur,
tandis qu’au V* la vraie nature en était bien connue. Avec
son tact historique habituel, Platon fait dire au Pythagoricien Timée que le brouillard et l'obscurité sont de Pair
tion. Aristote fait voir très clairement que son opinion est celle que
nous avons exprimée dans notre texte. Cf. spécialement les mots ywptspod tivos thy ¿pegns xat Bropisews. Le terme Gtwprouévov est exactement
l'opposé de ouvey&s. Dans son livre sur la philosophie pythagoricienne,
Aristote employait au lieu de cela la phrase GropiGer tas ywpas (Stob. 1,
p. 156, 8 [I, 18, 1c]; R. P. 75; DV 45 B 30), qui est également tout à
fait intelligible, si nous nous rappelons ce que les Pythagoriciens entendaient par ywpa (cf. p. 117, n. 2).
1 Cf. Arist. Phys. A, 6, 213 a 27: of B’ävdpwrar... gastv iv & OAus pydév
domi, vodr elvar xevóv, dtd to mAÿpes dépos xevèv elvat; de Part. An. B,
10. 656 b 15: ro yap zevov zadosuevov dépos Ampés ou: de An. B, 10.419 b
34: doxel yap civar zevov 6 dip.
2 Arist. Met. A, 3.984 a 7 (R. P. 56c; DV 8, 7).
2 Voir chap. IV, $ 91
4 Arist. Met. A, 5. 986 a 25 (R. P. 66; DV 45 B 5).
Página 40
Ver en el PDF(se abre en una ventana nueva)condensé’. Nous devons donc nous représenter un «champ»
d’obscurité ou de souffle limité par des unités lumineuses,
tableau que le ciel étoilé devait naturellement suggérer. Il
est même probable que nous devons attribuer à Pythagore
la conception milésienne d’une pluralité de mondes, bien
qu’il n’eüt pas été naturel pour lui de parler d'un nombre
infini. Nous savons du moins que Pétron, un des anciens
Pythagoriciens, disait qu’il y avait exactement cent quatrevingt-trois mondes arrangés en triangle’, et Platon, en faisant poser en principe par Timée qu'il n’y en a qu’un,
lui
fait reconnaître qu’on pourrait avancer un argument en
faveur de l'opinion qui en admet cing, comme il y a cinq
solides réguliers?.
LIV. — LES CORPS CÉLESTES.
'
Anaximandre avait regardé les corps célestes comme des
roues d’«air», remplies d’un feu qui
séchappe par certaines ouvertures (§ 19), et nous sommes fondés
4 admettre
que
Pythagore adopta
cette opinion ‘.
Nous
avons vu
qu’Anaximandre ne supposait l’existence que de trois roues
pareilles, et soutenait que la roue du soleil était la plus
basse. Il est extrêmement probable que Pythagore identifiait les intervalles entre ces anneaux avec les trois intervalles musicaux qu’il avait découverts, la quarte, la quinte
et l'octave. Ce serait Yorigine la plus naturelle de la doctrine postérieure de l’« harmonie des sphères
», mais il faut
bien prendre garde que cette expression serait doublement
trompeuse si on l’appliquait 4 une quelconque des théo1 Platon, Tim. 58 d 2.
2 Indication fournie par Plutarque, de def. orac. 422 b, d, qui la tenait
lui-même
de
Phanias
d’Hippys de Rhegium.
d’Erésos,
lequel
Si
pouvons
nous
l’avait
donnée sur l'autorité
supposer avec Wilamowitz
(Hermes XIX, p. 444) que ce dernier nom désigne en réalité Hippasos
de Métaponte (et ce fut à Rhegium que les Pythagoriciens cherchèrent
un refuge), nous avons là un argument précieux.
3 Platon, Tim. 55 c 7 sq.
4 Voir sur ce point chap. IV, $ 93.
Página 41
Ver en el PDF(se abre en una ventana nueva)ries que nous pouvons à juste titre attribuer à Pythagore
lui-même. Le mot apuovía ne signifie pas harmonie, et les
«sphères » sont un anachronisme. Nous sommes encore à
l'époque où les roues ou anneaux étaient regardés comme
suffisants pour rendre compte des mouvements des corps
célestes. I] faut aussi observer que le soleil, la lune, les planétes et les étoiles fixes doivent tous être considérés comme
se mouvant dans la même direction de l’est à l’ouest. Pythagore n’attribuait certainement pas aux planètes un mouvement circulaire propre de l’ouest à l’est. L'ancienne idée
était plutôt qu’elles étaient plus ou moins laissées en arrière chaque jour. Comparé avec les étoiles fixes, Saturne,
est le moins de toutes dépassé, et la Lune le plus;
au lieu
donc de dire que la Lune mettait moins de temps que Saturne pour accomplir sa course à travers les signes du zodiaque, on disait que Saturne cheminait plus vite que la
Lune parce que, moins qu'elle, il se laisse distancer par les
constellations. Au lieu de dire que Saturne met trente ans
pour accomplir sa révolution, on disait qu'il fallait trente
ans aux étoiles fixes pour dépasser Saturne, et seulement
vingt-neuf jours et demi pour dépasser la Lune. C'est là
Yun des points les plus importants qu'il faut avoir presents
à
l'esprit quand on étudie les systèmes
planétaires des
Grecs, et nous y reviendrons’.
L'exposé
que nous venons
de
faire
des doctrines
de
Pythagore est sans aucun doute conjectural et incomplet.
Nous lui avons simplement attribué les portions du système
pythagoricien qui semblent être les plus anciennes, et il
ne nous a pas même été possible de citer entièrement les
témoignages sur lesquels notre discussion est basée. Ce sys-
1 Pour un clair exposé de cette opinion (qui était encore celle de
Démocrite), voir Lucréce, V, 621 sq. L'opinion que les planètes se mouvaient circulairement de l'ouest à l’est est attribuée par Aétius, II, 16.3,
à Aleméon ($ 96), ce qui implique à coup sûr que Pythagore ne la professait pas. Comme nous le verrons ($ 152), il est loin d’être certain que
ce fût celle d'un quelconque des Pythagoriciens. Il semble plutôt que
ce fut une découverte de Platon.
Página 42
Ver en el PDF(se abre en una ventana nueva)téme n'apparaîtra dans sa vraie lumière qu’une fois que nous
aurons examiné la sefonde partié
du poème de Parménide
et le système des Pythagoriciens postérieurs. Pour des
raisons que l’on verra alors, je ne me hasarde pas à assigner à Pythagore lui-même la théorie de la révolution de
la Terre autour du feu central. Le plus sùr est, semble-t-il,
de supposer qu'il adhérait encore à l'hypothèse géocentrique d’Anaximandre. En dépit de cela, pourtant, il est
clair qu’il a ouvert une nouvelle période dans le développement de la science grecque, et c’est certainement à son
école
que sont dues, directement
ou indirectement, ses
plus grandes découvertes,
II. XENOPHANE DE COLOPHON
LV. — SA VIE.
Nous
avons vu
comment
Pythagore
s’identifiait luimême avec le mouvement religieux de son époque ; nous
avons
maintenant
à
considérer
une
manifestation
très
différente de la réaction contre la conception des dieux que
les poètes avaient rendue familière au peuple grec. Xénophane niait absolument les dieux anthropomorphiques,
mais il ne fut affecté en aucune mesure par la résurrection
— qui se produisait partout autour de lui — d'idées plus
anciennes. Nous possédons
encore
un
fragment d’une
élégie dans laquelle il ridiculisait Pythagore et la doctrine
de la transmigration. Un jour, dit-on, il passait dans la
rue au moment où l’on battait un chien. «Arrêtez, dit-il,
ne le battez pas! C’est l'âme d'un ami!
Je l’ai reconnu au
son de sa voix *.» On rapporte aussi qu'il combattait les
opinions de Thalès et de Pythagore, et qu'il attaquait Epiménide, ce qui est assez probable, quoique dans les frag1 Voir chap. IV, $$ 92 et 93, et chap. VII, $$ 150-152.
2 Voir frg. 7 (DV; = 18 Karst) ap. Diog. VIII, 36 (R. P. 88).
Página 43
Ver en el PDF(se abre en una ventana nueva)ments qui nous sont parvenus de lui on ne trouve aucune
trace de cette attitude *. I] est surtout important pour avoir
été Pinitiateur de cette
lutte entre la philosophie
et la
poésie, qui atteignit son point culminant dans la République de Platon.
Il n’est pas facile de déterminer la date de Xénophane.
Timée dit qu’il
charme,
et
il
était
paraît
contemporain
bien
roman anecdotique de
la
d'Hiéron
avoir joué un
rôle
et d’Epidans
le
cour d’Hiéron, qui amusa les
Grecs du IV* siècle, comme celui de Crésus et des Sept
Sages amusa ceux du Ve ?. Comme Hiéron régna de 478 à
467 avant J.-C., il serait impossible de placer la naissance
de Xénophane bien avant 570, même si nous supposions
qu'il ait vécu jusqu’à l’âge de cent ans. D’autre part, au
dire de Sextus et
de
Clément,
Apollodore donnait la
XLe Olympiade (620-616) comme date de sa naissance, et
le premier ajoute que
ses jours se prolongèrent jusqu’à
l'époque de Darius et de Cyrus *. En revanche, Diogène,
dont les informations en ces matiéres viennent pour la
plupart d’Apollodore, dit qu’il florissait dans la LX° Olympiade (540-537), et Diels
est d’avis qu’en réalité c’est ce
1 Diog. IX, 18 (R. P. 97). Nous savons que Xénophane s'était occupé
de la prédiction d'une éclipse par Thalès (chap. I, p. 41, n. 1). Nous
verrons que sa propre opinion sur le soleil ne se conciliait guère avec
la possibilité de faire pareille prédiction, de sorte que ce fut peut-être
à ce propos qu'il contredit Thalès.
2 Timée, ap. Clem. Strom. I, p. 533 (R. P. 95, DV 11 A 8). Il n'y a
qu'une anecdote qui nous montre en fait Xénophane en conversation
avec Hiéron (Plut. Reg. apophth. 175 e), mais il est naturel de voir
dans Arist. Met. T, 5. 1010 a 4 une allusion à une remarque à lui faite
par Epicharme. Aristote a plus d’une anecdote sur Xénophane, et il
semble très probable qu'il les empruntait au roman dont le Hiéron de
Xénophon est un écho.
3 Clem. loc. cit.; Sext. Math. I, 257. La mention de Cyrus est confirmée par Hipp. Ref. I, 94. Diels pense que Darius fut mentionné d’abord
pour des raisons métriques; mais personne n’a expliqué d’une manière
satisfaisante pourquoi Cyrus aurait été mentionné si l’on ne voulait pas
insister sur la date plus ancienne. Sur toute cette question, voir Jacoby,
p- 204 sq,, qui a certainement tort de supposer que äypı tiv Aapsiou zat
Kôpos ypúvov peut signifier « durant les temps de Darius et de Cyrus. »
Página 44
Ver en el PDF(se abre en una ventana nueva)qu’a dit aussi Apollodore *. Quoi qu’il en soit, il est évident
que la date de 540 av. J.-C. est basée sur la supposition qu'il
se rendit à Elée l’année de la fondation de cette ville, et
nest, par conséquent, qu’une simple combinaison?.
Ce que nous savons de certain, c'est que Xénophane
mena une vie errante à partir de vingt-cinq ans, et qu’il se
livrait encore à la poésie à l’âge de quatre-vingt-douze. Il
dit lui-même (frg. 8 = 24 Karst ; R. P. 97):
Voici maintenant soixante-sept ans que mon ame chargée de
soucis * parcourt d'un bout à l’autre le pays d'Hellas, et vingtcing ans s'étaient déjà écoulés depuis ma naissance, si je puis
dire quelque chose de vrai en ces matières.
On est tenté de supposer que, dans ce passage, Xénophane s’en réfère à la conquête de l’Ionie par Harpagos, et
qu’il répond, en fait, à la question posée dans un autre
poème (frg. 22 = 17 Karst ; R. P. 95 a)‘:
A
Telles sont les choses que nous devons dire au coin du feu,
en hiver, quand nous sommes couchés sur de moelleux coussins, buvant du vin doux et grignotant des pois chiches : « De
quel pays
es-tu, et quel âge as-tu,
6 très cher? Et quel âge
avais-tu quand le Mède arriva?»
Nous ne pouvons
pourtant pas en étre sùrs, et nous
devons nous contenter de ce qui, après tout, est l’essentiel
pour
le but que nous nous proposons, à savoir qu’il parle de
1 Rh. Mus. XXXI, p. 22. Il suppose une ancienne corruption de N en
M. Comme Apollodore indiquait l’archonte athénien, et non l’Olympiade, il serait plus probable de supposer une confusion due au fait
qu’il y eut deux archontes de méme nom.
2 Comme Elée fut fondée par les Phocéens six ans après qu’ils eurent
quitté Phocée (Herod. 1, 164 sq.), ce fut justement en 540-39 avant J.-C.
Cf. la manière dont Apollodore datait Empédocle par l’ère de Thurium
$ 98).
3 Bergk (Litteraturgesch. Il, p. 418, n. 23) supposait que gpovrig désignait ici l'œuvre littéraire de Xénophane, mais c'est sûrement un anachronisme de prendre ce mot à cette date dans le sens où les Latins
employaient cura.
4 C'était certainement un autre poème, car il est en hexamétres, tandis que le fragment précédent est en distiques élégiaques.
Página 45
Ver en el PDF(se abre en una ventana nueva)Pythagore au passé, et que c’est aussi au passé que parle
de lui Héraclite '.
Au dire de Théophraste, Xénophane avait « entendu »
Anaximandre *, et nous verrons qu’il était certainement au
courant de la cosmologie ionienne. Depuis qu'il eut été
chassé de sa ville natale, il vécut en Sicile, principalement
à Zankle et à Catane‘. De même qu'avant lui Archiloque,
il déchargea son ame en écrivant des élégies et des satires
qu'il récitait dans les banquets où, comme on peut le supposer, les réfugiés essayaient de conserver les usages de la
bonne société
ionienne.
L’indication
d’après laquelle il
était rhapsode ne repose sur aucun fondement. Le chantre
d’elegies n’était pas un professionnel comme le rhapsode,
mais il était, socialement, l’égal de ses auditeurs. Dans sa
quatre-vingt-douzième année, Xénophane menait encore,
nous l'avons vu, une vie errante, ce qui ne s’accorde guère
avec le texte qui le fait établir à Elée et y fonder une école,
surtout si, comme il y a lieu de le croire, il passa ses derniers jours à la cour d'Hiéron.
Il est très probable qu’il
visita Elée, et il n’est pas impossible qu'il ait écrit un
poème de deux mille hexamétres sur la fondation de cette
ville, qui était naturellement un sujet intéressant pour tous
les émigrés ioniens *. Mais il est très remarquable qu'aucun
1 Xénophane, frg. 7 (voir plus haut p. 126, n. 2); Héraclite, frg. 16, 17
(voir plus loin, p. 149).
2 Diog. IX, 21 (R. P. 96 a).
2 Diog. IX, 18 (R. P. 96). L'emploi du vieux nom de Zankle au lieu du
nom plus récent
de Messine
montre
que
cette
pruntée à une source ancienne — probablement
indication a
été
emaux élégies de Xénophane lui-même.
4 Diog. IX, 18 (R. P. 97) dit: adrés éppatué:
25705, ce qui est tout
différent. Nulle part ailleurs il n’est dit qu'il récitait Homère, et le verbe
gabwöstv est employé dans le sens tout à fait général de «réciter». La
description colorée
de Gomperz (Penseurs
de la
Grèce 1, p. 167) ne
repose que sur ce simple mot. Il n’y a pas non plus la moindre
trace
d'influence homérique dans les fragments. Ils sont tous composés dans
le style élégiaque usuel.
5 Hiller soupçoune à bon droit (RA. Mus. XXXIII, p. 529) que cette
indication provient de Lobon d’Argos, qui écrivit sur les Sept Sages,
Página 46
Ver en el PDF(se abre en una ventana nueva)écrivain ancien ne dise expressément qu'il ait jamais
été à
Elée, et la seule chose — à part le poème douteux dont
nous venons de parler — qui le mette en rapport avec cette
ville, est une anecdote d’Aristote. Comme les Eléates lui
demandaient
pleurer,
s'ils
devaient sacrifier
il leur répondit :
à
Leucothéa
et la
« Si vous la tenez pour une
déesse, ne la pleurez pas ; si vous ne la tenez pas pour telle,
ne lui sacrifiez pas.» C'est absolument tout, et ce n'est là
qu’un apophtegme'. Il serait étrange que nous n’eussions
rien de plus si Xénophane avait réellement trouvé, sur la
fin de ses jours, un foyer dans la colonie phocéenne.
LVI. — PoEnes.
Suivant une notice que nous a conservée Diogène, Xénophane écrivit en hexamètres et composa aussi des élégies
et des iambes contre Homère et Hésiode *. Aucune autorité
sûre
ne nous atteste
qu'il
ait écrit un
poème philosophique*. Simplicius nous dit n'avoir jamais vu les vers
où la terre était décrite comme
côté Ven bas (frg. 28)“;
s’étendant à l'infini du
cela signifie que l’Académie ne
Epiménide, etc., des notices stichométriques, toutes pieusement mentionnées par Diogène. Mais même si cette indication est vraie, cela ne
prouve rien.
1 Arist. Rhet. B, 26. 1400 b 5 (R. P. 98 a; DV 11 A 13). Des anecdotes
comme celle-là sont en réalité anonymes. Plutarque transporte l’histoire en Egypte (P. Ph. Fr. p. 22, § 13) et d’autres la racontent d’Héraclite. Il n'est gùère sûr de construire sur un pareil fondement.
2 Diog. IX, 18 (R. P. 97). Le mot ¿muóntov est une réminiscence de
Timon, frg. 60 Diels:
opävns drérupos Ounpandrne Ertzömeng.
3 La plus ancienne référence à un poème [epi púsewe se trouve dans
les scholies genevoises (Il. XXI, 196, où est cité le frg. 30), et elle
remonte à Kratès de Mallos. Nous devons nous souvenir, cependant,
que pareils titres sont de date plus récente que Xénophane, et qu'on
lui avait accordé une place parmi les philosophes bien avant l’époque
de Kratès. Tout ce que nous pouvons dire, par conséquent, c’est que
les bibliothécaires de Pergame donnèrent le titre de Ilept púcews à un
poème de Xénophane.
4 Simpl.
de Cælo, p. 522, 7 (R. P.97b; DV 11 A 47). Il est vrai que
deux de nos fragments (25 et 26) nous ont été conservés par Simplicius,
Página 47
Ver en el PDF(se abre en una ventana nueva)possédait aucun exemplaire de ce poéme, ce qui serait trés
étrange s’il avait jamais existé. Simplicius savait se procurerles œuvres complètes d'hommes beaucoup moins considérables. Aucune preuve interne, non
plus,
ne
tend à
confirmer qu'il ait écrit un poème philosophique. Diels y .
rapporte environ vingt-sept vers, mais qui tous se rattacheraient
tout
aussi
naturellement
à
ses attaques
contre
Homère et Hésiode, ainsi que j'ai essayé de le montrer. Il
est significatif aussi qu'un certain
dérivent
nombre
de commentateurs d'Homére*.
Il
d’entre eux
semble
probable, donc, que Xénophane exprima incidemment dans
ses satires ses vues théologiques
et philosophiques. Ce
serait tout à fait dans la manière du temps, comme le
montrent les restes d’Epicharme.
Les satires elles-mêmes sont appelées Silles par les écrivains postérieurs, et ce nom peut bien remonter à Xénophane lui-même. Il est possible aussi, cependant, qu'il soit
dû au fait que Timon de Phlionte, le «sillographe» (vers
259 av. J.-C.), mit dans la bouche de Xénophane une
grande partie de ses satires contre les philosophes. Un
seul vers iambique nous a été conservé, et il est immédiatement suivi d'un hexamétre (frg. 14 = 5 Karst). Cela fait
supposer que Xénophane insérait des vers iambiques parmi
ses hexamétres, à la façon du Margitès, ce qui eût été très
naturel de sa part’.
LVII. — LES FRAGMENTS.
Je donne tous les fragments de quelque importance,
d’après le texte de Diels et dans l’ordre où il les a placés.
mais il les tenait d'Alexandre. Ils étaient probablement cités par Théophraste, car il est évident qu’Alexandre n’avait pas de Xénophane une
connaissance de première main. S'il l'avait eue, il ne se serait pas
p. 140, note.
laissé tromper par M. X. G. Voir
1 Trois fragments (27, 31, 33) proviennent des Allégories heat,
deux (30, 32) des scholies homériques.
£ Cf. Wilamowitz, Progr. de Greifswald, 1880.
Página 48
Ver en el PDF(se abre en una ventana nueva)Elegies.
1.
Maintenant,
le
plancher est propre, et les mains
et les
coupes de tous; l’un place sur nos têtes des couronnes tressées,
un autre nous offre sur un plateau une myrrhe parfumée. Le
cratère est là, plein d’allégresse, et un autre vin est prêt, qui
promet de ne jamais faire défaut, doux et exhalant l’odeur des
fleurs dans
les
cruches. Au
milieu, Pencens
fait
monter
sa
sainte fumée, et il y a de l’eau fraîche, douce et pure. Des pains
bruns sont disposés devant nous,
et une magnifique
table est
chargée de fromage et d’un miel abondant. Au milieu, l’autel
est tout entouré de fleurs
; le chant et les divertissements remplissent les halles.
Mais d’abord il faut que les hommes célèbrent les dieux par
des chants joyeux, des mythes sacrés
et
de
pures
paroles;
ensuite, quand ils ont offert des libations et adressé des prières
pour obtenir la force d'accomplir ce qui est juste — car c'est
là, en vérité, le premier devoir — ce n’est pas un péché pour
un homme de boire autant qu'homme peut prendre et rentrer
chez lui sans qu’un serviteur l'accompagne, s’il n'est pas accablé d'années. Et parmi les hommes, il faut louer celui qui, ayant
bu, donne la preuve qu’il a gardé la mémoire et qu’il s’exerce à
la vertu.
Il ne chantera pas les combats des Titans, ni des
Géants, ni des Centaures — inventions des hommes de jadis —
ni les orages des guerres civiles, dans lesquelles il n’est aucun
bien, mais il sera toujours plein de respect pour les dieux.
2. Mais si un homme remportait la victoire par la rapidité de sa
course, ou au pentathle à Olympie, où se trouve l'enceinte sacrée
de Zeus près des sources de Pisa, ou en luttant, ou en se monirant habile au cruel pugilat, ou à ce terrible jeu qu’on appelle
le pancrace, il deviendrait plus glorieux aux yeux de ses concitoyens, gagnerait une place d'honneur aux concours, sa nourriture aux frais de la cité, et un présent qui s’hériterait après lui;
et s’il l'emportait avec ses coursiers, il obtiendrait toutes ces
choses sans en être aussi digne que moi. Car notre art est préférable à la force des hommes et des chevaux. Mais c’est à tort
que toutes ces choses sont prisées, et il n’est pas juste de
placer la force au-dessus de notre art. Car s’il y avait parmi le
peuple un homme habile au pugiiat, ou au pentathle, ou à la
lutte, si même un homme à la course rapide — et il n’y a pas
de chose que les hommes honorent plus aux jeux — la cité ne
serait pas, pour cela, mieux gouvernée.
Et il ne reviendrait à la
ville qu'une petite joie si un de ses citoyens remportait la victoire sur les rivages de Pisa, car ce n’est pas cela qui enrichit
ses trésors.
Página 49
Ver en el PDF(se abre en una ventana nueva)3. Ils ont appris des Lydiens des manières efféminées et sans
utilité aussi longtemps qu'ils étaient libres de l’odieuse tyrannie;
ils se rendaient à l’agora avec des vêtements teints de pourpre,
au nombre d’un millier, glorieux et
vains de leurs chevelures
bien peignées, exhalant l'odeur de parfums artificiels.
Satires.
10. Puisque tous, dès le commencement, ont appris d’Homere...
11. Homère
et
choses qui, chez
Hésiode
ont
attribué
les hommes, sont
aux
dieux
opprobre
toutes les
et honte
: vols,
adultères et tromperies réciproques. R. P. 99.
12. Ils ont raconté sur le compte des dieux beaucoup, beaucoup d’actes contraires aux lois : vols, adultères et tromperies
réciproques. R. P. ib.
14. Mais les mortels se figurent que les dieux sont engendrés
comme eux, et qu’ils ont des vêtements !, une voix et une forme
semblables aux leurs. R. P. 100.
15. Oui, et si les bœufs, les chevaux et les lions avaient des
mains, et si, avec leurs mains, ils pouvaient peindre et produire
des œuvres d’art comme les hommes, les chevaux peindraient
les formes des dieux pareilles à celles des chevaux, les bœufs
pareilles à celles des bœufs, et ils feraient leurs corps chacun
selon son espèce propre. R. P. ib.
16.
Les Ethiopiens
font
leurs dieux
noirs et
avec
le
nez
camus ; les Thraces disent que les leurs ont les yeux bleus et
les cheveux rouges. R. P. 100 b.
17. Les dieux n’ont pas révélé toutes
dès le commencement,
choses aux
hommes
mais, en cherchant, ceux-ci
trouvent
avec le temps ce qui est le meilleur. R. P. 104b.
23. Un seul dieu, le plus grand parmi les dieux et les hommes,
et qui n’est pareiljaux hommes ni par la forme ni par la pensée... R. P. 100.
24.
Il
voit
tout
entier,
pense
tout
entier,
et
tout
entier
entend. R. P. 102.
25. Mais, sans peine, il gouverne toutes
de son esprit. R. P. 108 b.
choses par la force
.
26. Et il habite toujours à la même place, sans faire le moindre
mouvement, et il
ne lui convient pas de se porter tantôt d’un
côté, tantôt de l’autre. R. P. 110 a.
27. Toutes choses viennent de la terre, et c’est dans la terre
que toutes choses finissent. R. P. 103 a.
28. Cette limite de
la
terre en haut, nous la voyons à nos
1 Je préférais autrefois lire avec Zeller aistysv, mais Clément et
Eusebe ont tous deux ésiza, et Théodoret dépend entièrement d’eux.
Página 50
Ver en el PDF(se abre en una ventana nueva)L'AURORE DE LA PHILOSOPHIE GRECQUE
pieds en contact avec lair’; mais, en bas, elle s'étend
sans
limite. R. P. 103.
29. Toutes choses qui naissent ct croissent sont de la terre et
de l’eau. R. P. 103.
30. La mer est la source de l'eau et la source du vent; car ni
dans les nuages <il n’y aurait de souffles de vents soufflant> de
lintérieur sans la mer puissante, ni courants de fleuves, ni eau
de pluie venant du ciel. C’est la
puissante mer qui
engendre
nuages, vents et fleuves ?. R. P. 103.
31. Le soleil se balancant au-dessus? de la terre et la réchauffant. .
32. Celle qu'ils
appellent Iris est aussi
un
nuage,
pourpre,
écarlate et vert d'aspect. R. P. 103.
33. Car nous sommes tous nés de terre et d’eau. R. P. ib.
34. Il n’y a jamais eu et il n’y aura jamais d' homme qui ait
une connaissance certaine des
dieux et
de toutes les choses
dont
je parle. Même si, par hasard, il disait la parfaite vérité,
il
ne s’en,rendrait pas compte lui-même.
Mais tous peuvent
avoir leur fantaisie. R. P. 104.
35. Considérez tout cela comme des fantaisies ayant quelque
apparence de vérité. R. P. 104 a.
36. Toutes celles d’entre elles * qui s’offrent à la vue des mortels.
37. Et l’eau dégoutte dans certaines cavernes...
38. Si Dieu n’avait pas créé le brun miel, les hommes trouveraient les figues beaucoup plus douces qu'ils ne le font.
LVIII. — LES CORPS CELESTES.
Lintention de l’un de ces fragments (32) est parfaitement claire. «Iris aussi » est un nuage, et nous pouvons en
inférer que la même chose venait d’être dite du soleil, de
la lune et des étoiles; car les doxographes nous appren1 Je lis népe avec Diels au lieu de at pet.
? Ce fragment provient en entier des scholies genevoises sur Homère
(voir Arehiv IV, p. 652); les mots entre crochets ont été ajoutés par
Diels. Voir aussi Præchter, Zu Xenophanes (Philol. XVII, p. 308).
3 Le mot est únsprénevos. Ce fragment provient des Allégories, où il
est employé pour expliquer le nom d'Hypérion, et Xénophane l’entendait sans doute ainsi.
4 Je lis de602acdu avec Wilamowitz.
5 Ainsi que
le suggère
Diels,
ceci
se
rapporte probablement
étoiles, que Xénophane tenait pour des nuages.
Página 51
Ver en el PDF(se abre en una ventana nueva)nent que tous ces corps étaient tenus pour des «nuages
enflammés par le mouvement'». C'est au même contexte
évidemment
que se rapporte l’explication du feu Saint-
Elme, que nous a conservée Aétius. « Les choses analogues
à
des étoiles qui
apparaissent sur les
vaisseaux,
nous
dit-il, et que quelques-uns appellent les Dioscures, sont de
petits nuages rendus lumineux par le mouvement
?». Chez
les doxographes, cette explication est répétée avec d’insignifiantes variations relativement à la lune, aux étoiles,
aux comètes, aux éclairs, aux météores, etc., ce qui donne
l'impression d'une cosmologie systématique. Mais le systeme est dû à arrangement de l’œuvre de Théophraste, et
non à Xénophane, car
il
est évident qu'un très petit
nombre d’hexamétres ajoutés à ceux que nous possédons,
suffiraient à rendre parfaitement compte de l’existence de
toute la doxographie.
Ce que nous apprenons du soleil présente quelques difficultés. On nous dit, d'une part, que cet astre aussi était
un nuage igné, mais il n’est guère possible que ce renseignement soit exact. L’évaporation de la mer, qui donne
naissance aux nuages, est expressément attribuée à Ja chaleur du
soleil. Théophraste affirmait que, selon Xénophane, le soleil était une collection d’etincelles produites
par l’exhalaison humide; mais ce fait, précisément, laisse
inexpliquee l’exhalaison elle-même *. Toutefois cela n’a pas
grande conséquence, si le but essentiel de Xénophane était
1 Cf. Diels ad loc. (P. Ph. Fr. p. 44): «ut Sol et cetera astra, que
cum in nebulas evanescerent, deorum simul opinio casura erat.» Cf.
Arch. X, p. 533.
2 Aet. II, 18,1 (Doz. p. 347; DV 11 A 39)
opävns
ds int tev mhotwy
gauvonévons ofov dozépas, 035 xat Atoazovpovs xahodai muss,
a siva. xatà
thy motky xlvysty napa)durovia.
3 Les passages d'Aétius sont réunis dans P. Ph. Fr. p. 32 sq. (DV,
p. 42; 11 A 40-46).
4 Aet. II, 20,3 (Dox. p. 348):
Hoy.
Bsömpastos èv sols Dusexot Yéxpas
Bio
wuévwy etvat tov
y dy cuvabdpor
nddx tis bypas avadupızasus, cwvadpotsvrwy di tov mhuov.
Página 52
Ver en el PDF(se abre en una ventana nueva)de discréditer les dieux anthropomorphiques plutôt que
de donner une théorie scientifique des corps célestes. La
chose importante est qu’Hélios, lui aussi, est un phénomène temporaire. Le soleil ne tourne pas autour de la
terre comme l’enseignait Anaximène, mais se meut en
ligne droite, et s’il nous paraît avoir un mouvement circulaire, cela n’est dû
qu’à
un accroissement de distance.
Ainsi donc, ce n’est pas le même soleil qui
se lève le
matin suivant, mais un soleil tout nouveau, tandis que
l’ancien «tombe dans un trou» quand il arrive à certaines
régions inhabitées
de la terre. Il y a d’ailleurs un grand
nombre de soleils et de lunes, chaque région de la terre
ayant les siens *. Il est clair que des choses de cette nature
ne peuvent pas être des dieux.
La
vigoureuse
expression
«tombe dans un trou? ».
semble évidemment venir des vers de
Xénophane luimême, et il y en a d’autres analogues qui, à ce que nous
devons supposer,
étaient
citées
par
Théophraste. Les
étoiles s'éteignent pendant le jour et brillent de nouveau
pendant
la
nuit «comme des charbons ardents*». Le
soleil est de quelque utilité parce qu'il produit le monde et
les créatures vivantes qui l’habitent, mais la lune «ne travaille pas dans le bateau *».
De telles expressions ne
peuvent avoir pour but que de faire paraitre ridicules les
1 Aet. Il, 24,9 (Dow. Pe 355): modhods eivar HAtovg zat TS vara ale
para tie Tis xal dmotopàs xat Tavası xatà de ‚uva xatpoy ¿pminrery tov öloxov
etc TIVA drotopyy Tis ris oùx oiromévny do” pam xa OS Gonep Sa
Baroüvra Exheubiy dmopaivery” 6 d'avrdg tov HAtov eig dnetpov wey mpotévat,
doxeiv dè xuxkelodar Gia thy andatacty. Il est evident que dans cette note
Exkeubiv a été par erreur substitué à ds, comme c'est aussi le cas dans
Aet. II, 24, 4 (Dox. p. 354).
2 Que ce soit là le sens de Gonep xeveuBarodvra, cela ressort suffisamment des passages cités dans le dictionnaire de Liddell et Scott.
2 Aet. II, 13, 14 (Dom. p. 343): dvalwnupetv vixtup xadanep obs dvOpaxac.
4 Aet. II, 30, 8 (Dox. Pp 362): tov pis hoy PASO» eivar mpös hy Tod
xóopov zal thy tov dy aura Cuwy yéveaiv te xal Stotxnowv, thy 88 ceAvnv
mapéhxeuw. Le verbe map signifie «ramer en paresseux ». Cf. Aristophane, Paix, 1306.
Página 53
Ver en el PDF(se abre en una ventana nueva)corps célestes, et il y a par conséquent lieu de se demander si les autres fragments supposés cosmologiques peuvent étre interprétés d’aprés le méme principe.
LIX. — LA TERRE ET L'EAU.
Au fragment 29, Xénophane dit que «toutes choses sont
de la terre et de l’eau», et Hippolyte nous a conservé le
commentaire de Théophraste sur le passage dans lequel se
trouvait cette phrase. En voici la teneur :
Xénophane disait qu’il se produit un mélange de la terre avec
la mer, et que la première est petit à petit dissoute par l’humidité. Il dit avoir de ce fait les preuves suivantes. On trouve des
coquilles en des endroits situés au milieu des terres, et sur des
collines, et il dit qu’on a trouvé dans les carrières de Syracuse
l'empreinte
d'un poisson et de fucus, à Paros la forme d'un
anchois dans la profondeur de la pierre, et à Malte des impressions plates de tous les animaux marins. Ces empreintes, à ce
qu'il
dit,
ont
été
produites
autrefois,
quand
toutes
choses
étaient encore dans la vase, et les contours se sont séchés dans
la vase. Tous les êtres humains ont été détruits quand la terre
s’est engloutie dans la mer et est devenue vase. Ce changement
se produit pour tous les mondes.— Hipp. Ref. I, 14 (R. P. 103 a;
DV 11 A 33, 5).
C’est
là,
évidemment,
la
c’est peut-être à ce dernier,
théorie
d'Anaximandre,
et
plutôt qu’à Xénophane, que
nous devons faire honneur des observations sur les fossiles *. Mais ce qu’il y a de plus remarquable pourtant, c’est
l'affirmation que ce changement áffecte «tous les mondes ».
Il
semble réellement
phraste
n’attribuàt
à
impossible
de douter
Xénophane
la
que
croyance
Théoà
des
«mondes innombrables ». Ainsi que nous l'avons déjà vu,
Aétius le fait figurer dans sa liste de ceux qui soutenaient
ı ]l y a à ce sujet une note intéressante dans Gomperz, Penseurs de
la Grèce, I, p. 175. J'ai traduit sa conjecture #»&v, au lieu de la leçon
du ms. ewx&v, parce que celle-ci implique, dit-on, une impossibilité
paléontologique, et que l’on a trouvé des impressions de fucoïdes non
pas, il est vrai, dans les carrières de Syracuse, mais dans le voisinage.
Tl paraît d’ailleurs qu'il n'y a pas de fossiles à Paros, de sorte que l’anchois n’a sans doute existé que dans l'imagination de Xénophane.
Página 54
Ver en el PDF(se abre en una ventana nueva)L'AURORE DE
cette doctrine, et Diogène Pen crédite aussi’. Dans le passage ci-dessus, Hippolyte paraît tenir la chose pour assurée.
Nous le constaterons aussi, cependant: Xénophane
déclarait, à un autre propos,
que le Monde ou Dieu était
un. Si nous le comprenons bien, il n'y a pas de difficulté
ici. Le point essentiel est que, bien loin d’être une déesse
primordiale, et «un lieu sûr à tout jamais pour
choses», Gaia non plus n’est
toutes
qu'une apparence passagère.
Ceci fait partie de l’attaque dirigée contre Hésiode, et si, à
ce
propos,
Xénophane
parlait
avec
Anaximandre
de
«mondes innombrables », tandis qu'ailleurs il disait que
Dieu ou le Monde était un, cela est probablement en rapport
avec une
contradiction
encore
mieux attestée, que
nous avons maintenant à examiner.
LX. — FINI OÙ INFINI?
Aristote a essayé en vain de découvrir, par l'étude des
poèmes de
Xénophane,
si
celui-ci regardait le monde
comme fini ou comme infini. «Il n’a fait aucune déclara.
tion précise à ce sujet», conclut-il *. Selon Théophraste, en
revanche, Xénophane tenait le monde pour sphérique et
fini, puisqu'il le disait «égal en tous sens
*». Ceci, toutefois, nous engage dans de très sérieuses difficultés. Ainsi
que nous l'avons déjà vu, notre philosophe disait que le
soleil se mouvait en ligne droite à l'infini, et cela s’ac1 Aet. II, 1, 2 (Dow. p. 327; DV 2, 17); Diog. IX, 19 (R. P. 103 c). Il est
vrai, naturellement, que ce passage de Diogène vient du manuel biographique (Dox. p. 168), mais ce n’en est pas moins chose sérieuse que
de nier l'origine théophrastique d'une indication qui se trouve dans
Aétius, Hippolyte et Diogène.
2 Arist. Mel. A, 5.986 b 23 (R. P.101; DV 11 A 30): odd:v ötesapnvıosv.
3 Ceci est donné pour une inférence de Simpl. Phys. p.23, 18(R.P.108 b;
DV 11 A 31, 9): 614 ro mavrayoey Sporov, et ne vient pas simplement de
M.X.G.(977 b 1; R.P.108): raven à Guotoy bvta cparpoetd?) eivar. Hippolyte
_
a aussi cette indication (Ref. 1, 14; R. P. 102 a; DV 11 A 33,2); elle
remonte donc à Théophraste. Timon de Phlionte comprenait XénoPhane de la même manière,car il lui fait appeler l'Un ‘cov aravın (frg. 60,
Diels — 40 Wachsm.; R. P. 102 a).
Página 55
Ver en el PDF(se abre en una ventana nueva)139
corde avec l’idée qu'il se faisait de la terre, à savoir celle
d'une plaine
infiniment étendue. Plus difficile encore à
concilier avec la conception d’un monde sphérique et fini
est l'indication du fragment 28, d’après laquelle la terre a
une limite supérieure que nous voyons, mais n'a pas de
limite inférieure.
Ce point est attesté par Aristote,
qui
nous dit que la terre a «des racines infinies», et ajoute
qu'Empédocle blàmait Xénophane d'avoir soutenu cette
opinion. Il ressort en outre du fragment d’Empedocle cité
par
Aristote
qu’au
dire de
Xénophane le
«vaste air»
s’etendait à l'infini du côté d’en haut*. Nous voilà donc
tenus de trouver, ou plutôt d'essayer de trouver de l’espace
pour une terre infinie et un air infini dans un monde
sphérique et fini! Cela vient de ce que nous essayons de
trouver de la science dans de la satire. Si, en revanche,
nous envisageons ces déclarations du même point de vue
que celles qui concernent les corps célestes, nous verrons
tout de suite ce qu’elles
signifient
très
probablement.
L'histoire d’Ouranos et de Gaia était toujours le principal
scandale de la Théogonie, et l’air infini nous débarrasse
d’Ouranos. Quant à la terre, si elle s'étend en bas à l’infini, elle nous délivre du Tartare, qu'Homère situait à l’ex| tréme limite de ce côté, aussi loin au-dessous de l’Hades
que le ciel est élevé au-dessus de la terre
*. Ceci n’est naturellement qu'une conjecture; mais, cela ne fùt-il que possible, nous sommes autorisés à ne pas croire que des contradictions aussi surprenantes se soient trouvées dans un
‘poème cosmologique.
Une plus subtile explication de la difficulté nous est donnée par le Péripatéticien postérieur qui écrivit sur l’école
1 Arist. de Cælo, B, 13. 294a 21 (R. P. 103 b; DV 11 A 47).
2 Je prends öabılös comme attribut, et arsípova comme prédicat aux
deux sujets.
3 Il. VIII, 13-16, 478-481, et spécialement les mots: oùò’ :! x
aeipad” txnat | yalns xat mivroro z. +. ). Le VII livre de Plliade doit avoir
paru particulièrement mauvais à Xénophane.
Página 56
Ver en el PDF(se abre en una ventana nueva)éléate un traité dont il existe encore, dans le recueil aristotélicien, une partie généralement connue sous le titre de
traité sur Melissos, Xénophane et Gorgias*. Selon cet écrivain, Xénophane déclarait que le monde n'était ni fini ni
infini, et il énumérait une série d'arguments à l'appui de
cette
thèse,
à
laquelle il
en
ajoutait
une
analogue,
à
savoir que le monde n’est ni en mouvement ni en repos.
Cela a introduit dans nos sources des confusions à perte
de vue. Alexandre utilisait ce traité aussi bien que la
grande œuvre de Théophraste,
et
Simplicius
supposait
que les citations qui en étaient tirées provenaient aussi de
Théophraste. N'ayant pas d’exemplaire du poème, il fut
complètement déconcerté, et jusqu'il y a peu de temps
toutes les analyses de Xénophane ont été viciées par la
méme confusion. On peut méme prétendre que, sans cet
écrit, nous aurions fort peu entendu parler de la « philosophie de Xénophane», maniére
n'est
qu'une
survivance
de
de dire qui,
en somme,
l'époque
où
l'on
ignorait
encore que cet exercice scolastique n’avait aucune autorité.
1 Dans l'édition de Bekker, ce traité porte le titre de Ilept Zevopávovs,
nept Zivwvog, mept l'opyiou, mais le meilleur ms. donne pour titres des
trois sections: (1) Mept Zijywvos, (2) Mept Eevopävous, (3) Hept Topytov. Mais
la première section se rapporte clairement à Melissos, de sorte que le
traité tout entier est maintenant intitulé De Melisso, Xenophane, Gorplus récemment par Diels (Abh. der K. Preuss. Akad. 1900), qui a aussi
donné la section traitant de Xénophane dans P. Ph. Fr., p. 24-29 (Vors.
p. 36 sq.). Diels a maintenant abjuré l'opinion qu'il soutenait dans
Dox., p. 108, à savoir que l’ouvrage appartient au Ile siècle avant J.-C.,
et pense maintenant qu'il a été a Peripatetico eclectico (i. e. sceptica,
platonica, stoica admiscente) circa Christi natalem conscriptum. S’il en
est ainsi, il n'y a pas de raison de douter, comme je le faisais autrefois,
que la
2e section
traite réellement de
Xénophane.
L'écrivain
n’aurait par conséquent pas connu les poèmes de celui-ci de première
main, et l’ordre dans lequel les philosophes sont discutés est celui du
passage de la Métaphysique qui a soulevé toute la question. I] est possible qu’une section sur Parménide précédât ce que nous avons maintenant.
Página 57
Ver en el PDF(se abre en una ventana nueva)LXI. — Dieu ET LE MONDE.
Dans le passage de la Métaphysique auquel nous venons
de faire allusion, Aristote parle de Xénophane comme du
«premier partisan de l’Un '», et le contexte montre qu'il
voulait donner a entendre par 1a que Xénophane avait été
le premier des Eléates. Nous avons déja vu que, si l’on en
juge par les faits certains de sa vie, il est fort peu vraisemblable qu'il se soit fixé à Elée et y ait fondé une école, et
il est à croire que, comme d'habitude en cas pareil, Aristote reproduit simplement certaines indications de Platon.
En tout cas, Platon
avait parlé
des Eléates comme des
«partisans du Tout?», et il avait aussi dit de l'école qu'elle
était « partie
de Xénophane et
même d'une
date
plus
ancienne
*». Ces derniers mots, toutelois, montrent assez
clairement ce qu’il voulait donner à entendre par là. De
même qu'il appelait les Héracliliens «successeurs d’Homére
et de maîtres encore plus anciens*», il
éléate à
Xénophane
rattachait l’école
et à des autorités plus anciennes
encore. Nous avons vu dans d'autres cas comment ces
remarques plaisantes et ironiques de Platon furent prises
au sérieux
par ses successeurs, et nous ne devons pas
1 Met. A. 5, 986 b 21 (R. P. 101; DV 11 A 30): patos tostwv ivisas. Le
verbe &vileıv ne se rencontre nulle part ailleurs, mais il est clairement
formé sur l'analogie de units, guirrifev, etc.
11 n'est pas probable
qu’il signifie «unifier
». Aristote aurait pu dire ¿vósas, s’il avait voulu
exprimer cette idée.
2 Tht. 181 a 6: tod Gkou orasınra. Le substantif stasubens n'a pas
d'autre sens que celui de « partisan ». Il n’y a pas de verbe otasto5v
signifiant «rendre stationnaire », et pareille formation serait contraire
à toute analogie. La dérivation oras:
.... GRO THs crdsswç apparaît pour
la première fois dans Sext. Math. X, 46, passage dont nous pouvons
inférer qu’Aristote employait le mot, non qu'il donna la dérivation.
3 Soph. 242 d 5 (R. P. 101 b; DV 11 A 29). Si ce passage implique que
Xénophane s'établit à Elée, cela l’implique aussi de ses prédécesseurs.
Mais quand Elée fut fondée, Xénophane était déjà dans la force de l'âge.
4
Tht. 179 e3: tov ‘Hpazherretwy 7.
danzp ol
+ Ounpsiwv xat En ma-
Aarortpwv. Dans ce passage, Homère est aux Hé aclitiens exactement ce
que Xénophane est aux Eléates dans le Sophiste.
Página 58
Ver en el PDF(se abre en una ventana nueva)laisser celle-ci influencer indüment notre opinion générale
sur Xénophane.
Aristote nous dit en outre que Xénophane, «considérant
le monde entier
*, disait que l’Un était dieu ». Ceci fait clairement allusion aux fragments 23 à 26, où tous les attributs
humains sont déniés à un dieu qui est affirmé un, et «le
plus grand parmi les dieux et les hommes». On peut ajouter que ces vers sont beaucoup plus piquants, si nous pouvons les concevoir en relation étroite avec les fragments
11 à 16, au lieu de les attribuer en partie aux satires et en
partie
à
un
poème cosmologique.
C'était
probablement
dans le même contexte que Xénophane disait le monde
ou Dieu «égal en tous sens *», et contestait qu'il respirát?.
Vindication
suivant laquelle
il
n’y
a
pas
d'hégémonie
parmi les dieux‘ s'accorde aussi fort bien avec le fragment
26. Un dieu n’a pas de besoins, et il ne convient pas à un
dieu d’être le serviteur des autres, comme c’est le cas dans
Homère pour Iris et pour Hermès.
LXIT.
— MONOTHÉISME OU POLYTHÉISME
?
Que ce «dieu» soit justement le monde, Aristote nous
Paffirme, et cet emploi du mot Ge est tout à fait conforme
à celui qu’en fait Anaximandre. Xénophane lui altribuait
des sensations, sans lui reconnaître des organes spéciaux
1 Met. 981 b 24. Ces mots ne peuvent pas signifier « levant ses regards
vers le Ciel » ou quelque chose d’analogue. Ils sont entendus comme
je les entends par Bonitz (im Hinblicke auf den ganzen Himmel) et par
Zeller (im Hinblick auf das Weltganze). Le mot aro3hënetv était devenu
beaucoup trop incolore pour exprimer l'autre idee, et odpavóc, nous le
savons, désigne ce qui fut plus tard appelé x6ouoc.
2 Voir plus haut, p. 138, n. 3.
3 Diog. IX, 19 (R. P. 103 c): dhoy 8 ópav zat Gov dxoverv, HT pévrot dvanvetv. Voir plus haut, p. 122, n. 2.
4 [Plut.] Strom. frg. 4 (DV 11 A 32): dropalverar dì xat mept demy wc
oddentas Hyevoviag ¿y adroic odays’ où yap Gorov Beoniheodat riva tay dewvs
Emibelodai te pndevós adróy pydiva pyd' Chwc, dxoverv dì xal ópay xadódos xa!
pr xara pépoc.
Página 59
Ver en el PDF(se abre en una ventana nueva)a cet effet, et il le faisait gouverner toutes
« pensées de son esprit ».
choses par les
Il l’appelle aussi le « dieu unique », et si cela est du monothéisme,
alors Xénophane
était monothéiste, quoiqu'il ne le fût certainement pas au
sens où ce mot est généralement compris. Le fait est que
l'expression «dieu unique » éveille dans notre esprit toutes
sortes d'associations qui n’existaient pas du tout pour les
Grecs de ce temps-là. Il est probable que les contemporains
de Xénophane l’eussent appelé athée plutôt que n'importe
quoi d'autre. Comme le dit excellemment Edouard Meyer :
« En Grèce, la question de savoir s’il y a un dieu ou plusieurs ne joue pour ainsi dire aucun rôle. Que la puissance
divine soit conçue comme unité ou pluralité, est chose sans
importance en comparaison de la question de savoir si
elle existe et comment il faut en comprendre la nature et
les relations avec le monde’. »
D'autre part, c’est une erreur de dire, avec Freudenthal,
que Xénophane était en n'importe quel sens un polythéiste*.
Qu'il employát le langage du polythéisme dans ses élégies,
on devait s’y attendre, et l’on ne pouvait s’attendre à autre
chose,
et quant à
ses autres allusions aux «dieux », la
meilleure explication qu’on en puisse donner, c'est de les
rattacher à ses attaques contre les dieux anthropomorphiques d’Homére et d’Hésiode. En un cas, Freudenthal a
serré de trop près une manière proverbiale de parler *. Et
moins que n'importe quoi, nous ne pouvons admettre que
Xénophane concédàt l'existence de dieux subordonnés ou
spéciaux; car c'est justement l'existence de ces dieux-là
qu'il avait particulièrement à cœur de nier. Mais en même
1 Gesch. des Alterth. II, $ 466.
2 Freudenthal, Die Theologie des Xenophanes.
3 Xénophane appelle son Dieu «le plus grand parmi les dieux et les
hommes », mais c’est là simplement une de ces «expressions polaires»
auxquelles on trouvera des parallèles dans la note de Wilamowitz à
l’Herakles d’Euripide, v. 1106. Cf. spécialement Vindication d'Héraclite
(frg. 20) suivant laquelle «aucun des dieux ou des hommes» n'a créé
le monde.
Página 60
Ver en el PDF(se abre en una ventana nueva)temps, je ne puis m’empécher de penser que Freudenthal
est plus prés de la vérité que Wilamowitz, lequel prétend
que Xénophane « représentait le seul vrai monothéisme
qui ait jamais existé sur la terre! ».
Diels se rapproche
davantage du but, à mon sens, quand il qualifie la doctrine
du vieux poète de « panthéisme quelque peu étroit *». Mais
toutes ces opinions auraient à peu près également surpris
Xénophane lui-même. Il était en réalité le
Weltkind de
Goethe, avec des prophètes à sa droite et à sa gauche, et il
eût souri s’il eût su qu’un jour il serait regardé comme un
théologien.
1 Griechische Literatur, p. 38 (3 édit., p. 62).
? Parmenides Lehrgedicht, p. 9.