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LA COSMOLOGIE DES
PYTHAGORICIENS
DANS ARISTOTE
METAPHY SIQUE (A8)
On construit, sur un des arguments de la Métaphysique (A8) d’Aris"te, un système qui sert à fonder la cosmologie des Pythagoriciens,
et à comprendre la fonction du nombre, qui en est le principe. Le texte
est difficile. La critique du xrx* siècle avouait son embarras, et même
son impuissance (1), mais elle intégrait cependant les éléments qu’elle
en comprenait, dans la description du pythagorisme. Les derniers livres,
qui s’attachent à ces questions, retiennent les conclusions, sans reprendre
l'analyse d’un raisonnement qui arrête les commentateurs de la MétaPhysique. Réfléchir sur la valeur et sur les incidences de Pobjection
d’Aristote, c’est pourtant le seul moyen d’écarter les représentations
vides, qui foisonnent, d'approcher de plus près la pensée des Pythagoriciens, et d'entrer dans le monde tel qu’ils l’ont vraiment composé.
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I
Dans l'analyse critique qu’il fait du système des Pythagoriciens
(Métaphysique, A8), Aristote commence par relever l’impropriété du
principe quand il s’agit d'expliquer les corps sensibles et le mouvement,
car les nombres appartiennent à un autre ordre de l'Etre. Les Pythagoriciens font naître le monde, mais ils ne sé soucient pas d'expliquer.
les conditions du mouvement; ils ne se demandent pas comment, si le
mouvement n'était pas, les corps physiques pourraient naître ou périr
(989 a 29, 990 4 12). Mais qu’on leur accorde même que l'extension
(uéye0oc) puisse découler de leurs principes numériques, il faudrait encore
définir les corps étendus dans leur différence qualitative; les Pythagori(1) Voir R. Monpotro (dans l'ouvrage cité plus loin, p. 431, n. 1), Pi 494 1. questo
disensso e tormentato (perchè certamente corrotto) luogo aristotelico... Una ricostruzione e
spiegazione
soddisfacente del testo non sembra raggiunta ancora : à chiaro bensi che Aristote rimprovera ai Pitagorici
l'identificagione fra i numeri attributi a entità soprasensibili (morali) e quelli attribuiti a entità
sensibili (regioni cosmiche)..., rien de moins « clair » précisément,
Página 2
Ver en el PDF(se abre en una ventana nueva)ciens ne parlent même pas des éléments comme le feu en tant que corps
mathématiques. Aristote y voit précisément la preuve de ce que rien
de ce qu’ils disent ne touche proprement le sensible (a 12, a 18). A ces
deux points, il ajoute nn troisième argument, plus radical, qui touche
le nombre dans sa fonction de cause. Bien que le nombre soit séparé
en tant que tel, des corps physiques, les définitions pythagoriciennes
mêlent trop étroitement le nombre aux choses, les choses, le monde
tout entier se formant chez eux 4 partir du nombre, pour le laisser être
cause de ce qui est,
Attribuant aux Pythagoriciens (cf, supra) la théorie platonicienne
des éléments constitués par des figures géométriques, D. Ross (1)
est contraint d’admettre, pour le deuxième point, qu’ils en ont donné
a purely mathematical account..., having nothing to say of their distinctive
sensible qualities. Et J. Tricot (2) : Ids n'ont rien de spécial à en dire (des
éléments) parce que leurs principes mathématiques sufisent à les expliquer.
Même erreur de W. Jaeger (3), si persuadé de ce sens qu'il croit pouvoir
se fonder sur lui pour modifier soit la place des mots, soit la valeur de
obdiv y3Mov (aa besten... verstehen wir, wenn wir statt Soy ein Ehacrov supponieren). S’étonnant qu’ Aristote puisse dire que les Pythagoriciens ne parlent
pas plus des corps mathématiques que des sensibles, alors qu’il cherche à
prouver, dans son argumentation, qu’ils n’arrivent pas à expliquer les qualités du sensible, les traducteurs et les interprètes les plus anciens (Bessarion, Fonseca, Casaubon) ont cru devoir couper le texte (4). L’explication
de Schwegler (5) adoptée par Bonitz (6) est aussi difficile qu'embarrasséc :
leurs principes conviennent aussi bien (= ob8tv p&ddov) ance corps mathématiques,
c’est-à-dire aux « grandeurs », qu’anx corps sensibles, doués de qualités,
autrement dit : ils auraient manqué de faire la distinction, et donné
figure mathématique au lourd et au léger. Or Aristote dit le contraire :
Sie behandeln die adore. aloOntà, als wären sie blos ompata naßnnarızd; selon
les definitions mémes, mathématiques, qu’ils donnent des choses, ils
n’expliquent pas davantage des corps mathématiques, 4 savoir des corps
pris en tant qu’objets mathématiques, qu’ils n’expliquent les sensibles
(BE div yap bmorldevrer xal Aéyouov, obötv prov mepl rv naßnuarızav
Aéyouor Y rüv duaOytéiv, 990 a 14-16); ainsi ils n’ont absolument rien dit
du feu ou de la terre ou des autres corps de cette sorte, bien entendu '
(1) Aristotle's Metaphysies, Oxford, 1924, réimpr. 1966, vol. I, p. 183.
(2) Trad, annotée de la Mésaphysique, p. 76, n° 1.
-
(3) 4 Emendationen zur aristotelischen Metaphysik A-A », Hermes, 52, 1917, p. 487.
(4) Voir le comm. de Pietre de Fonseca dans son Comm. ad /., éd. de Francfort, 1615
parce qu’ils ne disaient rien de particulier des corps sensibles non plus
(Sud mepl nupèc % vhs à Tüv EAU rüv rowobrav cwpatev odi drrobv elpyxao dite obDËv nepl rv alonrév oluat Alyovres thtov, @ 16-18). Ils n’ont
pas cherché À saisir la raison des différences qualitatives (lourd-léger) et
n'ont rien indiqué donc qui leur correspondit namériquement, LA où,
suivant la logique de leur démarche, on devait en trouver l’homologue,
pas davantage dans l’ordre de cette expression transposéc.
I
Aristote formule l’aporie que, dans la recherche des causes, produit
analyse du principe des Pythagoriciens.
En outre, comment les transformations (nd0n) du nombre et le nombre
penvent-ils être causes de ce qui est et devient dans le ciel, à l'origine et maintenant,
s'ils n'acceptent pas d'autre nombre que celui avec lequel est constitué Punivers
(990 a 16-20) (1) ?
Ainsi Aristote suit le raisonnement même des Pythagoriciens pour
développer l'alternative dont les deux termes restent inacceptables; ce
qu'ils proposent n'est pas adéquat, ce qui le serait, leur fait défaut :
car (y&p), lorsqu'ils argumentent comme ils le font (990 a 22-27), est-ce
le nombre qui est dans le ciel dont ils font la cause de tout, on bien est-ce
un autre, différent de celui-là (nörepov ... % ..., 930 # 27-29) ? La question
est d’autant plus justifiée que Platon dit bien qu'il en existe wu autre
(tepov elval pyatv, a 30), tout en affirmant que ces choses-la aussi, dans le
monde sensible (xal taita..., 4 31), sont nombres (990 a 30-32).
Alexandre Pa bien vu : sous le couvert d’une analyse critique,
Aristote se fonde sur le postulat qu’une même chose ne peut à la fois
être cause et ce dont elle est cause (2). Pour que les nombres puissent
être à la fois les choses et les causes des choses, il faut, comme le fait
Platon, des nombres sensibles (alofyrtol), à savoir les choses mêmes,
distinguer leurs causes, les nombres intelligibles (vontol) (3).
Dès le début, le paradoxe condamne la théorie; tandis qu’il avance
dans la démonstration, Aristote met-en place les éléments du jugement.
Est-ce que, chez les Pythagoriciens, la cause est distincte du nombre
sensible ? Dans une longue subordonnée (de érav, a 22, A éxdaroic, a 27).
on rappelle les données fondamentales du système, et Aristote pose la
question : Est-ce ce nombre même, celui qui est dans le ciel, quil faut prendre
(1) In Aristotelis Metaphysica Commentaria, Ed. M. Hayduck, Berlin, 1881, p. 74, 6 :
nai Tb abtò abrois ylvetoe altedy te xal altratév. Les modernes formulent le problème :
(ceprod. Hildesheim, 1964), p. 274 : mon esse autem eo pacto Iogendum, sed « non magis de sensibibus quam de niutbemalicis, ete, », el sensus ipse et vis argumenti... indicant, Plutôt que d’accentuer
la dissymétrie (paur dui, les nombres intelligibles sont causes, et les autres sensibles, Ross, Tricot, etc.)
je ferais de vonrobg atcloug l'attribur de rode ev... en coordonnant les deux adjectifs ou,
mieux, en subordonnant le premier (cf, Fonseca : quia intelligibiles... cansas esse).
Comment se fait-il que les nombres qui sont les causes des choses, ne solent autres que ceux dont
le monde est formé
? (Félix Ravarsson, Brsal sur fa Métaphysique d'Aristota, vol, 1, Paris,
1837, réimpr. Hildesheim, 1963, dans l'analyse, p. 117) ; mais Pon n'en étend pas l'application jusqu'à la démonstration qui suit,
(6) Aristotelis Metapbysica, vol. Il (comm.), Bonn, 1849 (réimpr. Hildesheim, 1960),
(2) Ibid.
(3) tobg uv vontods altloug, robrove BE alcOytove (990 a 31-32) : (Platon pense) que les
(5) Die Metaphysik des Aristoteles, Tübingen, 1847, vol. II (comm.), p. 76 suiv.
uns sont intelligibles et causes et que les autres sont sensibles. Cf. AG, 987 È 15 suiv.
Página 3
Ver en el PDF(se abre en una ventana nueva)comme cause, parce qu'il est chacune de ces grandeurs, on un autre différent de
celui-là? (rérepov obtog 6 «brés toriv Apılgröc, 6 Ev TH obpavin, dv Set Aulelv,
opposer le sombre qui est dans le ciel (6 tv +& obpav&) en tant que nombre
sensible, et celui qu'il fant supposer quest chacune de ces abstractions (év
Bri robrwv Exaardv Zot, 7) mupà Todt AROS; a 27-29). Si les nombres, ce
sont les choses mêmes, et que le nombre est constitutif de univers,
ce même nombre {celui qui est dans le ciel, qui est chacune de ces grandeurs) (x)
ne peut étre pris comme cause.
Bet AaGetv Bri robrov Éxaotév Lori), nombre intelligible (1), mais la distinction des deux nombres repose à son tour sur l’analyse incorrecte de la
subordonnée (étt...), que l’on rapporte au pronom obros (cf. Ross, ct
notre note) si bien que chacune de ces choses (robruv Exaorov) désigne
Le nombre qui serait cause, et qui pour cela, devrait être distinct
par là même each of this abstractions, ces « abstractions » dont on fait,
(A mapa roürov ¿Aoc) est introuvable, chez les Pythagoriciens (cf. ¿p0udv
S ¿Mov undéva elvo a 21).
pour les besoins d’une cohérence fallacieuse, des nombres intelligibles
— “uses (cf. a 19 : alta) (2).
L'analyse de la subordonnée (de &tav yao à éx&orous) et appréciation
des termes qui la composent dépendent de la fonction que l’on pense
II
qu'elle revêt dans l'argumentation d’Aristote. Or il a paru à certains
Il faut s’assurer entièrement de la grammaire de cctte phrase. On
rapproche naturellement Aabeiv de expression identique au début de
Paporie AaGetv atrio elvo (à s. tà tod prod méûn, etc., a 19). On lui
donnera exactement le même sens à la fin, en suppléant le même terme
(atriov) comme attribut du complément èv..., à savoir le nombre qui est
dans le ciel (6 tv t& obpavi d&pvOudc) (2); la causale, introduite par Ja
conjonction ëm, justifie ’introduction du premier des ldeux termes qui
prétende à la fonction de cause.
N’établissant pas les termes de l’aporie (3), ou bien alors égarés
par un a priori étrange, les interprètes de la Mépbysigne construisent
la phrase d'une façon toute différente. Il est laborieux de faire de &rı
cobtav Exaativ Earıy une complétive dépendant de Pinfinitif Außeiv. Ainsi
Ross (4) traduit : ... this being so, is this number which we must suppose each
of these abstractions to be, the same number which is exhibited in the material
universe, or is it another than this (5) ?
*
A ce compte, ce même (8 adröc) nombre rapprocherait pour les
(1) Pour le sens de robrwv Exactov : charıme de ces grandeurs, voir infra p. 431, n. 2 et
P.
432, N.
2.
o
(2) Voir la paraphrase d’Alexandre, p. 75, 12 suiv. : rórepov Si obtog è &v té obpavé
Gpiduós Earıv bv Sel AnGeiv tov alrıov röv bv Tip odpavd yivoptéveoo, ¢ abróv abtod
elvar ario, Y og Tue Tobrou alrıoc.
(3) On ne se soucie pas d'établir la nature du lien qu'il faut poser entre l'énoncé de l’aporie
et la démonstration; voir l'analyse du passage par W. D. Ross, op. ci#., vol. I, p. 180. D’autres
ont été jusqu'à séparer la démonstration pour en faire un argument nouveau (voir, par cx.,
ARISTOTELE, La Metafisica, a cura di Armando Carlini, Bari, 1959, p. LXVI).
(4) Dans la traduction de la Métaphysique, The works of Aristotle (translated into english),
vol. VIII, 1e éd., Oxford, 1908.
(5) Faisant de oùtos l’un des deux nombres distincts qu’il admet (cf. infra), Ross (après
d'autres) fait porter 4 distance la relative Sy... sur ce pronom (the number which we must suppose...) et, dans la relative, il considere 6v A la fois comme complément de Axbeiv ct comme le
sujet (ou l'attribut) de la complétive (&tt...). En dissociant ainsi obtog de 6 abrdg... doubts, bu.
on fait, en vérité porter, par une extension bizarre, she same sur le deuxième terme (au lieu de :
a est-il le même que b, qui n'est pas dans le texte, on a : a est-il b, A savoir le même, ct sans que).
Entin, ct'cette raison aurait dû faire réfléchir, à elle seule, quand on demande d'un nombre 4
s’ilest le même ou un autre que J, on n’ajoute pas À autre : en dehors
de celui-ci, pour simplement
nicr l'idencité. Le terme précis cerne une altérité plus radicale.
qu’elle développait les fonctions des deux nombres que Pon croyait
trouver dans l’aporie initiale, pour souligner l’inefficacité d’une distinction établie (3).
IV
Aristote commence par rappeler l’enseignement des Pythagoriciens
sur la localisation des valeurs : Lorsque, en effet, en telle partie donnée de
Punivers, se trouvent, selon eux, la « réputation » (4) ef la « bonne mesure »
et un peu plus haut on plus bas P’ « injustice » et la « séparation » on le « mélange »
(a 22-24)..., puis il leur donne plus explicitement la parole, rapportant
leurs propres arguments (&réSerw Sè Aywow Sr...) : assignant à ces
(1) A lire la paraphrase de Ed. Zeller, cf. ZeLLen-NesrLe, Die Philosophie der Griechen,
I, 1, 7° éd., Leipzig, 1923, p. 497, n. 1 (cf. ZeLLER-Monpotro, 1, 2, 1938, 2° éd., Florence,
1950, rélmpr. 1967, p. 493, N. 1) : sollen dann die betreffenden Weltsphären selbst mit diesen Begriffen
identisch sein oder nicht ?, on en arrive á se demander, si les commentateurs n’ont pas éré tentés
de voir dans 6 abrög l’attribut de obrog... ¿pr0ués, malgré l'ordre des mots, ct de tirer de
Papposition (4...) — ou de ta relative ? — un complément de comparaison.
(2) On rapporte roëruv Exxatov aux valeurs « morales » (doxa, kairos, cte., 4 23 suiv.),
parce que les deux mêmes pronoms, à la ligne 25, se rapportent à ces termes, sans tenir compte
du fait qu'entre-temps, il a été question des grandeurs (ueyel).
(3) Dans : How can number... be the causes... of physical things, if there is no number other...
(Ross dans le comm., /.¢.), other se trouvait être déterminé par opposition au monde physique.
Voir À. SCHWEGLER, op. cit., vol, III, p. 77, qui est plus explicite : rxpà ... toUtov = maps tov
Ev tots aloUnroïc &ptÜuév. Dans l’interprétation de la suite, que l’on adapte à cette vue,
Aristote devait montrer que les Pythagoriciens ont bien conçu des nombres intelligibles,
mais n'ont pas su les tenir séparés de la matière physique.
(4) L'on traduit d'ordinaire $6&x par opinion, principalement, je suppose, parce que le
terme apparaît dans d'autres textes « pythagoriciens », cf. Afrıus, 1, 3, 8, Dox., p. 282) d’inspiration platonicienne (cf. Arıstore, De anima, Az, 404 b 21 suiv.) où aux formes spatiales
(point, ligne, etc.), représentées par les nombres 1 à 4, répondent les quatre formes de la
connaissance. Cf. W, Burxent, Weisheit und Wissenschaft, Nuremberg, 1962, p. 23 suiv. et 62.
Mais on peut fort bien distinguer une autre tradition, plus « archaïque », où le terme revêt
la valeur sociale de considération, bonneur (voir dans le voisinage l'injustice) ; le renseignement,
fourni par Alexandre, p. 39, 16 suiv. et D. Ross, Aristotelis fragm. selecta, O.C.T., 1955,
p- 139, d’après lequel doxa correspond, non A 3 (= surface), comme dans l'autre série, mais
42(... Sta td ir Kpoo ns elvan ' ÉAcyov dì xal xivmarv abri...) peut, non seulement ne pas être ert contradiction (comme le pense Buaxent, p. 62), mais sc rapporter À
une tout autre construction.
Página 4
Ver en el PDF(se abre en una ventana nueva)valeurs différents lieux dans Punivers, les Pythagoriciens donnent pour
prenve que chacun de ces termes est un nombre (cobtav piv Exaorov &puyréc
Écrtv, el 25).
C'est à cet endroit que l’on s'égare (1); des nombres constitutifs
des valeurs que Pon assimile, par e priori, aux intelligibles, l’argumentation d’Aristote distinguerait les nombres sensibles qui constituent
le monde physique (cf. a 22 : é£ 00 ouvéornxev è x6ouoc), en s'attachant
à chaque licu de Punivers (cf. Sid tè rá mé0n raüra dxodoudetv tote témotg
évg.arotc); la foule des grandeurs composées (r\00c ... tiv curatapévey ueyeOv) représenterait alors les nombres-licux de l’univers, les nombres cn
tant qu’ils sont pourvus d’une grandeur matérielle (2). Schwegler croyait
pouvoir s’appuyer sur l’ordonnance (ráfic) des nombres que propose
le commentaire d'Alexandre (p. 74, 9 suiv.) pour situer "Un au centre
de Punivers (3) et déployer jusqu’aux confins dix zones, correspondant
à la séric des nombres jusqu’à dix, disposées en couronnes concentriques qui fermeraient les Jeux (töror), ou parties (uéon) du ciel. On
pouvait alors formuler l’aporie de la façon suivante : si les Pythagoriciens
assignent aux notions « abstraites », parce qu’elles sont nombres, un
licu de l'univers, il se fera que le même lieu contiendra À la fois ce nombre
et I? « autre » nombre qui déjà (487) l’occupe, à savoir le nombre constitutif
de la grandeur qu’il est. Opposant les notions intelligibles, causes formelles, aux étendues cosmologiques, Aristote mettrait en évidence
la coïncidence du lien qui leur correspondai® pour démontrer leur
paradoxale et fatale identité (4).
“
On est contraint, en conséquence, de construire une contradiction
à l’intérieur même de la subordonnée, et de voir dans le membre introduit par cup6elver Sè... une objection qu’Aristote ferait lui-même aux
Pythagoriciens (5) ; le tour paratactique (8709 pév... œuuBalver Se...) traduirait en vérité une objection qu’Aristote leur ferait en se référant
à leur système : ¿/ arrive pourtant qu'en ce même lien... (1).
Poussant la logique de cette lecture jusqu’au bout, Bonitz (2) corrigeait cup6alver en ouuBaivn, pour que le membre fit clairement rendu
à Pargumentation d’Aristote (3). La tentative aboutit à une impasse
qui n’a pas échappé à Bonitz ; dans sa traduction de la Métaphysique,
éditée par E. Wellmann après sa mort (Berlin, 1890, réimpr. dans la
coll. « Rowohlt-Klassiker », Hambourg, 1966), il a laissé le passage en
blanc, et l’éditeur a tenté de combler la lacune selon Pinterprétation
de Zeller (4).
|
Vv
Ross avait raison sans aucun doute de vouloir rendre leur bien aux
Pythagoriciens, la « démonstration » ainsi amputée n’ayant plus guère
de sens, ct de soutenir que l’annonce même, assez emphatique : ef ¿ls
en donnent pour preuve (ané8etkw... Aywarw) exigeait que le développement
qui suit (art... pèv ... 88... ) (5) lui réponde dans son ensemble : They
allege, as proof... and that in this place there is already a plurality of the magni- |
indes composed of numbers just because the qualities of number that constitute
these are connected with these groups of places. La justification, rendue aux
Pythagoriciens, fournirait à
Aristote
un
argument
supplémentairc.
L'idée est légèrement différente. La question ne serait pas de savoir
comment les Pythagoriciens ont pu
s’accommoder de deux séries
concurrentielles de nombres, aspirant 4 prendre possession du méme
espace, mais Aristote établirait qu’ils n’auraient pas réussi A distinguer
les différentes fonctions du nombre, précisément parce qu’ils assimilent
(1) Pour traduire cupalver Sè... qu’ils ont du mal à intégrer dans leur interprétation,
(1) L'embarras est ancien. Fonseca, sententiam non conchidunt (codices), op. cit., p. 274,
ad 1. ; il corrige donc 86, après a168., en 5%, pour obtenir une principale et il ponctue avant
ouuGulves. Mais, pour le fond, il est loin de vouloir trouver des intelligibles dans les nombresvaleurs; il comprend argument, voir la citation de son commentaire, donnée plus bas,
+ 441, N. 2.
P (2) Lisant dans ALEXANDRE que chaque lien, dans Punivers, a son nombre (&xdoru... té Ev
to x600 olxstds ths Lote dp10 pds, p. 74, 11) ctadmettant, à tort —absolument, eten prètant
cette opinion à Alexandre — que les lieux étaient fixes, SCHWEGLER (vol. IH, p, 77 suiv.,
ad 1.) identifiaie des grandeurs aux parties du monde, et ne pouvait donc plus y retrouver les
« valeurs ». Mais comme ces dernières n'étaient pas moins dotées d'un nombre, et que ces
nombres ne pouvaient pas ¿tre dans les « choses », la deuxième série n'avait plus de statut
propre, si bien que l'identité 7 = 7 devait faire probleme et que l'on a fait de ce problème Je
contenu de l’exposé d’Aristote.
(3) Alexander... erläutert dies näher dabin, die Pythagoreer hätten den Zablen dieselbe Anfeinanderfolge... auch örtlich am Himmel angewiesen (p. 77 suiv.).
(4) oo dies ist die Lrage, auf die unser Paragraph binauslinft, À savoir : sind beide Zahlen identisch
oder nicht ? SchtwusLen, ibid, Plus récemment : TRICOT, op. eit., p. 76, n. 2 : fonte la critique
d'A, porte sur la confusion faite par les Pythagoriciens entre les nombres causes des choses, et les nombres
éléments inumanents et constitutifs des choses.
(5) Tricor, ibid. : Une felle conclusion, qui aboutir à localiser dans un même lieu une notion
abstraite, et une réalité physique, est la condamnation du système, car il est absurde d'admettre une
pareille identification, si logique qu'elle paraisse aux Pythagoriciens eux-mêmes,
Maria Tispanaro Carpini, Pitagorici, fasc. 3, Florence, 1964, p. 140 suiv. et G. REALE
dans le comm. de sa trad. de la Aféfaphyrique, vol. 1, Naples, 1968, p. 188, tentent d’y voir
une parenthèse (expliquant de la sorte l'assenza di legame siulattico), dans laquelle Aristote
formulerait unc objection (pour Reale, la présence dans le mème lieu de sante altere realtà,
toutes les choses qualifiées par le mème « label » numérique...)
(2) H. Bonrrz, op. cit., p. 106, ad I. : namque per verbum ouuBxlve non nidetur Aristoteles
afferre posse, quae ¡psi Pytbagorei argumenti loco adbibuerunt, verum potius quae consequi ex eorim
docirina ipse ad eam refutandam colligit. IL est juste d'ajouter que Bonitz avait jeté le manche
après la cognée : ... nibil alind quan grammaticam enunciati formam emendasse mibi videor, ipsins
sententiae explicationem feliciori interpreti relinguo, Mais pourquoi toucher au texte si l’on sait
ne pas avoir trouvé le sens ? A. Exner, Die vorsokratischen Philosophen nach den Berichten
des Aristoteles, Würzburg, 1878, p. 128, n. 88, et Burnet, Early Greek Philosophy, 4° éd.,
Londres, 1930, p. 291, n. 5, trad. frang, (par A. ReymoND), L’ Aurore de la philosophie grecque,
Paris, 1919, p. 336, n. 6, ont suivi Bonitz,
(3) Zup6atw Sé dépend alors de örav, sur le même plan que... abraig J ct que drddcrev
dfywaw; et l'on doit, avec Bonitz, adopter le texte du manuscrit Ab sans dv pour le membre
précédent auquel l’on réduit la « démonstration » des Pythagoriciens.
(4) Voir note 1, p. 431.
(5) Cf. W. D. Ross, op. cit., vol. I, p. 185. Par ailleurs, l'expression soutenue Ev Éxxgtov
lui paraissant inexplicable, il adopte le texte de la paraphrase d'Alexandre : örı tobrav pèv
Exactov...; (robtwy) pév appelle (cupfalver) 84. De même W. Jaxcen, Aristotelis Metaphysica, O.C.T., 1957, ad foc.
Página 5
Ver en el PDF(se abre en una ventana nueva)des éléments disparates (1). Récemment, W. Burkert déduisait, d’après
les P.*hagoriciens superposent ou surajoutent les notions « abstraites »,
ce texte, que les Pythagoriciens avaient posé deux series séparées,
il ne subsisterait pas moins, pour la cohérence de cette interprétation,
des difficultés insurmontables. Comment expliquer que dans le méme
lieu, dans la même sphère, se trouvent réunies mue foule (12005) de granrépondant à deux interprétations distinctes du monde (2).
1° Unsystème cosmologique de grandeurs composées (và eyed suvuot&pevo) avec dix sphères célestes ordonnées de façon que chaque étage
soit dominé par l’un des dix nombres (3).
20 Un système de « concepts » ou de valeurs, issu d'une symbolique
« primitive » (4) qu’on aurait secondairement tenté d’identifier avec les
nombres de la première série (5). On aurait ici une superposition
secondaire de préoccupations primitivement distinctes.
Aristote, devant cette dualité, relèverait l'absence de distinction (6)
entre le nombre-essence des choses sensibles et le nombre-essence des
choses noétiques (à quoi les valeurs, pour les besoins de argument, sc
trouvent promues), et il rejetterait l’idée, prétée aux Pythagoriciens,
que le même nombre püt simultanément engendrer la valeur « morale »
et l'extension spatiale (7). Mais quand même Pon admettrait un instant,
pour tenter de justifier dans le cadre cosmologique la valeur temporelle
de #ôn (= déjà), qu'aux grandeurs sensibles préalablement présentes,
deurs (1) ? Qui plus est, sé pen que (cf. puxpév), dans le même licu (cf.
¿y roût tH péper), on se déplace vers le haut ou vers le bas, en demeurant
dans Penceinte d’une même sphère et dans le règne d'un seul nombre,
l’on rencontre toutes espèces de valeurs, telles que |’ « injustice », la
« séparation » ou le « mélange »...
Pour tenir compte de la première de ces objections, Ross (2) abandonne la construction cosmologique des dix zones célestes, et tente,
en raison du terme de sane foule (x%0oc), de lui en substituer une autre,
où les grandeurs (tà péyedn) ne se rapporteraient ni aux sphères, ni aux
physical parts de univers (Cherniss, op. cit., p. 239), mais à des spatial
objects d'un type particulier, les polyèdres régulices qui correspondent
chacun à l’un des nombres; l’univers étant formé de figures géométriques,
les cinq éléments sont constitués par une multitude de grandeurs définies
par le genre du solide, et, partant, par l’un des nombres.
Ross s’appuie sur Aétius II, 6, 5 (= Philolaos, 44 A15 dans Diels(1) W. Bunker, op. dt, p. 36 et n. 133 : Dass da Disparatestes gleichgesetzt wird, bat schon
Aristoteles kritisiert.
(2) En avril 1970, au cours d'un entretien à Paris (séminaire à l'Ecole Normale Supérieure)
cf. op. cit., p. 36 : es sind... ganz verschiedene Funktionen der Zabl...
(3) ZELLER-NESTLE, op. cil., p. 497 et n. 1; ZELLER-MONDOLFO, ap. cil., p. 494, D. 1,
et ZELLER-NESTLE, p. 521 Suiv.; ZELLER-MONDOLFO, p. 520 suiv. : voir aussi BURKERT,
op. cit., p. 36 ct n. 132. L'accord ne s’est pas fait sur l’ordre selon lequel il faudrait répartir
les nombres sur les différentes sphères... Burkert conclut de deux témoignages d'Alexandre,
qu'il considère comme contradictoires, que la polyvalence ou l'incohérence (die inkonsequente
Wietdeutigkeit) est proprement pythagoricienne; peut-être, mais dans l’ungdes deux passages
{p. 75, 15), je ne pense pas (voir plus loin) qu'Alexandre envisage, pour Situer les zones, le
centre de Punivers seulement.
(4) Cf. Burkert, op. cil., p. 441-442 ct n, 6. On invoque le témoignage d’Aristote en
faveur de l'antiquité de cette mystique du nombre; cf. BURNET, op. cit., p. 107 suiv., trad. frane.
p. 121.
(5) Selon les commentateurs d’Aristote, Ross (cf. ad 985 b 30, p. 144) attribue à chaque
notion son nombre; 86 était identifié avec 2 (cf. ALEXANDRE, p. 74, 12 suiv.) ou 3 (mais
Kranz). Diels retrouvait là un extrait des Physikon Doxai (cf. Vors., 1,
p. 403, L 8); il attribuait la doxa à Philolaos, malgré le nom de Pythagore
qu’on y lit, en raison d’une certaine ressemblance qu’elle offre avec le
fr. Bız (cinq éléments définis par les solides réguliers, cinq corps dans la
sphère); de plus, il corrigeait le fragment, mais il n’arrivait pas à lui
donner, même corrigé, un sens satisfaisant. Le rapprochement remonte
jusqu’à A. Bôckh (3) qu'avait suivi Zeller (4). Ces savants n’hésitaient
pas à admettre que Platon, soumettant les éléments aux figures géométriques, dans sa propre théorie, avait fidèlement reproduit l’enseignement
de Philolaos. La doxa d’Aétius s’accorde en tout point avec ce qu'on
lit dans le Timée (53 ¢, 56 e). Comme une scholie d’Euclide (5) sur les
« cing figures de Platon », en donne trois aux Pythagoriciens (le cube,
la pyramide et le dodécaèdre), mais deux à Théodote (l’octaèdre et Picovoir supra, p. 431, N. 4), xatpde avec7 (ALEXANDRE, p. 38, 16 suiv.; ASCLÉPIUS, p. 65, 4 suiv.),
l'injustice, ou Pinvincible (yt — pour ddıxle) avec 5 (Ascuitprus, p. 65, 17 suiv., où l'on lit
pourtant Sixatootvng lepóv, cf, ÁLEX., p. 75, 27 36.) en face du carré (de a ou de 3 = 4 ou 9
de la justice (ALEX., p. 38, 10 suiv.), xplaic avec 6 (selon Ascı., p. 65, 13 suiv.). Pour le
mélange, Asci., p. 65, 15 donne un nombre au-dessus de dix, 12 (mélant le pair et l'impair
6-4 6, mais 6= 3 4- 3), Ross préfère poser 5, donné par ÁLEX., p. 39, 8 suiv. au
mariage (cf. ALEX., p. 740, 37)... Plutôt que d’aligner les références pour faire apparaître
les « contradictions », il faudrait partir chaque fois d’un seul système (dans zu texte, ou dans
une série qui perpétue la même réficxion) pour parvenir À saisir le sens des différentes produetions numériques.
(6) Voir ce que, à partir de là, W. K. C. Gurnain, A History of Greek Philosophy, vol. 1,
Cambridge, 1962, p. 303, croit pouvoir tirer, directement, pour les Pythagoriciens : This
passage suggests that the difficulties of the Pythagareans arose from their inability to draw a clear
distinction between abstract and concrete,
saédre), Ross conclut que la théorie a été complétée par des Pythagoriciens
postérieurs à Théodote. Il redresse comme on le fait souvent, une
opinion — canonisée, en l'occurrence, par le manuel de Zeller — sans
se rendre compte que la correction la prive de toute signification.
(7) Pour H. Crerniss, Aristotle's Criticism of Presocratic Philosophy, Baltimore, 1935
(réimpr. New York, 1960) (op. rif., p. 238 suiv.), Aristote reproche aux Pythagoriciens de ne
pas distinguer le nombre des corps physiques, la cause matérielle, du nombre des réalités
of exteuded bodies composed of numbers.
abstraites, considéré comme cause formelle.
i
(1) Pour Burkerr, #X700ç dans cette construction n'aurait de sens que pour le ciel des
fixes. Emminger interrogeait Zeller en 1878 sur la foule de corps célestes que l'on est invité
À trouv-- dans, par exemple, la région terrestre, Peu satisfait de la valeur donnée au participe,
il songeait aux notions (Begriffe) qui sy rassemblent ; il reconnaissait que le contenu ne pouvait
ni se confondre avec le contenant ni l'emporter en nombre sur lui,
(2) U remarque (0). ci/., p. 185) que dans l'explication des dix zones, prêtéc à Alexandre,
rAM0oc is not explained... Ar. must mean that in each of the regions of the universe there is a multitude
(3) Philolaos des Pythagoreers Lebren, Berlin, 1819, p. 160 suiv.
(4) Op. at., 3, 513 suiv.
(5) Cf. Euclidis Elementa, vol. V, éd. J. L. Heiberg, B.T., Leipzig, 1888, p. 654.
Página 6
Ver en el PDF(se abre en una ventana nueva)Que reste-t-il, en effet, de la doctrine si deux des cing correspondances
polyèdres, seraient assimilées aux valeurs les plus diverses de l'autre
font défaut ? Ross ne se demande pas quels Pythagoriciens, A quelle
date et sous l’influence de qui, sont arrivés au cinquième élément. Mais
surtout, il ne mentionne pas le fait que la pensée qu’à travers le texte
d’Aristote, il prête aux Pythagoriciens condense exactement la théorie
série, que l’on présume. Ross ne s’est pas laissé embarrasser par ces
difficultés, sans doute ne s’attendait-il pas à tant de cohérence,
des éléments du Tide. Il ne suffit pas de dire comme on s’accorde à le
faire, qu’elle ne remonte pas plus haut que Théétète (1); l’on pourrait
discuter sur la nature des « découvertes » et se demander si elles sont
propres à rendre suspecte toute théorie plus ancienne, où il serait question
des polyèdres réguliers. Il importe davantage de reconnaître que la
réduction des éléments aux figures forme un ensemble cohérent qui ne
recouvre son sens que dans le cycle des transformations décrit dans le
Timée (2) et que le doxographe même considère comme platonicien,
s’il ajoute (TIL, 6, 6) : en cela aussi Platon pythagorise (3), pour ne
pas laisser de doute sur Videntité de Pythagore dans le paragraphe
précédent.
Mais à supposer même que Pon accorde à Ross que des « Pythagoriciens » de entourage de Platon, ou plus tard, aient professé la théorie
même du Tiwée, l’on comprendrait mal le choix d’Aristote qui cherche,
dans ce chapitre, à exposer une doctrine d’autant moins contaminée
qu’il Poppose à la spéculation platonicienne. D'abord, ils disent, eux
(par opposition aux Platoniciens) que Jes nombres sont les choses
mêmes (4); il ne semble pas, en outre, qu’ils se soient souciés de distinguer
les corps simples. Simple ou complexe, tout donc est nombre (5); Ross
dit lui-même (cf. p. 184) qu’à son avis les identifications ne devaient
pas dépasser le nombre dix, perfection au-delà de laquelle la série des
nombres est perpétuel recommencement; devrait-on alors réduire au
nombre des éléments (cing), ou à dix, la multitude de ce qui est et devient
dans le ciel ? Si Von veut tenir compte du texte qui präcise : um pen plus
baut on un pen plus bas, on vertait localisés dans une des régions qu’il
distingue (in one region is already a plurality ofportions offire, etc., p. 186)
plusieurs concepts si bien que les parts d’un méme élément, les mémes
(3) CF. Eva Sacus, Die fünfplatonischen Körper, Philolog. Unters. 24, Berlin, 1917, 76 suiv.
et les corrections apportées par Nestle dans ZELLER, op. cif., p. 515 suiv., ct par MONDOLPO,
op. cit, p. $12-514. Voir aussi K, von Frirz, R.E, (1934), 8. v. Töeaitelor, col. 1363 suiv.,
,
A2.
(2) Cf. Bunker, op. at, p. 62, Il rappelle, non pas contre Ross, qu'il ne discute pas,
mais au sujet de la doxa d'Aétius, qu’Aristote, dans le chapitre A8 de la Métaphysique (voir
supra, p. 428), note que les Pythagoriciens n'ont pas étudié les corps simples.
(3) Jula Kenschenstumer, Kosmos, Quellenkrit, Unters. zu den Vorsokratikern, Zetemata 30,
Munich, 1962, p. 221 suiv, croit, dans ce chapitre d’Aétius, pouvoir reconnaître la main d'un
rédacteur stoicicn qui aurait emprunté à des auteurs propythagoriciens comme Aristoxène
ou Héraclide du Pont une accusation antiplatonicienne de plagiat. Je ne suis pas sûr que ce
soit 1A le sens de la juxtaposition de deux analyses consécutives du Tide ($ 4 et$ 5). Le titre
même (dd molou aroryelou Apkaro xoguomoteïv è ede) peut s'expliquer à partir de la
situation paradigmatique du démiurge platonicien,
.
(4) of 3° dprbpods elval paw abta và mpdypata, A6, 987 b 28.
(5) Voir infra, p. 438-441.
VI
A quelque ordre du réel que Pon tente d’attribuer les grandeurs,
Pon ne parvient pas à superposer les deux niveaux. On devait conclure,
en effet, à l’existence d’incohérences dans le système des Pythagoriciens,
du moins tel qu’Aristote le présente et le discute (1); Burnet, de son
côté, s'était borné à constater que, selon Aristote, she Pythagoreans had
failed to give any clear account of the relation between these more or less fanciful
analogies and their geometrical construction of the universe (2). Les difficultés
du texte, que la divergence des traductions met en évidence, deviennent
autant de contradictions qu’Aristote découvre chez les Pythagoriciens.
IL n’est pas sans intérêt de voir que les savants modernes éprouvaient
eux-mêmes pour l’objet du débat un intérêt mêlé de gêne, qui devait les
empêcher d’approfondir l’étude des renseignements qu’ils trouvaient
dans la Metaphysigue.
,
N’admettent-ils pas, tout d'abord, que les Pythagoriciens avaient
distingué, mais comme malgré eux, entre sensibles et intelligibles ? Puis,
en introduisant, pour micux établir cette distinction, unc idée d’antériorité,
par la traduction de #ôn (= déjà), on leur prête une cosmogonie où les
nombres sensibles, les distances constitutives du ciel, se scraicnt formés
avant les nombres intelligibles que représentent les valeurs abstraites.
Lorsqu'il faut justifier le sens tant débattu de la subordonnée, et
rattacher l’énumération des fonctions que l’on prétend disparates du
nombre (Stav... &xkorors) à Paporie qu’elle précise ct prépare (3), l’insuffisance de l’exégèse éclate. Le schéma paratactique est si évident que les
commentateurs, poussés à dégager une relation, sans découvrir la
véritable (grandeurs : valeurs), lui ont substitué la relation entre le nombre
concret des choses elles-mêmes (6 ¿y r& obpavis) et le nombre abstrait,
considéré comme cause de la nature des choses (dv Set AuGety Ett robrwv
Exaotév davi) : ... the only number with which opinion, for instance, can be identified is abstract number. Implicitement mais ¿l se trouve que (avubalveı Si...)
redevient une contradiction relevée par Aristote : Thus the question
how the number which is the cause of things can also be the substance of things
is substantially the same as the question how the number. which is, e. g., opinion
can be the number which is the substance of a material thing (4). Les « êtres
intelligibles » sont pris comme causes du sensible; qui plus est, ce que
(x) Cf. H. CHerniss, op. eit., p. 237 suiv.
(2) Op. cit., p. 291 suiv., trad, frang., p. 337.
(3) 990 è 18-22 et 5 27-29; voir infra, p. 438. Il faut expliquer, d'une part, la liaison :
en effet (x&p), de l’autre, la subordination (Ótav).
(4) Ross, comm., p. 186; cf. aussi GUTHRIE, op. ci#., p. 302 : He (Aristotle) Zhen (4. 22)
puts the question differently...
Página 7
Ver en el PDF(se abre en una ventana nueva)la cause est supposée déterminer, le nombre concret, existerait antérieurewent dla cause, le nombre abstrait,
L'interprétation qui oppose au nombre-valeur (tobtwv Exaarov) le
nombre constitutif du monde physique (6 dv r& obpdvw) est condamnée
par Paccumulation des difficultés insurmontables qu’elle suscite. Elle
aboutit à introduire unc contradiction dans le système des Pythagoriciens,
alors qu’en fait, comparant Pontologie platonicienne, Aristote constate
un manque qui ne pouvait apparaître que dans la situation même où
il se plaçait. Outre le nombre qui constitue l’univers, et tous les êtres
«sensibles » ou «intelligibles » de Punivers (tüv Evtev xal yryvouévav, a 20)
les Pythagoriciens ne disposent pas d’un autre nombre (mapà roërov &AAoc),
saenri.o
tantôt ta bvta xai yryvópeva (As, 985 4 27; AB, 990 a 20) pour désigner
ce qui est sans distinguer la nature noétique ou sensible (1). Les valeurs
(Exdorw Sè thre ... olxetés the ¿ori dprOpdc, 1. 11, cf. 74» 16: 75, 13 75, 7)
du type justice, injustice ne peuvent donc pas être séparées des grandeurs
(tà cuvioraueva person).
Localisant les notions abstraites dans tel ou tel licu de l’univers
Il prend le terme de foule (Nidos) dans Pacception de nombre élevé
(constitutif d’une chose), le nombre étant d’autant plus grand (rhetov)
que la chose est distante du centre, puisque les nombres qui, dans Pespace,
(Stay yop ev tul 16 pépet...), les Pythagoriciens en donnent pour preuve :
19 que ces valeurs sont nombres, et que chacune, particulièrement,
est un nombre (2)
;
la composent sont également plus grands (74, 13 suiv.) (1), si bien qu’il
lui faut expliquer aussi pourquoi un nombre élevé, de grandeurs, dans le
sens indiqué, se trouve « dans cet endroit de univers » (2). Ou bien,
2° (ouuBalver Sè...) que dans de même lien que Pan envisage, se fronvent
supra, p. 435, n. 1), critiquant Zeller, n'avait pas tort d'affirmer : Wir fassen die péyeOn als
Begriffe denen die gleiche Zabl als Definition zukommt und die sich in der bestimmten Region, welche
ebendieselbe Zahl zur Bestimmung bat, sammeln.
On ne peut, quoi que l’on ait dit, s'appuyer sur le commentaire
d’Alexandre pour trouver confirmation de la série adventice de nombres,
ni même de la localisation fixe que supposent les places « déjà occupées ».
Les valeurs se distinguent, pour lui, si peu des grandeurs physiques qu'il
de la manière la plus générale, emploie tantôt rà rptyuara (AG, 987 b 28),
(1) Le commentaire d’ALEXANDRE est net sur.ce
point; cf. p. 75, 19 suiv., les valeurs sont
les grandeurs composées de nombres : ¿nz8h Suds S6E (p. 75, 22); voir aussi, p. 74, 12-16.
(2) Il faut adopter, en 990 a 25,-le texte du Parisinus E : ôtt tobtov pv Ev Éxxorov
dpt0uéc gate; (rabrav) py... (oupbalver) Sè... articule l'argumentation des Pythagoriciens.
L'expression dv fuxoroy souligne l'identité, chaque valeur équivalant à un nombre,
(3) Parce qu'il est chacune de ces grandeurs. (990 a 29); todTay Éxaatov représente donc à
la fois les valeurs : tabtay Ev Exaatov (a 25) ct les grandeurs : ty ueycOüv (u 26), elles se
confondent en tant que modifications du nombre liées à chaque licu. Voir infra, p. 440-441.
(4) Bien qu'il n’ait pas compris la démarche dans son ensemble, Essminger (/, ¢., cf.
Où situer Je lieu qui — lieu à la fois d’une valeur et de la foule des
valeurs — ne saurait être réduit à une zone correspondant à Punc d’entre
elles seulement, mais qui engloberait l’espace commun à toutes ? |
poursuit 'énumération d’Aristote en ajoutant : on autre chose encore de ce
qui se trouve dans le ciel (y Mo rı rüv Ev +H oùpavi, p. 74, 9). Par ailleurs
il cherche à expliquer les relations constantes qu’elles entretiennent
dans un système qui, pour s'organiser, a besoin d’un centre, d'un point
où l’unité, ou /e nombre, se #rouve d’abord (rpésrov... Evraüde, 1. 12), avant
qu’il ne produise les autres nombres, liés chacun à un endroit de l’espace
qui puisse être cause de ceux-là. A ce nombre absent, la cause des nombres,
s’opposent tous les nombres dont ils font les choses: ta rp&ypara. Aristote,
aussitôt une foule de grandeurs qui se constituent parce que ces modifications du nombre v'attachent è chaque lien particulier. Ces modifications
du nombre (tà rd0n tatra) ne different en rien des valenrs elles-mêmes,
chacune d’entre elles (£v Exaorov) étant bien un nombre; elles forment
les grandeurs, le nombre même qui est dans le ciel (3). Si bien qu’en
chaque lieu se trouvent une foule de valeurs, les grandeurs constituées
par tous les nombres réunis en ce lieu (4). Les déterminations adverbiales puxpòv &vadev Y xdrodev et dn s’éclairent mutucllement : dans un
même lieu, celui de la réputation (Séta), ct de la bonne mesure (xopéc),
un pen plus haut on plus bas, se trouvent Vinjustice (&Svxla) et la séparation
on le mélange (xolarz à pEr); dans le même lieu se trouvent awssiféf une
foule de grandeurs.
Vil
mem
dit-il, dans Pembarras, Aristote désigne la région terrestre, parce
que le nombre constitutif y est également élevé (p. 75, 3-8) (3). Il ne
pense évidemment pas au nombre deux (l’opinion, ambigui = le flux
du devenir terrestre), comme le fait le commentateur de la version
tardive (4) qui cherche à répartir les nombres sur les régions de Punivers
(le xaupd¢ étant réservé au Soleil et à la Lune, Pinjustice ou Je mélange
à la zone trouble entre la Terre ct les astres où s'affrontent les vents) (5).
Si, selon une vue un peu rapide, on ne posait qu’un scul centre, a savoir
le point médian et igné, le nombre le plus élevé et les plus grandes différences ne se situeraient pas dans la sphère limitrophe, mais aux confins.
Ou bien alors, de façon pus simple, et plus générale, on prend pour
cause de ce qu’elles (les grandeurs composées d'un nombre élevé) sc
enem,
n—e=
(x) Voir le commentaire de ce commentaire que donne la version plus large des manuscrits F et L (alterius recensionis... discrepantia), reproduite à la même page, in fine. |
|
(2) Voir ranQous... ouviatapévou (et non peyedibv cvviotapéveoy), 75, 4 suiv.
(3) Cherchant un antécédent à dv, 75, 6, et excluant uéyeOn qui figure dans la relative
(Hayduck, dans l’app. crit., se demandait s’il ne fallait pas corriger ay sé en ate), je ne vois
d'autre solution satisfaisante, ct qui s'accorde avec la suite, que de rattacher le relatif pluriel
au singulier : Jew: Éytobre(rén), dont on envisage la multitude des points qui le compasent
(voir le pluriel tods map” hutv... Téroug, A la ligne précédente) — où ce qui est multiple (tà
melo Svea) produit les différences des grandeurs conformément à leur nombre élevé
(rag Stapopdg te xark ro nina; tisv neyelav mel).
(4) Cf, Haypuck, dans la préface, p. 1x : interpres quidam inferioris aevi.
(5) Voir ibid. (p. 74), lc début.
Página 8
Ver en el PDF(se abre en una ventana nueva)trouvent cn un lieu (quelconque, Ev tut
pora»), les grandeurs mêmes
qui se constituent par des nombres plus
grands (rou dv rue Tpôre Astoorw
n’appelle immédiatement ct simultanément tout le reste (1). Comme
dans un jeu de miroirs en abime, le macrocosme, à l'infini, se reflète
AUTA guvioräneva alti Aéye te xal...), c'est-à-dire
que Pon netient pas
compte primordialement du licu (ne faisant
pas découler la nature du
dans l’infinité des microcosmes, l'accord parfait dans les harmoniques
particulières. Les exemples choisis par Aristote (86&, xatpéc, dôtuia,
xplous, wlEıc) illustrent le processus du devenir par la reproduction du
nombre de la nature du lieu qui lui répond),
mais des nombres qui s’y
trouvent ct dont les choses (reéypara) sont faites
(p. 75, 8-12).
n'iwnombre, Les termes ne se situent pas uniquement par rapport à un
point privilégié, l’Un-centre absolu, mais partout (2), riches en tout
, est guelcongue ;
és pépet) prend une
point de ce qu’ils ne sont pas. Les cing valeurs choisies ne forment pas
n..ins dans leur ensemble une figure qui traduit l’organisation cohérente
Alexandre comprend bien, à sa manière, que le licu pent
être
porte où (mou). Le point, avant d’entrer dans un système
l'expression ex teile ou telle partie considérée (tv ro
valeur paradigmatique (1). Tout ex (xémoc) occupe
un certain espace
mais cette étendue se subdivise à l’infini, engend
rant toujours de nou-
-
Comme la séparation et le mélange (xploız et lE) représentent les
veaux licux (réro:), à l'intérieur desquels, si infime (utxpdv)
que soit le
déplacement, on voit se constituer une foule de grandeurs.
deux faces d’un même mouvement, on voit s’opposer deux groupes
symétriques de deux termes dont les homologues entretiennent une
, Evoquant la limite, nulle, vers laquelle tend
la progression, l’adverbe
Mon n’exptime aucune antériorité dans le temps
(2), mais la continuité
dans l’espace : anssitós (3).
|
Il convient de reconnaître dans le participe auvior
auévev le présent
à valeur dynamique : qui sont en train de se former
; los grandeurs, continüment, surgissent de la progression numérique dans
correspondance verticale :
— d'une part, dans le domaine de l'équilibre et de la perfection, la
réputation (86&0) s'associe A la bonne mesure (xatpdc).
— de l’autre, dans le déséquilibre, dans le mouvement et l’antagonisme
des forces contraires, l'injustice (aBixla) à séparation ou mélange («plan
l'espace.
% plEıc).
Car, lorsqu’en telle partie de Punivers ils (les Pythagoriciens)
out « Réputation »
ef « Bonne Mesure » et un pen plus bant on plus bas
« Injustice » et « Séparation »
on « Mélange » et que, en guise de démonstration,
ils disent que, de ces valeurs, chacune
est nombre et qu'il se trouve qu’à cet endroit-la on a aussitôt
une Soule de grandeurs ti
se composent, parce que ces propriétés s’attachent à chacun des lieux particuliers
alors ce nombre même, ce nombre qui s'incarne dans l'univers oui font
ee
our
cause, parce qu'il est chacune de ces choses on bien un autre, en debors de prendre
celui-ci la ?
L'univers tout entier est constitué de la, série
des nombres de mn
a dix, de la tétraktys, forme parfaite; mais ces nombre
s qui forment
I univers forment également les parties et les subdivi
sions, le moindre
élément de l’univers; de même qu’elle recouv
re le tout, la série se
reproduit en toute localisation du devenir. Ainsi
dans tous les points
e
_m—y.
toujours divisibles, la série se déploie et se reproduit perpetu
ellement,
produisant la totalité de ce gui est et devient à
l’image du tout, corps
sensibles aussi bien que notions abstraites: il n’est rien
dont la présence
(1) Désignent tel point
précis, 88{ lui d
2)
d’
T7
de
i
i
te ille
dit J Lis
le sens spatial de : à partir de aanssitôt bai Eo”
Pie Sane el, Atria
E) “Oran
sap tah
tes adınla xal xplaug py
4)
Orav yap
dv To
|
à plc, andderE
pèv
TO uéper SE xal xarpós
contraires.
VII
Pour avoir attendu de ce texte la critique d’une identification de
deux séries de nombres distinguées par Platon (les causes intelligibles
et les sensibles dont elles sont causes), les historiens ont été conduits
même de cause digne de ce nom.
abrot
w dt ra Gr ie neue
prOnög doti, oup.Galver dè xará tov Térov roürov
Hön roc elvaı rv avviata
ano iteFe ran malta dxoAoulsiv vols témolg Exkarog
oo pros, ©
Dans l’ordre social et humain, la reconnaissance s’oppose à l'injustice,
comme dans l’ordre physique ou cosmologique /a bonne mesure à la
séparation et au mélange. La bonne mesure forme le point d’équilibre, terme
idéal du cycle des transformations, qu’opérent la séparation et le mélange
et qui font le devenir; de la même manière, la distinction d’un homme
par la reconnaissance sociale peut être comprise comme un point d’équilibre qui compense les injustices, l'aboutissement et l'annulation des
Or Aristote livre, au contraire, dans un exposé précis, bien que
concis, les éléments précieux, authentiques, et sûrement anciens de leur
| pensée. Il n’entendait pas mettre les Pythagoriciens en contradiction
avec eux-mêmes, il relevait une déficience d’un autre ordre : l’absence
,
Alors que Ross, op. cit., p. 185, s'appuic précisém
ent sur cet emploi (already)
pour rejeter l'interprétation qu'il prête
à Alexand
|
tantôt à taxer les Pythagoriciens d'incohérents, tantôt à affirmer qu’Aristote n’avait pas bien compris ce qu’ils avaient dit.
tel ri ig ta les lieux que l'on peut cles — E de
leur
|
de l’univers : :
vi”
, nérepov odros & aurée
ev té oúpaves, dv det Abeto, Ste Tobrav
exaordy darıy, À mapa roüroy
+
(1) La vision pythagoricienne peut, de la sorte, être rapprochée de l'union de toute chose
dans la diversité (6400 mavta) chez Anaxagore.
(2) Cf. Fonseca, op. ci/., p. 274 (in fine) : ... planins colliges, unitatem apud Pythagoricos non
accomodari medio universi, sed primae causae, ul rei simplicissimae, nisi primam cansam median
appellaverint, quod aeque omnibus propinqua sit suae virtutis eficacia.
ÉTUDES PUILOSOPI,
Página 9
Ver en el PDF(se abre en una ventana nueva)LES ETUDES PHILOSOPHIQUES
Au chapitre 8, il ne cherche plus à confronter les systèmes précédents
et ses propres définitions étiologiques; les apories qu’il discute diffèrent
de la recherche préalable des anticipations des différentes causes; clles
développent une critique plus fondamentale : analysant les principes,
sans plus les ramener aux siens, dans leur qualité même de principes,
Aristote les met plus radicalement en question (1). Il les étudiait
au chapitre 5, en posant un rapport de causalité entre nombres et
choses. Mais, déjà, les termes qui le traduisent révélaient l’ambiguité,
due à l’absence de distinction : les éléments des uns, lit-on (986 a 1-2),
sont les éléments des autres; dans les nombres, les Pythagoriciens voient
des images (dpordpata, 985 è 27), les reflets fidèles des choses, tandis que,
dans l’autre sens, les choses leur paraissent à l’image (dyapcıacdaı, 985 b 34)
“des nombres. Ainsi séparés, les deux systèmes des nombres et des choses
se réfléchissent dans leurs propres reflets et se rejoignent. Il n’y a pas
de « matière numérique » séparée des choses; les nombres ct les combinaisons de nombres se manifestent en accords et en harmonies, en qualités, sensibles ou intelligibles, de ce qui est ef devient.
Le cosmos pythagoricien se maintient par son propre dynamisme,
qui fait que l'unité du tout surgit constamment dans tous les points de
_Pespace comme en des centres générateurs.
Le nombre organisateur domine la totalité de l’univers; mais l’harmonie se reproduit dans toutes «les choses» (tà xpéyuarta), les « grandeurs»
qui se constituent par le nombre; et comme le ¿étraktys se reconstitue
en chaque point de l’espace continu et du deveniz, la totalité de l’Etre
se déploie à partir de chaque centre, continúment. Quelle que soit
Pétendue que l’on considère, dans l’éconamie de l’ensemble comme
dans le détail infime, la présence simultanée des valeurs et des êtres
physiques se renouvelle partout. Le mouvement, incessant, tend vets
le point d'équilibre qui se forme et disparait toujours.
Jean BoLLacx.
(1) Après le résumé du chapitre 7 qui clôt la recherche sur les causes, Aristote élargit le
problème, ouvrant une discussion qui dépasse toute classification : Afais sur la façon dont
chacun d'entre eux a parlé et sur ce qu'il en est des principes, pe
> maintenant les apories qui en
résultent (ni dt zoútov Exuatog elonxe mal mig Eyer mepl tv dpydv, tag Evdexonkvas
änopluc peta Tolto SiéAQwpev seal aùrdiv, 988 è 20-21). L'analyse des principes, sous
forme d'une série d’aporics, occupe les chapitres A8 pour les Physiciens et les Pythagoriciens, Ag pour Platon,