Sept Sages

Autor
Delcourt, M.
Publicado en
L'oracle de Delphes
Año
1981
Tema
SEVEN SAGES
Idioma
Français
Categoría
C7 Filosofía
Número de archivo
3587

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Mostrar texto completo8 páginas

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Uonade Ae Ve kpras, diete A spp gages 207 \ Qe \ CHAPITRE X SEPT SAGES J’ai employé ci-dessus les expressions « tradition, morale des Sept Sages », non sans un certain remords, car c’est mettre une étiquette précise sur la chose du monde la plus vague, la plus mal connue, Nous ignorons comment s'est formée en Grèce l'idée d’encadrer d’une légende commune quelques personnages du passé dont l'imagination populaire atténue à plaisir les traits individuels pour ne voir en eux que des confrères d'une maîtrise de sagesse. Presque tous sont des figures historiques, leur biographie n'a rien de légendaire : quelques-uns sont des hommes d'État et, si les Athéniens ont veillé à ne rien laisser dire de Solon qui jette une ombre sur leur législateur, plus d'une cloche sonnait en Grèce au nom du redoutable Périandre, le tyran de Corinthe, qui figure souvent parmi les Sages. Si Thalès est des leurs, c'est on qualité d'homme avisé plutôt que de mathématicien ; lorsque Plutarque le mentionne dans son fameux Banquet, il le loue ex aequo d’avoir calculé la hauteur de la grande pyramide en en mesurant l’ombre et, à la question: « Qu’y a-t-il de meilleur et de pire dans un mouton ? », d'avoir envoyé au questionneur la langue de l’animal. On leur attribuait des proverbes, des maximes, des préceptes moraux et, on le voit, des devinettes aussi, genre que les Grecs ont toujours cultivé avec prédilection. Ils sont sept, sans qu’on sache pourquoi, car & Delphes précisément, où le nombre sept est consacré à Apollon, ils ne sont plus que cing, du moins au temps de Plutarque, un moralisme croissant ayant fait exclure Périandre de Corinthe et Cléobule de Lindos. Ailleurs, les listes varient beaucoup : additionnées, elles donnent vingt-deux noms, dont plusieurs, ajoutés tardivement, représentent, non exactement des mythes, mais plutôt des symboles, comme le Scythe Anacharsis, type du Bon Sauvage. Thalès, Bias de Priène, Pittacos de Mytilène, Solon, figurent dans toutes, suivis de Chilon, qui représente la bréviloquence lacédémonienne, et do Myson de Chéné, homme obscur né dans un village obscur,

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SEPT SAGES SEPT SAGES 209 sorte de Sage Inconnu dont la présence enseigne quo le dieu verbes nous sont arrivés sous le nom d’Apollon, présentés comme répand ses dons où il lui plaît et que la célébrité doit apprendre à des réponses de la pythie à des consultants. Ce besoin de mettre s'incliner devant Ju supériorité du mérite modeste. Au surplus, une signature illustre sous le dit Jo plus simple amena les Grecs à chaque nom dans chaque liste a une signification symbolique. prêter certaines maximes aux Sept Sages, d'autres, de ton assez Pythagore n'est jamais parmi les Sages. Il s'oppose à eux comme différent, à la pythie, pour enfin mettre le tout, globalement, aux l'inspiration mystique à l'expérience populaire. Mais, indépenpieds du dieu. Tel était le désir de tout ramener à une source damment d'eux, lui aussi aboutira à Delphes. Dans son Banquet unique que, dès le Ive siècle, le fameux Connais-toi était donné des Sept Sages, Plutarque leur donne comme interlocuteur Ésope, comme une réponse de la pythie au Spartiate Chilon ; et cette qu’une histoire très ancienne, bien difficile à élucider, mettait en rapport avec l’oracle. D'où peut venir le lien étroit, affirmé par toute la tradition, des Sages et du Pythien, au point qu'on finit par se représenter pythio était la premiére de toutes, Phémonoé, celle qui avait inventé l’hexamètre !. Du même fond, après qu'on eut fabriqué des oracles de fondation pour toutes les colonies, on en donna également à leurs métropoles. toute l’Académie montant vers le Parnasse et les Sages gravant Platon (qui ne mentionne par l'histoire du trépied) trouva de leur main leurs maximes dans le temple 1 ? Parke 2 pense que constituée la tradition des Sept Sages et c'est même lui qui ce sont les prétres de Milet et de Delphes qui ont chargé de sens l'atteste le premier. Quant à la doctrine, elle anime ces jolis moral et piétiste de simples préceptes populaires. Si les choses fabliaux où nous croyons reconnaître la tendance dominante de s'étaient passées ainsi, ils en auraient atténué davantage le caractere laïc. Un joli conte racontait les faits à sa manière. Un jour, un pêcheur de Cos retira de la mer un trépied d'or, et la pythie, consultée, commanda de le donner « au plus sage ».. Sur quoi, la propagande pour la grande collecte de 548. Les maximes sont peu de chose et l’on se demande au premier abord comment l’on a pu mettre si haut ces banalités : « Connais-toi. » Thalès, qui le reçut, n’osa le conserver et l’envoya à Pittacos, « Rien de trop. » celui-ci à Bias et ainsi de suite jusqu’à ce que le trépied lui revint « Qui donne caution court à sa ruine. » et qu'il décidât de le porter à Delphes pour le consacrer à Apollon, « Occupe-toi de ce qui en vaut la peine *.» seul digne de le posséder. Cette histoire qui, de toute évidence, a Courte sagesse bourgeoise, mais dont le principe n'est pas insireçu à Delphes son dernier poli, avait de quoi enchanter les Grecs, gnifiant, à savoir que l'homme, pour commencer, doit prendre qui l’embellirent à l'infini, notamment en racontant les glorieuses conscience de sa condition, qui est périlleuse. Connaïis-toi fut pris origines du trépied, œuvre d'Héphaistos. Elle nous rappelle un dans un sens général, pascalien, bien avant qu’on songeät à en des thèmes de l'éthique que nous connaissons : qu'il ne faut jamais faire un dangereux conseil d’introspection. Et Solon, lorsqu'il s'attribuer à soi-même aucun adjectif au superlatif. Mais, précisément, que ce précepte appartienne à la fois aux Sept Sages et à apprenait à jouer de la cithare à un âge où il n'espérait plus y Delphes, cela reste énigmatique. plesse du quatrième précepte. Les dictons n'ont pas tardé à se exceller jamais, relevait d'une interprétation esthétique la sim- A vrai dire, il relève surtout de ce que nous appelons la Sagesse multiplier, en ce sens qu'on attribuait aux Sept Sages tout ce qui des Nations. Les Grecs adoraient les proverbes, « Ne te marie pas composait le motherwit de la Grèce, en répartissant les maximes au-dessus de ton rang » est déjà, vers 500, un aphorisme de sagesse selon l'idée que l’on se faisait de chacun des auteurs. Démétrius bourgeoise qu’Eschyle n’a pas jugé indigne de prendre place dans de Phalère, l'élève de Théophraste, en fit une collection de laquelle son Prométhée, On attribuait un livre sur les proverbes à Aristote, dépendent, semble-t-il, les autres recueils anciens. Alde Manuce à Antiphane une comédie sous ce titre. Mais des Grecs admettent 1. Une tradition divergente attribuait lo précepte uu prêtre ounuque Lubys malaisément qu'uno invention reste anonyme. Quantité de pro- (cf. supra, p. 45) : prétention des Labyudes provoquée par absence do tout Delphien dans la liste des Sages ? 1. PAUSANIAS, X, 24. 2. Delphic Oracle, p. 398. 2. Cos quatre figurent ensemble sur une inscription du 1v* siècle retrouvée à Théra par Hiller von GAERTRINGEN, C. I. Ins., 111, n° 1020.

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SEPT SAGES SEPT SAGES imprima en 1495 le premier qui fut retrouvé et qui correspondait n’es qu’un homme, ensuite parce que tu n'es que ce que tu es. » 210 au goût du xvi? siècle aussi bien qu'à celui du tr avant notre ère !. On a longtemps expliqué l'installation des Sept Sages à Delphes par le fait que la pythie, comme eux, émettait des préceptes. Mais précisément les oracles-proverbes sont des faux en ce sens que l'intervention du dieu y est intrase. Il faut donc admettre la préexistence d’une certaine conception d'Apollon maitre de sagesse eb de moralité, admise antérieurement au milieu du vie siècle, qui est l'époque approximative où se forme la légende des Sept Sages. Elle implique une modification du sentiment religieux, qui profite d’une sorte de défiance envers la raison humaine. Lorsque Hésiode dit qu'il vaut souvent mieux posséder la moitié, sans prétendre au tout, il n'éprouve pas le besoin de faire contresigner par un dieu cette vérité excellente, mais que d'autres que lui avaient déjà mise en forme. Un oracle attribué à Dodone, qui aurait été donné aux Athéniens au temps d'Aphidas, c'est-à-dire en pleine époque mythique, recommande de respecter le droit d'asile que conférait l'Aréopage : « Songe à la colline d'Arés et aux autels odorants des Euménides, car il faut qu'un jour lea Lacédémoniens y viennent prier, vaincus par la lance. Toi, ne les tue pas et ne méprise pas les suppliants, car ils sont sacrés *. » Peut-être y out-il, Dieu seul sait quand, une authentique consultation concernant le droit d'asile de l’Aréopage, qu’une rédaction ultérieure mit en quatre hexamètres terminés par une maxime que le porcher Eumée formulait fort bien pour son compte personnel lorsqu'il disait que les mendiants sont envoyés par Zeus. Un temps est venu où l’on cut besoin de croire venus du ciel ces depuis longtemps, circulaient de bouche en bouche. qui, es, proverb Ceux qui ont attribué à P« institut delphique » une action morale positive et créatrice allèguent quelques histoires qu'il faut 211 De ce thème relèvent les nombreuses leçons données par la pythie à ceux qui essaient d'obtenir d’elle un brevet de supériorité dans un domaine quelconque : elle préfère au présomptueux un personnage obscur dont elle seule a distingué l'excellence. Sur toutes ces variantes tranche bizarrement l'énigmatique réponse à Chéréphon accordant « quo personne n'est plus sage que Socrate ». On la alléguée pour affirmer les bons rapports de Socrate avec Delphes. J'y verrais plus volontiers, avec Parke (p. 413), « one of the unexplained mysteries which still remain with the delphic oracle ». La présence de Myson parmi les Sages, la conversation de Crésus avec Solon montrent que le théme était populaire dés le début du ve siècle, ce que prouve aussi une variante bouffonne donnée par Ion de Chios. Les gens d’Eges en Achaie, tout fiers d'avoir pris une pentécontore aux Etoliens, la dédiérent à Delphes et demandèrent à la pythie qui des Grecs valaient mieux qu'eux. Elle loua le sol de Phthie, les chevaux de Thrace, les femmes de Sparte, les hommes de Chalcis, et, pour toutes choses, les Argiens, mais les gens d’Eges ne valent rien du tout. Les notes attribuées aux différentes contrées conseillent de faire remonter l’histoire aux environs de l'an 600 : nul doute qu'elle ait circulé bien longtemps — et, bien entendu, on pouvait remplacer les Égiens par n'importe quelles petites gens disposés à s’en croire — avant d’être mise en forme d'oracle et pourvue d’une arrière-pensée moralisatrice. D’autres oracles attestent des intentions plus nuancées. A Glaucos, qui demande s'il peut retenir un dépôt en jurant qu'il ne l'a pas reçu, le dieu répond : « Glaucos, fils d’Epikydes, triompher par un serment et garder le dépôt vaut mieux pour aujourd'hui. Jure donc. puisque aussi bien la mort atteint celui même qui ne se parjure pas. Mais le serment a un fils, sans nom, sans mains, suns pieds, qui vole, s’abat sur la race et la maison du parjure et les anéantit. Quant à classer, car elles attestent des paliers assez différents. Un premier groupe se rattache au Connais-loi, au Rien de trop interprété dans le sens de:« Sois modeste d'abord parce que tu l'homme à la parole loyale, sa postérité fleurit après lui. » 1, BOISSONNADE et WOELFLIN en découvrirent d'autres dans les Parieini Graeci 1830 eb 2720; Chr. Warez dans le Vaticanus 711 ;et F. Scuuzz dans le Laurentianus LX, 4, une collection intitulée Avertissements des Sept Sages, mépris. Même mouvement, mais plus dramatique et plus accentué retrouvéa inacrits sur la colonne de Delphes. 2, Paus., VII, 26. Ce qui est frappant dans cette rédaction, c'est qu'elle marque deux temps : le dieu commence par tenter le consultant en lui montrant l'avantage immédiat de la faute, puis l’accable de son dans un autre récit du même Hérodote où le dieu, à Milet, conseille à des Lydiens de livrer des suppliants: le consultant, étonné,

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SEPT SAGES SEPT SAGES 213 insiste et regoit une réponse identique. Cette fois, le Lydien décide de mettre le dicu à l'épreuve : il chasse et tue des oiseaux nichés sous le toit du temple. Une voix sort de l’adyton : « Impie, que fais-tu ? Tu chasses mes suppliants! — Seigneur, tu nous ordonnes d'en faire autant des nôtres. — Oui, afin d'accélérer votre perte et que vous ne veniez plus demander à l’oracle s’il faut mée par les dieux à la démence humaine, Apollon n’en est pas encore À pardonner, même au repentir, mais, on ne peut le méconnaitre, la retouche delphique a enrichi la banale moralité de problèmes et de conclusions nouvelles, admirables thèmes de réflexion. Nous l’avons déjà dit : ’apport de Delphes à l'éthique violer le droit d’asile. » L'action en trois épisodes est celle d’un grecque ne résulte pas de formules qui seraient sorties du sancconte parfaitement composé et le beau dialogue qui la termine tuaire, mais du jeu incessant des questions et des réponses provoest d'un grand artiste 1. quées par les consultations. infidèle », lequel, à Epidaure, portait le nom parlant d'Échédoros ? : Un troisième groupe contiendra des préceptes d’une spiritualité beaucoup plus haute : que l’offrande du pauvre est la plus le coupable est généralement châtié par un dieu sans qu'un oracle précieuse, que le dieu considère moins l’offrande que l’intenti on : Or, il y avait en Grèce toute une littérature du « dépositaire droit grec atteste une défiance générale à l'endroit des témoins « L’äme pure, entre, étranger, dans le pur sanctuaire du dieu, après avoir touché l’eau courante, Pour les bons, une goutte suffit, et, contre les parjures, n'a d'autre recours que d'en appeler à la mais l’homme méchant, l’océan de toutes ses vagues ne pourrait ait besoin d'intervenir. Souvent du reste ce dieu est Apollon. Le vengeance divine. Le traité passé entre Delphes et Pellana dans le laver. » d’Apollon Pythien, qui le frappera avec sa descendance. Si quel- « Les temples des dieux sont ouverts aux bons, sans qu’il soit besoin de purifications. Pour la vertu, il n’est pas de souillure. qu'un est pris en flagrant délit de vol, dit le même texte, il sera Mais celui qui a le cœur niéchant, qu’il se retire : son corps traîné, enchaîné, à Delphes devant le conseil, à l’intérieur du ne lavera pas son àme .» la première moitié du me siècle menace le faux témoin de la colère lavé Ces mesures ne Ces petits poèmes de l’Anthologie Palatine (XIV, 71 et 74) prouvent pas que Delphes ait été particulièrement sévère envers n’appartiennent pas à l’histoire de Yoracle. Écrits en vers éléles parjures, mais attestent l'influence de contes édifiants comme giaques, ce qui leur interdit mème toute prétention è l’authent celui de Glaucos, La propagande delphique a trouvé ces moralités cité, ils témoignent simplement en faveur du piétisme paien qui sanctuaire, à Pellana devant les théores ?. itoutes faites et n’a eu qu’à les mettre en forme, en pastichant les honora le début de l’ère chrétienne, et, singulièrement, de l’enmeilleurs poètes (le dernier vers de l’oracle è Glaucos vient seignement des Néoplatoniciens 1, Si je les cite ici, c'est parce que d’Hésiode, qui le devuit peut-être à la sagesse des nations); mais ceux qui ont attribué à Delphes un rôle créateur en morale elle y a mis sa marque propre. ont tiré des conclusions excessives. D’autres histoircs, également en Le dieu reproche au Lydien d'avoir posé une question coupable tardives, montrent simplement comment tout en Grace finit par en soi, Glaucos lui demande pardon de son audace et restitue le s'annexer à Delphes. Celle des trois camarades attaqués par des dépôt; il est néanmoins ruiné et sa race anéantie, car, dit la brigands, où la pythie condamne celui qui a fui, mais acquitte pythie, tenter le dieu équivaut à commettre l'acte. Tout cela celui qui a tué son ami en voulant le défendre, annexe à Delphes compte. On irait trop loin en attribuant au sanctuaire l'idée que la faute réside dans l’intention. Le point sur lequel insiste la littérature sacerdotale, c’est qu'il faut respecter le dieu et lui poser uniquement des questions avouables. Si on le tente, il tentera à son tour. Até est moins une punition divine qu'une démence venue des dieux ou, mieux, qu’une accélération impriI. HéroboteE, VI, 86, ot I. 159, 2. Cure 7 de la première stèle. 3. B. HAUSSOULLIER, Le traité entre Delphes ct Pellana, p. 60. (qui s'en serait bien passé) une casuistique analogue à celle qui fleurit chez Lucien. Quant à l’histoire de l’homme qui, un oiseau dans la main, demande au dicu si ce qu’il tient est mort ou vivant, prêt à lâcher l'oiseau ou à l'étouffer pour faire mentir le Trop- Savant, elle a servi à braver le Sphinx avant de démontrer que le Pythien aussi avait ses incrédules 2. Pour dégager les linéaments d’uno morale d’Apollon, on a 1. Accent identique chez PoRPHYRE, De abstinentia, II, 2, On trouvera l'indication dos sources, toutes tardives, et pour cause, dana le chapitre de PABxA sur Delphes ot la morale,

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TU ES TU ES entrepris d’interroger le sanctuaire lui-méme et les décrets gravés 215 moins sentie. Le Delphinios n’a probablement rien de commun à l'origine avec le Pythien: dieu des marins, dont le dauphin était sur ses murs. L'assiso polygonale a livré de nombreux actes d’affranchissement où l’esclave csi. vendu fictivement au dieu, à charge d'accomplir différents offices à l'égard de ses anciens maîtres, La pratique n'est pas spécialeà Delphes, où elle semble avoir un caractère plus archaïque que dans le reste de la Grèce, c'est-à-dire que le maître y garde sur l’affranchi des droits plus Yami et le protecteur. Mais les gens du Parnasse reconnaissaient dans son nom celui de leur bourgade et mettaient le dauphin sur leurs monnaies, À Athènes, en revanche, un culte jumelé d’Artémis et d’Apollon Delphiniens a bénéficié des attributs du Pythien, car c'est là que se faisaient les purifications. « A Sparte, dit Wilamowitz !, le héros dorien Karnos devint Apollon Karneios, lequel étendus. On a retrouvé en 1937 une stèle gravée vers 300, réglant les devoirs des enfants envers leurs parents. Dans ce sanctuaire où Oreste, après avoir vengé son père, fut purifié par le dieu, où à son tour devint Pythios, ce qui n’empêche que, sur le tombeau d’Hyakinthos, on représenta l’Apollon armé de l’liade. » Rac- Cléobis et Biton furent honorés pour avoir honoré leur mère, on courci frappant : Apollon se substitue à deux démons locaux, espérait peut-être découvrir quelque législation étrange, originale : lesquels perdent leur indépendance mais gagnent une légende qui on lut un texte de la plus grande banalité, analogue à toutes les les associe à lui, adoré d'un côté comme archer, de l’autre comme lois connues imposant aux enfants la nourriture de leurs parents }, dépositaire de la pensée de Zeus. «C'est seulement comme Pythien, Certains auteurs ont voulu qu’Apollon eût lutté, vainement du poursuit Wilamowitz, qu’Apollon parvint à une autorité univerreste, contre la pédérastie 2, à quoi ce dieu n'a certainement selle. Ce processus, qui agit d'une façon déterminante sur l’évojamais pensé, ni ses fidèles, qui n'ont pris nul ombrage de voir à lution de la religion grecque, doit s'être accompli à Delphes plutôt côté de lui, sur ses autels, dans ses légendes, dans les sanctuaires avant 700 qu'après cette date : il était terminé quand Athènes, fatidiques, ses éromènes, Hyakinthos, Admète, Hélénos, Branqui possédait déjà le Délien, se choisit le Pythien comme patróos. » chos, Klaros. Est-il raisonnable de demander à un dieu une Ii faut probablement le faire remonter plus haut encore, la morale différente de celle de ses adorateurs ? Admirons plutôt richesse de Delphes, attestée dans la Suite pythique, dans le le Pythien d’avoir suivi et promulgué ia plus belle qu'il y eût en neuvième chant de l’Iliade, ayant mis certainement plus d'un Grèce de son temps. siècle à se constituer : et l'adoption de l’octaétéride implique une CHAPITRE XI CTIEPERMPESE gloire ancienne. Mais l’esquisse est exacte : d’abord annexé à d'autres dieux, Apollon les évince peu à peu et leur nom devient une simple addition du sien. Les autres Apollons sont cux-mêmes éclipsés par le Pythien et cela est d’autant plus frappant qu’il n’y a pas de repré- TU ES sentation du dieu de Delphes, lequel ne touche les esprits que par sa réputation d'omniscient, ou d'interpréte de Zeus Pomni- Contrairement à Posidon, dieu évincé, Apollon est partout un dieu conquérant. À Delphes, ses premières conquêtes se firent sur place, parce qu'on lui assimila des croyances et des liturgies auxquelles il était primitivement étranger. C'est cela qui donne à sa personhalité son caractère complexe, car il est tout ensemble plusieurs Apollons, dont l’hétérogénéité foncière fut de moins en 1. Voir Puaton, Lois. t. I, éd. Belles-Lettres (1953), introduction de L, GERNET, p. oxxx1, ot l’excelleut article do L. LERAT, Rev. de Phil. (1943), t. 69, pp.62-86 ; sur Cléobis ot Biton, cf. infra, p. 248. 2. PoursEn, Delphi, p, 31. scient. Rien n'indique que son culte, aux origines. ait été marqué par une particulière spiritualité. Mais le prestige même de l'oracle faisait de lui un dieu sans figure, plus abstrait que les autres. Et pour le développement ultérieur de la religion grecque, cela fut de grande conséquence. Près du lac Copais * se trouvait un hiéron consacré à un héros 1, Glaube der Hellenen, II, p. 34. 2. Yves Bfawianon a donné, Mel. Picard, t. 1, p. 61, une excellonte étude sur Apollon usurpateur en Grèce centrale, à laquelle on peut reprocher un abus de la personnification : « Apollon ne renia jamais les divinités qui l’avaient précédé... il n’a pas oublié... Ptoos no so soumit pas, comme Hyakinthos, il partit do sori plein gré.... » Coci n'est pas une simple critique de style : une telle rédactioti

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TU ES ES Ptoos, sans doute associé & une divinité maternelle. On installa & ses cótés un Apollon oraculaire et guérisseur qui, très probable- 217 Pythien d'Argos 1, les oracles sont rendus par une à Delphes, mais avec un rituel différent, femme comme où l’ancien caractère ment, reprenait simplement, avec plus d'éclat. les sing assuchthonien est beaucoup plus marqué : la prétresse, mées par le premier maitre du licu. Le prestige d'Apollon fut bientót si grand que Jes adorateurs do Ptoos installerent celui-ci plus loin, à Castraki. Mais coux d’Apollon ajoutérent au vainqueur, chaque mois pendant la nuit un mouton dont il convient d'apporter è l’esquisse de Wilamowitz comme épithète, le nom du vaincu, qui, plus tard, vers le 1V* siècle, trop au dieu de Delphes, parce qu’elle part des textes passa pour son fils où son petit-fils, alors que, sans nul doute, comme Hyakinthos à Sparte, Ptoos fait partie du vieux fond qui est une ancienne épreuve de virginité. On vierge, sacrifie elle boit le sang, ce voit quelle retouche des antiquités. En ce domaine comme dans tous tradition littéraire schématise tout à la fois et : elle accorde plutôt que les autres, la embellit : toute provincial béotien. Il faut lire cette histoire dans le récit très fouillé qu’en a donné P. Guillon, parfait connaisseur des choses dévouée au Pythien, elle lui fait la part un peu trop belle, qu'il s'agisse d’oracles ou de fondations religieuses. Le vieux sanctuaire béotiennes, qui expose sans en escamoter aucune difficulté le problème des relations entre Ptoos et Apollon, entre le Copais et nous le savons bien. Or, Pausanias raconte de Trophonios à Lébadée a souffert de la concurr ence de Delphes, tout au rebours que Delphes. Si M. Guillon a raison de faire remonter aux environs c'est la pythie qui en décida la fondation à la suite, de 600 l’abdication de Ptoos devant Apollon, ce serait un argument de plus pour faire commencer l’ascension d’Apollon à Delphes plus tôt que le pense Wilamowitz : dans ces pays où les usages laquelle ils ont reculé, c’est l’oracle qui aurait fondé, sont tenaces les progrès du dieu n'ont pas dû être rapides, et pas plus sur le Parnasse qu’en Béotie. La résistance des traditions se marque fort bien au Ptoïon, où c’est seulement à la fin du ıv® siècle que les trépieds cessent d’être offerts au héros et passent décidément au dieu. | Comme Ptoos près du Copais, Isménios à Thèbes était plus ancien qu’Apollon, qui, dit M. Béquignon, « l’expulsa, en même temps qu’il se débarrassa de Tirésias. Toute cette école de mantique thébaine était trop proche de Delphes pour ne pas sembler intolérable au dieu conquérant qui voulait régner sans partage. Il exterminé à Thèbes l'école prophétique inspirée et peut-être fondée par le centre rival de Dodone ». Ces images dramatiques sont trop simples pour être vraies. Il suffit de suivre pas à pas, comme elle le mérite, l'étude de M. Guillon pour s’en convaincre. On y voit d'abord qu'installation d’Apollon et influence de Delphes no sont nullement synonymes, à telle onseigne qu'au Ptoïon, où Apollon est adoré à une date très haute, Delphes n'agit que tardivement. De plus, chaque sanctuaire garde ses méthodes. Au Ptoion, à l’'Isménion, comme à Delphes, Apollon est associé à Athéna ; au Délion de la côte tanagréenne, à Tégyre en Béotie duNord, il apparaît avec Latone et Artémis. Au temple d’Apollon : i i des images fausses quii le satisfont i àl'esprit à\ bon compte e tle détournent De sa Cu qui s’est réellement passé dans un monde oú ce ne sont pas les dieux mais les hommes qui veulent et qui oublient, bien entendu, d'une sécheresse ©. Sa plus belle conquête, Apollo n l’a faite en s'emparant de l'esprit des écrivains. La seule invention devant après Dieu sait quelle calamité, l’oracle delphique lui-même. J'ai essayé de montrer comment celui qu’on appela le dieu de Delphes, comme s’il n’y en avait pas eu d'autre s avant lui et à côté de lui, devait sa grandeur aux vertus religieu ses qui, peu à peu, s'étaient subsumées en lui. Nous ignore rons toujours l'idée exacte que les prêtres du temple ont bien pu se faire de celui qu'ils servaient. Tout se passe comme s'ils avaient compris tout ce qu'il pouvait gagner à être accueillant. Les divinit és archaïques que Pon trouve installées à Delphes — Ga, Posidon, Hestia, les Muses — n’y sont pas entrées : elles n’ont eu qu'à n’en pas sortir. Athéna s'est substituée sans heurt à quelque déesse indistin cte et; désuéte dont les attributions pouvaient rentrer dans les siennes, Plus difficile à expliquer est l’intronisation de Dionysos, qui, une fois faite, donna au culte apollinien son contrep oids rituel et son équilibre psychologique. Énigmatique aussi est l’intronisation d'Héraclós, qui, avant de devenir l’ami d’Apoll on, commence par voler le trépied, ce qu’on a tenté d'expliquer en disant que l’oracle de Delphes lui aurait primitivement appartenu, ce dont il n’y a nulle trace ; co n'est pas non plus un aition, car nulle part Héraclés n’apparait associé à un trépied oraculaire. Les histoires où 1. Paus., 11, 24, 1. 2. Paus., IX, 40, 1 } Scho), d'ARISTOPHANE, Nudes,

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TU ES TU HS le dieu de Delphes prescrit de l’honorer comme un dieu sont, fauti] le dire ? aussi tardives que celles qui attribuent à la pythie la fondation de cultes béroiques souvent plus anciens qu’elle-meme. Quelques polygraphes ont pris la peine de dire ce qui amena Héraclès dans la région du Parnasse : c’est parfois pour se purifier du meurtre des siens, parfois parce qu'il est malade et qu'il vient demander comment être guéri 4, C'est la seule fois, à ma connaissance, qu'une maladie, une banale, bourgeoise, humiliante maladie, figure dans la légende héroïque. Encore les anciens auteurs l’ont-ils relevée aussitôt au plan supérieur en admettant qu'il s’agit de colère et folie meurtrière. Mais le détail a son intérêt, car il atteste l'importance que prend chez Apollon vieillissant le don médical et guérisseur. A. vrai dire, il l'a toujours exercé. « Cultes oraculaires et cultes guérisseurs sont malaisés à distinguer, dit fort bien P. Guillon : les guérisons s’operent en général par une manière d'apparition prophétique de la divinité et les consultations oraculaires portent souvent sur la santé » (p. 104, n. 2). Solon mentionne déjà les médecins è côté des devins parmi ceux à qui Apollon enseigne leur art. Asclépios est étroitement uni à son père, notamment dans la légende très ancienne où Apollon tue les Cyclopes pour venger ce fils, foudroyé pur eux sur l'ordre de Zeus. Mais Delphes a-t-il vraiment favorisé le développement de sanctuaires analogues à celui d’Epidaure ? On le soutient parfois, en s'appuyant uniquement, j'en ai peur. sur des oracles suspects, allégués tardivement par des prêtres ou par des guides pour touristes, aux yeux de qui une charte de fondation contresignée par la pythie était le plus beau des titres de noblesse. Apollon médecin. à la grande époque, guérit des communautés entières et leur enseigne à apaiser les fléaux déchainés. Nous lui avons découvert un titre plus modeste, plus solide, dont ni personne ni lui-même n'a jamais parlé : il a délivré les cités de plus d'une discorde, par la simple vertu de son arbitrage, en choisissant parmi d'autres une solution qui n'avait en soi aucune excellence, mais qui sauvait parce qu'on cessait de discuter pour s'y ranger. Quand l'âge des cités fut clos pour toujours, il devint davantage le médecin des individus. Cela résulte de toute l'évolution de loracle, où finalement n’aboutissent plus que des consultations privées. Mais la personnalité d’Apollon est à ce moment assez forte pour supporter ce rétrécissement sans déchoir. Asclépios ne fait plus de miracles, ne recoud plus de tétes, ne délivre plus des femmes enceintes depuis cing ans: il prescrit & des dyspeptiques de prendre les eaux et des légumes verts. Figure construite par sept siécles d’adoration au cours desquels les fidèles lui ont apporté leurs aspirations les plus hautes, Apollon tout au contraire regagne en profondeur ce qu'il a perdu en envergure. C'est alors que Plutarque suggère, pour interpréter le mystérioux E inscrit dans le temple, sept explications inégalement intéressantes. Toutes prouvent du moins que les accessoires du culte étaient devenus objets de réflexion; on s’interrogeait à propos d’eux ct le sens le plus chargé de possibilités mystiques était toujours celui qui avait chance d'être préféré. E est le signe du nombre cinq. S'il a été dédié par les Sages, ce fut pour marquer qu'ils avaient exclu de l’hebdomade primitive deux tyrans indignes de figurer parmi les privilégiés du dieu. E est la seconde voyelle, qui peut représenter soit le Soleil, soit Apollon, équation que nous retrouverons en parlant des Lois de Platon et de l’image delphique qui ressort d'elles. E ou Ki est aussi le sí interrogatif qui commence tant de consultations, et il fait allusion au dieu que l’on consulte. Mais ei peut équivaloir à eithé : plaise au ciel... et, dans ce cas, il s adresse au dieu que l’on implore. Hi, si conditionnel cette fois, introduit un syllogisme, ce qui convient fort bien à Apollon, car il est dialecticien. Repris en fonction de chiffre, VE est interrogé de nouveau sur sa valeur en mathématique, en physiologie, en philosophie, en musique. La mystique des nombres, de Pythagore à Plutarque, avait fait bien des découvertes. Mais la plus belle des exégéses, et celle à quoi Plutarque s'arrête satisfait, est celle qui découvre dans la lettre la seconde personne du singulier du verbe être : Tu es. Affirmation essentielle du fidèle devant son dieu, Et Plutarque sait bien que celui à qui on dit cela est tout autre chose que l’Apollon qui lance ses flèches, qui tue Achille, qui séduit Coronis et comble de faveurs Admète son amant. Il le sait si bien qu'il rappelle que « certains anciens » disaient, non pas seulement el, tu es, mais el dy, tu es une unité 1, 1. Dans la phrase cité par PLurAnqux, l'auteur ancien — Xénophane 1 Parménide ? — mottait certainement le verbe à la troisième personno, exprimant un jugement et non une effusion mystique ; le sujet était-il Bess ou Apollon ? Cf. Winamowrrz, Glaube der Hellenen, II, p. 501, 1. }, Paus., X, 13, 8: Aront., B101,, 11, 6, 2.

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SIBYLLA SIBYLLA Seulement, cette derniére et supréme incarnation d’Apollon, ce n’est plus aux liturgies ni aux légendes delphiques qu'il en faut demander l'explication, mais aux philosophes et aux poètes qui ont tiré Dieu d’un dieu : les pythagoriciens, Pindare, Eschyle, ils connaissaient le visage et la voix, comme ayant succédé à la 220 221 prophétesse légendaire qui, sans le secours d’aucun instrument, affranchie mème de l’eau divinatoire, du trépied, du laurier, annonçait l'avenir. Ce n'est certainement pas un hasard si le premier texte qui, à notre connaissance du moins, dit que les Platon. réponses de la pythie ont besoin d’être interprétées (« Le dieu qui règne à Delphes ne révèle ni ne cache, il signifie »), est d’un Éphésien, de ce même Héraclite qui dit de la Sibylle : « Elle parle d'une CHAPITRE XII voix délirante, sans sourire, sans ornement, sans fard, et sa voix parvient au delà de mille années 1, » Reporté dans le traité de SIBYLLA Plutarque, cela signifie : « Ne reprochez pas à l’actuelle pythie la simplicité de ses méthodes ; la Sibylle ne cherche pas à plaire, dédaigne agréments et parures, et ce que dit sa bouche inspirée La première partie de cette étude nous a permis de cerner une (mainomenon sioma) se réalise après mille ans. » Dansnotre esprit, activité authentique, révélant une pythie qui ne prophétise pas, mais qui conseille, Nous avons pu également remonter à l’origine de certaines réponses apocryphes où nous avons reconnu non des oracles, mais des récits inspirés par le sacerdoce delphique. Ils sont marqués par des tendances qui ont fini par composer une morale assez caractéristique, laquelle, à son tour, a coloré beaucoup de réponses inventécs et, n'en doutons pas, de consultations authentiques également. Ce n'est pas assez de ces deux sources pour expliquer l'image que l'antiquité s'est faite de la pythie ; il faut y ajouter les légendes concernant les Sibylles, qui, passant d'Asie Mineure en Phocide, ont entouré la prétresse delcette simple phrase oppose nettement à la pythie, dont nous des fables. Rien d'étonnant par conséquent si Eschyle a donné phique d'un halo brillant et mystérieux et l’ont mise pour toujours à Cassandre, non du tout les traits de la pythie, mais ceux de la connaissons les réponses, cette figure de rêve, née de la vieille tendance messianique qui aspire soit au retour de l’âge d'or, soit au contraire à l’une de ces catastrophes qui châtieront un monde coupable et condamné. Mais Héraclite vivait dans le pays même qui a imaginé la Sibylle et qui l’a associée à un rêve de régénération périodique ; au contraire, il devait connaître fort mal la Grèce d'Europe et ce qui se passait vraiment sur les pentes du Parnasse. Rien d'étonnant s’il a prêté à la pythie quelques-uns des traits de la Sibylle. Et la Sibylle est la projection de la pythie sur le mur dans un éclairage d’irréalité. Sibylle ? ; et toute la tradition littéraire. poussant dans le même Tout ce qui concerne les Sibylles est énigmatique. Elles semblent bien être sorties de imagination anatolienne puis, d'Asie Mineure, elles ont passé en Libye, à Cumes, è Délos, à Delphes. Ni Homère ni Hésiode ne parlent d'elles, ni, ce qui est plus curieux, Hérodote, qui connaît tant de recueils d’oracles et tant d’histoires de prophéties. Un mot du devin Hiéroclès, qui bouffonne avec Trygée à la fin de la Paix,nous apprend du moins qu’en 420 avant J.-C. il circulait en Grèce des « oracles do la Sibylle », c'est-à-diro des prédictions probablement fort vagues sens, a prétendu retrouver dans la pythie son prototype mythique. que leur obscurité même rendait infaillibles. Il nous est inıpossible de savoir à quelle époque peut remonter la trudition delphique du Rocher de la Sibylle et dans quelle mesure les Grecs familiers du sanctuaire se représentaient la pythie vivante, dont L’une et l’autro sont des mainomena stomaia ; mais nous verrons ci-dessous que ces mots désignent plus d’une chose. Confondre la pythie avec la Sibylle était surtout tentant pour ceux qui écrivaient loin de Delphes. Les essais de Plutarque I. H£RA0LITE, fr. 93 et 92, celui-ci citó par PLUTARQUE, Pythie, VI, p. 397 A, On s’est demandé où a’arréte exactement la citation et sila dernière proposition n'est pas de Plutarque. Elle me paraît porter la marque même d’Héraclito ; de plus, amputée d’elle, la parole n’a plus de sens, Cf. A. DELATTE, Ant. Class., III (1934), p. 6, n. 1. 2. Le fragment de SoPHOCLE citó par Plutarquo (Pythie, XXV, p. 406 F =frg. NAUCK, 704 ; Pearson, 771, uvoc un commentaire) ne signifio nullement que le dieu s'exprime avec obscurité : dire que les sages le comprennent toujours mais non les fous, c'est reprendra simplement le thème de l'ultime réponse de la pythio à Crésus (II£rop., I, 91). Au surplus, le texte est difficile ot le sons assez douteux.