Platon et l'astronomie chaldeenne

Autor
Places, E. des
Publicado en
Melanges Franz Cumont.
Año
1936
Tema
PLATO
Idioma
Français
Categoría
C5 Astronomy
Número de archivo
4005

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Waa E P laton et l’astronomie chaldéenne Si l’on admet volontiers aujourd’hui une influence de l'Orient sur la philosophie et la science grecques en général (5), il reste bien des divergences à propos de la cette influence aurait marqué tel penseur manière dont en particulier, Le cas de Platon est typique. Je voudrais, dans ces quelques pages. montrer rapidement ce qu'il y avait en lui de prédispositions aux influences orientales; les traces que ces influences ont laissées dans son œuvre, du Phédon aux Lois; la continuité de pensée qui unit à cet égard les Lois et Y Epinomis; enfin, suivant qu’on en rejette ou admet l'authenticité, l'importance de ce dernier dialogue pour attester une conversion à l'astrolätrie chaldéenne, soit de certains membres de l’Académie, soit de Platon lui-même. * * * Né au début de la guerre du Péloponnése, à une époque où les Grecs paraissaient oublier les contacts bienfaisants du vie siècle entre le monde ionien et l'Orient, et, cinquante ans après Salamine, se repliaient sur eux-mêmes pour s’entredévorer; disciple de Socrate, dont la sagesse fortement conceptuelle n’annoncait pas les spéculations astrobiologiques de (1) Voir en dernier lieu ZELLER-Monpozro, La filosofia dei Greci, I, Florence, 1932, p. 63-99, Note sur les rapports entre la culture et la spéculation orientales el la philosophie et la science grecques ; P.-M. ScauxL, Essai sur la formation de la pensée grecque, Paris, 1934, p. 15-25; les tomes I ct II d'A. Rev, la Science dans Pantiquité, Paris, 1930-1933, par exemple t. II (la Jeunesse de la science grecque), p. 18: l'isolement de l'Ionie, extréme pointe de l'Orient en Méditerranée, « serait un bien autre miracle que le miracle grec »,

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par l'âge suivant: adversaire des derniers sophistes, mais sitique, dialec la , armes lá même astreint à se servir de leurs reà stiné prede guére ait non l’éristique: Platon ne sembl prêtres. | garder un jour du côté de la Chaldée et de sesCritia s, admides et Solon des isme l’atav Mais il y avait rateurs de la vieille Égypte, dont le début du Timée garde et le souvenir; et dès la fin de la guerre du Péloponnése tre l'arbi nir redeve allait la paix d’Antalkidas (386), la Perse dition des cités grecques; puis ce serait, présage de l'expé der avec d'Alexandre, l'échange de courants qui allait coinci d'une les progrès de la Macédoine; si bien que le repliement e Grèce fermée aux influences de l'Orient n'aurait duré qu'un es: homm génération. En Platon lui-même, il y avait deux Grec et «un sophiste et un théologien, ou, SI l'on veut, un un Chaldeen » (1). Le mot de Joseph de Maistre illustre bien la réaction contre le rationalisme et l'« appel à l'Orient » , et «la que M. L. Brunschvicg note à l’aube du x1x° siècle sophique et dualité, dans le platonisme, de la réflexion philo de la tradition mythologique » (). Dirons-nous donc : la dialectique seule est occidentale ; tout le reste, mythes d'Orient? Ce serait abandonner le plus riche, le plus suggestif de la pensée de Platon. Ou plutôt, hâtons entre use, spécie tre peut-ê nous de préciser cette opposition, les la dialectique et le « mythe ». Nous prendrons comme exemp qui ceux rge, Démiu au et Bien du 1'Idée à les textes relatifs Dieu du viennent les premiers en discussion lorsqu'il s’agit b-50c9; de Platon. Ce sont: Bang. 210 e-211 b ‚Rep. VI, 508 re le 8 27 d-29 a, 29e. Nous pouvons omett e : Tim. Soph. 94 texte du Xe livre des Lois (893 b sv.), qui ne fait que rele mouprendre, en l’appliquant à la divinité, la preuve pardémon trer à a) c-246 (245 e Phèdr le vement qui servait dans l'immortalità de l'âme. Cette longue dissertation est diaquelque lectique dans ses grandes lignes, mais d’un caractèreGeos. Par de ité peu populaire, et il y est question d'une plural là, elle est moins significative que les autres passages. Comparés aux textes du Timee, ceux du Banquet létes, t. Li, Lyon, 1892, p. 488). | i (2) Le Progrés de la conscience dans la philosophie occidentale, Paris, 1927, p. XIII-XIV. et de la République apparaissent comme nettement dialectiques. Est-ce à dire que le Timée soit mythique? Le mythe est ainsi défini par le Vocabulaire de la Société française de philosophie : « A. Récit fabuleux, d'origine populaire... « Les mythes solaires. » ... B. Exposition d'une idée ou d'une doctrine sous une forme volontairement poétique et quasi-religieuse, sc donne carrière, où l'imagination et mêle ses fantaisies aux vérités sousjacentes» (*). Pour Platon, le Vocabulaire renvoie à Couturat. Si Pon suit Couturat, on exclura comme non-philosophiques tous les passages mythiques: mais sans prendre à la lettre, avec Brochard, le détail des mythes, il reste plus juste d'y voir le prolongement de la connaissance scientifique. Pour M. Frutiger, le Timée est un mythe dans sa physique comme dans sa cosmogonie; pour le R. P. Bremond, «il est mythique et philosophique » (2). Sauvons donc les mythes, puisque aussi bien Platon n'y a jamais renoncé. La République, le Phèdre et déjà le Phédon, plus tard le Politique et le Timée contiennent des éléments «orientaux » (au moins par le caractère) qui prédisposaient Platon à embrasser, sur la fin de sa vie, la religion astrale des Chaldéens. Aussi, pour bien comprendre l'attitude finale (1) Vocabulaire de la Société francaise de philosophie, publié par A. LALANDE, nouvelle édition, Paris, 1928, t. I, p. 499. (2) V. Brocuanp, Les Mythes dans la philosophie de Platon (Études de philosophie ancienne et de philosophie moderne, Paris, 1912, p. 46-59): P. Fruricer, Les Mythes de Platon, Paris, 1930, surtout p. 210-225; A. BREMOND, Archives de philosophie, L.II, 1924, p. 400. Cf. A. pr Soras, cité par F. Charmot, L’Humanisme et l’Humain, Paris, 1934, p. 339: En face de ces mythes, deux attitudes possibles : «Ou bien exalter... l'effort du philosophe, qui tente d’unifier le réel en l’enchâssant dans les cadres de sa pensée ; et, par suite, déprécier, sinon comme œuvre d’art,du moins comme œuvre de philosophie, ces mythes, «la fonction fabulatrice » étant non un équivalent mais un substitut de la pensée, quand la pensée échoue... Ou bien, au contraire, ... présenter les mythes platoniciens comme des essais, rés, mais admirables, (1) J. de Maistre, Du Pape, livre 1V, chapitre VII | (Oeuvres com- 131 tentés prématupar le génic grec pour exprimer quelque chose du sens spirituel que comporte le grand poème de la création ». Le tout récent Platon de M. Ronin (Paris, 1935, p. 192-196) définit clairement «la fonction du mythe » dans la philosophie platonicienne. Voir encore, A, Rıvaup, Notice du Timée, Paris, 1925, p. 12-14,

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PLATON de Platon, il nous faut examiner à nouveau, comme Paul Shorey, mais d’un autre point de vue, ¢ l'unité de sa pensée ». eta « Moins purement eschatologique que celui du Gorgias », le mythe géographique du Phédon «fait pressentir les grands mythes cosmologiques du Phèdre ct du livre X de la Répu- ET L’ASTRONOMIE CHALDEENNE 133 Mais, ici encore, M. Robin se contente d'une note à propos d'Tlestia, qui reste au foyer du palais des dieux: «comme dans le Timée 40 b fin, (Platon) paraît transposer une métaphore des Pythagoriciens » (1). M. Dies pour le Politique, M. Rivaua pour le Timée gardent la même réserve, Nous arrivons ainsi aux Lois, dont l'atmosphère paraît, à première vue, si différente. ou ce qu'il On comprend qu'à une époque où la chronologie platonicienappelle que par ce qu'il dit, ceux du Politique ou du Timeée » (4. ne était dans l’enfance,et où l'on ne songeait même pas à replacer les Dialogues dans leur milieu historique, Zeller blique, et même, plulôt par ce qu'il implique M. Robin, qui fait avec tant de mesure ces rapprochements, se défend d'entrer dans une recherche d'origines et se borne à noter que Plalon a peut-être suivi ici la tradition orphique(?). Burnet était beaucoup plus affirmatif. l'heure si les influences excluent forcément celles orphiques « pythagoriciennes » Pour l’inslant, imitons la prudence de M. Robin. Sur l'influence orientale qui se fait sentir dans les mythes de la République, dans celui du Polilique, dans le Timée, dans le Banquet (discours d’Aristophane) et dans le Phèdre, où l'identification des douze dieux grecs avec les douze patrons des mois doit venir d’Eudoxe de Cnide, il serait prétentieux et vain de reprendre l'étude récente de M. J. Bidez (2). L’attelage du Phèdre et la procession des dieux sont particulièrement significatifs. M. Kerényi explique par le zodiaque la nature et le rôle des douze dieux, et rapproche de ce passage Lois VIII, 828 bc. Pour M. Nyberg, le texte s'inspire de la mythologie orphique et, par celle-ci, de la théologie zervanite; et cette description des chars des dieux rappelle «le char des éléments selon les Mages chez Dion de Pruse » (*). pu douter de l'authenticité des Lois. Revenu de cette maladroits, orientale. à vrai dire, et excessifs, D'autres ont prétendu que les — de Lois l'influence marquaient l'abandon de la dialectique el de la théorie des Idécs.En réalité, dans les Lois, l'étude de l'astronomie, qui, dans la République el le Phèdre, était subordonnée à la dialectique (2), se rattache encore à un système d'éducation ou à une science plus haute, qui n’est autre que la dialectique ou la théorie des Idées. Si la théorie des Idées n'apparaît qu'à l'arrière-plan dans les Lois, c'est que le premier plan appartient à la théorie de l'âme et des dieux. Les Lois sont un livre populaire, et il my a point de contradiction entre ce qu'on pourrait appeler les deux moments de la pensée de Platon @). La continuité qui se manifeste dans l'œuvre de Platon se prolonge-t-elle jusqu'à l'Epinomis? Sur le point de la dialeclique, ce n’est pas douteux: l’'Epinomis maintient (991 c) la discussion méthodique à côté de la formation par les sciences. Mais la conception de l'astronomie que ce dialogue suppose n'est-elle pas entièrement différente de celle des Lois? Nous entrons ici au coeur de notre sujet: en effel, montrer l'unité de la pensée de Platon à travers les Lois et l'Epinomis, (1) L. Ronin, édition du Phédon, Paris, 1926, p. Lxxvuti. (2) Ibid., p. LxvI: p. 94, n. 1. — Nous verrons tout à ou de l'Orient. ait erreur, il devait batailler jusqu'à sa mort contre les partisans, | (3) Plaion, Eudoxe de Cnide et UOrient (Académie royale de Belgique, Bulletins de la classe des lettres, 5° série, t. XIX, 1933, p. 195218, 273-319). 4. K. KERÉNYI, Astrologia platonica: Zum Weltbilde des Phaidros (Archiv für Religionswissenschaft, XXII, 1923-1924, p. 245-256), surtout p. 246-250; H. S. NyxERG, Questions de cosmogonie el de cosmologie mazdéennes. 11. Analyse des données (Journal asiatique, t. 219, 1931, p. 1-124, 193-244), p. 106; cf. p. 91-100, 243 et n. 1. (1) Notice du Phédre, Paris, 1933, p. LXXXILL. Rep. 531 d (cf. A. Dies, Introduction à la République, Paris, (2) 1932, p. LxxxI1); Phédre, 247 cd. (3) Cf. V. Brocrarn, les « Lois » (Eludes de philosophie ancienne de Platon et la théorie des Idées et de philosophie moderne, 1912, p. 151-168), surtout p. 163-164 ; L. Rosın, Platon, p. Paris, Paris, 1935,

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l'ancienne, mais plutôt donner une nouvelle vie el un nouc'est montrer que Platon a connu et peut-être adopté Pasveau sens A une vieille formule, tout olympienne » (1). Étutronomie chaldéenne. diant la religion de Platon d'après le Xe livre des «Lois», le R. P. A. Bremond a pu citer fréquemment U Epinomis (3). Sans doute, il subsiste des divergences, Epin. 987 b 5 attribue aux planètes le mouvement de gauche à droite (éxi detid), celui du même d’après Tim. 36 e 5-6, alors que Tim. * * Astronomie, Platon a borne à 135 disons-nous, * et non pas «stroméléorologie: toujours dédaigné l'observalion prédire le il temps; astres (1), Astrologie, vulgaire qui se étudie scientifiquement les au sens moderne, 36 d Pattribue au ciel des fixes. C’est que l'Epinomis (comme Lois VI 760 d) se place au point de vue populaire du spectateur qui regarde les astres à un moment isolé de leur course, tandis que le Timée suppose qu'on se tourne vers je nord, comme on le faisail pour observer le vol de l’oiseau: celui-ci va, par conséquent, ¿mi delia, vers Vest (cf. Il. M 239); les planètes, au contraire, vont vers l’ouest, donc éx’ deroteod. Cette contradiction apparente, un des arguments de Proclus ne serait pas plus exact (8): ni les Lois ni ' Epinomis ne parlent d'une influence que les astres excrceraient sur la naissance et la destinée humaines @). Mais astrolátrie serait fondé, puisque les astres sont les dieux visibles; el c'est bien une religion astrale que |’ Epinomis propose aux Hellènes, à côté de la religion delphique (987 d- 988 a). La doctrine de l’ Epinomis est dans la logique du Timée, contre l’authenticité de l'Epinomis, a été bien expliquée par M. Taylor après Boeckh et Th.-H. Martin: Timée parle en des Lois et de tout le platonisme. Comme M. Grube, après M. Harward, le fait remarquer justement, «l'identification des dieux avec les âmes du soleil, de la lune, des planètes el des autres corps célestes... est une conséquence naturelle... de la croyance de Platon que seule une âme peut causer un PnERs pythagoricien, comme l’exigeaient les vraisemblances dramatiques et historiques; or, pour les Pythagoriciens, c'est le xdouos qui tourne ¿ni defied ; et de l'accord qui existe tes... paraîtrait découler naturellement des prémisses platoentre Epin. et Lois 760 d contre le Timée, il faut rapprocher celui qui oppose également au Timée, à propos de Porbite planétaire, Lois VII 822 a et Epin. 987 b 7-9(*). Les particularités de l'Epinomis en ce qui concerne le cinquième élément, ou éther, et la démonologie nous intéressent ici moins niciennes. directement (*). mouvement ». Si, au temps où I’ Epinomis fut écrit, les planètes s'étaient déjà révélées soumises à des lois mathématiques, «l'identification des dieux avec les différentes planèCe n'est pas substituer une nouvelle religion à (1) Epin, 990 a 5-8; cf, E. Preirrer, Studien zum antiken Sternglauben ( = ZTOIXEIA, 11), Leipzig et Berlin, 1916, p. 46. (2) « Aujourd’hui... asfrologie ne comporte aucune équivoque. Le caprice de l'usage a réservé à la science le terme d'astronomie... et appelé astrologie l’astromaneie » (A. Boucuf-LrcLEnco, (1) G. M. A. Grube, Plato's Thought, Londres, 1935, p. 176; cf. J. Harwarp, The Epinomis of Plato, Oxford, 1928, p. 19-20. PAstrologie (2) Recherches de science religieuse, XXII, 1932, p. 26-53. (3) A. E. TayLor, Logos, IV, 1921, p. 49-54; cf. Plato..., Londres, 1926, p. 498, n. 1: The Laws of Plato..., Londres, 1934, p. 210, n, 1. grecque, Paris, 1899, p. 3, n.2). Mais comme l’auteur Pexplique (après Pour M. Robin, le langage du T'imée s'explique au mieux par la manœula p. xx) vre d’une machine astronomique (Platon, p. 210-212) : cf. A. Rivaup, dans une note manuscrite de la bibliothèque de la Sorbonne, son l'emploi exemplaire, conservé à d’dotgodoyia au sens de « science des astres » ou astronomic ne créait pas davantage une équivoque avant l'introduction de l’apotelesmatique el de l’astromancie, et la vogue de l'astrologie divinatoire ou « judiciaire o, (3) D'après M. Biprz (Platon, Eudoxe de Cnide.... édition du Timée, p. 55-56; Revue d'histoire de la philosophie, (4) L’éther, attribué par Atticos et Cicéron à Aristote, l’était par Xénocrate et Simplicius à Platon ; cf. J. Harwarp, p. 280-281, TI, 1928, p. 7-11. L c., p. 123-124. Voir sur cette question Th.H. MARTIN, Études sur le Timée de Platon, 288-289), le choix des vies dans le mythe d’Er et dans le Phédre dé- II, noterait l'influence de Ja généthlialogie chaldéenne; de même Tim. Dunem, le Système du monde, Paris, 1913, p. 45-18: 41 e (p. 308). le passage entre les quatre éléments du Tin. et les cing substances sim- Paris, 1841, p. 140-143; A. E. TayLor, Plato..., p.499, n. 2.; P. l’/pin, établit

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A l'appui de sa thèse sur (Origine astronomique de la croyance pythagoricienne en Vimmortalité céleste des âmes (), M. L. Rougier a récemment soutenu le plein accord des idées de l’Epinomis avec celles des autres dialogues (?). Mais il prétend démontrer ainsi que l’origine pythagoricienne de 137 * * * S'il n’y a pas de contradictions entre I’ Epinemis et les autres dialogues de Platon, si même ceux-ci préparent, dans une certaine mesure, la religion astrale, l’enthousiasme final du cet enthousiasme est un maître pour fait nouveau, la doctrine exclut tout emprunt à la Chaldée, alors qu'il semble bien probable, au contraire, que le pythagorisme a, qu'il reste à établir ct à expliquer. par l'Asie Mineure, beaucoup recu de l'Orient. Tout comme partisans de l'influence orientale sur l'Académie, MM. Cules mystères d’Elgusis, s’ils ne sont pas de provenance direcmont, attribuent l Epinomis à Philippe tement égyptienne, ainsi que le croyait Paul Foucart, red’Oponte. Or, si l’Epinomis n'est pas de Platon lui-même, monteraient cependant à l'Égypte par l'intermédiaire de les rapports de Platon avec la théologie sidérale des Chaldéens la Crète (3), la religion astrale a pu venir de Perse, ou plutòt de Babylone, en Grèce, par les cultes à mystères, l’orphisme et la spéculation philosophique (*). paraît pas impossible de montrer que les arguments appor- Bidez redeviennent et Jaeger, fort problématiques. En effet, les plus fermes Mais, en réalité, il ne tes en faveur de l'influence orientale sur l’Académie établiraient, tout aussi bien, que cette influence s’est exercée sur Platon, et expliqueraient, par suite, qu'il n'y ait rien dans ples d’Aristote; le feu de l’Epin, est l’éther pour Aristote, ct vice versa, Duhem répondait par avance aux objections d’E. Sachs et de le langage de l’Epinomis qui W. Jaeger. Pour Jaeger (Arislotle, Oxford, 1934, p. 137; p. 139 et n, 1), l'Epin. ne prend que Vextérieur de la théorie aristotélicienne, à savoir l’existence d'un cinquième élément: Pair est simplement dédoublé et le feu garde la première place. D’après E. Sachs (Die Lois. fünf qui platonischen Körper = Philologische Untersuchungen, XXI, Berlin, 1917, p.15-16 et 63-64), l’ordre des éléments n’est pas le même 984 b et 981 b. C’est que, pour introduire l’éther dans la serie platonicienne des éléments,— sur laquelle Platon n’avait pas varié, comme en témoigne l’incertitude même de Epinomis, — ou bien on suivit les indications de Platon sur la nature de l’éther, qui, d’après Tim. 58 b (et d), était la plus pure partie de lair (984 b); ou bien on se guida sur la succession des polyèdres réguliers (Tim. 55 ac), et l’éther prit la cinquième place, celle du dodécaèdre (981 b). L’« incertitude » qu’E. Sachs trouve dans l’Epinomis s'explique aussi bien si Platon a luimême développé dans ce dialogue les « indications » du Timée. La démonologie de l’Epinomis (984 b-985 b) mériterait une étude spéciale; notons seulement qu’A. E. Taylor justifie Platon d’y avoir ajouté un trait à ses descriptions antérieures (985 b 1-4): cf. Plato and the authorship of the « Epinomis» (Proceedings of the British Academy, XV, 1929), p. 22. (1) Institut français d’archéologic orientale. Recherches d’a rchéologie, de philologie et d’histoire, t. VI, 1933. (2) Op. cit., p. 124-127. (3) Cf. Ch. Picarp, Sur la patrie et les pérégrinations de Demene convienne à l’auteur des Rappelons donc les principaux de ces arguments. Tout d’abord, la mention d’un hôte chaldéen de l'Académie. Elle figure dans une notice de l’Indexz d’Herculanum se rapporte vraisemblablement à « Platon, dans sa vieillesse, accueillit un Philippe d'Oponte : étranger chaldéen », qui put l'instruire des découvertes faites par ses compatriotes (1). Pour M. Jaeger, la présence de ce Chaldéen a pu « Alten Orient », 5), Leipzig, 1925, p. 7-8 : « On reconnaît généralement aujourd’hui les éléments de la religion astrale chaldéenne dans la mystique arithmétique et géométrique des Pythagoriciens ; et que les vues des Orphiques (vı" siècle) sur la destinée de l’âme après la mort, sa réincarnation et sa libération du cycle des choses soient d’origine orientale, on n’en doute plus guère aujourd’hui, Mais c'est aussi le grand maître de l’Académie, Platon lui-même, qui, précisément en raison de ses relations avec la mystique orphique et les Pythagoriciens, a été plus fortement influencé par des conceptions astrales qu’il ne semblait jusqu'ici.» Et M. Gressmann de renvoyer à Particle, cité plus haut, de M. Kerényi. Nous avons vu l’opinion semblable de M. Nyberg. (1) Academicorum philosophorum index Herculanensis, Edidit S. ter (REG, 40, 1927, p. 320-369), surtout p. 367-368. (4) E. PrerrrEr, Studien zum antiken Sternglauben, p. 130. Cf. MEKLER, Berlin, 1902, p. 13, col. ILL, LL 39-41. Cf. F. Cumont, Babylon und die griechische Astronomie (Neue Jahrbücher für das klas- H. GRESSMANN, Die hellenistische Gestirnreligion (= Beihefte zum sische Altertum, XXVII, 1911, p. 1-10), surtoul p. 3-4, et Astrology

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faire naître la légende de I’Indien qui aurait interrogé So- 139 une mort violente, légende qui ne faisait que formuler l'idée, meilleurs manuscrits de Il’ Epinomis constituait «un témoignage de trois siècles antérieur à Diodore, et très vraisemblablement antérieur à Bérose lui-même »; et M. Bidez pouvait courante dans l'Académie, d’après laquelle il faudrait désorconclure: « Quand cessera-t-on de mais combiner la théologie astrale de l'Orient et la religion a delphique des Grecs (1). des Chaldéens » (1)? Que l’ Epinomis, crate sur sa philosophie, ou du mage qui lui aurait prédit Vient ensuite ce que M. Rougier appelle «l'argument Bidez»: «argument singulièrement frappant », il le pu avoir connaissance de la contester qu'Eudoxe déjà sagesse et des en effet, aberrations adopte le nom de chaldéen d'une planète, cela ne prouve pas qu'il prenne à son recompte connaît (2). C’est (Epin. 987 ¢ 4) la leçon du Parisinus graecus 1807 (A) et de la première main du Valicanus graecus 1 (0), “HAfov au lieu de Kodvov, selon laquelle Saturne serait la planète du soleil, comme l’appellent les astrologues babyloniens. La note que M, Bidez a consacrée à cette question dès toute l'astronomie impliquée par ce nom: mais qu’Eudoxe ait fait connaître à Platon les doctrines orientales, on nen peut plus douter aujourd’hui (2). Laissons de côté un troisième argument qui a été apporté en faveur d'une influence orientale, mais iranienne plutôt que chaldéenne. C’est le dualisme à la manière de Zoroastre 1905 a élé reprise par M. Cumont en 1911, dans son article qu'attesteraient le Xe livre des Lois (896 d-897 d) et 1 Epides Neue Jahrbücher (8), puis, tout récemment, dans un imnomis (988 e 2-3). Aux négations de MM. Robin et Guéroult (5), portant mémoire sur les Noms des planètes et chez les Grecs ($). lastrolälrie Quoique M. Rougier allégue à l'encontre de la leçon ‘Haiov l'ignorance qu'elle supposerait chez l’au- M. Schuhl oppose, sans prendre parti, le témoignage favorable M. Jaeger, et celui, plus douteux, de Wilamowitz (‘), de pour qui d’ailleurs Platon n’aurait pas définitivement admis teur de l'Epinomis (5). cette conception semble bien « fournir un une preuve décisive d’Origene et de ses disciples, avec la restauration finale qu'ils de l’origine orientale des doctrines astronomiques » de ce dialogue (*). La leçon primitive des deux mal radical. Cette derniére appelaient dxoxaráctao:s ; tonisme interprétation a été celle il y a toute une tradition de plaoptimiste. and religion among the Greeks and Romans, New- York et Londres, 1912, p. 49; J. Binzz, Revue de Philologie, 2° série, XXIX, 1905, p. 320, n. 4; W. JAEGER, Arisfoleles, Berlin, 1923, p. 133 (Aristotle, 1934, p. 132; Aristotele, 1935, p. 172). (1) Revue de Philologie, 1905, p. 320. M. Bidez est revenu sur la question dans Particle cité plus haut, Platon, Eudoxe de Cnide et l'Orient, et dans le Volume offert à Jean Capart (Annuaire de l’Insticipaux textes sont le fragment 31 Müller d’Aristoxéne de Tarente tut de philologie et d’histoire orientales de l’Université de Bruxelles, III, 1935), p. 41-89: les Écoles chaldéennes sous Alexandre el les (FHG, t.II, p. 281) et le fragment 32 Rose d'Aristote (Diogéne Laérce) : Séleucides, cf. aussi l’Index Iereulanensis (Mekler), p.12, note à la 1. 40 de la col. ITE, — Je cite de préférence les traductions anglaise et italienne de 311-312. (1) Aristotle, p.165 et n.1: Aristotele, p.219 et n. 1. Les deux prin- Jaeger (R. Robinson, Oxford, Florence, 1935), (3) L. Ronin, Études sur la signification et la place de la physique de l’auleur en font comme une dans la philosophie de Platon, Paris, 1919, p. 72, n.2; M. GUÉROULT, Le 1934; parce que les additions ct corrections G. Calogero, seconde édition de son ouvrage. (2) L’ Origine astronomique..., p. 117. (3) Supra, p. 137, n. 1. (4) L’Antiquilé classique, IV, 1935, p. 5-43,surtoul p. 10-13 (traduction et commentaire d’Epin. 986 e-987 d). (5) « L'auteur... (2) Cf. J. Binez, Platon, Eudoxe de Cnide et l'Orient, p. 199 sv., n’a garde de professer une doctrine astronomique aussi barbare que celle qui justifie l'appellation donnée à Saturne d’astre du Soleil » (op. cit., p. 118). (6) F. Cumont, l'Antiquité classique, 1935, p. 11, n. 6. - X° livre des « Lois» et la dernière forme de la physique platonicienne (REG, 37, 1924, p. 27-78), surtout p. 49-54. Ajouter J. Harwarn, The Epinomis of Plato, p. 46 et 135, (4) P.-M. Scnunz, Sur le mythe du « Politique » (Revue de métaphysique et de morale, 1932), p. 58 ct n. 9; W, JAEGER, Aristoteles, p. 134 (Aristotle, p. 133; Aristotele, p. 175); U. von WILAMOWITZMOELLENDORFF, Platon, Cumont, Les L. II, Berlin, 1919, p. 315-323. Ajouter I, Religions orientales dans le paganisme romain, Paris, 1929, p. 278, n. 47; L. Rouaren, op. eit., p. 90.

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Reste la reconstitution du zeoi gulocoplus d'Aristote que M. Jaeger a élaborée dans un chapitre magistral (’). C'est une sorte de commentaire de l'Epinomis, à partir de 981 b surtout (2). En effet, d’après le ZZeoì quaocopias, la sont nés dans l'atmosphère de l'Académie, alors toute chaldéenne ou du moins toute pleine de la théologie astrale. Mais comment expliquer l'accord souvent frappant des expressions (par exemple fr. 10 et Epin. 985 c), bien qu’ici même Aristote reste didactique, alors que l’Epinomis garde quelque chose du style du Phédre? Les deux auteurs pourraient s'inspithéologie astrale du vieux Platon doit remplacer la theorie des Idées comme point de départ de la métaphysique; et la théologie du /Tegi pidocopías correspond à peu près parfaitement à celle de l’Epinomis, sauf qu’elle introduit dans la cosmologie de Platon l’&ther, comme élément des cieux, et l’éternité du monde (5). Si le fragment 15 du ZZepi pulocopias, si important pour la psychologie des mystères (*), inaugure l’ère de la religion personnelle, celle-ci, d’après le fragment 10, a deux sources: la saisie de Dieu dans le sommeil ou à l'approche de la mort et la perpétuité de la vie intérieure de l'âme: la vue du ciel étoilé. Or, n’est-ce pas là le double enseignement de I’ Epinomis, comme ce sera plus tard le double objet de l'admiration de Kant (5)? Sans doute, les rêves envoyés par Dieu (et prophétiques) du fragment 10 (cf. Tim. 71: Epin, 985 c) seront abandonnés d’Aristote dans le De divinatione per somnum; mais même après avoir sacrifié la théorie des Idées, il gardera quelque temps la conception platonicienne de l’âme, et probablement aussi la doctrine platonicienne de 141 rer d'un enseignement oral de Platon: mais la fidélité d’Aristote à cet enseignement s’expliquerait mieux par l'attention avec laquelle il aurait médité l’œuvre posthume de son maître. Celui qui devait, dans des vers fameux, élever un autel à l’Amitie en l'honneur de Platon n’a-t-il pas, en effet, regardé ce nouveau Zoroastre comme le fondateur d'une religion (1)? En résumé, l’argumentalion de M. Jaeger démontre, d'une manière convaincante, l'influence chaldéenne sur !’Academie; mais si, comme il le croit, l’Epinomis n'est que de Philippe d’Oponte, on ne semble pas fondé à parler d’une conversion de Platon à la théologie astrale. Il faut en dire autant des arguments de MM. Cumont et Bidez, bien que ceux-ci affirment qu’en l'occurrence la question d’authenticité importe peu. Est-il donc indifférent que le ton énergique et lequel presque inspiré, autoritaire dans sa briéveté, sur l’Epinomis prêche aux Hellènes, selon l’auteur de l’immortalité. l'expression de M. Cumont, « le premier évangile de la religion Enfin, le livre III du /Zegi pidocopías, que remplissait la preuve de Dieu par le spectacle des cieux, faisait écho a ment celui d’un disciple sans crédit? Mais Aristote n'aurait Epin. 978 ce, et à l’allégorie de la Caverne. pas suivi de si près un Philippe d’Oponte dans son manifeste Il ressort de cette comparaison que les deux dialogues stellaire de l’Asie»(?), «sur la philosophie », et il est difficile de concevoir que ce ton d’autorité soit celui d’un autre que Platon (3). (1) Die Programmschrift; ITeoì piAocoglas (Aristoteles, p. 125-170; * * * Aristolle, p. 124-166; Aristotele, p. 161-220). (2) Dans Hermes, 64, 1929, p. 23-30, soit celui du vieux Platon ou seule- M. JAEGER a examiné la premitre partie du dialogue (973 c-979 d). Ainsi, après avoir rappelé les prédispositions de Platon à une influence orientale, puis suivi les traces de cette in- (3) Artsfolle, p. 138-140 ; Aristotele, p. 181-184. (4) J. Croissantr, Aristote et les mystères, Liège et Paris, 1932; cf, REG. 47, 1934, p. 264-265; Recherches de science religieuse, 24, 1934, p. 508. (5) Cf. Epin. 977 b, commenté REG, 44, 1931, p. faisait déjà le rapprochement avec Kant et 158. M. Jaeger citait Lois XII, 966 d (Aristotle, p, 161; Arisfolele, p. 214), mais non le texte de l’Epinomis, (1) W. JAEGER, Classical Quarterly, 21, 1927, p. 13-17; cf. Aristolle, p. 106-109 et 134, n, 2; Aristolele, p. 137-141 et 176, n. 1. (2) Astrology and religion..., p. 51. (3) Cf. A. E, TayLor, Plato and the Authorship of the « Epinomis y,

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fluence dans son œuvre et montré, de ce point de'vue, l’unité de sa pensée, nous nous sommes trouvé en presence d’un doeument qui se donne de l’Academie et qui, pour le en testament méme spirituel du chef temps, est une profession de foi en la religion astrale. Sil’ Epinomis West pas de Platon, la question posée dans cet article, celle des rapports de Platon avec l’astrolätrie chaldéenne, hypothétique. que la Nous théologie avons, sidérale au n’admet qu’une réponse contraire, essayé d'établir de l'Epinomis prolonge l'évolution attestée par les Lois, et que, si l'authenticité du dialogue apparaît d’ailleurs le plus clair témoignage soutenable, ce dialogue de l'influence que la constitue religion des Chaldéens a pu exercer sur les dernières années de Platon. Yzeure (Allier). EDOUARD pes PLACES.