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Cur
Afetes
L’Apollon solaire
On sait qu'au xixe siècle il était généralement admis qu'Hélios
et Apollon étaient des divinités au fond identiques. Comme
l'écrivait Rapp, l’auteur de l’article Hélios du Jtoschers Lexikon.
« le souvenir de l'identité originelle de nature entre Apollon
et Hélios se poursuit à travers toute la littérature grecque} ».
Il ne manquait cependant pas déjà alors de sceptiques et.
Welcker se plaignait que, dans un désir de contradiction (im
Eifer des Widerspruches), on eût déclaré que c'est chez Euripide
que pour la première fois Apollon apparaissait comme dieu
solaire?. Lui-même, polémiquant contre J. H. Voss, acceptait
de constater que, chez Homère, Hélios ct Apollon, Séléné et
Artémis ne se confondaient pas, mais il eroyait pouvoir établir
qu’Apollon et Artémis s'étaient dégagés d'Hélios et Séléné’.
Les savants du x1xé siècle, dont Welcker n'était que l'un (on
pourrait citer également un Ottfried Müller, un Gerhard, un
Usener‘), revenaient ainsi à la théorie des mythographes
anciens. C’est que, comme eux, ils faisaient une très large
part à l'idée que les dieux sont originellement les forces de
la nature. -
Actuellement ces vues, en ce qui concerne Apollon, sont
abandonnées, bien que A. H. Krappe, en 1946, ait encore fait
au moins de l’Apollon Lycien un dieu solaire d’origine anatolienne5. On trouve dans Farnell sur l'identification ApollonHelios une étude détaillée dont les conclusions sont généralement
admises et il revient à l'affirmation qui soulevait les critiques
1. T. 1, 2, Leipzig, 1886-1899, col. 1996, L 7.
9 E.G. Weicker, Die griechische Göllerlehre, L. 1, Götlingen, 1857, p. 54.
3. Ibid., pp. 546 sqq.
2; MH. UsexeEn
4. O. MürLen, Dorier, I, pp. 288 sgg. ; GEHRARD, Lichiqgoltheiten, p.
dans le Rhein, Mus., 1R68, p. 373.
5. Apollon dans Studi e materiali di slor. d. rel, 1943-1916, pp. 115-132,
Página 2
Ver en el PDF(se abre en una ventana nueva)de Welcker : Euripide est le premier à nous la proposer!
Viennent ensuite, peu après, un fragment de Skythinos de
Teos? et un fragment de Timothee?. Le problème qui occupe
nos mythographes est du reste désormais beaucoup moins celui
plus systématique. C'est au maitre incomparable auquel je
dédiai ces études de ma jeunesse, qu'il m'est agréable d’offrir
ces considérations qui les prolongent.
de la nature originelle du dieu que celui de son pays d'origine.
150
101
I] faut noter d'abord qu'Euripide n'est pas, comme le
avis®, mais
dit encore Farnell et plus récemment M. A. S. Pease’, le premier
a nous offrir l'identification d’Helios et d’Apollon. Il suffirait
du reste de lire avec soin le fragment de son Phaelhon, où il
nous la donne, pour en avoir déjà plus que le pressentiment?.
Un personnage (serait-ce Phaéthon après sa chute ? serait-ce,
M. Nilsson, après Wilamowilz, frappé surtout par le rôle du
comme chez Ovide, Ja Terre ? pour Wilamowitz, c'est Kluméné,
dieu dans l’Iliade, comme protecteur des Troyens, songe plutôt
amante d’Hélios et mére de Phaéthon) s’écrie : « Hélios au
bel éclat, comme tu m’as perdu {w'ärweoxs) moi ct celui-ci;
chez les mortels il t’appelle à bon droit Apollon, celui qui
sait les noms silencieux des divinités! » L’étymologie d’Apollon
Est-il purement gree ? Vient-il du nord ? Le mythe de ces
Hyperboréens, auquel il est intimement lié, en paraît l'indice
à Farnell#. Cook veut qu'il ait depuis le Danube suivi le chemin
de l’ambre®.
MM.
Rose,
Guthrie sont de cel
à des origines asiatiques’.
Notre dessein ici n'est pas de reprendre ces importantes
questions. Nous ne songeons pas à contester la différence originelle d’Helios et d’Apollon et nous n'avons pas de théorie à
proposer sur le lieu de provenance de celui-ci. I] est seulement
d’essayer de préciser la date et les conditions dans lesquelles
s’est faite l'identification des deux divinités et d'en tirer certaines
leçons de portée plus générale. On ne met guère en doute
aujourd'hui le plus souvent qu'elle soit de nature savante,
philosophique même, mais on ne songe pas toujours à reconnaître
avec précision quels sont ces philosophes qui sont surtout à
rendre responsables et quelles raisons les ont conduits. Or si elle
— -Anddrwy < arorAdcba. — est le biais par lequel s'opère l'identification. Or l’on constate qu'elle est le fait non pas du vulgaire,
mais de « celui qui sait les noms silencieux des divinités ».
Que faut-il entendre par cette expression assez singulière, « les
noms silencieux » ? Je pense que cela signifie « des noms qui se
taisent pour le profane », mais qui parlent aux savants. Ceux-ci
sont capables d’appliquer à Hélios ce nom révélateur de sa
nature. Évidemment la victime d’Helios, Phaéthon ou Kluméné,
est très en faveur chez les stoïciens, ceux-ci ne sont en la
déforme ou parodie sous l'effel de son désespoir l'attitude de
ces gens, veut retourner contre le dieu cruel le nom véritable
matière {comme en bien d’autres) que des héritiers el des
qui est le sien pour les initiés ; mais tout ceci suppose l'existence
continuateurs, comme ils le sont, du reste, pour l’ensemble de
leur théologie astrale et c’est ce qu'il faut montrer avec quelque
détail.
Je reviendrai ainsi sur des textes et des idées déjà indiqués
autrefois dans mes Etudes sur le Songe de Scipion, mais en les
complétant et en les présentant, sous un jour plus historique et
BENNE
1. L.R. Farserı, The Cults of the Greek States, t. IV, 190. pp. 136 sqg.
. SKYTHINOS DE TÉOS, ap. Puur, De Pyth. Orac., c. 16.
. TIMOTHEE, Fr. 13 BERGK.
. Op. land., p. 102 sqg.
A. S. Cook, Zeus, t. II, Cambridge, 1925, pp. 453-459.
’
6. N. J. Rose, cité par W.K. CG. Guthrie, The Greeks and lheir Gods, Londres,
Last pp. 74 sqg. et 204.
7. En dernier lieu, Geschichte der griechischen Religion, dans le Handbuch der
„Wlertumswissensrhaft. t. 1, 2e éd, Munich. 1955, p. 559 ıp. 563, n. 2, discute la these
de l'origine septentrionale. Cf. H. GALLET DE SANTERRE, Delos primilive el archaïque,
Paris, 1958. je
135, n. 2.
de Ges derniers et de leur méthode d'interprétation.
|
Euripide est donc le témoin d'une exégèse qui lui est antérieure. Mais avant lui la tragédie nous en offre un autre, qu'on
s'étonne de voir ignorer par trop de mythographes et qui n’est
pourtant pas moins qu’Eschyle, en plusieurs passages. Le plus
intéressant est une pièce perdue, sa tragédie des Bassarides,
qui, selon Haupt, était la seconde pièce d'une tétralogie sur le
mythe de Lycurgue, l'ennemi de Dionysos, tétralogie qui
comprenait en outre les Edoniens, les Jeunes gens (Neaviaxot),
et un drame satirique intitulé Lycurgue. Dans les Bassarides,
on voyait au soleil levant Orphée monter sur le Pangée, v adorer
1. Edition du De natura decrum de Cictrox, t.
IL, Cambridge tl SA, 1958,
2. Frag. 775 : & ulhıgeyyie "Hr! bz u'dndheor: zat mad’, ATOME Oey
Beozoïs hd: Kadet. Gams Tk otyovr? Svduxe olde Sauve,
Página 3
Ver en el PDF(se abre en una ventana nueva)Helios comme le plus grand des dieux {uéyiorov zv Oev) et
lui donner aussi le nom d’Apollont. On voil tout de suite l'intérêt
de cette notice rapprochée du fragment d’Euripide. Elle nous
Le ze que Paul Mazon traduit « qui est aussi » pourrait signifier
152
confirme le caractère savant de l'identification. On ne croira
pas volontiers avec Toepffer autrefois qu’Eschyle ait connu
cette légende au cours de son séjour en Thrace?. Orphée apparaît
comme sachant appliquer à Helios les otyüv+’ òvógara dont parle
Euripide. Et ceci nous oriente dans une certaine direction qui
n'est pas celle de légendes locales et populaires.
Krüger, Wilamowitz ont appuyé sur ce témoignage leur vue
d'un orphisme qui aurait d’abord été plus apollinien que dionysiaque, Orphée étant en fait peut-être, dans les Bassarides, la
victime des Ménades thraces pour sa résistance à Dionysos’.
Laissons de côté cette discrimination entre orphisme et dionysisme, selon nous plus spécieuse que solide — mais ceci n’est
pas notre probleme présent —, pour ne retenir que l'identification Apollon-Hélios. Mise par Eschyle dans la bouche d'Orphée,
elle se retrouve de fait dans plus d’un fragment de la littérature
orphique et d'abord dans les Hymnes VIII et XX XIVE Il est
Apollon, dieu jadis exilé du ciel! ». Ici peut-être peut-on discuter.
simplement « et aussi » et ne faire que coordonner le Soleil et
Apollon, comme nous les trouverons associés dans les Lois de
Platon?.
Quant au troisième des grands tragiques. Sophocle, il ne
semble pas avoir fait allusion dans ce que nous avons de lui
à l'identification d’Apollon et d'Hélios. Mais il sait dans les
fragments 1017 sqq. de Nauck que les sages (oi odor) appellent
le soleil « géniteur des dieux et père de toutes les choses? »,
lui assignent donc un rôle prépondérant dans leur théologie ct
leur cosmologie*. Qui sont ces sages ? Dieterich conjecturait que
ce pouvait être Héraclite; Krüger et Reinhardt pensent aux
orphiques5, Nous allons voir qu'une autre direction de recherche
a pour elle de bien autres probabilités, Remarquons déjà que
dans un autre passage, dans l'Électre, v. 62, on voit réapparaitre
à nouveau « les sages ». Ceux-ci se livrent au subterfuge de se
faire passer pour morts afin d'être ensuite honorés, quand ils
reparaissent”. On a pensé à Zalmoxis et à ce qu'en conte
légitime de penser qu’Eschyle n'a pas inventé de toutes pièces
Herodote®. Mais le scoliaste parle de Pythagore’, dont pour
sa figure de l'aède fabuleux et a dû s'inspirer de cette littérature
Hérodote Zalmoxis est du reste l'élève, et Hermippe avait en
effet attribué au sage de Samos le même trait!
orphique, qui ne s’est pas créée un jour ex nihilo en un clin
d'œil, quand Platon en constatera l’abondance multiforme’.
Moins importants sont deux autres textes d’Eschyle, mais dont
on doit s’étonner plus encore qu'ils aient été souvent ignorés
des historiens des religions, puisque eux sont dans ce que j'appellerai l’Eschyle conservé. Il s’agit d’abord des Sep! contre Thèbes.
où le chœur parlant de l’Achéron l’appelle « la rive ignorée
d’Apollon, la rive sans soleil®-». Dans les Supplianies, le chœur
salue « les rayons sauveurs du soleil » ; Danaos complète alors,
selon la traduction de Paul Mazon : « Qui est aussi le pur
1. V. 213 qq. :
N
xakhoügev «dyas ‘HAlov surmplous
>
dyvév T° 'Arékho, puydd’ dn’ obpaved Ozóv.
2. Cf. infra, p. 15 sqg.
3. Ap. Acnıtı.. Comment, in Aral., p. 35, Maas : “ID olutipots dud, <év> ol
gopol Aéyouar yewytyy Gedy natépx <TE> MkvTwV.
4, Abraxas, Leipzig,
1891, p. 55.
5. KRÜGER, op. laud., p. 33; K. Retsuarpt, Kosmos und Sympathie, Munich,
1926, p. 357, n. 1 (il s'agirait de Phanés).
6. Selon PARMÉNIDE (Doe. L., IX, 22 = Vors., 1, p. 138, 12) les hommes sont
d'abord nés du soleil. W. BurKERT, Weisheit und Wissenschaft. Sludien zu Pythagoras,
Philolaas und Platon, Nürnberg, 196%, p. 263, y voit une trace d'influence pytha-
1. M. Haupt, De Aeschyli Lycurgia, 1896. Le texte du fragment est PseupoERATOSTHENE, Cataslérismes, 24 (Test. 113 des Orphicorum fragmenla de Kran).
2. Attische Genealogie, Berlin, 1889. Cf. toutefois M. P. Nirsson, op. laud., J,
p. 650.
3. A. Krücer, Quaesliones orphicae, diss. de Halle, 1934, pp. 30 sgq.; U. von
WILAMOWITZ-MOELLENDORFF, Der Glaube der Hellenen, Berlin, 1932, 11, pp. 192 sqq.
4. Voir aussi les frag. 62, 172 et 297 KERN.
5. Rep.. II, p. 364 e.
6. V. 859 : tay do716 ‘rw, Tv Zvadtov. Trad. P. Mazon. Ce texte et Ir
suivant sont cités par Félix BUFFIERE. Les mythes d'Ilomère el la pensée grecque, Pari.
1956, pp. 189-190.
goricienne.
7. Electre, v. 62-64 :
¥5y yèe cldov molds nal tobs copods
ddyo pairs Ovpoxovtag el’, rav Béucuc
Elmar ate, Errerlunvrau mhéov.
8. Htroporte, IV, 95. Cf. Le eulie des Muses cher les philusnphes grecs, Paris,
1936, p. 134.
9. Schol. Soph. El. 62 = Sumas, s. v. ¥%8y. CH W. Burkert, op. laud., p. 140 et
p. 136, n. 257. Burkert se prononce pour Vallusion à Pythagore,
10. Ap. Dios. L., VIII, 41.
Página 4
Ver en el PDF(se abre en una ventana nueva)Pour conclure sur ces textes de la tragêdie attique, on voit
qu'elle connaît l’equivalence d'Apollon et d’Helios, de plus
que cette équivalence est manifestement. donnée comme le fruit
de spéculations savantes. Eschyle prononce le nom d’Orphée.
Pour le Phaéthon d’Euripide, Wilamowitz parlait d’orphisme.
Mais l’orphisme à cette date est, quoi qu'on en ait. dit, souvent
difficile à distinguer du pythagorisme, vers lequel vont nous
orienter d'autres témoignages. De fait, si nous examinons les
hymnes orphiques VII et XXXIV, nous les trouvons emplis
de considérations musicales', dont l’origine est dans la théorie
pythagoricienne de l’harmonie des sphères. Ces hymnes sont
bien tardifs, on le sait, mais sur ce point, comme sur d’autres,
ils reflétent des spéculations plus anciennes.
Nous rencontrons d’abord sur notre chemin celui qu’on
nomme parfois comme le fondateur de l'exégèse allégorique de
la mythologie, Théagéne de Rhegium, que Tatien donne comme
contemporain de Cambyse?. Selon lui, Homère nommait le feu
Apollon, Hélios et Héphaistos, de même que l’eau Poséidon et
Scamandre, la lune Artemis, l'air Héraÿ. On remarquera que
chez Théagène la base de ces identifications est fournie par le
texte homérique et par les mythes qui nous montrent les interventions des dieux : la mention du Scamandre est à cet égard
significative. Comme l’a bien vu autrefois Decharme*, Théagéne
commentait la bataille des dieux au chant XX et justifiait
ainsi un des épisodes les plus discutés de l’Jliade. D'autre part
il s’agit d’appeler Homère au secours de la philosophie ; car c'est
la théorie des éléments qu’on prétend retrouver en lui. Ceci
a parfois fait révoquer en doute l'ancienneté et l’authenticite
du fragment, puisque Empédocle est l'auteur de cette théorie.
M. Wehrli a souligné l’analogie de la scholie de Porphyre a
laquelle nous le devons et du De uila el poesi Homeri faussement
attribué à Plutarque, où il est parlé aussi de l'accord et de
opposition des éléments en termes voisins dans un esprit qui
1. Cf. mes Eludes sur le Songe de Scipion, Bordeaux-Paris. 1936, p. 91 (désormais
Études).
2. Discours aur Grecs, 31 (= Dies, Vors., Test. I). Cf. B. LaAQUEUR, art. Thetgenes 9, in P.W, V, A, 2, 1934, col. 1347.
3. Frag. 2 Diets (= Schol. Hom. B à Y = Porpnyre, I, 240, 14 SCHRAD;.
4. P. DECHARME, La critique des traditions religieuses chez les Grecs, Paris, 1904,
pp. 273-275; Jean Péprx, Mythe et allégorie. Les origines grecques et les conleslalians
Juder-chreliennes, Paris, 1958, p. 92.
155
L’APOLLON SOLAIRE
P. BOYANCE
subi
serait, là, stoicien!. Assurément l'expression peut avoir
éne
quelque déformation. Mais il n’est pas surprenant que Théag
ait pu connaître la théoric des éléments, alors qu'elle
se formait.
et non
Aussi bien est-il question chez lui de feu et de lune,
euse
rigour
la
pas seulement d'eau ou d'air : on ne retrouve pas
ène
l'héag
quadripartition d’Empedocle. Par sa patrie d'origine,
orismeé,
apparaît comme ayant pu subir l'influence du pythag
d interpréter
ainsi qu'on l'a plus d'une fois pensé? et la méthode
uée,
Homère par la philosophie est celle que la secte a pratiq
ne*, Elle
comme le montrait récemment fort bien M. Détien
ère
suppose un milieu où l’on voulait garder la sagesse d'Hom
e.
savant
pensée
la
de
Lout en faisant place aux innovations
Hélios
et
n
Est-il besoin d'ajouter qu'en ce qui concerne Apollo
invite
cela est confiriné par tout l'ensemble cohérent qui nous
et
tion
l'équa
de
ne
l'origi
me
à chercher du côté du pythagoris
tion que
à confirmer par unc analyse plus discriminatoire l'intui
des
Rostagni appuyait déjà sur des textes accumulés, souvent
examen
plus instructifs, mais qui devraient gagner encore à un
|
.
plus précis‘ ?
ée
A cet égard une place de choix doit, à mon avis, être accord
il convient
à un auteur sur lequel j'ai déjà insisté, mais sur lequel
de Chios?.
de
(Enopi
ien
de revenir, l’astronome et mathématic
l'obliquité
par
uait
D'après Apollodore, cité par Macrobe, il expliq
Cela
de l'écliptique l’epithete de Loxias donnée a Apollon®.
—
en,
~
Hamers im Allerlum,
LE. Weunu, Zur Geschichte der allegorischen Dentung
pp. 98-99,
on de J. PEPIN, Op. laud.,
diss, Bale. Leipzig, 1928, pp. 89-91. Cf. la discussi
icienne, Paris, 1915, p. 115;
pythagor
re
lillératu
la
sur
Elades
.
2. A. DecatTr
|
p. ot
laud..
op.
,
WEHRLI
F.
1347;
R. Laguecr, loc. laud., col.
el philosophie dans le pytha3. M. Dériexxe, Homère, Hésiode el Pythagore, Poésie
|
1962, pp. 65 sgg.
yorisme ancien (coll. Latomus, LVII), Bruxelles,
1924, p. 226, renvoyant a PLUT..
Turin.
,
Pitagora
di
Verbn
Il
i,
Rostaëx
A.
“4.
ap. Sros., Eel. Phys, 3, 21 W:
De Iside, 354 f. ; PoRPuYRE, De absiin., 11.36 ; Puur,
4: 6: 12; Anon., Vit, Plat,
11,
mens.,
De
Lypus,
;
a
143
Nico. in Phol. Bibl, p.
= A, 23 Dies. En fait ces textes
11, p. 389, 48 WESTERMANN, et. MÉNANDRE, 1, 22
tantôt aux deux. Rostagni croit
identifient Apollon tantôt à l'Un, tantôt au Soleil,
|
pythagorieien,
Aoyos
un
dans
figuré
auraient
cations
identifi
ces
que
» dans le Cratyle, dans la Revu
phron
d'Euthy
système
«
Le
sqq.;
9
pp.
5. Études,
Kurt
1 article Oinopides, de
des ét, gr., LIV, 1941, p. 155. Voir sur Œnopide surtout
vivait dans le 3° quart du
e
Œnopid
sgg.
2258
col.
2,
von Fritz dans le P.W, XVH,
le rapproche d'Hip-
Kurt von Fritz
ve siècle. D'après Diodore il est allé en Égypte.
i el omis dans le livre récent sur
pasos de Métaponte et d'Hippon de em.
En
J. Pépin, mais cité par F. Buffiere, p. 159.
‘allégori
alur, ul ail Oinocognumin
hoktas
:
7
29,
{Vors.,
Rl
1,17.
A Saturn,
Ban En) dvatokac, Id esl quod
pides. Ot. éxnogebeTx rdv hoëbv winhov amb
obliquum circulum ub ocrasu ad orienlem pergil.
Página 5
Ver en el PDF(se abre en una ventana nueva)suppose naturellement l'identification de celui-ci avec Hélios.
Mais Œnopide est avant tout un savant, qui eut Hippocrate
P. BOYANCE
que qui
intervenir le mythet et que c'est. 14 l'élément caractéristi
nt qui
rteme
justifie de les identifier, car il s'agil de ce compo
découvertes
cherche l'unité de la tradition religieuse et des
comme élève. Il est donné comme ayant découvert précisément
d’Achilles a donné à penser qu'il était de ces pythagoriciens, ou
plutôt qu’il était ce pythagoricien (car nous connaissons la
valeur réelle de ces pluriels) qui professait que la Voie lactée
était l’ancien chemin du Soleil que celui-ci aurait abandonné
quand il se détourna du festin de Thyeste?. M. Burkert a contesté
récemment que le rapprochement eût la valeur contraignante
que lui attribuent, après Diels, M. Kurt von Fritz et moimême. La rencontre des « pythagoriciens » d’Aristote et de
lŒnopide de l’/sagogè n’entrainerait pas nécessairement leur
identité puisque aussi bien la même doctrine nous est encore
donnée comme celle du démocritéen Métrodore de Chios‘. Est-ce
correctement raisonner? Puisque les pythagoriciens anonymes
d’Aristote — qui avaient nécessairement un nom — ne peuvent
être ce Métrodore, qui est démocritéen, tout en professant la
même doctrine ou une doctrine analogue (la Voie lactée produite
par une déviation (r&podos) du Soleil), il reste qu'ils soient
Œnopide, seul attesté comme professant aussi la même idée. I
convient d'ajouter aussi et surtout que, à la différence de
Metrodore, et les pythagoriciens d’Aristote et Œnopide font
Lo
scientifiques, ici astronomiques.
l’obliquite de l’écliptiquet. Il invoquait ainsi le mythe à l'appui
déjà cité
Mais Aristote, dans le passage de la Méléorologie
in
de ses découvertes ou, pour mieux dire, voulait présenter celui-ci
comme son précurseur.
Mais ce n'est pas tout : le rapprochement d'un texte de la
Méléorologie d’Aristote et d’un passage de l’Isagoge à Aratos
157
L'APOLLON SOLAIRE
gede TRON
156
5
onne une
et relatif à « ceux qu'on appelle pythagoriciens », menti
fait, elle.
autre explication mythique de la Voie lactée qui
mis avec
a
re
Buffie
é
L'abb
intervenir le mythe de Phaëthon*.
j'irai
Mais
pide?.
raison ceci en rapport avec le Phaéthon d’Euri
a
ent pu,
plus loin que lui et je dirai que celui-ci non seulem
a du étre
mais, d’après les textes allégués par lui el par mol,
ons que
Ajout
ns®.
au courant des spéculations des pythagoricie
Timée
le
Platon nous offre des confirmations précieuses. Dans
i de la
d'abord. Platon appelle le mythe de Phaéthon à l'appu
dans les corps
thèse que parfois une rapdhalrs se produit
intervalles de
célestes qui circulent autour de la terre. A des
temps largement espacés, Lout ce qui est sur la terre
périt par
napanrnsic ? Platon en
la surabondance du feu5. Qu'est cette
parle aussi dans cette « fantaisie astronomique
» qu'est le mythe
du Politique’. Mais il vient justement cette fois de
mentionner
interversion du
le mythe de Thyeste, destiné a expliquer une
dans une note
coucher ct du lever du Soleil. Albert Rivaud,
de son édition du Timée, estime qu’ « on voit par les
Platon
textes de
r une
que l'on avait, dès le ve siècle, essayé de donne
astronoexplication rationnelle de la légende d'après les faits
~
1. Aristote ne parle que du mythe de Phaéthon
invoquê par le premier groupe de
Thyeste invoqué par nopice À
pythagoriciens, mais ce qui est dit du mythe de
à celui d’Achilles, il est visible
texte
son
e
compar
on
Si
e,
exactement le même caractèr
1, EUDÈME, frag. 94 Sp. (Vors., 29, 7). Cf. T. L. HEATH, Aristarchus of Samos,
the ancien! Copernicus, Oxford, 1913, pp. 130 sgg.; E. Frank, Plato und die sogenannten
Pyihagoreer, Halle, 1923, pp. 70, 359; Abel REY, La jeunesse de la science grecque,
© Paris, 1933, pp. 409, 441, 446.
2. ARISTOTE, Meteor., 1,8, p. 345, a 13 (Vors.. 29, 10) : Tv pèv obv xxAovuéveov
[u0ayopelov pact rives 686v elvar rabrnv (la voie lactée) of pév Tv ixmecévruv
tivdg Kotpwv ward THY heyouévnv ext Dafbovros phopdv of 8E tov HAov Toörov
tov xixaov qépecbal more paouv olov ody Staxexxdobar rdv ténov voörov Á vt
Totobtov Ao merovOdvat ndog dnd Tic pbopis xurod. Maas. AciILLES, Isag. ad
Arat., 24, p. 55, 18 (Vers, 29, 10) : Eregov Bé oxow dv gor at Oivoriôrz 6 Xine
Gt. mpdtepov Oi tobzov (id est tod ydkaxtos) Epstero 6 Atos, Bik DE TX Ovdorera
dsinva drestoken nal thy évavelav vor menoinrat megrpopdv. Fy vov reprypioe
& Cobtaxc.
3. W. Burkert, op. laud., p. 301, contestant mes Eludes, p. 96, ainsi que K. von
Fritz, art. Oinopides in P.W., XVII, col, 2259, et que Drecs, Vors., 29, 10.
4. Ant., 3, 1, 3 ‘Vars, 70 A 13),
qu'il a abrégé.
2. Loc. laud.
3. Op. laud., p. 188.
ss
nn
dont Platon peut se souvenir aussi
4. Quels peuvent être ces pythagoriciens,
de songer au groupe d Archy as,
raison
cette
pour
naturel
serail
dans le Timée 2 11
qui exalte le rôle de celui-ci :
Soleil,
le
sur
t
fragmen
dont nous avons, de fait, un
s Ever nal PIX Ble ant
Babaruö
Soleil
le
ap. JAMBLIQUE, Proireplique, 4, pp. 16-17,
a val vof, bbe even a :
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per Alovzorog,
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és comme apocryphes. En
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général
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ments (dun Tegì
République
dil du Soleil dans la
tout cas on ne trouverait dans ce que PLATON
avec ces vues originales.
ou dans le T'imée rien qui soit vraiment identique
5. Time. p. 22 ed.
L,
Eludes
sur
la
fabulation
_
u
plaisnicienne,
Paris,
1947 (Le
6. P.-M. ScHUH
269 e ; mention du mythe de Thyeste :
mythe du Politique), p. 89. Poliligue, p.
Página 6
Ver en el PDF(se abre en una ventana nueva)159
Helios!. En réalité cela ne parait pas exact sous cette forme
I] semble avoir ignoré le texte de la Météorologie qui aurait
précise. Il n'en est pas moins vrai qu'il les rapproche et qu'il
confirmé en effet son hypothèse, mais l’aurait obligé à en
chercher les éléments du côté des pythagoriciens dûment allégués
connait et, dans les Lois, partage une doctrine qui met Apollon
par Aristote.
Ce n'est probablement pas le seul emprunt de ce genre que
Platon fait aux pythagoriciens et singulièrement à Œnopide.
J'ai déjà mis en évidence que, pour un autre mythe, homérique celui-là et fameux, destiné à une singulière fortune auprès
des exégétes philosophes, celui de la chaîne d'or, à laquelle au
chant VIII de I’Iliade Zeus suspendit Hera, Platon donne des
exégèses symboliques dont l’une identifie la chaîne au Soleil?;
qu'en un autre passage encore il fait allusion à un système du
monde qui donne au Soleil une place dominante. J'ai proposé
de voir là autant de références à (Enopide®. Ce qui paraît sûr
est que la découverte de l’écliptique, en permettant d'expliquer
les saisons, a souligné le rôle essentiel joué par le Soleil dans la
vie terrestreÿ. Le « merveilleux arrangement des saisons » est
donné dans les Lois de Platon comme un des grands arguments
en faveur de l'existence des dieux$. Aristote, dans un texte
très curieux de la Métaphysique, fait « du soleil et de l'écliptique » une des sources de la vie de l’homme’.
Nous venons de parler de Platon. On trouve chez les néoplatoniciens, chez Macrobe, c'est-à-dire, selon toute vraisemblance, Porphyre, auteur d’un traité célèbre sur le Soleil. chez
Proclus l’indication que Platon aurait identifié Apollon et
‘eg
miques! », Est-ce un effet de son parti pris antipythagoricien ?
i
d
en rapport avec le cosmos en général et Ie Soleil en particulier.
Mais je crois que, pour le comprendre, il convient de dire auparavant un mot de Philolaos, autre pythagoricien, mais dont la
cosmologie ne devait pas se confondre avec celle d'Œnopide.
Philon d'Alexandrie et Lydus, avec des variantes dues à
l'inexactitude du premier?, nous ont conservé la notice que les
pythagoriciens avaient consacré le nombre sept au « chef de
l'univers ». Philon apporte à l'appui de cette affirmation un
fragment de Philolaos : « I] y a un dieu qui est le chef et guide
du tout, qui toujours est un, qui est stable, immobile, semblable
à lui-même, différent des autres? ». Ce dieu n'est pas nommé
1. Macroge, Sat. 1, 17, 7: Procuus, Theol. Plat, VE, 12 Proclus rapproche
Platon en cela d’Orphée).
2, Cf. mon article Études philuniennes, dans la Revue des éludes grreques. LXXVI,
1963, pp. 91 sqg.
3. dome Yde, onoiv, Fyepdv zat dovwv dravrwv, Debs, ef: det civ, pévmos,
dxivnroc, abrös Exut@t épotoc, Erepos av ray (PHIOoN. De opif. mundi 100,
COHN-WENDLAND, I, 34); (Lynus, De Mensibus, 11, 11, p. 34, Wernscu;. L’authenticité de ce fragment a été très controversée. Parmi les commentateurs récents. on
retiendra que Mme TimPANARO-CARDINE dans son édition des fragments des pythagoriciens dans la Biblioteca di Studi Superiori, t. 11, Florence, 1962, p. 238, le place
parmi les frammenti dubbi; il est considéré comme authentique par RoscHer, Die
Hebdomadenlehren der griechischen Philosophen und Arzte, dans les Abhandl. d. sachs.
Gesellseh. d. Wissensch.. 24, 1906, VI. pp. 38 sqq. ; et par K. REiNnarprt, Parmenides
and die Geschichte d.g.P.. Bonn, 1916, p. 248. 11 est condamné par WILAMOWITZ
dans son Plalon, 2¢ éd., TI, p. 89, et par E. Frank, op. laud., pp. 324 sqg. Selon
Mme T.-C,, il y aurait là une manipulation d'éléments prthagoricien: avec des adjonctions et des déformations néopythagoriciennes :?;. M. BURKERT, op. laud., p. 232,
1. Éd. de la Collection des Universités de France, p. 133, n. 1, Il ne rapproche pas
non plus l'allusion au mythe de Thyeste dans le Politique.
n. 57, trouve que les mots adté¢ ExuT&t Öporog. Étecoc vv &XAwv font penser
2. Iliade, VIII, v. 18 sgq. Ce mythe est à l'origine de la conception capitale, dans
PLATON. Il me semble que notre explication de l’Erspos zv &Awy doit permettre
de répondre à cette objection. L'opposition de l'un soit à la multitude (7X 702A),
soit à l’autre (tx &AAx) a pu être formulée dans le pythagorisme antérieur à Platon,
la cosmologie et la théologie néoplatoniciennes, de la oeupd. Omis dans le livre de
Buffiére, il a fait l'objet d'une excellente étude de Pierre LÉVÈQUE, Aurea catena
Homeri, une étude sur l'allégorie grecque, Paris, 1959. Cf. Theelete, p. 153 bec (... Thy
xpvoïjv oelpav de obötv do À tov HAov “Oreos Agvet).
3. Cratyle, p. 413 8.
4. La « doctrine d'Euthyphron » dans le Craiyle, pp. 155-156.
5. La religion astrale de Platon à Cicéron, dans la Revue des études grecques, LXV.
1952, pp. 347 sqq.
|
6. Lois, X, p. 886 a; cf. VI, p. 782 ab.
7. Mel, XI, 5, 1071 a 13 : dvOpdrov alrıov th te ototyeix… ds Chr zal zb
Yrov eldog, zat Erı mi dro EE olov & marhe, xt naga Taüra 4 Hog vat à 2055
xúxkog (non cité dans mon article de 1952 mentionné p. 10, n. 5). Cf. De gen. corr,
11, 10, 336 a 31 : Aud zal oby h rpm popk altix dott yevéoewc val dog, EIN
ñ „ard toy AoEov xbxov.. Dalvera: SE zot ward Thy aloOyow duoroyodusvx Tnic
rap’ uv Adyors * OpGpev yap St tmeoctdvtog uèv TOD HAlow yévesic dor, ériovrnc
8 pOtorc...
j
de manière suspecte aux concepts utilisés dans le jeu dialectique du Parménide de
si l'on admet que cette école a vu dans la monade quelque chose de supérieur à la
série des nombres, parce qu'elle en-est l'élément constitutif (ef. PLuTARQUE, De
Iside, 381 f; Prorin, V, 5, 6 : les pythagoriciens appellent Un Apollon &rooioet
av TOAAGV). Quelle valeur convient-il de donner à Oec? Selon Mme Timpanaro-
Cardini, le mot a valeur non de sujet mais de prédicat. Le sujet serait l'hebdomade,
à laquelle seraient attribués les pouvoirs et les attributs de la décade (?) et du nombre
en général. On se demandera d’abord comment &dou%s qui est du féminin pourrait
bien avoir des attributs au masculin. Surtout Mme Timpanaro-Cardini n’a pas pris
garde aux rapports exacts de l'Un et de I'hebdomnde dans ces textes de Philon
et de Lydus. Apollon s’identifie lui-même à l'Un, non à l'hebdomade qui lui est seulement consacrée, parce que l’hebdomade est image (elxav) de l'Un. Celui-ci est le
6 mpeoOstegos Xpyev uxt Hyepdv (c'est-à-dire reeo6vregoc que l'hehdomade!}, mots
qui appellent la citation de Philolaos, appuyant cette definition de "Un (uagruge!
8! pov to Adyw vat Drrdrx0¢ ev TobTouc..),
Página 7
Ver en el PDF(se abre en una ventana nueva)As az Via
P. BOYANCE
par Philon et pourrait sembler ne l'avoir pas été par Philolaos.
Pourtant Lydus citera le même fragment de Philolaos d'après
une source qui paraît indépendante de Philon et, nous l'avons
montré récemment, plus correcte! Les pythagoriciens consacrent
au «chef de l'univers » non pas le nombre sept, mais l'hebdomade,
ce chef de univers étant lui-même l'un. Or cet un, selon Lydus,
un vers d’Orphée le nomme « l’hebdomade qu’a chérie le
prince Apollon qui agit au loin ». Lydus rappelle qu'il a cité
plus haut l'élymologie ano té&v roM&v, et c'est dans un passage
où il a identifié Apollon, le Soleil et l'Un?. C’est alors qu'il fait
intervenir le fragment de Philolaos. Une confirmation précieuse
de l'ancienneté des éléments de la notice de Lydus nous est
fournie par Plutarque, où nous voyons que l’hebdomade est
consacrée au Musagète? Il ne peut guère être douteux que le
« prince et chef » de Philolaos n’est autre qu’ Apollon, et Philolaos
Je dit presque en fait, si nous interprétons bien les derniers mots:
« autre que les autres ». C’est une allusion étymologique au nom
du dieu très proche de celle que Lydus nous présentait, : and
r&v moaAdv. Si Philon ne l’a pas rappelé, c’est que l’auteur juif
a une tendance naturelle dans ses emprunts aux Grecs à éviter
les noms de leurs dieux.
On sait que le système de Philolaos met au centre de l’univers non pas le Soleil, mais un feu central, dont certains textes
nous disent qu'il l’identifiait 4 Hestia. Ce feu central est l'Un,
mais il a d’autres noms encore, également attestés : « Maison
de Zeus », « Mère des dieux® ». C’est ainsi que pour Théagène
le feu était à la fois Apollon, Helios et Héphaistos®. L’identification bien connue à Hestia n’est donc pas une objection à
son identification avec Apollon. Par contre la cosmologie même
du soleil — gravitant
de Philolaos avec ses sphéres — dont celle
pouvoir admettre den
autour de ce feu central ne parait pas
avions decouverte chez
tification Apollon = Helios que nous
;
inopide.
von
rôle
un
s à Apollon
7 Philolaos n'en donnerait pas moin
nt & rapprocher de ce ane Ni
mique que nous avons maintena
dieu’. I] n'est pas nut ° de
Craiyle de Platon nous dit de ce
de montrer que are on
rappeler auparavant que j'ai essayé
tante
aisistes donne
logies souvent jugecs purement fant
dialogue se référent en réalité à
une conception Py nae nis
« dieu », Gedc, est une allusion au
mouvement des corp
Or il est remarquable, ainsi que je
l'ai signalé, que,
lequel la Terre aussl men
à la cosmologie de Philolaos pour
lui-même est dans le Cra ve
autour du feu central. Mais Apollon
spécialement et à jus °
le sujet d’un passage qui attira tout
Apollon y apparait comm
titre attention des néoplatoniciens*.
l'astronomie. Platon in oque
présidant a la fois à la musique et à
dans la musique et | astrola doctrine de « ceux qui sont habiles
nous le dit dans la Reps
nomie® ». Or on sait — et lui-même
es deux disciplines sont par i.
blique — que ces personnes pour quic
e considérées comme parente:
culièrement précieuses, et du rest
grecs, Paris,
hes s grecs,
Mus s che z les philusophe
pp. 404 sgg. Voir Le cuile des Muse
»
A
n
tri
Con
le.
Craly
le
ipr, Essai sur
>
Euth
1936, or. 179 260 ie Gozpscum
doc
Bovanck, La =« doctri
;ANCÉ
|
e la
1. Etudes philoniennes, p. 92, Philon se trompe en attribuant à « d'autres philod'Aristote, attribue à juste Litre à Philolaos, la notice sur la Nike sans mère ct Vierge,
c'est-à-dire Athéna.
2. De mensibus, II, 4, p. 21 Wuenscu. Sur cette étymologie, A. RosraGnNi, loc.
laud., et A. DELATTE, Etudes sur la lillerature pylhagoricienne, Paris, 1915, p. 144.
3. PLUTARQUE, Quaesl. conu., p. 738 d.
4. J'ai montré que dans un texte des Quaestinnes in Genesim il est fait une claire
allusion à l’Apollon Musagète en ces termes : « ipse deus uerbum (id est : »óyos) harmonine dur princepsque... » (Qunest. in Gen. IV, 110). Dur princepsque, à travers
l’arménien, correspondent manifestement à &eywv xxl Tyeuov (Les Muses el l'harmonie des sphères, Mélanges Felir Gral. t. 1, Paris, 1946. nn. 7-8).
5. A, 16 Diets, Cf. TIMPAXARO-CARDINI, p. 148 = AET. Il, 7, 7.
6. Cf. supra, p. 154, n. 3.
après °
terre elle aussi figure pan oes
passage méme de Platon, la
ne peut étre une ina ve an ‘
corps célestes qui se meuvent*. Ce
gé de songer très précis ment
de l’auteur et on est dès lors obli
pen
pensé
je
Platon,
Par
P.
is. 1940, pp. 125 sq; g.
p. 75,n.
. Benken?,
.
147 807. CEN
Vasey en .
Fee
sophes » qu’aux pythagoriciens ce que Lydus, confirmé notamment par l'autorité
Ni
place à la divinité es corps
de univers, donnant une grande
res? Celle du nom meme e
célestes et à leurs révolutions circulai
s ee es! in
12, d'accord avec moi au moins
EUT
le pythagorisme de ce passage.
2. Op. cit, pp. 145 sqq.
, 11,9, 293 a 20-
6
OTK , De caelo
parie
arte ARISTOTE
dic
, ,dont
d'Italie
ici nsd'Italie
Les pythagoricie
Ibid. Les
4. a
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s, très bien montré
croi
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24, professent en fail le système
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|
BurKERT, op. laud., pp. 316 99.
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XX, 1951, p. 422.
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rapport avec
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Soleil.
povourhv mal AOTEOUVOULAV.
6. Cralgle. p. 404 : ot Moutyot Teel
Página 8
Ver en el PDF(se abre en una ventana nueva)l’une de l’autre, ne sont autres que les pythagoriciens?. Ce texte
profond, liés tous deux à l'idée pythagoricienne de l'harmonie
des sphéres?.
162
du Cratyle est généralement considéré, toul comme le mythe
de la République?, comme faisant écho a la célébre doctrine
— pythagoricienne au témoignage d’Aristote — de lharmonie
des sphéres®.
Il y a dans un fragment de Philolaos sur ]’Un au milieu de
la sphére une expression curieuse qui s’explique précisément par
la musique“. C’est quand il dit du foyer central, de Un, qu'il
est « le premier accordé » (zò mp@tov &puoodev). Cela s'explique,
comme je l’ai dit autrefois®, par la position médiane dévolue
à ce principe. C'est une pratique des musiciens grecs attestée
par Dion Chrysostomef, mais déjà connue d’Aristote’, de
commencer par accorder la corde située au milieu de la lyre, la
mése, avant de régler sur elle les autres cordes?, La mèse joue
ainsi un rôle de lien, de oivèeouoc ; W. Jaeger a signalé autrefois®
les origines pythagoriciennes de cette idée du oúvdeogoz dans le
Problème XIX de la collection aristotélicienne. En conformité
avec ces vues de Jaeger, le feu central apparaît aussi chez
Philolaos comme ovvoyny... púoews!?. I] reste évidemment difficile
de comprendre comment l'Un, qui devrait être simple par
definition, peut être dit le résultat d'un accord. La même difliculté se rencontre dans l’explication donnée récemment, et qui
veut reconnaître là l’harmonie héraclitéenne des contrairest.
Cette explication de surcroît ne rend pas compte du mot essentiel pörov, celui qui est lié à la fonction éminente de la mese,
Ol im G2 ay ee
mot dont je pense avoir donné la raison d'être et le sens
. Rep., VII, 530 d,
. X, 617 b.
. De caelo, II, 9, 290 b 12.
. Frag. Vors., B, 7 = STOBÉE, Ecl., I, 21, 8.
. Études, p. 99. L'explication donnée par Mme Timpanaro-Cardini (qui ignore
la nôtre), p. 215, par l’union du pair et de l’impair et le rapprochement avec le rg@rov
ëv de la Métaphysique, XII, 6, n’explique pas la notion même qu’implique l'äsooÿév,
et le nea@rov Ev est évidemment autre chose que le mpdtov &puooûév. Celui-la est
PUn, premier des nombres, et le rp&tov &puooëév est le « premier accordé ».
6. Or., LXVII, 234 Dino.
7. Textes cités, Études, p. 98, n. 2.
8. La mése est donc qualifiée — tout comme l'Un de Philolaos —- d'&pywv et
d’hysuov. Textes dans mes Etudes, p. 98, n, 2.
|
9. Nemesios von Emesa, Berlin, 1914, p. 109. Cf. E. Preirrer, Sludien zum
anliken Slernglauben, Leipzig, 1916, p. 119, se référant à Archytas et à Philolaos pour
la notion de gécov dans la musique et l'astronomie.
10. Frag. Vors. A, 16 = AET.. Plac., II, 7, 7.
11. BURKERT, op. laud., p. 239, n. 99.
163
Si l'on accepte ces remarques, Platon aurait connu deux
exégèses pythagoriciennes d'Apollon (dieu suprême de la secte,
mis directement en liaison avec le fondateur?) : l'une, celle
d’CEnopide, l’identifiant au Soleil, identification souvent reprise
par la suite, l'autre vouée à moins de fortune, celle de
Philolaos : Platon qui, dans le Cralyle, connaissait le rôle
cosmique d’Apollon. devait dans sa cité des Lois donner une
place de premier plan au couple juxtaposé d’Apollon et d'Hélios.
Les euthynoi qui sont les magistrats les plus élevés de Ja cité
sont prêtres d’Apollon et d’Helios®. L'un d’entre eux est élu
grand prêtre et il est éponyme, « afin, dit Platon, de servir
de mesure pour la supputation du temps, tant que subsistera
notre Etat » (trad. L. Robin‘). C'est dans le sanctuaire d’ Apollon
et d’Helios que chaque année « après l'époque où le Soleil passe
des constellations de l'été à celles de l'hiver les eitoyens se réuniront pour élire les euthynois ». C'est là aussi que sera élu
l’epimelöte chargé de l’éducation de la jeunesse®. M. Reverdin,
en traduisant de façon un peu trop lâche dans le texte cité
« de façon à permettre de dater les années’ », laisse échapper
les mots caractéristiques pérpov dpfuoÿ zot yeovou qui nous
rappellent la doctrine platonicienne du temps telle qu'elle est
exposée dans le Timée, en relation avec la théorie du cosmos,
La qualité du grand prêtre d’Hélios et d’Apollon ne peut pas
étre. étrangère à son rôle dans le calendrier ainsi défini dans
son essence mathématique. Il convient de rappeler que la religion
1. Sur uéoos et éootne, voir aussi J. SouiLué, La notion platonicienne d'iniermédiaire dans la philosophie des dialogues, Paris, 1919 (p. 26 sur Philolaos).
2. A. DELATTE, Études sur la litiérature pythagoricienne, p. 279; A. RoSTAGNI,
Il verbo di Pitagora, Turin, 1924, pp. 226 sqq. : J. Carcorıno, La basilique pylhagoricienne de la Porte-Majeure, Paris, 1927, passim (voir l'index s. v. Apollon). Cf, aussi
P. Decuarme, La critique des traditions religieuses chez les Grecs. Paris, 1904, p. 360;
M. Dercourt, L'oracle de Delphes, Paris, 1955, pp. 235 sqq.
3. Lois, XII. pp. 945 e sqg. Cf. O. REvERDIN, La religion de la cilé platanicienne
(Ecole française d'Athènes, Trav. el mém., fasc. V1), Paris, 1945, pp. 100-102,
4. P. 947 b.
5. P. 945 e.
6. P. 766 b.
7. Loc. laud.
.
8. Timee, p. 38 b. La théorie platonicienne du temps remonte peut-être aux
pythagoriciens (ARISTOTE, Phys., 4, 10, 218 a 33 sqq.). Cf. aussi ÉRATOSTHÈN
(ap. Sronée, 2. 40, qui définit le temps Thv 705 halo ropelav,
Página 9
Ver en el PDF(se abre en una ventana nueva)des Lois connail douze grands dieux placés à la tête des moisi,
que le territoire de la cité est divisé en conséquence en douze
secteurs qui rayonnent autour du centre et que Platon lui-même
signale que cela se fait «en correspondance avec les douze mois
165
chez Philochore, quand il déclare que le premier jour du mois
appartient à Apollon et Helios! ? L'érudit athénien s'inspirait
sans doute plus des spéculations nouvelles des philosophes que
des traditions religieuses authentiques de la cité et il n'est sans
et la revolution de l'univers? », c'est-à-dire, ainsi que le dit
doute pas sans intérêt, pour situer sa figure, de signaler que le
Léon Robin’, la révolution du Soleil sur le cercle zodiacal dans
les douze mois de l’année.
même Philochore avait composé un catalogue des héroïnes,
Si on admet de replacer avec nous le Cralyle et les Lois
dans la perspective des textes antérieurement analysés, il est
soit des femmes pythagoriciennes?.
Cette identification d’Apollon et d’Hélios, que Platon n'a
pas entièrement réalisée, encore qu'il y tende dans le sanctuaire
impossible d'échapper à la conclusion de l'influence profonde
des Lois, a été faite à l'Académie par son neveu et successeur
du pythagorisme sur la religion de Platon.
Platon souligne avec force, par la bouche de l'Athénien,
l'importance religieuse d’avoir des idées justes sur les dieux
célestes : « Voilà maintenant, Mégille el Clinias, les raisons pour
lesquelles j'affirme à cette heure l'obligation, pour les citoyens
Speusippe : le même Speusippe qui d'une part avail composé
un livre sur les nombres pythagoriciens?, d'autre part souligné
dans un éloge les origines apolloniennes de son onele, en prenant
modèle sur ce que lui enseignaient les fidèles du Maître de
comme pour la jeunesse de notre État, en ce qui concerne les
dieux, d’avoir une connaissance de tout cela en bloc, qui soil
Crotonet. Nous ignorons malheureusement dans quel contexte
se trouvait ce qu'il disait à ce sujel et. qui s'appuvail sur une
étymologie du nom d’Apollon analogue à celles que nous cilions.
poussée jusqu’au point de les préserver des blasphèmes sur ce
Le Soleil s'appelle Apollon « parce que sa force ‚son étre ?) est
sujet, jusqu’au point au contraire de leur faire prononcer des
constituée de beaucoup de feux? ». Ainsi Macrobe traduit des
paroles de bon augure, chaque fois qu'ils offrent un sacrifice,
aussi bien que lorsqu'ils formulent des prières inspirées par la
piété4 ». Pour avoir de la religion des Lois une idée tout à fait
mots grecs qui semblent dire plutôt que son feu {ou le feu ?)
est constitué de nombreuses substances, dr 702&v ovat.
juste, il est essentiel de souligner des passages comme celui-là,
qui mettent l’accent sur l'importance primordiale de la théologie astrale®,
Je serais tenté de voir un écho des Lois dans ce que Philochore, devin et purificateur qui vivait vers 300 av. J.-C., disait
dans son traité Sur les jours®. En effet nous avons vu la liaison
manifeste établie par Platon entre le culte d’Hélios et d’Apollon
ct le calendrier de sa cité. N’est-ce pas elle que nous retrouvons
1. P. 828 be. Comme dans le Cralyle, les divisions du temps sont aussi divinisées
Nous avons rappelé, en commençant, que les stoïciens ont
professé l'identité d’Apollon et d’Helios et nombreux sont les
Lémoignages, nombreux sont les philosophes qu'on pourrait
invoquer. Mais il est remarquable que le nom du fondateur.
Zénon, ne figure pas parmi eux. C'est avec Cléanthe que nous
avons la première mention et ce ne doit pas être un hasard.
Cléanthe se préoccupait d'appuyer systématiquement sa théologie sur l’exégése allégorique des poètes, d’Homere, d'Hésiode,
des Orphiques®. Il reprenait ainsi la méthode qui paraît avoir
été celle de Théagène et qui a certainement été celle d'Œnopide
de Chios.
ip. 889 b>. Sur tout ceci, cf, La religion platonicienne, dans Ja Rev. él. anc., NLIN.
WU
pp.
181-182.
P. 771 b.
. Traduction de la Pléiade.
Node
. Lois, VIE, 821 d. Trad. L. Rosın.
» Voir J. Moreav, L’üme du monde de Plalon aux sluiciens, thèse, Paris, 1934).
pp. 96-84.
6. Sur Philuchore, voir l'art. de Richard Laoueur dans P.W, XIX, col. 2424 sgq.
I est mort peu après 260. Les fragments du [last yucgeyv ont été édités par R. REITZENSTEIN dans les Gill, gel. Nachr.. 1906, pp. 40 sqq. Le fragment ici visé est le
frag.
IRL,
1. Puéropos 8: Ev tH mept huepv Milos zal "AnddAwvos Heye. zovty iseil. Thy
Evry). CI. M. P. NiLsson, Opusenla selecta, t. 1, 56, n. 30.
2. F. Gr. Hisl. 328, IT Jacony. W. Burkert, op, land, p. 94, n. 40, envisage que
ce pourrait être la source du catalogue de JamBrioue, W.P, 267. W. BURKERT, p. 18H,
n. 6, rapporterait aussi au pythagorisme un autre traité, lest cou642a%. On signale
encore, de Philachore, un llegi xaOxguév (ef. Lagveur, lor. land).
3.
4.
D.
G.
Frag. 4 LANG = NICOMAOUE pe GÉRASA, Theol. arilhm., x2, 10 sqq.
Le culle des Muses chez les philosophes grees, Paris. 1136. pp. 254 879.
MACRORE, Salurnales, 1, 17, 8.
PRILONÈME, De pielale, 13 (frag, 107% von ARNIM).
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Ver en el PDF(se abre en una ventana nueva)Or, nous allons le voir, pour Cléanthe, le Soleil a une place
centrale dans sa théologie. Il lui identifie Apollon. Il lui identifie
trouve déjà dans un fragment d’Empedocle?; elle a donc
aussi Dionysos}.
Car naturellement c’est encore moins un hasard si les doxographies qui soulignent telle doctrine commune avec celles
d’(Enopide? attestent aussi le rôle primordial qu’il donnait au
Soleil dans son système du monde’. Cela a été parfois masqué
par des travaux comme ceux de Karl Reinhardt, qui, pour
accentuer le rôle qu’ils accordaient en la matière à Posidonius,
ont presque escamoté les textes relativement nombreux et explicites — en tout cas plus nombreux et explicites que ceux qu’on
peut alléguer pour Posidoniust. Pour Cléanthe le Soleil est le
siège de l'hégémonikon du cosmos, Il est la raison du mondef.
La conflagration générale, l’ekpyrose, consiste en ce que le
Soleil ramène tout à lui’. I] me paraît quasi certain qu’il faisait
du Soleil le cœur du monde? et qu'il interprétait le développement du monde comme celui d’un grand vivant qui se développe à partir du cœur, car un texte philonien, dont certains
elements font un écho littéral à la page du De natura deorum,
où Cicéron expose la doctrine de Cléanthe sur le feu vivifiant
dans le cosmos, nous dit que, selon les « physiciens », l'animal
se développe à partir du cœur qui se constitue le premier®.
1. Macrose, ibid, I, 18, 14. La même identification se trouvail dans les Theolsgoumena, attribués a Aristote (ibid., I, 18, 1).
2. Vors., 29, 6 = Aer, I, 7, 17, L’étymologie donnée par CrÉANTuE d'Apollon
(Sloic. uel. Fragm., 1, 540 = Macrose. Sal, I, 17, 8) se rapporte au zodiaque.
3. Cic., Acad. prior. 11, 127 : Cleanthes, Zenonis auditor, solem dominari et rerum
poliri putat. Cicéron oppose 4 Zénon et à « presque tous les autres stoiciens ». Voir
sur tout ceci mes Etudes, pp. 78 sqq., el aussi Les preuves sloïciennes de l'existence des
dieux, dans l'Hermes, 90, 1962, pp. 55 sqq.
4. En dernier dans l'article Poseidonios du P.W., XXII, 1, 1953, col. 692-697.
5. Arius Dipyme, Epit., 29, 7 (Dor. gr., 465. 5); Stoie. uel. fragm. 1, 499; Act.,
Plac. 11, 4, 16 (Dox. gr. 332, 23).
|
167
Mais cette théorie embryologique qui est celle d'Aristote! se
peut-étre elle aussi des origines pythagoriciennes et on peut
déceler des traces de ces origines notamment dans les métaphores d’Aristote? et de Philon.
|
Car ce n’est pas davantage un hasard si, dans ce système
du monde que nous permettent de retracer les fragments
conservés (et non les combinaisons de la Quellenforschung),
nous retrouvons cet Apollon, dieu musicien du cosmos?, que
(Leg. alleg., I. 59, p. 70, MONDÉSERT), Philon mentionne une exègèse de l'arbre de
vie biblique, qui y voit le cœur cause de la vie el occupant une position centrale, où
il exerce la fonction « hégémonique ».
1. ARISTOTE, De part. animal, 111, 4, pp. 666 a 20 sqg. ; De gen. unimal., IL, 6,
pp. 741 b 15 sqg. E. S. Forster, éditeur de ce traité dans la Loeb Classical Library,
renvoie pour cette doctrine du cor primum uiuens. ullimum moriens à EBSTEIR et
al., Mitt. z, Gesch. d. Medizin u. Nalurw., 1920, 19, 10%, 216, 305.
2. Vors., A. 84 (CENSORINUS, 6, 1! : quem in hoc Aristoleles seculus esl, anle omnia
cur iudicavil increscere, quod hominis uilam maxime conlineat.
3. J'ai indiqué dans mes Etudes (luc. cil.) le texte de Théon de Smyrne qui
attribuait à certains pythagoriciens la doctrine du Soleil cour du monde (1E, 153.
Ces mêmes pythagoriciens sont dits professer l'ordre « chaldéen » des planètes, Cela
est à mettre en rapport avec le rôle du Soleil comme mèse dans l'harmonie céleste.
fl y a la un tout parfaitement cohérent. W. Burkert, op. laud., p. 298. oppose à
l'idée de voir 14 une bonne tradition le fait qu’Fudeme, l'élève d'Aristote, garde le
silence sur cet ordre et ne connaît comme prthagoricien qu'un seul ordre, celui que
suivent Platon et Aristote (cf. p. 287). La force de cet argument er silentis apparait
difficilement contraignante, si l’on remarque qu'Eudème, de l'aveu de Burkert, s’interesse à l'ordre qui lui semble le vrai, celui de Platon et d’Aristote, que d'autre part
Aristote fait allusion (cf. Études, p. 63, citant Mélaphysique par erreur désignée
Meléoral., &, p. 1074 5 17) à des variations dans la façon de disposer les planètes.
“Nconvient d'autre part d'attirer l'attention sur de curieux parallélismes d'images
entre ce que dit Philolaos du centre du monde et ce que Aristote et les physiciens
cités par Philon disent du cœur. On notera d’abord que pour Philolaos, selon le frag. B,
17, le monde, qui est un, se constitue « sous le commandement du milieu et 4 partir
du milieu » (dey7 to uéoov xal 4rd +09 méoov). Il fait d'autre part dans l'homme,
d'après le frag..B, 13, du cœur le siège de la Guy. c'est-à-dire du principe de la vie el
de l'animation. On sait qu’il compare le centre du monde à l'éotix. Or ARISTOTE,
dans le texte du De part. animal., 111.7. p. 670 a 25-26, compare le cœur de l’animal à
l'éorix ! Il est remarquable qu'il le compare aussi à une depónokus, ce qui me paraît
indubitablement une allusion polémique à Piaton qui plaçait dans la tête, « comme
dans une acropole », le principe des sens, en un texte du Timée, qui connut, comme
je
6. Ibid.
a Stoic. uel. fragm., 1, n° 510 (= Puur, De commun. not.. 31, p. 1075 d). Le Soleil
l'ai indiqué dans mes Eudes philoniennes, p. 110, une vraie fortune (p. 76 b). D'autre
9. Leges allegoriae, II, 3, 6, p. 107, MONDÉSERT : … Soxet tod kou GOILATOS
rponikrzeodzı h xapdia. Suit une comparaison avec la base d'un édifice ou la quille
part, la comparaison singulière du «rur avec la quille d'un vaisseau dans Philon
(ef. n. 6) est faite par Philolaos (test. 17) pour son centre enflammé du monde ! Tout
ceci suggère que Philolaos voyait dans son Un, centre enflammé du monde, aussi le
cœur de celui-ci (et confirme la valeur de ces fragments).
;
4. CLEMENT D’ALEX., Sirom., V, 8. 49, p. 358 STAHLIN (Stoic. uel. fragm., I,
502). La lyre d'Apollon représente le xéouos, que le dieu frappe avec le Soleil comme
qui raméne tout a lui est sans doute aussi inversement cet ignis aetherii fons (que
REINHARDT, op. laud., col. 694, 1. 27, veut attribuer à Posidonius).
8. Voir Eludes, pp. 78 sqq. Je n'y avais pas encore reconnu l'influence probable
d’Aristote. Cf. infra, n. 8.
d'un bateau. Puis on rapprochera CLEANTHE ap. Cıc.. De nal. dear II. 24 : animaduersumgue saepe esi cum cor animantis alienius euulsum iia mobiliter palpilaret, ut imilarelur igneam celerilalem, de PniLox poursuivant loc. laud. : naps vat werd zekeurdj
Er éuryday paar abrhv ds zal pata yiwouévry val boréonv oberpoudvry. Cette
doctrine est rapportée wark obs &plotous tay larp@v wal puorxav. Ailleurs
avec son plectre et par ce moyen els Thv évapydviov ropelav &yeı. Ce plectre du
Soleil se retrouve chez ARISTIDE QUINTILIEN, De musica, 111, 25, p. 94, laun,
altribué à 6 Tüv coparépwv Adyoc. L'image firurait aussi dans Skythinos, ef. Études,
p. 92, n. 2. Cléanthe, en fait, citait-il tout bonnement les vers de celui-ci, ainsi qu'il
alléguait volontiers les poètes ?
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Ver en el PDF(se abre en una ventana nueva)le Craiyle nous présentait, en écho aux « gens habiles dans la
Cléanthe ? Adoptait-il ce qu'on appelait l'ordre chaldéen des
planètes!? Cet ordre est beaucoup plus ancien qu'on ne l'a
cru parfois : professé certainement par Archimède? (tre siècle
musique et l'astronomie », id est les pythagoriciens.
Naturellement enfin — et je dirai presque surtout — ce
n'est pas un hasard si nous trouvons chez Cléanthe liées à sa
théologie d’Apollon des considérations sur l'harmonie des sphères
qui ne nous sont attestées ni chez Zénon ni, semble-t-il, chez
Chrysippe!. Ici la marque pythagoricienne est particulièrement
nette, C’est grâce à Apollon que chaque partie du monde vibre
harmonieusement et que le monde est lui-même en accord
musical avec toutes ses parties? ; rien de ce qui existe n'échappe
à la musique. Mais ces rapports musicaux se retrouveraient aussi
dans la succession des instants et le rythme du temps. C'est
aussi grâce à lui qu'il y a entre les voix des humains et lair
cet accord qui, je suppose, explique le chant. Ailleurs il est dit
de fagon un peu différente que le Soleil est le plectre avec lequel
Apollon ramène le monde à l’harmonie®. Il s'agit là vraisemblablement d’une exégèse allégorique de cet attribut mythique.
la lyre d’Apollon, exégèse que nous découvrirons ensuite dans
un fragment de l”’Ovoc Aúpaz, petit écrit de Varron (un Logistoricus*). Grâce au Soleil, selon Cléanthe, le dieu amène le cosmos
à sa marche harmonieuse.
De ce rôle prépondérant du Soleil dans l'harmonie cosmique, nous trouverons plus tard l'écho chez Philon le Juif.
Le Soleil « accorde l'instrument (öpyavov) véritablement musical
et divin », c'est-à-dire l’heptacorde cosmique®. Censorin attribue
cette dernière formule qu'il connaît aussi (par Varron ?), zò
povotxdv xal Betov ac &An0@c öpyavov, à un pythagoricien, Dorylaos,
dont nous ne savons rien d'autre part’. Très neltement cette
fonction d’accord apparaît liée à la place qu'il a alors dans la
169
av. J.-C), il est même attribué par maints auteurs à des pythagoriciens? et le parti qui en est tiré pour la fonction d'accord
attribuée au Soleil-Mèse suppose encore vivantes les spéculations sur l’harmonie des sphères.
Cléanthe nous apparait ainsi, au sein du stoïcisme, comme
l’auteur qui a donné le plus de place à l'identification ApollonHéliost. Il y aurait à suivre, aprés lui, la fortune de cette idée.
Mais il y faudrait un travail spécial et d'autre part rien -d'essen-
Liel, je crois, ne s’ajouterait aux thèmes que nous avons passés
en revue. Indiquons seulement que le mythographe Apollodore
d'Athènes au 11° siècle avant notre ère est celui qui avail recueilli
la plus importante documentation à ce sujet : c'est re qu’alteste
expressément cet Héraclite auquel nous devons les Allégories
homériques®. Il est probable qu'on lui doit plus d'une de ces
notices que j'ai utilisées dans Je présent mémoire et qui
se trouvent maintenant pour une bonne part rassemblées
dans les Saturnales de Macrobef. Il serait intéressant aussi
de suivre l’histoire du nom de Phebus, épithète d'Apollon.
qui a, notamment dans la poésie latine, favorisé lidentification de ce dieu avec le Soleil : par exemple Tibulle
désigne par lui I’Hélios-Phaéthon qui. dans l'Odyssée, nous
IN
en
1. Chrysippe, après lui, est encore fidèle a l'ordre de Platon (Sfoic. uel. fray.,
11, n° 527), Posidonius à l’ordre chaldéen (Etudes, p. 63, approuvé par BURKERT.
op. laud., p. 297, n. 121). Hermippe critiquera ceux qui, faisant du Soleil le cœur du
monde, ne le placent pas au milieu de la suite des sphères. Mais Aristote avait distingué,
succession des planètes au milieu d'elles, entre la Lune, Vénus
et Mercure d’une part, Mars, Jupiter et Saturne de l’autre.
dans le De caelo, centre vital et centre spatial. Pour tout ceci, voir Études, p. 102,
Nous retrouvons le rôle de la mèse, tel que nous l’avons rappelé
dans la pratique des musiciens grecs®. En était-il ainsi chez
qui reste pourtant — comme mes Eludes — encore souvent ignorée.
1. Études, pp. 90-91.
suivant R. P. Jones, Posidonios and solar eschalelogy, dans la Classical Philology,
NXVII, 1932, p. 131, étude décisive à laquelle Reinhardt n'a jamais pu répondre et
2. Eludes, p. 61, n. 6.
3. Ibid.,n. 7. Pour Chalcidius, voir maintenant l'édition Waszink, p. 119, qui ne
cite à vrai dire que Théon et ignore mes Éludes sur ce paint.
4. Pour les stoiciens en général, Cıc., De nai. deor., 11, 68. Cf. en outre Chrysippe
2. Cornutus, c. 32 (frag. 503 Von Arnim).
(Macroge, Sat, I, 17, 7): Diogène de Babylone (Purovenr, De pielate, 15 sqg.
= St. uel. frag., 33); Connurus, p. 66, 18 sgg. LANG.
3. Cf. supra, p. 167, n. 4.
4. Ap. Nonivs, 100, 25 (= “Ovos Adpas 51 Buecu.), cité Etudes, p. 100, n. 2.
*Aroïkodogo). Ch. K. Remuarnt, De Graecorum Theologia, diss. Berlin, 1911,
5. Cf. supra, p. 167, n. 4,
6. Puiton, Vil. Moys., II. 9 (Etudes, ibid.). Cf. Quis rer. diu. her, 223.
7. De die natali. 13, 5 (Études. ibid.).
8. Cf. supra, p. 162.
5. Alleg. homer., 7, 1, p. 7 Burrière (Axplburat 8% repli todtav droBeiïts zat
pp. 103 sqq. Macrose, Sal, 1, 17, 19, se réfère au NIVe livre du Megì Oev.
6. Salurn., 1, 17 (chapitre entièrement consacré à Péquatiun Soleil-Apollon).
A Home naturellement, Varron connaît celle-ci : ling. lat. V, 68: Antiquilés dirines.
frag,
AGann\.
Página 12
Ver en el PDF(se abre en una ventana nueva)ns plongés dans
est dit ne pas se manifester aux Cimmérie
les Lénébrest.
s'est établie
Ce que j'ai voulu rappeler, c'est la façon dont
on et à
religi
la
à
cette identification, comment elle paraît liée
ode allégorique,
l'astronomie pythagoriciennes. Fruit de la méth
ne proprement
elle a réussi à avoir pourtant une certaine fortu
t,
vivan
religieuse, dans la mesure où elle exprimait un sentiment
ers, cette harmonie
celui de harmonie présente au sein de l'univ
musique’.
qu'exprimail la conjonction de l'astronomie el de la
occaples
multi
de
e
encor
Chez les néoplatoniciens, elle aura
Île
dans
ra
sions de s'affirmer et, grâce à elle, Apollon garde
paganisme finissant un prestige tout particulier.
Rama
66
Pierre BoYANCE.
Boyaxcé P., L’ Apollon solaire [dans le pythagorisme]
; ef. Religion grecque.
) 149-170.
Bovanxck P., L’ Apollon solaire : Mélanges Carcopino (ef. Mélanges
s : elle
| L'identification d’Helios et d’Apollon est antérieure aux tragique
la
et a connu par
paraît liée à lu religion et à l'astronomie prthagoriciennes
e ici.
esquissé
est
qui
e
religieus
et
hique
philosop
suite une fortune
J. Carcopino :
Mélanges d'archéologie. d’epigraphie et d'histoire offerts à
.
Paris Hachette 1966 xv & 993 p. ill. | REL XLIV 1966 603-605 Stuveras
1, TırvLıe, IV, 1, 66. De même dans VIRGILF, En. XI, 913
(ef. 111, 637 : TV, 6),
voir en lui avec
il n'est pas du tout sûr que Phebus soit un autre que Sol et qu'il faille
C. Baıtey (Religion in Virgil, Oxford, 1935, p. 169) Apollon.
et dus à
9. Les volumineux articles Pythagoras et Pylhagoreer, parus en 1963
M, Kurt von Frırz dans la Real Encyclopädie, XXIV, 1, col. 171-267,
d'utile sur le problème abordé ici. L'aspect proprement religieux du
n'offrent rien
pythagorisme.
pas vraiment abordé.
soit en lui-même, soit dans son influence sur Platon. n'est du reste
Aucune de mes
Rien sur Apollon ; rien sur le célébre akousma relatif à la téfraciys.
52, 1939, Sur lu
études sur ce thème ne paraît connue (ni mon article de la R.E.G.,
éne).
rie pythagoricienne, notamment pour l'esprit et la valeur du témoignage d'Aristox
nt les deuxième
Ce qui est dit col. 244 de mon Gulle des Muses ignore en fait entièreme
article
et troisième parties du livre et donne de la première «à compléter par mon
sommaire.
non cilé Platon et les calharles orphiques, dans la R.E.tr.. 54, 1941) une idée