La structure du melange dans la pensee antique

Autore
Boussoulas, N.
Pubblicato in
Sophia
Anno
1980
Argomento
GENERAL
Lingua
Français
Categoria
C7 Filosofia
Numero d'archivio
3881

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DOUSSALASN. Parménide. Dans le système parménidien, la Nécessité, ou Justice, constitue un principe analogue au Bien platonicien. Cette divinité est en effet ap- VA Bo pelée par la doxographie (cf. Aetius, I 25, 3; D. 321) xpévoux; autrement dit, on peut l'envisager comme étant située sur un plan encore supérieur que celui du voÿç, puisqu'antérieure à ce dernier; c'est-à-dire, étant donné l'identité entre l'intelligence et l’Essence, de l'Etre parménidien. La divine Nécessité, ou justice, située au delà de l'Esprit, engendre, LA STRUCTURE DU MELANGE DANS LA PENSEE ANTIQUE Le Mélange constitue chez les grands penseurs de _Pantiquité grecque un théme, une image de pensée fondamentale, qui coincide avec leur intuition méme concernant le Tout. Héraclite. Ainsi chez Héraclite nous avons affaire 4 un systéme dans lequel le processus intégral de la cosmogonie se réduit au montage et au démontage d'un mélange de plus en plus véhément, se renouant á tout instant, se ruant dans un sens vertical. Considéré analytiquement, le cycle de la mixtion héraclitéenne comporte trois moments — que les Stoiciens distingueront soigneusement plus tard: le mélange — juxtaposition, le mélange intime et total, enfin le mélange — confusion infinie. Ce dernier est le synonyme de la conflagration héraclitéenne, l'acmé de la voie ascendante, comme le mélange — juxtaposition est le terminus de la voie qui descend. Quant au mélange intime et total, il est l'intermédiaire entre les deux et correspond au processus de parcours, au mouvement éternel de la Justice qui pénétre sous la forme du Feu (Soleil intelligible, selon Platon) la totalité des choses. a tant que Causalité supréme, le mixte qu'est la sphére parfaite de 'Etre. . Les termes énéônoev, relpac, metlpact sont bien significatifs à cet égard. La déesse Nécessité, ou Justice, a enchainé le tout de l’Essence et en a fait ainsi le mixte parfait de l'Etre tel qu'il nous est décrit dans la première partie du poéme parménidien: mélange harmonieux et parfait (tel que celui qui caractérisera plus tard les Idées et l’Etre platoniciens) lequel, vu dans la perspective synthétique de la mixtion, ne comporte pas des parties; ses membres (pour employer un mot empédocléen; cf. fr. 27a, 30, 31) étant fondus les uns dans les autres et, de ce fait, devenus indiscernables. Toutes ses régions internes ont toutes absolument la méme tonalité, le même dégré d'essence. La tension de ce mélange parfait qu'est l'Etre est celle de la plénitude d'un illimité qui se trouve limité; d'un infini-fini, mixte sphérique parfaitement équilibré. Il n'y a pas ici plus d’Etre et là moins. L'infini de l’Essence a été pris dans les liens de l'Enveloppe — limite de la Justice- Nécessité; celle-ci, en le pénétrant tout entier, le maintient ferme et immuable de chaque còté, mixte entier et inviolable, sphère supréme, forme plastique achevée comportant la limite extréme de la Divinité. . Cette Justice héraclitéenne, synonyme du Logos et de l’Esprit, ou encore du Feu et de l’Un, se présente chez l’Ephésien comme la cau- Empédocle. cause, la limite, le mixte et l’illimité. les trois sortes de mélange: a) juxtaposition, b) confusion, c) mélange intermédiaire, que nous avons déjà rencontrées chez Héraclite. salité instauratrice de toute chose, l'entité qui est en même temps la Les analyses étymologiques du Cratyle, nous montrent que la Ju- - limite qui pénètre; or cette dernière stice-Unité est en effet la Cause ne peut être qu'illimitée, vu la conception héraclitéenne de l'identité des contraires. . Mais cette cause — limite infinie — est simultanement le mixte: c'est ce que désigne aussi bien le mot logos que les mots. Evvév et un qui nous suggèrent une sorte de rassemblement, un état d'étre-avec qui . o est trés proche de celui d'un mélange total. Nous avons affaire, en dernière analyse, à un principe qui se rassemble et se disperse, à un mixte Un-infini qui présente toute l’unité et la pureté absolue de la Cause et de la limite, et en méme temps tout l'emmiettement de T'illimité. Autrement dit, la limite, coincidant aver l'unité méme du Logos, se transforme subitement, grâce à l’antinomie et la reversibilité essentielle du système (loi fondamentale de la Causalité) en illimité, en tout l'infini des êtres et des choses de l'Univers. C'est la Stexéapyore héraclitéenne s’accomplissant dans l'istant intemporel et éternel de la foudre, analogue à l’instantané platocinien. Chez Empédocle, grand métaphysicien du Mélange, nous retrouvons Le premier mixte est le résultat du règne prolongé de l'Amour qui unit; le second celui de la Haine qui sépare; et le troisième, intermédiaire entre les deux, est le mélange proprement empédocléen (infiniment plus plastique que ne l'est le mélange d'Héraclite), situé au milieu de ces deux extrêmes, qui sont des cas à la limite. En effet, dans le règne alternatif de l'Amour et de la Haine nous avons tantôt, sous l'effet de l’action érotique, créatrice des unions, un mélange qui va se compliquant et s'enchévetrant de plus en plus, pour aboutir, vers la fin de l’ére de Amour, à une véritable confusion, où tout est même du mélange primitif d’Anaxagore; et tantôt, sous l'effet de la Haine (Neîxog), agent des séparations, nous avons une dissociation de plus en plus poussée, qui nous donnera, pour un moment, le mélange intime et total, état normal et parfait du Cosmos empédocléen; pour se dégrader par la suite en mélange — juxtaposition — chaos mécanique, où rien n'est en rapport avec rien, et qui ne représente que le cas extrême du Mélange d’Empédocle.

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En somme, ce sera que le mixte intermédiaire, où les effets de l'Amour et de la Haine se font équilibre grace à une interpénétration intime et totale (crase absolument intégrale), qui constituera, dans sa sphéricité accomplie, l'image la plus parfait de la permanence et de l’immobilite du sphairos: Dieu lié «dans l’&troite enveloppe de l'Harmonie », « égal en tous sens», « sphérique et rond », si semblable, dans sa solitude circulaire, à l'Etre sphérique de Parménide. Anaxagore. Chez Anaxagore l'intuition cosmogonique, la structure fondamentale est celle du mélange, ou de l’adjonction de l'Esprit à la matière; le Nous jouant le rôle de la limite et la matière celui de l’illimité. Il est évident, en effet, que le mélange primitif qui caractérise la matière anaxagoréenne, étant infiniment grand et petit, est infini, au même titre que l’illimité du Philebe. Quant a l'Esprit, il est l'autre aspect de cet Etre qu'est le mélange primitif (pris dans un sens aussi absolu que celui de l’Etre parmenidien); en d'autres termes, il est la limite de l’Etre anaxagoréen, considéré dans son ensemble. Or, l'Esprit, d'après le Cratyle, pénètre la matière et c'est à la suite de cette pénétration — synonyme de limitation — que le Cosmos surgit. On peut détecter cette pénétration dans le fragment 12 qui nous dit que la mepryapyotc oeuvre de la mise en mouvement de la masse du mélange primitif par l'Esprit, a commencé à partir du petit. En effet, le petit (micron) étant, d'après la métaphysique anaxagoréenne de la grandeur, l'infiniment petit, peut être considéré aussi petit qu'un point; par conséquent le mouvement premier est rectiligne et il se trouve ainsi que nous avons affaire à un mouvement de pénétration. Cette pénétration, qui s'effectue dans la temporalité infinitesimale et foudroyante de l'instantané — correspondant à la spatialité ponctuelle et infinitésimale du petit, infini de petitesse — s'avère ainsi intem- — — 383 l'injustice consistant en l'empêchement et l'obstacle (éxcddvev: fr. 12) présentés à ce mouvement ordonnateur. En faisant remarquer par la suite que cette oeuvre de justice anaxagoréenne est la même que celle par laquelle est définie la Justice platonicienne dans la République, on arrive à la conclusion que les homéoméries du mélange primitif ne pourraient que représenter l'élément sensible (toutes les sensations et les qualités sensibles) sur lequel s'exerce l'action de l'Esprit. Or ce dernier, en tant justement que juge suprême, juge et discrimine les qualités sensibles du mélange originaire: d’où son action de discrimination et de séparation, grâce à laquelle les choses chaotiques et primitives, émergeant de leur état de petitesse invisible, constituent, en s’accroissant, l'ensemble des étants contenus dans le Cosmos. Mais ces choses originaires, contenues dans le mélange primitif, ne sont éternellement que des totalités composées et infinies: chaque homéomérie ne fait qu’englober toutes les autres homéoméries à la fois dans une mixtion intime et totale. Il faut donc s'attendre à ce que la dissociation aille à l'infini au lieu de s'arrêter à des éléments irréductibles (comme c'est le cas pour le système d’Empedocle); et que puisque chaque parcelle de la Totalité est ainsi un tout infini, capable de constituer à son tour la matrice d'un univers, le Cosmos anaxagoréen se resolve nécessairement en un ensemble infini de mondes, comportant une‘ temporalité irreversible et éternellement ouverte. Les Atomistes: Leucippe - Démocrite. Avec l'Atomisme le problème se pose d'une façon inverse de celle avec laquelle il se pose chez Parménide et Anaxagore. En effet, si nous examinons les atomes, nous pouvons aisément nous rendre compte que chacun d'eux présente les mêmes caractères que l’Etre de Parménide. Chaque atome est en réalité un continuum homogène, puisque la porelle. nature de tous les atomes est la même. Il est Etre dans le plein sens Nous pouvons par conséquent affirmer que, de tout temps, il y a eu mélange de l'Esprit au chaos primitif, autrement dit, Staxéopnotc parménidien due mot. Nous pourrions ainsi dire que la sphère de l’Etre de Parménide a fait explosion dans le Vide; et maintenant, avec la thèorie atomistique, nous assistons à une véritable pullulation dans l'Espace de ces fragments de l’Un homogène. Ainsi, à l'encontre de ce que nous avons chez Parménide et Anaxagore, où il ne s’agit au fond que d'une masse infiniment compacte et homogène de l'Etre (telle en effet se présente chez l’un la Sphère, et chez l’autre le mélange primitif), nous avons ici, avec 1'Atomisme, tout et cosmos; et ce n'est qu’analytiquement, par une sorte de factivitè d’ordre méthodologique, facilitant l'exposé du système, que le mélange primitif nous est présenté avant le Nous et son action ordonnatrice. C'est ainsi que l'on peut être amené à étudier le mouvement éternel du mélange primitif tendant irrésistiblement vers la limite qu'est l'Esprit; le contact de cet illimité avec cette limite dans l'instant ‘intemporel de l’instantan& ou du soudain (2Eaxtvne selon le témoignage du poète Timon dans les Silles); les rapports, enfin, de l’instantané (instance foudroyante) avec l'accroissement (atEyotc). On constate, en approfondissant les fragments d’Anaxagore, que le logos du Nous consisté en une sorte de mouvement brusque qui s'accroît de son infiniment petit (correspondant au repos) à son infiniment grand (ráxtotov). C'est de cette façon que l'Esprit, en tant que porteur de la limite, agit de deux côtés sur le double illimité de la masse origilange — pour avoir le Cosmos, agrégat, mixte d’atomes d'après les Atomistes. Autrement dit, nous sommes de nouveau devant un problème de mélange: l'Atomisme se donne dès le début l’Etre (à savoir les atomes - formes ou Idées) et le Non-Etre (le Vide absolu). En effet, les atomes sont considérés par les Atomistes comme étant naire des choses. l'Etre (Sev) lui-même. Nous savons que Démocrite a appelé des Atomes Or cette action de l'Esprit, synonyme d'un double mouvement de pénétration et d’enveloppement, se réduit à l'exercice de la justice; sont probablement les formes (ou encore Idées) pythagoriciennes qui d'abord la Séparation; et il s'agit justement de passer .de cet état de séparation à l'état contraire — à savoir celui de l'union et du méelôn (formes). J. Burnet (Aurore, p. 54, n. 3) pense à ce propos que ce

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— donnérent naissance aux atomes de Leucippe et de Démocrite en méme temps qu'aux Idées platoniciennes. D’autre part, en ce qui concerne le vide (notion empruntée aux Pythagoriciens et trés proche de la Non-Essence, du Néant) il est envisagé par les Atomistes comme le non-étre (undév). Ce non-être existe, d'après eux, au même titre que l'Etre lui-même. Simplicius nous rapporte (1) que, d'après Leucippe, « l'être n'est en outre rien de plus que le non-être et tous les deux sont au même dégré cause de tout ce qui arrive à l'existence ». Et il s'agira de passer de la séparation et de la dispersion des atomes à la réunion et au rassemblement, c’est-à-dire à l’adjonction, au mélange grâce au mouvement originaire et absolument dynamique du tourbillon au sein du non-Etre (ou Vide). Ce mouvement tourbillonnaire s'avère, en définitive, la cause de toutes les associations, ou mixtions, atomiques possibles — et par là, de toutes les variétés innombrables des étants dans l’ensemble des Univers infinis. En somme, nous pourrions affirmer, à la suite de toutes ces considérations, que nous avons, avec l’Atomisme, un état de choses qui ne présente un certain nombre d’analogies avec le système anaxagoréen qu'au moment seul de l’intervention de l'Esprit. Dans notre étude sur le mélange chex Anaxagore nous avons essayé de montrer que le mélange primitif devient aux confins immédiats du Nous, d'un côté — dans le sens du petit — l'ensemble des portions concentrées en une seule semence, particule unique et infiniment condensée (c'est le óuoú mavta); de l’autre, dans le sens du grand, la xópa infiniment rarefiée dans laquelle plonge démésurement cette particule unique. Or, un principe tel que celui du ép00 rávta fait totalement défaut à l’atomisme. Par conséquent, à la limite de la divisibilité, ces particules infiniment petites et condensées ainsi obtenues seront, à l'inverse de ce qui est le cas pour Anaxagore, les atomes éperdument dispersés dans la même vacuité du rarefié qu'est la spatialité du vide. Mais à la limite de la divisibilité nous sommes, d'après l'anaxagorisme, aux confins mêmes de l’action de l’Esprit qui n'est autre que son mouvement circulaire et extrêmement violent, instaurateur du Cosmos. Or, nous constatons que dans l'atomisme aussi le mouvement tourbillonaire apparaît en même temps que les atomes et le vide. C'est ce mouvement de tourbillon (Stvn) qui, étant à la source de l'association des atomes, sera la cause spirituelle (2) de la naissance, par voie de mixtion, des univers infinis. La vitesse du tourbillon étant superlative, infinie, la structure du mouvement tourbillonnaire, constitutif du mélange, est celle d'un éclaboussement frénétique, d'un vrai Maëlstrom atomique. Nous devons par conséquent présumer que les rassemblements des atomes, les mélanges totaux de la Cosmogonie se font dans la temporalité dynamique de l'instantané — ce qui enlève, à notre avis, le caractère purement mécanique que la doxographie a attribué à l'Atomisme. Les Pythagoriciens. Avec le Pythagorisme (primitif et postérieur) nous nous trouvons aux prises avec la théorie même du mélange et de sa vertu informatrice. Car, comme le souligne J. Burnet (cf. Greek Philosophy, Part I, Thales to Plato, p. 44) c'est bien la notion de la limite et de la forme, correlative de celle de l'infini, qui constitue «la grande contribution de Pythagore à la Philosophie ». Si, en effet, Villimité phythagoricien trahit l'influence milésienne, la limite est purement enfant du pythagorisme. C'est ainsi qu'avec les Pythagoriciens nous assistons, pour la première fois dans la philosophie grecque, à la formulation explicite aussi bien qu’à l'énumération des entités qui entrent dans l'univers de toute mixtion: limite et illimité, impair et pair, un et multiple, droite et gauche, mâle et femelle, en repos et mû, rectiligne et courbe, lumière et obscurité, bon et mauvais, caré et oblong. (Métaphysique, A 5. 986 15). Nous trouvons ici une intuition d'après laquelle tout être s'avère le produit du mélange de la limite et de l'illimité — à commencer par la Totalité. Dans le Cosmos, en effet, produit de la nuptialité des contraires (PHiLoLaos, De la Nature, p. 45), l'harmonie qui régit les mixtions est toute puissante: le corps et l'âme de l'Univers, aussi bien que de l'homme, est un mixte harmonieux. Toute la réalité, dans sa racine la plus profonde, n'est que la force harmonieuse qui résulte de l'union des contraires. Et cette union s’accomplit grâce à la pénétration de l'illimité par la limite — modalité érotique constante de la composition des mixtes dans la pensée antique. Or, limite et illimité appartiennent tous les deux à l’univers mathématique d'après les Pythagoriciens, la limite étant représentée par l’impair et l’illimité par le pair. Par conséquent, on n’aura pas le droit d'envisager un fossé infranchissable, un abime entre ces deux entités; comme il n’y en a pas un entre le carré et l’hétéromèque, entre l’impair et le pair, synonymes de la limite et de l’illimité. Il y aura donc moyen de passer de l’une à l'autre, et ce sera justement ce processus de traversée qui constituera en même temps l’Univers et les êtres qu'il contient. Le Cosmos surgira par des opérations de calcul d’exhaustion et de passage a la limite — tout comme la série des polygônes inscrits dans un cercle qui naissent dans le mouvement de la tension vers la circonférence, considérée dans ce cas comme limite et forme achevée. Or, il est facile de constater que le passage de l'illimité à la limite se fait grâce à la causalité de la décade pythagoricienne, ou tetraktys, qui, constituant le fond (nuôuñv) de toutes choses, s'avère le nombre parfait enveloppant dans son sein le pair et l'impair, le mouvement et le repos, le bien et le mal (THÉON DE SMYRNE, p. 106, 7, Hill.); bref les couples des opposés pythagoriciens. C'est elle qui, en tant que l’Un (3), englobe la limite et l’illimite, réalisant la pénétration de l'infini par le principe finitisant. Elle peut donc être considérée comme la cause universelle qui épuise tous les modes de l’&tiologie: la décade — tetraktys — unité est (1) Phys., p. 28, 4 (S 4 A 8). (2) La dtaxéonnatg ne se fait pas aveuglement et mécaniquement, mais par une cause rationnelle que Leucippe appelait logos et nécessité son traité nepl vo3. (Cf. Aet I, 25, 4). (Dox. p. 321; DV 54 Br). (&véyxn) (dans (3) Cf. Tufo. Smyrn., p. 20, 19.

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en effet la cause formelle et matérielle, aussi bien que la cause efficiente et finale. Cette «essence réalisée » (selon l'expression de G. Milhaud) constitue toutes les figures (ci3n ou iSéou) des éléments (cf. Burnet, Thales to Plato, n. 88, n. 1) et par là elle instaure, sous forme des mixtes, la totalité des étres dans le Cosmos (produit harmonieux de la nuptialité des contraires que la Tetraktys — causalité suprême — englobe et met en contact dans son propre sein). D'après le Pythagorisme, l'harmonie qui régit le mélange, aussi bien dans le microcosme humain que dans le macrocosme universel, est la quintessence même de la Réalité. En définitive, l'intuition fondamentale du Pythagorisme est une intuition éminemment esthétique qui sous-tend des structures mathématico-ontologiques. Toute la Nature, sous l’effet de la Cause parfaite de l’Un pythagoricien (qu'est la Tetraktys: limite-illimitée, mixte accompli) n'est, dans sa racine la plus profonde, que nombre et beauté pleine de symétrie et de perfection. L'étre et la composition des mixtes dans le Philèbe de Platon. En entreprenant ces recherches sur le mélange platonicien, je suis parti d'une considération d'ordre esthétique: toute oeuvre d'art m'a toujours paru un mélange. C'est l'être mixte, banal et mystérieux, plein de résonances profondes, dont le contact suscite cette sorte d'émotion intellectuelle, toujours à la source de l'intuition première. J'ai toujours eu à l'approche de toute création artistique le sentiment que ce qui touche le plus dans une oeuvre de Beauté c'est éternellement l'union d'un élément rude et rebelle, jaillissant du fait de la captation de l'infini, et d’une note efficace et aigüe, infiniment précieuse. Cette note je me la figurais volontiers telle la goutte de parfum qui répand une tonalité informatrice à tout un vaste et indécis paysage; à la façon d'une vibration profonde et fertile qui étonne et déconcerte de prime abord pour ouvrir par la suite les plus grands horizons à la pensée esthétique. _ Ce qui m'a toujours fasciné c'était bien l'emprise et la domination que possédait cette particule sonore, cette irradiation de parfum, ce tóvos aigu qui harmonise par sa traversée l'indéfini indifférent, lâche et dispersé de la quantité rebelle. Or, c'est justement dans le mixte du Philebe que j'ai eu l’impression de trouver, pour la première fois, la source méditative qui reflétait mon intuition première. Dans l'univers du mélange j'ai découvert cette entité subtile et toute puissante qui s'appelait la limite. J'ai aussitôt réalisé que son être régulateur et bianfaisant, porteur de lumière et de symétrie, constituait tout un message. Mais du même coup j'ai senti que je me trouvais cette fois avec Platon sur un plan de réalité supérieur; maintenant il ne s'agissait plus seulement d'horizons nouveaux pour la sensation esthétique; ici l'harmonie poussait infiniment plus loin, elle conduisait vers la vision du Bien lui-même. Et le mélange m'est apparu dans toute son étincelante valeur, à savoir un instrument omniscient et divin, une 0eóv déorg qui permettait de se frayer une voie vers la vision suprême. J'ai donc aimé cet outil merveilleux qui était fait pour atteindre le Soleil: ce prisme braqué sur le firmament; cette lunette à travers laquelle ruisselaient les constellations les plus pures; cette flute celeste pleine d’harmonies intelligibles. Et mon plus grand désir a été desormais de décomposer attentivement cette méthode dialectique, afin de la voir par la suite fonctionner dans. toute sa technicité opératoire. C’est bien d'une telle intuition qu’est né le titre du volume: L’Etre et la composition des mixtes (4). C’était parce que le spectrométre métaphysique qu’était le mélange servait 4 détecter et révélait en derniére instance la structure du tout de l’Etre, que l'espoir s’est emparé de moi que, à l’étudier, je serais à même de toucher, dans la mesure du possible, la nature intime du Bien lui-même. Une chose qui me ravissait dans cette entreprise c'était la multiplicité des plans et des stratifications ontologiques qu'on rencontrait au cours de ce voyage dialectique que constituait l'analyse des mixtes: on se mouvait sans cesse, on parcourait toute l'échelle des êtres depuis la vie obscure et chaotique de l'illimité (de l’ordre le plus sensible) jusqu'au soleil du Bien, miracle de l’Un infini. Ainsi sonder la profondeur de la mixtion revenait en somme à entreprendre une longue et merveilleuse traversée au sein des sphères les plus verticales. J'ai eu sans cesse l'impression que le Philebe était hanté par la vision du soleil, symbole constant du Bien, et que c'était ce feu suprême allumé aux horizons qui guidait toute cette ascension philosophique. La vision de ce feu, limite ultime du ciel, m'a donné l'idée d'axer toute ma recherche sur la nature des quatre genres du mélange (illimité, limite, mixte et cause) sur l’acuit& de la flamme. Déjà j'avais noté l'insistance avec laquelle revenaient les espèces du feu — chaud et froid, sec et humide — comme exemples de l'infini. Dès lors une comparaison avec la ligne de la République, toute dominée par létincelle et l'incendie du soleit, s'imposait. Car là aussi, dans ce dernier dialogue, Platon ne faisait que chercher à définir le Bien. Il faut avouer que pour être amené à comparer cette ligne avec les quatre genres de la mixtion un autre facteur, non moins persuasif que le premier, m'y a poussé. L'image que je m'étais faite du mélange du Philèbe, à savoir une sorte de lunette-flúte sidérale braquée sur l’espace des constellations, se traduisait dans mon esprit par un schéma linéaire; je voyais les quatre genres former une processione rectiligne, pointée vers la Hauteur du Cosmos. La prise de conscience avait jailli: j'ai comparé la ligne de la République à celle des quatre genres du Philèbe. Cette comparaison m'a permis de jeter une première lueur sur la nature de ces derniers. Ainsi j'ai pu constater que la Cause enveloppait les Idées et que le monde sensible était un mixte. Une deuxième (4) N. Boussoutas, L’Etre et la Composition des mixtes dans le PHILEBE de PLaATON, 1 vol. in-8°, Presses Universitaires de France, Paris 1952.

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— 388 constatation était la suivante: il y avait analogie et proportion entre les quatre genres, tout comme entre les quatre segments de la ligne de la République: les quatre genres étaient des parents étroits, ils entraient en composition dans un mélange qui comportait tous les dégrés d’infinitude, de fini, de mixtion et de causalité, et qui embassait dans son sein aussi bien le monde sensible que le monde intelligible des Essences. C'était une autre manière, avant même d’étudier plus profondement et plus systématiquement la structure du mixte, d’en proclamer la haute teneur ontologique ainsi que la portée universelle. Avec ceci se terminait la première partie de mon travail. La seconde partie était consacrée à l'étude proprement dite de la structure du mixte. Ici encore c'est la vision du Bien, soleil suprême, qui m'a guidé. En me demandant comment se fait l’adjonction de la limite à l’illimité, quelle est en somme la modalité de la constitution du mixte, j'ai cru voir dans l’éfxtpvns (instantané), seul instant intemporel, si proche de l’Eternité, le lieu métaphysique où cette composition et cette naissance pourraient s'accompir. Qu'est-ce à dire, sinon que dans cette foudre d’Héraclite qui gouverne le Tout? Dans une étincelle suprême le mixte naît, d'un seul bond. Et cette conflagration, qui est sa source et son origine, d'où vient-elle sinon du soleil de la Causalité? J'ai mentionné dans cette partie plusieurs exemples d’instantanés qu'on rencontre justement dans le VII® livre de la République. Le soleil est toujours là, le soleil intelligible et, avec son acuité terrible, il divise en pratiquant des sections, instauratrices d’individualités nouvelles. Le mixte, enfant du soleil et du Bien, voilà ce qui me paraissait de plus en plus évident; son être est tissé d’étincelles, son entité naît tout entière dans une explosion. Mais cette notion d’instantané, notion compacte et aigüe, dangereuse à manier, telle le feu, il fallait la traiter à froid, en la dissociant et en la monnayant en quelque sorte en des notions plus maniables dialectiquement. Déjà un premier équivalent se présentait à l'esprit grâce à la qualité d'acuité du feu: la notion de section. Bien d'autres découlaient de cette dernière: celle de distribution, d’émiettement, de prélèvement, — ou sondage infinitésimal — qui détecte le degré d’infinitude- de l’illimité. Avec ces notions je commençais déjà à pressentir la structure profondément mathématique et méta-mathématique du mélange-image de l'Eternel. Dès lors la modalité du montage des Idées (selon la formule heureuse de Léon Robin) se révélait comme se réalisant entièrement à coups d’éternité. C'est justement grâce à la modalité intemporelle de la constitution du mixte que j'ai pu établir que le temps n'est autre que l’Eternité émiettée, fragmentée, divisée à l'infini. A ce temps correspond le tout du sensible, comme à l’Eternit& correspond le toute de Vintelligibilité. Tout ce qui est valable pour l’un, vaut aussi pour l’autre terme de cette double correspondance. J’en concluais que le temps, n'étant que la fragmentation (dissociation) de l’Eternité, l'être sensible apparaissait comme l’émiettement de l’Etre intelligible. J'ai retrouvé ainsi de nouveau le fond du problème du mélange: intelligible et sensible sont tous deux des mixtes. Mais l'un est un monde plein d'équilibre, tendant vers la perfection de l'unité, tandis que l’autre est compliqué et instable, sujet à la corruption et à l'anéantissement. Ainsi par le biais du temps, impliqué dans la notion de l'instantané, je pouvais constater encore une fois, avec Léon Robin, que le mélange enveloppait l'univers de l’Essence (sensible aussi bien qu'intelligible) et que la différence entre les deux ordres n'était qu’une question de compléxité, relevant du ‘mécanisme interne de la composition. J’arrivais de la sorte, vers la fin de la deuxième partie de mon travail, au même résultat que celui de la première partie, à savoir l’universelle portée ontologique de la mixtion. Maintenant, avec la troisième partie, intitulée Le mixte parfait, je m’acheminais vers le terme même du voyage dialectique. Ici, je n'ai fait que suivre fidèlement le développement méthodiquement graduel de la dernière partie du Philèbe. Dans un premier chapitre j'ai étudié les composants du mixte de la vie bonne, constitué par les plaisirs pours, les arts-sciences et la dialectique des Idées. J'ai constaté que les trois composants ne devaient leur être qu’à leur participation à une nouvelle triade dont le nom était: Vérité, Beauté, Mesure absolue. Avec cette dernière on voyait déjà surgir les signes révélateurs du Bien. Par la suite j'ai assisté à la composition du mixte de la Vie authentique: je l’ai observé en train de se former, tel un cosmos harmonieux, ayant la même structure que celle de l’Ame Universelle. Ainsi en scrutant les rouages intimes de la constitution du mélange, je me suis trouvé en contact avec une réalité aussi intégrale que celle de l’Ame du Cosmos. Le mélange cessait d'être simplement un outil dialectique; il prenait les dimensions, les contours de l’Univers. Mon intuition première, celle d'une touche merveilleuse, se concrétisait: La flûte était devenue essence, elle n’exhalait plus la musique, elle était le musique même. M’appuyant sur le Timée, j'ai étudié les linéaments sonores de cette Harmonie; j'ai observé les constellations de son ciel et les mouvements savants de ses voies de connaissance. Ame était devenue le frêle instrument dialectique du début, esprit qui contenait le cosmos. Et j'ai étudié les lois de cet univers, sphère absolue, qui se mouvait sur l’axe de la Justice et de l’Égalité et englobait les dieux et les hommes. Arrivé à ses confins j'ai vu enfin s'élever le grand soleil, l’astre du Bien. Il envoyait les signes immédiats de sa triple constellation. C'était la fin de la montée. La grande cause était là, la source par excellence de la yéveoto ele odotav. Le Bien se présentait comme l’Univers plastique et parfait de l’Un qui enveloppait la Vérité (ou Etre des Idées), la Beauté, somme des figures idéales; enfin la Mesure, ciel des nombres idéaux. Avec ce mixte suprême on obtenait la procession totale de l’Etre intégral et la signification absolue de la place de la théorie du mélange dans la doctrine platonicienne était ainsi dégagée. Petite esquisse sur la signification esthétique du mixte platonicien. Le mélange représente dans la pensée platonicienne un thème de pensée fondamental, maximal, superlatif: l'image même d’Eros. Le mélange est en effet l’union du mâle et de la femelle, ainsi que nous le montre le cosmogonie de teneur très pythagoricienne du Timée.

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Or, Eros est amour de la Beauté (Banquet) et par conséquent le mélange s'avère avant tout une entité esthétique. Mais nous savons, grâce au Philèbe, que tout ce qui existe est un composé de limite et d’illimite. Il est donc manifeste que le mixte qu'est l'Univers sera présidé par Eros. C'est sous l'égide du dieu de l'Amour et de la Beauté que s'instaure la suprême statue cosmique. Qu'est-ce à dire sinon que le Cosmos, réalité esthétique par excellence, comport toute la tonalité d'un Festin; qu’il est un Banquet infini dans lequel les amants parfaits de la Pensée, les philosophes, dialecticiens de la composition métaphysique des mixtes, contemplent dans le loisir bienheureux l'avènement de la Beauté? C'est dans ce Tout, amphore parfaite, qu'ils goûtent au breuvage divin de la Donation que constitue pour les mortels la révélation du Mélange (Philèbe). Cette amphore qu'est le Monde, s'avère la sphère possédant la même plasticité parfaite que celle de Parménide et d'Empédocle; sphère dont l'essence est la musique sans cesse ascendante et triomphale de l'harmonie héraclitéenne. C'est dans cet univers de la Forme qu'éclatent les constellations des Idées. Nous pourrions ainsi dire que le mixte qui englobe le tout de l'Etre, intelligible aussi bien que sensible, étant le produit de la Beauté, signifie de toute évidence élaboration, information, perfection. Il naît à partir de la limitation de l’illimité, en d'autres termes du plus profond de l'harmonisation de l'infini, et c'est grâce à cette action qu'il s'avère symétrique et parfait. Il sera par conséquent un être de lumière, une entité étincelante, traversée par toute l'efficacité de l’Un-Bien, soleil créateur. Il comportera ainsi toutes les vibrations lumineuses et toutes les irradiations, puisque la structure fondamentale de sa source n'est autre que ce feu-leumière supra-sensible de la Causalité. Il sous-tendra des rapports de symétrie, des harmonies plurales d'ordre mathématique et méta-mathématique et, comme il constitue un Univers accompli, on pourrait y voir un Parthénon du Logos, être vertical et parfait, temple de l'équilibre, emplacement lumineux des statues des Idées. Le mixte possédera la plasticité la plus pure, puisque sa forme est celle de la sphère, la plus parfaite des formes. Cette plasticité maximale, dans sa vertu infinie de limitation, lui confère sur le niveau cosmique cette touche intégrale, ce frisson superlatif qui fonde et instaure sa beauté. Le mixte sera ainsi un être d'harmonie aux accords parfaits, puisque dans un de ses moments les plus authentiques il coincide avec l’Ame cosmique du Grand Tout, gamme musicale accomplie. Il comportera des illuminations sonores, il sera l’univers qui enveloppe le chant supréme de l’Etre des Idées. Nous pourrons en conséquence parler d'une symphonie du mixte qui se confond dans les instants parfaits de la mixtion avec la peytoty ovate du Phédon; qui n'est autre que la musique infinie qu'accomplit la Dialectique et toute la Philosophie. Ainsi le mixte sera un être de lumière et de son, musical et plastique, enfant de la Cause, appartenant à l'échelle des Constellations, à l’astronomie-harmonie sidérale. 391 — Lumière et musique vont parallèlement: le Soleil, en créant, irradie une musicalité proportionnelle à sa vertu explosive. Et le mixte, son produit, dont la structure est celle du tout du Réel, acquerra en correspondance ce rythme de mouvement ascendant qui n'est autre que celui de sa pulsation-explosion. Il comportera dans sa tendanceconvergence verticale un instant suprême, un centre efficace et vibrant, qui est, aux confins, celui même de l’Un-infini. Mais en même temps cette smphonie dynamique se traduira par une accumulation de plasticités (ce sont les générations qui tendent vers l'essence, que Platon nous décrit dans le Philèbe) qu'elle laisse derrière elle, tout le long de son processus. Ces plasticités, êtres particulièrs enveloppés par l'Univers du Mixte total, sont créées et nourries par la tension d'ascension, essence de la verticalité du mixte. Le mixte est ainsi un tout dynamique, un dynamisme démiurgique, un tévog uayındc. Dominé par une essence verticale, celle du feu-lumière-musique infinie, c'est là son pathos créateur. le rythme et l'instance de sa perfection. Et cette instance-ascension se révèle dans l'instantané. Le temps du mixte est I’2Exipync. La temporalité de la mixtion est cet instant infini d’explosion, cette conflagration perpétuelle au sein même des ‘abimes de l’infiniment petit temporel. Tout le mixte n'est que tension explosive, volonté de foudre, essence du Toujours. Ainsi, avec l'avénement du mixte, surgit le grand midi dans une vision de l'Etre et de l'Éternel (5). Aristote. La doctrine aristotélicienne concernant la forme et la matière, les quatre causes ainsi que le premier moteur n'est en somme qu'une explicitation grandiose des structures métaphysiques impliquées par la théorie de la Mixtion. L'adjonction de la limite a l’illimité, conditionnée par le Bien — Causalité unique, englobant dans son sein les quatre espèces de cause — ne signifie, en effet, qu'information de la matière et passage de la puissance à l'acte. Le passage de la puissance à l'acte, autrement dit de la matière à la forme, nous l'avons déjà rencontré chez Platon où le processus dynamique et hiérarchiquement structurant de ce champ fonctionnel qu'est l’Etre total (xevtedde dv) engendre l'ensemble des architectoniques du monde intelligible aussi bien que sensible. Dans ce chanp métaphysique constitué par l'univers de la mixtion platonicienne chaque Entité est, dans le sens ascendant — en allant du devenir au Bien-Un —, forme par rapport à celle qui la précede. Il y a affinité entre chaque terme et son voisin de la série des mixtes: cette affinité se traduisant inéluctablement en tendance du plus faible vers le plus puissant. En somme, toute une gamme infinie de petites attractions dominées par la gravitation suprême du premier principe. (5) C'est dans le grand rathoustra de Nietzsche Midi que le Monde, l'Univers (En plein midi, p. 392): s'accomplit: «Silence! Silence! Le Cf. Zamonde ne vient-il pas de s'accomplir?... Rond et mir? O balle ronde et doreel... puits de l'éternité! Joyeux abime de midi qui fait frémir». Le Cosmos nait. mixte parfait, dans cette foudre héraclitéenne qu'est le feu acuminal, son Démiurge. C'est dans le grand midi que le Créateur crée suprêmement,

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— 393 Or, il en va de méme en ce qui concerne la théorie aristotelicienne de la forme et de la matiére. Dans cette série hiérarchique qu’est le monde aristotélicien, chaque être concret n'est qu'un mixte, qu'un composé, produit de l’union de la matière et de la forme; autrement dit, de la puissance et de l'acte. Sa vie, qui est l'acte de l'intelligence souveraine, identique à celle due Bien souverain, réalise «la plus haute perfection» (ibid., A 7 1072 b 15). Autrement dit, le terme inconditionné de la série universelle des êtres se confond avec l'intelligible suprême qui n'est autre que la Divinité dans sa puissance-jouissance éternelle; état auquel nous ne Ainsi que nous le dit Aristote: « J'entends par matière par ex. Vairain, pouvons participer, par forme la configuration qu'elle (à savoir la forme) revêt (cyiua e (pendant quelques moments « fugitifs », A 9, 1075 a, 15). iSéac) et par le composé des deux (autrement dit la 3ème espèce de substance, le composé de la matière et la forme de la puissance et de l'acte) la statue, le tout concret (obvorov) » (6). Aristote appelle l’airain, c'est-à-dire la matière qui est toujours en puissance, la cause materielle; il appelle cause formelle (c’est-à-dire forme, modèle ou essence) l’idèe de la statue dans l'esprit du sculpteur; cause motrice le sculpteur; et enfin cause finale la forme de la statue vers laquelle change lairain, la matière. nous autres mortels, que «pour peu de temps» Nous sommes donc en droit d'affirmer que nous avons affaire ici, avec l’aristotélisme, au même mouvement de purification que celui que nous avons rencontré chez Platon à propos de sa théorie de la Mixtion. et l'autre dans la même série, et ce qui est premier dans cette série, est Cette mixtion, qui n'est au fond qu'une composition de puretés, d'états purs — comme celle que le Philébe construit dialectiquement, a l’aide de la Métrétique supérieure — dévore en quelque sorte (tout en Pinstaurant) sa matière sensible, à savoir sa temporalité et sa spatialité; pour se ruer, dans une ivresse pleine de science, vers cette pointe maximale, existant hors de tout temps et de tout espace, qu'est l’Entite simple et indivisible, absolument une et divine, qui meut tous les étants de la série, tous les êtres de l'Univers. C'est justement dans ce mouvement de convergence irrésistible, toujours le meilleur, ou analogue au meilleur » (ibid., A 7 1072 a 35). Dans la série hiérarchique, le tout tend avec avidité vers des structures de plus en plus simples et indivisibles, vers une unité de plus en synonyme de la tendance vers l'Unité la plus pure, que l'on peut déceler, en dernier ressort, la croissance suprême, l’accomplissement de l'Univers de la Mixtion harmonieuse, dans son caractère le plus auplus complète; cette ascension s’accompagnant du dépouillement au fur thentique. Nous constatons ainsi, chez Aristote, la prédominance de la Forme: « Dans cette série positive, la substance est première et, dans la substance, ce qui est simple et en acte est premier» (Métaphysique, A 7 1072 a 30). « Mais le Bien en soi et le Désirable en soi rentrent aussi l’un et à mésure de tout élément de matérialité, d'étendue et d'état mixte. Comme nous le dit Aristote lui-même dans sa Métaphysique. (A 7 1072 a 30): «ce qui est simple et en acte est premier». Et un peu plus loin Les Stoiciens. (A 7 1073 a 5): Le premier moteur vers lequel tend la série entiére, est Voici, par quels exemples les Stoïciens illustrent, selon le De Mixune substance qui « ne peut avoir aucune étendue mais elle est impartageable et indivisible ». De même encore (ibid., A 7 1075 a 5): Le premier moteur, qui se confond avec l’objet même de la Pensée divine, ne peut pas étre une substance composée et divisible. Nous arrivons ainsi au terme final de la série; terme qu'Aristote appelle la Cause finale. « La cause finale, en effet, est l’être pour qui elle tione d'Alexandre d’Aphrodise, leur théorie de la mixtion intime et totale : finale, prise en ce sens, meut donc comme objet de l'amour (epepevov), 1. Le feu qui pénètre entièrement le fer, chacun de ces deux corps conservant son propre être. 2. Les quatre éléments dont les deux, à savoir l'air et le feu, qui sont subtils et pénétrants, circulent à travers les deux autres — la terre et l'eau — plus grossiers et privés de tension, tout en sauvegardant les et toutes les autres choses meuvent parce qu'elles sont mues elles-mémes» (ibid., A 7 1072 b). et la cohésion qui leur sont propres. est une fin et c'est aussi le but lui-même » (Méta. A 7 1072 b). « La cause uns et les autres, au cours de cette mixtion, la nature, la consistance 3. La lumière qui se mêle intimement à l'air. 4. La nourriture, qui pénètre entièrement le corps nourri. 5. L'âme qui pénètre le corps en s'y mêlant intimement. Ce terme final, substance « éternelle, immobile et séparée des étres sensibles » (ibid., A 7 1073 a), est le Principe auquel sont suspendus le Ciel et la nature. « Sa vie, à lui, réalise la plus haute perfection» (ibid. A 7 1072b 15). Cette vie c'est l'acte de l'intelligence souveraine qui est celle du Bien souverain. A ce niveau il y a identité entre l'intelligence et l’intelligible, car nous avons affaire avec l'intelligence en acte et l'intelligence en acte est «la possession de l'intelligible » (ibid., A 7 1072 b 20). Ce terme final, substance « éternelle, immobile et séparée des êtres sensibles » (ibid., À 7 1073 a) est le Principe auquel « sont suspendus le Ciel et la Nature ». Au cours de cette mixtion l'âme et le corps, conservent chacun leurs qualités propres. Enfin, le mélange de la forme et de la matière, ou encore du souffle et de la matière; exemple qui illustre la théorie fondamentale de l’ancien Stoicisme: D'aprés les Stoiciens la matiére est entiérement traversée par un souffle (rvepa) qui lui donne cohésion et consistance, aussi bien que permanence et stabilité, rendant le Tout cohérent et uni gráce aux liens qu'il établit au sein de la matiére. (6) Cf. Métaphysique, Z, 3, 1029 a. Cette unification du Tout, cette sympathie universelle d'un monde tout conspire harmonieusement, est réalisée gráce á la tension

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— (zövoc) du souffle; tension qui se réduit à un double mouvement périodique allant de la périphérie au centre et du centre à la périphérie de la sphère de l'Univers. C'est justement la tension du souffle qui fonde les liens auxquels les choses de ce monde doivent leur cohésion et la continuité de leur existence: ces liens empêchent les corps de se dél’immensité du vide qui les renferme; vide infini qui communique éternellement, aux plus légers comme aux plus lourds des atomes, un mouvement vertical de haut en bas et de bas en haut, d'une vitesse paríaitement uniforme. sagréger. Quant au souffle lui-même, il est une sorte d’air enflammé, un mixte d'air et de feu. Il circule dans tous les corps en les pénétrant. L'étre de chaque corps dépend de son mélange avec le souffle. Or, celui-ci n’est pour les Stoiciens que l'autre nom de Dieu: souffle intelligent et éternellement artiste (teyvexédv) dont la tension merveilleusement créatrice (tévog payixòg), grâce à sa pénétration à travers la matière, constitue la cause efficiente et formelle de toute action démiurgique ou poétique. En effet, d'après le grand philosophe stoicien que fut Chrysippe. le principe créateur ou poétique de tout produit naturel réside à l’intétérieur de la matière. Chrysippe distingue entre les productions naturelles et les productions artificielles. Ce qui caractérise toute production naturelle c'est le fait qu'elle n'est pas superficielle, à fleur de peau. Car son produit se trouve être entièrement informé et modelé et c'est précisement ce qui est à l'intérieur de ce produit qui s'avère le plus délicatement ouvragé. Par contre, dans le cas d'un produit artificiel, tel, par exemple, une statue, seule la surface est élaborée. tandis que l'intérieur reste entièrement informe. i C'est le preuve, selon le Stoïcisme, que la cause de la production (le principe démiurgique ou créateur) est extérieure aux oeuvres de l'art. Au contraire, pour l’infinie majorité des choses naturelles, le souffle, cause formelle, agit à l'intérieur même de la matière, en se mêlant à elle. En définitive, le souffle ou Dieu s’est logé par pénétration à travers la matière — qui constitue le substrat de toute chose — et réside en elle, en la faconnant et la modelant perpétuellement; faisant ainsi rejaillir sans cesse « tout ce qui peut naître », exactement comme un créateur de figurines, qui élabore la glaise. Ainsi, en dernière analyse, le problème de l'union de la Forme et de la Matière s'avère être, pour les Stoiciens, celui du mélange intime et total (xeäous St &Awv) dont la modalité n'est autre que la pénétration. Les Épicuriens. Il n'est pas difficile de constater que le système cosmogonique d'Épicure est régi par la structure du mélange. La lettre à Hérodote nous dit ‚que l'Univers est formé de corps et que, parmi ces corps les uns sont composés, les autres les éléments qui servent á faire Jes composés. Ces derniers sont les atomes « indivisibles et immuables », « puisque rien ne peut retourner au néant, et qu’il faut que subsistent des réalités quand les composés se désagrégent » (Diocene Lafnce, X). Ce sont ces corps élémentaires, pleins et indivisibles, dont sont formés et á quoi se résolvent les composés de toutes sortes que contient Univers. En dehors de ces éléments premiers et éternels que sont les atomes, nous avons affaire, tout comme c'est le cas aussi pour l'Atomisme, à Au prime abord on ne voit pas comment les atomes en viendraient á se mélanger, pour constituer le Monde, puisqu'ils tombent tous parallélement, animés d'une égale rapidité. Comme nous le dit la lettre à Hérodote, «il faut de toute nécessité que les atomes soient d'une égale vitesse quand ils sont emportés dans le vide sans se heurter à rien. Car les pesants ne seront pas emportés plus vite que les légers et les petits, quand toutefois il n'y a aucun obstacle pour les arrêter, ni les petits moins vite que les grands puisqu'ils ont la même puissance de mouvement tant qu'ils ne sont heurtés par rien» (DioGène Laérce, X). La rencontre et partant la combinaison des atomes ne pourrait avoir lieu que si certains d'entre eux ne déviaient de leur trajectoire verticale: c’est la fameuse déclinaison (mrapéyxioic, clinamen) épicurienne. La pesanteur, en effet, s'oppose à ce que tout se passe par des rencontres, des combinaisons et des chocs: il faudra ajouter à la gravité l'effet d'une légère déviation des atomes, d'un écart sponté et infinitésimal de la verticale de leur chute (cf. Ciceron, De Fin., I, 17). Nous pouvons ainsi dire qu'à l'encontre de l’atomisme présocratique, selon lequel la constitution du Monde, à savoir la mixtion cosmique des atomes, se fait en vertu d'une nécessité rationnelle, appelée logos par Leucippe (dans son traité sur le voic), l’Epicurisme conçoit le Cosmos comme étant le résultat des combinaisons contingentes; comme une sorte de réussite, «après mille essais infructueux », pour reprendre la formule heureuse d'Emile Bréhier (Histoire de la Philosophie, tome I, fasc. 2, p. 348). Ainsi que nous le dit Léon Robin: «En vertu de l'indétermination essentielle de la déclinaison, la rencontre de deux atomes est un pur hasard. Si petit que soit Vagrégat ainsi formé, il oppose néanmoins une barrière à la chute des autres: les plus lourds se fixent, les plus légers rebondissent par Veffet du choc, une rotation s’etablit; c'est le premier noyau d’un monde, comme muré d’ether brûlant. De même se constituent d’autres mondes, pareillement limités, en nombre infini. Or. dans ce troisième infini qu'est l'éternité du temps écoulé, toutes les possibilités de rencontre et de combinaison ont pu se réaliser (ce qui légitime la méthode des explications multiples), jusqu'à ce que, par le jeu même du hasard, fit obtenue celle qui a été capable de se maintenir et de se développer» (La Pensée grecque, p. 396). C'est à la suite de la déclinaison, fait éminemment contingent, que les atomes « depuis un temps infini, sous l'impulsion des chocs qu’ils reçoivent et de leur propre poids, s'assemblent de mille manières et essayent toutes les combinaisons qu’ils peuvent former entre eux, si bien que, par l'épreuve qu'ils font de tous les genres d'union et de mouvement, ils en arrivent à se grouper soudainement en des ensembles qui forment l’origine de ces grandes masses, la terre, la mer, le ciel et les êtres vivants» (Lucréce, V. 422,431). . Mais ce n'est par tout. L'âme, elle même, s’avére aussi le produit de la combinaison des atomes. Selon la Lettre à Hérodote, « l'ême est un corps composé de parties tenues répandue dans tout l'ensemble de no-

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tre être, mais aussi tout à fait semblable à un souffle mélé d'un certain degré de chaleur et tantôt semblable à la chaleur» (DioGkne LAËRCE, X). C'est un agrégat d'atomes qui se trouve en corrélation et interaction constante avec cet autre agrégat atomique qu'est le corps qu'elle anime. Ce mélange psychique se caractérise par sa subtilité, ce qui rend l'âme unie et mêlée bien davantage à l'ensemble de l'agrégat humain; ce qui explique aussi tous ses mouvements, à savoir ses affections, ses pensées, son élan vital. Le composé corps-áme une fois détruit, l'âme se dissipe. Même les dieux (qu’Epicure loge, aussi étrange que cela puisse paraître, dans les intervalles des Montes: petuxéopia, intermundia) s'avèrent les produits d'un mélange atomique. Ce sont, eux aussi, des agrégats composés des plus subtils atomes: mais à l’encontre de ce qui est le cas pour tous les autres agrégats, les mélanges qui constituent l'être des dieux, vivant à l'abri des chocs dans les intervalles cosmiques, se trouvent indéfectibles: En définitive nous pourrions dire que le tout de la Réalité, selon la conception d’Epicure, est l'affaire de composition de mélange; mélange qui constitue la structure fondamentale, non seulement de la philosophie épicurienne, mais de toute la Pensée Antique. Alexandrie d'Égypte. NICOLAS BOUSSOULAS Sa Pap