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LES «HOMMES DIVINS» ET LEURS DIEUX
:
LE CAS DES CULTES «ORIENTAUX»
CONSTANTINOS MACRIS*
OURQUOI n'y a-t-il pas d’ “hommes
divins” dans les cultes “orientaux”?
Voilà la question que m'a posée Nicole
Belayche et qui est à l'origine de la présente investigation. Avec elle, on touche
un point sur lequel avait spéculé jadis,
divins” dans ce domaine. Pour ce faire,
le souci d'exhaustivité imposerait de
recourir conjointement à deux démarches, ou méthodes, parallèles et complémentaires.
D'une part, on devrait examiner scrumais dans un sens positif, ce pionnier
puleusement tout document épigraphide la recherche sur les cultes à mystères
(y compris “orientaux”) qu'est Richard
que, iconographique, littéraire ou autre
Reitzenstein (voir infra), mais un point
relatif aux cultes “orientaux”, en quête
de mentions explicites d'“hommes dipratiquement non étudié par la suite et
vins”, ou de plus vagues allusions à des
qui, de ce fait, reste assez obscur.
personnes de leur genre. Cela constitue
Peu après avoir accepté de jouer le
une recherche à part entiére, qui présupjeu, en essayant d'apporter une réponpose non seulement la maîtrise parfaite
se valable, j'ai compris que c'était une
d'une documentation singulièrement
abondante, mais aussi une connaissance approfondie du mode de fonctionnement et des particularités des divers
cultes “orientaux”, et notamment du
question à laquelle il était difficile de
répondre, et ce pour plusieurs raisons.
D'emblée, elle cachait une difficulté
d'ordre méthodologique: s’il s'avérait
que l'on avait effectivement affaire à
une absence totale, les hypothèses cherchant à l'expliquer ne pourraient être
que spéculatives et hasardeuses, en l'absence de tout élément probant permettant de les étayer.
Mais, avant d'en arriver là, il fallait
d'abord établir la réalité de cette absence, c'est-à-dire s'assurer quon ne
profil de leurs agents cultuels et du type
de “religiosité” qui caractérise leurs adhérents — ce qui n'est malheureusement
pas dans mes compétences …
D'autre part, et inversement en quelque sorte, il fallait dresser un inventaire
des personnes que les sources anciennes
ou les chercheurs modernes ont pu conrencontre absolument pas d’“hommes
sidérer comme des “hommes divins”,
et passer au crible les témoignages les
* Département de Philosophie et de Sciences
sociales de l’Université de Crète - Hellenic Open
University (Université grecque d'enseignement à
distance) - Rattaché au Laboratoire d'Études sur
les Monothéismes (cnrs) - Boursier post-doctoral de l'État grec (ry - Université d'Athènes).
des liens directs avec les cultes “orientaux”. La, le terrain m'était beaucoup
plus familier, étant donné mes recherches antérieures sur les biographies de
cet “homme divin” archétypique qu'est
concernant, dans le but d'y découvrir
# MLDITERRANTA®
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Vedi nel PDF(si apre in una nuova finestra)LE CAS DES CULTES «ORIENTAUX»
ourRQuOI n'y a-t-il pas d’“hommes
divins” dans les cultes “orientaux”?
Voilà la question que m'a posée Nicole
Belayche et qui est à l'origine de la présente investigation. Avec elle, on touche
un point sur lequel avait spéculé jadis,
mais dans un sens positif, ce pionnier
de la recherche sur les cultes 4 mystéres
(y compris “orientaux”) qu’est Richard
Reitzenstein (voir infra), mais un point
pratiquement non étudié par la suite et
qui, de ce fait, reste assez obscur.
Peu après avoir accepté de jouer le
jeu, en essayant d'apporter une réponse valable, j'ai compris que c'était une
question à laquelle il était difficile de
divins” dans ce domaine. Pour ce faire,
le souci d’exhaustivité imposerait de
recoutir conjointement à deux démarches, ou méthodes, parallèles et complémentaires.
D'une part, on devrait examiner scrupuleusement tout document épigraphique, iconographique, littéraire ou autre
relatif aux cultes “orientaux”, en quête
de mentions explicites d’“hommes divins”, ou de plus vagues allusions à des
personnes de leur genre. Cela constitue
une recherche à part entière, qui présuppose non seulement la maîtrise parfaite
d'une documentation singulièrement
répondre, et ce pour plusieurs raisons.
D'emblée, elle cachait une difficulté
d'ordre méthodologique: s’il s'avérait
que l'on avait effectivement affaire à
une absence totale, les hypothèses cherchant à l'expliquer ne pourraient être
abondante, mais aussi une connaissance approfondie du mode de fonctionnement et des particularités des divers
cultes “orientaux”, et notamment du
profil de leurs agents cultuels et du type
de “religiosité” qui caractérise leurs adhérents — ce qui n’est malheureusement
que spéculatives et hasardeuses, en l’abpas dans mes compétences …
sence de tout élément probant permettant de les étayer.
Mais, avant d'en arriver là, il fallait
d'abord établir la réalité de cette absence, c'est-à-dire s'assurer qu'on ne
rencontre absolument pas d’“hommes
D'autre part, et inversement en quelque sorte, il fallait dresser un inventaire
des personnes que les sources anciennes
ou les chercheurs modernes ont pu considérer comme des “hommes divins”,
et passer au crible les témoignages les
concernant, dans le but d’y découvrir
des liens directs avec les cultes “orientaux”. La, le terrain m’était beaucoup
plus familier, étant donné mes recherches antérieures sur les biographies de
* Département de Philosophie et de Sciences
sociales de l’Université de Crète - Hellenic Open
University (Université grecque d'enseignement à
distance) - Rattaché au Laboratoire d’Études sur
les Monothéismes (cnrs) - Boursier post-doctoral de l'État grec (iky - Université d'Athènes).
cet “homme divin” archétypique quest
«MEDITERRANEA »
Pagina 3
Vedi nel PDF(si apre in una nuova finestra)Pythagore, sur la constitution de son
exemplum et sur limitation de ce dernier
par deux “hommes divins pythagorisants de l’époque impériale, Apollonios
de Tyane et Alexandre d’Abonotique.'
J'ai donc choisi d'entreprendre mon
[12
.
.
LE
enquête en suivant cette
.
deuxième
voie, et le but de ces quelques pages est
d'exposer les premiers resultats — provisoires — que j'ai pu obtenir.
Pour commencer, on doit remarquer
que des traditions légendaires posthellénistiques, notamment tardives
(c'est-à-dire des traditions remontant
à des époques qui étaient familières
du phénomène des mystères “orientaux”), attribuent aux plus sages et
aux plus divins parmi les theioi andres
de l’Antiquite des initiations multiples
à des cultes divers, et en premier lieu
.
[11
.
.
[73
te
”
orientaux”. Ces initiations rappellent
.
3)
.
.
.
celles, bien connues, de Vettius Agorius Praetextatus ou de l'empereur Julien? et correspondent de manière plus
ou moins exacte aux listes exhaustives
des “sagesses barbares” que l'on trouve
* Qu'il me soit permis de les signaler ici de
manière sommaire: [loopvolou. Ilu9ayópov Bios,
introduction, texte grec, traduction en grec moderne et notes par Constantinos Macris, Athénes, Katépte, 2001; CONSTANTINOS Macris, Le
Pythagore des néoplatoniciens: recherches et commentaires sur “Le mode de vie pythagoricien” deJamblique,
Thése de Doctorat, Ecole Pratique des Hautes
Etudes - Section des Sciences religieuses, Paris,
2004 (dir. Ph. Hoffmann), t. 1-111; Ipem, Becoming Divine by Imitating Pythagoras ?, «METIS. Anthropologie des mondes grecs anciens», n.s. Iv,
2006, pp. 297-329; Ipem, “ITudayépou wiumaug”:
chez un Celse, un Numénius, un Diogène Laërce ou un Porphyre.* Ainsi le
Pythagore du Mode de vie pythagoricien
de Jamblique puise aux sources mémes
de la philosophia perennis grecque et barbare, en s'initiant successivement, au
cours de ses voyages, aux mystères orphiques de Libéthres, en Thrace, puis a
ceux des hiérophantes phéniciens, des
prêtres égyptiens, des mages perses et
Agorius Praetextatus” et PLRE 1.675, s.v. “Fabia
Aconia Paulina”, avec Worr LIEBESCHUETZ, The
Significance of the Speech of Praetextatus, dans Pagan Monotheism in Late Antiquity, P. Athanassiadi,
M. Frede (éds), Oxford, our, 1999, pp. 185-205,
aux pp. 203-204. Sur celles de l'empereur Julien,
voir Nancy GAUTHIER, Les initiations mystériques
de l'empereur Julien, dans Mélanges P. Lévéque. vol.
6. Religion, Eds. M.-M. Mactoux, É. Geny, Paris,
Les Belles Lettres, 1992, pp. 89-104; JEAN BourFARTIGUE, L'empereurJulien et la culture de son temps,
Paris, Études Augustiniennes, 1992, pp. 331-379
et 633-636; RowLann Smitu, Julian's Gods: Religion and Philosophy in the Thought and Action ofJulian the Apostate, New York, Routledge, 1996, pp.
114-178; POLYMNIA ATHANASSIADI, lovAcavég:
pra Broyoapia, Athènes, Moppwrtuxó ‘pupa E9vukhs Tpareing, 2001, pp. 65-85, 89-93, 189-194,
198-205 et 209-231 [trad. en grec moderne, remise
àjour par l'auteur, de EADEM, Julian: an Intellectual
Biography, London-New York, Routledge, 19922
{1981}]; IuINcA TANASEANU, Befreiung aus der
Finsternis: Kaiser Julian und die orientalischen Kulte,
ici même, aux pp. 281-301.
3 Sur ces listes des “sagesses barbares” (majoritairement orientales) et sur le mythe historiographique des voyages d'études en Orient, cf. MaTTrias Bates, Der Platonismus und die Weisheit
der Barbaren, dans Traditions of Platonism. Essays in
Honour ofJohn Dillon, J.J. Cleary (ed), Aldershot
etc., Ashgate, 1999, p. 115-138; CONSTANTINOS
Macris, [Toopuptov. [Tudaydpou Bloc (supra, n.
1), n. 23, aux pp. 173-181; IDem, Le Pythagore des
(étude post-doctorale en grec moderne dont le
néoplatoniciens, cit. (supra, n. T), t. IL, p. 138 sq.;
G[zorce] R. Boys-Stones, Post-Hellenistic Philosophy: a Study of its Development from the Stoics to
titre se traduirait “Imitatio Pythagorae”: la diffusion
du mode de vie pythagoricien dans les cercles philosophi-
Origen, Oxford, our, 2001, passim, notamment
pp: 44-75 et 99-122; Micrère Broze, AUDE Buques du monde gréco-romain).
2 Sur les initiations multiples de Praetextatus et
de sa femme, voir p. ex. PLRE 1.723, S.V. “Vettius
sages. Fonctions et contextes d'utilisation, «Kernos»,
n dıddoon tov rudayopeiou Toórou lung atous prAooogptxoúg xÜXAOUÇ Tav EAAnvoppmpatxdy Yoovey
SINE, SABRINA INOWLOCKI, Les catalogues de peuples
XIX, 2006, p. 131-144.
Pagina 4
Vedi nel PDF(si apre in una nuova finestra)des Chaldéens! — merveilleuse synthèse
idéalisée, qui correspond, évidemment,
aux attentes de Jamblique et de son école syrienne au mi°-1v® siècle, mais qui
nous en dit long sur la maniére dont
on se représentait le rapport obligé du
“theios anêr” avec les teletai et les myéseis
des cultes orientaux, sous leur forme
originelle, forcément (pureté oblige).
Même à un niveau conceptuel, à mesure que ma réflexion mûrissait par la
fréquentation des textes dans lesquels
font leur apparition lesdits “hommes
divins”, je ne voyais en principe aucune
incompatibilité entre ces personnages
et les cultes “orientaux”. Premièrement
parce que, dès l’époque hellénistique,
ces cultes constituaient tout naturellement une partie intégrante du même
paysage religieux, en finissant par être
naturalisés grecs ou romains, selon les
époques et les régions, et en se mélangeant librement, par ailleurs, à d'autres
cultes, dans Le cadre du syncrétisme ambiant. En second lieu parce que, même
un regard cursif sur mon inventaire
suffisait pour me mettre face à l'évidence: nos “hommes divins” sont très
souvent des étrangers en contact avec le
221
monde grec,? comme par exemple les
Hyperboréens de l'époque archaïque
(cf. Abaris);* puis, dans l’œcoumène
cité qui les reconnait(ra) comme tels de l'extérieur (le
terme technique employé pour leur arrivée est
epidémia) — ils n'appartiennent pas à son corps civique.
Lecapital de sagesse traditionnellement lié aux
voyages et au mode de vie itinérant (cf. Ian W.
Scott, The Divine Wanderer: Travel and Divinization in Late Antiquity, <http ://www.philipharland.com/travel/TravelScottA pollonius.pdf>
[draft]); la fascination exercée par le fait méme
de venir d'ailleurs, soit comme de mystérieux
inconnus, soit accompagnés déja d’une certaine
réputation; la préservation de l'intégrité et du
prestige des étrangers par l'absence d’une familiarité banalisante avec eux et par leur non implication antérieure dans les passions de la vie
politique et quotidienne de la cité d'accueil, ce
qui laisse une large marge à d'éventuels processus
d’idealisation: voilà quelques facteurs qui expliquent en partie laura d’autorité (quasi-)divine
dont sont entourés certains personnages venus de
l'extérieur, ainsi que le respect qu’ils inspirent.
Mais deux autres facteurs sont, me semble-t-il,
vraiment décisifs: d’abord, dans toute apparition
d’un étranger inconnu, ou rencontre avec lui, il
y a toujours la possibilité qu’il soit en réalité un
dieu déguisé en homme afin de tester le comportement de ses hôtes — c'est une possibilité bien
ancrée dans la mythologie grecque (où abondent
! Voir JAMBLIQUE, Sur le Mode de vie pythagoles apparitions anthropomorphiques des dieux),
à tel point quelle constitue l’un des motifs de
la fameuse philoxenia grecque, qui est toujours
une philotheia en puissance; en second lieu, la
reconnaissance d’un statut surhumain à un xenos
pose moins de problèmes que s’il s'agissait d’un
ricien, §§ 13-19 et 151, avec mes commentaires
citoyen de la cité d'accueil, étant donné qu’une
ad loc. in Constantinos Macris, Le Pythagore
telle reconnaissance ne constitue pas une transgression du principe d'égalité et de l’isonomia civique qui, dans les cités-états de l’Antiquité, devait
des néoplatoniciens, cit. (supra, p. 220, n. 1); voir
notamment t. 11, p. 150, avec les notes.
2 §’ilsne sont pas carrément d'origine orientale,
voire “barbare”, les “hommes divins” viennent
souvent des extrémités du monde grec: rappelons
p. ex. Aristéas de Proconnése ou Epiménide le
Crétois. La remarque au sujet de la provenance
majoritairement étrangére des “hommes divins”
m'amène à souligner ici en passant un fait important qui est passé inapergu dans les études
pertinentes d’ATTILIO MASTROCINQUE, Gli dei
fra i mortali e la loro modestia, dans Modelli eroici
relatives aux “hommes divins” (un fait latéral
schneider, 2003, pp. 55-64).
par rapport au sujet traité ici): “barbares” ou pas,
3 Sur Abaris, voir la première partie de mon
article Abaris théurge: une interprétation néoplatonidans la plupart des cas les “theioi andres” viennent a la
être religieusement respecté , surtout à l'époque
classique (sur ce dernier point, cf. les remarques
dall’ Antichita alla cultura europea: alle radici della casa
comune europea. Atti del convegno. Bergamo, 2022 novembre 2001, éds A. Barzanò, C. Bearzot,
F. Landucci Gattinoni, Roma, L’Erma di Bret-
Pagina 5
Vedi nel PDF(si apre in una nuova finestra)qui s'ouvrit après Alexandre et ses diaest allé encore plus loin: il a lancé l’idée
selon laquelle l'expansion rapide des
natale, mais elles s’auto-proclamaient
prêtres et prophètes, en essayant de
rendre crédible leur déclaration et de
la prouver par l'inspiration divine, ecstatique de leur discours, par leurs prophéties et par leurs miracles (racontés
par la suite dans des Wundererzählungen à caractère propagandiste)? — en
somme, par leur caractère d’“hommes
divins”: de personnes dotées d'une nature supérieure, combinant sagesse profonde, capacité de prédiction, pouvoirs
thaumaturgiques et une sorte de sainteté personnelle. Si l’idée ingénieuse
cultes à mystères (y compris orientaux)
de Reitzenstein (inspirée par le cas des
que l’on observe pendant l'époque hellénistique serait due à l'activité missionnaire de leurs serviteurs itinérants.?
Bacchanales en Italie, cité pour l'illusdoques, et avec l’arrivée de l'empire
romain, ils sont majoritairement d'origine
orientale — ils viennent del’ Egypte et de
la Libye, de l'Asie Mineure et de l’Anatolie, de la Syrie et de la Palestine.’ Il setait donc étonnant qu’ils n'aient aucun
rapport avec leurs religions ancestrales, qui, d’ailleurs, la plupart du temps,
étaient déjà transplantées dans les pays
qui leur servirent de terres d'accueil.
Il y a presque un siècle, Reitzenstein
Toujours selon Reitzenstein, ces personnes n'étaient pas des prêtres officiels
liés à un sanctuaire précis de leur terre
cienne du récit de l’épiphanie apollinienne de Pythagore, dans Études orientales et classiques offertes à Michel
Tardieu, éds J.-D. Dubois, M. A. Amir-Moezzi,
à paraître en 2008.
1 Aux cas bien connus de Jésus (Palestine),
Apollonios de Tyane (Cappadoce), Julien le
Chaldéen (= l'“auteur” des Oracles chaldaiques),
Alexandre d’Abonotique (Paphlagonie - Mer
Noire), Pérégrinus Protée (Parion - Mysie) et
des philosophes et/ou théurges néoplatoniciens
trer) péche par sa généralisation et par
son manque de fondement documentaire solide, la définition de l’“homme
divin” que l’auteur propose en filigrane
mérite, je crois, l'attention.
Plus récemment, Walter Burkert* a
remarqué, d’une part, que les charismatiques itinérants, étudiés principalement
dans le contexte de l'Antiquité tardive
(Apollonios de Tyane ou Alexandre
d’Abonotique), sont en réalité un phénomène très ancien, et assez répandu
provenant majoritairement d’ Alexandrie, de la
Syrie et de l'Asie Mineure), on ajoutera ceux,
3 Voir Ricuarp REITZENSTEIN, Hellenistische Wundererzählungen, Leipzig, Teubner, 1906
(réimpr. 1963]; cf. Orro Weinreicn, Antike
Heilungswunder. Untersuchungen zum Wunderglauben der Griechen und Römer, Gießen, Töpelmann, 1909; Paur Frente, Jüdische Wundergeschichten des neutestamentlichen Zeitalters unter
besonderer Berücksichtigung ihres Verhältnisses zum
N.T. bearbeitet, Tübingen, J. C. B. Mohr, zzz.
La fonction missionnaire de l’activité thaumaplus obscurs, du Syrien Eunous, du Libyen Apturgique est soulignée aussi par Gait PATERSON
sethos ou des prophétes anonymes originaires
Corrincron, The “Divine Man”: his Origin and
Function in Hellenistic Popular Religion, New YorkBern-Frankfurt am Main, Peter Lang, 1986, pp.
159-209.
4 WALTER BURKERT, Les cultes à mystères dans
décrits par Porphyre de Tyr (Plotin I’ Egyptien),
Eunape de Sardes (plusieurs représentants de la
tendance jambliquéenne du néoplatonisme vivant en Syrie et en Asie Mineure), Marinus de
Naplouse [en Palestine] (Proclus de Xanthos, en
Lycie) et Damascius de Damas (néoplatoniciens
de Phénicie et de Palestine, dont il sera question
brièvement plus loin dans notre étude.
2 Ricuarp REITZENSTEIN, Die hellenistischen
Mysterienreligionen nach ihren Grundgedanken und
Wirkungen, Leipzig, Teubner, 1927° [1910'], p25 sq.
l'Antiquité (nouv. trad. fr. par A.-Ph. Segonds),
Paris, Les Belles Lettres, 2003, pp. 36 et 38-42.
Pagina 6
Vedi nel PDF(si apre in una nuova finestra)dans le monde méditerranéen et proche-oriental,' un phénomène qui se
manifeste en Gréce dès la période archaïque,? avec des purificateurs comme Épiménide, qui continuent la tradition inaugurée par des devins de la
mythologie tels Mélampous, Calchas
ou Mopsos; d'autre part, que le fondement charismatique n'est pas constitutif de tous les cultes 4 mystéres, mais
qu'il est caractéristique des teletai de
Dionysos et de Mètèr.
Cette double correction de l’idée de
Reitzenstein par Burkert maintient le
lien entre “hommes divins” et cultes 4
mystéres sur une base nettement plus
solide. Mais est-il justifié d’établir si
facilement l'équation: “homme divin”
égale “charismatique”? Les deux réalités ainsi désignées sont-elles superposables? À quelques précisions près, je
pense qu’à ces questions il convient de
donner fermementune réponse aflırmative, comme je l’ai déjà suggéré ailleurs
à propos de Pythagore.?
Je m’explique.
Depuis la plus haute antiquité, on
rencontre dans le monde gréco-ro1 Cf. Cristiano GROTTANELLI, Healers and
Saviours of the Eastern Mediterranean in Pre-Classical Times, dans La soteriologia dei culti orientali
nell’Impero romano, U. Bianchi, M. J. Vermaseren (éds), Leiden, Brill, 1982, p. 649-670; WarTER Burkert, Itinerant Diviners and Magicians: a
Neglected Element in Cultural Contacts, dans The
Greek Renaissance of the Eighth Century 8.c.: Tradition and Innovation. Proceedings of the and International Symposium at the Swedish Institute
in Athens (1-5 June 1981), ed. R. Hägg, («Acta
223
main, et plus largement dans le monde
méditerranéen et proche-oriental (mais
également chez d’autres peuples à travers le monde), des individus à qui des
collectivités plus ou moins nombreuses
(un cycle d’amis, de disciples ou d’adeptes, une cité, un royaume, un empire)
attribuent un statut surhumain (précisé
davantage de manières fort diverses;
cf. infra), essentiellement sur la base de
deux critères:
a) Premièrement, l'admiration et le déos
qu’inspirent leurs dons charismatiques,
qui dépassent les capacités humaines
en distinguant leurs porteurs des mortels ordinaires, et qui, dans le cas des
médiateurs religieux parmi eux, sur
lesquels nous focalisons notre attention ici, leur permettent d'opérer plus
ou moins indépendamment par rapport aux
cultes institutionnalisés de la cité. Ces dons
peuvent aller de l'inspiration prophétique ou poétique, de la sagesse phénoménale et de la force physique et/ou
mentale extraordinaire jusqu’à la communication privilégiée avec le domaine
des êtres supérieurs (les kreittones), au
contrôle des éléments de la nature, ou
aux pouvoirs thérapeutiques et thaumaturgiques de toute sorte.
b) En second lieu, la gratitude ressentie par leurs contemporains, voire par
des générations postérieures, pour le
fait que ces individus ont utilisé leurs
qualifications charismatiques pas telle-
Instituti Atheniensis regni Sueciae», Series in 4°,
ment en vue d'augmenter leur gloire
xxx), Stockholm, 1983, pp. 115-119.
2 Cf. Constantinos Macris, Pythagore, un
maître de sagesse charismatique de la fin de la période
archaique, dans Carisma profetico: fattore di innovazione religiosa, ed. G. Filoramo, Brescia, Morcelpersonnelle, ni dans le but d'obtenir
des gains matériels — comme c'était le
cas avec les alazones ou les sorciers (goétes) respectivement, desquels on doit
les distinguer soigneusement —, mais
liana, 2003, pp. 243-289, aux p. 249-250, avec les
3 Ibidem, p. 265 sq., notamment pp. 269-270.
pour dispenser leurs bienfaits à leurs amis
Pagina 7
Vedi nel PDF(si apre in una nuova finestra)ou proches, 4 la communauté civique,
sinon à l'humanité tout entière, en fondant des colonies, en défendant la cité
contre ses ennemis, en lui donnant des
lois, en gouvernant, en accomplissant
des actes de bienfaisance, en éduquant
les citoyens, mais avant tout en prophétisant, en guérissant et en faisant des
miracles! L'importance des bienfaits
dispensés par l’“homme divin”, ainsi
que de son intégrité morale, est soulignée par exemple à plusieurs repriqu ils soient païens, juifs ou chretiens.*
Et on ne doit pas oublier que, dans
ses par Origène dans son Contre Celse
roïsation et apothéose” du ThesCRA,®
l'esprit rationaliste et démythologisant
d’Evhémére — qui avait saisi parfaitement le mécanisme et les critéres selon
lesquels avait lieu en son temps la divinisation —, méme les dieux olympiens
n'étaient initialement que des mortels:
ils n’ont été divinisés que par la suite,
en raison de leur activité bienfaisante à
l'égard de ?humanité.*
Une lecture attentive de l'article “Héchrétienne qui voulait défendre la singularité de Jésus,? mais le dossier païen
ou de la longue entrée polyphonique
“Homme divin” (ou plus exactement
“Homme-dieu”) du Reallexikon für Antike und Christentum’ montre bien que
cables à tous les “hommes divins” du
la reconnaissance de ce statut extraordinaire concerne des catégories de personnes aussi diverses que les fondateurs
de colonies, les défenseurs et bienfai-
(cf. p. ex. 1, 68) dans une perspective
constitué par Eugene Gallagher? montre que ces considérations sont applimonde gréco-romain, sans distinction,
1 C'est un point qui a été dûment mis en relief
par CHRISTIAN HABICHT, Gottmenschentum und
griechische Städte, München, Beck, 19707; cf. aussi
teurs (évergètes) de la cité, les souverains
teurs, Paris-Athènes, 1985 (escH» Suppl, x1),
nesse (poètes, sages, philosophes®), les
PhıLippz GAUTHIER, La cité grecque et ses bienfai-
(rois, empereurs ou tyrans), les législateurs, les grands éducateurs de la jeupp. 60-66.
? James A. FRANCIS, Subversive Virtue: Asce-
4 Pour une étude comparative du phénomène
ticism and Authority in the Second-Century Pagan
World, University Park (pa), Pennsylvania State
de.la sainteté dans les milieux païens, juifs et
chrétiens, voir Ropert Kirscuner, The Vocation
University Press, 1995, p. 143 sq. a raison d’insister sur l’usage apologétique de l'argument de
la philanthropie par Origène, qui invoque «the
continuing effect of Jesus’ life and teaching for
moral reform and the bettering of others as the
true test of the legitimacy of his prophecy and
miracle working», mais cela n'exclut point que la
distribution de bienfaits est cout de méme constitutive de la personnalité de “homme divin” et
de sa perception sociale. Pour le dire autrement,
«benefaction to humanity» n'est pas juste «an
apologetic justification for wonder-workers and
ascetics who were already considered “divine” »
(ibid.): la thèse avancée ici est que ces personnes
ne seraient pas considérées comme “divines” si
elles ne mettaient pas leurs qualifications charismatiques au service des autres.
3 Bucene V. GALLAGHER, Divine Man or Magician? Celsus and Origen on Jesus, Chico (ca),
Scholars Press, 1982, pp. 140-150.
of Holiness in Late Antiquity, «VChr», xxxvın,
1984, pp. 105-124.
5 Voir surtout DIODORE DE SICILE V, 4I.446.6, avec MAREK WINIARCZYK, Euhemeros von
Messene. Leben, Werk und Nachwirkung, Miinchen-Leipzig, K. G. Saur, 2002.
6 Kostas BuraseLis et alii, art. Heroisierung und
Apotheose, dans «ThesCRA», 11, 2004, pp. 125214, avec une riche bibliographie antérieure.
7 Voir Witty Scuorrorr, Gottmensch 1 (Alter
Orient u. Judentum), Hans Dieter Betz, Gottmensch ır (Griechisch-römische Antike u. Urchristentum) et ALoys GRILLMEIER, Gottmensch 111 (Patristik), «RAC», XII, 1983, col. 155-234, 234-312 et
312-366 respectivement.
8 Cf, maintenant GLENN W. Most, Philosophy
and Religion, dans The Gambridge Companion to
Greek and Roman Philosophy, ed. D. Sedley, Cambridge, cup, 2003, pp. 300-322, notamment aux
Pagina 8
Vedi nel PDF(si apre in una nuova finestra)guérisseurs et thaumaturges qui ont pu
protéger la cité de maladies, de famines, de sécheresses ou de cataclysmes,
les devins et prophétes ayant prédit des
catastrophes naturelles de toute sorte,
enfin tous ceux qui ont pu être considérés comme des sauveurs, à un niveau
individuel, collectif ou universel.
Au-delà de la poikilia de leurs fonctions sociales, que nous venons de passer en revue, plusieurs autres facteurs de
diversité semblent menacer l'unité de
notre groupe d’“hommes divins” — sans
compter le fait que, dans un nombre
considérable de contextes, l'expression
theios anér ou theios anthröpos employée
par les sources pouvait aussi avoir un
225
ou de fils de dieu (theou pais),* à celui de
kreittón, que ce soit un héros,® un bon
daimön, un demi-dieu ou un dieu.
3. Deuxièmement, ce statut leur est attribué le plus souvent post mortem (ou,
in extremis, à la fin de leur vie), que ce
soit prospectivement (perspective d’immortalisation aprés leur mort physique)
ou rétroactivement (reconnaissance de
leur “vrai” caractére), mais aussi, plus
rarement, durant leur vie terrestre icibas. Ainsi, ils finissent par devenir l'objet d'un culte.
3. Troisièmement, si le statut exceptionnel, divin ou quasi-divin, de ces
individus leur est reconnu alors qu'ils
sens faible, purement laudatif, denué de
toute dimension “ontologique”.
sont encore en vie, il se peut qu’ils aient
suggéré fortement, voire qu’ils aient
t. Tout d’abord, le statut surhumain
de ces personnages charismatiques peut
couvrir un éventail de possibilités et de
eux-mêmes, cette reconnaissance: au
revendiqué ou réclamé expressément
cas d’Empedocle (v° siècle av.n.è.)
variations assez large, allant du statut
qui sauto-proclamait theos ambrotos,
ouketi thnétos,® on peut ajouter celui,
dieux,? d’ami de(s) dieu(x) (theophilés)®
bridge (ma)-London, Harvard University Press,
1978, pp. 54-80 [= trad. fr. A. Rousselle, Genèse de
l'Antiquité tardive, Paris, Gallimard, 1983, pp. 113-
plutôt indéfinissable — et générique — de
simple intermédiaire entre hommes et
1 C'est ce qu'a voulu montrer Davip S. Du
Torr, Theios Anthropos. Zur Verwendung von
GEIOS ANOPOITOS und sinnverwandten Ausdrücken
in der Literatur der Kaiserzeit, Tübingen, J. C. B.
Mohr (Paul Siebeck), 1997.
160, notamment p. 127 sq.] (la version française
de l'ouvrage est revue par l'auteur et comporte
d'importantes notes additionnelles).
3 CE. Arraur Danny Nock, cr. de: Paulus, de
H.-J. Schoeps, «Gnomon», XXXII, 1961, pp. $8I-
Sur le mode de vie pythagoricien, § 31 (& propos de
590, aux p. 585-590 [= “Son of God” in Pauline and
Hellenistic Thought, dans IDEM (ed. Z. Stewart),
Essays on Religion and the Ancient World, Oxford,
thagore» (trad. Luc Brisson, Alain Ph. Segonds).
933-939]; CARSTEN COLPE, Gottessohn, «RAC»,
XII, 1983, col. 19-58.
5 C£, WorrcANe SPEYER, Heros, «RAC», XIV,
2 Cf. ArıSTOTE, fr. 156 Gigon, ap. JAMBLIQUE,
Pythagore, l’homme divin archétypique): «Dans
le vivant rationnel, il y a d’un côté le dieu, de
l'autre l’homme, et enfin l'espèce du type de Py3 Cf. Erık Prrerson, Der Gottesfreund : Beiträge
zur Geschichte eines religiösen Terminus, «ZKG», XLU,
1923, pp. 161-202; Franz DiriMerer, Pehodela
- Beogıria, «Philologus», xc, 1935, pp. 57-77 Ct
176-193 [= Iprem, Ausgewählte Schriften zur Dichtung und Philosophie der Griechen, Heidelberg, C.
Winter, 1970, pp. 85-109]. Sur “la montée des
amis de Dieu” dans l'Antiquité tardive, voir PErer Brown, The Making of Late Antiquity, Cam-
Clarendon Press, 1972, t. 11, pp. 928-939, aux pp.
1988, col. 861-877; Davip BOEHRINGER, Heroenkulte in Griechenland von der geometrischen bis zur
klassischen Zeit: Attica, Argolis, Messenien, Berlin,
Akademie-Verlag, 2001.
6 Emréooce, fr. 31 B rra Diels-Kranz; cf.
Peter Kinesrey, Ancient Philosophy, Mystery,
and Magic: Empedocles and the Pythagorean Tradition, Oxford, our, 1995; CHRISTINE MAUDUIT,
Pagina 9
Vedi nel PDF(si apre in una nuova finestra)bien connu, du Samaritain Simon le
magicien! celui du Libyen Apsethos,?
4. Le caractére surhumain des “hommes divins” est loin de faire l’unanimité parmi leurs contemporains. Il est au
de Phénicie et de Palestine dont parle
Celse, qui avaient tous exactement
la même prétention, ou alors celui du
contraire très controversé. Par conséou des prophètes anonymes originaires
médecin Ménécrate de Syracuse (1v°
siècle av.n.é.), dont l'activité de guérisseur (y compris de ladite “maladie sacrée”) le confirmait dans sa prétention
d'être identifié à Zeus.* (Remarquons
en passant que le développement du
pluralisme religieux à partir de l’époque hellénistique, et surtout a l'époque
impériale, 5 a ouvert des possibilités sans
précédent pour ces figures qui opèrent
dans le “libre marché religieux” avec
leurs seules qualifications charismatiques, en se fondant uniquement sur
leur rapport personnel avec le divin).
Les miracles d’Empédocle, ou la naissance d'un thaumaturge, «BAGB», 1998, p. 289-309; ANDRÉ LAKS,
Phénomènes et références: éléments pour une réflexion
quent, sur ce point nous sommes totalement dépendants de nos sources — qui
sont presque exclusivement des sources
littéraires … Celles-ci peuvent être, selon les cas,
- soit trop sommaires pour que Fon
puisse avoir un jugement clair et précis
sur les personnes dont il est question:
nos sources se limitent souvent, en effet,
à une simple mention occasionnelle ;°
- soit engagées / missionnaires / propagandistes,? et du coup hautement
encomiastiques et “hagiographiques” :?
l'exemple typique du genre est la Vie
d’Apollonios de Tyane par Philostrate ;°
tians in the Roman Empire,J. Lieu,J.North, T. Rajak (éds), London, Routledge, 1992, pp. 174-193.
6 Cf. Morton SMITH, Prolegomena to a Discussion of Aretalogies, Divine Men, the Gospels and Jesur la rationalisation de Virrationnel, «Methodos»,
ur, 2003, p. 9-33; Mara Topoua, Empédocle:
empêche-vents ou dompteur des mauvais génies? Réflexions autour du fr. 111 Diels-Kranz, «BAGB», 2005,
p. 49-81; CONSTANTINOS MACRIS, Becoming Di-
SUS, «JBL», XC, 1971, PP. 174-199, aux pp. 179-181
1 Cf Frorent Heintz, Simon le magicien. Actes 8, 5-25 et l'accusation de magie contre les prophètes
sens JAAP-JAN FLINTERMAN, The Ubiquitous “Divine (cf. supra, p. 220, n. 1), pp. 309-310.
thaumaturges dans l'Antiquité, Paris, J. Gabalda,
1997 (je temercie Marie-Frangoise Baslez de
m'avoir signalé cet ouvrage).
2 [Hreeoryre), Elenchos, v1, 7-8 (terminus ante
quem: 1°* quart du uit s. d.n.è.).
3 OrIGÈNE, Contre Celse, vit, 9 (datation: dernier quart du 1° s. d.n.e.).
* Voir p. ex. ATHÉNÉE vit, 289 A-C; dossier
complet in Orro WEINREICH, Menekrates, Zeus
und Salinoneus. Religionsgeschichtliche Studien zur
Psychopathologie des Gottmenschentums in Antike
und Neuzeit, Stuttgart, Kohlhammer, 1933, qui
l'interprète comme un cas psychopathologique
de mégalomanie.
5 Cf. Joun Norte, The Development ofReligious
Pluralism, dans The Jews among Pagans and Chris-
[= Ipen (ed. S.J. D. Cohen), Studies in the Cult of
Yahweh, vol. 2. New Testament, Early Christianity
and Magic, Leiden-New York-Köln, Brill, 1996,
p. 3-27], qui souligne la rareté et la disparité des
témoignages concernant les “hommes divins” de
l'époque hellénistique. Voir aussi dans le méme
vine Man”, «Numen», XLIL, 1996, pp. 82-98, aux
pp: 82 et 87-90.
7 Cf. Cuarızs H. Taiserr, Biographies of Philosophers and Rulers as Instruments of Religious Propaganda in Mediterranean Antiquity, dans ANRW II,
16.2 (1978), pp. 1619-1651.
8 Cf. Marc van UYTFANGHE, L’hagiographie:
un “genre” chrétien ou antique tardif?, «AB», CXI,
1993, p. 135-188; IDEM, Biographie 11 (spirituelle),
«rac», Suppl., 1, 2001, col. 1088-1364; RICHARD
Gourer, Les vies de philosophes de l'Antiquité tardive, dans Ipem, Études sur les vies de philosophes de
l'Antiquité tardive: Diogène Laërce, Porphyre de Tyr,
Eunape de Sardes, Paris, Vrin, 2001, pp. 3-63.
9 Cf. en dernier lieu CONSTANTINOS MACRIS,
Becoming Divine, cit. (supra, p. 220, n. 1), pp. 306307, avec la bibliographie antérieure.
Pagina 10
Vedi nel PDF(si apre in una nuova finestra)- soit, au contraire, polémiques, et de
ce fait diffamatoires: ici les cas par excellence sont deux pamphlets satiriques
de Lucien qui adressent des attaques virulentes contre Alexandre le[dit] faux
prophète! et Pérégrinus Protée.?
Selon la documentation disponible
(partielle et/ou partiale et biaisée), nous
risquons de prendre un malade mental
qui se croit dieu ou un charlatan de second rang pour un “homme divin” et
vice-versa. Les critères à l’aide desquels
on peut établir la différence entre ces
trois catégories de personnes sont de
toute manière labiles, étant donné que
le charisme ou le caractère divin qu'on
leur reconnaît ou refuse est moins une
essence qui leur est inhérente phusei
qu’un caractère socialement déterminé.
La polémique pagano-chrétienne engagée entre Celse et Origène, ou encore entre Hiéroclès et Eusèbe, sur le
caractère divin ou magique de Jésus et
d’Apollonios de Tyane respectivement
illustre très bien ce point.?
1 Ibidem, pp. 316-320.
2 Cf. J. A. Francis, Subversive Virtue, cit. (supra, p. 224, n. 2), pp. 53-60, 67-69 et 76-77, avec
la bibliographie antérieure.
3 Sur le débat relatif à Jésus, cf. EUGENE V.
GALLAGHER, Divine Man or Magician?, cit. (supra, p. 224, n. 3); James A. Francis, Subversive
Virtue, cit. (supra, p. 224, n. 2), pp. 131-179. Au
sujet d’Apollonios, cf. WozrGanG Speyer, Zum
Bild des Apollonios von Tyana bei Heiden und Christen, JAC», XVII, 1974, p. 47-63 [= IDEM, Frühes
Christentum im antiken Strahlungsfeld. Ausgewählte
Aufsätze, Tübingen, J. C. B. Mohr (P. Siebeck),
1989, pp. 176-192]; MARGUERITE FORRAT (introd., trad., notes), Epouarp pes PLACES (éd),
Eusèbe de Césarée. Contre Hiéroclès («sc», 333), Paris, Cerf, 1986; JorANNes Harn, Weiser, göttlicher Mensch oder Scharlatan ? Das Bild des Apollonius
von Tyana bei Heiden und Christen, dans Literarische
Konstituierung von Identifikationsfiguren in der Antike, éds B. Aland, J. Hahn, C. Rönning, Tübingen, J. C. B. Mohr (P. Siebeck), 2003, pp. 87-
227
Malgré cette effarante variété, et en
dépit des pièges tendus par nos sources,
il me semble que les deux critères que
je proposais de retenir pour décider de
la caractérisation d’un individu comme
“homme divin”, à savoir a) ses dons
charismatiques et b) les bienfaits extraordinaires dispensés par lui à une collectivité reconnaissante, peuvent servir
de garde-fou tout en nous garantissant
de ne pas faire violence aux textes.
Parmiles différentes catégories d’individus que l’on peut qualifier d’ “hommes
divins”, c'est évidemment celle des charismatiques religieux qui retiendra notre
attention ici: elle embrasse devins, prophétes et délivreurs d’oracles, purificateurs, devins-guérisseurs (iatromanteis),
mystagogues et thaumaturges,* allant,
dans l’ordre chronologique, des figures archaiques que, depuis Meuli et
Dodds, nous avons pris la mauvaise
habitude d’appeler “chamans grecs”,
109; Tomas Hace, Apollonios of Tyana - Magician,
Philosopher, Counter-Christ. The Metamorphoses of
a Life, dans Ipem, Parthenope. Selected Studies in
Ancient Greek Fiction (1969-2004), Copenhagen,
Museum Tusculanum Press, University of Copenhagen, 2004, pp. 379-404.
* Sur ces catégories de charismatiques religieux, cf. Constantinos Macris, Pythagore, un
maître de sagesse charismatique, cit. (supra, p. 223,
n. 2), pp. 249-250, avec la n. 23; comparer avec
la typologie d'origine sociologique proposée par
Jörs Rürks, Controllers and Professionals: Analyzing Religious Specialists, «Numen», XLIIT, 1996,
pp. 241-262. Sur l'association des magoi aux thérapeutes, et notamment aux purificateurs, voir
le traité hippocratique Maladie sacrée, avec MarCRLLO CARASTRO, La cité des mages. Penser la magie en Grèce ancienne, Grenoble, Jérôme Millon,
2006, pp. 43-53.
5 Pour une approche critique dudit «chamanisme grec», avec bibliographie, voir en dernier
lieu Constantinos Macis, Pythagore, un maître
de sagesse charismatique, cit., pp. 249-250, avec la
n. 24, et p. 268, avec les n. 116-117; Dan Dana,
Pagina 11
Vedi nel PDF(si apre in una nuova finestra)jusqu'aux “théurges” de l'Antiquité
souvent rattachées, au moins initialetardive, dont les âmes, selon la conment, sinon à vie, à une certaine divinité tutélaire ou “patronne” provenant
ception jambliquéenne exposée dans le
De mysteriis et dans les fragments du De
anima conservés chez Jean Stobée, sont
en contact permanent avec les dieux,
remplies d'eux, unies à eux et établies
à leur rang, et de ce fait capables de
commander aux puissances cosmiques
des panthéons grec et romain, jusqu'à
cemoment-pivot qu'est leur (éventuelle?) autonomisation par rapport à elle,
lorsqu'elles “prennent leur envol” pour
se retrouver elles-mêmes rehaussées à
la catégorie des kreittones, en recevant
gures qui fréquentent les dieux et sont
un culte et des honneurs adéquats.?
Ainsi, les manteis et les kathartai de
l'époque archaïque étaient, dans la majorité des cas, des figures apolliniennes,
liées notamment à Apollon Hyperbofréquentées par eux, et que l'on rangeréen (cf. Abaris, Aristéas de Métaponrait parmi les agents cultuels et les médiateurs religieux de type charismatite), dont ils diffusaient le culte dans le
monde grec. Leur contemporain, le
que — c'est-à-dire non héréditaires et
non fonctionnaires, selon la typologie
Gète Zalmoxis, que, selon Hérodote
(tv, 95), les Grecs d’Hellespont et du
tripartite de Max Weber — sont le plus
Pont mettaient en rapport avec Pythaet même d'agir de multiples façons sur
le divin.
Plus particulièrement, je voudrais
attirer l'attention sur le fait que ces fi-
Enjeux et controverses autour du mythe de Zalmoxis,
Thèse de Doctorat, École des Hautes Études en
Sciences Sociales (dir. Fr. Hartog, Z. Petre), Paris, 2005, vol. 2, pp. 309-320. L'interprétation
chamanique est soutenue au contraire par PIERre Bonnecukre, Trophonios de Lébadée: cultes et
mythes d'une cité béotienne au miroir de la mentalité
gore, vraisemblablement en raison des
“festins d’immortalité” qu’il aurait instaurés, n’était au depart, selon Strabon,
que «le prêtre du dieu qui était le plus
honoré chez les Gétes», avant d'être
proclamé dieu lui-méme.* Au 1° siècle
antique, Leiden-Boston, Brill, 2003, et par Yuria
Usrinova, Altered States of Consciousness, Shamanism, and Ancient Greece, dans Eapum, Greek Cave
Experiences: Descending Underground in Search for
the Ultimate Truth, à paraître.
! Voir JAMBLIQUE, De anima, apud STOBÉE, 1,
49, 42 et I, 49, 65 et De mysteriis, pp. 94, 20-21 et
p. 246, 16-247, 7 Parthey, avec CONSTANTINOS
Macris, Le Pythagore des néoplatoniciens, cit. (supra, p. 220, n. 1), pp. 96-97. Ce sont ces théurges
de type jambliquéen qui devraient constituer,
idéalement, le clergé sacré de 1 “église paienne”
que voulait mettre en place l'empereur Julien.
Pour une prosopographie de ces théurges néo- platoniciens, il suffit de lire les Vies des philosophes
et des sophistes d’Eunape de Sardes et les fragments
de l'Histoire philosophique de Damascius, habituellement citée sous le titre Vie d'Isidore, avec
Gartu Fowpen, The Pagan Holy Man in Late
Antique Society, «JHs», CIT, 1982, pp. 33-59.
2 Je croyais “découvrir l'Amérique” en faisant
cette remarque, mais une lecture plus attentive
des Hellenistischen Mysterienreligionen de Reitzenstein (cf. supra, p. 222, n. 2) a révélé que le chercheur allemand avait déjà repéré ce point capital. I] souligne en effet (p. 26-27) que «nur durch
diese Vereinigung [scil. mit Gott] der Zauberer
seine Wunder tut und Seher oder lehrender Prophet die Zukunft oder die Geheimnisse Gottes
schauen; ja wir hören, daB diese Vereinigung
zurückwirkt und man, indem man zaubert und
die Zukunft erfährt, unsterblich wird».
3 Voir sur eux le dossier constitué par Warrer Burkert, Lore and Science in Ancient Pythagoreanism, Cambridge (ma), Harvard University
Press, 1972, p. 147 sq.
4 Strabon (vir, 3, 5) dévoile peut-être ici plus
un schéma de pensée de son temps qu’un aspect
authentique de la réalité du Zalmoxis historique.
Pour un commentaire détaillé du témoignage de
Pagina 12
Vedi nel PDF(si apre in una nuova finestra)d.n.è., ce theios anér par excellence qu'est
Apollonios de Tyane commenga sa carrière en opérant des guérisons dans le
à part — y compris des rites mystériques. Ici le lien entre l’“homme divin”
sanctuaire d’Asclépius 4 Aegeae, en
Cilicie, comme le rapporte un certain
Maximos originaire de cette ville, cité
par Philostrate.! Une inscription de
Mopsuestie parle effectivement de l’effacement des douleurs et des fautes des
évident, de même que la propagande
faite par lui, en tant qu’agent cultuel,
en faveur de son dieu, selon la théomortels qui est opéré grâce à cet envoyé
du ciel qu’est Apollonios.? Le rattachement peut aussi se faire à une entité
divine quelconque que l’homme divin
fréquente, comme dans le cas de cet
érémite-“saint homme” barbare vivant
près de la Mer Rouge, dont Plutarque
nous dit? qu'il vivait en compagnie des
Nymphes et des daimones — ce qui n'est
pas sans rappeler ce que le moraliste de
Chéronée rapporte au début de sa Vie
de Numa au sujet du roi romain et de la
Nymphe Égérie.
Au nr siècle d.n.è., Alexandre d’Aboet introduction du nouveau culte est
rie de Reitzenstein que nous avons vue
plus haut. Néanmoins, étant donné que
ce culte à mystères n'est pas “oriental”,
mais au contraire profondément ancré
dans la tradition religieuse grecque, il
suffirait que nous retenions ici seulement, comme pour les cas précédemment cités, le lien étroit que l'on peut
observer entre Alexandre et le dieu
dont il est le prophéte, un lien qui,
dans son cas, va jusqu’à l'identification
pure et simple avec lui — j'en veux pour
preuve, entre autres, les “fils de Glycon” (épigraphiquement attestés) que
les femmes paphlagoniennes se vantaient d’avoir conçus avec Alexandre.
Ce survol suffit, me semble-t-il, pour
notique devient le fondateur et le proillustrer le rapport étroit qui existe,
phète d’un nouveau culte, celui du serpent Glycon, le Nouvel Asclépius, installé sur la côte Sud de la Mer Noire, en
Paphlagonie, et doté de tout l'apparat
nécessaire d’une institution religieuse
presque systématiquement, entre les
Strabon, voir D. DANA, op. cit., vol. 1, pp. 73-75,
77-78 et 83-85.
1 Voir FGrHist (contin.) 1066, avec Fritz
Grar, Maximos von Aigai, Ein Beitrag zur Uberlieferung über Apollonios von Tyana, GAC», XXVII-
“hommes divins” et leur(s) dieu(x)
protecteur(s). La question que je voudrais poser maintenant est simple: serait-il exclu que la divinité tutélaire ou
“patronne” du theios anér soit orientale?
La réponse est tout aussi simple: à priori rien ne l’exclut, comme le montrera
sans difficulté la présentation du dossier relatif à celui qui m'a paru comme
le cas le plus clair d’“homme divin” lié
XXVIII, 1984-1985, pp. 65-73 et JAN Rapicke
(ed.), Biography. Imperial and Undated Authors [Nr.
1053-1118] (= FGrHist [contin.], vol. ıv.A. 7), Leiden-Boston-Köln, Brill, 1999, pp. 168-171.
2 Voir FGrHist (contin.) 1064 T 6, avec Cons-
1 Lucien, Alexandre ou le faux prophète, 42. Sur
les traits d’“homme divin” qui sont répérables
chez Alexandre (du moins tel qu’il est présenté
TANTINOS Macris, Becoming Divine, cit. (supra, p.
dans le pamphlet de Lucien), voir CONSTANTI-
220, n. 1), pp. 312-313, qui donne la bibliographie
wos Macris, Becoming divine, cit. (supra, p. 220,
antérieure.
|
3 PLUTARQUE, De defectu oraculorum 21, 421 AB.
n. 1), p. 316-318 (avec bibliographie antérieure);
sur les attestations épigraphiques des “fils de
Glycon”, ibidem, p. 316, n. 80.
Pagina 13
Vedi nel PDF(si apre in una nuova finestra)à un culte “oriental”. Il s’agit du Syrien
Eunous (11° siècle av.n.è.), un dévot de
la déesse syrienne dont l’activité thaumaturgique nous est connue complètement par hasard, grâce au fait qu’il fut
le chef de la première révolte des esclaves en Sicile entre 136 et 134 av.n.é.!
Etant donné le caractére occasionnel de
la mention de son cas, le dossier sur lui
n'est pas très fourni: il se limite à deux
pages de Diodore de Sicile, qu’on peut
mettre en parallèle avec de brefs passages de Tite-Live et de Florus.?
Bien que moins déformée et caricaturale que celle dessinée par les deux
historiens romains — sans doute parce
1 Sur Eunous et la révolte des esclaves, voir PrTER GREEN, The First Sicilian Slave War, «P&P»,
XX, 1961, pp. 10-29; Ervin MAROTI, Bewusstheit
und ideologische Faktoren in den Sklavenbewegungen
(Eunus und Atargatis), «AAntHung», xv, 1967,
pp. 319-326; Joseru Voer, Sklaverei und Humanität. Studien zur antiken Sklaverei und ihrer Erforschung, Wiesbaden, Fr. Steiner, 19727 [1953], vol.
1, pp. 61-68 [= trad. angl. Ancient Slavery and the
Ideal of Man, Cambridge [ma], Harvard University Press, 1975, p. 65 sq.]; Mario ATTILIO
Levi, Euno-Antioco, dans Philias charin. Miscellanea di studi classici in onore di Eugenio Manni, Roma,
L'Erma di Bretschneider, 1980, p. 1347-1361;
Tuomas WIEDEMANN, Greek and Roman Slavery,
Baltimore-London, Johns Hopkins University
Press, 1981, p. 199; Moses I. Fıntey, La Sicile
antique: des origines à l’époque byzantine, Paris, Macula, 1986, pp. 146-148; Jean-Marie PAILLER,
Bacchanalia. La répression de 186 av. J.-C. à Rome
et en Italie: vestiges, images, tradition, Rome, École
Française de Rome, 1988, pp. 705-723; KEITH
R. Braptey, Slavery and Rebellion in the Roman
World, 140 8.c.-70 B.C., Bloomington-London,
Indiana University Press-B. T. Batsford, 1989,
pp. 55-57; Franz Bémer, Untersuchungen über die
Religion der Sklaven in Griechenland und Rom, 1990*
[1961], Stuttgart, Fr. Steiner, vol. 11, pp. 91-96;
NıcoLz Butaycur, Rome, la péninsule italienne
et la Sicile, de 218 à 31 avant notre ère: crises et mutations, Paris, Ed. Sedes, 1994, pp. 208-210; 9.4. ~
FLINTERMAS art. cit, pp. 88-89; F. Heintz, Sique son auteur tenait compte du point
de vue de sa source, Poseidonios d’Apamée, un compatriote d’Eunous qu'on a
pu qualifier d’equitable et de compréhensif? — l’image que Diodore nous
donne du charismatique syrien (et sur
l'analyse de laquelle je voudrais me limiter ici) est tout de même totalement
négative: celle d’un magicien (magos) et
d'un faiseur de miracles (teratourgos).*
Selon Diodore,
1) Eunous feignait / prétendait (prosepoieito) prédire l'avenir et prophétiser
au moyen de commandes venues des
dieux en rêve dans son sommeil (theön
epitagmasi) ;
2) Il faisait semblant (hypekrineto)
d’avoir des visions des dieux pendant
qu'il était éveillé et d'entendre d’eux
ce qui allait se passer. Au moins une
de ces épiphanies divines fut celle de
la Déesse syrienne, c'est-à-dire d’ Atargatis-Astartè,® qui lui promit qu’il deviendrait roi.
exemples à l'appui, que «tous les chefs d’esclaves
mon le magicien, cit., pp. 69-85. Particuliérement
importante pour le propos avancé ici s'est avérée
sont des “leaders charismatiques”».
la lecture de l’article bien fouillé et attentif aux
ments); Trre-Lrve xLv1; FLorus, Epitome, 2.7.4.
3 Cf. M.-F. Basızz, cit. (supra, n. 1), p. 245.
+ Notons que les mots de la famille de teras (teratias [1], terateuomenos [2], teratourgos [1], terateia
détails de Marie-Françoise Basıez, Le culte de
la déesse syrienne dans le monde hellénistique: traditions
et interprétations, dans Les syncrétismes religieux dans
le monde méditerranéen antique. Actes du Colloque
International en l'honneur de Franz Cumont, éds
C. Bonnet, A. Motte, Bruxelles-Rome, Institut
historique belge de Rome, 1999, pp. 229-248 (aux
pp. 244-248). Baslez, p. 244, n. 73 infine, note,
2Diopore DE SICILE XXXIV-XXXV (frag-
[3]) reviennent presque ad nauseam sous la plume
de Diodore dans l'espace de 2 pages Loeb.
5 Sur la déesse syrienne, voir la synthèse de
Monica Horic, Dea Syria - Atargatis, dans
ANRW 11, 17.2 (1984), pp. 1536-1581, l’article de
Pagina 14
Vedi nel PDF(si apre in una nuova finestra)3) Eunous pronongait des réponses
un sanctuaire, “joue avec le feu” du reoraculaires pour l'avenir en état de
transe divine (meta tinos enthousiasmou),
en sortant de sa bouche du feu, tantôt sous forme d'étincelles, tantôt sous
forme de flamme. C’est par ce moyen
d’ailleurs qu’il répondit par l'affirmative aux esclaves révoltés qui demandaient s’ils avaient la faveur des dieux,
en les encourageant ainsi à agir.
Diodore s’empresse de nous expliquer
ligieux et avec l’incrédulité ambiante.
Pour notre propos donc, le témoignage de Diodore est à ranger du côté des
sources polémiques et diffamatoires:
un sympathisant aurait sans doute présenté Eunous comme un “homme divin”. Et je crois qu’on est en droit de le
supposer: il suffirait pour cela d’ignole truc(age) (méchané) qui permettait à
Eunous de produire ce feu dans sa bouprévisions ne faisaient qu’accroitre la
réputation du Syrien, car les gens prêtaient attention à celles, peu nombreuder quel pourrait étre le sens d’une
divination utilisant comme medium le
feu sortant de la bouche.’ Pour le reste,
une description “neutre” reconnaîtrait
aisément le vocabulaire technique de
la divination onirique et épiphanique,
courantes dans plusieurs traditions, et
ses, qui, par chance, s’avéraient vraies,
pas forcément spécifiques du culte de
tandis que personne ne prenait note de
la déesse syrienne, et se rappellerait que
celles qui ne se réalisaient pas. Mais on
doit noter que fut quand même réalisée la plus cruciale parmi toutes, celle
qui prévoyait la fin victorieuse de la
révolte des esclaves sous la direction
d’Eunous.
On le voit bien: Diodore, historien
grec appartenant à l’upper class de Sicile,
le rêve et l’Epiphanie divine sont deux
est extrêmement réticent et sceptique à
dehors de son pays natal.
Ainsi le repérage de cet “homme diche, en dévoilant ainsi sa charlatanerie.
Il remarque en même temps que ces
l'égard d’Eunous, ce Syrien originaire
d’Apamée-sur-l’Oronte, Yesclave domestique d’un certain Antigène d’Enna, qui a vécu en Sicile dans la deuxième moitié du m® siècle av.n.è. Pour
Diodore, ce personnage représente à
la fois l’esclave, le révolté, l'étranger et
celui qui, sans être lié officiellement à
M.-F. Baslez signalé plus haut, et maintenant
l'introduction au commentaire exhaustif du
De dea Syria préparé par les soins de Jans Lucy
Ligutroor (éd. introd., trad. et comm), Lucian. On the Syrian Goddess, Oxford, our, 2003,
pp. 1-83.
rer les verbes prosepoieito ou hypekrineto
employés par Diodore, et de se demanmoyens privilégiés de communication
de la divinité avec ceux qui lui sont
proches, deux moyens employés ici par
ce “freelance prophet” Syrien immigré
en Sicile, qui avait apparemment gardé
précieusement sa dévotion personnelle
4 la religion ancestrale d’Atargatis en
vin” marginal lié au culte d’AtargatisAstarté et dérivant ses pouvoirs charismatiques de la déesse syrienne confirme,
me semble-t-il, de maniére satisfaisante
notre analyse a priori sur la possibilité
théorique de rencontrer des theioi andres
dans les cultes “orientaux”.?
M.-F. Basiez, cit, pp. 245-248, insiste à
juste titre sur l'authenticité du prophétisme sémitique que représente Eunous, ainsi que sur
l'origine orientale de l'utilisation du feu pour
matérialiser la voix divine.
2 Sur l'assimilation de la forme orientale de la
Pagina 15
Vedi nel PDF(si apre in una nuova finestra)Il resterait à se demander si, oui ou
non, et pour quelles raisons, on est
en droit d'ajouter au même dossier
des “hommes divins” liés à des cultes
“orientaux” un grand chapitre controversé: celui qui concerne les “saints
Jésus, l’“homme divin” par excellence,
qui en est issu. Ce qui revient a se demander: est-ce que le judaïsme est une
religion orientale (avec ou sans guillemets)? Mais cela constituerait le sujet
d'une autre recherche...”
hommes” du judaïsme! et notamment
Magna Mater (Atargatis) à sa forme locale grecque (Déméter), à laquelle les insurgés rendirent
un culte par la suite, voir Marfa Luisa SÁNCHEZ
León, Adorando a Demeter: Euno-Antioco y la diosa
de Enna, «Gerión», XXII, 2004, pp. 135-145, surtout pp. 135-136 et 140.
1 Cf. Cart R. Hoııavay, Theios Aner in Hellenistic Judaism. A Critique of the Use of this Category
in New Testament Christology, Missoula, Scholars
Press, 1977; R. Kircuner, The Vocation of Holiness in Late Antiquity, cit.
* Mes plus vifs remerciements vont à mes collégues et amis Dan et Madalina Dana, qui ont
bien voulu lire ce travail lors de la révision et me
faire des remarques critiques et des suggestions
précieuses. J'ai délibérément maintenu ici le caractère oral de la communication originellement
présentée à la Villa Vigoni, même si son contenu
a subi par endroits des modifications et enrichissements considérables grâce à la discussion qui a
suivi avec de nombreux participants, auxquels
je voudrais exprimer ici collectivement ma plus
profonde gratitude.
Pagina 16
Vedi nel PDF(si apre in una nuova finestra)MEDITERRANEA
QUADERNI ANNUALI DELL ISTITUTO
DI STUDI SULLE CIVILTA ITALICHE
E DEL MEDITERRANEO ANTICO
DEL CONSIGLIO NAZIONALE DELLE RICERCHE
GIA
KQUADERNI DI ARCHEOLOGIA ETRUSCO-ITALICA»
IV * 2007
PISA
*
ROMA
FABRIZIO SERRA * EDITORE
MMVIII
Pagina 17
Vedi nel PDF(si apre in una nuova finestra)RELIGIONI IN CONTATTO
NEL MEDITERRANEO ANTICO
MODALITA DI DIFFUSIONE
E PROCESSI DI INTERFERENZA
ATTI DEL 3° COLLOQUIO SU
«LE RELIGIONI ORIENTALI NEL MONDO GRECO E ROMANO»
LOVENO DI MENAGGIO (COMO)
26-28 MAGGIO 2006
A CURA DI
CORINNE BONNET © SERGIO RIBICHINI
DIRK STEUERNAGEL