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Acta Ant. Hung. 43, 2003,
151-210
ELVIRA PATAKI
ORDRE MUSICAL ET SAGESSE INSTINCTIVE :
QUELQUES NOTIONS PYTHAGORICIENNES
CHEZ CLEMENT D’ALEXANDRIE
Summary: The paper which focuses on a myth of Pythagorean origin transformed by Clement of Alexandria (Profr. |, 1, 2: a cicada saves the lyric performance of Eunomos, which was in danger because of
a broken string), and on a Pythagorean symbol treated in the Srromata (5, 5, 27: the cicada as the synonym of Logos) wants to emphasize the importance of the Pythagorism for him. Clement's views on music
and harmony as principles of the cosmos, on kinship of the livings, on transmission of knowledge by
symbols recall ideas generally assaciated with Pythagoras. The father attributes eminent role to Pythagoras among the Greeks having certain notions about God. His image of the Pythagorean “believer” contributes to the portrait ofthe real Gnostic.
Key words: Clement of Alexandria, barbarian wisdom, Greek philosophy and Christianism, Pythagorism, musical harmony as a cosmic principle, hierarchy and kinship of the creatures, different levels
ofthe intelligence, vegetarianism, symbolism as a way of transmission oftheological truth.
L POINT DE DEPART : LE RÉCIT DE CLEMENT
SUR EUNOME ET LA CIGALE
Dans l’ouverture de son Protreptique, Clément d'Alexandrie avec l'intention
d'amener les païens à croire la foi chrétienne évoque les mélodies des musiciens
grecs, afin de convertir les Hellénes à l'harmonie nouvelle en les délivrant des ces
mythes païens. Le prélude fait écho à Amphion qui élevait les murs de Thèbes en les
animant par sa lyre, à Arion qui par son incantation gagnait le dauphin comme sauveteur, puis à Orphée qui apprivoisait les bêtes avec sa musique. Après avoir nommé
ces musiciens célèbres, Clément choisit un thème moins connu, celui d’Eunome de
Locres pour l’élaborer par modulation :!
! Protreptique 1,2, 2: « Je pourrais encore te raconter une légende sœur de celles-ci, te parler
d'un autre chanteur, Eunome le Locrien, avec la cigale de Delphes : l'assemblée des Grecs applaudissait à Delphes la mort du dragon, tandis qu'Funome chantait l'épitaphios du reptile. l'hvmme du serpent ou son thrène ? — je ne puis le dire. Mais c'était le concours, et Eunome jouait à l'heure de la
canicule. Derrière les feuilles, sur les collines, les cigales chantaient, brülees de soleil. Elles chantaient,
non pas, certes, pour le dragon mort de Pvtho, mais pour le dieu très sage, sur un mode à elles, bien
mieux que les airs d'Eunome. Une corde de Locrien se brise, la cigale vole jusque sur le joug de la
cithare, et gazouille sur l'instrument comme sur une branche : s'accordant alors à son chant, le musi-
0044-5975 7 2003 /8 20.00 © 2003 Akademiai Kiadó, Budapest
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Ver en el PDF(se abre en una ventana nueva)"Exowm’ dv vor cal &AXov tovtois dde pv öınyrioaodaı pùdov kai MOOV,
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L’interpretation suivante se fonde sur une conception de Clément, selon laquelle
l’approche des Grecs, la transmission du nouveau message est impossible sans un
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condition sine qua non dans ce cas est le rôle intermédiaire de la parole grecque, inséparable de l’érudition hellène, de la paideia, laquelle est appelée par Clément /e plus
152
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“EdAnot 6’ EÖOKEL ÜNOKPLING yeyovevat HOVOLKTIG.
Les rythmes, les tropes du texte évoquent
pour Norden la sophistique tardive,
Mondésert compare son style à celui de Pindare.” L’importance de cette rédaction du
mythe de père caractérisée par la distance ironique par rapport à la tradition hellénepaïenne est évidente. Le sujet du spectacle à Delphes est suivi par l’image de theatron
kosmou, et la chanson nouvelle confrontée avec celle d’autrefois est la mélodie
éclatante de la vérité, qui « répand au plus loin ses brillantes lumières, illumine de
toutes parts ceux qui sont ensevelis dans les ténèbres », qui « débarrasse les hommes
de I"erreur, leur offrant, comme une main très puissante, l'intelligence pour les sau-
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mode de communication qui se repose sur la langue et la culture des appelés.* La
beau et plus parfait des biens de la vie. 7 Le mythe d’Eunome, avec les autres allusions citées par lui, fait partie d'une collection culturelle grecque,* d’un système de
pensée hérité, avec l'aide duquel le christianisme peut s'exprimer, être rédigé pour
les Hellènes. Ceux-ci, comme les Juifs, d’après les idées de l'appel universel et de la
revelatio generalis de Dieu,” sont d’une part naturellement disposés (GKOVELV Eükao)." d’autre part préparés à recevoir les mots du maître, car ils ont passé leur
vie selon la justice qui a été donnée aux Grecs par la philosophie et aux Juifs par la
Loi."
Chez Clément, le moyen linguistique de la médiation de la véritable gnose
chrétienne est sa langue maternellc, mais parler grec est pour lui une notion de valeur ambivalente. Selon l'essai de Le Boulluec," la langue grecque a une relation
particulière avec la vérité pour ce père de l’Eglise. Dans ses œuvres, Clément aspire
à l'évidence des Evangiles,'” qu'il oppose à la langue des Hellénes,, considérée comme
un ornement qui cache l'essentiel, un style trompeur et bavard.'* La pratique de la
langue grecque, I ¿Mnviterv.sert le plus souvent 4 détourner la foule de la vérité a
la maniére des démagogues. "* Néanmoins, il y a une variante du langage grec, un
ver ».” Clément appelle la musique d’Eunome nomos, dessin musical et ordre social ä
la fois. Son contrepoint, le ton évangélique ct son incarnation musicale est signalé
comme Logos,’ dont les auditeurs « vont relever la tête et se redresser, abandonner
l'Hélicon et le Cithéron, pour habiter Sion. Car de Sion sortira la Loi et de Jérusalem le Logos du Seigneur ».°
SC. Strom. 5, 3, 18: ...totg THY aoplav altofia tiv map’ attots dpextéov tà oikeia, de
liv baorta dua tv ldluv els miotiv ddrnflelag elxdtug d@ikorvto. Pour le V° livre des Stromates je
cite le texte d’A. LE BOULLUEC (trad. P. VOULET), Paris, 1981 (Sources Chrétiennes N° 278-279).
Y Péd. 1,5, 16: fueîs tà xúMiota Kal redemtata tv Ev Bl Krnudtwv naudurcfi xpoonyopla tıurjoavtes rutôelav. On cite l'édition suivante: Clément d'Alexandrie: Le Pédagogue.
Introd. et notes de H. I. MARROU, trad. M. HARL, Paris, 1960, Sources Chrétiennes N° 70.
* Cf. W. JÄGER : Early Christianity and Greek Paideia, Cambridge Mass., 1961, p. 6. Sur l’atticien soutient ainsi la corde restante, Ce n'est donc pas le chant d'Eunome qui mut la cigale, comme le
tude de Clément à l’égard de la mythologie grecque en général vair C. M. EDSMAN : Clement of Alexanveut la fable qui a fait dresser à Delphes, en statues d'airain, Eunome uvec sa cithare et sa concurdria and Greek Myths, Studia Patristica 31, 1997, p. 385-388.
rente : celle-ci vole d'elle-même et chante à su fügen. Elle passe néanmoins aux yeux des Grecs pour
* Sur l'appel universel et sa continuité tout du long de l'histoire humaine voir: P. AUBIN: Le
avoir interprété cette musique. » Je cite le texte et la traduction de C, MONDESERT (Clément d'Alexandrie: Le Protreptique, Paris, 1941 et 1949). Je n'ai pas pu voir l'édition de M. MARCOVICH (Cleprobleme de la conversation, Etude sur un terme commun au Hellénisme et au Christianisme des trois
premiers siècles, Paris, 1963, p. 113-136. A propos de la révélation générale voir l'étude classique de
mentis Alexandriini Protrepticus, Leiden, 1995),
E. MOLLAND
: Clement of Alexandria on the Origin of Greek Philosophy, In: Opuscula patristica, Oslo,
;„er. MONDESERT (n. I), p. 27; E. NORDEN: Die Antike Kunstprosa, Leipzig, 1958, 11, p. 59.
3 Prot. 1,2,3:"H dé dig Stu udita TAUUYÈS dtoctiApouga pac Katavyatére NAVIN
1970, p, 117-141.
tovs Ev OKÖTEL KvALVdoupEevoUs Kul Tis mAdvng Tolls dvOpwmous ANuAAUTIETw, Tv Urepratav
Opéyovoa deEláv, tiv otveowy, el Owtnplav. (trad. de MONDESERT),
"CF. Strom. 5, 4, 19.
"Cf Strom, 6, 6, 45.
A, LE BOULLUEC : Clément d'Alexandrie et la conversion du « parler grec ». In. Hellénismos,
Y MONDESERT garde le mot grec. Sur sa richesse sémiorique chez Clément (par ex. discours ré-
Quelques jalons pour une histoire d'identité grecque. Act. du coll. de Strasbourg, éd. S. SAÏD, Leyden,
digé, raison liumaine, raison incréée, le Verbe divin, Second Personne de la Trinité) voir Gi. J, M. BAR-
1991, p, 233-251. Nous voudrions remercier Mme, F. LETOUBLON (Université Stendhal, Grenoble 111)
TELINK, Jeux de mots autour de logos, de ses composés et dérivés chez les auteurs chrétiens. In. Mépour son aide qui a mis à notre disposition des œuvres indispensables pour cette étude et qui a bien voulu
langes offerts à Ch. Mohrmann, Utrecht, 1963, en particulier p. 24-25 ; H, 1. MARROU : Hamanisme et
christianisme chez Clément d'Alexandrie d'après le Pédugogue. in Recherches sur la tradition platonirevoir le texte français.
cienne, Entret. Fond, Hardt 3, Genève, | 957, p. 192.
Protr. 1,2,3: Où dE Avave UOUVIES kai avaripuvteg "Elıküva pév Kal Kıdaypva KUTUeuTOviwv, olkotvtwy DE Liv: "Ex yao Ludv EEeAeloetar vönog, cul Aöyog kupion EE "Tepovvedi", Aöyog olpaviog, è ywjowog dywwoTig eal rò muvtds kdopov DEÁTp utepavovpevog.
(trad. de MONDESERT).
Acta Ant. Hung. 43, 2003
Voir la caractérisation des Stromates (7, 118, 111): uit oùv TAG THEME obte TAG ppavemg Utoydtovtat... kal Tv AEE ovx “FAAnves elvan Borkovrar. Sur fa simplicité de la langue
évangélique voir par ex. Protr. 7, 77,1,
"Cf. Strom. 1,2, 20 : 2, 1,3; 6, 17, 151 etc.
5 Cf. Strom. 2, ld ixavòv yàp di tobto (le discours grec) anodnnaywyeiv tis dAndelac
Tote MOAAUIC.
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système des signes, le genre symbolique, lequel — comme les langues barbares et
L'auteur païen réprimande les hommes qui en admirant les spectacles du cirque et du
l’hébreu de l’ Ancien Testament — est apte à dire la vérité, paradoxalement à la fois
théâtre perdent leur raison, en subissant ainsi une métamorphose contraire à celle des
indirectement et en la révélant.
Le mythe d’Eunome et du tetzix, de la cigale'* est considéré dans l’interprétaêtres irrationnelsinspirés par Arion et Orphée.” L'analyse d’Emmet, en se concenqui est davantage qu’une anecdote dans le style grec, utilisée par un auteur quis’intetrant sur l’activité du Thrace et sur celle du Thébain, sépare distinctement l’ancienne
et la nouvelle musique. Tant que la vie créée par l’effet des chansons hellénes reste à
un niveau matériel et bestial, dit-il, le but de la nouvelle mélodie est de réaliser une
resse à l’histoire naturelle.'” Il s’agit d’une narration grecque énigmatique, laquelle,
existence qui surpasse l’irrationnel. Selon ce chercheur, ce procès est impossible sans
semble-t-il, racontait pour quelques Grecs autrefois quelque chose de plus qu’elleéviter la paideia grecque, qui passe chez lui pour un pharmacon négatif? Bien que
tion qui suit comme une manifestation de ce discours symbolique, comme un récit
même, et qui a été choisie par un chrétien extrêmement grec. afin qu’elle devienne,
l'analyste décéle des réminiscences platoniciennes, il sembleignorer que le mot pharaprès un deuxième degré de cryptage, un mythos qui représente le Logos chrétien et
macon (qui, par ailleurs, est connu 4 partir du Phédre, d'un dialogue avec beaucoup
universel.
L'étude, vu la densité de la pensée, ne peut être que partielle. Après avoir réd'importance aussi à la notion platonicienne de la musique qu'à la cigale?3) a une vasumé les interprétations les plus importantes du mythe du Protreptique, on voudrait
ajouter quelques remarques. D’une part, sur le rôle des nombreux images musicales
utilisées par Clément, en étudiant quelques sources possibles de ces métaphores
:
d’autre part sur sa conception concernant les formes diverses de la sagesse, en particulier celle des Grecs!" et (à cause de la cigale) d'autres êtres créés. La fin de l’étude,
en évoquant le symbole du tettix des Stromates (5, 5, 27) vas’attacher à cette image
en l’approchant de la notion du symbole, de ce moyen sémiotique universel de la
transmission de la vérité divine aux hommes.
leur polyvalente, étant remède et poison à la fois. Clément d'Alexandrie, qui emploie
le mot pour désigner ses Stromates,”* appelle pharmacon aussi la nouvelle musique
du Protreptique, en utilisant l’aspect positif de cette duplicité sémantique.**
L’argumentation d’Emmet sur l’être humain qui surpasse les animaux, vaut
elle-même aussi quelques remarques à ajouter. D’une part, la cigale (qui est plutôt
chanteur que l’objet de quelque incantation) passe chez les Grecs pour un animal atypique. D'autre part, on verra que la thèse qui souligne la supériorité absolue de la raison humaine, ne s’accorde pas au concept de Clément sur la sagesse naturelle.
Un autre savant, Marcovich, fait deriver le mythe d’Eunome d’un traité hermétique comme source directe et considère le chant du tettix comme la manifestation de
la volonté divine: « this cicada was a godsend ».°° Sa lecture ne dit pas clairement
I. QUELQUES ANALYSES DU MYTHE D’EUNOME
qui est la divinité dans sa notion de /'envoyé divin: Apollon, le païen, ou le Dieu de
DANS LE PROTREPTIQUE
la nouvelle foi ? Faute d'une définition précise concernant le genre du chant (hymne
ou threne ?) le sens du mythe devient bien compliqué : il s’agit vraiment d’ Apollon
Parmi les interprétations — peu nombreuses!” - du texte de Clément, rédigé
vers 190 après J.-C., les analyses qui opposent radicalement la musique païenne et la
mélodie évangélique sont dominantes. Ainsi, le chanteur locrien est considéré par
Halton comme le représentant de la culture vénéneuse des Grecs; différente du
qui se précipite au secours du chanteur pour garder la mémoire du dragon (adversaire
noble ou monstre méchant ?) qu'il a vaincu lui-même ?
Christ, du nouveau cithariste qui a offert une musique tout à fait diverse de la musique dionysiaque vaincue.?
Un autre savant veut retrouver la source directe du catalogue des musiciens
mythiques dans un discours de Dion Chrysostome, adressé aux gens d'Alexandrie.
** Le mot est du genre masculin en grec.
"7 Clément, par ailleurs,<apprécie beaucoup les mirabilia des animaux, cf. MARROU (n. 4), p. 188.
TM Quelques comptes rendus importants: E. MOLLAND (n. 9), 117-141; C. DANIELOU: Message
évangélique et culture hellénistique au IF et HI siècle, 1990%, p. 50-72 ; S. R C. LiLLA: Clement of
Alexandria, Oxford, 1971, p. 9-59; D, RIDINGS: The Artic Moses. The Depañdintev Theme in Some
Early Christian Writers, Goeteborg, 1995, p. 118-139.
"L, EMMET: Clement of Alexandria's Protrepticus and Dio Chrvsostom's Alexandrian Oration, Studia Patristica 36, 2001, p. 409-415. Dion dans ses œuvres n’évoque Eunome nulle part. Il faut
remarquer que l’ancien sophiste converti à la philosophie se représente comme un tertix (Or. 47, 16).
A propos de la liste des chanteurs, Euname est mentionné parmi les musiciens mythiques dans un catalogue de Lucien (Var. Hist. 2, 15), vraisemblablement écrit avant le Protreptique. - U. NEYMEYR souligne le caractère polémique de l'œuvre de Clément contre le Protreptique de Galien, lequel convertit ses
lecteurs à la médecine (Der Protreptikos des Clemens und des Galen, Studia Patristica, 36, 2001. p. 445449.)
2 Cf. EMMETT {n. 21), p. 410: « ... nor to behave like irrational animals » :i p. 412: « Greek
culture is a drug, pharmakon, which the listener must seek to avoid. »
Voir l'énumération des parallèles chez G. W. BUTTERWORTH : Clement of Alexandria's Protrepticius and the Phaedrus of Plata, CQ 10, 1916, p. 198-203.
Y Strom. I: 1,
IE: brropvrpata eis yiipug Onoaupiterae, ANOns pépuarov.
1 On ne tient pas compte de l'avis de W. SCOTT (Hermetica, London, 1968, 11, p. 473) selon qui
3 Protr. |, 2, 4: Aldeı dé ye O Etivopog 6 ¿nOs vv Tv Tepadvòpov VOLOV OUdÈ TOV Kn-
« Clemens ignores the point of the story for he uses it merely to show that, according the mistaken
animals have sc
been charmed by music. » L’auteur ne dit pas ce qui est
le point of the story.
na =" HALTON: Clement's lyre. A broken string, a new song, The Second Century 3, 1983, p.
alıvoc. onde wiv Hpúyiov A
i Aúótov
ij AGPLOV, GARG. TC «avc appoviag tov diduov VOLOV, TOV
depuviımov tot Aeod. TO dupa TO KULVOV, TO Agviticóv, “vameviés T Gyodov TE, Kuküv EitlAndes andavrov” yAuKY ti Kal GANOLVOV pépuarov nedoñc éykeKpatat té) doputi. Clément cite
beliefs of the Pagans,
-19
Acta Ant. Hung. 43. 2003
VOdvssée, 4, 221.
# M. MARCOVICH : Clement of Alexandria, Protrepticus, Studia Patristica 31, 1997, p. 452-463.
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Le récit sur lequel l'interprétation de Marcovich sc fonde soulève beaucoup de
Le discours passe généralement pour « un insipide morceau de rhétorique ».””
questions. Les problèmes textuels et chronologiques qui caractérisent ce corpus de
Hors de la différence des niveaux esthétiques des œuvres, il y a aussi d’autres différences entre cette version du mythe de celle du Protreptique, qui, à notre avis ne peut
pensées hétéroclites,” dans le cas du traité XVII se présentent particulièrement
souvent. Ce discours est mêlé de fragments incohérents : son préambule (ch. 1-10)
parle des passions corporelles qui menacent l’âme, puis de l’aide divine; la deuxiéme partie (l’éloge d’un être divin paternel comparé au soleil, ch. 11-14), est suivie
par la louange de certains empereurs inconnus (ch. 15-16).”°
Le narrateur anonyme se représente lui-même comme un instrument musical
dans la main d’un être divin, du compositeur cosmique qui réalise l’harmonie dans le
monde et dans l’âme humaine. Selon le raisonnement du texte, si le son n’est pas clair,
on ne doit incriminer ni le musicien (alors l’homme mortel et son âme-instrument), ni
le maître de l'harmonie absolue. La raison de l'échec est l'insuffisance de l’instrument, causée par les passions corporelles.
Ÿ La divinité corrige parfois le ton — c’est
ici le moment rhétorique où le narrateur peut insérer le mythe d’Eunome :
Aéyetau pév ó tiva Kidapwddv tov tc povoovpyiag Ébopov Beóv
Eyovta eduevñ, ErELÖN évaywviov tiv k10apwèiav rovovuévw À vevpá payetoa
MOS ÉUTOLOV tic AOANGEwWS adTH yeyévntaL, Tov Mapa TOD KpeiTTovog £ÜHEvés tiv vevpdv diverhiipwoev abt Kal tig evdoxiurjoews mapeoxe tiv xGptv.
dvri yap tig veupas at téttrya Kata xpôvorav TOD KpEittovos Épibévovta
dvarànpodv tov pélos Kal TG veupäg dukätzev Tv XWpav, TOV KLOGOWSOV
dè tí vhs veupôs idoer ts Absıng mavoduevov, tig vikns ÉOXNKÉvOL tiv evdo-
Klunov.
TR. REITZENSTEIN a pris des arguments pour une origine égypto-iranienne (Poimandres, Leipzig, 1904);
l’édition citée ici d'A. D. NOCK et A.-J. FESTUGIERE (Hermès Trismegiste : Traités, Tome
Ul. Traités XIN-XVIN et Asclepius, Paris, 1960) souligne la présence de la philosophie grecque mêlée
avec des éléments juifs ; B. P. COPENHAVER (The Greek Corpus Hermeticum and the Latin ‚dsclepius,
Cambridge Mass. 1992) considère le corpus comme un document de la culture grecque-égyptienne à parêtre considérée dépendant d'elle. Bien que le mythe pscudo-hermétique considère la
cigale comme une envoyée de la Divinité, bien que le rhéteur inconnu, en parlant
du complément de l'harmonie, utilise des termes communs avec les autres versions
grecques (on va les voir tout de suite), son discours, en éliminant les motifs de
Delphes et Locres. en représentant la providence comme protagoniste se trouve en
dehors de la tradition grecque.”*
La marque la plus caractéristique de la narration de Clément est son raisonnement concernant la présence — et non l'apparition - du ¢e/tix. Dans la mise au point
du Protreptique, selon la légende hellène, la cigale a été attirée par la musique d’Eunome vers le lieu du concours, où (encore une fois selon l'interprétation erronée des
Grecs) elle a joué comme un artiste intentionnel. Chez Clément, la cigale enflammée
par le soleil d'été** entonne son chant propre, qui n’est adressé ni au dragon, ni à son
vainqueur, mais 4 Dieu seul et omniscient. Son chant, une exaltation spontanée, est
meilleur que le jeu maniéré d’Eunome, et ce n'est pas la cigale qui adapte sa chanson
à celle de la lyre, mais c’est le musicien qui accompagne avec son instrument la voix
du tettix.
Dans la narration de Clément, le chant de la cigale, à la fois autonome et
automatique, à la manière d'un phénomène naturel, devient indépendant de l'activité
du Locrien. A l’heure de la chaleur, l’animal chante à cause de sa capacité innée. Ce
louangeur de Dieu est inspiré par ses forces innées, qui lui ont été données à la naissance, mais il n'est pas du tout un envoyé du ciel. On peut se hasarder à dire qu'il
participe à une sorte de savoir, à une capacité artistique naturelle, au contraire des
avis des Grecs païens, qui regardent le récit comme une démonstration de l'effet de
la musique humaine.
La conception de l'art, de la sagesse du tettix, peut sembler à la fois banale et
exagérée. Or, on doit invoquer l'étude de Merkelbach qui a non seulement reconnu la
vraie nature de la relation entre les deux musiques, ? mais aussi identifié Eunome
avec Clément lui-même, et la cigale avec le Christ, qui est le Logos éternel, qui actir des éres ptolemaiciennes jusqu’au christianisme, qui allie cosmologie, sotérologie et eschatologie. Le
traité XVIII est daté unanimement autours de l’an 300 après J.-C. Cette chronologie elle-même peut
mettre en doute l'idée de MARCOVICH.
TM Les traités XVI-XVIII ne font partie que d’une tradition des manuscrites. Tant que REINTZENSTEIN (n. 27) les a considérés originaux, aujourd’hui on nie leurs authenticité et la présence de l’esprit
hermétique, voir A. J. FESTUGIERE : Hermetisme et mystique païenne, Paris, 1967, p. 13-14 ; W. SCOTT
{n. 19),
I, p. 461 ; G. FOWDEN : The Egyptian Hermes, Princeton, 1993, p. 18.
n Voir la division du texte chez NOCK-FESTUGIERE (n. 27), p. 244.
Un parallèle avec cette pensée se trouve chez Philon, De spec. leg. 2, 246 : obdé yap porno
KNV ERLOELKVÖHEVÖV tiva di abddOv À pus Kui apódpa kuropbodvra Tapuneupinevor rà Spyava Knpuyudtwy Kal tidy dELodpev.
"Corp. Herm, 18, 6. « Ainsi dit-on d'un citharéde qui serait rendu propice le dieu qui préside
d la musique, qu'un jour, comme il jouait de la cithure dans un concours, lu rupture d'une corde l'enrpechait de continuer la lune, la faveur de l'Etre supreme remplit pour lui le rôle de la corde et lui donna la grâce du succès : par remplacer la corde en effet, par la providence de la Divinité, une cigale vint
se poser sur la lvre afin de compléter l'accord en occupant la place même de lu corde, et ainsi le citharede, console de su peine par le remède apporté à la corde, remporta l'honneur de la victoire. » Trad.
de FESTUGIERE.
Acta Ant. Hung. 43, 2003
‘2° NOCK-FESTUGIERE (n. 27), p. 244. Voir aussi REITZENSTEIN, p. 199 et COPENHAVER (n. 27),
p. 209.
® Une autre version du mythe qui neutralise les motifs grecs se lit dans une lettre de PseudoJulien (Ep. 186), datée vers 325 apr. J-C. par BIDEZ-CUMONT (Julien : Lettres er fragments, Paris, 1960,
p. 421).
D'après Clément, la voix des êtres devient plus claire et forte à cause de la chaleur, cf. Pédag.
2, 10, 84. L'idée évoque une autre notion de Clément selon laquelle certaines circonstances physiques (la
particularité de Mair, la présence de l'eau ou des vapeurs) peuvent faire naître un état psychique qui est
indispensable pour l'inspiration prophétique, cf. Strom. 1, 135, 2. Peut-être aussi l'énigmatique 10
evade tot dépos (Strom, 7, 37. 12) voudrait remémorer les conditions physiques de la communication avec la puissance divine,
« Ce n'était pas la cigale. qui remplagait Euname, mais bien plutôt lui-même qui changeait sa
mélodie, de manière à l'adapter au ton de la cigale », R. MERKELBACH : Une petite énigme dans le
prologue du Protreptique, in Alexandrina, Mélanges offerts à C. Mondésert, Paris, 1987, p. 192.
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complit le nomos, la Loi de l’Ancien Testament. À côté de ce petit essai plein d’infragment paradoxographique, "| en donnant des arguments pour l'apparition du tettix,
tuition (mais qui, malheureusement apporte peu d’arguments) les idées de Clément
parlent d'une corde rompue et du remplacement du ton par la cigale, en utilisant les
concemant les capacités mentales des étres dits irrationnels laissent prévoir que la
mêmes termes ( ‘pfyvuu et ses dérivés, ÉKTANDHOELE, ÉTANPOU ).
cigale peut être regardée comme représentatrice d’une intelligence, laquelle peut par-
Les auteurs cités considèrent le ton de la lyre comme une entité physique, et supposent que la lésion causée par la corde rompue, le vide de la continuité vocalique,
est remplaçable, l'harmonie trébuchante peut être guérie, rétablie par une voix de la
nature. Bien que les sources n'appellent pas directement l'apparition de la cigalc une
action consciente selon leur vocabulaire, l’animal, en remplaçant le son qui manque
fois surpasser celle des hommes. Avant tout, une seule remarque : le terme OvvaywVLOTAG, utilisé par rapport à la cigale d’Eunome, à la fin de l'œuvre même et dans le
Pédagogue se rapporte au Christ, une fois comme l’auxiliaire des créatures, l’autre
fois comme celui du projet de Dieu.
du procès musical, contribue instinctivement à la réalisation d’une harmonie établie
jadis.
III. LES AUTRES VERSIONS DU MYTHE D’EUNOME.
LES PROTAGONISTES : QUELQUES ASSOCIATIONS
À propos de la provenance d’Eunome: son nom (authentique, par ailleurs de
celui d’un frère de Pythagore“2) évoque la notion d’eunomie, une conception grecque
relative à la vie sociale. La notion remonte à l’époque archaïque: selon la généalogie
AVEC LE NOM D’EUNOME ET LE SYMBOLISME
d'Hésiode* Eunomie, la fille de Thémis, est une des Heures, qui comme ses sœurs,
DE LA CIGALE DANS
personnifie un aspect de l’ordre et du bonheur social. Elle est devenue un slogan po-
LA TRADITION GRECQUE
litique pendant la guerre du Peloponnese.” On connait son culte 4 Athénes et sa reAvant d’analyser cette sagesse particuliére, il est nécessaire de résumer les verpresentation dans l’iconographie, où elle est figurée en général associée à Eukleia et
sions classiques du mythe d’Eunome et les motifs les plus importants de l’image de
Paideia, mais parfois (par ex. sur un vase d’Apulie du [V* siècle av. J.-C.) elle apparait
la cigale dans la religion grecque, car le discours de Clément, malgré son ironie et
son intention de réfuter les avis faux des Grecs, fait partie intégrante de la tradition
comme la prétresse d’Apollon, qui est le nomos par excellence.‘ Parceoque sa correspondance au dieu de Delphes se trouve aussi dans les sources écrites,“ on peut faire
helléne.
l'hypothèse que I’Eunome de notre mythe peut avoir lui aussi une relation avec cette
La première version de l’histoire remonte à l’hellénisme, son issue dernière 37
au VI° siècle après J.-C., mais c’est vraisemblable que le mythe local a été connu dès
le VII siècle avant J.-C. En ce qui concerne les circonstances du concours, le sujet et
les auditeurs de la musique, les sources donnent des informations diverses. Cependant, elles sont d’accord sur le nom, l’origine et le partenaire du chanteur: Eunome,
le Locrien (dont le nom veut dire bon chant, bonne loi) est aidé par une cigale. Un
autre point commun
: les textes (celui de Strabo”¿Qui remonte à l'œuvre historique
de Timée, celui de Conon, transmis par Photios” et deux épigrammes“) sauf un
kal tic dt’ attouäto) kápas exi Thxuv Erıntüg
TETTLE ExArpov tovAAurèg appovius.
L'auteur inconnu utilise la notion d’automatisme (v. 7) qui est présenté aussi chez Clément. [| implique un jeu de mots (la corde rompue ne donne pas - ovx Evenev - le son convenable), qui remémore
celui d'Eunome-nomos, également chez Clément. La chronologie du texte est incertaine, un échange
lexical ne crée qu’une relation avec Paul le Silentiaire (le nom d'adversaire est Zxráptic, chez Paul
Thap8ic):
AG 6, 54, 4-8 (Paul le Silentiaire) :
GA Bra di) WAaKTOW Aokpic Expete YÉAUG.
Bpayxóv tetpryvia Aúpas cexdprace yopod.
mpiv dé péroc oder etitodog Gppoviac,
Ufpòv émutpitarv Kıddpag bite eto TÉTTLE
kal tov drrorgauévos mOdyyov itmANe piton :
CE Prot. 10, 110, 3 : ywrjowog yap tv éyuviotis Kal TOD TAGOATOG GUVaywvLUTIs ; Ped.
1, 8, 63: Toûto de tvdelkvurat Eoyw TaLdaymyayv avróv Adyw. Bc TAG TOD Beod PiavOpwrrías VVvayWWOTTG yvijotos. Clément n'utilise plus le mot ia seule fois, pour signifier le corps,
par lequel se réalise l’action de l'âme chrétienne (Péd. 1, 13, 102): fl pév TPAELG ñ tov Xpistiavod
IVUS Evepyeut.. . u& TON ovu@uofig Kal cuvaywvictod Martos éxteAoupevn..
59 Théophylacte Simocatta Quest. Nat. ch. $.
* Strab. Géogr. 6, 1,9: ...edooKuuelv undev Ättov Tàv "Aplutwvu kai Ev Éimidi Tv vienv
Exe, vor HÉVTOL TOV Eövonov rai avidleivar tiv AexUelvuv eikövu Ev TI Tutpidi, Exedy
KOTU tov GyÓva prác tv yopdev paytiong ÉTLOTÈC tert EKTMANPWUELE TOv pUóyyov.
Y Phot. Bibl. 186, 131 b: epitiy Eivonog ta “Pryive _TÉTTLYOS, Of Kputet TOD dvtaywviatas, Ertuxdpdov yap tore tig üppoviug oliong, kui AG Puyeiang THY Xupd'v. TEITLS
enınüs TH «pa TÓ Alo dvenkipmge rs wis.
AG 9, 584, 3-8 (adesp.) :
aidhov Ev KLOGpy vónov éxpeKov * Ev dé peoeúva
WOE POL XOPOÈV TAGKTPOV duteKpELGOEV.
kai por PBdyyov Erolpov démavixu Kaipos artes,
els dxods Pula tebtpeKes oùk Evepev Acta Ant. Hung. 43, 2003
*! Paradox Smag. 1,2: - EIMPEPT|GAVTOS d' ovv tot Su év ti) dy@viEvicngev Etivo-
Og o AOKPÒG Tape TOLAEÚTNV aitiav - göuvrog, aubtod peraEd terme Ed tv Alipav ÉTUTAG Dev,
y de raviyvpic aveßönoev éti tH veyovéri Kui Exélevgev £üv. Le texte d'auteur inconnu, attribué
longtemps à Antigone, fait partie d'un recueil paradoxographique rassemblé à l'époque byzantine, cf.
Antigone de Carvste: Fragments. Texte établ. et trad. par
T. DORANDI, Paris, 1999, p. XI-XVIN.
"2 Cf. Diogéne Laërce 8, 2. L'article du Neue Pauly (1998, 4, p. 255) ne mentionne qu'une victime d’Heracles et le roi laconien.
M Cf. Trav. 75, Théog. 901. Voir aussi Aleman fr. PMG 64 ; Pindare P, 5, 66-67 ; Tyrtée IEG fr.
1-4 : Solon IEG fr. 44, 32-38.
4 Cf. M. OSTWALD: Nomos and the Beginnings of the Athenian Democracy, Oxford, 1969,
Pe
85-94.
> Cf. LIMC IV. 62-63 et H. A. SHAPIRO: Personifications in Greek Art, Zurich, 1993, p. 79-86.
Voir aussi l’oinochoe de Budapest chez SHAPIRO, fig. 23 (Eunomie avec le rameau de laurier).
* Timothée implore Pythios pour l’eunomie (fr. 15).
Página 6
Ver en el PDF(se abre en una ventana nueva)notion” qui est, semble-t-il, autant esthétique ct religieuse que politique. La notion
el’? et de sa naissance à partir du sol avec abandon de son corps ancien pendant l’équipolitique de l’eunomie se rencontre surtout par rapport à la constitution laconienne
noxe printanier,”* elle est l' incarnation. de l’auto-régénération et de l'autochthonie.*”
Son envolée vers le haut une fois né,* la subtilité de sa nourriture avec la rosée du
161
inspirée par Delphes, Diogène Laërce la mentionne comme une conception platonicienne.
A partir du contexte musical du récit, on est porté à croire que la notion d’euciel comme aliment unique ? le fait parvenir de la région chthonienne presque indirectenomie doit avoir aussi une dimension musicale. Selon cet aspect, l’ordre d'une comcorruptibilité. N’ayant pas de sang, elle passe pour un être rationnel sans passions.
munauté bien légitimée, soit l’eunomie sociale, est un phénomène analogue a l’harmonie réalisée dans le nomos musical, étant tous les deux les manifestations d'un
activée par les rayons du soleil atteint son sommet à midi, l'heure par excellence de
ment aux cieux, sans passer beaucoup de temps à la sphère de la matière, de la
La voix des mâles de la cigale (les femelles sont considérées comme muettes),
ordre cosmique, qui dirige le monde et l'âme humaine. De ce point de vue il est
remarquable que la notion d’eunomie soit présente dans le conglomérat pythagol'épiphanie divine,” qui peut exercer une influence double sur les mortels. En effet.
ricien. Elle est mentionnée 4 propos de Numa,” le roi pythagoricien de Rome. Plude la protection de la civilisation, après la rencontre divine (appelée nympholepsis
tarque témoigne de l’influence du pythagorisme sur la législation des cités de Grande
dans les sources) perdent leur vue, leurs capacités mentales, quelquefois aussi leur
vie. Or il y a aussi des hommes qui avec la perte de leur raison obtiennent une con-
Grèce, de plus, la conception apparaît aussi chez les auteurs de pythagorisme tardif.”
Selon la tradition," Pythagore, banni de Crotone, se dirige vers Locres et le législateur de cette ville, Zaleucos est son éléve.” La constitution locrienne, représentée
il y a des mortels qui pendant cette période, restent dans la nature sauvage, en dehors
science plus haute et deviennent clairvoyants, poètes. La voix du tertix, l’unique phénoméne acoustique de la nature morte de la chaleur et du sommeil, s’associe au soleil, a Apollon." aux Muses. Son bruit instinctif passe pour un discours® ou mieux
comme une symphonie, est déduite par Diodore de Sicile de l’idée de l’ordre musical
et social à la fois, incorporée dans la notion du nomos. Platon, dans les Lois et dans
le Timée, vante Locres, la patrie du protagoniste de ce dernier dialogue, comme une
une musique chez les Grecs. AristoteTM et les auteurs lyriques le caractérisent avec
des termes musicaux, la cigale est protégée par les dieux” (une sorte de récompense
cité à très haut niveau d’eunomie.” Dans ses autres œuvres, Clément utilise la notion
pour son art). Avec l'abeille et l'oiseau, la cigale est à partir des temps archaïques
politique en rappelant la constitution laconienne, une autre fois en expulsant les artisans des produits de luxe de l’eunomie de la société chrétienne.
une métaphore essentielle du chanteur, du poète."
Le tettix, avec sa voix qui domine le paysage d'été de la Méditerranée, est un
symbole polyvalent. Sa biologie paradoxale abonde en caractères spécifiques qui font
de lui le symbole d’une existence différente de la condition humaine. Dans les textes
qui traitent ses interactions avec les mortels et les immortels, ses dispositions naturelles
se présentent comme un comportement conscient, comme l'indice d'une existence immatérielle et concentrée sur le spirituel. A cause de sa procréation sans rapport sexu-
** Cf. Plat, Symp. 191 c ; Plut. Mor. 767
c.
% Cf. Arist. HA 566 a.
Les anciens habitants d'Athènes portaient des cigales d'or dans leur cheveux pour exprimer
leur caractère aborigène, cf. Thuc. 1, 6, 3. Au contraire des auteurs païens selon lesquels cette coiffure
est l'héritage d'un passé magnifique (par ex. Aristoph. Cav. 1322 seq. Nuées 984 seq.), Clément bläme
cette mode comme la manifestation de leurs mœurs légères (Pédag. 2, 10, 105): td ynyevèsoc GANOts
dneuwokale kıvardlag évderviipevo.. C'est le seul passage chez Clément où la cigale figure dans un
contexte négatif. On trouve une estimation morale semblable chez Plutarque (cité nulle part directement
par Clément, mais, ayant une influence forte sur lui), qui considère la disparition de cette frisure comme
* Une relation possible du mythe d'Eunome et de la notion politique est mentionnée sans argumentation par D. MUST!: Le lamine orfiche e lu religiosità d'area locrese, QU n.s. 16, 1984, p. 61-83.
“CF. Plut. Vies, Lye. 5, 3; 29, 6; 30, 2 et Mor, 239
f 127 b — Diogéne Laérce
3, 103.
Y Cr. Plut. Vies, Numa 6, 3; 20, 3.
3" Voir Plut. Mor. 777 a, Sur la métaphore pythagoricienne de l’état-lyre, sur l'eunomie qui est
considérée comme la base du bonheur social (eudaimorie), de l'harmonie commune du monde, des établissements sociaux et de l'individu voir les fragments chez H. THESLEFF (An Introduction to the Pythagorean Writings of the Hellenistic Period, Abo, 1961, p. 13-14 et 19),
Voir Dicéarque fr, 34 Wehrli. Les Locriens refusent de donner asile au philosophe. Ce fait, contrairement à E. CIACERI (La storia della Magna Grecia Milano-Roma-Napoli, 1927, p. 132), ne peut pas être
simplement interprété comme la manifestation d'un caractère antipythagoricien de la ville. Selon MUSTI
(n. 47, p. 70) Dicéarque raconte l'anecdote inconnue par ailleurs avec l'intention de balancer l’intluence
très forte du pythagorisme locrien. Sur les pythagoriciens de la ville voir Cie. De fin. 5, 29; Diogène Laërce
8, 46 et THESLEFF (n. 50),p. 21-23; GIANELLI (Culti e miti della Magna Grecia, Firenze) 19637, p. 269.
2 Diodore de Sicile 12. 20; Jamblique, Vie de Pythagore ( par la suite VP) 7, 33. Selon Clément,
la législation de Zaleucos est inspirée par Athénée, Strom. 1,26, 17
3 Plat. Tim. 20 a : edvopotótos div nökewg Tis ev "Teal Aokpidog. (cf. Procl. /n Tim. 20);
Leg. 638 b: vi (les Locriens) di) dokoDdotv EDVORKTUTOL TOV MEPL eketvov TOV tÓJTOV yeyovevan,
L’idée revient chez Jamblique, VP 7, 33: Zadeixov tod Aokpob, dt’ wy aivountata: cubdevoti
AwTOL tuîs TepLoikorg HEYPL TOALOD ÖLETEAEOUV.
$ Cr. Strom. 1, 14, 60 ; 5, 14, 136; Pédag.2, 3, 35;2, 8, 65.
Acta Ant, Hung. 43. 2003
l’évanouissement d'une somptuosité superflue (De pyth. orac. 406 d). L'autre passage de Clément concernant E autochthonie des Athéniens ne mentionne que leur roi biforme, Cécrops (Strom. |, 21, 102).
5%
L'élan vers le haut est la direction la plus importante pour tous les mouvements métaphysiquespirituels. Voir chez Clément lejeu avec les préfixes avé- et xatd- qui évoquent les images de la captivité et,du vol libre (Protr. 1, 2, 3; 1,3. 2; Péd. 2, 4, 41 etc).
“Cf. Ps.-Hesiode Bouclier, (394-395) et Arist. PA 682 a, HA 532 b, selon qui la cigale n’a pas
de bouche
- ainsi, faute de parler, son seul moyen de communiquer est la musique. Selon Platon elle passe
sa vie à chanter, sans manger ni boire (Phedr. 259 c : Goudy TE Kal ürovov ed@lic dev), chez Philon
sa nourriture est l'air. (De vit. cont. 35, 6).
® Voir Arist. PA 682 a et le makarismos des Anacreontea 34: Gobé, ynyevñs, dive, da
Aric. Avayıöoupee> oxebdv el Bevíc Önorog. Sur la possibilité desimages chrétiennes et stoïciennes
dans cette weuvre voir: A. DIHLE: The Poem on the Cicada, HSPh 71, 1967, p. 107-113,
tl Voir R. CAILLOIS: Les démons de midi, RHR 115-116, 1937, p. 142-173, 54-83, 143-186 et
W. SPEYER: Mittag und Mitternacht als heilige Zeiten in Antike und Christentum, in Vivarium. JbAC
Ergänzb. 11, 1984, p. 315-326.
2 Cf. Alcée, frg. 307 d LP, la cigale esi le héraut de l'arrivée printanière du Dieu.
N Voir la comparaison des vieillards de Troie aux cigales chez Homère (//iade 3, 149-153).
Arist. HA 535 b, Resp. 475 a.
AGI.
e
122: 264; 273: 372; 373: Vita Aesop. ch. 99.
©CF. Archilaque fr. 223 West; lesépigrammes de Simonide (chez Athén.10, 456 f ; 15, 680 d) :
un ainos de Stésichore, cité par Aristote (Rher. 1395 a = fry. 281 PMG); Pratin fr. 709 PMG (le tertir
Página 7
Ver en el PDF(se abre en una ventana nueva)Cependant, il y a des proverbes, dans lesquels la bête n'incarne qu’un comportement négatif (la paresse, le bavardage).°” A cause de la coloration pythagoricienne „du mythe d’Eunome, on doit souligner que les auteurs de la comédie moyenne” emploient sa figure pour caractériser les disciples de Pythagore, qui adorent
Apollon, ne boivent que de l’eau, et dans la constance de leur ascèse méditent sur des
sujets absolument inutiles, même dans la chaleur insupportable de midi.”
L'image du pythagoricien comme cigale pourrait sembler étonnante, en évoquant la règle pythagoricienne du silence, cette condition de l’âme, laquelle d’une
part, en guise d’ une preuve d'initiation rend possible la participation à la sagesse
pour les débutants,” et d’autre part, garantit le maintien de la doctrine." Selon la tradition, les ütouvhuata, les notes sur la doctrine, prises peut-être par les disciples de
Pythagore, après la mort du maître ont été laissées à sa fille, qui les a transmises à la
petite-fille du philosophe, gardant ainsi le secret.” La sagesse, la discrétion et la
persévérance des femmes pythagoriciennes sont bien connues, Clément lui-même les
163
l'ardeur de midi exhorte son compagnon à la concentration mentale au lieu de s’endormir — les cigales ont été formées à partir des mortels du premier âge de la terre,
qui en écoutant la musique cosmique de la création du monde, se sont oubliées ellesmêmes et ont oublié les besoins indispensables de la vie jusqu’à abandonner leur
existence humaine. Les cigales nées de cette métamorphose sont devenues des messagers divins qui servent intermédiaires entre les humains et les immortels, et qui à
cause de leur être ailé, nourri de la rosée, ressemblent aux âmes habitant parmi les
idées, nourries de raison et de sagesse avant d'être emprisonnées par la chair.
La musique de la cigale est donc un pharmacon ambivalent. Pour les mortels
au corps souillé qui se concentrent sur les nécessités matérielles, elle fonctionne
comme un somnifère qui empêche la possibilité de rencontrer le divin. Pour les
autres, les mortels qui sont vigilants à midi, en rappelant les expériences célestes elle
réveille l'envie de la cognition philosophique et aide l'abandon sans crainte d’euxmêmes aux puissances spirituelles.
évoque. 93 Le point commun des femmes et du tettix: la tradition littéraire propose
Il y a des analyses modernes qui, au lieu d’une libération désirable” jugent
souvent lafemelle muette du tettix comme modèle de comportement pour les femmes
cette métamorphose comme une dé
ia une chute de la condition humaine vers
le niveau végétatif des animaux.’ Néanmoins, dans la réception platonicienne, la
bavardes,” et, il y a une source, très tardive, admettons-le, qui assimile la femelle du
tettix par excellenceà une femme pythagoricienne. A
Aprés les représentations de ces notions religieuses par l'épopée, par le lyrisme, la cigale fait avec Platon, dans le cadre d’un mythe étiologique (Phèdre 258 e)
son entrée dans le domaine de la philosophie. Selon le Socrate du dialogue — qui á
cigale est l’emblème positif de l’autarcie spirituelle du sage, de Platon lui-même."
Son ascèse préfigure la contemplation philosophique qui à cause de l'impossibilité
d’abandon complet du corps ne manque pas d’ironie. A l’âge impérial, comme les
autres motifs du paysage du Phedre, elle devient un élément décoratif presque obligatoire du discours philosophique.”
Pour l'auteur du Protreptique un traité de Philon est extrêmement important.
comme le représentant de la musique dorienne) ; Callimaque fr. |. Pfeiffer (la cigale comme symbole de
Dans ce dernier l’apologiste juif platonicien utilise le motif en décrivant l’ascèse
la poésie nouvelle) ; Théocrite /d. I, 148 ; 5, 108-111; 7, 139 : AG 7, 213 ; 9, 92 ; 12, 98.
particulière de la communauté des Thérapeutes d' Alexandrie.” Apres Clement, chez
6 Parvem. Graec. (ed. E. L. LEUTSCH-F. G. SCHNEIDEWIN, Goettingen, 1839-1851) 2. Ap. 16,
36; Max. 8, 11-12. Quant au corpus aesopicum, le contexte grec de la fable de ta cigale et la fourmi se
démarque fondamentalement de celui de La Fontaine et des autres versions tardives. Dans les récits grecs
la cigale a un système de valeur qui s’oppose à celui de la fourmi : pour le rertix la musique, qui donne du
plaisir aux autres, est plus important que le ramassage avare de son voisin. La notion de scholé chez son
ennemie est l’équivalent de la fainéantise, chez la cigale - en évoquant les idées d’Aristote sur la paideia
musicale — elle est le terme technique de l'amusement noble. Voir avant tout les fables 1, 114, 3 ; 2, 173
éd. Hausrath.
Concernant les fragments de Cratinos, d'Alexis comme des sources foncières du temps qui sépare l’êre de Pythagore et les néopythagoriciens voir G. MEAUTIS: Recherches sur le pythagorisme,
Neuchâtel, 1922, p. 7-54.
“Cr. Aristophone, frg. des Pythagoriciens (chez Athénée, 6, 34, 18): tmopetvar Kul peonpBoiuc Aukeiv NETTE...
"Cf. Jamblique VP 16, 68; 17, 71; Philostrate, Vie d 'Apollonios de Tyane |, 14-16 et passim;
Diogéne Laërce 8, 10.
"On peut évoquer la fameuse lettre d’excommunication adresséc à Hipparque (citée par Strom.
5, 57, 3). Ce dernier, pour avoir mis par écrit les doctrines en clair, a été considéré par les autres comme
mort. Sur la tradition textuelle de la lettre voir W. BURKERT : Hellenistische Pseudopvthagorica, Philol.
les auteurs paiens du II-IV* siècle la cigale devient l’incarnation de l’érudition hellénique, de la paideia, mise en dangerà la fois par la culture latine, par les barbares et
par le christianisme. si
1 Quelques articles de la bibliographie infinie: K. NAWRATIL: Ein platonisches Kurznivthos,
WJbPh 5, 1972, p. 157-160; L. ISEBAERT : La fascination du monde et des Muses selon Platon. LEC
53, 1985, p. 205-219 ; A. CAPRA:
H mito delle cicale ed il motivo della bellezza sensibile nel Fedro,
Maia ns. 52, 2000, p. 225-247. Sur l'image d'animal chez Platon voir L. BRISSON : Le corps animal
comme signe de la valeur d'une ame chez Platon, in B. CASSIN-J-L. LABARRIERE-G. ROMEYER DHER-
BEY: L ‚animal dansl'Antiquité, Paris, 1997, p. 227-247.
TM Cf. Ch. GRISWOLD: Self-Knowledge in Plato's Phaedrus, New York-London, 1986. p. 165:
G.R. Fi FERRARI : Listening to the Cicadas, Cambridge, 1987, p. 26.
" Voir le fragment de Timon chez Diogéne Laërce Vie de Platon, 3, 7. C'est très possible que
105, 1961, p. 17-27.
Clément connaît l'œuvre de Timon: il cite ses Silloi à propos de Socrate et de la difficulté de la connaissance (Strom, 1, 14, 63 55,1, U1).
mière fois donne le portrait d’une femme vertueuse et seulement dans sa deuxième œuvre nomme Théano,
rature, ed. D. A. Russel, Oxford, 1990.
RCE BERKER fa. 71), 1961, 18,
’ Voir Pedag,2, 10, 114 et ra 4, 19, 12. Clément en racontant la même anecdote, la prela femme ou la fille du Pythagore.
Voir le fragment de Xénocrate ( Athénée, br 7, 17), Liban. Dect, 26, |.
Théophylacte Simocatta Quest. Nat. 31, |: ody Spas Koonlwg tivde tiv téttrya Epuló-
VOvOaY TO KAGOW dyuv OLWITNÄDG, WOTEP TÁ uch didaxBelcav dida yuata;
Acta Ant. Hung. 43, 2003
TM Voir M. B. TRAPP: Plato's Phaedrus in Second-Centurv Greek Literature, in: Antonine Lite„De vita contempl. ch. 35.
* Voir avant tout Libanius (Ep. 301, 1255; Or. 12. 95; 18, 175) et Philostrate (VA 7, 10), où la
cigale apparaît de nouveau dans un contexte pythagoricien. Parmi les 75 déclamations d'Himerios le
tettix se rencontre dix fois, toujours comme ornement rhétorique.
Página 8
Ver en el PDF(se abre en una ventana nueva)IV. LA NOTION DE L’EUNOMIE, LA LYRE ET LA CIGALE :
éléments physiques du monde, les astres) change selon les auteurs, mais l’harmonie
164
réalisée par le 7, 9 ou 10 cordes et le plectre sont toujours considérés comme les
IDEES A COLORATION PYTHAGORICIENNE?
éléments d’un système qui dirige en même temps le monde et l’âme humaine.
Le monde lui-même est souvent représenté par les diverses écoles, avant tout
LE PYTHAGORISME COMME « SAGESSE BARBARE »
par les platoniciens, comme une lyre, en évoquant l’image de la divinité (en général
En retournant au début du Protreptique, il faut répéter que le chant du tettix à
d'Apollon) qui gratte avec son plectre (avec les rayons du soleil) la lyre du cosmos.
**
Delphes, à midi, dans la suite du concours d'un musicien Locrien, n’est pas un phé-
Le dieu du soleil fait sonner cn plus de l'instrument du cosmos celui du microcosme
humain. Ainsi, Plutarque compare la relation de la personne inspirée et de la divinité
noméne accidentel. L'animal est par excellence chez lui à Locres. On peut rappeler
d’une part une tradition religieuse et iconographique, malheureusement insuffisampendant la divination à celle de la lyre et de son joueur. L'harmonie de la lyre
ment analysée jusqu’à maintenant.” D'autre part, il y a une tradition locale qui met
comme l’image d'un ordre divin est un des éléments les plus importants de la doctrine musicale du pythagorisme.
Pythagore, (à la lettre le porte-parole du dieu de Delphes), ayant appris ses
en évidence la musicalité hors du commun des cigales locriennes. Selon la littérature
paradoxographique, les cigales de Rhégion, qui vivent sur l’autre bord de la rivière
qui fait la frontière entre les deux régions, sont muettes et ainsi très loin d’être cadoctrines d'une prêtresse d'Apollon,”' assimile son principe universel, le tetraktys à
l’oracle de Delphes, à l'harmonie et aux Sirénes,” et appelle les Pléiades la Iyre des
Muses’’. Le philosophe, qui ne révèle ses doctrines qu’à la lumière du soleil,” exalte
pables de se mesurer avec les locriennes.* Etant donnée cette information, le motif
de la corde rompue dans les versions du mythe comme mobile de l'apparition du tettix
est, en effet, superflue : une cigale qui chante à l’heure du soleil méridien à Delphes,
les dieux et purifie les âmes des disciples des passions par la musique, notamment
à côté d'un chanteur venu de la ville musicale de Locres,” est une chose évidente.
Le motif de la /vre, instrument par excellence apollinien,
par la lyre comme instrument unique, qui accompagne parfois le chant.”
relie aussi le lieu de
Delphes et la tradition philosophico-religieuse de l'Italie du Sud. Elle est considérée
par la tradition grecque comme un instrument métaphysique, le seul parmi les autres
sources de musique chez les mortels, laquelle (bien que de façon fragmentaire) peut
reproduire la musique céleste. Le compte rendu des vagues théories sur la nature de
l’harmonie du cosmos, des sphères célestes, sur ces idées considérées en général comme
d'origine pythagoricienne, qui ne forment qu’un tas des pensées particulièrement imprécises, n'est pas à l’ordre du jour ici. On ne voudrait que faire allusion à l’importance primordiale du symbolisme de la lyre dans la pensée dite pythagoricienne.
Le principe numérique de la notion qui fait correspondre les cordes de la lyre
aux sphères du ciel et aux autres coordonnées (les nombres, les saisons, les quatre
" Selon la version de Conon et celle de l'épigramme AG 9, 584 la lyre d’Eunome est à sept
cordes. Le nombre a un caractére apollinien chez les auteurs platoniciens, voir Plut. De E apud Delphos
292 e, Philon, De opificio dei 127. On peut mentionner aussi la notion apollinienne ‘Entaxtis des
ÀÉEÁn
oracles chaldéens, cf. Proclos /n Tim. 1, 34, Sur le rôle du chiffre 7 dans les spéculations numérologiques
juives voir LE BOULLUEC (n. 6), p. 155.
"Cf, Plut. Mor. 402 a: Atipac... iv Goudtetar / Znvôc everdic “ATOM WwY macav, dpxnv
kal téAoc / owhhafdy, Exel dE AapApov AATKTpOV fhiou péoc.
*° Voir Plut. De defect. orac. 436 e : où yap ä0Eov Towuev ot" GAoyov tiv pavtucrv, Úlnv
uèv ave thy wuyijy tod Avöpwnou tò & ÉvOounaotkdv veda Kal ımv ava@vpiaorv olov dpyavın (1) HAÑKTPOV CITOÓLOÓVTES.
M
# Concernant l’image du testix sur les reliefs locriens ex voto voir Q. QUAGLIATI : Rilievi votivi
arcaici in terracotta di Lokroi Epizephyroi, Ausonia 3, 1909, p. 136-234; E. CIACERI (n. 51), Il, p.
126-132 ; H. PRUCKNER : Die lokrische Tonreliefs, Mainz am Rhein, 1968, p. 148 etc. ; Ch. SOURVINOUINWOOD : Persephone and Aphrodite at Locri, in Reading Greek Culture, Oxford, 1991, p. 147-188.
SCE Ps-Antigone Paradox. 2, | ; Strab. 6, 1,9 ; Diodore de Sicile 4, 22, 4 ; Elien Mat. Anim. 5, 9.
Y! Ps-Plurarque (1134 b) vante un célébre joueur d'«efos locrien. Pindare (frg. 140 b Snell-Maehter) rend hommage à la musique locrienne de Xénocrate (voir W. J. HENDERSON ; The Chariot and the
Dolphin, H 120, 1992, p. 148-158), lui-même informe des chœurs des jeunes Locriennes (Pvrh. 2, 18
seq.), Athénée rappelle leur chants amoureux (14, 639 a). Voir les documents supplémentaires chez M.
GIGANTE
: La cultura a Locri, in Locri Epizefirii. Atti del XVI. conv. di stud. sulla Magna Grecia 1-2.
165
.
se
Diogène Laërce 8, 8.
% Jambl. VP 18, 82 : tl goti 10 Ev Arkpois pavtetov; tetpaktic > dep gotly i) appovia. Ev
fal Zevpfives.
% Jambl. VP et Porphyre VP 41.
% Jambl. VP 82.
% On doit évoquer l'opposition de la /vre et de l'aulos connue dans le contexte musical-moraliste
de l'Antiquité, Le refus de !’au/os remonte au mythe selon lequel son inventrice rejette l'instrument qui
défigure son visage (cité aussi par Clément, Ped. 2, 31, 1). Selon Pythagore la musique de l'au/os provoque l'/rvbris (Jambl. VP 112), Aristote l’écarte de la paideia comme un son excitant le pathos (Pol,
1341 a). Platon ne laisse d'autre instrument dans sa république idéale que la lyre, la cithare et la syrinx
pour les bergers (Rép. 399 d). Dans la même œuvre il associe l'ivresse au son de laulos (Rép. 561 c).
Cependant, selon les Lois il y a des effets extérieurs qui peuvent compenser les mouvements négatifs et
Napoli, 1977, p. 619-697. - On a vu, que dans la version du mythe d’Eunome chez Paul te Silentiaire et
les agitations nocives de l'âme, et ainsi rendre les hommes joueurs de l'aulos modérés par les dieux
dans le traité hermétique il s’agit de la cigale, qui avec son chant guérit la maladie de la corde rompue. A
propos de la métaphore du remède musical il faut savoir que selon un fragment d'Aristoxéne (= Apoll.
(aviovuévovs peta dev, 791 e). L'opposition figure souvent chez Plutarque: à propos d'un banquet devenu immodéré à cause de son de lau/os, il proteste contre PavAñjuoata et xpovpata, qui dé-
Hist, Mir. 40) les Locriens et les Rhégiens au printemps guérissaient leurs corps ct âmes en chantant des
gradent l'âme humaine vers un niveau irrationnel (Quaest. conv. 706 ab, tic 10 GAOYOV Kal puoukov
péans sous les ordres d’Apollon de Delphes.
5 Cr. Plut. De E apud Delphos 394 b.
TA Wwuxñc ). H faut ajouter que selon l'auteur le mot kpovputa (un terme technique en général associé
avec la lyre) dans le langage contemporain se rapporte à Var/os (638 bc). Sur le ton apollinien de la lyre
" Quelques references: W. BURKERT (n. 71), p. 28-45; idem: Weisheit und Wissenschaft,
voir : De pvth. orac. 406 c.
Nürnberg, 1962, p. 328-335 ; J. A. PHILIP: Pythagoras and Early Pythagoreanism, Toronto, 1968, p.
% Plut. De E Apud Delphos 384 a: ...tà kpotuara tig Mipac. ole Éxpovro APÓ TAY Étvov
123-133; J.-L. PERILLIE: Syaunetria et Commensurabilite. Principes pythagoriciens de la rationalité
harmonique dans les sciences et dans les arts, Grenoble, 2000, p. 130-142.
ol Mubarydpevor, TO Eurabia Kai GAoyov tfic puyiig ÉEerdôovtes citta Kai JEPUTENOVTES. Voir
aussi Diogéne Laérce 8, 23; Jambl. VP 110-112.
Página 9
Ver en el PDF(se abre en una ventana nueva)La sentence est citée de la préface de l'édition de MARROU (n. 7), p. 42.
Sur ses arguments pour l'origine divine de la philosophie voir MOLLAND (n. 9), p. 123-131.
Acta Ant. Hung. 43, 2003
ducatoativay peta ebvefoûe ÉTLOT ENG ExSuddacovta, ToÛTO ovmav tO ÉkkekTWKdV Priooopiav
nu.
CE Strom. 1, 7, 37: puhogodiov dé où Ta Liki héyo odt viv Martevucijv À tv
“Enuxotipendy te kal “Agrototeduxiiy, MX Godt slpnras map’ Ékéorn Tüv alpéoeuv Tovtov ka,
“Voir Strom. 1, 17,81: 5, |, 10 etc.
love » les philosophes, utilise la notion du pillage « ontv in order to look orthodox » (p. 119, 123).
"Cf. MOLLAND (n. 9), p. 118. Le chercheur avance la these que Clément qui « cannot bur
Wes
104
UI Les expressions sont citées de MARROU (n. 4), p. 191.
fi Movofis attuciQwv;) en l'appelant pythagoricien, Clément évoque en même temps les trois chercheurs
de la vérité les plus importants pour lui, Moïse, Pythagore, Platon.
(Str. 1, 22, 150 : Nouprviag 6È à Tayopesos Pehdvopos diviuxpug yoddet "Te yao dot FRatev
CE JH. WASZINK: Some Observations on the Appreciation of “the Philosophy of the
Barbarians” in Early Christian Literature, in Mélanges offerts a Ch. Mohrmann (n. 4), p. 41-56. A propos de Clément, parmi les étapes du développement esquissés par WASZINK, on doit souligner l'importance de Philon et Numénius: ce dernier fait remonter le système platonicien à la sagesse barbare à
travers Pythagore (la même idée chez Clément : Strom. 6, 2, 27). Dans sa seule citation de Numénius
167
PATAKI, ELVIRA
166
Jusqu’ici nous avons vu quelques motifs, celui de l’eunonzie, celui du tettix et de
la Lyre, qui, semble-t-il, peuvent être mis en rapport avec un système général de pensée
sur la musique comme une manifestation sensuelle de la métaphysique. Il faut dénommer trés précautionneusement ce système qui est présent chez Clément. Le désigner
simplement comme pythagorisme serait trop vague et fallacieux, en admettant I’hypothése que le mythe d’Eunome est une tradition locale de la Grande Gréce, un mélange
de la paradoxographie et des idées philosophico-religieuses du pythagorisme.”
De quel genre de pythagorisme peut-on parler chez Clément d’ Alexandrie ? Du
système « original » d'un Samien considéré tantôt comme philosophe ou mathématicien, tantôt comme chaman, ascète charismatique et clairvoyant? S’agit-il des idées
d'une personne réelle et historique, qui ne laissait pas d'œuvres écrites, qui pourraient servir de base de recherche, parce que sclon la tradition, son principe était
V'ésotérisme et la transmission orale des doctrines ?°’ Ou bien s’agit-il chez Clément
d’une image du pythagorisme reflétée par Platon ?” Doit-on penser aux idées religieuses éclectiques de Plutarque, utilisées plusieurs fois par Clément, qui mélent avant
point de vue contaminé) par motifs platoniciens, stoïciens, plein d’apocryphes, d’inidées du Protreptique au mouvement néopythagoricien tardif, enrichi (ou d’un autre
tout des notions platoniciennes aux pythagoriciennes ?”” Ou doit-on faire remonter les
Il est évident qu'aucune des possibilités nommées ci-dessus ne peut être regardee comme réponse unique. Il paraît plus utile d’examiner les idées présumées pythagoriciennes, qui sont loin d'être cohérentes et définies, dans les œuvres de Clément,
en essayant esquisser un pythagorisme selon Clément. Or, en admettant la présence
des notions pythagoriciennes chez lui, on affronte plusieurs problèmes inévitables.
L'un remonte à la question de la sagesse barbare, de l’origine et de la valeur de
la philosophie grecque pour le christianisme. Ces sont des problèmes traités par plusieurs pères de l’Eglise, aussi bien en termes généraux qu'en examinant les doctrines
respectives des diverses écoles philosophiques. Le rôle de Clément dans le développement de la conception de la sagesse barbare est connu: depuis les initiatives de
Justin qui considère le christianisme comme la seule vraie philosophie, c’est lui le
premier (et presque le seul) auteur chrétien, chez lequel les sages barbares et leurs
élèves, les philosophes grecs sont les représentants d'une évolution humaine spirituelle vers la connaissance de la vérité divine, laquelle est à la fois l’origine et le but
de cette sagesse unique.” En révélant quelques morceaux de cette vérité, Clément
utilise continuellement les arguments des deux Testaments liés à ceux des ghilosophes. Les points communs de ces « deux registres à l'équivalence parfaite »'" sont
pour lui la preuve pour l'existence d'une vérité totale et absolue. Selon lui, la philosophie est « un répertoire riche mais contradictoire et confus..., qui est à soigner,
à corriger, à guérir, à sauver »,' et qui, faisant partie intégrante du projet du Dieu,
ne peut être considérée que d’origine divine." Cet avis est. naturellement, le contraire de la théorie traditionnelle" des khémtat, d'après laquelle les philosophes grecs
ont volé à Moise et aux prophètes leur idées primordiales.°?
Quant à sa notion de la philosophie, c’est clair, qu’on ne peut pas caractériser
exactement ses conceptions philosophiques: Clément accepte tous les idées qui se
basent sur la justice et la piété." Malgré son éclectisme déclaré, la recherche se
concentre avant tout sur la présence des idées de Piaton et des stoïciens.
formations douteuses, qui sont impossibles à mettre en ordre chronologique exact ?'™
Ce pythagorisme ressuscité, qui mélange la religion astrale (peut-être son héritage du
système ancien) avec la tradition magique et avec les idées platoniciennes, et qui se
fonde avant tout sur l’autorité de Pythagore, représenté comme un sage inspiré,
l'équivalent grec de Zoroastre et des autres personnages de la mystique orientale"! —
peut-il avoir une importance particulière pour Clément, qui cherche les sources de la
philosophie grecque chez les barbares? Est-ce possible de parler d’une influence néopythagoricienne chez lui, en sachant que les autres caractères de ce pythagorisme tardif (par ex. le monde considéré comme le lieu d’obscurité et de pénitence, la nécessité
de la purification) ne sont pas tout à fait compatibles avec le christianisme optimiste
de Clément ?
% Ce serait une proposition très séduisante que Timée, fe premier auteur connu concernant le
mythe d’Eunome, ait exposé sa version dans son œuvre historique, parmi les informations considérées
comme sources authentiques sur le pythagorisme. (Voir les passages cités par Diogène Laërce 8, 10:
l'amitié, le kouvà td pido; 8, 51, les femmes pythagoriciennes et les fragments chez JACOBY, FGrH
3b 566 F 19 seq.). Clément au début des Stromates (1, |, 1) repousse avec véhémence les mythes et blasphemes d’un certain Timée — l'identification avec l'historien de ta Grande Grèce (et bien entendu, avec le
pythagoricien Timée de Locres, mentionné comme un connaisseur païen de la vérité, Strom. 5, 14, 115)
n'est pas possible.
Une autre tradition lui attribue trois œuvres écrites (Diogéne Laërce 8, 6) : yeypantau ot Tw
Nudayopa geyypúupera Tpia, Mardevtuxdv. Mokutucdév, Puaixdv..
Sur la tradition biographique sur l'amitié de Platon avec Archytas ot Timée le Locrien voir
Cie. De re pub. 1, 16, 10, cf. M. BERNARD: Archvtus de Tarente pythagoricien et umi de Platon,
BAGB 1987, p. 239-255. Sur Platon, comme « die allein einteuchtende und echtere Interpretation » du
pythagorisme et les limites de cet aspect voir W. BURKERT (Weisheit... u. 86), p. 74-82.
MEAUTIS (n. 68, passim) considère avant tout le De faciei et le De deo Socrutis comme des
témoignes directes du pythagorisme de l'âge impérial.
|
Sur le mouvement à Rome de l'époque républicaine voir BURKERT (n. 71), p. 226-246.
CE E.R. DODOS : Les Grecs et l'irrationnel, wad, M. Gibson, Paris, 1977, p. 244 seq.
Acta Ant. Hung. 43, 2003
de ce
ne
Página 10
Ver en el PDF(se abre en una ventana nueva)semblance de Dieu, de l’homoiosis theou, qui est le but final de la gnose chrétienne.
Clément avoue plusieurs fois son attachement a Platon „1 importance du platonisme''” pour sa pensée chrétienne est incontestable. La notion du créateur de l’univers, du pére des tous les étres, source de toute beauté, sont des idées présentées de
façon similaire dans l’œuvre de Platon et celle de Clément. Le concept platonicien des
deux mondes, le monde intelligibilis et le monde sensibilis, sert de base À son exégèse
biblique. On peut continuer l'énumération : la vie du philosophe et du vrai gnostique
n’est que la recherche continuelle de la vérité divine. Celle-ci ne peut être connue sans
l’aide de la révélation!!! et sans les efforts pour se débarrasser du corps, de la matière
afin de parvenir a la vertu, à la concentration perpétuelle du Bon, à l'étape de la resQuant au rôle du stoicisme chez lui, on ne peut pas nier quelques traits communs et souvent analysés, comme par ex. l'influence des idées de Musonius Rufus,
d’Epictéte sur l’idéal de la vie chrétienne, présentée par le Pédagogue.''? Néanmoins,
le problème est plus complexe. Ainsi, Molland donne des arguments pour la préférence platonicienne-pythagoricienne du stoïcisme chez Clément | Waszink remarque que les doxai stoïciennes présentées par lui sont depuis longtemps incorporées au système du platonisme moyen, |!
Cependant Pohlenz, bien qu'en admettant par ex. absence de panthéisme chez
l’auteur des Stromates, souligne fermement l'influence presque absolue de l’école
stoïcienne, avant tout sur Pétique''® de Clement. Il évoque Pantainos, !!? son maître
stoicien et à son avis la notion du Logos de Clément est davantage déterminée par la
!"# Spanneut, quant à lui, semble formuler
Weltvernunft de la Stoa que par l'Evangile.
son compte rendu moins catégoriquement, en parlant d’un « stoicisme qui prend une
teinte néoplatonicienne », en représentant Clément comme un « témoin de la philosophie éclectique et religieuse de son époque ».' 9 Son analyse détaillée met en évi-
ORDRE MUSICAL ET SAGESSE INSTINCTIVE
169
dence les éléments d'origine stoïcienne dans sa tendance intellectuelle cosmopolite,
dans sa notion du ton pneumatique comme la puissance qui maintient tout.
°° I fait
remontrer à la Stoa aussi son interprétation du rôle unifiant de la Providence, sa
vision optimiste du cosmos entier et son admiration pour sa beauté, au contraire du
dualisme platonicien qui méprise le monde sensible.” Cependant il ne cache pas les
différences fondamentales, son violent refus du matérialisme stoïcien, l'influence
platonicienne concernant la division de l'âme. 7?
V. UN PYTHAGORISME ENVISAGÉ PAR CLEMENT.
QUELQUES NOTIONS PYTHAGORICIENNES SUR DIEU :
L'HARMONIE DU COSMOS, L'IMAGE DE LA LYRE
ET DU CERCLE. LA VIE PYTHAGORICIENNE
COMME UNE VIE RELIGIEUSE
En retournant à la question de la pensée pythagoricienne vue par Clément,
avant de traiter ses notions les plus importantes concernant le rôle métaphysique de la
musique et de l'intelligence animale, il semble utile d'esquisser en général sa vision
sur Pythagore et le pythagorisme.
On doit souligner tout d’abord [importance fondamentale pour lui de cette
pensée qui le démarque des autres pères de l'église primitive.” Autant les autres ne
font que mentionner, refuser ou plus rarement admettre quelques conceptions dites
pythagoriciennes, toujours sans aucune prédisposition particulière pour ce système,
autant Clément paraît être engagé à défendre les doctrines pythagoriciennes, considérées comme arguments justifiés pour démontrer la vérité de la pensée chrétienne.
Théophile accuse le bavard (bAvaptdv) Pythagore de blasphémie, refuse son
automatisme et sa notion de la métempsychose ; Irene mentionne la tetraktys
comme une conception cosmologique insuffisante. '** Athénagoras, ayant une attitude
plus positive, mentionne son arithmétique symbolique, parle de son martyre, et regarde ses doctrines (et celles de Platon) concernant la survie de l'âme comme pas en-
" [| faudrait étudier le développement des images de Clément représentant la sagesse de Platon :
dans fe Protreptique il effleure ta vérité (6, 68, 2, Exu@dour ris dAndelag), il la devine (6, 70, 1,
GAyGevuv alvitty). Dans le Pédagogue il se présente comme quelqu’un qui l’a déjà apprise (1, 8, 67,
pav ) qui connaît quelque chose (1, 9, 82, elöwg). Enfin il est appelé l'ami de ta vérité, inspiré par
Dieu (Strom. 1,42, 16 @idaArOng … Beucopotievas }.
LAND : Platonisme et christianisme chez les peres de l'église, in Opusenla patristica, (cf. n. 9), p. 141-154.
' Sur Vinfluence platonicienne voir l'étude de J. H. WASZINK : Der Platonismus und die altchristliche Gedankenwelt, in Recherches sur la tradition platonicienne (cf. n. 4), p. 139-183 ; E. MOL-
CF. SPANNEUT (n, #19), p. 175.
tièrement incompatibles avec les dogmes chrétiens.
°° Justin, quant à lui, en évoquant
sa jeunesse passée à la recherche de Dieu, dit qu’il avait quitté son maître pythagoricien à cause des études préliminaires considérées par lui comme superflues, qui
cachent la vérité. Après sa rencontre avec Tryphon, il est devenu clair pour lui qu'au-
W Voir la definition de WASZINK (n. 110, p. 154): « die Verwirklichung einer christliche Gno-
1 C'est la révélation de la vérité divine par le Christ par incarnation du fogos qui sépare le plus
fondamentalement le christianisme du platonisme.
sis, einer unmittelbaren, durch die Unterstützung der Philosophie möglich gemachten und auf der Offenbarung beruhenden Einsicht in alle menschliche und göttliche Dinge ».
ne
12 CF. SPANNEUT (n. 119), p. 166-170.
V8 Cf. Autolvk. 3,7: 3,26 - Adv. haer. 1 |.
"5 CE Legat. 6,1 : 31, 2; 36, 3.
Acta Ant. Hung. 43, 2003
CE. SPANNEUT (n. 119), p. 234-247, 255 (intellectualisme), p. 328-330 (la providence), 36271, 376-377 (conception optimiste).
tat
"Te MARROU (n. 4), p. 194-200.
M$ CF. MOLLAND (n. 9), p. 119,
(n. 110), p. 154.
"3 Waszink
19 Pour une vision plus détaifiée sur fa réception du pythagorisme, il faut remarquer son influence
sur Papologétique juive : Philon et Flavius Josèphe comparent l'idéal ascétique de la communauté essénienne à celui des pythagoriciens (Quod omnis probus 75-84 : Arch. Jud. $, 372). Philon, comme Clément, fait remonter la sagesse de Pythagore aux barbares (Comer. Ap. 1, 14 : 1, 162).
' CE M. POHLENZ: Die Stoa, Goettingen, 1963* 1, p. 465 {le but de Clément) : « durch einfache Christianisierung der stoischen Lehre eine christliche Ethik zu begründen ».
"L'identification des maîtres appelés dans les Stromates (1, 11, 1) est bien douteuse, l'interprètation de l’image de l'abeille comme le portrait de Pantainos aussi.
(n. 116), p. 414-424.
ME BOHLENZ
M9 4. SPANNEUT : Le stoïcisme des pères de l'Eglise de Clément à Rome à Clément d'Alexandrie, Paris, 1956, p. 377 et 425.
Página 11
Ver en el PDF(se abre en una ventana nueva)cun des philosophes grecs, ni Platon, ni Pythagore, les deux bastions de la philosophie (teïxog Kut Éperoua dirogopias) n’avaient reconnu l'essence de la philosophie, c'est-à-dire son rôle de chemin vers Dieu.'”°
Il suffit d'une seule citation connue et extrémement difficile à interpréter pour
que cela paraisse: pour Clément, malgré son éclectisme, c'est Pythagore et Platon
qui sont les plus proches de Moise. Comme les prophêtes, avec une certaine aide divine, ils ont bénéficié de la vérité, bien que leur connaissance soit fragmentaire et insuffisante.'”” Clément, même s’il arrive à corriger certaines notions de Pythagore (on
le verra par rapport aux tabous alimentaires"), considère ses doctrines comme révélant de la vérité de Dieu, doctrines dignes d’être transmises au christianisme.
L’adjectif pythagoricien, appliquée par lui entre autres
”” au nom de Pindare,'” de
Philon,'?' sert chez lui comme l’insigne d’une pensée vraie.”
Clément ne met pas en doute l’authenticité historique du grand Pythagore." 3
Les informations chronologiques
* et biographiques des Stromates sur lui sont des
arguments utilisés par l’auteur chrétien afin d’éprouver la justice de ses idées. La
doctrine de Pythagore est un chaînon fondamental dans la catena de la transmission
de la sagesse divine à partir de Moïse vers Platon : c’est lui le premier parmi les Grecs
qui s'appelle lui-même philosophe (Strom.l, 14, 61), qui apprend sa connaissance
aux barbares (1, 15, 68). * qui en Egypte, en faisant connaissance avec les doctrines
"6 CF. Dial. 2,4: 5,6: 2, 1.
"7 Strom. 5, 5, 29: 6 Mubuyépus kul of am’ aûtoû oùv Kal Midtwvi uéAiota tôv äAkwv
WE Voir Strom. 2, 20, 114; 3, 3, 12; 7, 6, 32.
puhocébuv chébpa tH vonoßera wpiAnoay, do Eoruv EE aùtóv oupfaréoôm tav évyuétuv. Kab
Katé Tuva Havreiug elotoyov Priunv ouk abel ouvòpupóvreg Ev tide TpoOgNTiKals dwvais THY
GANGevav cath pépy Kal etòn SwakaPdvtes, Apoonyoplais obk aeyyéarv ode EEmdev TG Tv
npayudtuv dnawoews Ropevopévurg Eriungav, tig repli Tv àArBeruv oikerórntog Éupaorv elAnOtes. Voir avant tout l'analyse de MOLLAND, 1970, p. 130 seq.
IP Les pythagoriciens nommés dans les Stromates: Numa (1, 15, 71 ; 5, 1, 8); Cercôps (I, 21,
31); Numénius (1, 22, 150); le pythagoricien anonyme du Politikos de Platon (1, 48, 3) ; Hippodamos
(2, 19, 102); Philolaos (3, 3, 17); Théodote (4, 8, 56); Zalmoxis (4, 8, 58) ; Eurysos (5, 5, 29) ; Hipparque (5, 9, 57); Epicharme (5, 14, 100); Athamas (6, 2, 17). Les pythagoriciennes : Théano (t, 16
80 ; 4, 19, 121) ; Myia (4, 19, 121).
' Cf Strom. 5, 14, 102.
' Bien que Philon soit un des auteurs des plus souvent utilisés chez Clément, il ne l'appelle par
son nom que quatre fois, (cf. A. van den HOEK: Techniques of quotation in Clement of Alexundria,
VigChr 50, 1996, p. 232), en Je nommant pythagoricien deux fois (Strom. 1, 15, 72; 2, 19, 100). Selon
D. T. RUINA (Why does Clement of Alexandria call Philo the Pythagorean, VigChr 49, 1995, p. 1-22)
Vadjectif évoque a la fois l'importance de larithmétique dans l'exégèse philonienne et son platonisme.
B! Voir Strom. 5, 14, 100 : l'aflirmation d’Epicharme, d'un auteur pythagoricien sur l'omnipotence de Dieu doit être vraie: M&Aıv 16 duvurôv Ev RÒOL npoodrtovor Kal où map’ "El
Aoyınturor TH Bed, 6 pév Extyuppos Avbuyópeus dé ty Agywv...
3 Strom. 1, 21, 107 et 1, 21, 133: Mudayopus 5 wéyuc. Clément emploie l'adjectif aussi à
propos de Parménide (Strom. 5, 9, 59 ; 5, 14, 112), mais jamais à propos de Platon.
4 Voir Strom. 1,21, 107; 129; 131 ; 133.
"5 La notion de barbare n’est pas clairement définie chez Clément. Pythagore lui-même figure
comme barbare (alors ni juif, ni chrétien), cf, Som. 1, 62, 2 : Eúpros À Tüpuos, Gute elvar cata tots
sthelatous Tov Mudayópav Bappupov TO yEvoc.
Acta Ant. Hung. 43, 2003
ORDRE MUSICAL ET SAGESSE INSTINCTIVE
171
des maîtres égyptiens (1, 15, 66 et 69)'** se soumet à la circoncision (1, 15, 66), qui
descend dans l'au-delà (1, 21, 133). Pythagore, comme Platon et Socrate, entend la
voix de Dieu en contemplant l'univers, parce qu’il a entendu l’enseignement de
Moïse sur la parole qui peut faire naître des choses (5, 14, 99), et il, dit Clément, reprend beaucoup de nos doctrines. 7
Mais quelles sont les doctrines attribuées aux pythagoriciens par Clément ? On
doit dire tout d’abord, qu’en cherchant l'influence de cette tradition chez lui, il ne
faut pas oublier son moyen particulier de citation. qui a été mis en évidence par Hoek
en ce qui concerne ses emprunts à Philon.'?* Les pensées et les références pythagoriciennes citées par lui ne sont pas toujours nommées et ne se trouvent pas à proportion
égale dans ses trois œuvres, ce qui s’explique par leur caractère différent.
Parmi les préceptes d'éthique quotidienne du chrétien dans le Pédagogue on ne lit
que deux passages, une sentence moralisante et la mention du régime végétarien avec
le tabou de boire du vin.” Cependant, leur vocabulaire, avec la notion d’une sagesse
angélique (mapayyéAAetv) et la formule d'autorité (attds Hubayépag) montrent
clairement que Pythagore est pour Clément un des maîtres irréfutables de la vérité.
Le Protreptique, adressé aux païens intellectuels, contient une seule mais profonde allusion, qui sert d'argument pour analyser la nature de Dieu (6, 72) :
Oùk dnorpurtéov ove tods Gudl tov lubayépav, ot daouv 6 uèv Oeds
els, yottoc Òë oùx, do tives brovoodouv, eKktds tac SvaKoouroLoc, GAN Ev
avta, hog Ev ÖAW TÔ KUKAW ENLCKONOG mdoas vevéoLog, Kpücıs TV GAwV,
del dv Kal goyatas tHv abtod Suvdutwv Kal Epywv, àrévrmv év oùpuv®
woth Kal mavtwv ratio, votc Kat WUXWOLG TH ÖAW KUKAw.
Clément présente aux Hellénes cette citation marquée comme pythagoricienne
comme une petite manifestation de la vérité trouvée par certains Grecs, qui a été
jusqu'aujourd’hui celée, et laquelle ne doit plus être cachée, doit être révélée et démontrée aux hommes. I! ne dit pas qui sont les dissimulateurs de cette pensée, mais
en se souvenant de la tradition de l’&soterisme pythagoricien, on se risque à dire, que
ce sont les pythagoriciens eux-mêmes. Parmi les noms et adjectifs du passage qui décrivent Dieu il faut souligner la notion de celui qui illumine tout dans le ciel (Gx&vtwv Ev olpavad wot). Cette définition, à mon avis, avec le motif du cercle,
mentionné ici deux fois avec la même expression (GAw 16 KUKAW), peut évoquer le
caractère solaire-apollinien de la pensée pythagoricienne.
"* On a vu que selon une version de la légende, le professeur de Pythagore était une prêtresse de
Delphes (voir la note 90). Plutarque mentionne Oinouphes, un prêtre égyptien (De {side 354 e) comme
son maitre. Le prêtre est appelé chez Clément Sonchys (Strom, |, 15, 70), qui, selon Plutarque est le
maitre de Solon. Clément en invoquant Alexandre Polyhistor mentionne aussi un maître assyrien de Pythagore.
7 Strom. 1, 22, 150 : TBayópac zohkd tay zap’ Hiv petevéykag eig Tv Eaton boyuaToroduv.
UR Voir la note 131.
9 Péd. 1, 10, 94 : por Soket vuveig Toto 6 Zéquoc naporykkerv Mubaydpag ' derd Ev
Ékrpdeus emitAjooea, ypnotés Sé téprov. 2, 1,11: Kuköv pêv otv TO un deevelv kpéd ndé olvov
Revelv aids te Guokoyel Kal ai ad Mudaydpou -
Página 12
Ver en el PDF(se abre en una ventana nueva)Naturellement, on pourrait intervenir en disant que ces réminiscences sont trop
vagues, et les paroles de Clément trop générales pour être identifiées sans aucun
doute.' En ce qui concerne le motif du cercle, ce n’est pas impossible de l’attribuer
immédiatement aux stoïciens. Ainsi, on évoque une image autant auditive que visule pneuma stoicienne, car, entre autres differences, le tonos de Clément, au contraire
de celui des stoiciens, manque de l’ardeur du feu.’
Une autre remarque fondamentale de Spanneut, qui n'est pas étudiée en détail
par lui : le vocabulaire de Clément qui décrit ce cercle imaginaire évoque un passage
sur le logos chez Philon (Plant. 8-9) :
172
elle au début de la même œuvre, qui se fonde, semble-t-il, elle-même aussi sur le motif d’un cercle imaginaire, Selon ce passage, le nouveau chant est entendu dans l’espace du centre vers les bords et du haut vers le milieu (1,5) :
Kai dn ro doua 16 dxrpatov, Éperoua TOV ÉAwv Kal dpuovia TÔV mév-
Twv, HNO TV LÉOWV Ei Ta mépata Kal And TOV Gkpwv éxl Th péoa dratadéy,
NPUÖOATO TÖÖE TO TÜV...
173
Ados dt 6 Alörog Neod tod alwviou TO dyupwtatov Kal PeBardtatov
Épeuoua t@v Skwv éotiv. obtos And tov péawv él 14 mépata Kal dnd TÔv
axpwv Ent ta péoa taQeic Soduxever tov Tis Pioews Spduov ATINTOV ouvaywv Ta LÉPN závra Kal optyywv.
Il est clair, qu'on ne peut pas parler de la présence d’une figure géométrique
Au lieu de comparer de façon détaillée les deux passages, on doit se contenter
de souligner l’essentiel. Dehors des expressions identiques (£pesona tv ÖAwv,
utilisee autant exactement qu’intentionnellement par Clément. Néanmoins, le lecteur
And TÓv uéowv ent ta mépata Kal And TOV Gkpwv Ei TH uéoG), le texte de
(même sans aucune formation en mathématiques) est facilement portéà une lecture
Clément contient deux changements importants. Il y ajoute la notion de l'harmonie
symbolique comme suit: la notion de Tà KEOO peut être interprétée comme un en-
(Gpuovia t@v navıwv) laquelle devient le prédicat verbal de la phrase (ñpuéoato
semble des centres de nombre infini, qui fonctionnent comme points de départ des
mouvements (alors de Î'extension acoustique), qui sont infinis. Ces vecteurs semblent se diriger vers les bords (td wépata) et les hauts (ta äkpa), qui sont considérés comme les dimensions diverses de cette extension de la voix: les premiers
100€ TO W&V) au lieu du SoAtyevet philonien, qui exprime la dimension longitudinale en utilisant un terme général.
L’harmonie dans le contexte de Clément — on doit s’en souvenir, le sujet de la
phrase est le chant, '’&opo au contraire du Adyog de Philon - fait partie sans doute
d'une conception musicale. (Bien entendu, le signifié de ces deux signifiants, du
chant et de la raison peut être tout à fait la même chose, le changement du vocabulaire sert à souligner des caractéres différents et vus comme essentiels par les deux
argumentations.) De plus, au participe taBeis Clément ajoute un préfixe verbal, qui
entraîne un changement de sens du verbe. En admettant la présence d’une métaphore
musicale, qui paraît être l’élément définitif du texte, ce changement peut être considéré comme une réminiscence musicale. Malgré la polyvalence sémantique du mot
ôtatéoow, la forme SuataGEv peut signifier une notion musicale particulière, celle
de la tension, de l’état physique de la corde tendue, celle de la lyre ou celle de l’arc. 135
Donc. Clément en citant indirectement Philon lui emprunte la représentation géométrique du monde : d'autre part, il évoque la conception grecque de l'harmonie musicale du cosmos entier, une idée qui manque chez l’auteur juif platonicien.
A propos de l’image du monde comme kúkÀog, d’après la Vie de Pvthagore
de Diogéne Laérce, les pythagoriciens considèrent le cercle et la sphére comme les
comme les extrémités d’un axe horizontal sans limite, les autres comme celles d’un
axe vertical. La voix, quant à elle, est tendue (SuataGév) à travers l’espace et avec sa
tension elle fonctionne en méme temps comme une force intégrante et unifiante de
cet espace — comme un systéme des rayons, celui du soleil ou celui d’une figure géométrique. En interprétant de cette façon l’image de Clément, il est difficile de ne pas
conclure qu’ici il s’agit d’un cercle ou d’une sphère.
Quelques analyses considèrent ce cercle unanimement comme une conception
entièrement stoïcienne, évidente à tel point qu'il n’y a pas besoin de beaucoup d’argumentation.'*’ Autant Pohlenz identitie gette image avec l’expansion de Logos tout
puissant, vivifiant et unifiant le cosmos, *? Spanneut formule son avis avec réserve:
bien que Clément connaisse la notion stoïcienne de ton pneumatique, réalisé par le
mélange des éléments,Ÿson tonos, semble-t-il, n’est pas totalement identifiable avec
1 ai
;
.
.
.
Ainsi par ex. Clément en établissant un parallele entre la langue symbolique de l’Ecriture et
les symboles barbares identifie l’hiéroglyphe du cercle avec le Soleil (Strom. 5, 4, 20).
' Ainsi AUBIN {n, 9), 123.
"°C. POHLENZ (n. 116), p. 417: « … dieser Logos vermöge seiner Spannkraft den Kosmos von
seiner Mitte bis zur Oberfläche und von der Oberfläche bis zur Mitte durchflutet, belebt und zum einheitlichen Organismus gestaltet ».
3 Le lieu cité à propos du tones (Strom. 5, 48, 2), considéré par SPANNEUT (n. 119, p. 175)
comme un Cmprunt à la physique stoïcienne, est assez complexe, étant l'interprétation du symbole du
sphinx. Clément commence son explication en réfutant l'interprétation d’Aratos, puis donne un autre
argument anonyme d’origine stoicienne (ct. le commentaire, n. 6, p. 185), mais comme solution (plutôt
provisoire que finale), il cite Empédocle. Le fragment parle du soleil comme du principe de tout :
à" dye tor MEEO <Kelvov> mpd’ FAtov doxiv.
EE wv où Eyévovro ta viv gvopdueva Mave,
yulé te kal TÖVTOS TOAUKT LY TO" bypds Grip
Tırav nö’ alOnp odiyywv zepì KiKhov dtavta.
Acta Ant. Hung, 43, 2003
Quelques remarques: Les stoïciens réfusent la notion d'un cosmos heliocentrique: selon Plutarque (De fac. 923 a} Cléanthe accuse de sacrilège Aristarque, qui en transmettant une pensée pythagoricienne représente le soleil (Tv éatiav) comme Kıvodvra tod Köopon. Quant à Empédocle, selon la
tradition remontant à Timée (cf. Diogène Laërce 8, 53 et FGrH 566 F14) il était le disciple de Pythagore.
La notion du sphinx avec son étymologie se figure aussi chez Philon (De plant. 8-9.), dans un passage
qui n'est pas mentionné dans le commentaire de LE BOULLUEC, et qui va être cité ci-dessous.
“Sur le logos comme raison du monde voir SPANNEUT (n. 119), 343 seq., pour les éléments du
cosmos et la nature du feu chez Clément p. 354-355.
5 Voir l'entrée Stateiver de LSJ. Son dérivé, dudtovoy est devenue le terme technique pour
une des gammes musicales, opposée aux genres XPWHUTLKÖV et EVAQROVLOY, cf. Aristox. Harm, 24, 19;
Alciphr. 1, 18 ; Dion. Hal. Comp. 19.
Página 13
Ver en el PDF(se abre en una ventana nueva)plus parfaits des figures géométriques et des corps." La source citée du biographe
est le traité d’Alexandre Polyhistor sur les symboles pythagoriciens, lui-même connu
comme un des auteurs des plus importants pour Clément sur le pythagorisme. 7
Jusqu’à un article de Festugiére,'“ les informations d’ Alexandre ont été considérées
comme un ensemble des pensées d'origine pythagoricienne, mais fatalement contaminées par des idées des écoles plus tardives, avant tout par celles de l’école stoïcienne. Son article montre le traité comme une compilation d’un auteur inconnu du
11” siècle et en faisant remonter ses idées à la pensée péripatéticienne, réfute l’hypothèse de l’ influence stoïcienne.
Parmi des idées transmises par la biographie de Diogène, on trouve aisément
des notions qui ressemblent au pythagorisme vu par Clément: le motif du cosmos et
le monde circulaire ; la parenté des hommes avec les dieux astraux à cause de la
chaleur commune’ ° laquelle est en même temps le fondement de la ‚connaissance de
la divinité; les rayons du soleil, qui sont te principe de toute vie.” Bien que Clé-
Dieu, selon la notion pythagoricienne représentée par Clement et quelquefois
mise en parallèle par lui avec les idées de !„Ancien et du Nouveau, Testament, est seul,
éternel ct infini,' omnipotent, 8 sage, $ et source d'amour. *” Dieu doit être glorifié et adoré sans idoles et simulacres, dans les églises de la foi et de la paix (1, 15,
71;5, 1, 8), comme en témoignent les institutions de Numa. L'univers, avec le ciel,
nommé justement « anti-terre » par les pythagoriciens (5, 14, 139), est créé par luià
partir des quatre éléments principaux (6, 2, 17). et c’est pour la durée de la. création
que le nombre six est sacré pour les pythagoriciens (5. 14, 93; 6, 16, 139).ŸEn parallèle avec Dieu qui a créé l'homme à son image et à sa ressemblance, le genre humain est créé par le démiurge des pythagoriciens, d’après le modèle de ce créateur
(5, 5, 29). La doctrine pythagoricienne connaît la notion de l’immortalité de l’äme (4,
7, 44), laquelle pendant son séjour terrestre est emprisonnée dans le cercueil du corps
(3, 3, 17), et qui survit après la mort selon la justice divine (4, 19, 144). A propos de
l'ascèse, l’auteur des Stromates pose pour modèle l’abstinence sexuelle des pythagoriciens (3, 3, 24) et la vertu de leurs femmes.'*
Or, cela va de soi, le crovant pythagoricien (on prend le risque de le nommer ainsi) ne peut être considéré comme la préfiguration du chrétien, celui de vrai
gnostique envisagé par Clément. ' En dehors de la différence de leur manière de
prier! il y a une distinction fondamentale qui les sépare : la conviction spirituelle
des pythagoriciens se base sur l’autorité de l’enseignement de leur maître, exprimée
ment ne mentionne le mepl mvOayoouKcdv ovuBôkwv, le traité d'Alexandre qu'une
fois, concernant les maîtres de Pythagore dans les Stromates,'”' on ne peut pas tout a
fait nier la possibilité que quelques unes des idées mentionnées ci-dessous auraient
pu étre connues de lui directement ou indirectement. En ce cas, on pourrait nommer
une source possible pour l’image de cosmos-KkÜükkoc du Protreptique.
Quant aux Stromates, son œuvre monumentale adressée au public ésotérique
des vrais gnostiques, il mentionne Pythagore et ses pensées (qui sont représentées
avant tout comme des doctrines religieuses) quatre-vingts fois, en les estimant positivement dans une très forte majorité. On a déjà vu importance attribuée à Pythagore par Clément concernant la transmission de la sagesse divine — maintenant c’est
le temps de voir les éléments les plus profonds de cette vérité, qui ont été révélés par
la grâce divine au Samien, et qui, à cause de leur doctrine mystique. ? jusqu’ ici ont
été cachés aux yeux des apprentis de la foi.
nn
PATAKI, ELVIRA
174
175
183 Strom, 4, 23, 151: HVOTIKÓG OÙV Ed Av Kal 16 Tu@oryóperov ékéyeto "Eva yevéodar kal
tov àvOpwarov Seiv". énel «ul attdc à dpxyrepets elc, Evdg Svtog tof Geo. Sur l'idée de l'Un
comme source unique de tout, voir la doxographie pythagoricienne de Sextus Empiricus (Adv. math. 10,
282) : obtoL SE and Évòc onpetov ta névra TectatvovoLy. Selon Plutarque (De /side 381 ef) les pythagoriciens en assimilant ses dieux aux nombres et planètes, identifient Apollon et l'Un : OÙ ôë Nv-
Oayoperor Kal Spuoie kal oxjpata Oev exdcunoav Tpoanyopicts. . . 1 8' Ev ‘ATOÀÀWVO
TAHOovs axopdoer Kai 6v axAGtHTa tic wovddos. Clément lui-même parle d’Apollon comme dieu
unique (Strom. 1, 24, 164: "An6AACV LEVTOL vote Kath OTEONALY Tv MOAGV VOOULLEVOS 6 eis
dom Bes), mais naturellement il ne
lidentifie pas à Dieu.
Strom. 5, 14, 115: Tiuæiog & Aokpôc Ev TD puoi ovyyoduuate KATO héELv WE [LOL
HUPTUDTOEL * "nla àpxà mavtwv Éctkv ayévatag: el yay Ëéyéveto. oùk dv nv En dpyd. Gad exelva,
dE dcàdont Eyevero."
* Diogéne Laërce 8, 35: Kal tv oynuátuv to kékliotov opaipav elvur Tv atepEdy,
tv 8° Ertumeötov Kúkhov. L'image du cercle est fondamentale aussi dans la doxographie pythagoricienne de Placita, voir Ps.-Plut. 883 b , 884 b, 888 a etc.
? Voir le commentaire des Stromates V (n. 6), p. 114-116.
148
A. J. FESTUGIERE: Les Mémoires pvthagoriciennes cités par Alexandre Polyhistor (80-40 av.
J-C.), REG 58, 1945, p. 1-65.
9 Voir la note 34.
se Diogéne Laërce 8, 25 : yiveada £8 autöv (des éléments} KÖONOV Euwuxov.voepey, oat:
poerdû, LÉONV TEPLÉXOVTA viv yiiv kut avy opawpoedi «al TEPLOLKOUPLEVTV. 8,27: HAOÔV te Kai
GEATVHY Kal tod GAAOUG dotépas ever Oeuts: ÉMKDUTET yap TO Beppòv Ev wirots, önep Ertl
Gus altıov. ...Kai avdpummwv elvarmpds Beolg ovyyéveray, xutü TÔ petéyery GvOpwmov Bepgod dvd Kal Tpovorloden TOv Hedv Hav. 8, 27 : tautyV DÈ thy Aktiva Kal elo ti BÉvOn Sbeoduu
Kal duù Toöto LWONOLELV závra,
*' Voir la note 136. Chez Diogène figure un autre titre pour l'œuvre d'Alexandre (8, 27): noi
8° 6 “AkéEuvopos... Ev Mdayopıkolg Pronviguowv. La notion de hypomnémata évaque le genre des
Su romates (3, 110, 3): Kate THY GANDA cprodopiav yywotLKGv OTOUVNLATEV ETPWHATEIG.
'2 Clément utilise plusieurs fois l’adverbe UOTUKGG en rappelant les doctrines pythagoriciennes,
ex. Strom. 3, 3, 24; 4,23, 151; 5, 102,2.
Acta Ant. Hung. 43, 2003
* Voir la note 132.
156 Strom. 4, 3,9: & nor doket Kal TvOayópac oopdv wév elvan tov Oedv Aéyeuv óvov.
187 Strom. 2, 19, 102: Kal Lou boket MayKdAiws Instösanog 6 MovBayóperos ypéperv - "Av
pv& eve Erwordt Oedv. & 8 Ek napoyac cevOprimev, à dE EE bôovâe Cov."
* Dans les Stromates concernant la création du cosmos (au contraire de l'image de Dieu qui
mêle les éléments divers en juste proportion dans le Prorreptique) ne figure pas la notion des proportions
arithmétiques. Le symbolisme des nombres n'est peut être pas systématisé chez Clément. Malgré ses spéculations concernant la valeur symbolique de quelques nombres (avant tout celle de & et 10, il ne s’occupe pas beaucoup des nombres fondamentaux pour la pensée chrétienne, comme le 3 ou 4) ses interprétations sont trop vagues pour former un hermétisme numérique à principes fixés.
® Voir la note 73.
Sur la parallèle du bios des pythagoriciens et celui des premiers chrétiens voir MEAUTIS
{n. 68) pP: 41 seq. et W. BURKERT : Greek Religion, Cambridge, Mass., 1985, p. 302-304.
Ml Alars que les pythagoriciens prient à haute voix, (Strom. 4, 26, 171, neta Pervie) en prouvant
de cette façon que leur pensées et demandes adressées à Dieu sont honnêtes et vertueuses, les gnostiques
passent leur vie dans une prière muette sans interruption. Sur l'importance du silence et de la prière sans
paroles dans l'éthique et l'épistémologie de Clément voir R. MORTLEY : The Theme of Silence in Clement of Alexandia. JTWS n.s. 24, 1973. p. 197-202.
Página 14
Ver en el PDF(se abre en una ventana nueva)par la formute abtdg gpa. C'est P&torov le plus grand du pythagorisme pour
Clément: les pythagoriciens en se contentant des doctrines fragmentaires de leur
maître inspiré mais terrestre,
"°° bien qu’ils soient invités, ne se dépéchent pas, ne font
pas effort pour écouter la vérité de Dieu.'®
Néanmoins, voilà un exemple très caractéristique pour son préjugé en leur faveur: Clément, après d’avoir cité la Bible sur les orcilles qui doivent recevoir
l’enseignement divin, ajoute une phrase d’Epicharme, d'un pythagoricien'“ done qui
exprime le même sens.
VL LES TRACES DES CONCEPTIONS MUSICALES
DES PYTHAGORICIENS CHEZ CLEMENT.
LA MUSIQUE COMME MANIFESTATION DE LA VERITE DIVINE.
LES MUSICIENS TERRESTRES :
IMITATION FRAGMENT AIRE MAIS VRAIE DE L'HARMONIE
CELESTE OÙ DISSIMULATION TROMPEUSE
Après cette revue générale de la réception des idées attribuées aux pythagoriciens par Clément, on revient au thème de la cigale dans le Protreptique. L'étude
essaie par la suite d'approcher le sens symbolique de cette image avec l’aide des
deux concepts pythagoriciens qui sont les plus connus de tous, mais qui jusqu'ici
n'ont pas été examinés dans le détail. L'un est la notion pythagoricienne de la musique, l’autre celle qui concerne les animaux, plus exactement leur intelligence, leur
parenté et leur rapports avec l’homme. Plus tard, en examinant l'image énigmatique
de la cigale du V* livre des Stromates et en revenant à la question de la communication avec les Grecs, on espère donner des arguments à propos du parallèle entre
Pésotérisme pythagoricien et la vraie gnose envisagée par Clément.
Quelques remarques préliminaires concernant les idées musicales de Clément.
Le son divin n'est pas naturellement ie seul aspect sensuel du monde chrétien du
162 Dans la tradition, Pythagore est representé comme l’incarnation d’Apollon (El. VH 2, 26;
Jamb. VP 28), ou plus souvent comme daimón, et. la définition de Sur les prthagoriciens Ur. 192)
MuÖayöpus, (Voir les autres sources chez M. DETIENNE : Lu notion de daïmôn dans le pvthagorisme
d'Aristote (citée par Jamb. VP 30) : tod Aoyucod Chou TO uév got Beds, TÔ 8° dvOpwrog, TO dé lov
ancien, Paris, 1963.) Clément connaît la conception aristotélicienne : Le Péripateticien - selon la citation
des Stromates - envisage le daimdn comme la source d'une sorte de TpodytuKOy wavy (6, 6, 53).
Clément n’utilise pas la notion par rapport à la sagesse de Pythagore. La notion de daimön vue par Platon,
Pythagore, Xénocrate, Chrysippe peut être connue de lui aussi au travers de Plutarque, cf. De side, 360
d-e. Sur la conception de Clément du daimón voir le commentaire (n. 6), p. 27-31 et ad locos.
1 Strom. 2, 5, 24: Kal yup ATONOV, toùs pév Muduydpou tod Zapiov Gnkwtag Tv GytouuÉvwv Tas drodelEeig Aupartovnévoug 10 "adrög Epa" mlotv Myeioden Kal tab üpkeiodun
LOVT TH Purvi TPds THY PEfaiwary dv denköugı, “Tobs dE Tig aAndelag pLaodeguovac", tuteiv
éntxerpofivtag dEtomictes dudaokdhw, TO HOV Certo Bed, Bucdvoug TOV Aeyouévuv ÉTOLTE
' Voir tes notes 129 et 132.
rup’ aùtroù. 6 dE "6 Exwv Mra akovetv Geoveten" Afyeı. Kai tis obtog; "Enixupnog elndtw.
Acta Ant. Hung. 43. 2003
ORDRE MUSICAL ET SAGESSE INSTINCTIVE
177
Protreptique. On a entendu le chant d’Eunome s’entonner dans la lumière qui redonne la liberté aux hommes. A la fin de l’œuvre, le chœur des vrais. exaltation des
anges et I’hymne des prophetes'““ résonnent dans léclat divin. Cette clarté spirituelle, le soleil de la justice en instillant la roséc"" de la vérité saisit tout le monde,
comme le soleil sensible, qui est tiré vers le ciel par le Père pour tous les hommes.
?
La métaphore de cette description superbe évidemment n’est pas seulement un tour
de force stylistique. En plus de la symbolique de la lumière qui référe 4 Dieu, la rosée
évoque un passage des Stromates, où Clément utilise une image très proche en parlant sur l’origine de la sagesse grecque : la propaideia et la philosophie sont parvenues aux Hellénes à la manière de l’averse du ciel, qui envahit tout et fait pousser
toutes sortes de plantes, du gazon, du blé mais aussi des figuiers impudiques.' à
Depuis, il faut souligner que l’application de la métaphore musicale aux sujets
théologiques chez Clément on peut remonter à côté de son interprétation allégorique
de la Bible à une tradition de l’église chrétienne des premiers siècles. Cette dernière
déconseille l’utilisation des instruments de musique dans la liturgie." Cet interdit,
semble être motivé en partie par l'esthétique grecque de la musique : par ex. dans le
psaume N° 150 parmi les instruments musicaux qui célèbrent le Seigneur, en outre
des cordes figurent aussi des instruments à percussion, à vent qui selon la tradition
grecque ne peuvent pas produire des accords nobles, étant considérés plutôt comme
des accessoires de combat.
Enfin, en cherchant les notions musicales chez Clément on ne doit pas négliger
les influences des passages des auteurs antérieurs, avant tout du platonisme de Philon. Récapitulons les traits les plus importants de la conception philonnienne de la
musique : selon le De congressu, son traité entièrement consacré au rapport des Lois
et l’érudition helléne, la musique, comme |’arithmétique, est la partie fondamentale
de I’ éykuükAtog mavdeia (encore l’image du cercle comme symbole de totalité).
Néanmoins, elle n’est qu’une étape — et pas du tout le telos — du procès vers la sagesse. La musique, la paideia est incarnée par Hagar, par le corps sensuel de la
servante égyptienne, qu’ Abraham doit quitter en faveur de Sarah, l'épouse légale, qui
est le symbole de la philosophie, de la connaissance opposée à l’art. !"°
5 CF. Pros. 12, 119.
von Malgré le fait que chez Hésiode la rosée est la nourriture unique de la cigale (voir la note 59),
Clément ne ta mentionne pas comme la source d'inspiration de la cigale d'Eunome. Une autre remarque :
un texte du synerétisme de l'Antiquité tardive, Piconographie de Horapollon identifie l'hiéroglyphe de la
rosée qui tombe sur tous terrains comme la paideia (Hierogl. |, 37). On voudrait bien savoir s'il s’agit
d'une réminiscence de la métaphore de Clément.
VN Strom, 7, 37: Kateatvetor roivuv nooratbela À
"EiAnvicn oùv Kal budocodia
WÒ Prog, AL, 114, 3: Ô … Öukenogivng log En’ tong mepuroket vv dvOpantóenta. tov
Tatepa wuotpevos, d¢ ei Mavtag evOpwimouc Avuteiktı tv FALov avitod, Kal korawerdGer TAV
dSpoooy rc dandelac.
Oedlev fiery eig GvOpdMroUuG.... Sv TEGTOV al Tetat Kutappriyrovran cic TA yv TAY yoônv Kal
sig tiv Korpiav cal ext ri beard. BAuatdve 6" bruis ken mda Kab Mupdg, poeta DE Kal et
THY LVUÉTEV oct kad el TL TOV ÉVULOEUTÉOUWV Sévdpiov...
Cf. Th. GEROLD : Les Pères de l'Eglise et la musique. Strasbourg, 1931, p. 125 seq.
™ Cf De cangr. 77. Sur les idées de Philon voir GEROLD (n. 169), p. 38-65 : 1. HADOT : Arts diheraux et philosophie dans le pensée antique, Paris, 1984, p. 282-287.
Página 15
Ver en el PDF(se abre en una ventana nueva)Quant à Clément, il n’utilise la conception des €yckUKALa nadnuata que dans
les Stromates, en empruntant la hiérarchie de Philon : les Arts des Grecs (appris par
ailleurs des Egyptiens, |, 23, 153), servent Philosophie, qui elle-même est la domestique de Madame la Sagesse (1, 5, 30; 1, 9, 93). Quelques-uns des arts sont
utiles à la connaissance (2, 1, 2}, mais leur ensemble n’est pas indispensable pour
propos (1, 5, 29). En même temps, Clément ne doute pas de la vérité des ëykúchua
trouver la vérité (1, 20, 99). Vu les dangers qui menacent ceux qui ont vieilli en
cultivant les arts trop longtemps, les chercheurs de la vérité doivent les quitter bien à
padryata : la musique, comme la géométrie et comme la vraie philosophie grecque
possède des fragments de unique vérité divine.'”!
Cependant figurent chez Philon des images qui attribuent un rôle indépendant
et métaphysique a la musique. Le système du ciel est considéré comme le prototype
des instruments terrestres ; la lyre à sept cordes à cause de sa ressemblance au chœur
des astres, réalise une harmonie parfaite,” l’äme elle-même est un instrument qui redu feu par la douceur de l'air, en mêlant l'harmonie dorienne à la lydienne. Ensuite,
produit la musique céleste.
!??
On retrouve des idées similaires plusieurs fois chez Clément. Le début du Protreptique en représentant la création du monde avec des images musicales met en évidence l’importance de fa musique pour l’auteur, Le Seigneur a apprivoisé la vigueur
dit Clément en évoquant un passage de Philon'” (et indirectement des idées considér&es comme pythagoriciennes par la philosophie des premiers siècles après J.-C.'”) >
il a décoré l’univers harmonieusement, la dissonance des éléments il l’a mise en con-
"7
sonance, afin que le cosmos entier devienne une seule harmonie.
Comme on a vu, l’image du cercle se rapporte elle-même à la musique: le
chant pur et sans mélange est transmis du milieu vers les bords et du haut vers le
centre. C’est le chant qui met en harmonie l'univers, pas à la manière de la musique
CF. Strom. 1, 20, 97 : ava Tov atitoy obv hdyov., Kab Was olang dAnBelas, év yenuerpla
CE. De somn. |, 37; De opif. 126 : Abpa pèv yap À Ertäxopdog dvakoyotou tf TOV Tha.
nEv yewuerplug àArdera, Ev povorri St povoucis, cdv PiAovopig ti dpOh 'EAAnvikn ein Gv
Ardea.
vijtwv xopeta tag édkoyipous dpuovius ùrotehel. oxedóv TL Tig Kuti poudiKiy Òpyavorotias
äréons fyenovis oliva; De leg. alleg. |, 14, 1: Kutd te poucuiv À Extdaxopdos Atipa návruv
oxedov dpydvev dpiutm, öLötL TO Évupnôvov, B di) THV neAmöonuevwv yevay LOL TO GELVETatov...
Wor Quod Deus sit immut. 24, 2; De opif. 70; Poster. 88, 1; De ebr. 116, 2. La notion de
Vhomme-instrument évoque Platon, cf. Phaed. 85 e seq.
WCE. Sext. Emp. Adv. Math. 10, 282 : dp’ Gy (voir la généalogie des onpelov, yann, em
Nl De cherub. 110: oltag yop étakkdtiovta Kui Entyvöpevu Atipag Tp6nov EE dvoholy hppoopévys @hòyywv eis KoLvenviay kul vonpoviuv EOOvIE ovvnyioerv Euedhev, avtldociv teva Kal UVTEKTLOLV TÜVIU dud MÜVIWV bropévovru TPÔS Tv Tod KÉOUOUN HUVTÈS ErsthrPWOLY.
Hdwp cat dip Kal mip, cai caddhov 6 Köupos, Sv paur cud" épuoviuv BLoweisfku Tékiv EYG-
PAVELA, OTEPER GONUTU coordonnée par les nombres) Aorzòv Kol th aighyté Guvictutar, yi te kul,
TáEuv êvéreuve Ovpgurviac, (vu dt ÖAog 6 Köunog HTH Gowovie yéevntae,
uevor tv äpiüubv, Ev olg of Adyot eiol TOV GuUTATLKGY ts tehelor épuovius cuupuvidv….
" Prow. 1,5, 1: var wy Kai mupög Opp dudhakev ülpı, olovel Awpıov dppoviay KEp&uus Avdiw... Tobtd tor kai 16 nav exdapnoev ÉLUERGE Kul tHv otorzelwv thy dupwviuv eis
Acta Ant. Hung. 43, 2003
ORDRE MUSICAL ET SAGESSE INSTINCTIVE
179
thrace à la ressemblance de lubal, mais selon la volonté paternelle du Dieu, envisagée aussi par David.” Malgré le fait que Clément, au contraire du terme Aúpas
1PÓROV vu ci-dessus chez Philon,
’® ne nomme pas l'instrument mentionné dans ce
passage, les musiciens remémorés, Orphée et ceux de l'Ancien Testament, le terme
doma duata0év évoque sans doute un instrument à cordes.
On a mentionné ci-dessus l’image de la divinité qui gratte avec son plectre la
lyre du cosmos.” Clément dans son livre des symboles des Stromates, en analysant
le symbolisme du plectre, aprés avoir refusé des autres avis, accepte la solution de
Cléanthe, selon laquelle le plectre est identique au soleil.” Bien qu’il invoque ici un
témoin stoïcien, l’image de la lyre du cosmos peut être connue aussi des autres traditions. En dehors des passages de Plutarque et de Philon déjà mentionnés on peut rappeler par ex. Théon de Smyrne, le mathématicien platonicien de II” siècle après J.-C.
dont les idées sur les proportions mathêmatiques de la musique sont influencées par
le pythagorisme, et qui en citant Alexandre d'Etolie représente Hermès grattant la
lyre à sept cordes du monde.'*!
L'être humain lui-même est envisagé par l'auteur du Protreptique comme un
bel instrument animé, formé par le Seigneur à son image. En utilisant les images musicaux en guise des notions de la raison, il appelle l'homme un instrument de Dieu
pourvu de toutes harmonies, euphonique et sacré, sagesse cosmique, raison céleste. *?
Le narrateur-musicien du Pédagogue concrétise la métaphore de l’homme-instrument : l’homme avec ses sept organes est le pendant de la phorminx à sept cordes.
!#
La même identification se trouve dans l'interprétation allégorique de Psaume 150 : le
corps humain est la charpente de l'instrument, ses nerfs sont identiques aux cordes
düment tendues, lesquelles, grattées par le pneuma, produisent des sons humains.
'**
Clément sépare définitivement l’art de Jubal et d'Orphée de la musique davidicnne, mais son estimation par rapport aux musiciens grecs est plus détaillée. Les
'” Prof. 1, 5, 2 : Kal ön to done... fptécuro róde 1ö sav où KaTa tiv OpaKLov KovotVoir la note 174.
Kv, Thy zapuahrotov “Továh, cata GE tiv rétptov tod Beofi BotAnawy, fv driAmoe Aafiô.
' Voir la note 88.
MO Strom, 5, 8, 48 : oùk üvéyvoaav à itor KhedvOnv tov pthdcubov, ög üvrikpuc IANK1pov TÔv uov Kakel - Ev yap tats avatokaig gpeidwv tag anıydg, olov aAoowv Tov kóopov. els
Tv Evappöviov mopeiav TO bg dyer. Sur les autres étymologies de Cléanthe concernant les mots
apolliniens qui se basent sur fa conception du Soleil tout-puissant, sur l’étymologie stoïcienne voir A. LE
BOULLUEC : L'allégorie chez les Stoiciens, Poëtique 23, 1975, p. 306-309.
™ Théon fre. 141, 3-4 Hiller : tolny tor cetpiva Auög nuts fplocev “Epuûis, / Énrétovov kiBep, BeouTiotopos eikdva Köupon.
"2 Prat. 1,5, 3: Kaköv 6 képioc Spyavov Eutvouv Tv &vOpwrov ëBeLpydaato Kat’ elkóva THY tunton... aùtòs Ópyavóv Eur tof Beott zavappóviov, upedts Kal Gyiev, vopla UNEPKGOKos, ollpäviog kûyos.
+ Strom. 6, 16. 144 : éxtatdvey pöpuyyı véouc KEACOKGOLEV buvous, rountis Te OK Gon-
Paid. 2, 4, 41 : Gpyavov 6 ota A€yet tO NHETEHOV Kal yapaie Tè vehpa iron, by Ov
og ypüger Kal viv rakardv Atpay Ertädoyyov elvar duddokwv, Et Kal zepì 1 TPOGEI TO)
NHETEPW exixertar tov aicOytnpie Ti Gpyava, So ev Tè tov obBakudv, do HÈ TA THY GxongTUK GPW, Svo Òé ta tv uuKtiipov, EBSopov be 16 tod OTÖNLUTOg.
Srapuöwov elAnpe Tv wiouv. Kal Kuoudpevoy TD MvEvLaTE Tote POdyyous anodldungı TOÙC dvOpantvouc.
Página 16
Ver en el PDF(se abre en una ventana nueva)montagnes qui accueillent leur performances sont les scènes des mystères d’erreur,
Orphée et ses compagnons sont représentés à ouverture de Protreptique comme
des imposteurs (@tutnÀoi, 1, 1), des maîtres des sophismes (Sodtotis, 1, 3). Les
musiciens paiens, « possédés d'un habile charlatanisme pour prendre les autres, célébrant comme des mystères leurs pensées ambitieuses, divinisant leurs peines. »,
exhortent l'humanité à l’idolâtrie et réduisent « à l'extrême servitude par leurs chants
et leurs incantations, cette belle liberté, la seule réelle, des citoyens de la terre »."?
La notion de la mauvaise musique qui décompose l’ordre de l’âme revient
plusieurs fois: le Pédagogue en empruntant des motifs de Plutarque, met en garde
ses disciples contre les mélodies avilissantes, contre les rythmes qui ensorcellent ct
leur déconseille les philtres magiques (les pharmaca au sens négatif), « qui corrompent les bonnes mœurs en entrainant à la passion ». 136
Pour la représentation des effets moraux négatifs de l’incantation musicale
s'impose évidemment l’image des Sirènes, un motif hérité de la tradition grecque et
bien connu dans les beaux arts chrétiens. La scène mythologique des Sirènes figure
souvent sur les sarcophages des premiers siècles après J.-C., qui sont considérés
comme les témoins d’une influence néoplatonicienne autant que chrétienne. Selon
l'analyse iconographique presque unanimement acceptée. !#? les Sirènes avec leur incantation malsaine empêchent le retour de l’âme à sa patrie céleste, au contraire de la
musique des Muses, qui rappelle le mousikos aner à son origine divine.'*
Quant à Clément, son interprétation sur le rôle des Sirenes est plus compliquée.
A la fin de son Protreptique, il incite ses lecteurs à s’enfuir de leur musique, de ce
piège, cet abime, ce précipice, qui étrangle ses auditeurs, les détourne de la vérité,
enlève de la vie. Le même signal de détresse résonne dans des Stromates, en reconnaissant la séduction irrésistible de cet enchantement et le manque des forces humaines pour y resister.'”
WS Protr. 1, 3, |: Évtéxvw tivi yonteia barpov@vreg els drapBopác, ÚBpers dpyudtovtec,
nevdn ixBerdtovties, tods dvOpwmmnous En ta eldwka xepaywyijoar.... Tv Kadi Övrug Exelviv
ékeudeplav tav út’ obpavòv zeoAuteumévav mòais Kul emwdais els ÉOYATN doukeig KatatedEavtes... (trad. MONDESERT).
We Paid. 2, 4, 41: … EADV TOL Kateayotow Kal Hubp@v YoEPOV… ToUKiAue dappaKetar
duapdelpovorv tos TPÓROVG… eig 1006 broonpovaar, (trad. MONDESERT). La notion de ta melodie brisée (LEAGV Kateaydtwv) évoque la phraséologie des détracteurs des nouvelles dithyrambes du V*
siècle av. J.-C. Je dois remercier ZS. RITOOK qui a bien voulu attirer mon attention à cette ressemblance.
WI Voir les suggestions de J. CARCOPINO : Le symbolisme gnostigue et ses origines pvthagoriciennes. In De Pythagore aux Apôtres, Paris, 1968, p. 189-221.
WE Sur l'opposition des Muses et des Sirènes voir l'article de K. MAROT : The Sirens, Act. Ethn.
Acad. Scien. Hung. 7, 1958, 1-59. Sur l’iconographie des monuments funéraires voir H. I. MARROU :
Mousikos Aner, Grenoble, 1937, p. 252-253 ; P. COURCELLE: Quelques svmboles funéraires du néoplatonisme latin, REA 46, 1944, p. 65-93 ; D. WOYSCH-MEAUTIS : La représentation des animaux et
des êtres fabuleux sur les monuments funéraires grecs, Neuchâtel, 1982, p. 91-99.
"7 Prour. 12, 118, 1: Dbywpev … Zeipfjvag puducds : dyer tov Avdpwrtov. tig GAypelac
dnorpérer, Anayeı ts Loc, maylg £otıv, Pdpabpdv dativ, PoBpos Eoti, Aigvov atv kukdy À
Strom. 2, 2,9, 7 al yobv Tay Lewpriveny EruenArioeiz Oovapiy brepdvOpwmov evoeucve-
Guvijdea >
pevin EEÉnAntrov TOÙG AUPDATUYAÜVOVTUG pos TV Tv heyopévwv Mapadox}y vyeddv dxovtac
evtoerifovude.
Acta Ant. Hung. 43, 2003
ORDRE MUSICAL ET SAGESSE INSTINCTIVE
181
Or, un autre passage de cet ouvrage — d'une fagon trés remarquable — en se référant à Pythagore invoque l’aide des Muses comme remède, comme contrepoint de
cette incantation nocive. L’avertissement du sage grec — dit Clément en démasquant
le caractère trompeurx de l'autre psychagogie' - nous enseigne que nous devons juger les Muses plus douces que les Sirènes, que la sagesse doit être acquise par l'ascese et pas par des plaisirs. 2 be paralléle de cette confrontation de deux groupes de
déesses chanteuses se trouve dans les Propos de table de Plutarque — une ceuvre qui
traite parmi les autres des symboles pythagoriciens et laquelle est, comme on le verra
à propos de la cigale, utilisée abondamment par Clément. Donc, d’après Plutarque,
une fois tombé dans le piège des Sirénes, on doit invoquer les Muses et s’enfuir vers
l'Hélicon des anciens.” L'auteur du Protreptique emprunte la métaphore de la fuite
dans la montagne, en christianisant l'image : les délivrés de la musique dangereuse
se dirigent vers le paysage de Sion au lieu de l'Hélicon, le mont sacré de la poésie
grecque.
Une autre fois, Clément cite la scène homérique dans le contexte de la relation
des chrétiens et la paideia. Selon les Stromates, le majorité des chrétiens, comme les
compagnons d'Ulysse, à la manière des rustauds, laissent courir le logos — qui dans
ce cas se réfère à Ja culture grecque et pas au mot du salut. Or, affirme Clément, ils
ne passent pas à côté du chant mortel des Sirénes, mais à côté du rythme et de la
mélodie — qui ne semblent pas des phénomènes complétement dangereux et nocifs —
en obturant leurs oreilles par leur illettrisme et leur manque d'éducation, comme s'ils
savaient, qu’une fois qu'on a prêté l’oreille aux doctrines hellénes, on devient incapable de retrouver le chemin du retour.'” II paraît que Clément recommande dans cet
ouvrage pour modèle Ulysse et non pas ses compagnons aux chrétiens qui ont fini
leurs études à l’école primaire de la foi.
Voici un autre extrait des Stromates qui met de nouveau en évidence que la
musique des Sirènes peut signifier pour Clément une sorte de sagesse, et c'est pourquoi on ne doit pas la rejeter tout de suite, sans aucune audition, en la considérant
comme nuisible. Le morceau part d’un fragment d’Euripide (fr. 903), qui évoque
™ Strom. 1, 10, 48, 6: Motoag Zeupriviov fôiouc hyetoler Mubaydpuc zapauveì, tüc 00-
dias doxety un werd Hovis ôter, ararmhôv 6€ try GAN duekgyyay puxaywylav. La vraie
brxayayiı est représentée par l'art sacrée des quelques poétes grecs, voir Strom. 5, 4, 24: ol tap&
TOUTE TOV APOdPHTHY rv Beokoylav dedidayuévor zorntal dv bovoiag MOA rrocoMohGL, TOV ‘Opta Adyw, Tov Alvov, tov Mougulov, Tov “Opnpov Kai. "Hoiodov Kal totic tara 00ove.
Quaest. conv, 706 d: … d0dKiG dv els Tag Zeipfivas eutéompev, ExucadeicOar ei tas
in Selon l'étymologie fausse des stoiciens (SVF 2, 160) le mot duiacKw dérive de th dake.
Mowwag kul katadeúverv eis tov 'EMkÓva Tov tv zakarv.
™ Voir le texte sur la note 5. L'image des montagnes se reproduit à la fin de l'œuvre, où le Cithéron, fe lieu des tragédies dionysiaques s'oppose à la forêt ombragée de la montagne sacrée, aimée par
Dieu, qui est la scène du drame de la vérité (Gpag... Beb zepingévov … nareipevov… toîs dAnfelag àvakeipevov àpéuaarv, 12, 119), La cigale de Clement chante elle-même aussi sur la montagne
(1,2, 2) - un motif qui manque dans les autres versions du mythe.
"5 Strom. 6, 11, 89 : ob theïatar thv TO Svopa Extypapoueve ka0ázep ol tof ‘OSvaddwe
étatpor dypolkos nerlaoı tov Aöyov, od Ta Lelpfivac, HAAG Tov buOpòv Kal TO LÉAOS Topepy6-
WEVOL, GLaHig Bbgavres Ta ata, Enelzep loaciv où bevnodgevor NUE (mooxóvres tûc deotic
“Ednvicoig nadraaoı peta tatta Ton vóorov tuyxetv.
Página 17
Ver en el PDF(se abre en una ventana nueva)dales jolies des Sirènes, monte au ciel afin de s'unir avec Zeus. Clément, en construil'image platonicienne de l’âme ailée. Le narrateur en attachant des ailes et les sansant un parallèle plutôt qu’une opposition avec le mystique païen d’Euripide, continue sur un ton très personnel : Moi, je voudrais supplier l'âme du Christ qu'il me
donne des ailes et me fasse voler à ma Jérusalem. 96
Le caractère ambigué des Sirénes, la valeur ambivalente de leur musique remonte au platonisme, et vraisemblablement au pythagorisme.'”” Dans le Phédre Socrate met en garde son compagnon contre leur chant dangereux. Cependant, dans le
Banquet, c'est Alcibiade qui avoue son envie de fuir l'enseignement irrésistible de
Socrate, lequel est représenté comme la voix des Sirènes. Enfin, dans le mythe final
de la République, leur chant, en rappelant le tetraktys pythagoricien, est synonyme de
!*?
l’harmonie universelle.
On observe la même ambiguïté à propos d’Orphée. qui de ce point de vue se
sépare des autres musiciens mentionnés au début du Protreptique. Sa première image
trines, en chantant, certes, un peu tard, le logos sacre.'” Une autre fois il s’agit du
absolument négative est retouchée par Clément autant dans cette œuvre que dans les
Stromates. Dans le Protreptique l'idée d’un Orphée converti se fonde sur deux conceptions grecques. La première est celle platonicienne de la palinodie: l’ancien
grand-prêtre des mystères nocifs, abandonne la théologie des idoles et renie ses docconcept d’origine pythagoricienne du remède musical, de l’incantation thérapeutique.” Les Stromates semblent ignorer l’image négative d’Orphée et c'est lui seul
parmi les musiciens du Protreptique, qui figure sur la liste des poètes grecs qui sont
les disciples des prophètes en théologie.”
En analysant ces informations, il paraît que la conception musicale envisagée
par Clément se fonde sur l’opposition de la vraie musique claire — fausse musique
trompeuse plutôt que sur celle de la nouvelle musique des chrétiens — ancienne musique des Hellènes. L’harmonie éternelle, le principe de la création divine ne se perd
pas, ne se tait pas non plus pendant la période des Grecs. Or, cette époque est domi-
We Syrom. 4, 26, 172: ...yobueat DA Lor mtépvyes zepì vrt / Kai ta Seuprivwv Epóevra
mêbihu âpuôtetu, / Baoopal 1 é¢ alBépu Modi depbeis Zyvl zooopiEwv. eyo dé Gv edEulunv
16 Tvebua Tod Xprotod mtepdoat we els tv 'lepouoahij tv Euv.
VE Cf Phedr. 259 a ; Symp. 216 a ; Pol. 617 be.
7 A propos de l'interprétation double des pythagoriciens sur les Sirènes voir M. DETIENNE:
Homère, Hésiode et Pythagore. Poésie et philosophie dans fe pythagorisme ancien, Bruxelles, 1962, p.
58-60. Proclos, en cherchant la solution de l'image problématique chez Platon, divise les Sirènes en trois
groupes, fn Crat. 158 a.
par Platon (Phedr. 243 a), dans laquelle débute la notion de la palinodie, se tie à Locres. Selon Conon
WW Protr. 7, 14, 3: 'O bk Opaxros lepopdving Kal mous pu, à tod Oldypov 'Opdeùs,
peta TV t@v Opyiwv Lepogavtiay Kul tiv el6mAwy Tv Beokoylav, mukuvodlav GAnBelus cicdvel, TÒv lepov Gvtwe dé Tote, Sums à’ vv Gdwv Adyov. On doit remarquer que l'anecdote évoquée
(voir Phot. Bibl, 186, 133 b) c'est un guerrier locrien, blessé dans la bataille contre les Crotoniens, qui
transmet l'ordre des dieux à Stésichore qui, pénalisé à cause de sa calomnie, a perdu la vue. Le poste, par
ailleurs, emploie l'image de tettix dans son ainos adressé aux Locriens (tr. 281 PMG). |
™
Voir la note 191.
i” Protr. 6, 70, | (sur Platon} : émmods Ths byueis apd Opakdy Aaupdavers ErmòàG Ùyreis.
Acta Ant. Hung. 43, 2003
ven ers,
ORDRE MUSICAL ET SAGESSE INSTINCTIVE
183
née par une fausse note, parce que la majorité des Hellènes ne peut pas — à cause de
leur audition ruinée par les voix fausses” - ou ne veut pas entendre et laisser résonner cette mélodie pure.
On peut citer comme témoins des passages sur la tradition de la sagesse musicale donnés par les Stromates (1, 16, 74-78 ; 6, 11, 88). Il faut, dit Clément au VIS
L’harmonie barbare”
de David, dit ensuite Clément, qui est la plus ancienne
livre (6. 11, 88), que le modèle universel de la musique à cordes soit David, qui glorifie harmonieusement Dieu en prophétisant et jouant sur son instrument. Clément,
en analysant le sens de mot €uped@s, continue son argumentation avec des termes
musicaux concernant les gammes diverses des Grecs lesquelles, 4 son avis, sont
dignes de célébrer Dieu. I! se réfère à un musicologue païen, Aristoxène, qui est présenté ar lui dans un chapitreprécédent des Stromates comme le biographe de Pythagore.
des toutes et qui présente la sacralité de la mélodie, était le modèle pour Terpandre.
Ce musicien grec excelle devant les autres, d'une part comme le premier qui a mis en
musique les lois” (vu la notion de Peunomie du Protreptique, c'est un concept primordial). D’autre part, son harmonie dorienne célèbre Zeus, le dieu qui est l’origine
unique de tout selon les Grecs." Done, il paraît que Terpandre (qui dans la tradition
grecque est l’innovateur le plus important de la musique, étant l’inventeur de la lyre à
sept cordes”), selon la conception de Clément emprunte aux Juifs la notion de Dieu
unique ct éternel, comparable aux sages grecs qui sont les connaisseurs de certains
éléments de la même vérité divine.
Pour Clément, les instruments les plus importants et les plus dignes d’exalter
Dieu sont ceux a vent, c'est-à-dire la lyre, la phorminx. D'une part, on rencontre chez
lui le rejet traditionnel de l'aulos. En traitant la vie quotidienne du chrétien et en évo-
2 Voir la métaphore acoustique des Strom. 5, |, 12 : audition trop fréquente du son des coupes
métalliques peut blesser louie.
“0 Strom. 1, 14, 62. Sur l'authenticité de cette œuvre d'Aristoxêne voir P. BOYANCE : Sur la vie
pythagoricienne, REG 52, 1939, p. 36-50. A propos de sa « conversion philosophique » qui l’a conduit
à abandonner les doctrines musicales des Pythagoriciens et à fonder un système musicale radicalement
nouveau voir A. BELIS : Aristoxene de Tarente et Aristote : Le Traité d'harmonique, Paris, 1986.
* La notion de la musique barbare au premier livre (1, 16, 74) se réfère à l'invention des instruments : le safpvnx a été inventé par les Etrusques, l'awlos par tes Phrygiens, la dichorde par les Assyriens,
etc. Clément, semble-t-il, ne s'occupe pas de l'incompatibilité de ses références concernant l'origine
barbare de Varios. Du point de vue grec l'instrument manque de noblesse, il est barbare au sens négatif:
du point de vue de la sagesse archaïque héritée par le christianisme il peut être barbare au sens positif.
"Strom. 1,16, 78 : pÉhoc TE atl np@OTOG TEpuéBne TOIS Toulaor Kal Tobe Aukedauuoviorv
vôpouc épekomoinoe Tépravépos ò Avriocuiag.
|
© Strom. 6, 11, 88: “Eu tig wouaictig Taptdeuypa pakke OUO Kal apepnteVwv ËkKeiodtn Aaflè. Újrvöv tov Dedv Epes. Tpoorken HE mi dda TO Evappóviov vévoc TH Swpuoti
Gpuovig Kal tH pouyorl 14 budtovoy, ús nour ‘Aurotókevos. À Tolvuv éppoviu Tod BupBépou
Waktnpiou, 16 ceuvov Eupaivovan tod péhove, doyavordm ruyxévouou, itdderyua Teprévépn
thora yiveraı POS Gopoviay tv Adpiov bpvotvt tov Alu dé THs: Zed Advi boy. tévTay dyijzo, Zeû, cot nées tatitay thivieny doxdv.
CE. Ps.-Plut. De mus. 1141 c. Quant à Clément, il ne parle pas de l'innovation technique de
Terpandre, mais en conseillant l'emploi de la phorminx à sept cordes pour glorifier Dieu, il mentionne la
qualité ancienne de cet instrument (Strom. 6, 16, 144) : thv nakınav Alipay éxtapdoyyov elvan.
Página 18
Ver en el PDF(se abre en una ventana nueva)quant des passages platoniciens et de Plutarque,”” il élimine Paulos des instruments
chrétiens, comme l’outil de l’idolätrie, comme la source d’un son qui dégrade les
hommes au niveau des êtres irrationnels.*”? L’abandon du /ogos de Dieu par la foule
ivre est présenté comme le retour à la dissonance, comme une nouvelle palinodie
méchante (kakol KaKÓG pahhovtec nuAwvwpòlav), accompagnée par l’ivresse de
son des aulos, les grelots des impies.” °
Le Protreptique utilise plusieurs images de citharédes. L'idée du musicien de
la vraie musique se présente aux trois niveaux de la révélation de la sagesse divine.
Au niveau le plus archaique, Clement évoque David qui détache les hommes des
idoles en les convertissant à la vérité.”'' Parmi les Grecs, à côté d’Arion et d’Amphion, mentionnés exclusivement avec mépris, il y a Orphée, le repenti et Eunome,
avec son nom qui suggère la notion de l’ordre, et quelques autres musiciens, les disciples des prophétes.
Le telos de toutes les musiques est le Christ. Le symbolique de la lyre par
rapport au Christ se présente à plusieurs formes dans la pensée de Clément : dans le
Protreptique il est le maître de l'harmonie, qui au lieu de la lyre et de la cithare, instruments sans âme, crée l’harmonie du cosmos et du microcosme humain avec son
esprit saint, et joue 4 Dieu, en accompagnant son chant avec le ton de son instrument
animé qui est Phomme.”””
Clément ajoute aux images traditionnelles du Christ une métaphore musicale.
A la fin du Protreptique, dans un passage qui se fonde sur la notion de Christus imperator, \e Sauveur est lui-méme le clairon de son évangile et en même temps le
joueur de cet instrument, qui recrute les soldats de la paix."
On trouve la même structure à propos de l’image de Christus medicus. David,
la praefiguratio hebraica, chassait les démons avec sa musique mais en chantant ne
guérissait que Saül.”'* La représentation du traitement thérapeutique employé par le
Christ est pleine d’allusions musicales. Selon le passage du Protreptique, le Sauveur
a plusieurs tons (mOAUdwvds) et — à la façon d'Ulysse, le sauveur homerique des
à
* Voir la note 94.
|
2% péd. 2, 2, 41 : ZüpiyE pév obv touuéouw Anovevennode, uùhòs Ht dvOpw@moug deLordai-
ORDRE MUSICAL ET SAGESSE INSTINCTIVE
185
mélodie (apc uépos À méAog).” * A coté de David et du Christ, il manque la perâmes”
!* - de plusieurs manières (TOAUTPONOG) qui connaît divers moyens de la méthode curative. Il réprimande les uns, donne des chätiments aux autres, il déplore leur
perte. Mais il y a des hommes, pour lesquels chante le Christ, le bon médecin. Il ampute, il brûle, il badigeonne le malade, en utilisant la bonne méthode en chaque cas, il
porte de remède à tous, par le moyen adapté aux organes malades ou par celui de la
sonnification grecque du docteur-chanteur. Malgré le fait que Clément ne nomme
aucune personne ou notion, il est possible que le lecteur grec de l’œuvre puisse associer à cette idée de guérison corporel le son pendant spirituel, la théorie de l’&thos
musical, d'origine pythagoricienne, laquelle, empruntée par Damon. Platon, Aristote
et par d’autres est devenue une des plus particulières de l'esthétique grecque,
Les suggestions du Pédagogue peuvent donner des arguments qui prouvent
que parmi les idées de Clément, cette conception concernant influence de la musique sur le comportement humain est présente. Le chapitre 4 du IF livre, au contraire de son titre qui renvoie au banquet, (peut-être évoquant aussi de cette façon les
chapitres des Propos de table de Piutarque, remémorées dans cette œuvre plusieurs
fois”!?) traite presque exclusivement le thème de la musique. On ne cite que les dernière appropriée les termes de la théorie grecque de la musique, conseille l’emploi
nières lignes : Clément, maître des chrétiens et disciple du Christ, en utilisant de mades harmonies sobres, déconseille ces harmonies énervées et le chromatisme. qui démoralisent les auditeurs.?'* L’avant-derniere phrase qui parle de l’efficacit& des mélodies sobres et sérieuses contre l'ivresse est particulièrement remarquable, parce
qu'elle évoque l’anecdote peut-être la plus connue par rapport à la thérapie musicale
de Pythagore.?'”
Une dernière remarque sur la présence de la notion pythagoricienne de la musique dans la pensée chrétienne de Clément. En énumérant les motifs figuratifs qui
"3 Cf. Odyssée I, 1-5. Sur l'image d'Ulysse-Sauveur chez les gnostiques voir CARCOPINO (n.
187), p. 202.
8 Protr. 1, 8, 2 : cal a0" Srp pèv howopeitat, Zot 8° où ui darerhet - tote SE Kal Opnvei
tv avdpenstenv - Her dè Whois. kußdnrep lorodc üyadds Tv vocoivrev owpdtwy TO NEV kaTAMAATION, the dé Katakeatvuv, Ta SE KaTAVTLOYV, TH OE Kab oÔreu SuLpav, Erukaluv SE äkka,
Eau 8° où Kal dtompiov, ef mug olóv te Kav Taps HépoG À pekoc Tov &vOpwmov (ytâvan. TlokúPavé ye 6 owrip Kal moAtTpoms ele dvOptdimov curnplav.
ND Cf. Quaest. conv. ch. 7 (710 a seq., el Set zap Toto adhytpiaL ypfoßau) et ch. 8 (711 a
seq., HÜALOTAE XPNOTEOV kpoúpdor Mapa Seizvov). Une seule remarque pour manifester l'influence
AU Pro. 1,5, 4: Nal univ 6 Außiö 6 Packets, 6 Kdugprotis, Ob piKOd mpdobev evijoOyforte du vocabulaire de Plutarque sur Clément : les termes de bouffonnerie et du bavardage sont utilisés
dans le même contexte musical par les deux auteurs. Cf. 712 e: th 48 nalyvıa noAAfig véuovra BaLohoyluc Kat omeppodoytas ode tuts ta (rogata Komiioua et Péd. 3, 11, 77 : vir dkpodata
Bonokugiac Kal oteppokoyiac TOAATIG YÉLOVTE.
uooiv els clOwhodatpelug ometdouc. Kal yap we And dnoneuntéa Th Öpyuva taba vnakiou gunnoolov, Bnpiots Lükkov À dvBpamorg KATAAANAG Kul àvOpdmarv Tolg Ghoywtépots.
MY Péd. 3, 11, 80: Kal tov zepì Neat Aöyov vefaodpevoL KaTaAEAOiMGaGL Evdov ob Hkouoay, £Ewdev dE dpa peta 1Ov ABEwv dAtouat, KooULdTw Kul TEPETLOLATOV EowWTEKaY AVAWÔOLAG
VOL OVPPETOD.
TE Kal KpStTOV Kal LENS Kab TavTtos AVETLUMAGUE
#2 Prof. 1,5, 3: … KOOUOV dé Tovde KUL dH Kal TOV GuLKpdv KÉGUOV, Tov GvOperoy, 1po-
WEY, Tpottperev ag ty ÄArDeurv, cotétpene dé elev, MOAN ye Eder Ujuveiv udtodv TOU buiuovus GhqOed mad UdTOO SuMKOMEVOUS PoVOUCH, À TOD ZuodA Evepyoupevon exetvos GSwv pOvov
atitév iéuato.
"" Péd. 2, 4, 44: Kat yap üppoviag mapadextéov Tec odipovas, datwtdtw BTL WALT
&Aarivovrag tic Eppwpevng ev dravolec tag ttypüc Bvrag dpuoviac, al zepì tag Kaunac Tv
podyywv kakotexvoiiaau elg Apinpv al Bemokoyiav Ekôtautdvren - T SE atormpd Kal Geuppovikù nein drortdouertar tals TAG KEBNS Ayeperxiaus. Katadeatéov oily tag yoopatiKas Gpkoviag
Tals Axpenorg tuporviaus Kal TH dvBopopadag Kal Étupotox Louowf. Sur la phraséologie voir
n. 186,
U prow. 11, 116, 2: DddmyE dott Xpratod 16 eluyyeliov altol... XpLotög dé elpyveyv te cal ucma aûtod, dyiw Aveinatı Gouaddevos, bAARE TH Heid Au Tod Tohupwvon Spyayou kui npoadder TO dpyave TÔ avOpure.
Köv En) Ta Epura tig vig Emmveioug néhog ovvdEer dpa TOUG elpnvixolig otpuuwras TOUS
et c'est le lon sévère du même instrument qui le calme.
Acta Ant. Hung. 43, 2003
9 CF. Jambl. VP. 25, 112. lei c'est le ton effréné d’aufos qui cause la conduite déréglée du jeune
EaUTOD...
U Voir la citation de la note 211.
Página 19
Ver en el PDF(se abre en una ventana nueva)peuvent se présenter” sur la bague du chrétien, parmi la colombe, le poisson, ie bateau, l'ancre, il mentionne aussi la lyre. Son argumentation — Polycrate de Samos
avait lui-même une bague avec l’image de la lyre” — n’est pas claire. D’un côté, la
tradition grecque ne parle pas de façon détaillée de cette fameuse bague, 7? d’un
autre côté, on n’imagine pas clairement comment peut un tyran païen représenter un
modèle de comportement positif pour les chrétiens. La figure du trop heureux Polycrate (qui malgré sa volonté de refuser son bonheur en jetant sa bague dans la mer, ne
peut pas éviter son destin) n’est pas connue comme exemple éthique chez les pères
de l’église.
Néanmoins, il paraît très possible que l’énigme de Polycrate chez Clément ait
sa solution dans la tradition qui le lie à son compatriote et contemporain, Pythagore.
Parce que la chronologie qui les lie figure aussi dans les Stromates, on est tenté de
dire qu’il y a d’autres motifs concernant leur relation qui pourraient être connus pour
Clément. La tradition se fonde avant tout sur deux éléments en rapport avec des volycrate. sans le savoir et d’une façon particulière, aide les Grecs à connaître la vérité
yages de Pythagore qui peuvent aider l’explication. C’est Polycrate qui lui donne une
lettre de recommandation adressée au roi Amasis et l'envoie en Egypte," et c’est à
cause de son despotisme que le philosophe, muni de la sagesse égyptienne, après son
retour quitte Samos en cherchant une nouvelle patrie en Grande Grece.”° Donc, Poet à acquérir quelques notions de cette sagesse universelle.
VIL LES IDÉES DE CLEMENT SUR LES ANIMAUX ET LEUR
CONNAISSANCE. L'INFLUENCE DOUBLE DU PYTHAGORISME :
NOTIONS ACCEPTEES ET REFUSEES
woe
8
Pr
:
ORDRE MUSICAL ET SAGESSE INSTINCTIVE
187
Naturellement, le compte rendu de l’influence platonicienne et stoïcienne est
inévitable aussi pour ce problème. Chez Platon et ses adhérents on peut trouver à côté
des avis qui déprécient les animaux par rapport à l’homme (les animaux ne sont pas
doués de raison, les facultés irrationnelles de l’homme sont considérées comme l’élément animal) deux autres tendances. L'une déprécie la plupart des hommes qui n’utilisent pas leur raison; l’autre, présente dans les œuvres de maturité, accorde aussi
aux animaux une sorte d'intelligence. Xénocrate, auteur invoqué plusieurs fois à l’appui des théories de Clément, affirme la parenté des animaux et des hommes en admettant qu’ils sont capables à une sorte de connaissance de la divinité (fr. 21). Sur cette
évaluation positive des animaux se fondent les apologies écrites en faveur de l’intelligence animale par les auteurs de la nouvelle Académie et avant tout par Plutarque.’?°
Au contraire de ces idées platoniciennes, le stoïcisme souligne l’absence totale
de raison chez l'animal. On cite fes phrases de Dierauer : les animaux n'ont aucune
parenté divine, aucune connaissance des dieux, aucune vision de l'avenir, ils n'ont
ni connaissance par la causalité, ni liberté de décision, ni vertu, ni bonheur..., ils
n'ont pas le don de la parole.” Pohlenz, en caractérisant le rôle des animaux dans la
pensée anthropocentrique de l’école met en évidence la ligne de démarcation qui les
sépare des hommes : le pneuma qui saisit tout le cosmos n’est présent en eux qu’à un
degré moins élevé en comparaison avec les hommes. Par la suite, leurs activités semblables à celles des humains ne sont que Gleich-ob-Tätigkeiten, donc des actions instinctives et comme si : la voix des oiseaux est un quasi-chant,?”* la toile d’araignée
un quasi-tissage, le soin de leurs rejetons une quasi-vertu.” Sa conclusion : au contraire des notions pythagoriciennes « von der Gemeinschaft der Vernunftwesen sind
selbstverständlichweise die Tiere ausgeschlossen ».”"
Spanneut, en analysant les traces stoïciennes chez Clément, souligne l’opposition de l’animal privé de logos et de l’homme raisonnable, qui est un des caractères
des plus essentiels de l’anthropocentrisme judéo-chrétien des Peres.”' Or, même
temps il souligne la présence d’une idée, selon laquelle la connaissance de la vérité.
“2 CF Strom. 5, 133, 7 ct Prorr. 51,5.
Acta Ant. Hung, 43, 2003
2 SPANNEUT (n. 119), p. 169. Sur le rôle des animaux chez Justin, Théophile et Tatian voir G.
LANATA : Thèmes animaliers dans le platonisme moven. Le cas de Celse, in L'animal. (n. 76), p. 299325, part, 307 sqq.
=" POHLENZ (n. 116), p. 83-85; 137.
c'est-à-dire de Dieu, est possible d’une certaine façon pour tous les êtres, non seulement pour les barbares et les Hellènes, pour les agriculteurs et les citovens, mais en
général pour tous qui vivent.”” Les créatures privées de perception, elles-mêmes aussi
peuvent être liées à l'ordre du cosmos. aux forces naturelles par une certaine sorte de
.
Il est évident que les idées de Clément sur la connaissance des êtres créés et sur
leur classification intellectuelle pourraient facilement à elles seules être le sujet d’un
ouvrage entier. Ici, en cherchant chez lui les traces de la notion d’une certaine intelligence naturelle, on se contente d'en énumérer quelques-unes, qui sont les plus importantes concernant notre point du départ. On voudrait ajouter certaines suggestions
sur les sources possibles de ces concepts, avant tout en essayant de montrer la présence de la tradition pythagoricienne.
Fi
dua à
2) péd. 3, 11, 59,2: Al dt oppayides Hiv Éotuv zekerde À LUS ij vadg oùprodpouu
Avpa POULT, Akéxontar ModvKpatyc, À dyxupa vautıcn.
zw
“Le problème évoque le symbole pythagoricien cité dans les Stromates (5, 5, 28) à propos de
porte de bague et au même temps du simulacre de Dieu : duxtWAov ui popetv undE eixdvag abtois
zupúogeuv Dev.
2 Voir les passages cités par U. DIFRAUER : Raison ou instinct ? Le développement de la zoopsycholo ie antique, in L'animal. (n. 76), p. 9-11; 24-27.
“" DIERAUER (n. 226), p. 23 ; idem: Tier und Mensch im Denken der Antike, Studien zur Tierpsycholo, ie, Anthropologie und Ethik, Amsterdam, 1977, p. 224-235.
” Voir ex. l'opposition le croassement du corbeau (considéré par le gens inintelligents comme
voix divine) et la parole du Christ chez Clément (Protr. 104, 2).
:
"Sur le problème du comme si voir POHLENZ {n. 116) p. 83-85; 115 et J-L. LABARRIERE: Logos endiathetos et logos prophorikos dans la polémique entre le Portique et la Nouvelle-Académie, in
L'animal. (n. 76), p. 259-279.
Hérodote (3, 42} ne mentionne qu'une émeraude à chaton d'or.
3 Strom. 1, 14, 65: flubayépus dé Kata Modvxpdty tov ripuvvov epi tiv ÉENKOOTV
;
devTépavy Ökuumasda ebploxetan.
Cr. Diogène Laërce 8, 3 : éyévet ov Ev Atytati, Onmvika kal [okuKpatyg uitòv ApdAg … Kal EEÉpade tiv poviv ate,
vıdı guvéotnoe Ou’ Emoto
25 Cf. Diogéne Laërce 8, 3; Jambi. VP 2, 11; Porph. VP 16.
Página 20
Ver en el PDF(se abre en una ventana nueva)sympathie." La base de la possibilité de la cognition est la présence d'une notion
préalable, d'origine divine, qui évoque la notion de logos spermatikos des stoïciens
et qui, par rapport aux êtres différents, est nommée par Clément autrement, sans que
ces appellations construisent un système cohérent hiérarchisé."*
La notion la plus importante du point de vue de l'influence pythagoricienne
avec véhémence par Clément, disant que cette sorte de bestialité pourrait
vraiment
établir une alliance avec des cochons”” ou des boucs.
Dans ses ceuvres dominent les passages où Clément parle de l'homme comme
de la créature par excellence raisonnable, l'être au plus haut degré de l'échelle
de la
création. En dehors de la définition de l’homme qui mentionne la raison comme
sa
differentia specifica
on peut citer ici avant tout des passages moralisants de Pédagogue. En rappelant l'image connue des bêtes qui marchent à tête basse, il indique
la
nourriture et la sexualité” comme les buts uniques et vulgaires de la vie des Goya
Coa (et, cela va de soi, des non-chrétiens), au contraire des préoccupations spirituelles de l'homme chrétien, qui est plus proche de Dieu, qui lève son regard vers
le
ciel” (On doit remarquer que la cigale à cause de son chant intelligent. de sa nourriture subtile et sa procréation sans rapport sexuel n’est pas identifiable avec cette
image générale de la béte.)
Quant au probléme du traitement des animaux, et avant tout celui du régime
végétarien, éléments fondamentaux du pythagorisme °° Clément, qui est considér
é
autant comme humaniste qu’ascète.“? postule la nécessité de sanctifier aussi le
corps, mais n'exige pas l’exclusion totale de la viande.
Le Pédagogue se renvoie à la même fois à l'autorité des pythagoriciens et à la
Bible, conseille ce beau régime (kathÒv) aux chrétiens en disant que la consomm
ation de la viande a un caractère bestial (Oqpiwv) et que manger la chair animale
obschez lui est la conception de la Kowvwvia, qui dans les sources est représentée
comme une notion par excellence pythagoricienne.
* Elle est, selon la doxographie
de Sextus Empiricus, fondée sur la liaison de tous les êtres, en mettant l’homme en
parenté aussi bien avec les dieux qu'avec les animaux (dg toùs Heoüg elvai Tıva
KoLvwviav, GAG Kab POS Ta Akoya Tv Canov). Cette communauté des êtres
selon lui sert d'argument contre la consommation de la viande.”
Clement n'utilise jamais directement cette notion de la ressemblance et de la
parenté entre les hommes et les bêtes. Bien qu'il l’emploie en évoquant la communauté avec Dieu établie par son logos,” le terme de Korvivia, employé souvent
dans les œuvres de la trilogie étudié ici, se réfère plutôt à l’unité de la communauté
chrétienne fondée sur la justice, les lois humaines et divines, le baptême et l'amour,
3
Il n'y a que quelques faibles réminiscences qui peuvent avoir un rapport avec
la kouvwvia pythagoricienne. La notion chez Clément se rapporte souvent au partage
des biens, à l’aide des pauvres, à la bienveillance envers autrui, en somme à un sens
de la solidarité, instillé par Dieu à la nature humaine” — cela évoque de loin l'idéal
pythagoricien du kouvà T& piwv." Le reflet de la kouvwviu des hommes et des
animaux figure une seule fois, en rapport avec l’idée du partage des femmes, refusée
189
Dévr l'âme humaine. Néanmoins, il ne qualifie pas la consommation modérée
comme
x
255 Voir l'exemple des huîtres, Prom, 4, 51 : Fokk& dé Bot THY Gury, bod Ode Öpuav Eye
OÙTE dkonv OÙTE LV poviv, oiov Kul TO Tv dutpewv yévos, CAAG Ti ye Kul uüEETUL, mpog de
kal Ti SEA AVR GVWTÜOZEL '
2 Voir quelques expressions: à rapport des hommes en général : évéotuxtai tig àréppou
Beï (Protr. 6, 68) ; KoLvits Evvolag (Strom, 7, 95, 9); Moddmprs (Strom. 5, 133, 7); Heod Euguaug (Strom. 5, 87, 2). Pour les Grecs: Evadoputd tod Adyov Tof Below (Prot, 7, 74); pour les
païens : &ldnolg üpuvpd TOD Head (Strom. 6, 64, 6). Pour les animaux : teal tal Hetou Evvonu (Strom.
5, 87,2).
33 OF Porphyr. VP 19,13: mévru tie ywvopevu Epic Ouoyevñ det voRiteLv. (bepetun vp
els Ti
Erkddu TG OOYPEaTU TPTUS Kopioue TU Otc TuQayapas.
.
U Sext, Emp. Adr. math. 9, 127: ob iv abv arend tov Mitlurdpav cat tov Euredorlée
Kel
TH Anınöov tov “Ttakdy TARO paul pi wóvov quiv mobs àAAfkoee rai pos TOUG Oeoùs elvai
Teva KOLVWVLUV, AARAU Kai TOS The haoya THY Lv. Ev yap Órdgger TVEËpE TO ALU TUVTOS TOÙ
Kóopeu KO Pos TPÔrov, tO cui Evody hûs nos exetva. Dube Kal KTELVOVTES GITE al
TUES vapiiv atv THEPOMEVOL AÖAKNOOREV TE KUL doEpoopey ds doyyeveis Avarpoûvres,
BT Ce Pi. 2, 12, (20: Mupijyuyey
oe ro vévoc Hues Et Kotvervig 6 Beds UbTOS THY EuvTod
TMpOTCPOS HETUOODE KUL KOLVOV THROW Cvilpiomars Tov ÉQUTON Emkovpioug Adyev ; Strom. 3, 4,
32 : dev AE dv TH Gpentt TEPLTATÖREV os COdTAS EV TO perl, Koevawlay EZOREY wet) TON... Voir
aussi Strom, 4, B, 142 He fovoy salutaire). Le Protreprique (2, 25) mentionne une certaine alliance natuvelle de Fhomme avec le ciel (Tus Epuputug ao yuta Tps atipavoy cvOpiutarg Korvervia), qui a été
perdue dans l'obscurité de l'igaurance mais qui va resplendir dans la lumière de la loi.
CE Strom. |, 26, 168 ; 2, 18. 86 : 3, 2, 6-8 (la justice) ; Ped. 1. 6, 50 (le baptême) : Strom. 2,
(8, 87 (la charité).
NCF Péd. 2,1, 1552, 12, 20; 2, 12, 129: Strom. 1,6, 35: 2, 28, BAKS: 3, 12, 87.
AH Voir la note 6.
Acte Ant. Hung. 43, 2003
- Le porc représente de la même façon l'intempérance sexuelle dans le Péd.
3. 11,75: le manque
total d'intelligence (cf. Strom. |, 12, 55, jeter des perles aux pourceaux ; Protr,
10, 92; Strom. 1, 1,2 et
2, 15, 68, les porcs se vautrent dans la boue). Sur l'image héraclitéenne des « hommes-pourceaux
» dans
la tradition philosophique et chez les Péres voir C. VIANO: Herachte et les
plaisirs des animaux, in
L animal... (n. 76), esp. p.192-199 et LE BOULLUEC (n. 6). p. 193,
j
> Strom 3, 4, 28: eis te yupartumela (Ev obv 7 Toukbe elodyei Kowovla Kai. St Gupé-
TOXOL elev autor ol oves Kal of Teriyor...
™ Strom, 8, 6 19: Cov Ovarév, yepoulov, zekóv, Avyuov. L'originalité
du passage est
douteuse.
|
u
nn
ve Sur la lubricité de quelques animaux (Mliyéne, le lapin. le cheval) voir Ped.
2, 10. 85-89.
.
. Péd. 2, 1. 1: OÙ pv où GAO poor Chou, iva ot, GONE Cede.
oyu Cine, ols ohSEv GAA À yerermijp gory à Bloc. iv 88 6 murdayoryog
kat té
Fodleıv nuveryyer
der
iva Crowley. 2, 1,9: Kopd SE GAoyov kad dypetov rat otk avdpehrtenav Bosenneitev
inv Munro.
até very Oerweren tpepeadat, gto BAEROvras vic yılv Tol eK ys del
ral weredi ec Tee Cars
iv kiyvov dunkdt0ovras Coy. TO Ceper Evru0 nov Kerepdtevrec. 2b
14: “Hurts de kal
TOTTI dgrívous, See eed pal, kei Oe olerdrepo, Ön onppoveatepor.
Teyóvanev dt ony
(va Faiantey Ra miveopev, CAN iva pe ris étrev VEYOVOTES TaN Prof.”
|
|
7 ‘Sur l'origine du régime, représenté généralement comme l'idée plus connue
du pytliagorisme,
sur les informations cantradictaires à rapport de son rôle dans te bios pythagoricien
voir BOYANCE n.
203); W. BURKERT 1 Weisheir.…, n. 86 ), p. 22 seu; J-F. BALAUDE : Parenté du
vivant et vegetarisme
radical, in L'animal. in. 76), p. 32 seq.
|
En
2 cr. MARROU (n. 4), p. 197 seg.
.
7 Péd. 2.1, 3.
oN Ped. 2,1, 112 “Kuhr pév ov TO pi puyetv Kpn unde olvev muet" atid Te noie
yet Kab ol and Theberydpar - Onpiev yep kakkov TOPTÓ ye, rai Ne edrudv êrverpirore VokeDEUTÉQUE OVO ETUKOTEL TH iyi, ELA tc Kal totter Hetakonpkeven,
ony fytaptaver. udvoy
Página 21
Ver en el PDF(se abre en una ventana nueva)Les Stromates font remonter cette idée pythagoricienne à la sagesse hébraïque,
en disant que la douceur de Pythagore envers les animaux a son origine dans le nomos, qui prescrit de laisser les rejetons à côté de la mère pendant les sept jours suivant la naissance.” Son raisonnement, après avoir prouvé de cette Façon indirecte la
justesse de cette idée pythagoricienne, bifurque en deux idées opposées concernant
les Grecs.
D’une part, en faveur du pythagorisme, il représente sa bienveillance envers les
animaux comme le point de départ de la bonté d’un plus haut niveau, celle qui est
Le méandre de sa penséc retournant au régime pythagoricien semble rappeler
les leçons du Pédagogue cité ci-dessus. Néanmoins, le KaAöv, Je terme d’&valuation, qui est fondé sur le concept esthétique grec des belles actions, est devenu dans
les Stromates Aöyog evAdyos, une notion qui évoque le vocabulaire du mystère
chrétien. Parallèlement, la tolérance envers les mangeurs de viande semble céder à un
ascétisme idéal. La méthode pour les débutants de la foi conseille l'abstinence de la
viande, en parlant de son caractère bestial. Les notes du vrai gnostique, en répétant la
même argumentation (et cette fois en nommant ses sources, Xénocrate et Polémon),
ajoute la réfutation d’une thèse, laquelle, semble-t-il, aurait été trop difficile pour les
élèves jeunes. La notion de métempsychose comme la raison du régime végétarien
doit être tout à fait inacceptable pour les disciples du Christ.”
En somme, les affirmations citées à propos de l'indulgence cnvers les animaux,
considérée comme un traitement juste et bon, semblent se fonder sur la notion de la
supériorité de l'homme. L'auteur, bien qu’il ne donne pas une argumentation logique
et détaillée à propos de ce problème, utilise l’idée de l’infériorité animale comme
prémisse de ses arguments : la douceur envers les animaux n'est qu'une leçon rudimentaire ; il ne faut pas manger de la viande, parce que cela rend l'homme similaire
aux bêtes.
Bien que Clément, pareillement aux autres Péres, ne parle directement ni des
animaux comme des êtres ayant raison ni d'un régime végétarien qui est fondé sur la
communauté de la raison humaine et de la raison animale," on a quelquefois l'impression que derrière ces phrases qui soulignent la supériorité humaine se cache aussi
l'hypothèse d’une sorte d'intelligence animale. Au contraire de la majorité des autres
théologiens chrétiens, l'exclusion définitive et catégorique de tous les animaux des
êtres dotés d'intelligence, semble-t-il, ne peut être trouvée chez Clément.
Pour prouver ce fait on peut remémorer sa pensée citée auparavant sur l'indulgence envers les bêtes, qui peut être regardée comme fe commencement de la
bienveillance envers des êtres humains et qui évoque un passage de Plutarque. Un
personnage du De sollertia animalium considère la douceur envers les animaux
comme I’ exercice de la philanthropie et de la piété. en attribuant cette idée aux pythagoriciens.”“ C lément n'arrive pas directement à une conclusion identique avec
l'idée antistoicienne”” de Plutarque selon laquelle les animaux ont leur part de la
190
exercée vers les hommes (eic ÂuepÔôtnte tov ävBpwrov KÜTWOEV ANO Tv GA6ywv Cowv évatpébwv). D’autre part, il confronte la justice de la Loi hébraïque
avec l'abandon des nouveau-nés (N TOD naudiov ÉkOeuig), cette pratique alfreuse
des Grecs lascifs et concupiscents, qui ne veulent pas écouter Dieu.” Son argumentation double se fonde autant sur la supériorité éthique de la vraie sagesse sur les
mœurs grecques que sur l'infériorité des animaux par rapport aux hommes. Cette
dernière pensée ne se présente pas qu’indirectement: si Dieu s’occupe même des
bêtes, comment pourrait-on se douter de sa sollicitude envers l’homme ?
La critique la plus incisive de Clément concernant le pythagorisme se lie ellemême au régime végétarien. Dans le VIF livre des Stromates il oppose définitivement l’autel le plus pur des Grecs, celui de l’Apollon Délien avec l’autel sucré de
Pâme juste : leur sacrifice le plus pur, celui non sanglant de Pythagore, avec la prière
du chrétien. Le passage attaque la tradition grecque du sacrifice qui met en liaison
inséparable le phénomène social de la consommation de viande et la sphère de la sacralité. Le sacrifice des païens pour Clément n "est que le prétexte de la oupropuyia,
Venvie douteuse de consommer de la viande.” Son raisonnement capricicux se
poursuit en donnant l’apologie allégorique du sacrifice sanglant qui est prescrit par la
Loi : l’immolation du pigeon et de la tourterelle — des oiseaux qui dans les Stromates
sont liés à la cigale —, offerte pour la rémission des péchés, signifie la purification de
l'âme de sa part bestiale.””
ey putes WETEZETOD, un zeAÔUEVUE HUNDE Cott pevag TE unde ER ULNUPYEV TH Spe « Oene
ver vp alta povıl, "un Everev Bomputug katddue TÔ Epyov Tob Heon" Agyovoa.
Strom. 2, 18, 92: “Epo dE dowel cat Nobluydpag tO fyepov TO mend ta Goya Ou mae
pa tod vopou etÀndtvar. aiitixa TOV YEYYWUETOV KUTÉ Te TÜG Motus RATÉ te TH UT Kal
Boukóhua Tig Tapuypfpa dosages, Hyde Ext Tpodcdoer Duoubv <AupwBavovtus, dotéyrodu
391
raison (petéxerv Adyou ta Lou) et ainsi, d'une image de la vertu ({upaousapedupyopeudey, Exydveny te ÉVERU Kab pte poy, els qepatyta Tov vOpertov LATE dat ty
dhóve wv Cheov Avatpedov. "záproa volv”. drol, “tH TEL Th Exyovov Rv Entd ts npertas
igépas, "Le pendant biblique: Ex. 23, 29; 22 ‚30,
Serum. 2, 18, 93; ET
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EKYOWU, EUÎTOL kuKpóllev KUL TPOPATKGS AVUROMTOVTOG GTV TÜV YPO Tod vroe dais
Strom. 7, 6, 32 (cont): eb HE tig Trw Seat Ott EmupopTicer TH TO Kpe Poser TH
ey. Adyey Tri EvaOYED yaûrer. ob Mdayspas Kal ol. GT cited nv petévoeaey Òverporo-
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De Stream. 7,6, 32: (ka TOV Ev ipzinötaruv Beapov Ev Arde Gyvbv elven TEUprA EU,
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> Strom. 7, 6, 32 {cont.} ott nv yup Keri TOV vógov Ania Tv wept ui evogBevay ftAANyopoTioL, KUGGTED À Tpeyov Ral À AEpLotepee vatêp baptuêv TROOPERÖREVAL TV ATURÉOUPOLY
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deta Ant. Hung, 43. 2003
Aofwrez TAG fc. oki OF Zevorpdrns ie aperarenpevac Mepi. tig cotd Tv cde rpodie
SCF. DIERAUER (n. 226), p. 28. On peut rappeler comme exception les chapitres de Théaphite
tuto.2, 17-18) qui à l'état paradisiaque envisage le compagnonnage des hommes et des animaux et
leur régime végétarien commune.
® Plut. De soll. anim. 959 €: cL où MvOeryogekol ty apde Tú Opie zpaórnta weAactyy
Ë TOLUVTO TMpag TO piidvpurov Kal PLAOIKTLENOV.
"CRD. BABUT: Plutarque et les stoiciens, Paris, 1969, p. Sd seq, et 68 seq.
Página 22
Ver en el PDF(se abre en una ventana nueva)tig). Néanmoins, son vocabulaire a tant de ressemblances remarquables avec celui
de Plutarque que Molland fait remonter l'expression £upaoıg Apetfis, un des termes
de Clément qui désigne la connaissance naturelle des êtres à ce dialoguc.””” On doit
ajouter une remarque importante : le dialogue de Plutarque emploie cette expression
concernant les animaux — chez Clément, le même syntagme désigne une fois l’intelligence de Pythagorc et de Platon.*"
En essayant d'éviter accusation d’un point de vue « panpythagoricien » on
s’empresse de souligner que l’intelligence animale envisagée par l’auteur du De sollertia diftère sur plusieurs points de la tradition (néo)pythagoricienne. Les œuvres de
Plutarque qui traitent le régime végétarien ignorent presque la question religieuse pythagoricienne de la transmigration de l'âme et outre la ressemblance de |’ intelligence
humaine et celle des animaux, se fondent sur la charité comme la raison la plus im-
“|
portante.
On peut citer ensuite un chapitre des Stromates qui donne des arguments phi© L’argumentation part
losophiques concernant les différents niveaux de la raison.
des capacités mentales des animaux pour arriver finalement à celles de l’homme. Xénocrate — l’auteur cité par Clément comme le philosophe qui peut donner de vraies
raisons en faveur du régime végétarien, au contraire des idées fausses de Pythagore —
espère la présence d'une connaissance de Dieu (tept TOD Deiov Evvoua) chez les
animaux. Démocrite, malgré lui, doit admettre chez les bêtes l'existence d'images
d'origine divine, qui sont identiques avec celles chez les hommes." Alors, continuet-il, il est nécessaire que l’homme, ayant une essence plus pure que des animaux, participe de la connaissance, La chaîne des arguments, qui emploie des affirmations des
pythagoriciens, de Platon et d’Aristote afin de parvenir au christianisme, s’avance,
peut-on dire, parallèlement au cheminement de la connaissance des êtres irrationnels
vers la raison humaine.
2% plu. De soll. anim. 966 b: … ol MrAduodor deikvioun TH [te] HETEZELV Aöyov Tè Cou,
mpodéoets elol sul zupuureval Kal pvijar Kui skin KUL Tékviny ÉTUUÉRELU Kal zdputes ED TaBóvterv Kal pvyouKuKian tpdg TO Aumijoay, ET EbPEGELS TOV AvayKuiov, ÉMDAOELS Gpetiig, olov
dvòpeius Kowviovlag eyeputelas peyakoppoctivng. 970 e : aw ÉGTL dE PUdiS TV EdMUdY Gov
ApÜSLV etpely midis ÉREUULV boertig Eyoudav.
“2 MOLLAND (n. 9), p. 136.
U Strom. 5, 29, 4.
#1 Voir D. TSEKOURAKIS : Pvthagorism or Platonism aud Ancient Medicine? The Reasons for
Vegerarianism in Plutarch 's Moralia, ANRW, Berlin-New York, 1987, 2, 36, | p. 366-393.
“Strom. 5, 87, 3: Kußdkon yor Ty Tepi Tod Velou Evvoluv Zevaxpatyg O Kadgnodvos
vi earekticer Kul Ev taig dGAdyous Georg, Anplokpetos dé, REV an) Oek, OpoAOYrGEL dd Tv dko-
Aoudluv Ov deypdtuv Ti yüp UTC TerolnKev elòuha Tuig ÉVOPEOTOLS APOUTIATOVTE EU tats
GOOLE Goes aT Tig Heiag olloius. TOAAOT ye det Gpowpoy elven Ueius evvoiug Tov ävhporov,
GG ve Kul tod eppuanpatog Ev TH YEVÉGEL WeTUAC ely dvayeypuattar, KAÜUPWTERUG OÛGIUG Tupi
Tú GAG Lu netuoyuv. Evredev ol pi Tov TMudayoouy Beier noipa Tov vonv eis àvüporous
ike pau Katlatep húrew kut "Aptutoreäug Oazoyo Buty Auyoûow.
“3 La phrase de Clément évoque V'anecdote transmise par Elien au sujet de Cléauthe et des fourmis, qui fut contre son gré contraint de concêder que les
aux ne sont pas dénués de raisonnement
Tot Kal ékcive Aoywopteû gij Stupuprüveiv, voir la même anecdote chez Plutarque, De suflert. 967 e.)
(ct! De nat. anim. 6, 50: KAedvönv … watnviykuoe cul dkovta elzen Kat dtoutivar tis G
Acta Ant, Hung. 43, 2003
ORDRE MUSICAL ET SAGESSE INSTINCTIVE
193
Un autre concept remarquable, concernant le langage qui est une des plus importantes composantes de n'importe quelle intelligence. Clément, d'après Platon
admet l'existence des dialectes animaux, qui servent de base de la communication
parmi les groupes homogènes. "* Clément cite à titre d'exemples des éléphants, des
scorpions, des poissons, mais ne mentionne pas les cigales.
Il y a des passages chez Clément qui en mentionnant des éléments communs de
la condition humaine et animale, placent dans certains contextes les animaux à un niveau plus haut que l'homme. Il s’agit en général des passages fortement rhétoriques,
dans lesquels son artifice d'éloquence, épouvanté par la vue des mœurs contemporaines, oppose le comportement vil de certains humains à la vertu de certains animaux, ou plus précisement, aux simulacres de la vertu présents chez certains animaux. Ainsi, une phrase du Pédagogue (qui est tout à fait contradictoire avec son
raisonnement sur la lubricité animale) pose l'abstinence sexuelle des bêtes pour un
En méme temps la majorité des métaphores animales employées par Clément
parangon de la vertu humaine."
est fondée sur son principe de la supériorité humaine. Le début du Protreptique appelle les hommes les plus pénibles de tous les animaux et énumeére leurs fautes morales avec l'aide des figures animales, connues des lettres grecques autant que du
bestiaire biblique." Les frivoles sont représentés par les oiseaux, les trompeurs par
les serpents, les violents par les lions, les voluptueux par les cochons etc.” On peut
ajouter l’image de la taupe, employée pour représenter des mortels qui passent leur
vie en mangeant dans le noir,” ou d’autres êtres humains qui vivent comme les escargots et les hérissons, en se repliant sur leur existence charnelle, et qui imaginent
Dieu sur leur propre modèle.”
Néanmoins, il y a des chapitres où figurent des animaux tout à fait différents de
ceux cités ci-dessus. La vérité est représentée par l'abeille pure.” et vers la fin du
264 Strom. 1, 21, 143: oletan (c-ä-d. Platon) HÈ Kat GAGyov Lomv burkékrous elven, Ov TU
duoyevh Emaxotiery … où Oy zov vette dpavel tev ddeyen Gov Keyponuévey ODÒË iv ta
oper anvaovtovoplorv. GAA’. olpar. ti oixeiq ÖtnAekten.
2 Péd 2, 10, 95 : “yer tive kiupov eiflerov els atdpov Kal Ta Goya tv Gede. Voir la
Me Voir Strom. 5, 8. 52. Clément, en interprétant les tabous alimentaires du Loi (qu'il ne met en
note 244.
parallèle directe avec les pythagoriciens) considere les animaux interdits comme les représentations des
fautes humaines : vat yoy Otay Apr "où péyn Tov detév, tov A drtepov Kat Thv Léttvov ged TOW
Köpakee", “ud KoAAnbrion. broiv, oùde Opoumärın tote GvApmmorg TOUTOLG, of OUK Toda Sue
rovan Kat Lapmtus zopiGeuv Fauvrote Tv tpopiv, AAN Ev Gomer Kal dvopia Biodeiv * detög
L.
nev yop Comey, OZúmtepoe O€ Gdtuciav Kol mAgovegiav Ó KDE [UNE
27 Prot, 1.4: Mavos vor TOY IUHROTE Te Gpyokedtata Anple, tale avéparonc, ÉtiBttGENEV. STTVG (EV Tore Kotperg AUTO, ÉPRETÉ SE Tog ATatedvag. Kai A€ovtug HEV Tots Huturobe, mag DE Tals Toovuraiig, Minos DE TOÙS HPTURTIEONS,
WK Prot WL, VIS > TH TEAEOV veodoi Kal Trial vale ot omihaces ofSév GALo À éatlovTES EV GKOTOD DUATÜGHE, TepeKuTappeavtes TA pUOpee.
Sram, 5, 11, 68 : où de mieren TAY Open TO Nvntov Evonepever kuhistep of KOy-
©" Pros. 1,6: Karta pv yap Tv avdpennten Emßögreren pQopayv. À dt dArderud. Garep À
Man cal teoì ths UOTE ekpriolug Homep ob Fyivor apulpndoy eihotpevor Wepi TON Lakaplon Keb
CupOcpton Yeon our lta ala wek wept uitv heEdtevanv.
mates, en dehors de l’image de son maître représenté comme abeille (voir la note 117) se réfèrent deux
RÉÂUTTO Aameervarévij TV ÉVTEN oùdév, ERL ROIS TiS OvOpeoterv GYAARETEL owenpiag. Les Stro.
Página 23
Ver en el PDF(se abre en una ventana nueva)Protreptique Clément donne le makarismos de certains bêtes, qui sont plus bienheureux
que les hommes vivant dans erreur, parce qu’ils ne sont pas encore chrétiens. Le
manque de raison chez les animaux, considéré comme une imperfection au premier
coup d'oeil, est équilibré par un manque paradoxalement positif, "absence d’un comentière. Donc, cette narration simple (pour un lecteur, on peut dire, neutre du point de
portement prétenticux envers la vérité. Cette absence bienfaisante les délivre des fautes
graves, de la flatterie, de l’idolâtrie, Faute de raison ils ne peuvent pas connaître Dieu,
mais, en levant leur regards vers le ciel (le contrepoint de l’image citée des animaux
à la tête basse), peuvent être touchés par la grandeur, et ce bouleversement spirituel
peut être considéré comme le pendant rudimentaire de l’effet que le croyant vit en
rencontrant Dieu. Apres cet aveu, il reprend son anthropocentrisme d’allure chetorique et stoïcienne, blâmant ses prochainsà cause de leur comportement bestial.””
Il semble alors, qu'il existe, selon Clément, un sorte de kvinonia spirituelle qui
est présente aussi chez quelques animaux per definitionem sans raison, que chez certains hommes, qui sont per naturum des êtres raisonnables mais qui n'arrivent pas
toujours a la connaissance de la vérité.”
VII. L'IMAGE DE LA CIGALE
DANS LE LIVRE VE DES STROMATES
L'hypothèse traitée jusqu'ici concernant l'existence d’un pythagorisme particulier chez Clément qui en dehors de la notion d’un Créateur unique se fonde sur la
notion métaphysique de la musique et de l'harmonie, peut être justitiée par des arguments repérés dans un passage énigmatique des notes gnostiques.
Le début du V* livre des Stromates avec sa cigale d'un point de vue purement
thématique est le pendant du mythe d’Eunome. Néanmoins, les deux textes semblent
avoir peu de points communs. On a vu que le récit du Protreptique sur le musicien et
son teftix, raconté pour attirer la curiosité des Grecs lettrés vers une culture étrange,
semble avoir une lecture double. Il est une jolie histoire paradoxographique, une
trouvaille rhétorique, qui se fonde essentiellement sur une tradition grecque. Cependant, ce récit peut évoquer des réminiscences appelées généralement pythagoriciennes, et ouvrir une voie vers l'interprétation des notions musicales de l’œuvre
tois aux proverbes de Salomon (6, 6} en plaçant l'abeille laborieuse comme modèle éthique (4, 3, 9:
tabe”. pot, "Apos toy pipe, O ÖKVIpE, Kat NEALTTNS yevaû nadıytas," ef. 1, 6, 33). On doit remarquer que ces passages célébrent aussi la fourmi à cause de son travail zété. Néanmoins, le contrepoint de la cigale de la fable figure deux fois dans des contextes nëgatits, dans la généatogie ridicule des
Myrmidons (Protr. 2, 39) et parmi tes chercheurs ct les collecteurs des choses inutiles ou nocives (Ped.
2,12, 120).
U Protr. 10, 108: "Q pLukapuitepe tig Ev dvdprous Thavys TH Onpiu * ÉTUVÉRETUL Tv
dyvvotuv, GG pels, obZ brtorpiverea DE Tv Abe > iik Eure meg wntoîs kokdkwv vévn, où
devordrjovedoÛr Lgbttes, QUK ELOMAOAUT
PEL TH Öpver, Eva OVO EXTAIPITETUL TOV ovpuvóv, drei
Hedy vohvar pi ativutae darnBueva ron hdyou. EIT ook aloyúveube Kul thy dadywv aig
adtate dkuyotépons TETOLAKOTEZ, OÙ deit Too NTE HUY EV ADEOTATL KUTUTÊTDUDDE;
° Clément représente aussi les hérétiques comune des êtres sans raison, voir Ep. her. 51.
Acta Ant. Hung. 43, 2003
195
vue de la tradition philososphique-religieuse) est en même temps indicatrice d’un
sens caché {pour eux qui ne sont pas indépendants de cette tradition).
Dans les Stromates, au contraire de la narration fermée du Protreptique, à propos d’un symbole pythagoricien on peut lire des phrases mystérieuses, détachées de
leur contexte, sur quelques oiseaux et sur leur victime, la cigale qui est mise en parallèle avec le logos. Le sujet, l'interdiction pythagoricienne de l'hirondelle, est étayé
par plusieurs raisons qui remontent à la tradition grecque: l'oiseau est bavard, le
mythe de sa métamorphose rappelle les gestes terribles de Térée et de ses femmes,
enfin, il détruit les cigales, ces êtres musicaux.
Avant de tenter l'analyse de ce passage, on doit ajouter quelques mots concernant le discours énigmatique des Stromates, qui semble être la base de l'approche de
chapitre. Il paraît que parallèlement à l’Ecriture qui non seulement contient toute la
sagesse mais aussi explique les éléments parfois contradictoires de cette sagesse en
interprétant elle-même," ce sont les Stromates eux-mêmes qui peuvent donner, sinon des clés, au minimum quelques suggestions pour aider à la lecture de ce passage.
En dehors de la notion de l'œuvre qui s'explique, les Stromates ont d'autres traits qui
les lient à la Bible, au moyen, peut-on dire, de la relation platonicienne de l'idée et de
son reflet.
Le premier livre, en présentant la particularité des notes gnostiques, souligne le
caractère double du texte : le discours de Clément, à la fois se cache devant la foule
et se manifeste pour peu d'hommes (1, I, 13): 16 tois moÂAÂoîc KPUNTOV, TodtO
rois Odlyous pavepôv yevrioetan. Les mystères de la vérité seront transmis mystérieusement, dit Clément, afin qu'ils soicnt dans la bouche de ceux, qui parlent, ou,
plutôt non pas dans leur bouche, mais dans leur intelligence.‘ En ce qui concerne la
révélation de la vérité ou plus simplement les types de la communication de la sagesse, Clément évoque et en même temps surpasse la notion platonicienne du Phèdre
sur la supériorité de la parole sur l'écriture, en postulant une transmission des idées
sans voix.”
7° Voir la métaphore de SIMONETTI sur la structure de l'Ecriture (Quelques considérations sur
l'influence et la destinée de l'Aexandrinisme en Occident, In. Alexandrina (n. 35), p. 393): « un tout
organique et cohérent, comme un instrument de musique qui produit des sons differents, mais en harmonie les uns avec les autres ». Le passage répète une phrasetinspirée par l'image de la lyre (Strom. |
13, 57); ion dE ee A tory evevtic TH vern ovaa, OAN tube)
ve appavia nic,
Sram. 1,1. 13: CAC yap tet geert rige. HLEOTUKES mapedidore. iva À Ev ordete ÀdHOV TOG is (i in Aakelten. UCALOV dE OOK EV Merve, GAA Ev TAL vortalen.
©
L'image du semis ct du bon cultivateur. employée plusieurs [ois dans le I livre des Stromates
à propos de la transmission de la Sagesse, évoque la métaphare agricole de Platon qui oppose lenscigncment oral (le travail soigneux du philosophe-semeur) au jeu puéril de l'écriture (la beauté éphémère des
jardins d’Adonis), voir Phedr. 276 b. Clement semble partager l'avis de Platon sur la relation de la voix
et des lettres, voir Stront. 5, 10, 65. - Sans vouloir prendre de position dans le débat sur le genre littéraire
et le niveau l'achèvement des Stromates (sommaire et corollaire d'une trilogie au aide-mémoire, docuMentation préparatoire, amas incohérent d'esquisses inachevees ”). on doit remarquer que selon cette conception de la communication l'hypothèse d'un résumé gigantesque malheureusement non achevé ne
semble pas vraisemblable. Un discours humain fermé et entièrement rédigé non seulement donnerait la
doctrine pour trop accessible, mais malgré lui modifierait et simplifierait la pensée origine divinement
inspirée. On ne peut qu'épouser l'opinion des savants selon qui Clément emploie intentionnellement la
Página 24
Ver en el PDF(se abre en una ventana nueva)Il semble, que Clément, en faisant chemin vers ce communicatio totalement
ment, il peut contribuer à construire un discours, un système de signes, qui à cause de
intelligibilis (laquelle est, par ailleurs la base de son idée sur la prière muette et continue), prend en considération les possibilités de la parole humaine, et ne trouve
qu’un seul moyen sémantique adapté, celui de approche énigmatique par images,
par métaphores et avant tout par symboles. Le symbole, cet outil archaïque et universel de la communication est connu chez les Barbares comme chez les Grecs.” Le
symbole est la base de la vraie théologie, de la piété, en même temps elle est une pratique de l'intelligence et du style.’”” En outre, ce qui est le plus important pour Cléprêté par les mêmes moyens herméneutiques.
sa duplicite littéraire-allégorique approche Pesprit de l’Ecriture, et qui peut être interpar Clément aussi au discours des Stromates. Selon les premisses classiques rédigées
En admettant que l’auteur des Stromutes essaie de produire un texte qui parle
de l’Ecriture à travers un langage que l’Ecriture elle-même emploie, il ne semble pas
totalement impossible d'adapter les moyens du rapprochement du texte sacré établi
Clément, en reconstruisant la révélation de la vérité et la transmission de la sapar Mondésert, « dans l'Ecriture toute expression, chaque mot, chaque lettre a sa
raison d'être », parce qu'elle « en tant que parole de Dieu, ne peut rien contenir de
banal, et si le sens premier n'exprime qu'une vérité toute ordinaire, c'est qu'il cache
un sens second ».”"* La capacité herméneutique du symbole se fonde sur son caractére double à la manière platonicienne, étant à la fois sensible et intelligible. Sa lecture sensible est accessible pour tous, avec des références naturelles parfois puériles,
qui donnent un sens « momentane, temporel, adapte à la faiblesse de ceux qui peuvent l'entendre ou le lire ». L'aspect sensible indique une autre signification, un
« sens durable, éternel, qui est la nourriture des vrais gnostiques ».°7 Le symbole
cache la vérité en la révélant exclusivement pour les initiés qui se chargent du labeur
du cryptage."
gesse divine chez les nations, considère les hiéroglyphes des Egyptiens et les sym-
CH. Strom. 5, 4, 21: Mevteg obv, ths émos elneiv, ol Devaayioavtes Binßapot te Kul
forme ouverte des notes, laquelle est parfaitement convenable à son « esprit de recherche, qui ne considere pas la vérité acquise comme un fardeau inerte, mais comme un point de départ pour des découvertes nouvelles » (E. MEHAT : Etude sur les Stromates de Clement d'Alexandrie, 1966, Paris, p. 537.)
Voir aussi le portrait de ce chercheur infatigable et libre de tout dogmatisme chez H. V. CAMPENHAUSEN : Les Peres Grecs, trad. O. MARBACH, Paris, 1963, p. 35-47.
TEAAnves Tus pv dos THv Tpuypdütiov coterpinpavto, Tv dè dANDeErav aiviypaoı Kut cuppokous üRkıyoplaus TE Ad Kal peTaoputs Kab TOWITOLS HOL THÖFOLG TUPUdEDHEUULY.
DCE Strom. 5, 8, 46 : Npisuuhtatov Cpe TO tie GUUBOALKIS Enyinveiaz eldos tug TOAAd,
Kui TPÒs TV Ògsbijv Veukoryieev cuevepyoty Kui mpog evdEBEUIV Kal Tps eioeev vvéoewg cub
ape Pouguhoyius doxyouv Kui coping Evdeiäiv.
8 CL MONDESERT: Essai sur Clément d'Alexandrie. Imroduerion à l'étude de sa pense religieuse d partir de l'Ecriture, Paris, 1944, p. 137-138
(n. 378), p. 141-147.
CE MONDESERT
intention bien arrêtée comme la condition indispensable de chercher ta vérité voir Strom,
Mg
5, 1,11: Tv tionv totvuy ofk dpyqv cai göviv, add ctv OntrjoeL DEV apoBuiverv pane,
Ménandre (5,1
, Platon {5, 3, 17).
Concernant la fatigue des recherches, Clément se réfère aux pensées de Sophocle (5, 1, 11 et 5, 4, 24),
steta Ant. Hung. 43, 2003
ORDRE MUSICAL ET SAGESSE INSTINCTIVE
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boles grecs comme des moyens au fond identiques à celui de occultation théologique dans la Loi et dans les Evangiles. Moïse en Egypte en dehors des arts libéraux
apprend aussi la philosophie exprimée par les symboles des hieroglvphes.””' Clément
ne mentionne pas ici le pythagorisme. Cependant, il est vraisemblable qu’il connaît
avis de Plutarque, qui, en parlant du séjour de Pythagore en Egypte (le Grec, admirateur des Egyptiens est lui-même admiré par eux) met en parallèle des hiéroglyphes
et les akousmata de la doctrine pythagoricienne et mentionne les traits communs de
ces deux systèmes de si gnes.*?
Autant que Plutarque souligne la réciprocité de l'admiration des maîtres égyptiens et du sage grec. pour Clément, Pythagore, le circoncis, est avant tout disciple de
la veritas hebraica. Cette dépendance devient la clef de voûte de la propagation de
la vérité chez les Grecs, en transmcttant la sagesse par un langage symbolique. Il
semble que dans ce cas la forme pythagoricienne est encore plus essentielle pour Clément que son contenu, la pensée. Auparavant on a tenté de mettre en évidence l’importance particulière de quelques notions pythagoriciennes (la musique comme un
aspect de la création divine, de l'ordre du monde, la communauté pythagoricienne
comme une communauté religieuse) dans la pensée chrétienne de Clément. Or, c'est
le langage symbolique, qui est sans aucune doute la contribution la plus remarquable
de Pythagore au projet divin de la vérité. C'est le code symbolique, qui peut rendre
possible de regarder le texte des deux Testaments comme la révélation d'un plan divin,
et c'est la symbolique pythagoricienne qui garantit la possibilité de présenter la pensée de la Bible aux Grecs, de leur montrer que « au-dessus et plus ancienne que toutes
leurs mythologies et tous leurs cultes. il v avait la religion du seul vrai Dieu »2M
En retournant à l’image du terrix dans les Stromates : le passage (5, 5, 27) est
une séquence des citations bibliques et classiques, qui sont placées, les unes aprés
les autres, sans argumentation raisonnée évident, accompagnées d'un échange de
point de vue continuel entre les deux registre de référence, celui de la Bible et celui
de la tradition grecque. Le texte manque d’interpretation : le chapitre, au lieu de se
terminer avec une explication, on l’admet, simplificatrice, se coupe brusquement en
employant des citations obscures à propos de certains secrets. On cite l'avis du commentateur : « les références à des textes différentes s entrelacent etfinissent par effacer les distinctions dans l'unité d'un discours entièrement svmbolique. où le com-
"Strom. 1, 23, 153: Ev di nhukiet yevöpevog MONTRENT te kad yenperplav uO utp TE
mentaire, très bref, se confond presque avec les citations ye
En rappelant le résultat des chapitres précédents. après quoi la pensée pythagoricienne — presque sans exception — fait une partie importante dans le discours vrai
au
Keil GPNOVUCHV ETL TE KETDUEËY Cp Ka poverty Tapie Tals MOATKEROMIV Alyuntlov LOÖLGKETO
NL plut. De Isid. 345 €: ALTE
oftos, og Lorre. Mcutaroleis Kai Dunmndsac TONG üvöpag
Kl TPQGETL THY SUL Gupfékev priaoapiuv, iv Ev Trois iepoyAuikois pppu EMWFLKVOVTEL.
ARENHUGETO TO UU POALEOW rv Red LIOTNPLNOFZ Avequzaz aiviynaae Tu dóypate | TOY zip
EUROPÉEN LEPOYAHDLEDY Ypuppitev vòbiv (oTOAELTEL To TOAkcı TOV The oplR Av Trek
Hates...
MONDESERT (n. 278), p. 147.
M LE BOULLUEC (1. 6) p. 117.
Página 25
Ver en el PDF(se abre en una ventana nueva)l'hirondelle de la maison, est considéré par l’auteur comme un morceau de la sagesse
sur Dieu chez Clément, on peut supposer que ce précepte allégorique, qui expulse
dvaotévrag EE eùvis TH OTPWHATA) — un mot assez remarquable dans une œuvre
commune. Or, parce que les affirmations suivantes, qui peuvent servir de l’argumentation afin de prouver la vérité de l'interdiction du Samien, sont dépourvues de
marques évidentes d’une cohésion logique, c'est le lecteur lui-même qui doit conjecturer le raisonnement. Clément ne donne que des informations détachées, la reconstruction de l'argumentation, l'analyse des preuves est le devoir herméneutique du
lecteur.
Le chapitre analyse une des phrases énigmatiques de la tradition pythagoricienne, nommées symbola ou akousmata, considérées généralement comme les devises allégoriques de cette communauté ascétique, transmises par la tradition biographique et doxographique. Celui-ci n’est pas le seul svmbolon qui se figure dans les
Stromates. Le début du premier livre mentionne un autre, qui, au lieu de décharger
* Dans les
des personnes surchargées, conscille de leur ajouter d’autres fardcaux.
chapitres du livre V se lit une petite collection des symboles, parmi eux par ex. un,
selon lequel après s'être levé, on doit chiffonner les couvertures (5, 5, 27: TUPATTELV
intitulée ainsi.
Même si le sens de ces symbola n'est pas toujours clair, leur fonction dans le
discours de Clément semble être évident : ils passent pour les manifestations grecques
des préceptes moraux, donnés et prescrits par Dieu à tous, préceptes qui ont été
retenus aussi par les pythagoriciens quasi-croyants. Comme la notion de la surcharge
réprouve la faute de la paresse (notamment l’indolence spirituelle du gnostique envers la connaissance *?), Clément fait ainsi remonter des autres symboles, mis en
Ce symbole, posé au début du chapitre et traité de façon détaillée, semble être
parallèle avec les passages de la Loi, à l'éthique humaine.” Au lieu de développer le
sens de chacun symbole on se contente ici d'essayer d’analyser celui de Phirondelle
et de la cigale.
particulièrement important pour l’auteur. En comparant l’image du tettix avec les
autres symboles. traités plus tard dans le livre V, il semble qu’on y retrouve la prédominance de l’esprit grec. Clément explique les autres symboles par des citations
|
.
29 Sur les collections anciennes et bes interprétations modernes voir le résumé de H. D. SAFFRAY :
Une collection méconnue des svmboles pythagoricicns, REG 80, 1967, p. 194-201 et LE BOULLUEC In.
6), pP. 116-118,
WO Spam. 1, 1, 10: dropte yup &tuprety fob] dixsuov. üpylav dE &poduigev où kahóv N
cal poptioy cuvemtWevat LÉV eÜhoyov, Guykalkupeiv DE of zooorkerv 6 Tlvdayöpug éheyev.
SF Cf Porph. VP 42: poptioy dé OnvavanıdEvan fev Tots Justagovaiy, dueyradaupeiv dé
ai, OL où nuprjver undevk pds Past, CAA PO dperiv ovpotpdttery, et Jamb, VP 18, 84:
(poptioy wi) vyzußkupeliv, où yap det altıuv ylveotk TO yu) TovELV, auvavarıdeva. DE, Hier.
Coner. Ruf: L. 3: oneratis superpanendum, onus deponentibus non communicandum, id est ad virtutem
incedentibus augmentanda praccepta, tradentes se otio relinquendos. Selon SAFFRAY (n. 285, p. 200) le
symbole déconseille le suicide (?).
28" Voir Strom. 5, 5, 27-28 : Ug zÚrpae apHelans and Tot mupds tov EV TH aTOdG TRE LA
Gmokumteiv, CAG ouyzetv (ef. Eph. 4, 26, Ex. 20. 17); Tepattewv dvuurdvrag ES eùviG tl Gtpur
patu (ef. Ps. 4, 5); et vûg pup Tasty (ef. Mr. 19, 23 ; Me 10, 23 : Le 18, 24) ete.
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ORDRE MUSICAL ET SAGESSE INSTINCTIVE
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Cf. Élien, NA 8, 6 : AP 9, 122: Plut. De sollerr. 976 d. (Plutarque ne mentionne la cigale dans
bibliques, qui sont considérées par lui comme les sources des idécs pythagoriciennes,
car elles ont des significations a peu prés équivalentes aux symboles de Pythagore.
Or, dans le cas de la cigale, il wy a pas de parallèle biblique, parce que‘l’image de
l'animal ne figure ni dans Ancien, ni dans le Nouveau Testament. En conséquence,
au premier coup d'œil, le texte qui emploie l'image du terfix, ne peut être perçu
comme I’analogie des passages bibliques inspirés de Dieu. Ces derniers, selon les
traditions de l'interprétation allégorique d'Alexandrie, avec l’aide des phénomènes
tout a fait ordinaires, comme par cx. la métaphore animale peuvent transmettre des
éléments de la sagesse divine. Néanmoins, Clément essaie d’integrer cette image particulièrement grecque dans la pensée biblique en produisant un contexte quasi-inspiré
qui peut devenir le sujet d'une analyse semblable à l'herméneutique de |’ Ecriture.
ll ne faut pas chercher longtemps sa source grecque : l'hostilité de l’hirondelle
envers la cigale est un sujet connu dans les lettres hellènes.* Clément lui-même, en
traitant l'interdiction du Samien, renvoie aux Quaestiones conviviales de Plutarque.
mentionnées déjà auparavant à cause de leur importance par rapport au pythagorisme. Selon la scène, parmi les invités du symposion organisé en l'honneur de Plutarque figure aussi un pythagoricien. Sa présence et le régime végétarien d'un autre
hôte dirigent la conversation sur les doctrines pythagoriciennes, ainsi, sur leur abstinence par rapport au poisson (728 c”*') et sur Phirondelle, bannie de la maison par la
doctrine tout comme les rapaces.”
Autant que la nécessité d’une lecture allegorique du symbole concernant la
morale humaine est évidente pour tous les invites,”” les raisons de la prescription ne
sont pas claires. Malgré l'avis des anciens, continue le narrateur, l'interdiction ne
peut pas se rapporter aux personnes indiscrétes, méchants et babillards, parce qu'il y
a d'autres oiseaux, qui sont beaucoup plus bavards que l’hirondelle.””
HU
ov COLVES Kal
son traité qu'une autre fois, concernant sa vue faible, en revanche il ne parle pas de sa musique). La cigale comme victime des autres oiseaux rapaces : Plut. Vie de Srila, 7, 5. Selon une tradition connue (cf.
Elien fr. 80 ; Plut. De sera 560 e ; Hésych. T 669) Archiloque le Tertix, a été tué par un guerrier nommé
Korax. Les autres sources sur la mort de Tettix-poète (Galien, Origéne, Eusèbe, Libanius) voir: H. V.
PARKE-D. E. WORMELL : The Delphic Oracle, Oxford, 1956, Il, p. 3-4.
™ Sur le problème de la relation entre les textes de Clement et de Plutarque, voir K. HUBERT :
Zur indirekten Überlieferung der Tischgespräche Plutarchs, 1 73, 1938, p. 307-328. Le savant, qui souligne la prédominance d'une populär, stoisch gefärbte Philosophie (p. 324) dans l'œuvre de Plutarque,
dans le cas de l'hirondelle n'exclut pas la possibilité d'une dépendance directe (p. 323) : « Hier hleiben
Zweifel, ob Clement selbstständig, mit Verwendung anderweitigen Materials Plutarch hearheitet hat
oder heide aus derselben Quelle schöpfen ».
1 L'analyse du passage voir chez E. DE FONTENAY : La philanthrépia à l'éprenve des bêtes, in
L'Ammalt… (n. 76), p. 294 sqq.
WE Ouest. com, TT 0: kat TO TOY yeludóver ITonluv eve LÖUKEL.
DiAtowdperrav ripyeslen. Tots YH Par nZaug Oaks, ÜypumTäTtorg OMY KC
Nl Quaest. conv, 728 a: det tee Tate un Kat etOvnpiay AA
Eppoers FTÉPov ev EtepoLs Heepety, 728 bs enNepats ydıpı FON tote CAG ay podorg TNOHT|
|
yov. Outes Eeue TOLOULE VOL Tig ANGELS HO TOV.
4 Ouaest. conv. 727 I: Kad yüp ar preven tives TAY TAG GovTo AGELv TO aúugdokov. de
Rpbs Tong dueBkare eal pwtipous Tv omver veypévov, old avrag 6 AEGKLOG ÉSUKNULEV gerer ev yeep rare zehidhve peteate. Maude <dE> Kal srakvpervlaz of pedkov A EÜTTOLG
wad TÉPOLEL Kal dheKtopiouv.
Página 26
Ver en el PDF(se abre en una ventana nueva)“CF. Philostr. VA 6 LE: yAhrtdv re dic Mparog aväpenmev Suveaye Boûv Er atti Gussie
Shot Soy...
Soph. oc 1052 : genou chs ÉTÉ YAdwan Béfure Tpactéadav Eittolmadv,
WCT. Esch, Agam. 36:37: 9" fake Gwe > Bots Em, yAdooa péyac’ ! BEBnkev. Voir aussi
WE La citation inconnue évoque fa pensée arphive-pythavoricienne, ef. LE BOULLUEC Im.
6).
p. 118. La citation d'Eschyle : Ir. 316 Radt, Ir. 626 Mette.
"CH Hide 9 311.
La phrase évoque les périodes de la vie des oiseaux. te temps de leur Migration, du commencement printanier du chant. Un parallèle à cette pensée se trouve dans Le Chant des chantes 2, 12: fa tourterelte
pressent l'apprache du printemps. Dans Ja tradition grecque, autre te rertix. Phéraut par excellence du
Soleil, ce sont Vhirondelle et le rossignol qui saluent le printemps, le retour du Soleil. voir
Je fameux
Chant de Phirondelle de Rhodes. C'est remarquable, que l'hymne d'Alcée ; Apollon (fr. 307
PMG)
figure ensemble le rerrix et le chefidon, qui chantent en attendant te dieu du soleil.
MCF Jér. 8, 7: Kal i demòa Ev tH atipaye Eyva rv away arg Touyd cat cere
Ayo oTPOLALE EpiRukav Kutporis elude dit. à he Aude pou où Éyve TH kplgere Eyton,
Ent yAwooa phat.) Les mots d'Eschyle sont remarquables. Leur vocabulaire
évoque le monologue du messager d' Agamemnon,“ l'expression de bœuf sur la
langue. Le sens des mots: le fardeau du secret empêche la parole de dénoncer la
pensée. L'image est renversée dans la biographie pythagoricienne de Philostrate, qui
la regarde comme la manifestation métaphorique de l’ordre du silence.”
weiov emt YAWOGOAG, À outer now. Ö te Aloxúhos: BAN Kote küanol KÀeis
cernant les victimes de la oapkopäyıa, le contexte religieux est loin de disparaître,
car le persécuteur de la cigale devient celui du Logos.
Le chapitre néglige les autres arguments de Plutarque. Clément finit le passage
avec deux citations poétiques, qui se rapportent à la nécessité d'occulter les secrets.
(vai tév "OAUNNOV KOTUÖEPKOHEVAV OKNTTODXOV “Hoev Eotı pou motov tee
TETTLYUS TOÙG KOVOLKOVG, Kev ÜWDELODK dikavac 6 dudKtys tot Aóyov. Bien
que Clément omet un des deux adjectifs (Lepoùg kal povorkoùc) de Plutarque con-
Enfin, toujours dans le contexte pythagoricien, il mentionne comme raison finale le caractère meurtrière de l'hirondelle et ses victimes: Suet de pa Kat
Tetat tov Mavdiovoc, dpooolo0ar Kia <ÖLd> th en’ Ékeiva Opvhovpeva ndOn. ÉE Ov tOv Tnpéa Th pèv nadeiv, te SE koi òpâaar MUpecdrpaerv.)
Lif KOL TOEN
TE maprwevor üAAoBev GROS." À xeAuöhv SE, À TOV OOV aivir-
TOVYMV LELPEews Katakakrav dyúpiotov Eudeivouaa EIKÖTWG EBOLKiGetan we
291
PATAKI, ELVIRA
200
La deuxième raison est refusée de la même façon : si le symbole voulait évoquer te mythe affreux de Térée, il devrait exister aussi des interdictions similaires
concernant d'autres personnages de l’histoire, le rossignol et la huppe.”
cigales sacrées et musiciennes (727 e) : Cupkopayos yap Eotıv Kal KMOTA TOÙG
La troisième justification, exprimée par le pythagoricien”” se fonde sur le régime végétarien. L'oiseau est un meurtrier, qui commet un sacrilège en mangeant les
terclle (tovymy) ct les autres volatiles des champs connaissent le temps de leur arrivée (kapong eiaddiv).”” Or, au lieu de continuer la prophetic qui finit en opposant
cette sorte de sagesse naturelle ou instinctive à la bêtise du peuple de Dieu qui ne
veut pas reconnaître son Seigneur, Clément transmet une pensée générale hostile au
bavardage. (xekıöwv yap kal Touyov, aypod otpoudia, Eyvmodıv KULPODG ELOÓDEV atv, pnoiv À road, Kal où yor note pAvapia Guvoucety.)
A l'étape suivante, en retournant à l’esprit pythagoricien du symbole, tl sort
des pensées du répertoire grec. trouvées chez Plutarque. Selon la première, la tourterelle babilleuse est justement bannie — Homère, le poête inspiré lui-même. blame le
bavardage, dit Clément. Puis il ajoute l'argument mythologique emprunté à Plutarque
concernant les crimes de Procné et de ses compagnons. (val uñv yoyyúgovoa N
TETTLYAG, LEDOUS KAL HOUOLKOUS OVIUS, ANOKTLVVUGL Kul OLTEÎTUL.
Le récit de Plutarque ajoute d’autres arguments : l’hirondelle, ce parasite qui
vit aux dépens d’autrui, est un misanthrope sauvage, elle ne supporte aucune communauté avec l’homme (727 f-728 a). L'interprétation finale remémore la première : sclon Pythagore, il ne faut partager avec les ingrats ni le foyer, ni la maison, ni les
choses plus sacrees.” Bien que Plutarque ne nomme pas ces choses sacrées, selon le
témoignage d'une source tardive, elles sont identiques aux doctrines pythagoriciennes. D’après le Protreptique de Jamblique, le symbole, en représentant la faute
de l’indiscrétion par l’image de l’hirondelle, ordonne de ne pas partager les doctrines
avec les frivoles, les fainéants et les infidéles.?**
Quant à Clément, son interprétation (ou plutôt la collection de leurs réminiscences) est fondée de la même façon sur le concept de secret, aussi pythagoricien que
gnostique. Son premier argument identifie l’hirondelle à la figure du bavard qui ne
peut s'empêcher de divulguer les choses dont il bénéficie. (5, 5, 27 : Maparvet yoûv
6 Záutos "xeMdGvU Ev oixig un ÉxEuv”, Toutéate AdAov Kal WOupdv Kal zoóykwaaov &vOpwxov, più òuvpevov utéyew wv div uetdoxn, wh dÉXEOBUL.)
La phrase suivante semble désorienter le lecteur par rapport au raisonnement
attendu. Au lieu de donner un parallèle biblique qui déprécie l'oiseau, il le place dans
un contexte positif, tout à fait différent du celui pythagoricien. II cite les mots inspirés
de Jérémie, donc les mots de Dieu,” selon lequel l’hirondelle (xeAıdwv), la tour295
Quaest. conv. 727 e: Gp’ oliv... out Tov HÔDov Tov Tepl tv zawdodoviav àpooroüvrar
THs EMDOVUS, Ünnbev Hud npbs ereiva te Tú du kovTEg, EE bv tov Tnpéu Kul Tüg yuvulkug te HV dpûour Ta dé zubeïv Geo Kul OZETALU Agyoue... TV yap dndóva, ruis utitats
Tpayidiais Evoxov olicay, vor dateipyouaty onde Sevqhatataty,
MEAUTIS (n. 68, p. 38) er TSEKOURAKIS (n. 261, p. 38.) considèrent la scene comme document authentique du mouvement pythagoricien à l'époque de Plutarque.
,
" Quaest, com. 728 b: ebtep obv nupdderyuu Tas yedLodvus Tod Gpepuiow Kui azapluton
BEREVOS ov EG Tobs Evere KaUIOÛ tpockpepog@vong Kab (stodvarvoos TOLL ouviderz ech
mhkov, ÉOTIUG kul LÉRON Kal Tv Gyuotdtenw AETUÖLDOVTAS.
uovegods Kab edrovord
Ens Apadogis Kat deperoviag Orde TAY wav Ev wòtois Mout puUmué-
SN Jambl. Prom. 119: geALdvE oiria mi O€yOU evpBovkerer > HGOupEV Kab mij ÖLHVEROIS
Pehorovatwte unde ÉTÉROVOY viper
hv Kal vvv riz TU ode drpare wh emloegou, beÂpever
To Elahhayijv Kal mepunhéreuv. ELRÔVE df Aulunag Kal Eyronije pover yeAoove KÉgpnTa. ÖTL
Epos Te TOP Ertantod city Entpurtd Hiv Kel wouvel EmBevodrur Apdos Boagùv Kitpov. TO AE
zhetov ceplatatar Kab Gpavis AUV
múpgel. Quant aux autres, Porphyre et Jérôme fe Font remonter
également au sceau du secret (VP 42, 13): rd zektdövuz Ev oinia dégeoler, rohr’ Zot, Adkong
Diogéne mentionne le symbole sans interprétation (8,7).
avOpbrous Kal TEpL YAHTTAY Gkputels Opopudplove pup TowioBe : Hier, Comm Ruf 1.3 : hivundinem in domum non suscipiendam, id est garrulus et verbosos homines sub codem tecta nun habendos.
© CE Prow, 8, 78: “lepepiag a& O moagiitys & miveugas, nühkov dE Ev ‘Tepepig tO Eywov
vet EMLdEIKVUGL TOY Oev.
Página 27
Ver en el PDF(se abre en una ventana nueva)téorepav elven, À Ty EMYUsiav od Raritan mpd TOA Keck dvéònv. GAG IPOS Ev Kai dd.
dudovy, oke ei mekucdeg Ket eel Peau Kal TÔ Taeyavuny yevod rat, OGC Tol'Tanz zopie.
pay "Alhvüc Noradog i] Zupazudog Aiyuation Le pendant biblique : Baruch 6, 20.
a Strom, 2, 23. 139: TOY Choy Cho Toy hard Oot Snuonpynfevte AvOporoy eacpa-
MI Dro, 4, 52: ALOE yehiddves rev Apvéor tie TAROT RUTEÉEPOOLV ATV Thy Covad
tov clametapeve, odâtv poovriaavte HÖTE Okupaior Avs site Esrdauplou "Anddnytod ant
Bien que ce passage intentionnellement énigmatique ne donne pas une décision
stable concernant la valeur symbotique des oiseaux bibliques et de la cigale grecque,
il y a des choses qui semblent presque sûres. En premier lieu, les affirmations contradictoires sur la morale des bêtes (la cigale, à la fois bavardeuse et mystique muette ;
telle."
se détacher de quelque chose de malpropre et de nocif, qui empêche la pureté spirioiseaux veut exprimer la délivrance de la part animale de l’âme, comme une façon de
du péché, ainsi leur image est considéréc comme la préfiguration de la piété." Cependant, les mots des Stromates, au premier coup d'œil semblables à explication
première, donnent une autre raison pour cette sorte de purification : le sacrifice des
purifiante. Les rejetons des oiscaux, qui ont peur de commettre des fautes, sont libres
Ces avis contradictoires sont particulièrement remarquables à propos de la loi
de Moïse qui ordonne le sacrifice des tourterelles et des pigeons pour la rémission
des péchés.""* Le passage du Pédagogue interprète la prescription biblique comme
un moyen cathartique, qui se fonde sur la similarité de ta chose purifiée et de la chose
trompeuses.” ”
Quant 4 Vinterprétation allégorique de Clément concernant les images des
oiscaux, il semble qu'on ne peut pas parler d'un système de valeurs constant qui
pourrait devenir la base d'une allégorisation stable. L'image de Phírondelle, sans
compter le passage lui-même ambivalent des Stromates, ne figure chez lui qu’une
fois. Dans le Protreptique, Clément parle des oiseaux, qui n'ont pas peur de voler sur
les statues des dieux et s’y soulager,""' en manifestant à ce moyen instinctif pour les
hommes (qui de ce point de vue sont plus bêtes que les animaux), Vabsurdité de
l'idolâtrie. Parmi les oiseaux, Clément ne nomme que les hirondelles.
Dans le même esprit, l’auteur des Stromates, en déplorant le libertinage sexuel
des êtres humains, souligne la persévérance, la fidélité conjugale des oiseaux, parmi
eux des tourterelles.*"? Néanmoins, parallèlement à l'estimation négative des oiseaux
babillards dans le passage pythagoricien, le premicr livre du même ouvrage met en
parallèle le bavardage des tourterelles avec les hérétiques, ces sophistes des paroles
La valeur symbolique de l’hirondelle n’est pas très claire non plus. Dans la tradi-
Le sommet de ce quasi-raisonnement de Clément paraît être la mise en paralidle du tettix avec le logos. Cette identification soulève de nombreux de problèmes.
Le pére Mondésert, en écrivant sur les dangers de l'interprétation symbolique de Clément. parle du « domaine de l'ù-peu près et de la fantaisie suns règles, d'une exégèse qui risque de sombrer… dans le caprice d'une imagination », qui est fondée sur
le « recours à des interprétations qui ne reposent que sur des rapports ou des ressemblances arbitraires ».* On a l’impression que le passage sur la cigale n'est pas
très loin de cette sorte de jeu d'imagination.
La signification du mot logos à propos de la cigale est assez ambigue. D’un
côté, la pensée qui associe la cigale, la victime de la oupKogayia de Vhirondelle, au
Aöyog, à cause de son vocabulaire, évoque des réminiscences vagues concernant un
des problémes de la christologie des HIS siècles, notamment la relation de la sarx
et du logos dans le Christ."
D'un autre côté, la valeur de cette association n’est pas évidente. Selon une
interprétation grecque, le tettix lui-même est la manifestation du bavardage, on peut
rappeler divers proverbes sur ce sujet. Mais, le portrait des pythagoriciens bavards
dans la comédie moyenne, celui de Platon chez Timon relativise le sens du bavardage, en rapprochant le mot Logos de la notion d’une doctrine philosophique.
De plus, on connaît la relation métaphorique entre les femelles muettes des
cigales et les femmes pythagoriciennes,’” à laquelle on peut ajouter une autre source,
admettons-le, pareillement très tardive. Horapollon, l'auteur synerétique du V° siècle
apr. J.-C, dans son iconographie des hiéroglyphes fait figurer la cigale comme l’image
du mystique.” Ce tettix, qui n’ayant pas de bouche ne parle pas, donc ne révèle pas
les mystères, mais il est capable de les communiquer avec sa musique rappelle Ja
phrase de Clément concernant la communication des mystéres sans voix, de la fagon
spirituelle.” Le hiéroglyphe de rertix-mystique pourrait être ajusté parfaitement a la
pensée de Clément sur la transmission de la sagesse des Egyptiens aux Grecs, à travers Pythagore.
tion grecque, avec l'exception de l'avis extrêmement négatif du pythagorisme, ce n’est
pas difficile de trouver des sources qui soulignent son caractère positif. On ne cite
(u. 278), p. 139 et 151.
MONDESERT
que le traité de Plutarque sur l'intelligence des animaux : l'oiseau est admiré à cause
de son aptitude architecturale, laquelle est motivée par son amour envers ses petits. *!?
jo
B Strom. 1.3. 22: vern veûv Eratpöpevee TI TEZUN OL KAKA AVES goederen TH Pv
.
UNA otorwehkópevor cepDpeie. cjecpi TV SUR THY Òvogdtev Kal TV aarde TeV AÉeov
We Voir le texte grec à la note 253.
Acta Ant. Hung. 43, 2003
Kehenies Out Mundie TpoudiproBat, TO ivaudprjtov TOV Terakv EU ARUKOV KUL Gyvyoikuroy
TAY veorrv EINDÜGdERTOV elvat AEfev TH Deh Kut TO SoLov TOR Apotou KEOdparoy bepmyotpevoc © XX Kat TO AeLAOV THY Ty vor THY Mphe Tes Cyruprieg eiAdßeiav (srororoûten.
Péd. 1, 5. 14: Neottoiig re ËTL dto TEpiotepäv (| Tavydveny Ledyag hrèp nupriec
oúvBeaiv Te kul tepurhorijv TOW mevr govoipevor Blov Teurgóver évupuivoverur> Auhiotepor.
logique près du passage de la cigale (Sir, 5, 3, 16): poeder dé 6 Adyos onprovepviag HÉTLOG, ÉTELTE
Cf Lev. 5,7:12.6,12,8: 14, 22. Clément ne mentionne pas le sacrifice des oiseaux concernant les premiers-nés {voir Lev, 1d, WO: Luc 2, 24).
Acta Ant. Hung. 43. 2003
destruction des cigales : ia peur des hommes, 984 c.
Ut Cr. Plut. De sollert. 961 e : 96? 1; 966 d; 974 a: 982 F983 D. L'unique trait négatit uutre la
Voir la note 274. Naturellement, la musique n'existe pas sans voix, mais son moyen d'espression est plus abstrait que de la parole directe.
Kui Euurüv vevvd, Ötav à Adyoz caps vérTan, vu Kab OeuOf).
Voir la note 75,
0 Hidrogd. 2, 35.” AVWpioTOY DE LUGTIKOY Kal, TEAEGTIV BoukÓpevor EVE, terriya Genypagpoüour — vbres yüp dit TOG TOUTES Ol AURET, hAl duit Tie Dirzeing PAEYYOLEVUS, KUAOV
MEALS don. Je cute le texte de G. BOAS, The Hicrogivphs af Horapollo, New York, 1950.
We Voir le résumé de M. SIMONETY in. 273), p. 389-390. Clément mentionne ce problème théo-
>
Página 28
Ver en el PDF(se abre en una ventana nueva)), avec l’aide
valide. Les oiseaux cités (comme d’autres membres du bestiaire biblique
, d’un certain point de
l'hirondelle comme un meurtrier ayant une sagesse, laquelle
uïté vue auparavant
vue, est plus précieuse que celle des hommes) reflétent l'ambig
créatures, avant
dans la pensée de Clément sur la relation des animaux avec les autres
grecque du tettix au
tout avec l’homme. D’autre part, son essai pour intégrer la figure
textes chrétiens grecs
discours biblique-chrétien n'est pas une entreprise absurde. Les
s de C lément)
plus tardifs, en employant la tradition grecque (peut-être les passage
la classent désormais
concernant la cigale comme héraut de la divinité de la Lumière,
en présentant Saint
parmi les oiscaux sages 277 de plus, deux sources utilisent l’image
Paul."
de testix,
Selon le commentateur du passage, Clément, en employant le motif
symbolise le châti« ajoute une coloration chrétienne : l'expulsion de Uhirondelle
qui croient en sa pament promis aux persécuteurs du Logos (le Christ) et de ceux
peut ajouter quelques
role »2'” A notre avis, à cette explication tout à fait juste, on
suggestions.
la prophétie
Quant aux oiseaux, l’hirondelle et la tourterelle, mentionnées dans
ive qui parde Jérémie, représentent cette sorte d'intelligence, cette sagesse instinct
qui veut confois se montre plus efficace que celle des hommes. Une interprétation,
humaine comme un
sidérer cette opposition biblique de la sugesse animale — sagesse
semble pas être
procédé rhétorique, vu la sacralité, le caractère inspiré du texte, ne
qui d'une certain
de cette capacité mentale naturelle, ne peuvent être exclus des êtres,
sance, bien enmanière sont capables d’avoir une connaissance de Dieu. Leur connais
tarité est vraie.
tendu, a un caractère incomplet et partiel, néanmoins, cette fragmen
le repréLe tettix, petit chanteur d’Apollon dans la tradition grecque peut être
prophétique?””
sentant de cette sorte d’intelligence qui est même nommée une fois
vraisemblableSelon notre hypothèse, son image dans la pensée pythagoricienne (qui
et du tettix) sert
ment était la base de la mise en paralléle platonicienne du philosophe
ation très similaire
de manifestation de la doctrine. Donc, il paraît avoir unc signific
dans le pasau caractère des animaux sages de la Bible, représentés par les oiseaux
sage traité.
s pyEn même temps, l’image de la cigale empruntée par Clément au discour
prophétie, celui
thagoricien possède un autre trait, qui la démarque des oiseaux de la
e deux pensées
de l'occultation, de la doctrine cachée. Il y aurait donc dans le chapitr
pour Clément.
voilées par l’imageric animale, qui sont particulièrement importantes
de la connaisL'une, c’est la notion de sugesse naturelle qui est la base primordiale
TÉTUE tg ExKANOLUG KTÀ.
Erven TO Ky (pare ube.
üypoit, stperdia Kal
27 CE Ps-Chrysost. De turture (PG 55, col. 599): Town Kai gEMDOV
81, col. 556): Tpuyüv Kel TÉTTLE
TÉTTLYES Eyvenmıv Kuypbv eludoon uitv. Theudor. Therap. APG
Kal LEROY Ervaar ANTON eigddow wit, tae Mass pou oie
Jean Damascéne, Hiera paral. |, 27: bot yobv Hunkoc 6 ypruotig
Ev UipnAolG TETOREVOS derög, À Apu Ton (vei
Cr Ps-Chrysost. (PG 59, col. 493):
Tod Xpuutoû UITNPETHG... ;
arg, 1 edc Kui TETTIE, TO Gpyuvey TÔ AEGRKOTKÓY, 5 tpvopog
Sur
: Lu Cigale dans la Spiritualité, m
nage de la cigale chez les auteurs chrétiens tardifs voir P. ANTIN
Recueil sur Saint Jérôme, Bruxelles, 1968, p. 283-290.
LE BOULLUEC (n. 6), p. 117.
2 Or Anuereontea 34, 11: BÉDEUS AVES APOQNTIS-
Acta Ant. Hung. 43, 2003
ORDRE MUSICAL ET SAGESSE INST
FIVE
205
sance de Dieu par toutes créatures. et qui est présente dans une forme rudimentaire
aussi chez les animaux. L'autre semble être l'opposée de cette capacité universelle :
celle de la notion du cryptage, du voile, qui en chiffrant les mystères empêche leur
divulgation.
Cette complexité des pensées concernant l'évidence ct Voccultation, l'univerfisalisme et Pésotérisme, représentée ou plutôt cachée par un allégorisme animal,
gure encore une fois dans le V° livre des Stromates. Au peu de distance du symbole
un
pythagoricien de l'hirondelle, Clément rappelle la loi de Moise, selon laquelle si
animal, veau ou ane, tombe dans la citerne de quelqu'un autre, et y périt noyé, le propriétaire du réservoir de l'eau doit indemniser la personne endommagée." (5, 8, 53:
Ev SE tus dvolEy. AdKKov À Aatounog", Prot, "Kal un Kahn abróv, ÉLITÉON
5" EKE pdoxog À Övog, 6 KÜPLOG TOD AUKKOU dtottoEL äpyúprov Kat waer TO
mAnotov, TO SE tEOVAKdS aùT@ EOTAL.)
La structure du discours est capricieusc, semblable au traitement du prescrit
une
pythagoricien sur la cigale, mais en même temps est plus facile. Clément évoque
autre phrase prophétique concernant des bêtes de trait : le hœuf connaît son possesluiseur, et l'âne la crèche de son maitre, mais Israël ne me connaît pas.” ici c'est
XPOmême qui rappelle son lecteur à sa technique d'associations. (€vta BOG got Tv
pnteiav écelvnv Enuye: "Eyvo Bobs TOV Ktjadpevov Kal dvog tiv PATVnv tod
kupiou airof, "lopanı dé pe où auvAkev.”)
La prophétie d'Isaïe sur le bœuf et l'âne est du même esprit que le passage de
Jérémie sur l’hirondelle et la tourterelle, concernant la sagesse naturelle des animaux.
et de l'âne. porte, semble-t-il, une notion qui est esLe concept de la sagesse du bœuf
sentielle pour Clément, car il le cite dans ses œuvres à tous les niveaux d’enseignement. Le ton le plus didactique résonne dans le Protreptique, qui rend directement la
signification de la phrase biblique : c’est absurde que les hommes, ayant reçu leur
âmes de Dieu, ne veuillent pas reconnaître leur Seigneur.”
Le Pédagogue cite le passage de I’Ecriture sur le bœuf et l'âne en démontrant
les différentes sortes de manifestations de la colère divine, qui est une des méthodes
de l’éducation des chrétiens. L’explication, très claire, est fondée sur l'opposition de
t que l’ineroyance réfute la concepl'intelligence humaine et animale, en manifestan
va
tion de cette fameuse supériorité de l'homme”.
CE Ex. 21. 33-34,
et du
Cf Isaie I, 3. Le premier qui considère ces animaux comme ta prétiguration de l'âne
1832),
buufà côté de la crêche du Jésus, est Origène (Hout. 13 in Luc 13, PG 13, vol.
nav TOV
'D prorr, 10, 92: Etre núveo ev lân rerkevyevon duals puvijkaroûvres EElyve
var Evi TOU ovpöppure wonofkeroav TE OFUTOTH |
deadtyy kai Grol tov dvapanyy TOGO
Batic Tov eTHAadHEVOY Kui vos Thv aT YY Tof Enpion too, "Topana SÉ HE
"yvan DE"
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Detvdy,
Página 29
Ver en el PDF(se abre en una ventana nueva)Le sens allégorique de la prophétie, présenté dans les Stromates, cst tout à fait
différent de ces interprétations. [I ne s'agit plus des chrétiens et des païens, ni des
Grecs ou des Juifs. I] s'agit des gnostiques ct des simples fidèles, qui, étant impuissants à connaître la vérité et employer le logos, se perdent dans la source de la connaissance. (iva oùv uj Tig TOUT, uteotv eig THY Ind Gob DOUUKOUÉVNV
‘wow, akpatig YEVÖHEVOG TAG GAnMelug, TupaKovag TE KUL napunéoy, dabals, Prot, zepi TV xpñouv tod Adyou yivou, Kal TOG MEV TOÙG GAdYWS
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Le gnostique, afin d’empécher les conséquences désastreuses d’un tel accident
doit surveiller la source et réserver l'eau pour les dignes, pour les élus?” (éuKpunyvboews” KATUKGAUTTE TOV AGKKOV.
TOUEVOS d' obv TPdS TOUS OÙX oloug te lovrag nupudegaoduı TÔ "Bloc THs
rieten de l’hirondelle (ch. 27), le dernier celui de la citerne (ch. 54). Le chapitre sui-
Cet allégorisme du maître qui doit réserver l’eau de la connaissance pour les
élus en interdisant sa citerne aux animaux, cette fois considérés comme êtres sans raison, remémore le symbole pythagoricien concernant le maître, qui ne doit pas partager ses doctrines avec les hirondelles bavardes et ingrates.
En admettant ce parallélisme, on peut ajouter un remarque concernant la structure des Stromates, considérés plus généralement comme un vaste tas d'informations
sans forme, avec l’entreprise impossible de récapituler dans une œuvre tout sur
Dieu? Le V* livre des Stromates commence en traitant le problème de recherche en
général (ch. 1-18), continue avec l'analyse du style symbolique (ch. 20-57). Dans
cette dernière partie le premier discours symbolique analysé est le symbole pythagovant peut être considéré comme un terminus relatif dans le livre V*, sa thématique
étant la fin de l'époque des symboles. Le chapitre 55 parle de Jean Baptiste, avec qui
la manifestation du projet divin change de moyen: après les mots voilés des prophétes et des voix pas moins cachées des philosophes, il est capable de montrer dans
son évidence le Logos qui est devenu chair
25 Sur l'image du gnostique qui d'une part doit déchiffrer le sens occulté de l'Ecriture, d'autre
part ta cacher en gardant son ésotérisme, vor A. GUILLAUMONT : Le gnostique chez Clément d'Aexandrie et chez Evagre le Pontique, In. Alexandrine (n. 35), p. 201. seq
isme entre ce passage et celut de
3° Le commentaire (n. 6, p. 198 201} met en évidence le pa
l'histoire de Joseph, qui a été poussé par ses Frères dans un puits sans eau, a cause de leur jalousie de sa
connaissance variée (noktan yma , 5, N3, 2). Le motif du puits desséché est significant pour Clément : Joseph est sauvé et arrive en Egypte, en emportant sa sagesse vers les étrangers les plus proches,
qui vont la transmettre aux Grecs.
3 Sram. 5, B, 55 : Ottoc pév obv 6 TTOG vójou EU Tpopnrôv 6 wEgpr5 leodyvon : Ö DÉ,
327 Gy avis exceptionnel (E. OSBORN : Clément, Plorin er U’ Un, In, Herandrina (n. 35), p. 172189) : « Clément indique de temps en temps des séquences ramt simples tantôt complexes selon lesquelles il va traiter son sujet ».
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Acta Ant. Hung. 43, 2003
ORORE
SICAL ET SAGESSE IN VINCTIVE
IX. CONCLUSION
207
I semble que le mythe d'Eunome et avant tout le symbole de la cigale des
Stromates est lié 4 quelques concepts trés sérieux de Clément, qui ont un caractère
primordial pour sa pensée concernant le message évangélique et sa transmission aux
Grecs. Les conceptions sur lesquelles cette pensée sc fonde sont l'unité et la pluralité
(quant à la caractère de la vérité) ; la totalité et l’incomplétude (quant à la possibilité
de la connaître) : enfin, l’universalisme et l'ésotérisme (quant à communiquer cette
vérité). Ces notions chez lui ne sont pas contradictoires et ne s'éliminent pas l'une
l'autre.
Après les passages analysés des Stromates, il paraît, que selon Clément — identique à la musique — il n’y a pas deux vérités, en ce sens qu'il n'y a pas une vérité
hébraïque-chrétienne laquelle pourrait être opposée à une vérité grecque ou barbare.
Néanmoins, elle se présente dans une forme fragmentaire autant pour les Hébreux
que pour les Barbares et les Grecs; elle se trouve partiellement autant dans les arts,
comme la géométrie ct la musique, que dans la Loi et la philosophie. Il n'existe que
la vérité unique ct éternelle, laquelle peut être rendue accessible pour les mortels par
l'aspect sensible de la lumière la plus brillante, de l'harmonie la plus pure.
L'essence de cette vérité, envisagée par un Grec chrétien, paradoxalement n'est
pas l'évidence, comme on le croirait en partant de la conception grecque de la vérité.
La vérité divine pour Clément n'est pas quelque chose de non caché. D'une part,
c'est la condition humaine qui ne permet pas de saisir le projet cosmique dans sa
totalité. Néanmoins, la Sagesse la plus haute, qui se voile devant les regards profanes,
loin d'être jalouse, ne se cache que pour être trouvée par les élus.” soit partiellement.
La perception de l’appel universel est pour tous, sa compréhension ne l’est pas."
Pourtant, il y a des indices évidents pour toutes sortes de créatures, comme
natudu monde,+ qui sont aperçus . par une sagesse
l'ordre céleste et la beauté sensible
3
a
.
a
relle, ct par lesquels tous — les bêtes aussi qui en regardant le ciel sont touchées,” —
et aussi les plus petits des hommes peuvent arriver à une certitude du sentiment
d'être aimé, être soigné.
Pour les plus grands, qui sont non seulement capables de sentir et de croire,
mais, aussi prêts à travailler avec zèle pour connaître sans s'éloigner de la foi, Dieu
donne dans l'Ecriture des signes voilés à déchiffrer. Malgré l’omniprésence et ’omnipotence divines la connaissance de Dieu n'est pas pour tous : kotê THY YVOOLY OÙ
F9 CS Strom. 5,4, 24,
Strom. 6, 13. 118: "0 amlanv ey TO Kanal ERELV Homer". Aver Hypa. Inkovötı
mobs Tone dvußlong Ecureiv, GT Puotv 6 Caps - "O ye net UKOUEIN ED CÉTONT, QUE CENTURY
eiveer TO GKODELY EU ONVTÉVUL AL YOY,
“VCE Prosr. VO, 108, voir fa note 271,
Página 30
Ver en el PDF(se abre en una ventana nueva)mêmes, en devenant maîtres et en transmettant la sagesse qui leur est attribuée par
TÉVTUWV Bec.” C'est le gnostique, lui seul”? qui par sa sagesse cultivée et son
application infatigable,* peut révéler ce qui est occulte.
Le maître divin ne laisse entendre le sens caché et difficile de son discours qui
crée tout que pour les élus qui, avec leur intelligence Erudite par les arts et la philosophie et avec leur application de recherche, méritent de le savoir. Les gnostiques cuxDieu, doivent savoir parler, mais il y a des moments où ils doivent ne pas prononcer
la vérité (ce qui ne signifie pas le synonyme de se taire). Il faut qu'en voilant la vérité,
ils empêchent l'accès à la sagesse pour ceux qui n’en sont pas dignes. En surveillant
la sacralité de la science la plus belle et la plus honorable, ils doivent exclure tous les
profanes, qui ne dédient pas leur vie entière à la connaissance de Dieu, qui sont incompétents : soit à cause de leur manque intellectuel, soit à cause de leur paresse ou
leur faiblesse morale envers le sacré de la doctrine.
En ce qui concerne l’exclusivité de la doctrine, Clément parmi les autres moyens emploie des métaphores musicales connues, presque banales, peut-on dire.” u
emprunte des concepts grecs concernant la nécessité d’une sorte d’ésotérisme pour
garder le caractère sacré de la sagesse. I! veut retrouver cet ensemble d’occultation et
d'ésotérisme de vrais fragments de la vérité divine reconnus chez les sommets des
Grecs.” autant chez les poètes que chez les philosophes.
Au lieu de récapituler toutes les concordances ou coincidences de l'Ecriture et
des philosophes Grecs mentionnées dans le V° livre, on se contente de signaler les
plus importantes concernant les notions inséparables du cryptage et de l’ésotérisme.
Clément considère l’occultation théologique à travers une langue symbolique comme
une méthode universelle, l’unique moyen de la cognition. L’éclectisme de Clément
en dehors de la poésie sacrée des Grecs (laquelle est considérée entièrement comme
un système qui manifeste et garde à la fois la vérité en la cachant poétiquement””?) +
est ouvert à toutes tendances. Ainsi, concernant l'exclusivité de la cognition la plus
profonde, Clément se réfère autant à Platon (5, 1, 7; 5, 3, 17), qu’à Cléanthe (5, 3,
17), à Empédocle (5, 3, 18); en parlant de la purcté nécessaire des élus il cite aussi
Platon et Pindare (5, 4, 20; 5, 4, 24). Quant à l’ésotérisme de la sagesse du vrai
tionne l’ésotérisme d'Héraclite (5, 1, 9: 5, 13, 88) ; et dans les chapitres consacrés
gnostique, en essayant de le mettre en parallèle avec les doctrines des Grecs, il men-
|
1
2 Strom. 5, 14, 134: Os Anveggen nev à pros Kak Deög Révtow dv ely KUL TO GVTL muvLORD TE, RATÉ OE TV ywOL of TÚvTew Weds,
WE Strom. 6. 15, 115 : HÔVOV Abvanbuı TOY yvoorwòv TE ÈTUKEEpeRHEves POT Tou ver
NATOS ELD NEVE, vorideuv TE KUL Oeueprjverv.
Voir fa note 280.
ISCH Strom. 1, À, 2 2 ed DÈ u) TV N yvonız, Övog pes, À parte ol Taperpubpevor,
rois TORAVIS Tee onyypänputa. : 6, 14, 112: weteg ol rois duteipurg TO Anpigerv Alpus, al
imteov onde ply toiz dreiporz Tod ankeiv AV, org vld Mauyyitov ATTÉO Tos HA tay
ORDRE MUSICAL ET SAGESSE INSTINCTIVE
209
cheurs par leur naturc, avec leur ambition intellectuelle, peuvent arriver jusqu'à l'évientièrement à ce sujet (5, 9, 58-59) il nomme Parménide, Platon et Aristote, les stoïciens ct les épicuriens à la fois.
Malgré l'évidence de cet esprit éclectique de l’ensemble des Stromates, il
semble que la doctrine greeque, qui est la plus proche de ses concepts concernant
occultation théologique et l'ésotérisme de la sagesse sacrée, est le pythagorisme.
Au-dessus, on a cssayé de présenter la pensée pythagoricienne acceptée de Clément.
{I n’est pas nécessaire de répéter ce qui a été dit sur son caractère religieux, l'importance de la notion du symbole. On ne veut qu'ajouter que l’ésotérisme pythagoricien,
rédigé dans une œuvre intentionnellement énigmatique par imitation de l'Ecriture
peut servir pour Clément de parallèle d’ésotérisme biblique, visiblement mieux que
tous les autres concepts grecs similaires.
Clément approuve la distinction pythagoricienne des acousmatiques et des mathématiques, ce qu'il considère comme un système double de la communication des
1} kouvovia), avec deux degrés vers la vérité (5, 9. 59). I loue le coudoctrines (Ott
rage du pythagoricien qui mange plutôt sa langue que de dénoncer les doctrines (4, 8,
56). Dans le premier livre de son trésor intellectuel" il cite un passage de Platon,
plus exactement le personnage pythagoricien du Politikos (1, 10, 48), selon lequel c'est
l'économie des mots qui peut créer une richesse de la connaissance pour la vieillesse.”
Il regarde l’ordre du silence comme un des moyens d’epopreia pure de toute matière,
du havardage du corps, et fait remonter cette notion à la loi mosaïque."
On a vu que Clément donne plusieurs raisons en faveur de l'emploi d'une
*' La lecture double du texte symbolique se base sur la validité
langue symbolique.
contemporaine d'une signification évidente pour les tout-petits, et d'un autre sens qui
est caché pour les plus grands. Ces derniers, quand il s’agit de vrais gnostiques, cherdence.
Or, la recherche du sacré n'est pas sans aucun danger. La doctrine sacrée peut
devenir divulguée par les indignes, qui la dénoncent, soit pour se glorifier soit à
cause de leur bavardage, étant incapables de garder le secret. Le maître doit Fermer
sa porte devant les oiscaux babilleurs. L'élève, encore trop petit et inexpert pour une
compréhension plus profonde, pris de vertige, peut se noyer dans l’eau de la sagesse.
C'est le maître qui est chargé de la sécurité du novice, c'est lui qui doit fermer la
citerne.
A la fin du passage borné par l'hirondelle et de la cigale d'un côté, par le bœuf
et l'âne de l'autre côté, Clément emploie une métaphore sémantique. II parle des
signes voilés à nous offerts par Dieu comme des synecdoques. Ils sont indéchiffrables
pour ceux qui ne sont pas premunis, pleins de sens pour les gnostiques. et c'est encore
une fois la responsabilité du maître, de les cacher devant les non-initiés, les aflants ct
CH. Strom. A1, HL: vrouvnpare cig Abe Ooaepice rae,
* Strom. LD, AR 7 orovddicen ETL TOLD OVO, TAovoubrepor rie ping Cevadevion
Ppoviaens.
Sprom. 5. 11,67: TOÔTO dpe Pothetae rel TH Avbaydod à tie Tevtaetiag auw. fv voie
yyinpfpans mapeyynd. tag Oi ÜTOOTEUPEVTES TV or WAG TO vO TO Detov Etontevarev.
proc eiAnpóur zei eldduty brs udtotg up” Ghuv tov Bev Zpnuteov. Le pendant vow chez
Philon, De sacrif. 18,
por.
maple Mono toutite sprkvereprioevres oF TAY FA haver
SU Voir aussi Strom. 5,9, 56 sur les raisons du cryptage barhare.
Me Strom. SAL, 67 : ol EOV Erkijvoov drput.
Acta Ant. Hung. 43, 2003
97 Le discours poétique des vrais poètes grecs west qu'une façon du cryptage du sacré devant Ia
foule, ct. Strom. 5, 4, 24 : aupanetaopu dE wiTolz AHS TODS TOA À TOUTE pezayeyia,
Página 31
Ver en el PDF(se abre en una ventana nueva)platonicien. A cause des caractères particuliers du mythe qui l’attachent par plusieurs
venants des doctrines diverses. Hipparque, qui en les écrivant a dénoncé les signes
du pythagorisme, est devenu exclu des doctrines et considéré comme mort par les
autres initiés.” Le pendant de ce danger pour un maître chrétien serait la perte du
salut.
Le but de cette étude était l’anaiyse d’un petit passage au premier coup d'œil
marginal du Protreptique. On a vu que te mythe de Clément sur le tettix et Eunome
ne peut être séparé de la tradition grecque, laquelle considére son protagoniste, la cigale, comme un être par excellence musical et intelligent. L'image de cette créaturc
innocente et ascétique, qui, étant libre de tous besoins matériels, peut dédier sa vie
aux Muses, qui ne parle pas mais connait et transmet l’'harmonie, dans une branche
moins connue de la tradition, est liée au portrait du sage, du sage pythagoricien et
liens à la sphère pythagoricienne, il a semblé juste avancer en direction des pensées
pythagoriciennes associables à cette image de tettix. Après avoir analysé les métaphores musicales de Clément et sa conception sur l'intelligence des animaux, en essayant aussi de donner des suggestions concernant leurs sources, on a voulu manifester que l'histoire de la cigale de Protreptigue a elle-même une lecture double. Le
passage du V* livre des Stromutes, qui met en parallèle le Logos et la cigale, peut
consolider Phypothése selon laquelle l’image de la cigale chez Clément fait une partie
de sa conception rédigée en modelant le portrait du vrai gnostique, lequel, par ailleurs, est préfiguré aussi par celui du pythagoricien.
On peut dire qu’il s’agit ici d'une composante minuscule du portrait du gnostique. Néanmoins, il ne faut pas oublier que selon Clément même les fragments les
plus petits de la vérité peuvent être vrai. A la fin de cette étude nous rappelons la pensee d'un autre platonicien très proche de Clément sur l'harmonie du jeu et du sacré :
le visage de la sagesse n'est ni dur, ni rigoureux, mais joveux et serein, plein de guieté
et de joie?
Université Catholique Pazmany Péter
Piliscsaba 2087, Hongrie
Département de la Philologie Classique
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