Mostra testo completo6 pagine
Pagina 1
Vedi nel PDF(si apre in una nuova finestra)doo ks \
FRERT A:
\
21
:
I. LA SAGESSE AIMEE
LES SEPT SAGES ET LES PYTHAGORICIENS
Parmi les premiers penseurs qui orientèrent le « miracle grec », la rigueur de la
raison semble essentiellement animer la démarche de leur science, de leur éthique,
de leur cosmologie. Le grand principe qui mène les penseurs de Milet, quoiqu'il
n'ait pas été formulé avant Parménide, c'est que « rien ne naît de rien » et que
« rien ne se réduit à rien ». Pour Thalès, Anaximandre, Anaximène, les seules
choses que la raison reconnaissait comme réelles étaient la matière originelle
(l'Eau, l'Infini, l'Air) et le mouvement qui donnait naissance aux transformations
des choses particulières!
Mais il y avait aussi dans la pensée ionienne une « veine de mélancolie »? qui les
portait à méditer sur l'instabilité des choses. Lorsque Simonide se plaint que les
générations des hommes tombent comme les feuilles des bois, il touche une corde
qu'avaient déjà fait vibrer les premiers chantres de l'Ionie!. Face à l'incessante
mort et à l'incessante renaissance de la nature, leur pensée oscille entre tristesse et
soulagement. Le fragment d'Anaximandre cité par Simplicius en est un témoignage ; l'infini est le principe des êtres : c'est de lá que proviennent les êtres, c'est en
cela qu'ils se dissipent, car comme il le dit en son langage poétique, « ils sont
châtiés et expient au temps fixé d'avance, leur réciproque injustice »*.
En dépit de cette brève indication, les fragments subsistant des premiers
philosophes de la gioie ne sont pas éclairants quant à l’äme, En revanche, les
réflexions des Sept Sages et des premiers Pythagoriciens envisagent une perspective éthique de kádapow autant que le problème du fondement des choses. Et leur
analyse des pouvoirs qui guident l'homme s'avère donc fondamentale. Or la
kaßapaıg n'est-elle, comme on l'a souvent envisagée, qu'opération purement
rationnelle ?
1. J. Burner. L'aurore de la philosophie grecque. trad. A. Reymond, Paris, Payot, 1970, p. 11.
2. Ibid.
3. Simonipe. fgt. 85, 2, Bergk. Cf. Miade VI, v. 146.
4. ANAXIMANDRE. DK 12 BI.
Pagina 2
Vedi nel PDF(si apre in una nuova finestra)SEPT SAGES ET PYTHAGORICIENS
23
du comportement exige que les principes psychiques irrationnels soient domptés.
Les réflexions attribuées aux Sept Sages’ sont préceptes moraux simples,
destinés à régler la conduite de tous les jours, relevant du bon sens plutôt que de la
pensée rationnelle, menant vers une sagesse faite de prudence et non pas n
science. Reprises par Socrate, Platon, Aristote, ces prescriptions impliqueron
alors un intérét plus proprement philosophique. Chez les Sept Sages, elles
indiquent sans analyser, elles conseillent sans élaborer une théorie de l'action.
s'y
Cependant, une connaissance réelle des pouvoirs irrationnels de l'homme
ine
pi
à
.
pouvoir de la raison.
et da lata réflexions s'organisent autour de | ide de la juste
côté de celle du
mesure. « La mesure est la meilleure des choses », « rien de trop » fondenteEN
expriment la maítrise constitutive de la vertu, noyau de chaque vertu particulièr
Cette discipline personnelle renvoie au commandement, au pouvoir, à l'emprise
sur (xpareiv-Apxew) ainsi qu'à la soumission, à l'obéissance (äpxeodou-neideoda:) qui
necessairement definit ce qui se trouve dominé. Or si le Kpateiv suppose une
certaine connaissance — connaissance de soi’, examen des étres, des choses, des
le
circonstances!°, compréhension de ce qui se fait"! —,ils exerce sur le penchant,
consiste
soi
de
maitrise
La
obeissent.
gouvernés,
qui,
désir, le sentiment
essentiellement ä se rendre maitre du plaisir et de l'ardeur coléreuse. Non
seulement la maîtrise de soi-même, mais toutes les attitudes vertueuses comportent une certaine orientation et, de toute façon, la prise en considération de
l'affectivité. Ainsi, à l'aube de la pensée grecque, avant même que les fonctions du
voÿc et du Adyos ne soient définies, quand la réflexion se réduit encore à la
formulation de recettes pratiques, l'affectivité s'avère être comme ce qui rend à la
fois nécessaire et possible la maîtrise dont la sagesse depend.
La conduite morale est tout d'abord conduite modérée. Si la connaissance de la
mesure ressortit d'une activité intellectuelle'?, l'application de la mesure au niveau
est indifféremment attribute à l'un ou
tes n'est pas établie. Teile sentence
i
y
Quatred'entre eux sont le
symbolique.
il estBias,assurément
pen
nombre
ipa
ni
de
aplusdn
Solon. Mais Platon. Protagoras, Dicéarque et
fréquemment énumérés : Thalès, Pittacos,
Hermippe, selon Diogéne Laërce, et Diogène Laërce lui-même, divergent quant au nom des —
thémes dela propagande delphique,
Pour ce qui est de la réflexion des Sages, J. DEFRADAS, dans Les
Belles Lettres. Paris, 1972. a bien montré sa parenté avec les inscriptions du temple d'Apollon 4 Delphes
d Eschyle et surtout de —
d'une part, et d'autre part avec des formules d'Hésiode, de Pindare,est
impossible, pour expliquer es
« On y trouve le même esprit de prudence et d'utilitarisme, et il
maximes delphiques, de ne pas les mettre en rapport avec le courant de pensée dont Théognis est pour
nous le meilleur représentant »(p. 281). La morale aristocratique deThéognis repose sur deux che
par fal aristocrate
en apparence opposés : « D'abord la recherche d une vertu réservée à l'élite, etcrainte
de la ce ar
successeur du héros de l'épopée ; d'autre part la crainte des imprudences. la
peuvent provoquer les excès. mème les excès de vertu, et par là l'aristocrate sera conduit à une morale
la modération » (p. 282).
6. Crtosure, |. (DK © 3, E i).
È en>
, {DK
In
de a A (Chilon, y, 1), pavdávew (Thales, è, 9), voeiv (Bias. q. 9), etc.
10, 3,
À
vertus, qui sont immortelles, les plaisirs sont mortels!’: la courte durée des
—Ameear:
jouissances semble arracher celles-ci au domaine de la valeur, en faire un obstacle
dans la quête humaine des valeurs. D'autre part, le plaisir doit être évité parce qu'il
engendre la douleur! : le caractère négatif et éphémère du plaisir se trouve ici
référé à la souffrance qui accompagne celui-ci. Mortel et source de douleur,
l'idovn comporte ainsi des inconvénients que l'affectivité est la premiere à
redouter. A la domination nécessaire du plaisir s'ajoute celle de l'ardeur coléreuse.
« Il faut dominer l'humeur irascible!?. » Cette maxime constitue le fondement et la
clef de toutes celles qui déconseillent l'empressement de la langue, l'action hátive,
la pratique de la violence, l'insolence, de toutes celles qui, corrélativement,
recommandent la parole réfléchie, opportune, voire même le silence, l'activité
pondérée jointe à la douceur!5. Cause de rapidité facheuse ou d'action violente et
injuste, le @vpog doit donc, comme l'hôovr, être discipliné. Quant au désir, il
requiert un traitement déterminé. « Ii ne faut pas désirer l'impossible »!° indique ta
nécessité de dresser le désir en en réglant la tendance sur ce qui est humainement
accessible. Susceptible, par nature, d'aspirer à ce qui dépasse les possibilités de
l'homme et d'engendrer, de ce fait, la douleur, l'im@upeiv exige donc une maîtrise
qui réside en une orientation et une délimitation précises de l'impulsion désirante.
Pourtant, à côté de ces préceptes qui font de la discipline de l'hôovn, du duos et
de l’erıdupeiv le fondement essentiel de la sagesse pratique, l'on trouve cette
déclaration à la fois étonnante et &clairante: « Le plaisir le plus grand, c'est
d'obtenir ce que l'on désire?°. » La qualité morale de ce plaisir maximal n'est guère
déterminée, pas plus que n'est définie la direction du désir. Tout semble se passer
comme si, par-delà les perspectives d'une éthique de la modération, la réalisation
du désir constituait l'état le plus agréable, comme si la puissance de VérWupeiv et
l'intensité de l'ôovn qui entraine satisfaction était une évidence à laquelle la
morale du pétpov &piotov doit elle-même se rendre. On pourrait noter que
l'irréductible réalité du lien qui unit la jouissance la plus forte et le désir comblé est
cela même qui determine la pensée à restreindre l'ëmêvpeiv dans le domaine du
possible. Après avoir dérouté, l'affirmation éclaire: « Ne pas désirer l'impossible », c'est se mettre à l'abri de la douleur que suscite le désir contrarié, c'est
augmenter ses chances de plaisir. L'éthique de la juste mesure apparaît ainsi
comme un hédonisme qui ne limite l'èm0upeiv que pour mieux atteindre I'ndovn.
Les premières approches morales de l'existence humaine tiennent compte des
exigences de l'affectivité.
Si le xpareiv constitutif de la maîtrise de soi concerne initialement et principalement le plaisir, le désir et l'ardeur, les différentes attitudes morales sont à leur tour
définies par rapport aux sentiments. Respecter son père, respecter son aîné, hair
13. Ciéoaui.e, 10 : “Hóovns xpareiv.
14. Soi.on. 3 : "Hboviv pevye.
le concept de vertu, mais mentionnent des vertus particuliéres.
4 nr;AI,
10, 3, y. 1).
9, Cuiton, 1. (DK,
10. PERIANDRE. I. (DK a u).
La lutte contre le plaisir apparaît comme la condition première de la moralité. « Il
faut dominer le plaisir’. » « Il faut fuir le plaisir!*. » Or les raisons avancées pour
justifier cette domination nécessaire ne sont pas rationnelles. Contrairement aux
15. PÉRIANDRE, 7.
16. Soton, 3.
17. Cron, 15 : Ovpoü xpare.
18. Soron, 19.
19. Con, 16 : Mn ém@ope: advvara.
20. Thates, 10 : Hórorov où émOupeic vuxeiv.
Pagina 3
Vedi nel PDF(si apre in una nuova finestra)l'injustice, hair la parole hätive, hair celui qui se mêle indiscrètement des affaires
des autres, aimer &couter?!, conseiller les citoyens en fonction, non du plus
agréable, mais du meilleur”, être doux : autant de conduites vertueuses qui
s'organisent chacune autour d'un état affectif déterminé, qui consistent dans le fait
d'éprouver le sentiment qui convient à l'égard des êtres ou des situations, à juger en
fonction du sentiment ou du plaisir convenables des personnes ou des choses.
Mais. souvent, certaines attitudes sont conseillées ou déconseillées, non pas à
partir des sentiments éprouvés par ceux qui les adoptent, mais en fonction des
sentiments qu'elles suscitent chez ceux qui les accueillent ou les subissent. Ne pas
s'associer aux rires moqueurs parce que, ce faisant, on devient détestable auprès de
ceux qui sont raillés. Éviter de juger autrui pour ne pas en devenir l'ennemi hai.
Agir de manière à inspirer davantage le respect que la peur. S'attirer plutôt l'envie
que la pitié. Préférer le dommage au gain malhonnéte, car le premier choix ne fait
souffrir qu'une fois, tandis que le second provoque une douleur sans fin : toutes
ces maximes justifient ce qu'elles prescrivent par la référence aux sentiments que
certains comportements ne manquent pas d'éveiller chez les autres. Ici, le respect
ou la crainte, le plaisir ou la douleur des autres deviennent critères du caractère
de
convenant ou inconvenant de la conduite. L'affectivité qui. envisagée du point
vue de la maitrise de soi, était ce qui devait être dominé, devient, dès que l'on se
SEPT SAGES ET PYTHAGORICIENS
25
la sagesse » (Dpovnaw ayanay*. La conduite réfléchie qui, en tant que telle, relève
du principe raisonnable, requiert cependant pour condition de sa réalisation
l'affection pour le raisonnable. Ce « ppóvnow dyára », qui conduit la pensée des
Sept Sages dans les chemins de la vertu, qui inspire la conduite vertueuse de
l'amitié pour les autres, apparaît comme l'expression première et la source de ce
prev copiav, de ce pogogeiv qui deviendra le pivot de la pensée chez Pythagore,
Platon, Aristote, qui fera passer la réflexion grecque du plan de la simple approche
de l'existence de l'homme et de l'essence du réel à celui de la méditation profonde
sur l'homme face à l'Étre.
+
*
L2
Avec Pythagore, la philosophie est pour la première fois appelée par son nom”.
Thalès, Anaximandre, Phérécyde avaient certes déjà philosophé. Et Pythagore est
le contemporain de Lao-Tsé, de Bouddha, de Zarathoustra et d’Anaximene, Mais
le mot de « philosophie » énonce avec originalité et netteté le paradoxe d'un
sentiment (ia) associé à un savoir plus ou moins atteint (copia). Pythagore
« philosophe » est le penseur de la quête inachevée de l'homme, en même temps
que celui qui découvre le terme de cette quête. Désormais la philosophie grecque
sera tension affective vers la connaissance, orientation intellectuelle enracinée
place dans la perspective — forcément sociale — de ceux qui sont concernés par la
manière de dire ou de faire, l'élément dont il faut absolument tenir compte
puisqu'il juge de la qualité éthique du discours ou de l'action.
A ces façons différentes de faire intervenir l'affectivité dans la formulation de
principes pratiques, il est nécessaire d'ajouter l'importance que les Sept Sages
dans une aspiration du cœur, désir de sagesse jamais comblé, sagesse toujours
désirée, quête inachevée d'une réalité achevée. Avant Pythagore, il y avait une
implique des devoirs sérieux, comme celui du respect”. Parce que les amis sont
religion, la science, la sagesse sont pensées en fonction de l'homme qui ressent, qui
vit, qui conçoit, porté par une exigence d'unité et de clarté, Pythagore fait surgir un
accordent à l'amitié. S'il ne faut pas se hater d'acquérir des amis??, c'est que l'amitié
précieux, il ne faut pas en dire du mal”, ni s'empresser de les désapprouver*. De
toute manière, il faut veiller à dissiper les inimitiés et, des amis présents ou absents,
faire grand cas?’. L'amitié — cette disposition particulière du cœur qui fonde une
relation d'essence morale et source elle-même de devoirs et attitudes éthiques —
constitue donc un parmi les centres de gravité d'une pensée soucieuse de régler les
religion, une science de l'univers, une sagesse pratique, mais plus ou moins
séparées l'une de l'autre, et morcelant la recherche de l'homme. Avec Pythagore, la
mouvement qui, inscrit dans une perspective d'illimité, ne s'arrête plus : Socrate,
Platon, Aristote... L'homme amoureux de vérité ne cesse d'éprouver, à travers cet
amour singulier, l'étrange finitude d'une condition qui s'échappe à elle-même pour
entrevoir la perfection qui se derobe”.
rapports entre les hommes.
De Pythagore lui-même aucune trace n'est restée. Sur les enseignements de
l'Ancien Pythagorisme, l'information est suspecte de déformer. Il est impossible de
L'existence sage, telle que la définissent les maximes des Sept, commence avec
l'emprise sur I'ndovn, le Gupdc, l'im@upeiv, s'exprime à travers des sentiments de
crainte, de respect, d'attachement, d'aversion, d'envie, de compassion ressentis par
le sujet agissant ou suscités chez les autres, et pose enfin l'amitié comme une
qualité morale fondamentale réalisée dans les relations humaines. La fin à laquelle
visent les préceptes des Sept Sages, la vertu qui couronne les autres en les
enveloppant, la vertu qui préside aux autres tout en les constituant, c'est la
savoir en quels termes précis les premiers Pythagoriciens ont formulé leur
ppovnois — cette sagesse faite de tempérance, de réflexion, de prudence. Or il est
fort intéressant d'observer que la vertu fondamentale est elle-même posée comme
objet d'un chérir — chérir la sagesse est présenté comme une obligation : « Chéris
conception de la réalité absolue à l'intérieur de laquelle surgit l'existence relative de
l'homme. Pourtant, grace à des témoignages tardifs, spécialement ceux de
Jamblique, de Porphyre, de Diogène Laërce, concernant l'école connue pour son
respect quasi religieux à l'égard de sa propre tradition, il est loin d'être impossible
de retrouver, sinon les mots, du moins les lignes de force de cette pensée
lointaine?!.
28. Bras, 7.
29. Aeris, Preceptes de Philosophie, 1, 3, 8 : Tlvudayópas
npocayoptéoac (DK 58 B 15): cf. Diels, Dox. gr.. p. 280-281.
npuroc
=
pocopiav tov
D
pnpan
REN
21. Créosure, 4 : DiArwoov civa:.
; 30. Cf. 1. Goser. Pythagore. Paris, Seghers. 1973, p. 41 : « Pythagore accepte, parce qu'il a
l'expérience de sa propre finitude, Ja relativité de l'homme insatisfait; mais il proclame que cette
22, Soon, B. 12.
relativité trouve son sens par l'Absolu dont elle dépend dans son origine et dans sa fin. »
23. SoLon, 9 : DiAous ph Tax «rw.
31. Cf. C. J. DE Voces. Pythagoras and early pythagoreanism, Assen,
1966, p. 1-19: et
24. SOLON, 16: Didous eicéBe:.
J.-C. Fraisse, Philia, Paris. Vrin,
25. Prrtacas, 8.
26. Soron. 9.
27. Teatts, 2.
altération, au profit d'une critique des sources qui, en l'état de ce que nous possédons, ne peut être que
décevante » (p. 57-58),
1974: «On néglige volontiers le respect quasi religieux des
Pythagoriciens pour leur propre tradition et leur volonté de la transmettre en la préservant de toute
Pagina 4
Vedi nel PDF(si apre in una nuova finestra)Or, parmi les différents points de cette réflexion à l'intention et à la méthode
rigoureusement rationnelles, dans ce réel que régit et exprime le nombre,
comment l'homme lui-même se caractérise-t-il ? Influencés par les mystères
orphiques, par la poésie, par les Sages, les Pythagoriciens ne peuvent ramener
l'âme au seul pouvoir de la raison. D'après Diogéne Laérce, Pythagore divisait
l'âme humaine en trois parties : la représentation intelligente (vouo), l'esprit (ppévec)
ou partie spirituelle (ro Ypövıpov), le principe vital (Bupög). La représentation
SEPT SAGES ET PYTHAGORICIENS
27
comporte une partie spirituelle et une partie non rationnelle. Or à ces deux niveaux
l'affectivité semble présente.
Pour ce qui est de l'âme non rationnelle, il est un passage de la Vie de Pythagore
où Jamblique énonce des sentences d'Aristoxène : les Pythagoriciens regardaient
l'animal qui est en nous comme démesuré par nature”, divers dans ses
impulsions”, dans ses désirs’? et dans le reste de ses passions’. Conformément à
cette conception de l'homme, les Pythagoriciens estimaient que l'animal qui est en
intelligente et le principe vital étaient attribués à tous les animaux, alors que l'esprit
constituait le principe de l'homme. Et contrairement aux deux autres parties de
obtenues la sagesse intérieure (owppoviıopög) et l'ordre dans la cité (rat). Selon
son siège dans le corps, dans la région qui va du cœur au cerveau ; le Bupög avait
ces indications de Jamblique, les Pythagoriciens admettaient donc l'existence, dans
l'âme, d'un principe ouvert sur l'excès. De façon comparable, selon Diogène
l'âme, la partie spirituelle était immortelle. Principe de vie et de pensée, l'âme avait
son siège dans le cœur (xapdia) ; le vous et le ppóvipov dans le cerveau (éyrépaAoc)?.
Le pythagoricien Philolaos, à une époque postérieure, retrouvera. mais en
changeant les vocables, cette nécessité de diviser les activités du vivant doué de
raison, corrélativement aux lieux de son corps. « Il y a quatre principes pour le
vivant doué de raison (ró Gwov tò Aoyuóv): cerveau (ëyrépaAoc), cœur (xapdia),
ombilic (öppaAög), organes génitaux (aidoiov). Le cerveau est siège de l'intelligence
(véoc), le cœur siège du souffle de vie (yuyn) et de la sensation... Le cerveau
représente le principe de l'homme; le coeur, le principe de l'animal ; l'ombilic, le
principe de la plante ; les organes génitaux, le principe de tous ; car tous portent
nous avait besoin (Seiodar) d'être dominé et rudement traité pour que soient
Laërce, les Pythagoriciens admettaient l'existence d'une âme entraînant au mal et
rendant l'homme incapable de repos“!, impuissant à dominer son élan*?. Un autre
témoignage corrobore celui de Diogène Laërce et de Jamblique. Pythagore référait
l'inclination au mal et à la culpabilité à une impulsion inhérente à l'homme“.
Ainsi, en dépit des incertitudes à l'égard des termes, s impose une affirmation sûre
quant à l'existence d'un irrationnel psychique impétueux, ouvert sur la démesure
et nécessitant l'intervention de la raison pour être maitrise*.
Mais est-ce seulement la raison qui, chez les Pythagoriciens, constitue l'« esdes fruits et font naître’. » Ici les vocables sont autres que ceux du texte de
Diogène Laérce. Yuyn semble designer le souffle de vie, et voic l'intelligence la plus
élevée. Mais le besoin subsiste, chez les Pythagoriciens de Diogene Laérce comme
chez Philoiaos, de coordonner esprit, sensation, souffle de vie, principe vital. Ainsi
prit » (to ppovinov/ppévec) ? Diogene Laérce dit : 70 «ppóvipov dßavarov. Or l'âme
en quête de pureté et de savoir, n'est-ce pas l'âme en tant que désir et effort, autant
les premiers Pythagoriciens ont-ils distingué dans l'âme des parties”. L'âme
que l'âme en tant que raison ? To ppovipov dans l’ancien pythagorisme ne semble
pas désigner la raison, mais l'effort contre l'impur et pour la pureté. La Vie de
Pythagore de Jamblique permet d'élucider le rôle du gpovpov. On y trouve
indiquée l'opposition absence de courage (ábvnia) — s’efforcer de (neıpaoßaı) dans
32. Diogene Latrce, Vie de Pythagore. 30 : Vie et doctrines des philosophes illustres, VIII. 30 : cf.
le soin de l'âme“. Cette opposition montre que ppóvpov/ppéves englobe autre
chose que la seule et unique raison: Ppoviuov/ppévec est effort. Soigner l'âme
V.P., de Diog. Laërce. éd. A. Delatte. Bruxelles, 1922. Ce texte reproduit des déclarations d'Alexandre
sur Pythagore. Pour ce qui est de l'ancienneté du contenu de ce texte. elle a été déjà reconnue par
A. Delatte et réaffirmée par M. Détienne. A. Der ATTE écrivait : « La terminologie présente des signes
certains d'antiquité. Ainsi le sens du mot voi est aussi celui que lui attribuent Anaxagore. Archélaos et
Diogéne d’Apollonie. et les ppéveg occupent un rang supérieur au voig (La vie de Pythagore de Diogene
Laërce. Bruxelles, 1922. p. 222). Les divisions pythagoriciennes de la guxn seront plus tard tout autres.
A. DELATTE écrit: « Si nous consultons la doxographie pythagoricienne, nous ne trouvons nulle part
une classification identique. Ce qui reparait le plus facilement. c'est la distinction de l’äAoyov et du
Aoyixóv, Chez Posidonius par exemple et Cicéron. Ailleurs l’äAoyov est divisé en Oumxôv et tmBuunnxov
comme chez Platon » ({bid.). Et A. Delatte ne trouve qu’un texte d'Aetius, qui. comme celui de Diogéne
Laérce, semble conserver cet aspect d'ancienneté dans les sources : il écrit : « Un seul extrait offre avec
l'extrait d' Alexandre quelque analogie : c'est celui d'Aetius »(4erius, IV, 5. 10, Dox.. p. 39 la 23 270 pev
Yurıxöv nepi tiv xapdiav, tó di vorpòv «ai Aoyixdv mepi THY xepadrv). M. Détienne, se référant à un
passage de la Métaphysique d'ARISTOTE. vient confirmer ces analyses d'A. Delatte. Il écrit : « Il n'est nul
besoin de songer à la tripartition de la quyn platonicienne. car Aristote nous fait connaître incidemment
(Métaphysique, A 5.985 b. 26 sqq) que les anciens Pythagoriciens distinguaient la guys du vous. ce qui
en désirante (im ftupntuov). Mais il est vraisemblable que Plutarque fait de Pythagore une lecture
platonisante. Cf. PLUTARQUE. IV-4 et [V-6: Mludayópas MAarwy dipepy my yoxny. TO pev yap Exe
Aoyixov, TO de &Aoyov- Kata di To axpifes tpipepn: TO yap GAoyov diarpovanv eig te tó Yupinoy xai tO
énibupnnxdv. Dieis, Dox. p. 389-390.
35.
36.
37.
38.
JamBr1Que, Vie de Pythagore 30. 174 : bBpionkov... gior tiov.
Ibid. : nomihov xara Tag opuac.
Ibid. : Kara ras imbupias.
Ibid. : Kara za dora nov nabwy.
39. /bid.
40. Dsoctne LaERrce. op. cit. 32. neıgaı tri TO kaxóv.
41. fbid. : underore fpepeiv.
42. Ibid. : póov xpateiv.
33. A. DELATTE dit : « La doctrine de Philolaos présente certaines concordances dans la classification
des facultés. mais des différences notables dans le choix des vocables. Il place le vovc dans le cerveau. la
quxn et l'ato@noi dans le cœur. Le vois semble correspondre aux ppives des auteurs d'Alexandre,
43. Cf. Aunu-Geise. Nuits Attiques, VU, IL. 11 : xal'oppiiv... ápaptavóvtwv.
44. L'animal évoqué par les Pythagoriciens préconise en quelque sorte l'image que Platon utilisera.
dans la République. pour reprèsenter la nature de l'homme : un monstre multiforme. un lion. un être
humain enfin (IX. 588 b-e).
45. Jampiique. Vie de Pythagore, 31. 196 : duexpovovro de épyac, abupias, rapayac... el dé note auraig
ovpßain Y ópyn fi Ava À GAAO n torourov. éxnodwy dnnAkdrıovio Kai ad" éaurov Exaotog yevópevos.
émeipato Kavanéttery Kat farpevery 10 rádos : Cf. A. DELATTE. Essai sur la politique pythag. : preumbules
de Charondus : « Que l'on regarde comme plus honorable de mourir pour
sa patrie que de l'abandonner.
34. Plutarque, comparant Platon à Pythagore, fait remonter à celui-ci la division de l'âme en deux
elle et la vertu. par amour de la vie (yAıxöpevov tov &nv) », expression que l'on retrouve dans Phédon
117 aet Aristote, Pol. T 6 1278 b 29 (p. 199). Preambules de Zaleucos, 10 : « Un tel homme en qui la
colère (Bupög) serait plus forte que Ja raison (Aoyıcpög) ne pourrait exercer une magistrature » (p. 193),
nous invite à recevoir les traditions doxographiques qui attribuent aux Pythagoriciens une représentation de l'âme tripartite ou bipartite. Ce ne sont lá que prolongements d'une représentation très archaïque
de daimon
de la puyrî. où il est question de la pluralité des âmes fonctionnelles »{M. Detiene, La notion
dans le Pythagorisme Ancien. Paris, 1962. p. 62).
Falodnow au vous, la puxn au Bupds» (op. cit, p.122): cf. A. DELATTE, Essai sur la politique
pythagoricienne, Paris, Champion, 1922 : les trois parties de l'âme selon Archytas, p. 86.
parties. l'une rationnelle (Aoyıxöv), l'autre irrationnelle (GAoyov). II va même jusqu'à préciser que
Pythagore distinguait en l'âme trois parties, en subdivisant la partie irrationnelle en ardente (Buyixov) et
Les Pythagoriciens parlent de l'élan (oppq) tantôt irréfléchi, tantôt réfléchi (npoaipenxn) vers le juste ou
Vinjuste (ibid.. p. 56, in Jamblique. V.P. 130).
Pagina 5
Vedi nel PDF(si apre in una nuova finestra)SEPT SAGES ET PYTHAGORICIENS
(iatpevetv) implique un vouloir-dominer tout rádoc. De façon comparable, chez
Philolaos, le vois se lie au « il faut, il ne faut pas » (ôei/où dei). Dans le Phedon,
Platon dit : « Déjà, j'ai moi-même entendu dire à Philolaos... que c'est une chose
qu'on ne doit pas faire »*. Ce qu'explicitera Platon un peu plus loin : « Estimant
qu'on ne doit pas agir à l'encontre de la philosophie ni de ce qu'elle fait pour nous
délier et nous purifier, c'est de ce côté là qu'ils se tournent’. » Les Pythagoriciens,
sous le concept de epovipov-ppévec (vois de Philolaos) ne mettent donc pas que la
ciens, sous le nom de ppovıpov (void) accordaient une place au désir et à l'effort.
raison : ils entendent encore le besoin éprouvé de pureté, l'effort volontaire vers la
tout le poème. Besoin d'ordre, désir de clarté et effort pour y parvenir forment
donc les conditions indispensables à la quête de la pureté.
pureté.
D'autres points encore nous améneront à penser que ppowpov-ppéveg selon les
Pythagoriciens de Diogène Laërce, vous selon Philolaos, ne désignent pas
seulement la raison, mais encore le désir ou l'effort. Il existe des anthologies
homériques des Pythagoriciens. A leur sujet, M. Détienne écrit: « Ceux-ci ont
groupé autour d'une figure centrale de l'épopée un ensemble de passages dont la
signification se précisait dans une comparaison qui rétablissait la réalité homérique en partant d'un trait pythagoricien*. » Un exemple est fourni par la figure
d'Achille. Les Pythagoriciens furent attirés par un passage de l'/liade” où Achille
se plait à jouer de la cithare tandis qu'il chante les exploits des héros. Selon
Jamblique, Achille, qui était musicien, prit d'abord une cithare comme butin et
s'en servit pour apaiser sa colère; c'est de la même façon que Clinias, le
Pythagoricien, accordait sa cithare pour jouer lorsqu'il se sentait porté par la
colère : il prétendait se calmer de cette maniére®. Ce rapprochement entre héros
homérique et sage pythagoricien est suggestif. Désir calme, effort pour se dominer
grâce à la musique, voici qui, chez le héros Achille, correspond au désir-effort de
purification par la musique chez le sage pythagoricien Clinias. Une fois encore, le
ppovipov-ppéveg englobe raison et désir-effort.
Une autre forme de désir-effort qui semble caractériser le sage pythagoricien,
c'est le désir d'échapper par moments à son enveloppe corporelle. C'est encore
M. Détienne qui note les relations de Pythagore, dans certains épisodes de sa vie,
avec des personnages aux pouvoirs étranges, dont Aristée de Proconnèse!.
29
Par-delà les démarches de la raison et des spéculations mathématiques, les
philosophes pythagoriciens envisageaient qu'il y avait dans l'âme un appel des
profondeurs, un « s'efforcer à », un « il faut », premières approches conceptuelles
du beau désir qu'élaborera plus tard le platonisme. Ainsi, la nécessité de dompter la
bête intérieure**, exprimée par le èrioda
55, donne naissance à un désir (6péyeo8ar)®
et à un effort (nepacdar)””, désir et effort que les Vers d'Or** expriment à travers
L'amitié (grAia) est dimension fondamentale de l'irrationnel psychique dominé,
organisé, harmonisé par la raison, orienté vers la sagesse dans son double statut de
connaissance du vrai et d'action pure. Egalité harmonieuse, selon le témoignage de
Diogéne Laérce*, égalité d’après l'information de Jamblique*, l'amitié est à la fois
la condition et l'expression de l'harmonie dans l'âme, ressort et fin de l'activité. S'il
n'est, pour l'homme, d'autre manière de faire l'expérience de la sagesse que celle
qui consiste à chérir la sagesse, la lia se présente comme le moyen et le but,
comme ce sentiment qui mène à la vertu, qui réalise déjà la vertu, et comme ce à
quoi vise la vertu elle-même. Ainsi l'aphorisme pythagoricien relaté par Proclus se
trouve éclairé et éclaire à son tour : « La fin de toute vertu est l'amitié et l'union‘!. »
A la façon de la pocogia qu'elle constitue, la ia est conjointement tension et
fin.
Parce que la pıAooopia désigne l'activité humaine en tant qu'elle poursuit la
pureté intellectuelle et morale, la giäia, fondatrice de cette réalité où s'entrecroisent
pensée et existence, est au centre des expériences fondamentales de l'homme. Face
à dieu, lequel est innocent du mal”, gardien vigilant (énioxonoc) de tout ce qui
existe”, maître universel (navrwv xupioc), l'homme doit (ôeiv) se mettre en accord
avec lui pour demander le bien, adopter vis-a-vis de lui l'attitude qu'il a à l'égard de
ses amis“. La gAia apparaît ainsi comme le modèle à partir duquel la relation de
l'homme à la divinité est pensée. Mais elle est également la façon dont l'homme
doit vivre ses rapports avec les autres — l'amitié procure la joie en incitant à faire le
« Aristée avait le privilège, quand il le voulait, de faire sortir son âme du corps et de
l'y faire rentrer à nouveau. » Et M. Détienne précise : « Ce n'était donc pas sous
l'emprise de quelque possession divine qu'il avait le sentiment de détacher son âme
du corps, c'était un effet de sa volonté. » A propos d'un autre personnage,
Épiménide de Crête, M. Détienne écrit : « Son âme s'en allait au moment qu'il
voulait et rentrait à nouveau dans son corps”. » Or de quelle partie de l'âme
ressortit pareille activité sinon du ppovipov-ppeves ?
Ces témoignages montrent que, dans leur conception de l'âme, les Pythagori-
54. JampiiQue, Vie de Pythagore. 30. 174.
55. Ibid.
56. Cf. Empepoci.e, F. 129 : ...6nnote naonoıv ôpéEmro npanideagn...
$7. JAMBLIQUE, ibid. 165 : ... ineaparo avadaufaàvev tf diavoia...
58. Il est difficile de savoir ce qui, dans les Vers Dorés. peut venir du 'l:póc Aoyos de Pythagore.
L'ensemble de l'œuvre — sans doute du 1v* s. de notre ère — est assurément conforme à l'ancien
Pythagorisme. Néanmoins, on peut admettre que certains vers sont de Pythagore lui-méme (cf. A. De-
LATTE. Etudes sur la littérature pythagoricienne. 1915). Vers Dores: v. 11 : Habitue-toi à te rendre
maitre (xpareiv) de l'appétit, du sommeil, de la Juxure, de la colère (ôvuoc) : v. 45-46 : Applique-toi a ces
46. Pıaron. Phedon. 61 e (il s'agit du suicide): où S01 toro noseiv.
47. Piaton, Phédon. 82 d : airoi De nyovuevo: où deiv ivavria TH prdocopia npartew kai TH Excivng
Avaci te Kai xafappun. tavtg Ón Tpenovran.
48. M. DÉTIENNE. Homère, Hesiode et Pythagore. Bruxelles, 1962. p. 38.
49. Homère. Sliade. IX. 189-190.
50. M. DETIENSE, ibid.. p. 39 (cf. Jamblique, V.P., 31, 198).
51. M. DETIENNE, La motion de dalmon, p. 69-70 : « Dans certains épisodes de sa vie. Pythagore est
mis en relation avec un prophète d’Apollon Hyperboréen. Abaris, originaire de Scythie : il a aussi des
rapports avec Aristée de Proconnése et compte parmi ses incarnations la figure énigmatique
d'Hermotime de Clazoménes. Tous ces personnages ont en commun des pouvoirs étranges. »
52. M. DETIENNE. La notion de daimon, p. 70 (Suidas, Aristée, éd. Adler. t. I, p. 353, 15-16). Le
« Quand il le voulait » traduit: &tav éBovAeto.
53. Ibid. : des ¿tios ñ poyn Ondoov fidede xarpov (Suidas, t. II, p. 370, 5-6).
préceptes. médite-les : il faut que tu les aimes (Tadra nôve:, tat’ xpedita, tootwy xpn ¿pav ae); v. 48 :
Applique-toi à la tâche (Epyeu in Epyov) ; v. 53: Tu n'auras plus à espérer l'inespérable (ce pnt äeArr
¿MuTew), v. 63 : Prends courage (@apoe).
59. Diocèse Lafrce. VII 32-33 : uiav Y riva: évappoviov iootnta.
60. Jampuique. V.P.. 29. 162: ioornc.
61. Proci.us. Sur le Premier Alcibiade, 109 e: Tédog yap ¿on naons aperng à pidia Kai À Evwang.
62. Jammrque. V.P.. 32, 218 : Oi Beoi avainio: nov kaxov eiaiv. li est à noter que la cause du mal est
située dans les maladies (vooo:) et les passions (nad) du corps.
63. {bid.
64.
V.P., 28, 137. Il est à remarquer que les Pythagoriciens situent Dieu dans l'univers (CLEMENT
D'ALEXANDRIE. Protreptique. VI, 72), regardent l'homme comme une image de Dieu (THÙemistius,
Discours. XV) el posent comme principe moral fondamental le ¿nov Bew : cf. Stobée. Eclogues. VI. 3).
65. Jampiaque, V.P.. 28, 137.
Pagina 6
Vedi nel PDF(si apre in una nuova finestra)bien“. Enfin, l'amitié semble recouvrir le lien que l'homme vertueux établit avec
lui-même: l'aphorisme selon lequel « l'ami est un autre moi-même »” signifie
autant la valeur de l'ami que la manière dont doit se constituer le « moi-même »
qui aime. Un texte de la Vie de Pythagore de Jamblique synthétise bien cette loi de
l'univers que constitue l'amitié, « Pythagore a enseigné avec la plus grande clarté
l'amitié de tout envers tout : celle des dieux envers les hommes, à travers la piété et
un culte de la science ; celle des connaissances les unes envers les autres et, en
SEPT SAGES ET PYTHAGORICIE
NS
valeur irremplaçable d'un mouvement à la
r
ble
d'
fois rati
onnel
31
et
i
affectif vers
que rien ne saurait tarir. Le bonheur
(eudawoveîv) en provien
k
l'absolu
t’!
Ainsi a travers les réflexions éthiques des Sages
grecs sur l'homme dont
certaines, sinon toutes impliquent une réflexion sur
la Nature (Thalès) comme à
travers
l'étude de l'homme dans la Nature chez
dégager une première approche sérieuse de
les Pythagoriciens, on voit déjà se
l'homme, avec son affectivité au
général, de l'âme envers le corps et de sa partie rationnelle envers les parties
irrationnelles à travers la philosophie et la contemplation qui lui est propre ; celle
des hommes les uns envers les autres, à travers un sain respect des lois s'ils sont
concitoyens, à travers une droite connaissance de la nature s'ils sont de pays
étrangers: celle de l'homme envers sa femme, ses enfants, ses frères ou ses
proches, à travers une communauté sans perversion ; en un mot de tous envers
tous, et, en outre, envers certains animaux dépourvus de raison, à travers la
justice, les liens naturels et la communauté : du corps mortel pris en lui-même, et il
s'agit alors d'une pacification et d'une réconciliation des facultés contraires qui
sont cachées en lui, à travers la santé et le régime ou la tempérance qui conduisent
à celle-ci, à limitation du fécond équilibre qui régne dans les éléments cosmiques.
Pour toutes ces choses, afin de les rassembler sous un seul et même nom, on
service de la quête du vrai et du juste. Face à l'infini des
désirs, l'homme est cœur
ppOpov/ppévec. amitié guia, il affectionne áyanáv
la sagesse et y rencontre
levSaipovetv.
i
s'accorde à dire que Pythagore a été l'inventeur de celui d'amitié et en a établi les
lois®*, » La gia chez les Pythagoriciens est à l'intersection du cosmique et de
l'éthique, du religieux et du populaire ; l'ordre rationnel des Nombres n'exclut pas
la dimension éthico-religieuse dans l'homme et dans le monde.
Que le Pythagorisme soit le premier à avoir saisi le besoin qui creuse l'homme et
la nécessité d'inscrire la quête de l'homme dans une perspective de manque qui fait
surgir le désir, puis la volonté, enfin l'amitié de la sagesse, cela n'est guère
surprenant. Pour une pensée qui conçoit la réalité à travers l'opposition du népag et
de l'&netpov, de l'achèvement parfait et de l'inachevé imparfait, pour une pensée
qui relie le bien au népag et le mal à l'äneupov comme à leurs causes”, la situation
de l'homme ne saurait être que celle d'un être inachevé, capable d'appréhender
pe
l'achevé par l'intellect et souffrant, de ce fait, de son propre inachèvement. Des
lors, il n'y a de pureté pour l'homme que dans la volonté de dépasser l'illimité
inhérent à l'imperfection afin d'atteindre la perfection de la limite. Mais, parce que
l'imperfection de l'homme est par essence indépassable, l'inachèvement habite la
recherche même de l'achevé et la marche vers la limite reste inexorablement
illimitée. Ainsi, l'expérience philosophique trouve-t-elle son fondement dans la
métaphysique du nepag-aneıpov — elle est la manière propre à l'homme de vivre
l'opposition première, cette conscience de l'impossible achèvement jointe à la
volonté d'aboutir néanmoins, cet effort toujours recommencé qui part d'un
besoin, se prolonge dans un désir, se structure dans une amitié sans jamais
apporter la perfection qui supprimerait l'élan. Et, curieusement, l'inachèvement
qui rend possible, nécessaire, aimable, la recherche, confère à la philosophie la
66. Ibid.
67. PsEUDO-PI.UTARQUE. Vie d’Homere, 151 : ‘O pidog &A os éonv ty.
68. Jamatigue, V.P.. 33, 229-230.
69. Cf. J. P. Fraisse. Philia, Vein, 1974, p. 60 : « Parler d'un ordre rationnel n'exclut nullement le
sens éthico-religieux de cet ordre, comme en témoigne la liaison entre harmonia, homonoia et diké et.
d'une manière générale, la portée ontologique de la science des Nombres. »
70. Amsrore. Métaphysique. A. 5. 986 a sqq. Éthique à Nicontaque. Il. 5. 1106 b. 28 b: To yap
xaxóv rod Aneipov, ws oi Tludayópeio: cixatov, 1 È' áyadóv roù renepaopevon.
71. Dio. Lakce, V.P. 32.
AW.
CES
GRELS
==.
DE Sia
=
©
we|ercee